Religion et Société en Europe. La sécuralisation a

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Les rapports entre religion et société constituent un chapitre essentiel de l'histoire européenne : peu de questions ont tenu pareille place dans les controverses idéologiques et les affrontements politiques. C'est aussi un domaine où les changements ont été radicaux avec le passage de sociétés sacrales à la sécularisation. Ce livre retrace cette évolution sur deux siècles et à l'échelle de l'Europe. De s'inscrire dans le longue durée et sur tout le continent, cette histoire révèle des convergences insoupçonnées, comme si s'ébauchait un modèle propre à l'Europe des relations entre religion et société.


Publié le : samedi 25 avril 2015
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EAN13 : 9782021245394
Nombre de pages : 315
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couverture

DU MÊME AUTEUR

AUX MÊMES ÉDITIONS

Introduction à l’histoire de notre temps

1. L’Ancien Régime et la Révolution, 1750-1815

2. Le XIXe siècle, 1815-1914

3. Le XXe siècle, de 1914 à nos jours

« Points Histoire », 1974-2002

 

Pour une histoire politique

(direction)

« L’Univers historique », 1988

et « Points Histoire », 1996

 

Histoire de la France religieuse

(codirection)

« L’Univers historique », 4 volumes, 1988-1992

 

Les Crises du catholicisme en France

dans les années trente

« Points Histoire », 1996

CHEZ D’AUTRES ÉDITEURS

Histoire des États-Unis

PUF, « Que sais-je ? »

1re édition 1959, 18édition 1999

 

Les États-Unis devant l’opinion française, 1815-1852

Armand Colin, 2 volumes, 1962

 

Les Deux Congrès ecclésiastiques de Reims et Bourges

Sirey, 1964

 

Forces religieuses et Attitudes politiques

dans la France contemporaine depuis 1945

(direction)

Armand Colin, 1965

 

La Vie politique en France

1. 1789-1848

Armand Colin, 1re édition 1965

2. 1848-1879

Armand Colin, 1re édition 1969

 

Atlas historique de la France contemporaine, 1800-1965

(direction)

Armand Colin, 1966

 

L’Anticléricalisme en France de 1815 à nos jours

Fayard, 1976

Complexe, « Historiques », 1985

 

Vivre notre histoire

(entretiens)

Le Centurion, 1976

 

La Règle et le Consentement

Fayard, 1979

 

Les Droites en France

Aubier, 1982

 

Quarante Ans de cabinets ministériels

(direction)

Presse de Sciences Po, 1982

 

1958, le retour de De Gaulle

Complexe, 1983 et nouvelle édition, 1998

 

Notre Siècle

Fayard, 1re édition, 1988 ;

2édition, 1992 ; 3édition, 1996

 

Age et Politique

(direction)

Economica, 1991

 

Valeurs et Politique

(entretiens)

Beauchesne, 1992

 

Paul Touvier et l’Église

(direction)

Fayard, 1992

 

La politique n’est plus ce qu’elle était

Calmann-Lévy, 1993

Flammarion, « Champs », 1994

 

Le Catholicisme français et la Société politique

L’Atelier, 1995

 

Une laïcité pour tous

(entretien avec Jean Lebrun)

Textuel, 1998

 

L’histoire politique du XXe siècle autorise-t-elle un certain optimisme

ou bien justifie-t-elle quelque catastrophisme ?

Pleins Feux, 1998

 

L’Anticléricalisme en France de 1815 à nos jours

Fayard, 1999

 

Les Grandes Inventions du christianisme

(direction)

Bayard Éditions-Centurion, 1999

 

La politique est-elle intelligible ?

Complexe, 1999

 

Regard sur le siècle

Presses de Sciences Po, 2000

 

La République souveraine

Fayard, 2002

INTRODUCTION

Religion et société


Singulier ou pluriel ?

Religion et société : deux entités, deux abstractions qu’on n’a pas ordinairement d’occasions de rencontrer directement. La société est un être de raison : on appartient à une catégorie sociale, on est membre d’une famille, on est citoyen d’un peuple, mais la société, où en saisir les manifestations concrètes ? On peut en dire autant de la religion : on connaît des Églises, les États entretiennent des relations avec les cultes, on s’inquiète de la progression des sectes, mais la religion comme réalité tangible ? Aussi ai-je, un temps, balancé entre le singulier et le pluriel : religion ou religions ? L’hésitation n’était pas simplement orthographique, pas plus que l’incertitude ne portait seulement sur un point de grammaire : le choix engageait l’orientation même du sujet et son angle d’attaque. Opter pour le pluriel, c’était inévitablement entrer dans la voie d’une étude fragmentée des divers types de relations qui se sont instaurés, ou ont été rompus, entre les différentes confessions religieuses et la société dans chacune des nations dont se compose la diversité du continent européen. Or telle n’était point mon intention : si ma préférence est en définitive allée au singulier, comme le titre du livre en fait foi, c’est qu’il répondait mieux à la volonté d’embrasser le fait religieux dans sa globalité et à l’hypothèse initiale qu’à travers les particularités de tous ordres, dogmatiques aussi bien qu’institutionnelles et disciplinaires, qui différencient les religions, est à l’œuvre un phénomène social unique qui pose à toutes les sociétés des problèmes communs. C’est dire que je prends le terme de religion un peu comme on l’entendait au début du siècle précédent et tel que le représentaient la peinture ou la sculpture, comme une figure allégorique, ou comme en parlaient les politiques quand ils lui rendaient hommage ou exaltaient son utilité sociale : antithèse de l’impiété, mère de la charité, hypostasiée, généralement adornée d’une majuscule comme il convient pour une vertu. Ce qu’ils désignaient ainsi dans leur langage rhétorique n’était probablement pas très éloigné de ce que notre temps appelle, d’une expression moins ambitieuse et moins solennelle, mais aussi plus disgracieuse, le fait ou le phénomène religieux. Passage du style noble au constat sociologique ? Ou plutôt signe de notre embarras à trouver un terme pertinent qui satisfasse à une exigence intellectuelle sans être inélégant.

Quelles religions ?

Toujours est-il que notre objectif est d’étudier le rôle de ce grand fait social dans la vie des sociétés européennes et de mesurer la place qu’il a occupée dans les esprits, les institutions, les lois, les mœurs, les comportements collectifs, les débats d’idées. Si c’est donc une acception large qui préside à cette étude, elle limitera néanmoins son champ d’observation aux religions proprement dites, à celles seulement qui professent une croyance à un Dieu personnel, proposent une voie de salut aux personnes, enseignent une dogmatique et ont donné naissance à des communautés stables, organisées en institutions. C’est dire que nous n’inclurons pas les formes inorganisées de croyance au surnaturel, ni toutes les expressions de la quête du merveilleux qui foisonnent d’autant plus généreusement que dépérissent les grandes confessions organisées, ni toutes les manifestations de l’irrationnel. Veut-on un exemple, emprunté à l’actualité, d’application du choix ainsi fait ? Le groupement qui s’appelle Église de scientologie ne sera pas pris en considération, bien que ses activités et son existence même soient un sujet de préoccupation pour les pouvoirs publics. Jugerait-on cette exclusion arbitraire parce que certains des adhérents y trouvent sans doute réponse à une aspiration qu’on pourrait dire religieuse ? Il existe en France, auprès du ministère chargé de gérer les affaires sociales, et en particulier de définir les catégories qui ont droit au régime de protection sociale, une commission qui examine les demandes des organisations qui se définissent d’elles-mêmes comme religieuses, et qui se prononce sur leur bien-fondé : cette instance a rejeté la requête de l’Église de scientologie au motif qu’elle ne présentait pas les caractères qui permettraient de la considérer comme religieuse, en raison notamment de l’absence de référence à une transcendance personnelle. On notera au passage le curieux paradoxe d’un État qui se déclare incompétent sur les questions religieuses et qui n’en est pas moins contraint par la nécessité de décider ce qui est religieux et ce qui ne l’est pas. On reviendra sur cette singularité, car la chose illustre à merveille la complexité du sujet et aussi l’évolution des pratiques.

Pour la même raison, le souci d’une définition stricte de la religion, nous n’inclurons pas dans le champ de notre étude ces religions qu’à la suite de Jules Monnerot et de Raymond Aron on a pris l’habitude de dire séculières, c’est-à-dire les grandes idéologies contemporaines dont le marxisme et son application, le communisme, sont les expressions les plus accomplies. Elles présentent certes avec les religions classiques plus d’une analogie, surtout dans les motivations et le comportement de leurs fidèles : beaucoup ont adhéré au Parti communiste comme on entre dans une Église, avec la même ferveur, et en ont attendu les mêmes satisfactions de tout l’être. Dans leur organisation aussi abondent les ressemblances : les appareils de ces idéologies pratiquent l’excommunication et exigent de ceux qui ont défailli une autocritique qui ressemble diablement à la confession. Et le parallèle pourrait être prolongé. Mais l’épithète même qui leur a été accolée pour les désigner, de séculière, signale leurs différences irréductibles avec les religions proprement dites : ce n’est pas tant que leur philosophie soit matérialiste pour le marxisme, qui dissuade de les assimiler, mais le fait qu’elles excluent l’existence d’une autre vie ou qu’elles affectent de s’en désintéresser supprime à la racine même le problème qui sera notre sujet essentiel d’observation et de réflexion : les relations, cordiales ou conflictuelles, de collaboration, de soumission ou d’opposition, qui peuvent s’établir entre des religions dont la fin première est tournée vers le salut personnel en vue de la vie future, et les sociétés politiques occupées à la résolution des difficultés du moment et vouées à l’organisation de l’existence sur cette terre.

La religion, pas la foi

Ce livre n’est pas un livre d’histoire religieuse, ou ne le sera qu’indirectement : il ne se propose pas de mesurer le degré d’adhésion des populations à la foi enseignée par les Églises, ni d’observance des prescriptions cultuelles ni non plus de conformité aux préceptes concernant la morale individuelle. Si la distinction, ébauchée depuis quelques décennies par des théologiens, entre foi et religion, entre l’intériorité des choix personnels et l’obéissance aux impératifs sociaux, a un sens, notre recherche se situe non pas du côté de l’acte de foi, mais du fait religieux qui en est le corollaire. J’ai bien conscience, en énonçant cette dualité comme une évidence et plus encore en présentant comme allant de soi l’affirmation que toute conviction religieuse a une dimension sociale, de m’être déjà engagé dans les controverses inhérentes au sujet : ce caractère social est en effet un élément de discussion et un enjeu de ces controverses. Évidente pour les uns et parfaitement légitime, elle est rejetée par les autres comme prétention indue. Sans nous prononcer pour l’instant sur le fond, notons que la question est au cœur des débats et suscite des discussions passionnées. Cela suffirait à justifier qu’on en fasse une approche historique. En tout état de cause et quoi qu’on pense de la légitimité d’une expression publique du fait religieux et de sa présence dans l’espace social, c’est un fait historique, qui ne peut être contesté par personne que la religion a eu depuis des siècles en Europe une dimension collective et que ses diverses expressions confessionnelles ont entretenu toutes sortes de relations avec la société.

Ce livre n’étant pas une étude d’histoire religieuse, il ne s’intéressera pas aux convictions individuelles. Impossible cependant de n’en pas tenir compte. La religion de la société n’est pas sans relation avec la sincérité et la ferveur de la foi personnelle : s’il n’y avait plus de croyants, il n’y aurait plus de problème de rapport entre société et religion. En sens inverse, l’histoire nous apprend que la ferveur des croyants, même peu nombreux, peut venir à bout d’un régime persécuteur. Pour autant les deux plans ne se confondent pas : l’écart peut être grand entre le degré de religiosité des peuples et l’état des relations entre les Églises et l’État. En Angleterre et dans les pays scandinaves, la proportion des fidèles qui assistent régulièrement aux offices est infime – un ou deux pour cent – et néanmoins l’Église d’État jouit d’un statut qui lui vaut la considération des pouvoirs publics et de l’opinion. A s’en tenir à des critères juridiques, ces pays sont toujours dans une situation d’État confessionnel et de société chrétienne. En sens contraire, en France au XIXe siècle et dans nombre de pays catholiques, Bavière, Belgique, Italie, Portugal, des gouvernements ont pratiqué une politique hostile à la religion et adopté une législation qui visait à l’affaiblir, alors que la majorité des populations continuait d’observer religieusement – c’est le cas de le dire – les commandements de l’Église. Aujourd’hui ce serait plutôt l’inverse : les rapports se sont détendus entre les gouvernements et les autorités religieuses ; les différends ont trouvé un règlement amiable alors que le plus grand nombre des individus est indifférent à la religion et ne se tient plus pour obligé d’observer les prescriptions de l’Église, que ce soit pour le culte ou pour la morale privée. Ce renversement de situation n’est pas illogique : l’Église catholique, ayant grandement perdu de son influence, n’inquiète plus raisonnablement le pouvoir politique ; elle ne représente plus une menace ni pour l’indépendance de la société civile ni pour celle des conduites personnelles. Notre objet, on l’aura compris, c’est la religiosité, sincère ou feinte peu importe, de la collectivité et non des individus.

Religion et société civile

Si nous laissons ainsi en dehors, sans négliger pour autant ce que nous apprennent les recherches d’histoire religieuse, les convictions et les sentiments religieux des individus, notre sujet ne se réduit pas à la sempiternelle histoire des relations, souvent orageuses, entre les appareils politiques et les hiérarchies ecclésiales, au rythme des poussées de fièvre anticléricales et des revanches cléricales. Ce livre n’est donc pas non plus une étude des régimes juridiques, encore qu’il ne puisse faire l’économie d’une analyse des statuts et des rapports de droit, qui ont tenu une si grande place dans l’histoire politique de la question religieuse, entre États et Églises.

Si les péripéties bien connues de cette histoire ne sont évidemment pas sans incidence sur les relations entre religion et société, celles-ci ne s’y réduisent pas : elles n’en épousent pas nécessairement la courbe. Entre le niveau des relations politiques et juridiques au sommet entre responsables des deux sortes de sociétés, et, à l’autre extrémité, celui des convictions, des sentiments, des conduites de centaines de millions d’Européens, qui sont à la fois sujets ou citoyens d’un pays et fidèles d’une Église, il y a un niveau intermédiaire : celui de la religiosité de la société civile, de ses références explicites à la religion, de la régulation par celle-ci des activités collectives et de la vie de la collectivité nationale. Contrairement à une représentation réductrice, la relation entre religion et société ne tient pas toute dans un face-à-face entre le politique et le religieux. La relation est triangulaire : à côté de l’État et de la religion, il y a la société qui s’appelle aujourd’hui civile. C’est le domaine qui nous intéresse au premier chef et qui retiendra particulièrement notre attention. Arrêtons-nous un instant à ce terme de société civile. Sa fortune récente n’est pas sans intérêt pour notre propos. Naguère, civil se définissait par opposition à religieux : il en subsiste des vestiges dans le vocabulaire : état civil, mariages civils, obsèques civiles comme manifestation de refus de la religion. Civil s’est aussi opposé à militaire. Il est aujourd’hui plus souvent présenté comme le terme antagoniste de politique : la société civile est le contraire de la classe politique.

Pour être distinctes, les relations politiques et juridiques entre États et Églises et celles entre religion et société civile ne sont pas totalement désaccordées. Il serait absurde de penser que les mesures prises par un gouvernement ne reflètent pas l’état d’esprit d’une partie de la population et plus encore d’imaginer qu’elles pourraient n’avoir aucun effet sur la religion de la société civile, comme si la guerre menée en Prusse par Bismarck contre le catholicisme au temps du Kulturkampf (1873-1875), ou la laïcisation entreprise par les républicains en France à partir de leur conquête du pouvoir, en 1879, n’avaient pas eu quelque influence sur le comportement et les idées individuels, même si ces deux politiques portent dans les progrès du détachement de la religion une moins grande responsabilité que ne leur en imputent les Églises.

Ce sont néanmoins des domaines différents, les évolutions ne sont pas nécessairement parallèles ni synchrones. Les exemples déjà cités de pays de l’Europe du Nord ont suggéré que les deux choses n’étaient pas toujours liées. Dans une vision cavalière de l’histoire des deux derniers siècles, on pourrait même risquer l’hypothèse qu’elles se sont déroulées en sens contraire : au XIXe siècle, les rapports ont été souvent détestables entre les autorités des deux sociétés alors que les populations restaient majoritairement religieuses ; au XXe siècle, les querelles se sont apaisées, un modus vivendi s’est peu à peu établi, mais ce sont les populations qui se sont massivement détachées de la pratique religieuse. D’aucuns argueront peut-être que c’est seulement un décalage dans le temps. Ce détachement, qui intéresse l’histoire religieuse, s’est-il accompagné de l’abandon par la société civile de toute référence religieuse dans sa législation et l’organisation de ses activités ? C’est notre objet que de répondre à cette question : dans quelle mesure la religion a-t-elle exercé et continue-t-elle aujourd’hui d’exercer une influence, déterminante ou restreinte, sur la conduite des sociétés ? En particulier la loi civile s’inspire-t-elle encore de la loi morale telle que la définissent les Églises ?

Le temps du religieux

Quelle que soit la réponse pour aujourd’hui, il n’est pas douteux que la religion a tenu partout en Europe – et dans un passé encore proche – une position éminente : la discussion à son sujet a été au cœur des débats philosophiques et des controverses politiques. Son influence a été presque sans égale à certains moments de l’histoire de notre continent. Ne pas la prendre en considération serait s’interdire de comprendre une partie essentielle des préoccupations, des réactions et des comportements. Elle fait partie intégrante de l’histoire générale, qu’elle intéresse à plus d’un titre : politique, religieux, intellectuel, culturel. Il n’est guère de pays d’Europe dans lequel elle n’ait contribué à faire l’histoire et à infléchir le cours des événements.

Présente sur la totalité de l’espace européen, même si les conditions et les termes dans lesquels elle s’est formulée varient passablement d’un pays à l’autre en fonction de leurs histoires singulières, la question traverse aussi le temps et enjambe les générations. Elle vient de loin, presque du fond des âges, et si elle se fait aujourd’hui moins pressante, les interrogations à son sujet ne sont pas entièrement caduques, on en aura de nombreuses preuves quand nous aborderons le présent. On a pu croire un temps que cette longue histoire avait enfin trouvé son terme ultime avec le règlement définitif des points litigieux. Ce fut par exemple l’intention et la certitude des parlementaires français votant en 1905 une loi qui tranchait les derniers liens unissant les Églises à l’État. La suite a montré le caractère illusoire de cette conviction. Pour quelles raisons ? Il y a d’abord la durée propre des faits religieux. Si toute catégorie de faits sociaux a une durée spécifique, les faits religieux sont, probablement de tous, ceux qui s’inscrivent dans la durée la plus longue. Ils participent à la longévité propre des faits de culture et de mentalité qui perdurent : les idéologies aussi survivent à leurs fondateurs comme aux circonstances de leur émergence. Les religions plus encore : toute religion se rattache à une tradition, se définit par sa fidélité à la parole et à l’exemple de son fondateur, se réfère à des textes sacrés que les fidèles méditent génération après génération. De cette capacité à durer les relations entre religion et société subissent naturellement les conséquences. De leur côté, les gouvernements ne se départissent pas aisément des habitudes contractées : ainsi même les plus gagnés aux conceptions libérales qui induisent une séparation des Églises et du pouvoir restent-ils tentés de conserver les pratiques des régimes anciens qui régentaient la vie religieuse de leurs sujets. En outre, sans anticiper sur les leçons qui se dégageront de l’étude historique des situations et des évolutions, il est possible que l’idée d’une séparation absolue du religieux et de la société soit une utopie qui ne résiste pas à la contrainte des réalités. Toujours est-il que dans la plupart des pays européens la question connaît depuis quelques années un regain d’actualité, un retour de flamme : simple résurgence anachronique de problèmes archaïques ou émergence d’une problématique nouvelle ? A l’histoire de répondre.

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