La Création des identités nationales . Europe, XVIIIe-XXe siècle

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Les identités nationales ne sont pas des faits de nature, mais des constructions. La liste des éléments de base d'une identité nationale est aujourd'hui bien connue : des ancêtres fondateurs, une histoire, des héros, une langue, des monuments, des paysages et un folklore. Sa mise au point fut la grande oeuvre commune menée en Europe durant les deux derniers siècles. Le militantisme patriotique et les échanges transnationaux d'idées et de savoir-faire ont créé des identités toutes spécifiques, mais similaires dans leur différence.


Forme d'organisation politique étroitement liée au développement du capitalisme industriel, la nation a fondé sa légitimité sur le culte de la tradition et la fidélité à un héritage collectif. L'exaltation de l'archaïsme a accompagné l'entrée dans la modernité.


De l'invention des épopées barbares à la conception des musées d'ethnographie, de l'élaboration des langues nationales à celle des paysages emblématiques ou des costumes typiques, cet ouvrage retrace la fabrication culturelle des nations européennes. Leurs identités sont issues d'un travail collectif et volontariste qui s'est appuyé sur les nouveaux médias de communication. Leçon de l'histoire à retenir, sans doute, pour l'Union européenne.


Publié le : mardi 25 mars 2014
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EAN13 : 9782021175127
Nombre de pages : 320
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La création des identités nationales
Du même auteur
La Plaine et la Route Mémoire populaire du Pays de France et du Vexin (en collab. avec Michel Bozon) Fondation Royaumont, 1982
Le Roman du quotidien Lecteurs et lectures populaires à la Belle Époque Le Chemin Vert, 1984 Seuil, « Points Histoire », 2000
La Terre promue Nouveaux habitants et gens du pays dans les villages du Valois (en collab. avec Michel Bozon) Fondation Royaumont, 1986
Écrire la France Le mouvement littéraire régionaliste de la Belle Époque à la Libération PUF, 1991
Ils apprenaient la France L’exaltation des régions dans le discours patriotique Éditions de la Maison des Sciences de l’homme, 1997
La Création des identités nationales e e EuropeXVIIIXXsiècle Seuil, « L’Univers historique », 1999
Anne-Marie Thiesse
La création des identités nationales e e EuropeXVIIIXXsiècle
Éditions du Seuil
COLLECTION«POINTS HISTOIRE» FONDEE PAR MICHEL WINOCK DIRIGEE PAR RICHARD FIGUIER
ISBN9782021175110 re (ISBNpublication)2020342472, 1
© Éditions du Seuil, mars 1999, octobre 2001 pour la bibliographie mise à jour
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Pour Donatien, Florent, Romain et Emmy, à l’avenir européen.
REMERCIEMENTS
Je tiens à exprimer ma gratitude à la Fondation Alexander vonHumboldt qui m’a permis de mener dans les meilleures conditions des recherches à l’université de Tübingen. Je remer cie les membres du LudwigUhland Institut, dirigé par le pro fesseur Bausinger, pour l’aide qu’ils m’ont apportée durant mon séjour. Le projet de ce livre est issu de ces échanges internatio naux. Ma reconnaissance va également à tous ceux qui ont contribué, par leurs informations et leurs conseils, à ce travail : Réka Albert, Guy Barbichon, Catherine Bertho Lavenir, Fabri zio Bigazzi, Gudleiv Bø, Dominique Durin, Michel Espagne, Daniel Fabre, Afranio Garcia, Stéphane Gerson, Mihaï Gheorghiu, Tamás Hofer, HansUlrich Jost, Guy Latry, Ileana Loewy, Daniel Maggetti, Francis Maguet, Vera Mark, Philippe Martel, Jérôme Meizoz, Svetla Moussakova, Peter Niedermüller, Ruben Oliven, Monique Pavillon, Louis Pinto, Bärbel Plöttner, Robert Sayre, Danièle Schmidt, AnneLise Seipp, Anne Tricaud, Dany Trom, Michael Werner.
Que Michel Bouchaud soit remercié pour ses lectures cri tiques du manuscrit, et Florent Bozon pour son aide matérielle. Cet ouvrage a été achevé dans la quiétude du VieuxPalais d’Espa lion : j’en sais gré à l’Association qui œuvre à la renaissance de cette demeure historique.
L’Europe des nations
Il est peutêtre regrettable au point de vue pratique que la population de l’Europe ne soit pas une comme race, langue et aspirations ; mais elle ne l’est pas ; et les groupes différen ciés qui y subsistent ne semblent disposés ni les uns ni les autres à s’assimiler réciproque ment, ni capables de s’anéantir à jamais dans le sein d’un seul d’entre eux. ARNOLDVANGENNEP,Traité comparatif des nationalités, Paris, Payot, 1922, p. 24.
Rien de plus international que la formation des identités nationales. Le paradoxe est de taille puisque l’irréductible singularité de chaque identité nationale a été le prétexte d’af frontements sanglants. Elles sont bien pourtant issues du même modèle, dont la mise au point s’est effectuée dans le cadre d’intenses échanges internationaux.
Les nations modernes ont été construites autrement que ne le racontent leurs histoires officielles. Leurs origines ne se per dent pas dans la nuit des temps, dans ces âges obscurs et héroïques que décrivent les premiers chapitres des histoires nationales. La lente constitution de territoires au hasard des conquêtes et des alliances n’est pas non plus genèse des nations : elle n’est que l’histoire tumultueuse de principautés ou de royaumes. La véritable naissance d’une nation, c’est le moment où une poignée d’individus déclare qu’elle existe et entreprend de le prouver. Les premiers exemples ne sont pas e antérieurs auXVIIIsiècle : pas de nation au sens moderne, c’estàdire politique, avant cette date. L’idée, de fait, s’inscrit dans une révolution idéologique. La nation est conçue comme
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La Création des identités nationales
une communauté large, unie par des liens qui ne sont ni la sujé tion à un même souverain ni l’appartenance à une même reli gion ou à un même état social. Elle n’est pas déterminée par le monarque, son existence est indépendante des aléas de l’his toire dynastique ou militaire. La nation ressemble fort au Peuple de la philosophie politique, ce Peuple qui, selon les théoriciens du contrat social, peut seul conférer la légitimité du pouvoir. Mais elle est plus que cela. Le Peuple est une abstrac tion, la nation est vivante. Mais de quoi est faite la nation ? On connaît bien la défini tion de Renan : « L’existence d’une nation est un plébiscite de 1 tous les jours . » Cette formule est souvent invoquée pour accréditer la thèse d’une conception spécifiquement française, non organique, de la nation. On omet généralement de citer les préalables, qui répondent implicitement à la question essen tielle, à savoir pourquoi les Auvergnats et les Normands sont tous appelés à participer au plébiscite de la nation française, mais non point les Lettons ou les Andalous. Ce qui fait la nation, selon Renan, « c’est un riche legs de souvenirs », « comme l’individu, c’est l’aboutissant d’un long passé d’ef forts, de sacrifices et de dévouements ». Et Renan de préciser : « Le culte des ancêtres est de tous le plus légitime ; les ancêtres nous ont faits ce que nous sommes. » L’objet du plébiscite, en fait, c’est un héritage, symbolique et matériel. Appartenir à la nation, c’est être un des héritiers de ce patrimoine commun et indivisible, le connaître et le révérer. Les bâtisseurs de nation, par toute l’Europe, n’ont cessé de le répéter.
Tout le processus de formation identitaire a consisté à déterminer le patrimoine de chaque nation et à en diffuser le culte. La première étape de l’opération n’allait pas de soi : les ancêtres n’avaient pas rédigé de testament indiquant ce qu’ils souhaitaient transmettre à leurs descendants et il était en outre nécessaire de choisir parmi les ancêtres ceux qui étaient rete
1. Ernest Renan, « Qu’estce qu’une nation ? », conférence faite en Sorbonne le 11 mars 1882, première publication :Bulletin hebdoma-daire, Association scientifique de France, 26 mars 1882 ; dansŒuvres complètes, Paris, CalmannLévy, 1947 (édition établie par Henriette Psi chari), tome I, section « Discours et conférences ».
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