Moines et Guerriers. Les ordres religieux-militair

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Comment christianiser la guerre ? Comment s'assurer un corps de soldats disposé à remplir fidèlement et de manière permanente la défense de la chrétienté et sa mission de lutte contre "l'Infidèle" ? A ces deux questions, la chrétienté médiévale a répondu en créant, non sans quelques résistances, des institutions originales : les ordres religieux-militaires. Des hybrides, des "monstres" selon l'expression d'Isaac de l'Etoile, vivant comme des moines selon une règle, celle de saint Benoît ou celle de saint Augustin, sans pourtant en être tout à fait, agissant comme des chevaliers, non pas à l'image de ceux de cette caste aristocratique toujours prête à en découdre, ces chevaliers du siècle vilipendés par saint Bernard, mais des chevaliers du Christ, "revêtus de l'armure de fer et de l'armure de la foi". La Reconquista, les croisades ont favorisé l'expansion de ces ordres en Terre sainte, en Espagne et sur les rives de la Baltique. Avec l'affirmation des monarchies face au pouvoir pontifical, la méfiance grandissante des monarques à l'égard de ces puissances militaires devenues parfois de véritables Etats, la substitution progressive du thème de la mission à celui de la guerre, les ordres religieux-militaires perdent peu à peu de leur vitalité et sont acculés à la reconversion caritative. Alors naissent les légendes et les rumeurs auxquelles l'historien aujourd'hui fait un sort en rendant justice, dans une belle synthèse, à ces témoins éclatants de l'imagination institutionnelle des gens du Moyen Age.



Maître de conférences honoraire à l'université de Paris I - Panthéon-Sorbonne, il a mené des recherches sur l'histoire du Temple et des ordres religieux-militaires, ainsi que sur la croisade et l'histoire politique de la France à la fin du Moyen-Age. Au Seuil il a publié récemment Les Templiers (2005, Points Histoire, 2008) et Chevaliers et chevalerie expliqués à mes petits-fils (2009).




Ce livre a été initialement publié sous le titre


Chevaliers du Christ


Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge


XIe-XVIe siècle



Publié le : mardi 25 mars 2014
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EAN13 : 9782021173567
Nombre de pages : 416
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MOINES ET GUERRIERS
DU MÊME AUTEUR
Vie et Mort de l'ordre du Temple Seuil, 1985 o et « Points Histoire », n 123, 1989 Réédition sous le titre : Les Templiers : une chevalerie chrétienne au Moyen Âge o Seuil, 2005 et « Points Histoire », n 404, 2008
e e Temps de crises, Temps d'espoirs,XIVXVsiècle Nouvelle histoire de la France médiévale, t. 5 o Seuil, « Points Histoire », n 205, 1990
e e L'Occident médiéval,XIIIXVsiècle Hachette, « Les Fondamentaux », 1996, 2004
Brève Histoire des ordres religieuxmilitaires (Guide aidemémoire) Fragile Éditions, 1997
La Croisade au Moyen Âge Idée et pratiques Nathan, « 128 », 1998
Pays d'islam et Monde latin (avec Michel Balard et Pierre Guichard) Hachette, « Les Fondamentaux », 2000
Jacques de Molay Le crépuscule des Templiers Payot, « Biographie Payot », 2002, 2007
Croisades et Croisés au Moyen Âge Flammarion, « Champs », 2006, nouv. présentation 2010
Chevaliers et Chevalerie expliqués à mes petitsfils Seuil, 2009
ALAIN DEMURGER
MOINES ET GUERRIERS Les ordres religieuxmilitaires au Moyen Âge
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, bd Romain Rolland,Paris XIV
Ce livre a été initialement publié sous le titre Chevaliers du Christ Les ordres religieuxmilitaires au Moyen Âge e e XIXVIsiècle
ISBN9782021027204
© Éditions du Seuil, janvier 2002 © Éditions du Seuil, octobre 2010 pour la préface, la bibliographie
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Avantpropos
Lorsque ce livre fut entrepris, il y a maintenant une douzaine d'années, il n'existait pas en français de synthèse sur les ordres religieuxmilitaires, et les études sur l'un ou l'autre des ordres mili taires étaient, sauf exceptions, rares, anciennes et traditionnelles. Ce livre n'a donc pas eu d'autre ambition que de présenter une vue d'ensemble de l'histoire de ces ordres pendant la période médiévale, période qui les a vus naître, s'épanouir et décliner. Désireux de mon trer qu'il y avait une « famille » des ordres religieuxmilitaires, j'ai alors fait le choix de présenter entre deux parties chronologiques indis pensables une vue synthétique des différents aspects de l'organisation et de la vie des ordres. e e Pour embrasser une telle histoire qui, duXIau début duXVIsiècle, nous mène des zones de « front » de l'Orient des croisades, de Rhodes, de la Prusse des Teutoniques ou de l'Espagne de la reconquête, aux régions de l'« arrière » du reste de l'Occident, j'ai eu recours le plus souvent possible aux documents originaux. Mais, si les orientations que j'ai tenté de donner à mes propres recherches sur l'ordre du Temple s'y retrouvent, je ne cache pas mes dettes envers les travaux et publications de nombre de mes collègues historiens. Je dois en particulier à Philippe Josserand et Sylvain Gouguenheim, qui avaient bien voulu relire les chapitres consacrés aux ordres Ibériques et à l'ordre Teutonique, de nombreuses suggestions et corrections. Qu'ils en soient ici remerciés. L'étude des ordres militaires a connu un regain de vitalité que je signalais dans la première édition de ce livre. Il n'a fait que se confirmer et s'amplifier, et l'on peut maintenant affirmer que l'his toire des ordres militaires est sortie de la marginalité. Des réunions devenues régulières, à Torun en Pologne, à Cardiff (qui a pris le
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relais de Londres) en GrandeBretagne, à Palmela au Portugal, d'autres plus épisodiques mais nombreuses en Italie, en Espagne ou en France, rassemblent année après année la « famille » des histo riens des ordres militaires. Elle s'agrandit d'ailleurs et sait désormais intéresser à son domaine et à des problématiques nouvelles des cher cheurs venus d'autres horizons. Manifestation éclatante de ces temps nouveaux, la parution à la fin de l'année 2009 d'un dictionnaire entièrement consacré à ces ordres :Prier et Combattre. Dictionnaire européen des ordres militaires au Moyen Âge, ouvrage collectif qui, sous la direction de Nicole Bériou et Philippe Josserand, a réuni plus de deux cents historiens de près de trente pays. Pour cette réédition,Chevaliers du Christest devenuMoines et Guerriers; les frères des ordres: les uns prient, les autres combattent militaires font les deux. Référence point trop discrète auDictionnaire mentionné cidessus et à Bernard de Clairvaux qui, dans sonÉloge de la nouvelle chevalerieécrit pour les Templiers, se posait la question :
« Ainsi je m'émerveille qu'ils aient l'air tantôt plus doux que des agneaux, tantôt plus cruels que des lions, au point que j'hésite à les appeler, ou moines, ou chevaliers. Comment mieux les désigner qu'en leur donnant ces deux noms à la fois, eux à qui ne manque ni 1 la douceur du moine ni la bravoure du chevalier . »
1. Paragraphe 9.
INTRODUCTION Ordres religieuxmilitaires, ordres de chevalerie, ordres de mérite
En 1120, à Jérusalem, dans des conditions encore mal précisées, est fondé le premier ordre religieuxmilitaire médiéval, l'ordre du Temple. Ses premiers adeptes se disent lespauperes commilitones Christi Templique Salomonici, soit les « pauvres compagnons de com 1 bat du Christ et du Temple de Salomon ». Ils obéissent à un maître, suivent une règle et s'engagent à défendre les pèlerins sur les routes qui conduisent à Jérusalem. L'Église romaine reconnaît la légitimité de leur expérience au début de 1129 : un concile réuni à Troyes sous la présidence d'un légat reconnaît leur règle. Peu de temps après, saint Bernard, qui a pris une part active à ce concile, écrit à leur intention le De laude novae militiaeouÉloge de la nouvelle chevalerie: il y justifie la mission de ceux qui sont à ses yeux à la fois moines et chevaliers. Prenons garde à la confusion : ordre religieuxmilitaire n'est pas équivalent à ordre de chevalerie. Les sociétés occidentales ont produit, à différents moments de leur histoire, des « chevaleries », des ordres de chevalerie ; mais si le Temple, ordre religieuxmilitaire, s'adresse en priorité à des chevaliers, on ferait erreur en l'inscrivant dans une continuité historique. C'est une expérience neuve, originale, que celle du Temple. Elle s'enracine dans les mutationsou simple ment l'évolution; et c'estde la société occidentale d'après l'an mil la croisade qui la fait éclore. A différentes époques en effet sont apparus des groupes corpora tifs, parfois qualifiés du motordo(plurielordines), ordre, dont le qualificatif, équestre, chevaleresque, fait référence au cheval. A Rome, sous la république, les dixhuit centuries de cavalerie sont recrutées parmi les riches citoyens et on attribue à chacun de ceux qui sont retenus un « cheval public ». Ensemble ils forment l'ordre
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équestre, distinct de l'ordre sénatorial : l'expression d'ordo equester est rigoureusement équivalente à celle d'equites romaniouequites 2 romani equo publico. Sous l'Empire, les chevaliers (eques,equites) se voient confier les fonctions administratives et militaires, que, de plus en plus, l'aristocratie sénatoriale néglige. L'ordre équestre a donc pour rôle de dégager une « élite » au service de l'État. Il finit par se fondre dans l'ordre sénatorial et disparaît à la fin du BasEmpire sans laisser de traces pour la postérité. Les ordres religieuxmilitaires du Moyen Âge ne lui doivent rien ou presque : certains clercs qui ont lu les auteurs latins utilisent parfois l'expressionordo equester, pour désigner, dans l'organisation de la société en trois ordres ou trois fonctions, l'ordre des combattants. C'est le cas de Guibert de Nogent e 3 au début duXIIsiècle . Les Romains connaissent aussi le terme demilespour désigner le soldat en général ; or les armées romaines font la part belle aux fantas sins, aux piétons.Militiasignifie donc service militaire ou métier de soldat etmilitareservir en armes ou être soldat. Le commandement est assuré par desmagistri militumoumagistri militiae. Au BasEmpire e e (IIIVsiècle), des transformations sensibles se produisent dans l'armée et l'administration : les fonctions civiles et militaires, jusque là séparées, se confondent (sauf pendant la période de Dioclétien) et sont de plus en plus exercées par des militaires. Au même moment, dans l'armée, la cavalerie prend davantage d'importance et l'on dis tingue lemagister peditumdumagister equitum. Le motmilesgarde cependant le sens général de soldat. En revanche, le terme demilitiae finit par qualifier toute fonction publique au service de l'État. C'est le e 4 sens qui prévaut dans le code Justinien, auVI.siècle (3, 25) Au cours du Moyen Âge, la cavalerie devient l'arme principale des armées, et le cavalier le modèle du combattant. Le motmiles(pluriel milites) le désigne. Mais ce mot, tout en gardant le sens technique de celui qui combat à cheval, se charge d'un sens éthique et va désigner l'élite des combattants à cheval. Les langues vernaculaires ont pour la plupart distingué ces deux sens par deux mots : chevaliercavalier, RitterReiteren allemand,knightriderouhorsemanen anglais, caballerojineteen espagnol, etc. Les clercs de ce temps imaginent la société chrétienne idéale parta gée en trois ordres (ou trois fonctions), hiérarchisés et solidaires : ceux qui prient, ceux qui combattent (et qui commandent), ceux qui tra
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