Les feuillets du Ouaddaï

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Ces écrits, initialement destinés à ses amis et à sa famille, étaient un moyen de faire participer ses lecteurs à son voyage. Les Feuillets témoignent de la vie des habitants de la région du Ouaddaï. Ils ne se limitent pas toutefois à une description de leurs conditions de vie. Ils parlent également de rencontres, de partages, d'étonnements et de situations incongrues. Ils font toucher du doigt les mille et uns défis auxquels est confronté le voyageur dans cette région du monde.
Publié le : mardi 1 novembre 2011
Lecture(s) : 40
EAN13 : 9782296472044
Nombre de pages : 112
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Les feuillets du Ouaddaï
Béatrice Bénavail Les feuillets du Ouaddaï Récits d’un séjour au Tchad L’Harmattan
© L’HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56593-7 EAN : 9782296565937
Remerciements
De nombreuses personnes m’ont soutenue dans l’écriture des Feuillets du Ouaddaï. Je tiens tout spécialement à remercier tous les Tchadiens que j’ai mille fois interrogés pour qu’ils apportent leur lumière sur tout ce qui me posait question. A chacun, j’espère avoir retranscrit au plus juste ce que vous m’avez dit. Si cela n’était toutefois pas le cas, je vous prie de m’en excuser. Je remercie également tous ceux qui, en Europe, m’ont encouragé à écrire toujours plus et m’ont soutenue dans cet effort. Un dernier remerciement à ma mère qui s’est rendue disponible pour son travail de correction du manuscrit.
Avertissement aux lecteurs
Comment décrire un pays dont on n’est pas soi-même originaire ?Sûrement avec une multitude d’erreurs malgré le désir de bien faire. Personne ne peut empêcher son arrière-plan culturel de l’influencer même dans un travail qui se veut sincère et respectueux. Je demande donc à mes lecteurs qui trouveraient à redire et se sentiraient blessés par mes propos de bien vouloir m’en excuser.
Les noms de toutes les personnes dont il est question au travers des pages qui suivent ont été modifiés.
Les textes et les photos sont de l’auteur.
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Le mil est la nourriture de base dans le Ouaddaï.
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1 – L’accueil de la vieille (ou Zamzam n’est pas là)
Il fait chaud en ce début d’après-midi. Je marche en plein soleil depuis déjà une bonne demi-heure. Je suis partie très tôt de chez moi dans l’espoir de pouvoir enfin rencontrer Zamzam. J’ai déjà tenté plusieurs fois de la visiter. Chaque essai s’est soldé par un échec et à chaque fois j’ai dû rebrousser chemin. Je suis venue à l’heure de la sieste et j’espère la trouver en train de somnoler sur sa natte. Pleine d’espoir, j’entre dans la ruelle écrasée de soleil. Je longe les murs des concessions. Dans ce quartier, les gens sont pauvres. Ils vivent dans des maisons aux murs crépis d'un mélange fait d'argile et d'excréments d'âne. Cet enduit empeste pendant deux jours après avoir été appliqué sur les murs. Ensuite, l’odeur finit par disparaître d’elle-même. Je débouche sur la placette et, avant de tourner à droite, j’aperçois la vieille installée au coin de la rue. Je la salue. Elle sait bien qui je suis venue voir. Elle m’annonce sans détour: «Zamzam n’est pas là. Elle est sortie! »Je suis déçue. J’ai encore fait tout ce chemin pour rien ! Je sais bien que ce que dit la vieille est vrai. Dans le quartier, les gens vivent tellement proches les uns des autres, qu’ils sont au courant des faits et gestes de chacun. La vieille élève la voix et interroge les voisins pour voir si quelqu'un en saurait un peu plus. Malheureusement, personne ne sait où est partie Zamzam. Je suis désappointée. Je pensais vraiment que j’arriverais à la voir !
Fatiguée par la marche que je viens de faire, je m’accroupis le dos au mur à côté de la vieille. La grand-mère est souvent installée ici. Assise sur ce qu’il reste d’un vieux sac de mil, elle met en vente de maigres marchandises: quelques poignées d’arachides serrées dans un plastique transparent, des patates douces qu’elle a fait cuire, quatre ou cinq oignons. Les voisins, les connaissances, même s’ils sont peu nombreux, sont ses meilleurs clients. Aujourd’hui la vieille vend de petits beignets. Ce sont des fangâssus. Elle les a exposés sur un plateau d’aspect un peu douteux. On peut voir, au travers de leur emballage plastique, qu’ils sont gras à souhait. La vieille les a préparés avec de la farine
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de blé et de la levure, après quoi elle les a fait frire. La grand-mère vend aussi une poignée d’hijêlij. C’est le fruit du savonnier, un arbre épineux qu’on trouve dans la région. Son fruit est extrêmement amer mais les Tchadiens en raffolent ! Il faut les voir lancer des cailloux dans ces arbres dans l’espoir d’en faire tomber quelques drupes. Cette pratique peut d’ailleurs engendrer de fâcheux petits désagréments: il est facile d’imaginer l’effet que produit une pierre, qui, étant restée coincée dans les branches de l’arbre, en redescend sans crier gare à cause du vent, pour atterrir sur la tête de quelqu'un ! L’étalage de la vieille recèle encore quelques trésors. Parmi eux de petites graines qui ressemblent à s’y méprendre à des grains de poivre. C’est dusiggêt, un amuse-gueule à la fois apprécié par les adultes et par les enfants. Lesiggêtun tubercule que l’on est recueille sur les racines d’une herbe qui pousse en brousse. Il possède un vague goût sucré que l’on découvre après l’avoir mâché un peu. Une fois la saveur sucrée passée, il ne reste plus en bouche qu’un amas de débris. Les plus courageux l’avalent. Les autres le recrachent.
Les enfants des maisons voisines m’ont entendue arriver. Ils accourent et viennent s’attrouper devant moi. Je les salue. Ils sont tout sourire. C’est amusant pour eux de m’observer. Je suis toute différente d’eux, à la fois par ma culture et ma couleur. Je suis d’autant plus bizarre pour eux, qu’aujourd’hui, j’ai gardé mes lunettes de soleil. Les gamins me dévisagent sans prononcer une parole. Amusée par le regard qu’ils me portent, je leur lance: 1 «!anâ misil télé lêku» Mes paroles provoquent un éclat de rire général. Je demande aux enfants leurs noms: Maryam, Fatimé, Fanny, Zarah, Moussah, Gisma, … les noms fusent de partout. La vieille voudrait bien que je les prenne en photo, mais je n’ai pas emmené mon appareil. Deux jeunes femmes sortent de la cour d’une maison et avancent d’un pas nonchalant vers nous. L’une d’entre elles porte un bébé dans ses bras. Arrivées à hauteur de la grand-mère, elles s’assoient tout bonnement dans la poussière de la rue. Assise au 1 Je suis comme une télévision pour vous !
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