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La Guerre d'Indochine (1945-1954)

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La guerre d'Indochine


Cet ouvrage synthétique offre une approche sereine de la première guerre d'Indochine ¿ celle des Français. Le livre s'ouvre sur un tableau du pays à l'époque coloniale. Puis, l'analyse des faits et des tempéraments, des doctrines et des documents puisés aux meilleures sources permet une présentation complète de cette longue guerre coloniale, qui est à la fois un conflit révolutionnaire modèle, un moment de l'affrontement Est-Ouest et un chapitre très lourd de l'histoire de la IVe République.





Jacques Dalloz


Agrégé et docteur en histoire, il est professeur honoraire de classes préparatoires.


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Du même auteur
La France de la Libération, 1944-1946 e PUF, « Que sais-je ? », 2 éd., 1991 Histoire de la France e au XX siècle par les textes Masson, 1985 Textes de politique étrangère de la France PUF, « Que sais-je ? », 1989 Textes sur la décolonisation PUF, « Que sais-je ? », 1989 Dien Bien Phu La Documentation française, « Les Médias et l’événement », 1991 Georges Bidault, biographie politique L’Harmattan, 1993 La Création de l’État d’Israël La Documentation française, « Les Médias et l’événement », 1993 La France et le Monde depuis 1945 e Armand Colin, Cursus, 2002, 2 éd. e La IV République Seuil, « Mémo », 1996 Chronologie de la France depuis 1944 Seuil, « Mémo », 1997 Francs-Maçons d’Indochine 1868-1975 Edimaf, 2002 Dictionnaire de la guerre d’Indochine
1945-1954 Armand Colin, 2006
EN COLLABORATION
Les Guerres d’Indochine de 1945 à 1975 (dir. Ch.-R. et Ph. Devillers) IHTP, 1996 e La IV République Histoire, recherches et archives (dir. J.-J. Becker) APHGI Centre historique des archives nationales, 1997 L’Année 1947 (dir. S. Berstein et P. Milza) Presses de Sciences Po, 2000 Du capitaine de HautecIocque au général Leclerc (dir. Ch. Levisse-Touzé) Bruxelles, Complexe, 2000
ISBN 978-2-02-123219-6
re (ISBN 1 édition, 2-02-009483-5)
© Éditions du Seuil, février 1987
Cet ouvrage a été numérisé en partenariat avec le Centre National du Livre.
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
L’INDOCHINE
Une création française
1
L’Indochine coloniale
Gesta Dei per Francos :en 1858, l’empire d’Annam s’en prenait aux chrétiens et aux missionnaires ; ce fut le prétexte avancé par les Français pour y intervenir militairement. En même temps qu’il donnait ainsi satisfaction à l’opinion catholique, le gouvernement de Napoléon III se préparait à investir un pays qui devait lui ouvrir la Chine du Sud. La conquête commencée par le Second Empire fut poursuivie par la Troisième République. En un tiers de siècle, la France se constitua un domaine extrême-oriental. Liant des pays de traditions différentes, l’Indochine était une création coloniale, encore que ses frontières correspondissentgrosso modo aux limites que les empereurs d’Annam souhaitaient assigner à leur souveraineté. Créée en 1887, l’Union indochinoise devait être organisée durablement par Doumer, arrivé comme gouverneur général dix ans plus tard, alors que la pacification venait de s’achever. Vaste comme une fois et demie la France, le territoire mêle des populations des plus variées. C’est le cas notamment des montagnes (chaîne centrale et haute région du Nord) : ces zones faiblement occupées (3 ou 4 habitants au kilomètre carré), ravagées par la malaria, font figure de musée ethnographique. A des populations très anciennes de type indonésien que les Vietnamiens qualifient de Moïs (sauvages), sont venus s’ajouter, coulant du Yunnan chinois vers le sud, des peuples plus récents et plus évolués : Thaïs (au nombre de 1 million dans l’entre-deux-guerres), Mans (100 000), Méos (les derniers venus), etc. Le fréquent enchevêtrement de ces ethnies n’a pas empêché chacune d’elles de conserver sa spécificité, les Thaïs l’emportant par le nombre au nord, les Moïs au sud. Du fait du relief compartimenté, chaque groupe se subdivise en sous-groupes offrant la plus grande diversité. Ainsi, les Moïs se distinguent entre eux par la langue, par le degré d’évolution de leur économie (certains pratiquent la riziculture irriguée), par leur droit (maternel ou paternel), etc. Si variées qu’elles soient, les populations montagnardes présentent en général quelques traits communs, tels que l’organisation tribale, la culture extensive (sur brûlis), l’ignorance de l’écrit, les pratiques animistes. Le relief a empêché toute construction politique de s’établir dans la cordillère. A l’ouest, dans les bassins du cours moyen du Mékong, les Laos (qui appartiennent au groupe thaï) ont pu constituer des principautés, comme celle de Luang Prabang. Et plus au sud, dans la plaine qui entoure le Grand Lac, les Khmers ont fondé un royaume dont les ruines d’Angkor attestent la splendeur passée. Mais, menacé d’un côté par l’Annam,
e de l’autre par le Siam, le pays était en pleine décadence au XIX siècle. Couvrant jadis toutes les plaines du bas Mékong, il avait déjà été amputé au profit de l’Empire annamite de la zone du delta, cette Cochinchine où, en 1939, vivent encore 600 000 Cambodgiens. Le protectorat établi par la France de Napoléon III avait sans doute sauvé le Cambodge de la disparition. Par leur écriture, leur art, leur religion (il s’agit du bouddhisme dit du Petit Véhicule), Laos et Khmers sont fort proches des Siamois. C’est que, contre la cordillère Annamitique, est venue battre et s’éteindre la culture hindoue. La montagne a servi de ligne de séparation non seulement aux expansionnismes rivaux du Siam et de l’Annam, mais aussi aux deux grandes aires de civilisation de l’Extrême-Orient, l’hindoue et la chinoise. Annam : le Sud pacifié. C’est ainsi que les Chinois désignaient leur marche méridionale. A l’époque où les Annamites (alias Vietnamiens) se trouvaient sous la domination de l’empire du Milieu, ils étaient concentrés dans le delta du fleuve Rouge, c’est-à-dire dans un espace grand comme deux gros départements français. En 1939, voilà exactement un millénaire que le pays s’est libéré de la tutelle chinoise, et on se rappelle le libérateur, Ngo Quyen, comme un des héros nationaux. Si, par la suite, l’Annam a payé tribut aux Célestes, jamais ceux-ci n’ont pu rétablir durablement leur domination sur le prétendu Sud pacifié, que protège d’ailleurs du puissant voisin une barrière montagneuse haute et épaisse. Civilisation de la riziculture inondée, la civilisation vietnamienne dédaigne les hauteurs boisées de la chaîne Annamitique. Depuis des siècles, l’expansion de ce peuple s’est faite le long des côtes. Glissant progressivement vers le sud, il a occupé les plaines littorales de plus en plus étroites de ce qu’on nomme Annam à l’époque française, avant de trouver dans le delta du Mékong une vaste zone à coloniser. Cette marche séculaire vers le midi s’est faite au détriment de populations hindouisées. Créateurs du royaume du Champa, les Chams ont quasiment disparu (il n’en subsiste que quelques milliers en 1939). Quant aux Khmers de Cochinchine, ils étaient supplantés depuis plusieurs décennies lorsque les Français annexèrent la région. Près de 2 000 kilomètres de long, mais guère plus de 70 000 kilomètres carrés de superficie : le pays vietnamien s’étire de la frontière chinoise à la pointe de Camau, émietté en une série de plaines parfois coupées les unes des autres par la chaîne Annamitique, ne prenant quelque ampleur que dans les deux deltas. Un bâton portant à chaque extrémité un lourd panier : c’est ainsi que la géographie du pays est volontiers schématisée à l’époque coloniale par l’image coutumière du balancier porté sur l’épaule par le Vietnamien. Entre le delta du fleuve Rouge, minutieusement mis en valeur depuis des siècles, et la Cochinchine, terre de colonisation où des pionniers, refoulant la minorité cambodgienne, assainissent progressivement une vaste zone amphibie, les différences sont évidentes. Français et Américains ne vont pas manquer, à l’occasion, d’y insister. Il n’importe, il s’agit bien du même peuple, parlant malgré quelques variations dialectales la même langue, d’un peuple marqué fortement par la Chine. La domination politique de l’empire du Milieu a disparu, non l’empreinte de sa civilisation. Méthodes agricoles, écriture idéogrammique, courants idéologiques et religieux (à commencer par le bouddhisme du Grand Véhicule), système social et politique : partout l’influence chinoise. e Depuis le début du XIX siècle, la capitale était passée d’Hanoï à Hué. La cour de Hué, avec ses tabous, son étiquette, l’organisation de sa bureaucratie, était à l’image de celle de Pékin. L’empereur, qualifié de « fils du ciel », servait de médiateur entre celui-ci et ses sujets. Le rite propitiatoire du premier sillon tracé au printemps par le souverain
symbolisait ce rôle. On disait que l’empereur avait le mandat du ciel. Ce mandat pouvait être perdu. Les clercs étaient experts à découvrir, après coup, les signes avant-coureurs du phénomène : catastrophes, problèmes sociaux, crise morale. Ainsi étaient légitimés la révolte et le changement de dynastie. Le terme de « féodalité » employé par certains auteurs ne doit pas en faire accroire. Le système féodal, tel qu’on avait pu le connaître en Europe occidentale ou au Japon, n’existait ni en Chine ni au Vietnam. La monarchie s’y appuyait sur une hiérarchie de fonctionnaires, les mandarins, recrutés par un système complexe de concours triennaux. On se présentait à ces épreuves jusqu’à un âge avancé, et c’était un honneur qui rejaillissait sur tout un village, sur tout un clan, d’y réussir. Participant, à l’instar de l’empereur, au maintien de l’harmonie du monde, les mandarins, qualifiés de « pères et mères du peuple », jouissaient comme l’empereur d’un pouvoir absolu sur leurs administrés. Tous les lettrés n’étaient pas devenus fonctionnaires impériaux, et beaucoup vivaient dans les villages, où ils exerçaient leur influence et apprenaient à lire aux enfants. Mais, mandarins ou non, tous avaient été formés aux mêmes disciplines par les mêmes classiques. Seul à posséder une véritable conscience nationale (son rôle dans la résistance à la pénétration française le montre), ce groupe était le détenteur et le défenseur d’une série de valeurs à quoi l’on donne communément le nom de « confucianisme ». Système philosophique, politique et moral, le confucianisme exaltait le passé et, développant une conception cyclique de l’histoire, ignorait l’idée de progrès. Ce traditionalisme était un humanisme qui se donnait comme fin première l’harmonie sociale par le respect de règles enseignées par les livres canoniques. Ce respect en faisait un ritualisme : un ministère de Hué portait même le nom de ministère des Rites, qui s’occupait de l’étiquette de la cour aussi bien que de la confection du calendrier ou des fameux examens triennaux… Idéologie officielle des dirigeants du monde sinisé, le confucianisme avait un sens aigu des hiérarchies. Les rapports entre inférieurs et supérieurs, entre jeunes et anciens, y étaient strictement codifiés. Les groupes sociaux étaient classés : en tête les lettrés, venaient ensuite les paysans, puis les artisans, enfin les commerçants. Ainsi, la célébration des études, la reconnaissance du travail de la terre allaient de pair dans cette société agraire avec le mépris de l’activité marchande. Ressassant continuellement les mêmes textes, justifiant la domination d’un groupe qui cumulait savoir et pouvoir, regardant vers un âge d’or mythique, dédaignant science, technique, commerce, enserrant toute la vie sociale dans un réseau de rites contraignants, le confucianisme devait être considéré par les jeunes intellectuels formés à l’occidentale comme un traditionalisme délétère. La manière de révolution culturelle qu’a connue le monde sinisé dans l’entre-deux-guerres s’est faite d’abord contre l’immobilisme confucéen. Les concours triennaux disparurent du Vietnam en 1919 – l’année même où la Chine fut agitée par le mouvement du 4 mai – et, en 1939, l’image appartient au passé du mandarin aux ongles longs, porté dans son palanquin aux bois laqués, devant qui on se prosterne. Mais n’a pas disparu encore le personnage du lettré cérémonieux et sentencieux, au front ceint d’un turban noir ; n’ont pas disparu les formules ni les préceptes habituels du confucianisme. Ainsi, de nombreux vestiges de l’idéologie du Vietnam ancien survivent, alors qu’une fraction de l’intelligentsia s’engoue pour l’idéologie du Vietnam futur. En fait, l’opposition n’est pas aussi absolue qu’on pourrait l’imaginer entre le marxisme et un confucianisme qui, associant savoir et pouvoir, justifie l’un par l’autre, qui, dédaignant l’au-delà, centrant sa réflexion sur l’homme dans la cité, assigne à l’individu comme but premier d’assumer correctement ses obligations sociales, qui exige des responsables politiques une moralité exemplaire…
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