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Les Mamelouks (XIIIe-XVIe siècle). Une expérience du pouvoir dans l'islam médiéval

De
448 pages

Cet ouvrage est consacré à l'une des expériences politiques les plus originales qu'ait connue le monde islamique : le règne des Mamelouks sur l'Égypte et la Syrie entre le milieu du XIIIe siècle et le début du XVIe siècle. Le recrutement d'esclaves soldats (en arabe : mamluk ) et la promotion d'affranchis dans la hiérarchie de l'État ont certes une histoire millénaire en Islam, inaugurée par les califes abbassides au IXe siècle et prolongée dans certaines provinces de l'empire ottoman jusqu'au XIXe siècle. Mais le régime qui s'est mis en place au Proche-Orient dans les années 1250 n'en était pas moins radicalement nouveau : pour la première fois, un ancien esclave soldat était élevé sur le trône avec le soutien des principaux officiers de l'armée, tous comme lui des mamelouks affranchis.


L'auteur décrit le destin singulier de ces hommes, nés le plus souvent dans la steppe turque ou dans les montagnes du Caucase, que les hasards de l'esclavage jetaient au Proche-Orient et incorporaient à une nouvelle patrie, une nouvelle identité, une nouvelle fonction sociale. Éduqués dans la foi musulmane, formés aux arts de la guerre, les Mamelouks n'avaient pas seulement vocation à servir leur maître et à défendre leur pays d'adoption : les meilleurs d'entre eux – les plus beaux, les plus doués, les plus ambitieux – allaient ensuite gravir les échelons de la hiérarchie militaire et, pour quelques-uns, pouvoir prétendre au trône.





Grand Prix des Rendez-vous de l'Histoire du monde arabe (IMA)





Julien Loiseau est directeur du Centre de recherches français à Jérusalem et membre junior de l'Institut universitaire de France. Il a publié Reconstruire la maison du Sultan : Ruine et recomposition de l'ordre urbain au Caire, 1350-1450 (2010) et a participé à l' Histoire du monde au XVe siècle (sous la direction de Patrick Boucheron, 2009).



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Du même auteur

Reconstruire la Maison du sultan (1350-1450)

Ruine et recomposition de l’ordre urbain au Caire

Institut français d’archéologie orientale, 2010

 

Histoire du monde au XVe siècle

(sous la direction de Patrick Boucheron)

(avec Pierre Monnet et Yann Potin)

Fayard, 2009 ; coll. « Pluriel », 2012

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Remerciements


Un livre est toujours le fruit inattendu de lectures anciennes et de conversations interrompues, d’idées impromptues et de réflexions au long cours. Je dois en grande partie celles qui ont nourri ce livre à Patrick Boucheron, qui a su accompagner chaque étape de son élaboration. Gabriel Martinez-Gros y retrouvera pour sa part les innombrables échos du dialogue que nous n’avons cessé depuis longtemps d’entretenir. Qu’ils en soient tous les deux chaleureusement remerciés.

 

Les Mamelouks, qui ont désormais leur revue savante, ont suscité une abondante littérature historique. Ce livre n’aurait pu y frayer son chemin sans les conseils avisés et la lecture généreuse d’une pléiade de nouveaux historiens de l’Islam médiéval : merci à Marie Favereau et Élodie Vigouroux, à Sobhi Bouderbala, Mathieu Eychenne et Abbès Zouache. Tous mes remerciements vont également aux éminents chercheurs qui m’ont fait l’honneur de recevoir ce travail, dans le cadre de mon habilitation à diriger des recherches, et m’ont fait bénéficier de leurs savants conseils avec bienveillance et générosité : Anne-Marie Eddé, Reuven Amitai, Frédéric Bauden et tout particulièrement Jean-Claude Garcin, à qui je dois en outre d’avoir rencontré pour la première fois les principaux protagonistes de ce livre.

 

Nombreux sont ceux également qui, pour une note érudite, une image précieuse, un ouvrage introuvable, m’ont apporté leur aide : merci à Omneya Abdel Barr, Gérard Dédéyan, René-Vincent du Grandlaunay, Benoît Grévin, Carine Juvin, Timur Koraev, Miriam Kühn, Patrick Louvier, Sophie Makariou, Charlotte Maury, Faten Naïm Rochdy, Martin Nejedlý, Jaroslav Svatek et Cyril Yovitchitch.

 

Les Éditions du Seuil m’ont fait l’honneur d’accueillir ce livre et de préparer sa publication dans la belle collection de l’Univers historique. Que Véronique Cezard, Séverine Nikel et Caroline Pichon trouvent ici l’expression de ma reconnaissance.

 

Un livre est enfin bâti sur du temps – temps passé à lire et enseigner, à voyager et à écrire. Je n’aurais pu le mener à bien sans le supplément de temps que m’a offert ma délégation à l’Institut universitaire de France.

Note sur la transcription de l’alphabet arabe


Deux principes de transcription de l’alphabet arabe en caractères latins ont été retenus dans ce livre : une transcription très simplifiée dans le corps du texte afin d’en rendre la lecture plus légère ; un système plus précis dans les notes et les annexes afin de répondre efficacement aux attentes des spécialistes.

 

Les voyelles longues ne sont pas distinguées des voyelles brèves dans le corps du texte. Elles sont en revanche notées ā, ū, ī dans les notes et les annexes.

La forme emphatique des lettres d, h, s, t et z n’est pas signalée dans le corps du texte. Elle est en revanche notée , , , et dans les notes et les annexes.

 

Dans l’ensemble de l’ouvrage, les lettres thā’, khā’, dhāl, shīn et ghayn sont notées par les deux lettres th, kh, dh, sh et gh ; le jīm est rendu par un simple j ; la hamza est transcrite ’ en milieu ou en fin de mot ; la lettre ‘ayn est rendue par ‘.

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Introduction


Le 13 messidor an VI, soit le 1er juillet 1798, le général Bonaparte fraîchement débarqué à Alexandrie annonçait aux « peuples de l’Égypte », dans une proclamation aussitôt traduite en arabe, son intention de chasser les Mamelouks1 du pays :

Depuis trop longtemps les beys qui gouvernent l’Égypte insultent à la nation française, et couvrent ses négociants d’avanies : l’heure de leur châtiment est arrivée.

Depuis trop longtemps ce ramassis d’esclaves achetés dans le Caucase et la Géorgie tyrannisent la plus belle partie du monde ; mais Dieu, de qui dépend tout, a ordonné que leur empire finît.

Peuples de l’Égypte, on vous dira que je viens pour détruire votre religion ; ne le croyez pas. Répondez que je viens vous restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte, plus que les Mamelouks, Dieu, son prophète, et le Coran.

Dites-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu : la sagesse, les talents et les vertus mettent seuls de la différence entre eux.

Or, quelle sagesse, quels talents, quelles vertus distinguent les Mamelouks pour qu’ils aient exclusivement tout ce qui rend la vie aimable et douce ?

Y a-t-il une belle terre ? elle appartient aux Mamelouks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison ? cela appartient aux Mamelouks.

Si l’Égypte est leur ferme, qu’ils montrent le bail que Dieu leur en a fait2.

Ce bail, les Mamelouks devaient le détenir depuis si longtemps qu’ils faisaient pleinement partie du paysage, en dépit ou, plus exactement, en vertu même de leur allochtonie. Mais l’échéance approchait. Vaincus à la bataille des Pyramides le 21 juillet 1798, refoulés en Syrie ou en Haute-Égypte, les Mamelouks tentèrent en vain, après le départ des Français en 1801, de rétablir leur ancienne hégémonie sous la lointaine tutelle du sultan d’Istanbul. Dix ans plus tard, le nouvel homme fort du pays, l’officier ottoman d’origine albanaise Mehmet ‘Ali, faisait exécuter quelque quatre cents Mamelouks qu’il avait invités à la citadelle du Caire. Le massacre du 1er mars 1811 devait mettre un terme définitif à leur longue histoire en Égypte. Entre-temps, le général Bonaparte devenu Premier consul avait offert une autre destinée à une centaine d’entre eux, choisis parmi les jeunes gens des maisons mameloukes du Caire. Débarqué à Toulon en 1801, l’escadron des Mamelouks du Premier consul, bientôt rattaché aux Chasseurs à cheval de la garde impériale, fut de toutes les batailles de l’Empire. En mai 1808, ils réprimèrent l’insurrection madrilène, laissant derrière eux un souvenir d’effroi saisi par Goya dans son célèbre tableau du Dos de Mayo. Ceux qui survécurent aux guerres napoléoniennes, parmi lesquels le fameux Rustam, mamelouk d’origine arménienne qui fut le serviteur personnel de l’Empereur, finirent pour beaucoup leur existence à Marseille où avait été établi le principal dépôt des « réfugiés d’Égypte »3.