Tous unis dans la tranchée?. 1914-1918, les intell

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Guillaume Apollinaire, Henri Barbusse, Marc Bloch, Maurice Genevoix, Georges Duhamel ou Léon Werth : les intellectuels combattants ont laissé à la postérité des textes où la guerre est superbement décrite et analysée. Nicolas Mariot relit les carnets, correspondances et autres témoignages abondamment cités par les historiens non comme des illustrations exemplaires de l'Union sacrée mais au contraire pour y repérer les très nombreux décalages entre leur expérience de la Grande Guerre et celle de la grande majorité des combattants.


L'auteur, sociologue et historien, traque dans ces écrits toutes les mentions, jusqu'aux plus infimes et apparemment anodines, qui racontent l'état des rapports sociaux dans les tranchées. Ce sont elles qui composent l'essentiel de la matière de ce livre. En témoignant du monde des tranchées, et de l'épreuve de la boue ou des bombardements, ces intellectuels livrent un témoignage sur leur découverte des classes populaires, leurs perceptions des soldats côtoyés, qu'il s'agisse de " camarades " ou de " leurs hommes ", et donc sur les écarts et les différences sociales à la fois maintenues et déplacées durant le conflit.



Nicolas Mariot est chercheur au CNRS (Centre Universitaire de recherche sur l'action Ppblication et le politique, Amiens). Il a notamment publié avec Claire Zalc, Face à la persécution. 991 Juifs dans la guerre (Odile Jacob, 2010).


Publié le : lundi 25 novembre 2013
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EAN13 : 9782021118827
Nombre de pages : 496
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Tous unis dans la tranchée ? 19141918, les intellectuels rencontrent le peuple
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Du même auteur
Bains de foule Les voyages présidentiels en province, 18882002 Belin, 2006
C’est en marchant qu’on devient président La République et ses chefs de l’État, 18482007 Aux lieux d’être, 2007
Obéir, désobéir Les mutineries de 1917 en perspective (avec André Loez) La Découverte, 2008
Pratiques et méthodes de la sociohistoire (avec François Buton) PUF, 2009
Face à la persécution 991 juifs dans la guerre (avecClaire Zalc) Odile Jacob, 2010
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NICOLAS MARIOT
Tous unis dans la tranchée ?
19141918, les intellectuels rencontrent le peuple
ÉDITIONS DU SEUIL e 25, boulevard RomainRolland, Paris XIV
Ce livre est publié dans la collection L’UNIVERS HISTORIQUE
ISBN9782021118810
©Éditions du Seuil, septembre 2013
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Pour mon père
Aux gars de Palente, 19861988
« Moi je continue ma vie qui n’est pas de la viemais une très intéressante expérience sociologique. » e Robert Hertz, service militaire, caserne du 132 RIà Reims, lettre à son beaufrère du 28 janvier 1901.
« On n’est pas égaux d’origine Ni d’galett, ni d’chic, ça d’accord ; Mais on est frèr’pour deux machines : C’est pour la merde et pour la mort » Chanson «Le soliloque du poilu» dans André Pézard, e Nous autres à Vauquois, 19151916, 46 RI.
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I N T R O D U C T I O N
La tranchée des lettrés
« Je vis complètement avec mes hommes, braves ouvriers des régions envahies. » Voilà comment Guillaume Apollinaire, le maréchal des logis de Kostrowitzky pour l’armée, décrit sa situation de chef de pièce d’artillerie (G. A., 8 nov. 1915, p. 164*.) « J’ai été mêlé à mes soldats. Je les ai mieux connus », lui fait écho l’historien Marc Bloch pour préciser ce qu’il perd en devenant officier (M. B., p. 149). Dès la midécembre 1914, l’écrivain et médecin Georges Duhamel, Prix Goncourt 1918 pourCivilisation, écrit à sa femme Je devrai à la guerre: « d’être sorti de mon trou habituel et d’avoir vu une collection énorme de types que rien ne pouvait me faire imaginer. » (G. D., 16 déc. 1914, p. 143.) Le constat se fait plus sociologique encore chez un autre lieutenant : « Sur la position, je causais longuement avec mes hommes, auxquels je dois l’une des plus précieuses leçons de cette guerre : au bourgeois calfeutré que j’étais, ils ont ouvert des échappées sur l’âme populaire, ses 1 préjugés, ses peines, ses espoirs . » Dans ces observations, la curiosité voire l’intérêt sont manifestes. Pourtant ils ne suffisent pas toujours à assurer, loin s’en faut, l’harmonie des échanges entre des hommes issus de milieux sociaux souvent éloignés. Le peintre Fernand Léger, simple soldat dans le génie, témoigne de sa pénible adaptation aux soldats de sa section : « Je suis à une rude école. Ils ont très peu d’estime pour moi,
* Les références en fin de citation renvoient aux sources principales des témoignages en fin de volume, p. 473 à 477.
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TOUSUNISDANSLATRANCHÉE?
je suis un inutile, je ne suis pas “dans le rail”. Je reste un civil dépaysé et qui a pour eux des étonnements et des admirations inexplicables. » (F. L., 5 oct. 1914, p. 1112.) Louis Krémer, poète amateur et liquidateur judiciaire chez un notaire lorsque la guerre éclate, raconte sa difficulté à vivre dans un milieu « étranger et même totalement hostile » qu’il méprise et dont il souffre d’être rejeté. « En butte à toutes les tracasseries » dans une section où, comme il l’écrit, « instruction, éducation, correction, sérieux, sont les choses les plus méprisées, les plus honnies, les plus nuisibles », il devient le souffredouleur du groupe avant d’être muté comme agent de liaison au service d’un officier (L. K., 9 juin 1916, p. 115). Reste que, même sous la forme d’une interminable punition – d’autant plus tragique dans le cas de Louis Krémer qu’il décède de ses blessures en 1918 –, les tranchées furent bien le lieu d’une expérience sociale hors norme : elle est l’objet de ce livre.
Une guerre des classes ?
Tout lecteur de correspondances ou carnets de guerre peut le constater : si cette littérature raconte évidemment le front et son cortège de douleurs, elle est aussi, pour la quasitotalité des témoins issus des milieux aisés de la société, un exposé de leur découverte des classes populaires. La raison en est simple. Pour eux, membres des classes dominantes partis, volontaires ou non, sur la ligne de feu, le front est le lieu d’une rencontre, extraordinaire au sens plein du terme, avec les gens du peuple. C’est à l’analyse de ce moment exceptionnel, historiquement comme par son ampleur, que ce livre convie. Il s’agit d’y observer certes le brassage social qu’occasionne mécaniquement la pré sence conjointe d’hommes ordinairement éloignés les uns des autres par la culture, l’argent et le milieu, mais aussi de constater la perpétuation au front des hiérarchies sociales de l’époque. Ainsi entendu, le propos de l’ouvrage est simple : montrer comment des intellectuels, le plus souvent étudiants,
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