Oroonoko. Prince et esclave. Roman colonial de l'i

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Oroonoko, prince guinéen d'une grande beauté, finit sa vie chevaleresque comme esclave dans une plantation du Surinam dans les années 1660. La voix qui chante sa geste tragique est celle d'Aphra Behn (1640-1689), célèbre dramaturge anglaise, fidèle soutien du roi Jacques II, à la veille de la Glorieuse Révolution.


Ce roman anglais du XVIIe siècle concentre en lui un grand nombre de nos curiosités contemporaines. L'essai de Jean-Frédéric Schaub ne cède pas à la tentation de tirer la lecture du côté du féminisme et de l'abolitionnisme, et moins encore des Lumières ; au contraire, il souligne ce qui, dans ce roman fiévreux, concentre les anxiétés et les ambivalences nées de l'expansion européenne depuis la Renaissance.


Si l'univers d'Aphra Behn s'accommode de l'esclavage et d'une conception hiérarchique de la société, il ne repose pas sur le racisme, ni d'ailleurs sur le sexisme.


La complexité de ce moment de l'histoire culturelle européenne qu'est le premier âge moderne anglais se trouve éclairée à partir de sa dimension coloniale.





Historien, Jean-Frédéric Schaub est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. Il a publié au Seuil, en 2003, La France espagnole. Les racines hispaniques de l'absolutisme français et en 2007, son premier roman, Le Référendum.



Publié le : jeudi 25 décembre 2014
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EAN13 : 9782021232479
Nombre de pages : 227
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LA LIBRAIRIE DU XXIeSIÈCLE
Collection dirigée par Maurice Olender
Jean-Frédéric Scaub
Oroonoko prince et esclave roman colonial de l’incertitude
Éditions du Seuil
ISBN978-2-02-123376-6
© Éditions du Seuil, mars 2008
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Para o Stuart B. Scwartz omem de grande engeno
Introduction
Un prince guinéen, d’une beauté supérieure, finit sa vie cevaleresque dans une plantation du Surinam dans les années 1660. La voix qui cante sa geste tragique est celle d’une dramaturge anglaise, fidèle soutien du roi Stuart Jacques II, à la veille de la Glorieuse Révolution qui le casse du trône. Tel est l’assemblage qu’offre la lecture du romanOroonoko, publié par Apra Ben en 1688. Ce livre est composé dans l’urgence, comme le reconnaît son auteur, au fil du récit. En quelques dizaines de pages serrées, le lecteur est comme pris d’assaut par l’abondance des tèmes et des angles de vue qu’il combine et noue dans une narra-tion nerveuse et palpitante1. Oroonokoet ses deux sous-titres, «Te Royal Slave» et «A True History», tiennent bien des promesses. Ce roman concentre en lui un grand nombre de nos curiosités contem-poraines. Le livre est ainsi accompagné d’un cortège d’inter-prétations, dont la bibliograpie succincte de cette étude ne donne qu’une idée partielle2. Depuis quarante ans, le texte a
1. La pagination du roman correspond à l’édition réalisée par Joanna Lipking, Apra Ben. Oroonoko. An autoritative text. Histori-cal backgrounds. Criticism, New York-Londres, W.W. Norton, 1997. 2. Janet Todd,Te Critical Fortunes of Apra Ben, Rocester, Camden House, 1998 ; Mary Ann O’Donnell,Apra Ben. An Anno-tated Bibliograpy of Primary and Secondary Sources, (2eéd.), Asgate, Aldersot, 2004.
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o r o o n o k o p r i n c e e t e s c l av e
fait l’objet de deux traductions en allemand et en italien, une en français1, une en néerlandais, castillan, catalan, persan, japonais. Voici un roman précoce dans l’istoire de ce genre littéraire, 1688, rédigé par une femme, Apra Ben, qui est tenue, avec Margaret Cavendis, pour l’une des toutes pre-mières écrivaines professionnelles dans l’istoire des faits litté-raires en Angleterre. Son itinéraire de femme libre exerce une légitime fascination dans le domaine de l’istoire des femmes et du genre. Il n’est pas excessif de dire que le cas Ben constitue même le point de départ de la «women’s literary is-tory»2.Virginia Woolf, à la recerce d’une istoire de l’écri-ture de femme, signalait dansA Room of One’s Own(1929) qu’avec Apra Ben la création littéraire féminine, pour la pre-mière fois, sortait de la spère de l’intime pour partir à la conquête d’une «audience», d’un public. Elle en concluait que toutes les femmes devraient fleurir la tombe de Mrs Ben3. De surcroît, la femme de lettres construit l’istoire affreuse d’un prince africain réduit en esclavage en Amé-rique et martyrisé. Le personnage est très vraisemblable-ment imaginaire, mais Apra écrit qu’elle l’a rencontré, il est donc au moins de son temps. Elle convoque également des personnes bien réelles, tel Lord Francis Willougby de Param, représentant du roi à la Barbade (évoqué sans être cependant nommé), son lieutenant dans la colonie du Surinam William Byam, les planteurs Jon Trefry et James Bannister, l’officier George Martin4. Les Européens de l’in-
1. Apra Ben,La Belle Infidèle, Bernard Duicq (trad.), Paris, Pi-lippe Picquier, 1990 (Orounoko[sic], p. 133-217). 2. Margaret J.M. Ezell,Writing Women’s Literary History, Baltimore-Londres, he Jons Hopkins University Press, 1993, p. 30. 3. Virginia Woolf,Une cambre à soi, Clara Malraux (trad.), Paris, 10 / 18, 1992, p. 95-98. 4. William Byam et le major James Banister sont cités dans le factum: William Byam,An Exact Relation of te Most Execrable Attempts of Jon Allin, Londres, Ricard Lowndes, 1665. 10
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