Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 8,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

La Fièvre hexagonale. Les grandes crises politiques 1871-1968

De
0 page

La fièvre hexagonale


" Je ne crois pas qu'il y ait plus de haine aujourd'hui chez nous qu'au bon vieux temps. La guerre civile y a été froide ou chaude selon les époques, mais perpétuelle. " Ainsi s'exprimait François Mauriac, en 1968, au plus fort d'une nouvelle convulsion politique dont la France a la spécialité.


À travers les grandes crises, décrites l'une après l'autre, l'auteur s'interroge sur cette permanence, mais aussi sur les chances, désormais entrevues, d'une vie politique pacifiée : les Français sauront-ils enfin vivre ensemble ?





Michel Winock


Professeur émérite d'histoire contemporaine à Sciences-Po, auteur de nombreux ouvrages, il a reçu le prix Médicis essai pour Le Siècle des intellectuels (1997) et le prix Goncourt de la biographie pour Madame de Staël (2010). Il vient de publier au Seuil Les Derniers Feux de la Belle Époque (2014).


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

La Commune de 1871

de presses-universitaires-de-france

La Seconde République

de presses-universitaires-de-france

couverture

Du même auteur

Histoire politique de la revue « Esprit », 1930-1950

Seuil, « L’univers historique », 1975

Rééd. sous le titre :

« Esprit ». Des intellectuels dans la Cité, 1930-1950

Seuil, « Points Histoire » no 200, 1996

 

La République se meurt

Chronique, 1956-1958

Seuil, 1978 ; Gallimard, « Folio », 1985 ; 2008

 

Mémoires d’un communard. Jean Allemane

(présentation, notes et postface)

Maspero, 1981

 

Édouard Drumont et Cie

Antisémitisme et fascisme en France

Seuil, « XXe siècle », 1982

 

Chronique des années soixante

« Le Monde » / Seuil, « XXe siècle », 1987 ;

« Points Histoire » no 136, 1990

 

1789, l’année sans pareille

« Le Monde » / Orban, 1988 ;

Hachette, « Pluriel », 1990 ; Perrin, « Tempus », 2004

 

Nationalisme, Antisémitisme et Fascisme en France

Seuil, « Points Histoire » no 131, 1990 ; 2004

 

L’Échec au roi, 1791-1792

Orban, 1991 ; Le Livre du mois, 2011

 

Le Socialisme en France et en Europe

XIXe-XXe siècle

Seuil, « Points Histoire » no 162, 1992

 

Les Frontières vives

Journal de la fin du siècle (1991)

Seuil, 1992

 

Parlez-moi de la France

Plon, 1995

et Seuil, « Points » no P336, 1997

Rééd. sous le titre :

Parlez-moi de la France

Histoire, idées, passions

Perrin, 2010

 

Le Siècle des intellectuels

Seuil, 1997 ; « Points Histoire » no 364, 1999 ; 2006

Prix Médicis essai 1997

 

1914-1918

raconté par Michel Winock

Perrin, 1998 ; 2008

 

La France politique

XIXe-XXe siècle

Seuil, 1999 ; « Points Histoire » no 256, 1999 ; 2003

 

Les Voix de la liberté

Les écrivains engagés au XIXe siècle

Seuil, 2001 ; « Points Histoire » no 430, 2010

Prix R. de Jouvenel de l’Académie française

 

La Belle Époque

La France de 1900 à 1914

Perrin, 2002 ; « Tempus », 2003

 

Jeanne et les siens

Seuil, 2003 ; « Points », no 1263, 2004

Prix Eugène-Colas de l’Académie française

 

La France et les Juifs

De 1789 à nos jours

Seuil, « L’univers historique », 2004

« Points Histoire » no 350, 2005

Prix Montaigne de Bordeaux

 

Victor Hugo dans l’arène politique

Bayard, 2005

 

Pierre Mendès France

Bayard / BnF, 2005

 

L’Agonie de la IVe République

13 mai 1958

Gallimard, 2006

 

La Gauche en France

Perrin, « Tempus », 2006

 

La Gauche au pouvoir

L’héritage du Front populaire

(en collaboration avec Séverine Nikel)

Bayard, 2006

 

Clemenceau

Perrin, 2007 ; « Tempus », 2011

Prix Aujourd’hui 2008

 

1958, la naissance de la Ve République

Gallimard, « Découvertes », 2008

 

L’Élection présidentielle en France

1958-2007

Perrin, 2008

 

Le XXe siècle idéologique et politique

Perrin, « Tempus », 2009

 

Madame de Staël

Fayard, 2010, Pluriel, 2012

Prix Goncourt de la biographie 2010

 

L’Effet de génération

Une brève histoire des intellectuels français

Éditions Thierry Marchaisse, 2011

 

La Droite

Hier et aujourd’hui

Perrin, 2012

En collaboration avec Jean-Pierre Azéma

Les Communards

Seuil, 1964 ; éd. revue et complétée, 1971

 

Naissance et mort de la IIIe République

Calmann-Lévy, 1971 ; éd. revue et complétée, 1976

Rééd. sous le titre :

La Troisième République

Hachette, « Pluriel », 1978 ; 1986

Ouvrages collectifs

Pour la Pologne

Seuil, 1982

 

Pour une histoire politique

(sous la direction de René Rémond)

Seuil, « L’univers historique », 1988 ;

« Points Histoire » no 199, 1996

 

« Jeanne d’Arc »

in Les Lieux de mémoire

(sous la direction de Pierre Nora)

tome VIII, Gallimard, 1992

 

Histoire de l’extrême droite en France

(direction de l’ouvrage)

Seuil, « XXe siècle », 1993 ; « Points Histoire » no 186, 1994

 

La France de l’affaire Dreyfus

(sous la direction de Pierre Birnbaum)

Gallimard, 1993

 

Dictionnaire des intellectuels français

(codirection de l’ouvrage avec Jacques Julliard)

Seuil, 1996 ; 2002

 

Les Cultures politiques

(sous la direction de Serge Berstein)

Seuil, « L’univers historique », 1999

 

HISTOIRE DE LA FRANCE POLITIQUE

(sous la direction de Serge Berstein,

Philippe Contamine, Michel Winock)

1. Le Moyen Âge

(sous la direction de Philippe Contamine)

Seuil, « L’univers historique », 2002 ;

« Points Histoire » no 367, 2008

 

2. La Monarchie entre Renaissance et Révolution

(sous la direction de Joël Cornette)

Seuil, « L’univers historique », 2000 ;

« Points Histoire » no 368, 2008

3. L’invention de la démocratie

(sous la direction de Serge Berstein et Michel Winock)

Seuil, « L’univers historique », 2003 ;

« Points Histoire » no 369, 2008

 

4. La République recommencée

(sous la direction de Serge Berstein et Michel Winock)

Seuil, « L’univers historique », 2004 ;

« Points Histoire » no 370, 2008

Remerciements


En tête de ce livre, je tiens à dire ma gratitude à Anne Sastourné, Jean-Pierre Azéma et Anthony Rowley, premiers lecteurs de mon manuscrit : leurs remarques et suggestions m’ont été précieuses. Je remercie aussi Colette Chambelland, pour avoir facilité mon travail à la bibliothèque du Musée social.

Avant-propos


Au moment où ce livre paraît, un quinquagénaire français peut se flatter d’avoir vécu sous quatre régimes distincts : trois républiques et une dictature sous tutelle étrangère — sans parler des gouvernements provisoires. Cette simple observation signale déjà l’instabilité de nos institutions. Si l’on prend un peu plus de recul, c’est à une bonne quinzaine de constitutions ou de textes équivalents que s’élève la consommation politique nationale depuis 1791. Pour un citoyen des îles Britanniques, de la Suisse, des États-Unis ou des pays scandinaves, le comportement politique des Français peut paraître frappé d’une inquiétante singularité. Même si l’on replace la France dans les zones plus tempétueuses du continent européen, les grands rythmes de son histoire gardent une forte originalité. Depuis un siècle environ, on constate, en effet, que bon nombre des pays de l’Europe du Centre et du Sud ont connu une évolution en trois temps : 1. abolition ou transformation libérale de l’ancien régime ; 2. contre-révolution dictatoriale ; 3. instauration de la démocratie libérale. Ainsi de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Autriche, de l’Espagne, du Portugal, de la Grèce. La France, quant à elle, a suivi un autre cours. L’absolutisme renversé, elle a instauré un régime républicain et établi le suffrage universel avant les autres nations européennes. Précocité douloureuse et Révolution longtemps inachevée : les réactions césariennes et monarchiques, entrecoupées de nouveaux jaillissements démocratiques, ont pressé la cadence du XIXe siècle jusqu’à l’effondrement de Sedan, où le second Empire a reçu son coup de grâce le 2 septembre 1870.

C’est sur ce moment-là que s’ouvre mon livre, c’est-à-dire sur l’histoire proprement dite de la République. De 1870 à nos jours, l’effervescence constituante s’est modérée. Alors que du 3 décembre 1791 au 21 mai 1870 on peut dénombrer dix ou onze textes faisant figure de constitutions, on n’en compte que quatre depuis la chute de Napoléon III, dont trois gardent fidélité aux principes républicains. Pourtant, ce ralentissement dans la succession des régimes politiques ne saurait dissimuler la fragilité durable des modes français de gouvernement, non plus que la précarité de l’équilibre institutionnel. La cause est entendue : le consensus n’est pas un mot français. S’il tend à le devenir, c’est depuis peu. Quel que fût le régime, de 1791 aux années 1970 la discorde a prévalu : aux trois droites répertoriées par René Rémond (les Droites en France, Aubier) s’opposaient au moins trois gauches, qui, toutes, avaient leur solution. Cette rivalité passionnée entre les multiples familles de la nation a imprimé à notre histoire contemporaine un caractère dramatique : les crises politiques qui la ponctuent font l’objet même de cette étude.

Qu’entendons-nous ici par crises politiques ? La définition doit en être donnée pour justifier le nombre de celles qui sont passées en revue — huit au total. Ce sont les grandes perturbations qui ont mis en danger le système de gouvernement républicain. De ce fait, on a éliminé une série de tensions et de commotions publiques (séquence anarchiste des années 1891-1893, « Panama », mouvement social de 1919-1920, Front populaire, « Munich », grèves dites insurrectionnelles de 1947…), dans la mesure où elles n’ont pas exercé une véritable menace sur l’organisation des pouvoirs à moins qu’elles ne fussent, comme l’année 1944, le dénouement d’une crise antérieure, en l’occurrence celle de 1940. Les crises retenues sont en rapport direct avec la forme gouvernementale du pays remise par elles en question. Il s’agit : 1. de la Commune de Paris, dont une des causes est le danger de restauration monarchique ; 2. du 16 mai 1877, dont l’enjeu est la prééminence disputée entre l’exécutif et le législatif ; 3. du boulangisme, protestation contre la prépotence de la Chambre au préjudice du suffrage universel ; 4. de l’affaire Dreyfus, nouvelle offensive contre la souveraineté parlementaire sous les couleurs nouvelles du nationalisme ; 5. du 6 février 1934, qui traduit le ralliement d’une partie des classes moyennes aux solutions d’autorité contre le système parlementaire ; 6. du 10 juillet 1940, qui clôt, à la faveur de la défaite, la IIIe République ; 7. du 13 mai 1958, qui achève, à l’occasion de la guerre d’Algérie, la IVe République ; 8. de mai 1968, qui inaugure une nouvelle forme de contestation et boucle le cycle des convulsions étudié. Ces huit crises font, dans cet ouvrage, l’objet d’une analyse séparée mais, de l’une à l’autre, on suivra le jeu des continuités et des ruptures. Dans un chapitre final, je proposerai quelques thèmes de réflexion tournant autour d’un pourquoi récapitulatif.

L’objet de ce livre étant défini, je voudrais, pour finir ce préambule, dissiper un éventuel malentendu. Une histoire consacrée aux crises pourrait porter à se représenter la France comme le pays par excellence de la division insurmontable, de l’affrontement continu, de la guerre civile tantôt larvée, tantôt débridée — comme si l’auteur ne tendait à rien tant qu’à faire apparaître la cohésion nationale comme un leurre. On verra que la philosophie qui préside à cet ouvrage est tout autre. S’il fallait justifier mon choix — l’étude des spasmes, des ruptures, des fractures plutôt que celle des continuités, des structures, des régularités — je dirais que l’étude des divisions passées contribue, mieux que les discours unanimistes, à l’élaboration d’un « vouloir-vivre-ensemble ». Contrairement à certains propos de l’heure, l’étude historique des grandes crises incline plutôt à l’optimisme. Il faut user du mot avec prudence, mais pourquoi ne pas en faire l’aveu ? Les divisions du corps social sont aujourd’hui infiniment moindres que jadis. Il se pourrait que les Français soient enfin entrés dans l’ère démocratique, autrement dit qu’ils acceptent de confronter leurs différences selon une règle commune. Au demeurant, l’historien n’est pas un augure ; modestement, il ne peut témoigner que de ce qui a été, non de ce qui sera.

1

La Commune de Paris


La Commune traîne sur ses pas des images de feu et de sang. Le mot « crise » est trop faible pour en désigner le tumulte et l’agonie. Il faut bien pourtant prendre en compte les soixante-douze jours de cette guerre civile qui laissent une sanie au flanc de la IIIe République. Mais, à vrai dire, en ces journées de mars 1871 où se noue le drame, les Français sont-ils sûrs d’être en république ? Le pouvoir bonapartiste, abattu par la défaite militaire de Sedan, le 2 septembre 1870, avait laissé place à un gouvernement provisoire qui n’avait pour toute légitimité que les battements de mains de la foule rassemblée le surlendemain sous le balcon de l’Hôtel de Ville. Justement, après l’armistice signé le 28 janvier 1871 avec la Prusse, des élections générales avaient eu lieu le 8 février. Des élections improvisées car les Allemands occupaient une partie du territoire, Paris n’avait pas renoué ses liens avec la province, les centres urbains étaient coupés des campagnes faute de communications normales. Mais ces élections avaient été prévues par la convention d’armistice : l’Assemblée nationale qui en sortirait devait trancher du sort de la guerre. Dans leur majorité, les Français avaient glissé dans l’urne un vœu de paix ; du même coup, sans y trop prendre garde, ils avaient émis un vote hostile aux républicains, assimilés au « parti de la guerre ». Les grandes villes, Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille, Toulouse, Nantes et bien d’autres, avaient confirmé leur choix républicain de 1869, tandis que les campagnes avaient massivement mandaté les conservateurs qui s’étaient présentés un rameau d’olivier à la boutonnière. Le scrutin départemental avait permis aux cantons ruraux de noyer les suffrages citadins. Le 12 février, quand l’Assemblée nationale se réunit à Bordeaux, les monarchistes n’en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles : ils ont obtenu une majorité écrasante. L’heure de la revanche, tant attendue depuis 1830 ou 1848, est arrivée.

Très vite, la tension monte entre Paris et Bordeaux ; entre la ville républicaine et la majorité « rurale » (le mot est d’Adolphe Crémieux) qui tient l’Assemblée ; entre le patriotisme outragé de la capitale et l’impatience de conclure la paix manifestée par la droite et les modérés.

L’assemblée de Bordeaux avait élu Thiers « chef du pouvoir exécutif de la République française ». Un titre qui n’engageait à rien. Dans les urgences, il y avait un ordre : d’abord la paix ; ensuite on verrait la question du régime. Du reste, aux yeux des monarchistes, il n’était point mauvais que ce fût, nominalement, la République qui assumât la défaite aux conditions sévères exigées par Bismarck : un tribut de 5 milliards de francs or, et, surtout, surtout, l’amputation des trois départements de l’Est. Les préliminaires de la paix, signés à Versailles le 26 février, avaient donné lieu deux jours plus tard à un débat pathétique à Bordeaux. Nul mieux que Victor Hugo n’y sut parler de l’Alsace et de la Moselle abandonnées, de la patrie meurtrie et du peuple de Paris humilié :

« Depuis cinq mois, Paris combattant fait l’étonnement du monde ; Paris, en cinq mois de république, a conquis plus d’honneur qu’il n’en avait perdu en dix-neuf ans d’empire.

« Ces cinq mois de république ont été cinq mois d’héroïsme. Paris a fait face à toute l’Allemagne ; une ville a tenu en échec une invasion ; dix peuples coalisés, ce flot des hommes du nord qui, plusieurs fois déjà, a submergé la civilisation, Paris a combattu cela. Trois cent mille pères de famille se sont improvisés soldats. Ce grand peuple parisien a créé des bataillons, fondu des canons, élevé des barricades, creusé des mines, multiplié ses forteresses, gardé son rempart ; et il a eu faim, et il a eu froid ; en même temps que tous les courages, il a eu toutes les souffrances. »

C’était, sur le ton oratoire, un bon résumé du siège de Paris. A une lacune près : le sentiment de la trahison partagé par beaucoup de Parisiens à l’encontre d’un gouvernement dont le caractère provisoire ne pouvait excuser les hésitations, les piétinements et finalement l’impéritie. Ce Favre, ce Trochu, ce Picard, qui avaient dirigé Paris pendant le siège et qui se retrouvaient sous les honneurs, c’est peu dire qu’une moitié de la capitale les exècre. Ce sont eux qui ont préparé le lit de cette paix honteuse, dont le projet présenté par Thiers est approuvé par l’Assemblée : 546 voix contre 107 cris. L’émotion des Parisiens était d’autant plus forte que, le 1er mars, les troupes allemandes faisaient leur entrée dans la capitale — une concession de prestige faite par Thiers à Bismarck, en échange de la conservation de Belfort où Denfert-Rochereau avait tenu jusqu’au bout l’envahisseur en respect. Les uhlans avaient foulé le pavé des Champs-Élysées, s’étaient installés à Auteuil et à Passy, dans une ville tendue de noir et frissonnant de colère muette. Le 3 mars, la parade était finie : les préliminaires étaient ratifiés. Qui ne connaît la passion patriotique des Parisiens de ce temps-là ne peut comprendre la genèse de la Commune. Au début de mars, ils sont abreuvés de honte.

Ce ressentiment s’accompagnait d’une crainte, fondée sur l’arithmétique parlementaire : une fois la capitulation légalisée, n’allait-on pas subir la restauration à la suite ? « La République est le gouvernement qui nous divise le moins », dira Thiers, mais la majorité pouvait en décider autrement. Or, au lieu de rassurer une opinion parisienne blessée par tant d’espérance trompée, tant de vains sacrifices, tant d’ardeur gaspillée, l’Assemblée de Bordeaux y est allée de toutes ses rancœurs et de toutes ses maladresses. Le 6 mars, elle décide de ne pas reprendre siège à Paris. On propose Bourges, Fontainebleau, Versailles : « La France sait que Paris est le chef-lieu de la révolte organisée », dit un orateur. Victor Hugo, qui va bientôt démissionner, émet encore ses protestations :

« Paris s’est dévoué pour tous ; il a été la ville superbe du sacrifice. Voilà ce qu’il vous a fait. Il a plus que sauvé la vie à la France, il lui a sauvé l’honneur. Et vous vous défiez de Paris ! et vous mettez Paris en suspicion ! »

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin