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Le Siècle des intellectuels

De
672 pages

Cette histoire chronologique des intellectuels est moins une histoire des personnes, des idées et des œuvres – mais c'est aussi tout cela – le récit de leurs affrontements, de leurs amitiés ou des leurs haines. C'est un livre d'action décrivant les empoignades non pas de vieux sages rassis, embaumés par nos manuels, mais de jeunes gens fougueux qui se traient de " Tartuffe moisi " et font le coup de poing.


A travers les années Barrès, les années Gide, les années Sartre, on renoue avec la réalité – et la symbolique- des événements, on redécouvre la chair de ces hommes – grands acteurs ou personnages secondaires – qui ont tenté, par leurs idées, d'agir sur le siècle. Perdant leur couleur sépia, ils se rencontrent, déjeuner ensemble, se fâchent ; ils sont grippés, amoureux, vachards. Ils créent des revues, les sabordent, s'engueulent. Lucides ou partisans, qu'ils influent ou non sur les événements, à tort ou à raison, ils s'engagent, quitte à se renier ou à être désavoués.


Au-delà de leur vivante figure, défile l'histoire du siècle depuis l'affaire Dreyfus, qui vit l'émergence du terme d'intellectuel, à la mort de Sartre et d'Aron qui a paru sonner le glas pour les intellectuels. Encore que Michel Winock en doute...


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couverture

Du même auteur

Histoire politique de la revue « Esprit »

1930-1950

Seuil, « L’Univers historique », 1975

rééd. sous le titre

« Esprit »

Des intellectuels dans la Cité, 1930-1950

« Points Histoire » no 200, 1996

 

La République se meurt

Chronique, 1956-1958

Seuil, 1978

Gallimard, « Folio Histoire » no 4, 1985, 2008

 

Mémoires d’un communard

(présentation, notes et postface)

La Découverte, 1981, 2001

 

La Fièvre hexagonale

Les grandes crises politiques, 1871-1968

Calmann-Lévy, 1986

Seuil, « Points Histoire » no 97, 1999, 2009, 2012

 

Chronique des années soixante

Le Monde / Seuil, « XXe siècle », 1987

et « Points Histoire » no 136, 1990

 

1789, l’année sans pareille

Le Monde / Orban, 1988

Hachette, « Pluriel », 1990

Perrin, « Tempus », 2004

 

Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France

Seuil, « Points Histoire » no 131, 1990, 2004, 2014

 

L’Échec au roi

1791-1792

Orban, 1991

Le Livre du mois, 2011

rééd. sous le titre

La Grande Fracture

1790-1793

Perrin, « Tempus », 2014

 

Le Socialisme en France et en Europe

XIXe-XXe siècle

Seuil, « Points Histoire » no 162, 1992

 

Les Frontières vives

Journal de la fin du siècle (1991)

Seuil, 1992

 

Parlez-moi de la France

Plon, 1995

Seuil, « Points » no P336, 1997

rééd. sous le titre

Parlez-moi de la France

Histoire, idées, passions

Perrin, 2010

 

1914-1918

raconté par Michel Winock

Perrin, 1998, 2008, 2014

 

La France politique

XIXe-XXe siècle

Seuil, 1999

et « Points Histoire » no 256, 1999, 2003

 

Les Voix de la liberté

Les écrivains engagés au XIXe siècle

Seuil, 2001

et « Points Histoire » no 430, 2010

Prix R. de Jouvenel de l’Académie française

 

La Belle Époque

La France de 1900 à 1914

Perrin, 2002

et « Tempus », 2003

 

Jeanne et les siens

Seuil, 2003

et « Points » no P1263, 2004, 2013

Prix Eugène-Colas de l’Académie française

 

La France et les Juifs

De 1789 à nos jours

Seuil, « L’Univers historique », 2004

et « Points Histoire » no 350, 2005

Prix Montaigne de Bordeaux

 

Victor Hugo dans l’arène politique

Bayard, 2005

 

Pierre Mendès France

Bayard / BnF, 2005

 

L’Agonie de la IVRépublique

13 mai 1958

Gallimard, 2006

et « Folio Histoire » no 206, 2013

 

La Gauche en France

Perrin, « Tempus », 2006

 

La Gauche au pouvoir

L’héritage du Front populaire

(en collaboration avec Séverine Nikel)

Bayard, 2006

 

Clemenceau

Perrin, 2007

et « Tempus », 2011

Prix Aujourd’hui 2008

 

1958, la naissance de la VRépublique

Gallimard, « Découvertes », 2008

 

L’Élection présidentielle en France

1958-2007

Perrin, 2008

 

Le XXe siècle idéologique et politique

Perrin, « Tempus », 2009

 

Madame de Staël

Fayard, 2010

Pluriel, 2012

Prix Goncourt de la biographie 2010

Grand Prix Gobert de l’Académie française 2011

 

L’Effet de génération

Une brève histoire des intellectuels français

Éditions Thierry Marchaisse, 2011

 

La Droite

Hier et aujourd’hui

Perrin, 2012

 

Flaubert

Gallimard, 2013

 

Les Derniers Feux de la Belle Époque

Chronique culturelle d’une avant-guerre 1913-1914

Seuil, 2014

EN COLLABORATION AVEC JEAN-PIERRE AZEMA

Les Communards

Seuil, 1964

éd. revue et complétée, 1971

 

Naissance et mort de la IIIRépublique

Calmann-Lévy, 1971

éd. revue et complétée, 1976

rééd. sous le titre

La Troisième République

Hachette, « Pluriel », 1978, 1986

OUVRAGES COLLECTIFS

Pour la Pologne

Seuil, 1982

 

Pour une histoire politique

(sous la direction de René Rémond)

Seuil, « L’Univers historique », 1988

et « Points Histoire » no 199, 1996

 

« Jeanne d’Arc »

in Les Lieux de mémoire

(sous la direction de Pierre Nora)

tome VIII, Gallimard, 1992

 

Histoire de l’extrême droite en France

(direction)

Seuil, « XXe siècle », 1993

et « Points Histoire » no 186, 1994

 

La France de l’affaire Dreyfus

(sous la direction de Pierre Birnbaum)

Gallimard, 1993

 

Dictionnaire des intellectuels français

(codirection de l’ouvrage avec Jacques Julliard)

Seuil, 1996, 2002

 

Les Cultures politiques

(sous la direction de Serge Berstein)

Seuil, « L’Univers historique », 1999

HISTOIRE DE LA FRANCE POLITIQUE

(sous la direction de Serge Berstein,
Philippe Contamine et Michel Winock)

1. Le Moyen Âge

(sous la direction de Philippe Contamine)

Seuil, « L’Univers historique », 2002

et « Points Histoire » no 367, 2008

 

2. La Monarchie entre Renaissance et Révolution

(sous la direction de Joël Cornette)

Seuil, « L’Univers historique », 2000

et « Points Histoire » no 368, 2008

 

3. L’Invention de la démocratie

(sous la direction de Serge Berstein et Michel Winock)

Seuil, « L’Univers historique », 2003

et « Points Histoire » no 369, 2008

 

4. La République recommencée

(sous la direction de Serge Berstein et Michel Winock)

Seuil, « L’Univers historique », 2004

et « Points Histoire » no 370, 2008

Avertissement et Remerciements


Cet ouvrage tente de retracer l’histoire des intellectuels – au sens que ce mot a pris lors de l’affaire Dreyfus, en 1898. On n’y trouvera donc pas une histoire des idées – si ce n’est de façon indirecte ; moins encore une étude de la production culturelle depuis un siècle. On y cherchera la description des affrontements politiques qui ont opposé des écrivains, des philosophes, des artistes, des scientifiques… Parmi eux, ce sont les hommes de plume qui ont capitalisé le plus grand nombre d’interventions. Trois noms m’ont paru symboliser trois moments : Maurice Barrès, de l’affaire Dreyfus à la Grande Guerre ; André Gide, entre les deux guerres ; Jean-Paul Sartre, après la Libération. Tous les trois ont été admirés, détestés, imités ; tous les trois ont marqué leur époque de leur influence, sur plusieurs générations.

Tout récit historique impose un choix. Faute de pouvoir détailler toutes les scènes de la guerre intellectuelle, j’ai retenu celles qui m’ont paru les plus chargées de sens – au détriment de multiples épisodes et de nombreux acteurs dont cette histoire est profuse. La place accordée à tel ou tel n’est pas fonction de l’importance de ses œuvres, mais du rôle joué par lui sur la scène publique ou de sa valeur représentative.

 

 

La rédaction de cet ouvrage a bénéficié des échanges qui ont eu lieu dans le cadre d’un séminaire de Sciences po (DEA d’histoire du XXe siècle), dirigé de concert avec Jean-Pierre Azéma, puis avec Alain-Gérard Slama. De nombreux mémoires de recherche en sont résultés : tous ceux qui ont été utilisés sont cités en notes comme il se doit. Mes remerciements s’adressent à mes deux collègues et amis, ainsi qu’à tous nos étudiants.

Ils vont aussi à ceux – anciens étudiants parfois – qui ont accepté de relire soit un chapitre, soit une partie, soit la totalité de mon manuscrit : Annie François, Valérie Hannin, Séverine Nikel, Anne Simonin, Stéphane Khémis, Christophe Prochasson. Je leur exprime ma reconnaissance pour leurs précieuses remarques et suggestions, et mon amitié. Selon la formule consacrée, je n’en reste pas moins l’unique responsable du contenu de ce livre.

Mes remerciements s’adressent encore à Catherine Rambaud, Monique Lulin, Éric Delbecque et Thomas Winock pour l’aide qu’il m’ont apportée dans la mise au point finale de l’ouvrage.

PREMIÈRE PARTIE

LES ANNÉES BARRÈS



Si M. Barrès n’eût pas vécu, s’il n’eût pas écrit, son temps serait autre et nous serions autres. Je ne vois pas en France d’homme vivant qui ait exercé, par la littérature, une action égale ou comparable. Je sais bien que cette action ne s’exprimerait pas aisément en une doctrine, ni même en une formule. Mais ce n’est pas toujours par des doctrines qu’on agit le plus efficacement sur son temps. Y a-t-il une philosophie chez Voltaire ? Y a-t-il une philosophie dans Chateaubriand ? Comme eux, M. Barrès a créé et lancé dans le monde, qui l’a recueilli, non pas l’armature provisoire d’un système, mais quelque chose qui tenait plus profondément à notre vie, une nouvelle attitude, un mode d’esprit inconnu, une forme de sensibilité nouvelle.

LÉON BLUM, La Revue blanche,
15 novembre 1897.

1

La visite à Barrès


Au début de décembre 1897, Maurice Barrès, installé depuis l’année précédente dans son petit hôtel du boulevard Maillot, à Neuilly, reçoit la visite de Léon Blum. A trente-cinq ans, Barrès est un écrivain consacré ; de dix ans son cadet, Blum, passé par l’École normale supérieure, auditeur au Conseil d’État depuis peu, « longue figure blême illuminée par l’intelligence1*1 », n’a encore publié que des critiques littéraires et des chroniques théâtrales, surtout dans La Revue blanche, publication d’avant-garde où l’on a du respect pour l’auteur du Culte du moi.

Avec ses amis, Léon Blum est alors en quête de signatures pour une pétition réclamant la révision du procès de décembre 1894 à l’issue duquel le capitaine Alfred Dreyfus a été condamné, dégradé et expédié à l’île du Diable, en Guyane, où il purge une peine de déportation à perpétuité pour fait d’espionnage. Or la famille Dreyfus, et notamment Mathieu, le frère du capitaine, s’est employée à prouver l’innocence de celui-ci, en mettant à contribution un écrivain, Bernard-Lazare, chargé d’en rassembler les preuves, tant et si bien qu’à l’automne 1897 l’erreur judiciaire apparaît avérée. Quelques personnes ont été mises au courant, le sénateur Auguste Scheurer-Kestner, Georges Clemenceau, des universitaires comme Lucien Lévy-Bruhl, Lucien Herr, bibliothécaire de l’École normale de la rue d’Ulm, qui a convaincu Jean Jaurès, alors député socialiste ; enfin, les jeunes écrivains de La Revue blanche au rang desquels se trouve Léon Blum.

Léon Blum s’est porté volontaire pour se rendre chez Barrès. D’abord, il l’admire. Quand, à vingt ans, il a donné son premier article à La Revue blanche, publié en juillet 1892, il lui avait dédié sa prose2. De plus, il le connaît. Peu d’années auparavant, Blum est allé passer des vacances chez un vieil oncle, à Charmes, un village des Vosges où vivaient les parents de Barrès.

« C’est dans la maison de son père qu’il m’avait reçu pour la première fois, lui encore un jeune homme, moi adolescent. Mais, depuis lors, combien de fois j’étais venu frapper le matin à sa maison à lui, rue Caroline, tout près de la place Clichy. Je le trouvais tout en haut de son petit hôtel de peintre, dans l’atelier qu’il avait transformé en bibliothèque. Je tombais au milieu de la leçon d’armes qu’il s’imposait chaque matin, et qu’il était ravi d’interrompre. Il disait au prévôt : “Alors, à demain…” et à moi : “Allons, asseyez-vous, qu’avez-vous fait cette semaine ?”3. »

A distance, elle nous paraît étrange, cette familiarité entre celui qui est en passe de devenir le grand écrivain du nationalisme français et celui qui, à la tête du Parti socialiste, sera le Premier ministre (on disait alors : président du Conseil) du Front populaire. Les idéologies ne décident pas de tout. Barrès, une fois entré dans son rôle où la postérité l’a figé – les yeux sur la ligne bleue des Vosges et le menton en avant –, reste sensible à tout ce qui chez un adversaire fleure la valeur esthétique. Il fera l’éloge de Léon Blum, comme celui de Jaurès : l’un et l’autre « élèvent le ton de l’apacherie et détournent continuellement la revendication brutale vers la culture. Ce sont des civilisateurs en même temps que des propagateurs de destruction4 ».

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