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Maison Claibourne & Farraday

De
416 pages
Avec ses sœurs, Romana Claibourne forme une équipe de choc à la tête du grand magasin londonien Claibourne et Farraday. Pourtant, aussi compétente soit-elle, elle est furieuse d’apprendre que Glenn Farraday, l’un des coactionnaires de l’entreprise, suivra ses faits et gestes pendant un mois… Car il est évident que Glenn ne souhaite qu’une chose : lui ravir son poste !
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Couverture : Liz Fielding, Opération séduction, Harlequin
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À PROPOS DE L’AUTEUR

Liz Fielding a toujours été à l’aise avec l’écriture. Mais elle a fait le choix de n’en faire son métier qu’après avoir parcouru le monde afin de s’abreuver de culture. Aujourd’hui, elle est l’un des auteurs les plus prolifiques d’Harlequin, avec plus de cinquante titres à son actif. Couronnée de nombreux prix, elle n’a plus qu’un seul objectif : écrire toujours plus, et toujours mieux !

Prologue

COMMUNIQUÉ DE PRESSE :

LES MAGASINS CLAIBOURNE & FARRADAY SONT HEUREUX D’ANNONCER LA NOMINATION DE MLLE INDIA CLAIBOURNE AU POSTE DE P-DG DE L’ENTREPRISE. MLLES ROMANA ET FLORA CLAIBOURNE ONT ÉTÉ NOMMÉES MEMBRES À PART ENTIÈRE DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.

CHRONIQUE DU LONDON EVENING POST :

L’égalité des sexes aurait-t-elle enfin franchi les murs de cette vénérable institution que représente Claibourne & Farraday, le grand magasin parmi les plus anciens et les plus chics de Londres ?

Avec l’annonce, aujourd’hui, qu’India Claibourne prend à vingt-neuf ans la succession de son père comme P-DG de C&F, c’est une ère qui s’achève dans l’un des derniers bastions de la domination masculine.

Il semblerait que les ravissantes demoiselles Claibourne, qui participent à la vie du magasin depuis l’âge où elles se déguisaient en lutins pour prêter main-forte au Père Noël, aient décrété qu’il était temps de mettre un terme à l’impérialisme mâle imposé par les fondateurs au XIXe siècle. En effet, depuis 1832, époque où Charles Claibourne et William Farraday ont institué une règle de succession qui octroie des « actions préférentielles » permettant à l’héritier mâle le plus âgé de l’une ou l’autre famille d’exercer un contrôle intégral sur le magasin, leur décision n’a jamais été contestée.

Les héritiers masculins de la famille Farraday vont-ils relever le défi ou se retirer ? Si vous voulez en savoir plus sur cette affaire, ne manquez pas notre prochaine chronique.

NOTE : de Jordan Farraday à l’attention de
Glenn Farraday Macaulay et Bram Farraday Gifford.

Je suppose que vous avez déjà pris connaissance de la coupure de presse ci-jointe que je vous envoie néanmoins par précaution. Pour parer aux questions que vous ne manquerez pas de vous poser, sachez que j’ai immédiatement contesté la nomination d’India Claibourne à la tête de C&F par le biais de mes avocats. La réponse des sœurs Claibourne ne s’est pas fait attendre et ne manque pas d’intérêt. Contrairement à ce que je prévoyais, elles ne brandissent pas la bannière féministe et ne font aucune mention de la nouvelle législation concernant l’égalité des sexes dans l’entreprise. En revanche, elles expriment leur surprise que des hommes aussi occupés que nous puissent trouver le temps de prendre en charge la gestion au jour le jour d’un « commerce de détail ».

Il est possible, voire probable, qu’elles aient deviné notre projet de liquider la marque et de vendre l’espace immobilier qui l’abrite — ce à quoi elles ne pourront s’opposer une fois que nous aurons obtenu le contrôle du conseil d’administration. Il est donc impératif de les convaincre que nous n’avons nulle intention de vendre. C’est dans cette perspective que j’ai accepté la proposition que chacun de nous observe, au quotidien, le management de chacune d’entre elles au cours des trois prochains mois. Nous ferons donc office, à tour de rôle, de « doublon » des Claibourne.

Manifestement, les sœurs Claibourne espèrent nous démontrer que leur expérience du terrain est un meilleur atout pour C&F que nos années passées dans la City. Un délai de trois mois sous couvert de coopération ne nous coûtera pas grand-chose si l’affaire se termine au tribunal, comme je le pressens. La connaissance que nous aurons acquise de l’intérieur nous sera même d’une grande utilité si nous devons les évincer du conseil par voie de justice.

J’ai établi l’emploi du temps suivant : Glenn sera le doublon de Romana en avril, Bram celui de Flora en mai et je travaillerai avec India en juin. Vous trouverez, ci-joint, un dossier sur chacune de vos partenaires que je vous demande d’étudier en détail. Consacrez un maximum de temps à votre rôle sans qu’il paraisse empiéter sur vos activités professionnelles habituelles.

Je me rends bien compte que je vous impose une corvée, mais en tant que coactionnaire, je vous rappelle que la récompense sera le contrôle d’un bien commercial et d’une surface immobilière considérable en plein cœur de Londres.

MESSAGE ÉLECTRONIQUE d’India Claibourne à Romana@Claibourne.com avec copie à

Flora@Claibourne.com.

Objet : Glenn Farraday Macaulay

Romana,

les avocats ont demandé un délai de trois mois afin d’étayer leur dossier pour débouter la prétention des Farraday à prendre le contrôle de C&F. Afin de gagner du temps, j’ai fait semblant de montrer patte blanche et proposé à chacun d’eux de suivre l’une de nous pendant un mois pour leur permettre de juger de nos méthodes.

Glenn Farraday Macaulay prendra contact avec toi d’ici peu pour que vous conveniez ensemble d’un emploi du temps qui lui permette de te suivre au cours de tes activités prévues en avril. Il dirige une banque d’affaires et rêve sans aucun doute de faire main basse sur le capital et les biens de C&F. Je compte sur toi pour le persuader qu’il vaut mieux nous les confier.

Il est évident que les Farraday ont accepté cette proposition parce qu’ils voient là un moyen d’accumuler des renseignements qu’ils comptent certainement utiliser contre nous, alors méfie-toi !

Je t’embrasse,

India

1

Les bras chargés de sacs provenant de chez les plus grands couturiers, Romana Claibourne, debout devant un taxi, cherchait son portefeuille avec une panique croissante en s’efforçant de ne pas renverser le gobelet de café qu’elle tenait à la main.

En dépit des apparences, cet état de fébrilité ne devait rien au portefeuille introuvable ou à la brusque décision de Glenn Farraday Macaulay de lui imposer sa présence aujourd’hui. Hélas, d’ici à quelques heures à peine, elle devrait affronter une épreuve bien pire…

Cela dit, la situation présente n’avait rien de réjouissant. En dépit des mises en garde d’India, elle était en retard. Sa sœur avait pourtant insisté sur la nécessité d’être ponctuelle : Glenn Macaulay voulait discuter avec elle de son emploi du temps à 12 heures précises et il fallait tout laisser en plan pour être au rendez-vous. Rien — pas même l’inauguration de la semaine caritative de C&F — n’était plus important. En bref, il y avait crise.

Elle jeta un regard navré au chauffeur de taxi.

— Mon portefeuille est sûrement quelque part. Je suis sûre que je l’avais tout à l’heure.

— Ne vous inquiétez pas, mademoiselle, j’ai tout mon temps.

— Vraiment ?

Comprenant un peu tard qu’il s’agissait d’un trait ironique, Romana redoubla d’efforts pour retrouver son bien. Elle l’avait en passant prendre sa robe puisqu’elle s’était servie de sa carte bancaire. Ensuite, après avoir reçu le message d’India, un café s’était imposé d’urgence et elle avait réglé avec de la monnaie. Ensuite… Ensuite, elle avait fourré le portefeuille dans la poche de son imperméable et…

Son visage s’illumina tandis qu’elle plongeait la main dans sa poche. Hélas, les sacs glissèrent le long de son bras et le gobelet lui échappa quand elle voulut les redresser. Il s’écrasa sur le trottoir, éclaboussant d’un jet noir une paire de chaussures masculines rutilantes ainsi qu’un pantalon de flanelle au pli irréprochable.

Les chaussures comme le pantalon pilèrent net. La pointe d’un parapluie de soie noire souleva adroitement le gobelet. Les yeux écarquillés, Romana suivit son ascension jusqu’à ce qu’il s’arrête à quelques centimètres de son nez.

— C’est à vous, je présume, déclara le propriétaire du pantalon.

Confuse, Romana saisit le gobelet. Première erreur : il était gluant et trempé, aussi les excuses qu’elle s’apprêtait à prononcer se muèrent-elles en une exclamation de dégoût. L’erreur numéro deux fut de lever les yeux. Elle faillit lâcher de nouveau le gobelet en découvrant un individu qui incarnait le rêve de toute femme : beau, brun et ténébreux à souhait. Stupéfaite, elle demeura paralysée, incapable de proférer un son. Pourtant, il fallait qu’elle lui présente ses excuses et, surtout, qu’elle lui demande son nom.

Sur le point de passer à l’acte, elle se ravisa. Si elle se fiait à la moue dédaigneuse du personnage, il n’était pas le moins du monde impressionné par sa rencontre avec l’une des femmes les plus courtisées de la capitale. Son expression était même suffisamment éloquente pour qu’elle devine son opinion sans qu’il ait besoin de prononcer les mots « blonde » et « stupide », et les excuses qu’elle voulait lui présenter moururent sur ses lèvres.

De toute façon, ce qu’elle aurait pu dire n’aurait servi à rien, car il avait déjà tourné les talons et franchissait la porte de C&F sans plus se préoccuper d’elle.

* * *

Glenn s’étant annoncé, on le guida avec empressement à l’étage supérieur où il tendit son imperméable et son parapluie à une réceptionniste avant de se retirer au vestiaire pour essuyer son pantalon et ses chaussures. Après avoir jeté le mouchoir en papier dans une corbeille, il consulta sa montre avec irritation. Il avait eu les plus grandes peines du monde à se libérer pour ce rendez-vous et voilà qu’à cause de cette idiote, il était en retard !

Que fabriquait-elle donc sur le trottoir avec un gobelet de café à la main et assez de sacs de grands couturiers pour régler la dette d’un pays du tiers-monde ? Même ses cheveux semblaient échapper à son contrôle, songea-t-il en se rappelant l’incroyable chevelure blonde qui lui auréolait la tête.

Encore une chance que Romana Claibourne soit en retard, elle aussi.

Déclinant l’offre de la secrétaire qui lui proposait un café, il accepta son invitation à attendre dans le luxueux bureau de la jeune femme et se campa devant la fenêtre en s’efforçant de chasser de son esprit la douzaine d’affaires urgentes auxquelles il devrait se consacrer à cet instant précis.

* * *

Romana fulminait sans trouver de mots assez sévères pour qualifier le goujat qui venait de lui tourner le dos.

— Ce n’est pas votre jour, on dirait, remarqua le chauffeur de taxi. Je vous prépare un reçu ?

— Pardon ? Oh, oui… Tenez, prenez ce billet et gardez la monnaie.

Comme il n’y avait pas de poubelles dans la rue, elle gagna son bureau en tenant le gobelet répugnant à bout de bras.

Pendant que sa secrétaire l’en débarrassait, elle déclara :

— M. Macaulay devrait arriver d’un instant à l’autre. Je ne peux pas lui accorder plus de cinq minutes, alors je compte sur toi pour venir à mon secours et me débarrasser de lui.

La secrétaire roula des yeux en direction du bureau.

— M. Macaulay est arrivé il y a deux minutes, chuchota-t-elle.

Romana se retourna comme si une guêpe la piquait. En effet, un homme se tenait devant la fenêtre de son bureau et, même s’il lui tournait le dos, il l’avait sûrement entendue ! Voilà qui augurait mal de leur entrevue.

S’essuyant les mains en toute hâte, elle lissa sa jupe, rajusta sa veste et pénétra dans le bureau.

De dos, Glenn Macaulay paraissait très impressionnant : grand, des cheveux sombres sans la moindre boucle rebelle et des épaules athlétiques que mettait en valeur une veste sûrement coupée par le meilleur tailleur de la capitale.

S’armant de courage, elle traversa la pièce en direction de son hôte.

— Monsieur Macaulay ? Je suis navrée de vous avoir fait attendre, mais il m’est arrivé un petit acc…

Quand le visiteur se retourna pour serrer la main qu’elle lui tendait, elle s’arrêta net, les yeux écarquillés.

Evidemment ! songea-t-elle, consternée. Glenn Macaulay et l’odieux personnage qu’elle avait aspergé de café ne pouvaient faire qu’un puisqu’on était le 1er avril !

— Ma secrétaire vous a-t-elle proposé du…

— Café ? acheva-t-il comme Romana hésitait au moment de prononcer le mot fatal.

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