Le tour du monde en bateau-stop

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Tout est possible en voyage et dans la vie. Comment faire le tour du monde sans prendre l'avion, à vingt ans, avec peu d'argent ? Comment ne pas abandonner ? Où trouver la force d'aller au bout de ses rêves ? Comment rencontrer les bonnes personnes pour accomplir ses objectifs ? Traverser les océans en voilier, yacht ou cargo, rencontrer l'amour, pour découvrir la vie, la spiritualité et les cultures du monde en combattant les maladies... On part pour se trouver, et parmi les mille façons qui permettent de voir le monde, l'auteur raconte la sienne : quatre-vingt-quinze mille kilomètres en cinq cent vingt-trois jours.
Publié le : dimanche 5 juin 2016
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EAN13 : 9782140012235
Nombre de pages : 208
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Delphine Shoham
Letourdu monde en bateau-stop Roman
Le tour du monde en bateau-stop
Delphine SHOHAM
Le tour du monde en bateau-stop
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-09086-3 EAN : 9782343090863
CHAPITRE I SORTIR D’EUROPE Depuis ma chambre d’hôtel, j’entendais le ronronnement des voitures de l’avenue principale. Le vacarme des véhicules m’empêchait de fermer les yeux. L’étouffante chaleur du soleil ne faisait qu’accentuer mon insomnie, alors qu’allongée sur mon lit, j’attendais son coucher.Depuis quatre jours, dimanche inclus, j’avais parcouru tous les corridors des agences de navigation marchande et de Yacht Club. Leurs services ne concordaient pas avec mes volontés et je bouillais d’impatience et d’incertitude.Port-Saïd, la tête du canal de Suez, géographiquement la ville se situe en bord de Méditerranée, étape première ou destination finale pour tout cargo, paquebot, vaisseau, voilier, yacht, ou barque, qui voulait presque simultanément rencontrer la mer méditerranée et la mer rouge.Il y régnait une atmosphère vieillotte, témoin de l’époque florissante, qui dès 1969, la gonfla d’importance parce qu’on avait émis l’idée qu’il fallait séparer l’Asie de l’Afrique. Les baraques de bois et les bâtiments coloniaux qui se reflétaient dans les eaux du canal avaient vu venir la révolution industrielle du tiers monde.Pour ma quête, j’avais confiance en Port-Saïd, je sentais que l’hostilité des agences maritimes ne serait que passagère et je ne souhaitais également qu’être de passage.De Suez, pendant les précédentes journées, j’avais obtenu tous les renseignements me certifiant que jamais un cargo n’accepterait de m’embarquer de ce port. De la ville qui donna son nom au canal, je ne pourrais jamais embarquer pour l’Inde ni pour un minimum de deux mille kilomètres, au détroit de Bâb-al-Mandab.
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Alors à chaque entrée dans l’une des gigantesques tentacules marines de Port-Saïd, les Égyptiens, en djellaba, thé à la main, me confirmaient la difficulté de l’opération que j’avais entre-prise, et m’encourageaient à prendre l’avion plutôt que le bateau pour me rendre en Inde.J’ai toujours pensé qu’un projet commencé ne s’abandonne pas, et j’étais trop attachée à la terre pour en décoller. Voyager par la mer, un voyage accroché à mes entrailles auquel il m’était impossible de renoncer. Je n’aurais jamais pu accepter un avortement.Enfin, le dix-huit décembre, je croisais dans la dernière agence de ma liste, un amateur de voile qui me révéla l’exis-tence du yacht-club de Port- Saïd, qui se trouvait de l’autre côté du canal.El Mouldi, peu contraint par son emploi du temps profes-sionnel, se proposa de m’y accompagner. Sans son aide précieuse, je serais repartie bredouille, d’autant que mon niveau de langue arabe était de l’ordre du balbutiement... En plus d’un sérieux bakchich, il me fallait la carte d’entrée du Club...« - Vous voyez ces marins au bout de l’allée ? Aywa, je pense qu’ils sont scandinaves. » Me dit-il en connaisseur.En effet, à peine vêtues de tee-shirt et pantalons coupés, trois chevelures blondes s’approchaient, attisant, à mesure que leurs pas se faisaient plus bruyants, ma crainte d’une nouvelle déception.Yan était le capitaine. J’amorçais rapidement la conversation pour comprendre qu’ils étaient danois, qu’ils se rendaient aux îles Seychelles et que leur voilier mesurait treize mètres. Cependant, puisque leur équipage comptait six personnes au total, ils ne pouvaient me donner une réponse immédiate, mais me fixaient un rendez-vous au coucher du soleil, pour me dire s’ils étaient tous d’accord pour m’embarquer à leur bord, ou pas. Allais-je rester plus longtemps sur la terre ferme ? ***
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Le train était sur le départ. Les secousses étaient telles que j’eus l’impression d’être à bord d’une fusée pour la lune qui m’éloignait de mes proches et de mes repères pour les huit prochains mois. La vie m’avait préparé à cet événement, mais j’ignorais encore quelle serait ma capacité au détachement.Mon niveau d’étude s’étant limité au seuil de la porte de l’université, j’avais pourtant déjà traîné mes guêtres sur le continent américain, du Canada à la Colombie. Malgré l’énergie et l’enrichissement culturel que chaque voyage me procurait, je repartais toujours quelque mois après chaque retour pour satisfaire encore ma boulimie de voyager.Naturellement, je n’avais pu ressentir la satiété qu’en ouvrant une carte du monde en regardant tous les chemins à parcourir. Je voulais découvrir le monde, mes yeux avaient vingt ans.Je pensais parcourir la circonférence du globe sans avion. Mais un détail m’était apparu lorsque je réalisais que l’Australie si lointaine était une île au milieu de l’océan. De ma mémoire sélective ressurgirent mes vacances d’enfant sur les voiliers de Bretagne.En quelques jours, j’allais préparer mes bagages, et apposer sur mon passeport les quelques visas obligatoires. La hâte me suivait comme mon ombre, je rêvais de ces paysages de livres, de ces surprises inattendues, de ces adaptations aux modes de vie locaux, de cette université d’histoire que représente le mon-de, de ces rencontres que l’on peut faire à chaque instant avec des inconnus capables de renverser des opinions préconçues.Je partais vers l’est, défiant le soleil, cherchant son lever, sans le laisser me suivre ni m’empêcher de partir.C’est en train et par l’Italie que je commençais mon périple.L’inquiétude de ma famille et de mon entourage était justi-fiée par les incertitudes qui jalonnent les voyages, par les événements inopinés qui surgissent à chaque carrefour, et
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