La Dérive fasciste . Doriot, Déat, Bergery 1933-1945

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Le communiste Doriot, le socialiste Déat, le radical Bergery : voilà des hommes qui, en 1933, occupent des places en vue dans la gauche française et que l'on retrouve, quelques années plus tard, partisans de la collaboration avec Hitler et d'une adaptation du pays au nazisme vainqueur. Des itinéraires marginaux, sans doute, mais point exceptionnels. Ces itinéraires de fascisation connurent des rythmes et des degrés d'aboutissement inégaux d'un individu à l'autre, mais ils participèrent d'un même processus qui éclaire la situation problématique du fascisme en France. Au regard des prototypes que constituent le fascisme italien et le nazisme, on ne peut guère parler en France que d'un phénomène fascistoïde : produit de l'attraction exercée, dans les années trente, sur des dissidents en quête d'une rénovation nationale par des régimes fascistes qui représentaient à la fois des menaces et des modèles, il trouva son apogée après la défaite dans la soumission à un fascisme hégémonique étranger.


Publié le : mardi 25 mars 2014
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EAN13 : 9782021164756
Nombre de pages : 540
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La Dérive fasciste
Du même auteur
AUX MÊMES ÉDITIONS
La Dérive fasciste Doriot, Déat, Bergery « L’Univers historique », 1986 Hitler et les Juifs Genèse dun génocide « L’Univers historique », 1989 et « Points histoire », 1995 La France à lheure allemande 19401944 « L’Univers historique », 1995 et « Points Histoire », 1997 Fascisme, nazisme, autoritarisme « Points Histoire », 2000
Philippe Burrin
La Dérive fasciste
Doriot, Déat, Bergery 19331945
PRÉFACE INÉDITE DE LAUTEUR
Éditions du Seuil
COLLECTION « POINTS HISTOIRE » FONDÉE PAR MICHEL WINOCK DIRIGÉE PAR RICHARD FIGUIER
ISBN2020589230 (ISBN202009357X première édition)
Éditions du Seuil, octobre 1986, mars 2003 pour la présente édition.
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A Irène
Préface
Un premier ouvrage est, diton, un coup dessai. Une repa rution seize ans plus tard, en édition de poche, cest au moins un coup de chance. Pour lauteur, un motif de satisfaction, mais aussi de perplexité. Il souhaiterait un livre mieux fait, il le ferait aujourdhui autrement, à supposer quil lui vienne à lesprit de le faire. Historien, il se demande sil est mieux placé que dautres pour regarder pardessus son épaule. Il peut au moins rappeler une étape et indiquer le cheminement depuis.
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La recherche pour ce travail débuta à la fin des années 1970, avec les encouragements de Saul Friedländer, qui enseignait alors à Genève, avant de rejoindre la Californie. Le manuscrit, achevé au début de 1985, trouva un lecteur attentif en Michel Winock, qui décida, ô joie, de le publier. Louvrage connut à sa parution, lannée suivante, ce quil est convenu dappeler un succès destime, et cela seul importait. Son écho fut pour tant, me sembletil, plus fort que ses ventes : hasard dun débat, rencontre dun climat. En 1986, le débat qui avait entouré la parution en 1983 du livre de Zeev Sternhell,Ni droite ni gauche, vibrait encore. En défendant la thèse dune idéologie fasciste imprégnant en pro fondeur, en dépit dun insuccès politique patent, la France des années 1930, en particulier les milieux intellectuels, lhistorien israélien avait suscité un vif intérêt, quavait alimenté la forte critique des historiens spécialistes. Doù lattention prêtée à une nouvelle étude qui prenait position sous un angle différent, la trajectoire vers le fascisme dhommes de gauche (Pierre Nora accueillit généreusement dansLe Débatun aperçu de 1 cette recherche *).
*Les notes sont placées à la fin de l’ouvrage.
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La Dérive fasciste
Le climat politique se trouvait être non moins propice. Le Front national montait en puissance après sa percée de 1984, renforçant à gauche le déboussolement engendré par le virage du gouvernement vers la politique daustérité. La situation appelait la comparaison avec une autre alternance, celle du Front populaire cinquante ans plus tôt, qui navait pas trop bien fini, ou en tout cas dont certaines têtes de file navaient pas bien fini du tout. A droite et à lextrême droite, on voulut se réjouir quun ouvrage rappelât la contribution de la gauche au fascisme, et on sempressa de le tirer dans une direction quillustre assez bien le titre dun brûlot publié par le Club de lHorloge en 2 1984,Socialisme et fascisme : une même famille ?Les hom mes politiques de droite en France aiment renvoyer la balle du fascisme dans le camp opposé. A gauche, chez les francstireurs surtout, on marqua de la curiosité pour des itinéraires déviants, peutêtre dans lidée que si danger fasciste il y avait, la vigilance commandait de se garder de tous côtés. A partir du milieu des années 1980, pour une décennie peutêtre, il y eut, en tout cas, une renaissance de la thé matique du fascisme et de lantifascisme. La synthèse de Pierre Milza,Fascisme français, soustitrée significativementPassé 3 et Présent, en offre un symptôme parmi dautres . La plupart des historiens, Pierre Milza le premier, étaient pourtant scep tiques devant lassimilation du Front national au fascisme. Rien détonnant que le concept de nationalpopulisme, proposé par PierreAndré Taguieff, se soit rapidement imposé. Quoi quil en soit, cette renaissance demeura limitée. Com mençait à déferler la vague dintérêt pour Vichy et pour lHolo causte. En 1987, Henry Rousso publiait sonSyndrome de Vichy, et lannée suivante Eric Vigne faisait paraître en traduction le maîtreouvrage de Raul Hilberg,La destruction des Juifs 4 d’Europe, vingtsept ans après la première édition anglaise . Vichy, son autoritarisme, son antisémitisme, sa xénophobie : le fascisme des années 30 en apparaissait bien pâlot. Futil même jamais le bon point de référence ? Au fond, son terreau avait été la crise de la démocratie parlementaire et le dilemme de la paix et de la guerre davantage que la xénophobie et le racisme.
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