La Colonisation expliquée à tous

De
Publié par

L'Europe a-t-elle inventé la colonisation ? Pourquoi a-t-elle dominé une grande part du monde aux XIXe et XXe siècles ?


Comment cela a-t-il été possible après les Lumières et la Déclaration des droits de l'homme ? Qu'est-ce que l'impérialisme ?


Les peuples colonisés se sont-ils laissés faire ?


Quel est le lien entre colonisation et esclavage ? Quelle a été l'ampleur du travail forcé ? Qui a protesté ? Et qu'est-ce qui a déclenché le mouvement de libération des peuples colonisé ?


Marc Ferro répond à toutes ces questions, et à bien d'autres.


Directeur d'études à l'EHESS, Marc Ferro a travaillé sur l'histoire de l'URSS et de la Russie, les rapports entre cinéma et histoire, l'histoire des colonisations, et la Deuxième Guerre mondiale. Il a enseigné en Algérie de 1948 à 1956. Il a animé l'émission Histoire parallèle sur Arte de 1985 à 2001. Ses ouvrages sont traduits dans une vingtaine de langues.








Publié le : vendredi 6 mai 2016
Lecture(s) : 7
Tags :
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021175165
Nombre de pages : 208
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
pageTitre

à Mireille Souyri et Claude Duchet

Dans ce livre, nous traitons essentiellement de la colonisation européenne telle que l’entend la tradition historique, c’est-à-dire celle pratiquée outre-mer entre le XVIe et le XXe siècle et dont la mémoire reste vive. Nous verrons ainsi comment elle a donné naissance à des sociétés nouvelles qui n’ont pas toutes survécu – alors que le Japon n’en a pas secrété.

On la confrontera à celle de l’Empire russe où question coloniale et question nationale peuvent interférer ou se confondre.

À l’âge de l’impérialisme, la domination de la métropole peut, à l’extérieur, ne pas s’accompagner de la présence de colons. C’est le cas des États-Unis que nous évoquerons aussi.

Chapitre 1

POURQUOI DES COLONIES ?

– La colonisation, qu’est-ce que c’est ? Comment la définir ?

– La colonisation, c’est à la fois l’occupation d’une terre étrangère et lointaine par une population, sa mise en culture, et l’installation, sur cette terre, de ceux qu’on appelle des « colons ». Pendant plusieurs siècles, les Européens ont incarné ce phénomène, administrant de par le monde des colonies d’exploitation et des colonies de peuplement (accueillant une importante population métropolitaine).

À partir du XVIe siècle, en effet, les Européens s’installent aussi bien en Amérique, en Asie qu’en Afrique. Des empires coloniaux sont créés, caractérisés par une économie fondée sur l’esclavage d’une part, sur une exploitation des ressources du territoire d’autre part.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, une nouvelle vague de colonisation européenne a lieu : c’est ce qu’on dénomme l’« âge impérialiste ». Elle établit la domination des puissances européennes sur une grande partie du monde, tout en affirmant la supériorité de la civilisation dont elles se réclament.

 

– Qu’est-ce qui fait la particularité de ce second âge colonial du XIXe siècle, par rapport à celui qui commence au XVIe siècle ?

– Désormais, la colonisation répond à une volonté politique explicite, chaque État industriel cherchant à s’assurer des zones de domination ou, au moins, d’influence. Elle ne se place plus en outre sous le signe de l’évangélisation mais du progrès : il s’agit d’apporter la civilisation à des sociétés considérées comme moins avancées. Enfin, cette deuxième colonisation dispose de moyens financiers, militaires, humains inédits dans l’histoire, modifiant du tout au tout le rapport entre métropoles et colonies ; avec les colonisés aussi car le travail forcé est désormais la règle.

L’âge impérialiste se caractérise ainsi par cette domination à la fois politique, culturelle et économique des puissances occidentales qui leur permet de se partager le monde et de contrôler, en les opprimant, les populations autochtones. Cette domination s’appuie sur une doctrine politique qui la justifie et qu’on appelle « colonialisme ».

Mais, pour les sociétés soumises sans interruption du XVIe au XXe siècle – en Inde, en Angola, aux Antilles –, les deux phénomènes (colonisation proprement dite et impérialisme) ne sauraient être dissociés : la dépendance, elle, ne cessa pas jusqu’aux indépendances.

 

– Si la colonisation comme phénomène mondial commence au XVIe siècle, n’exista-t-il pas avant des « colonies » et des « colons » ?

– Bien sûr. La colonisation est ancienne, même si le terme lui-même n’apparaît qu’à la fin du XVIIIe siècle – jusqu’alors le mot « conquête » désignait la prise de possession des territoires d’outre-mer par les Européens.

Dans le monde occidental, les Phéniciens, concentrés sur l’actuelle côte libanaise, se lancent dès 900 avant notre ère au contrôle de la Méditerranée. Ils créent des comptoirs voués au commerce, le plus célèbre étant Carthage – près de l’actuelle Tunis –, fondé en 814 av. J.-C. A suivi la colonisation grecque, avec des établissements permanents (des « colonies »), qui a contribué au rayonnement de la civilisation hellénique ; elle s’est répandue tout autour de la Méditerranée jusqu’à Massalia (Marseille), fondée vers 600 av. J.-C. par les Grecs de Phocée.

Cette colonisation reprend sous la forme d’une extension territoriale, par contiguïté, à l’heure d’Alexandre le Grand, qui étend son empire de l’Égypte jusqu’à l’Indus vers 325 av. J.-C. À sa mort, cet empire se disloque et ses successeurs, les diadoques, se le partagent avant qu’autour de la Méditerranée il soit conquis par les Romains. Devenu chrétien, l’empire se divise en 476, l’Orient (Empire byzantin) devenant le conservatoire de la civilisation grecque, l’Occident passant aux mains des peuples dits « barbares ».

Au VIIe siècle surgit la conquête arabe : elle se déploie à l’ouest de la Méditerranée jusqu’à l’Espagne et la Gaule, au nord jusqu’au Caucase, à l’est jusqu’à l’Inde, englobant la Perse, l’Asie centrale et le nord de Sumatra (Aceh). Cet empire se divise à son tour, notamment sous les coups des Turcs, à partir du XIe siècle. Dans la partie orientale du vieux monde, la civilisation indienne, avant d’être submergée par l’islam, au XIe-XIIe siècle, était incarnée par des moines bouddhiques qui marquèrent de leur empreinte la Birmanie, la Malaisie et la partie occidentale des îles de la Sonde. Ils colonisèrent également le Tibet, dont les communautés se divisèrent avant que les empereurs mandchous de la Chine n’imposent leur suzeraineté sur le pays, au XVIIIe siècle. La Chine pratiqua également une micro-colonisation sur les côtes orientales de l’Afrique, au Mozambique, mais mit brutalement un terme à ces opérations maritimes au XVe siècle.

Quatre empires dominent l’Ancien Monde quand la conquête par les Européens de ce qu’ils vont appeler un « Nouveau Monde » ouvre une première mondialisation de l’univers : celui des Ottomans autour de la Méditerranée, en Anatolie et dans les Balkans, celui des Safavides en Perse, celui des Moghols en Inde, et l’immense Empire chinois.

 

– L’histoire que nous allons exposer ici commence donc au XVIe siècle ? Que se passe-t-il alors ?

– On associe volontiers les débuts de la colonisation à ce qu’on a appelé tardivement – à partir du XIXe siècle – les « grandes découvertes » (même si évidemment la « découverte » ne vaut que pour les Européens, partis vers des terres inconnues). En réalité, cette colonisation européenne a débuté quelques années auparavant. Dès 1471, le roi du Portugal annexe Sao Tomé-et-Principe, dans le golfe de Guinée : c’est la première colonie de cet âge colonial.

Puis viennent les grandes expéditions maritimes, au tournant du XVe et du XVIe siècle : le Génois Christophe Colomb, au service de la couronne d’Espagne, « découvre » l’Amérique en 1492 et le Portugais Vasco de Gama, l’Inde, en 1498. Dans les deux cas, il s’agit à la fois de trouver la route des épices, de capter les richesses de l’Asie, et d’évangéliser les populations. La colonisation répond, pour le Portugal comme pour l’Espagne, à un projet à la fois commercial et religieux. L’or et le Christ…

 

– Les Portugais sont donc les premiers dans cette aventure. Pourquoi eux ?

– Comme les autres petits royaumes hispaniques, le Portugal est un fruit de la Reconquista, la reconquête sur les musulmans, au XIIe-XIIIe siècle. Bloqué à l’ouest par la puissante Castille, son roi Jean Ier (1385-1433) décide que la vocation du pays est sur l’eau et entreprend la transformation d’un peuple de laboureurs et éleveurs en un peuple de commerçants et de marins. Avec l’infant Henri le Navigateur, on ne parle plus que bateaux et découvertes. Le roi en personne se fait grand promoteur de l’expansion vers les côtes marocaines, puis au-delà. Y contribuent l’invention de la boussole, l’utilisation de portulans, ancêtres de nos cartes, le perfectionnement du gouvernail : Lisbonne et Porto participent au développement de ces innovations issues en partie du monde arabe. Les envoyés du roi entreprennent l’exploration des côtes africaines, à la recherche d’un accès vers les Indes et la Chine, bloqués en Méditerranée par la puissance ottomane. En 1487, le cap de Bonne-Espérance est atteint, ainsi dénommé parce qu’il ouvre la perspective de gagner les Indes.

 

– Ces expéditions maritimes visent à découvrir de nouvelles routes pour le commerce, non pas à coloniser des terres…

Certes, mais la rencontre entre Portugais et populations africaines relève bien dès cette époque des mécanismes de la conquête et de la domination. Une tradition orale africaine évoque les premiers contacts des Noirs de l’Angola avec ces hommes venus de la mer. Elle est révélatrice de ce que Nathan Wachtel a appelé « la vision des vaincus1 » :

Nos pères vivaient confortablement dans la plaine de Lualaba. Ils avaient des vaches et des cultures. Ils avaient des marais de sel et des bananiers. Tout à coup, ils virent sur la grande mer surgir un grand bateau. Ce bateau avait les ailes toutes blanches, étincelantes comme des couteaux. Des hommes blancs sortirent de l’eau et dirent des paroles qu’on ne comprenait pas.

Nos ancêtres prirent peur, ils dirent que c’étaient des Vumbis, des esprits revenants. On les repoussa à la mer par des volées de flèches. Mais les Vumbis crachèrent du feu avec un bruit de tonnerre. Beaucoup d’hommes furent tués. Nos ancêtres s’enfuirent. Les notables et les devins dirent que ces Vumbis étaient les anciens possesseurs de la terre. Nos pères se retirèrent, craignant le retour du bateau Ulungu. Le bateau revint. Les hommes blancs demandaient des poules et des œufs. Ils donnaient des tissus et des perles.

De ce temps-là à nos jours, les Blancs ne nous apportèrent plus rien, sinon des guerres et des misères, le maïs, le manioc et la manière de les cultiver.

Les Portugais qui découvrent des populations noires et les voient manger à même le sol, habiter des maisons de paille, etc. éprouvent immédiatement un sentiment de supériorité. Face à une telle pauvreté, ils ne trouvent aucun intérêt à pénétrer ou occuper l’arrière-pays. C’est bien l’Inde qu’il faut atteindre. Enfin, en 1498, Vasco de Gama jette l’ancre à Calicut.

En Inde règnent des sultans, musulmans dans le Nord, hindouistes dans le Sud, qui commercent activement avec l’Insulinde et la Chine : auprès d’eux les marchands portugais font, avec leurs « cadeaux », bien pâle figure…

 

– Quelle est, du coup, en Inde, l’attitude des marchands portugais ?

– Nous la connaissons bien, maintenant, grâce à l’historien indien Sanjay Subrahmanyam, qui a reconstitué la « contre-histoire » de cette rencontre, c’est-à-dire du point de vue de ceux que l’on est censé avoir « découverts ». Voici comment un poème arabe rédigé dans les années 1570 raconte la première visite de Vasco de Gama :

Le Franc est venu à Malabar sous l’apparence d’un marchand,/Mais avec l’intention de tromper et d’escroquer./Pour garder tout le poivre et le gingembre pour lui,/Et ne laisser que des noix de coco pour les autres./En l’année 903 après la migration/Du Prophète, choisi parmi le genre humain,/Le Franc apporta quelques présents au samiri/Et demanda à être l’un de ses sujets./En disant qu’il aiderait le pays à prospérer/Et qu’il le défendrait contre ennemis et rebelles./Le samiri le préféra entre tous les autres,/Et rejeta les mises en garde de ses sujets,/Qui disaient : Le Franc détruira nos terres./Désormais, nos paroles se sont avérées,/Car il se soumit comme un esclave puis,/Ayant pris des forces, il se dressa,/Et assujettit les terres du Hind et du Sind,/Et jusqu’à la Chine : ce n’est pas un mensonge2.

Ce poème décrit aussi comment les Portugais ont démoli les mosquées, brûlé les villes et réduit en esclavage les peuples de la mer Rouge, du Sri Lanka et de la côte orientale de l’Afrique. Ils arrivent bien en conquérants – une image très éloignée du Vasco de Gama peint dans Les Lusiades (1572), ode de Luis de Camoens à la grandeur des Portugais qui allait circuler du Gujerat à l’Europe.

Au XVIe siècle, l’océan Indien est devenu un « lac » portugais, contrôlé du Mozambique à Bornéo, en passant par Socotra, au large du Yémen. Les Portugais installent des comptoirs de Diu à Colombo en Inde, en Indonésie et bientôt Macao en Chine. En tout plus d’une vingtaine !

 

– Le Portugal est, au XVIe siècle, la plus grande puissance coloniale ?

– Non, la plus grande puissance coloniale, au XVIe siècle, c’est l’Espagne. Voici comment l’historien Lopez de Gomara la décrit en 1550 :

Nous Espagnols, avons découvert, parcouru, converti énormément de terres en soixante ans de conquêtes. Jamais aucun roi et aucune nation n’ont parcouru, subjugué tant de choses en si peu de temps, n’ont fait ni mérité ce que nos gens ont fait et mérité par les armes, la navigation, la prédication du Saint Évangile et la conversion des idolâtres. Dieu soit béni qui donna aux Espagnols cette grâce et ce pouvoir.

L’Empire espagnol s’étend alors depuis les Amériques jusqu’à Manille.

Dès 1494, deux ans après l’expédition de Christophe Colomb, le Portugal et l’Espagne ont signé un traité – le traité de Tordesillas – répartissant entre eux, de part et d’autre d’une ligne imaginaire, les terres à découvrir.

Mais, en 1580, l’absorption du Portugal par la Castille, par ordre de succession dynastique, met fin à la présence coloniale des Portugais en Asie. La Castille ne s’intéresse nullement à la défense de ces possessions dans l’océan Indien et les Hollandais les supplantent peu à peu. Les Portugais conservent des positions en Guinée, Angola, Mozambique, ainsi que la partie orientale de Timor. Ils sont également présents au Brésil, où Cabral, lui aussi en route vers l’Inde, a débarqué en 1500, et qu’ils commencent à exploiter au XVIIe siècle.

Peuple sorti de la mer, les Hollandais doivent leur fortune – une prospérité qu’incarne la Banque d’Amsterdam – au fumage des harengs, à une frugalité qui leur permet de construire des navires à des coûts imbattables, toutes forces qui n’émanent pas de l’État, comme au Portugal ou en Espagne, mais de villes qui s’associent ou se concurrencent. Surtout, la faillite des Portugais a enseigné aux Hollandais qu’un établissement stable nécessite l’installation de colons. Dès 1619, Jan Pieterszoon Coen, le fondateur de la Compagnie des Indes orientales, fait venir à Jakarta (Indonésie) des Hollandais mais aussi des Chinois, des Malais et des Philippins.

 

– Comment se déroule la rencontre des Hollandais avec les populations locales ?

– Cette rencontre des Hollandais avec les pays de l’Insulinde, qu’a retracée Romain Bertrand dans un essai d’« histoire à parts égales », ne correspond en rien non plus à l’imagerie d’un triomphe annoncé. Lourdement armés, les quatre navires de la flottille de Cornelis de Houtman ont souffert de quinze mois passés en mer, plusieurs dizaines des quelque 250 hommes embarqués sur l’île du Texel aux Pays-Bas en 1595 sont morts ou malades du scorbut. Leur surprise est grande de se trouver à Banten dans un port aussi bien équipé que ceux de la vieille Europe, et qu’un protocole d’accueil les contraigne à jouer les représentants d’un grand roi. À Java, on n’est pas long à s’apercevoir que Houtman et ses hommes sont de simples marins.

De fait, il n’y eut pas de réelle rencontre entre les Hollandais de Houtman et les populations de Java, leur élite aristocratique n’ayant rien de commun avec ces marchands venus faire du commerce. Ceux-ci doivent faire appel à des Portugais ou à un marchand chinois pour connaître les mesures et les monnaies locales ou maîtriser les vents. Ils se trouvent perdus dans ce monde dont ils ne comprennent pas le mode de fonctionnement, et la violence est leur seule force. Ils finissent par occuper le terrain mais reviennent tout déplumés dans leur pays. Il ne leur reste de l’équipée initiale que 90 hommes affaiblis. Certes, ils se sont emparés de l’héritage portugais, mais cette rencontre n’a pas plus d’effet sur Java et ses habitants qu’« une mouche sur du lait ».

 

– Quels sont, aux Amériques, les débuts de la colonisation espagnole ?

– Christophe Colomb est, nécessairement, en la matière, notre premier témoin. Il a dressé un récit, glorieux mais critique, de la rencontre entre populations espagnole et indienne : « Ce roi et tous les siens allaient nus comme leur mère les avait enfantés, et leurs femmes de même sans nul embarras. Ils sont tous comme les Canariens, ni nègres ni blancs. » Ce trait frappe Colomb, mais aussi le fait que les Indiens n’ont pas le sens de la propriété ni de la valeur des choses : « Tout ce qu’ils ont, ils le donnent pour n’importe quelle bagatelle qu’on leur offre, au point qu’ils prennent en échange jusqu’à des morceaux d’écuelle ou de verre cassé. » Mais qu’il leur advienne de dérober un bien et Colomb leur fait couper le nez et les oreilles ; ces bons sauvages sont tous devenus des voleurs…

« Ils croyaient tous que les chrétiens venaient du ciel et que le royaume de Castille s’y trouvait », juge Colomb : ce sont bien ses propres croyances qu’il leur attribue ainsi. « Ils viennent du ciel et sont à la recherche de l’or », aurait dit un Indien à son roi. Mais qu’en a compris Colomb qui ne saisit pas leur langage ? Il le croit parce qu’il le fait : il apporte sa religion et emporte de l’or en échange…

 

– La violence est là, dès l’origine ?

– Le philosophe et essayiste Tzvetan Todorov a étudié les textes des découvreurs comme des conquistadors. Il montre comment les traits essentiels de la colonisation sont déjà en place, embryonnaires. On y trouve l’échange inégal, la violence sexuelle, une vision de l’autre qui en fait alternativement un autre soi-même qu’on veut assimiler – on le christianise – et un esclave. La rencontre provoque un traumatisme chez les populations « découvertes ».

Notes

1. Sauf mention contraire, les références des ouvrages signalés dans le texte sont indiquées dans la bibliographie.

2. Mohammed ibn Abdul Aziz, Fath al-Mubin li al-Samiri allazi yuhibbu al-Muslimin.

BIBLIOGRAPHIE ET FILMOGRAPHIE

Livres et articles

Charles-Robert AGERON (dir.), Histoire de la France coloniale, 2 vol., Paris, Colin, 1991.

Solange ALBERRO, Les Espagnols dans le Mexique colonial. Histoire d’une acculturation, Paris, Colin, 1992.

Jean-Loup AMSELLE, Logiques métisses. Anthropologie de l’identité en Afrique et ailleurs, Paris, Payot, 1990.

Hannah ARENDT, L’Impérialisme. Les origines du totalitarisme, rééd., Paris, Seuil, « Points Essais », 2010 [1982].

Bartolomé BENNASSAR et Bernard VINCENT, Le Temps de l’Espagne, XVIe-XVIIe siècles, Paris, Fayard, « Pluriel », 2011 [1985].

Alexandre BENNIGSEN et Chantal QUELQUEJAY, Les Mouvements nationalistes chez les musulmans de Russie, Paris, Mouton, 1960.

Salvador BERNABEU, Chrisophe GIUDICELLI et Gilles HAVARD (dir.), La Indianizacíon, s. XVI-XIX, Madrid, Doce Calles, 2013.

Jean-Pierre BERTIN-MAGHIT, Lettres filmées d’Algérie. Des soldats à la caméra (1854-1962), Paris, Nouveau Monde, 2015.

Romain BERTRAND, L’Histoire à parts égales. Récit d’une rencontre, Orient-Occident, XVIe-XVIIsiècle, Paris, Seuil, 2011 ; « Points Histoire », 2014.

Pierre BOURDIEU, Travail et travailleurs en Algérie, Paris, PUF, 1958.

Fernand BRAUDEL, La Méditerranée à l’époque de Philippe II, 3 vol., rééd., Paris, LGF, 1993 [1990].

Pierre BROCHEUX et Daniel HÉMERY, Indochine. La colonisation ambiguë, 1858-1954, rééd., Paris, La Découverte, 2004 [1995].

Jacques CANTIER et Eric JENNINGS (dir.), L’Empire colonial sous Vichy, Paris, Odile Jacob, 2004.

Olivier CARRÉ et Gérard MICHAUD, Les Frères musulmans, 1928-1982, Paris, Gallimard, « Archives », 1983.

Hélène CARRÈRE D’ENCAUSSE, Réforme et révolution chez les musulmans de l’Empire russe, rééd., Paris, Les Presses de Sciences Po, 1981 [1966].

Aimé CÉSAIRE, « Discours sur le colonialisme », Présence africaine, 1955.

Jean-Pierre CHRÉTIEN, L’Afrique des Grands Lacs, rééd., Paris, Flammarion, « Champs », 2011.

Jean COHEN, « Colonisation et racisme en Algérie », Les Temps modernes, 1955, t. II, vol. II, p. 580-590.

Fanny COLONNA, Instituteurs algériens, 1883-1939, Paris, Les Presses de Sciences Po, 1975.

Patrice de COMARMOND et Claude DUCHET, Racisme et société, Paris, Maspero, 1969.

Frederick COOPER et Ann Laura STOLER, Repenser le colonialisme, Paris, Payot, 2013.

Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Enjeux politiques de l’histoire coloniale, Marseille, Agone, 2009.

Jocelyne DAKHLIA et Bernard VINCENT (dir.), Les Musulmans dans l’histoire de l’Europe, 2 vol., Paris, Albin Michel, 2011-2012.

Sylvie DALLET (dir.), Guerres révolutionnaires, histoire et cinéma, Paris, L’Harmattan, 1984.

François DOZON, Frères et sujets. La France et l’Afrique en perspective, Paris, Flammarion, 2003.

Claude et Michel DUCHET, « Un problème politique : la scolarisation de l’Algérie », Les Temps modernes, 1955-1956, t. II, vol. II, p. 1387-1421.

Georgette ELGEY, Histoire de la IVe République, 6 vol., Paris, Fayard, 1965-2012.

Frédéric ENCEL, Comprendre la géopolitique, rééd., Paris, Seuil, « Points Essais », 2011 [2009].

Frantz FANON, Peau noire, masques blancs, rééd., Paris, Seuil, « Points Essais », 2015 [1954].

Marc FERRO (dir.), Le Livre noir du colonialisme (XVIe-XXIe siècle). De l’extermination à la repentance, Robert Laffont, 2003 ; rééd., Paris, Fayard, « Pluriel », 2010 [2003].

Jean-Pierre FILIU, Les Frontières du Jihad, Paris, Fayard, 2006.

Marie FOURCADE et Inès G. ŽUPANOV (dir.), L’Inde des Lumières, XVIIe-XIXe siècle, Paris, Éditions de l’EHESS, « Purusartha », 2013.

Arlette GAUTIER, Les Sœurs de solitude. Femmes et esclavage aux Antilles du XVIIe au XIXe siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010.

Raoul GIRARDET, L’Idée coloniale en France, de 1871 à 1962, rééd., Paris, Hachette « Pluriel », 2005 [1972].

Antoine GLASER et Stephen-J. SMITH, L’Afrique sans Africains. Le rêve blanc du continent noir, Paris, Stock, 1994.

Olivier GRENOUILLEAU, Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, Paris, Gallimard, 2004.

Serge GRUZINSKI, La Colonisation de l’imaginaire. Sociétés indigènes et occidentalisation dans le Mexique espagnol des XVIe-XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1988.

Mohammed HARBI et Benjamin STORA, La Guerre d’Algérie, Paris, Hachette, « Pluriel », 2005.

Charles-André JULIEN (dir.), Les Techniques de la colonisation, XIXe-XXe siècle, Paris, PUF, 1947.

Gilles KEPEL, Jihad, rééd., Paris, Gallimard, « Folio », 2003 [2000].

Simone et Jean LACOUTURE, L’Égypte en mouvement, Paris, Seuil, 1956.

Abdallah LAROUI, L’Histoire du Maghreb, 2 vol., rééd., Paris, Maspero, 1976 [1970].

Henry LAURENS, L’Empire et ses ennemis. La question impériale dans l’histoire, Paris, Seuil, 2009.

Sophie LE CALLENNEC et Elikia MBOKOLO, Afrique noire : histoire et civilisation du XIXe siècle à nos jours, rééd., Paris, Hatier, 2004 [1992].

Bernard LEWIS, Comment l’islam a découvert l’Europe, rééd., Paris, Gallimard, « Tel », 2005 [1984].

Jean-Louis MARGOLIN et Claude MARKOVITS, Les Indes et l’Europe, histoires connectées, XVe-XXIe siècles, Paris, Gallimard, « Folio », 2015.

Jacques MARSEILLE, Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce, rééd., Paris, Albin Michel, 2005 [1986].

Charles MORAZÉ, Les Bourgeois conquérants, 2 vol, rééd., Bruxelles, Complexe, 1999-2000, [1985].

Claire MOURADIAN, De Staline à Gorbatchev. Histoire d’une République soviétique, l’Arménie, Paris, Ramsay, 1990.

André NOUSCHI, L’Algérie amère, 1914-1994, Paris, MSH, 1996.

Ahmed RASHID, L’Ombre des talibans, Paris, Autrement, 2001.

Marcus REDIKER, À bord du négrier. Une histoire atlantique de la traite, Paris, Seuil, 2013.

Jean-Pierre RIOUX (dir.), La Guerre d’Algérie et les Français, Paris, Fayard, 1990.

Olivier ROY, L’Islam mondialisé, rééd., Paris, Seuil, « Points Essais », 2004 [2002].

Pierre SINGARAVÉLOU (dir.), Les Empires coloniaux, Paris, Seuil, « Points Histoire », 2013.

Pierre-François SOUYRI, Nouvelle Histoire du Japon, Paris, Perrin, 2010.

Benjamin STORA, Histoire de l’Algérie coloniale, Paris, La Découverte, 2004.

–, Histoire de la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte, 2004.

Sanjay SUBRAHMANYAM, Vasco de Gama. Légende et tribulations du vice-roi des Indes, Seuil, « Points Histoire », 2014 [2012].

Sanjay SUBRAHMANYAM (dir.), L’Empire portugais d’Asie, 1500-1700, Seuil, « Points Histoire », 2013.

Sylvie THÉNAULT, Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale, Paris, Odile Jacob, 2015.

Tzvetan TODOROV, La Conquête de l’Amérique. La question de l’autre, Paris, Seuil, 1982.

Lucette VALENSI, Fables de la mémoire. La glorieuse bataille des Trois Rois (1578), rééd., Paris, Chandeigne, 2009 [1992].

Jeannine VERDES-LEROUX, Les Français d’Algérie de 1830 à aujourd’hui, rééd., Paris, Fayard, « Pluriel », 2015 [2001].

Pierre VIDAL-NAQUET, La Torture dans la République, rééd., Paris, Maspero, 1975 [1972].

Nathan WACHTEL, La Vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la conquête espagnole, Paris, Gallimard, 1971.

Michel WINOCK, La République se meurt. Chronique, 1956-1958, Paris, Seuil, 1978.

Filmographie

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi