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Médias et construction idéologique du monde par l'occident

De
278 pages
La puissance des nations aujourd'hui se lit à travers leur capacité à mener la grande guerre de l'information, favorisée par le développement tous azimuts des technologies de l'information et de la communication. Les auteurs ont réuni ici des contributeurs des universités occidentales et africaines convaincus de la puissance de l'image en mondialisation, et surtout des enjeux de sa gestion, en termes d'affichage politique des Etats.
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s ous la direction de
Gérard-Marie Messina Médias et construction idéologique
du monde par l’occident et a ugustin emmanuel eon Gue
La puissance des nations aujourd’hui se lit à travers leur capacité à mener
la grande guerre de l’information, favorisée par le développement tous
azimuts des technologies de l’information et de la communication.
Les éditeurs scientifques de cet ouvrage ont pu réunir des
contributeurs des universités occidentales et africaines convaincus de Médias et construction idéologique
la puissance de l’image en mondialisation, et surtout des enjeux de sa
du monde par l’occidentgestion, en termes d’affchage politique des États. Ils démontrent que
l’espace discursif, exploité via les différentes possibilités d’expression
médiatique, représente le nouveau terrain où se gagne la guerre pour
le vrai pouvoir. Dès lors, la puissance politique et économique se
détermine au prorata de la qualité des médias mobilisés, qui tiennent Préface du Professeur Edmond Biloa
lieu de cadre de légitimation et de validation de la vérité historique
imposée par l’Occident. Pour le démontrer, les auteurs s’appuient sur la
gestion médiatique des questions à dominante politique ayant secoué
le monde ces derniers temps, notamment la crise ivoirienne, la crise
syrienne, le terrorisme international, avec Boko Haram, le mariage
pour tous, etc.
Gérard-Marie Messina est chargé de cours (maître de conférences dans
le système français) à l’Université de Yaoundé I. Auteur de plusieurs
ouvrages, il est également chargé de cours associé au département
d’économie internationale de l’Institut des Relations Internationales du
Cameroun (Université de Yaoundé II).
Augustin Emmanuel Ebongue est chargé de cours (maître de conférences
dans le système français) au département de français de l’Université de
Buea au Cameroun. Auteur de plusieurs travaux scientifques, il enseigne
la linguistique française, l’analyse du discours et le français langue
étrangère (FLE).
ISBN : 978-2-343-04303-6
28 e
EMERGENCES-AFRICAINES_GF_EBONGUE_MEDIAS-ET-CONSTRUCTION-IDEOLOGIQUE-DU-MONDE-PAR-L-OCCIDENT.indd 1 19/10/14 10:20bb
s ous la direction de
Médias et construction idéologique
Gérard-Marie Messina
du monde par l’occident
et a ugustin emmanuel eon Gue


















Médias et construction idéologique
du monde par l’occident
















Emergences Africaines
Dirigée par Magloire KEDE ONANA

La collection « ÉMERGENCES AFRICAINES » se propose de renverser des
certitudes faciles. Nous sommes convaincus que l’Afrique, longtemps considérée
comme en retrait, s’ouvre au monde, et est plus que jamais au cœur des enjeux. Son
Histoire ne doit plus s’écrire ailleurs, par des continents eux-mêmes en crise de
modèles à proposer/imposer.
Une nouvelle génération très entreprenante d’Africains et d’Africanistes existe
aujourd’hui, qui problématise et réécrit l’Histoire du continent dans toutes ses
facettes, et par une approche multidisciplinaire. Il s’agit de dévoiler une Afrique des
« Bonnes Nouvelles » : celle qui, parce que plus ouverte au monde, présente tous ses
atouts d’émergence.
Dernière arrivée dans la compétition mondiale, l’Afrique est capable d’apporter
un élan différent à la mondialisation grâce à son devenir, qui est subordonné à son
être.

Déjà parus

André-Marie Manga, Didáctica de lenguas extranjeras. Orientaciones teóricas en
español, 2014.
Marcellin Nnomo Zanga et Gérard-Marie Messina, Pour une critique du texte
négro-africain, 2014.
Alphonse Zozime Tamekamta et Jean Koufan Menkéné (dir.), L’urgence d’une
révolution agricole au Cameroun, 2013.
Alphonse Zozime Tamekamta (dir.), L’illusion démographique, 2013. Zozikamt), Propos sur l’Afrique, 2013.

Sous la direction de
Gérard-Marie Messina et Augustin Emmanuel Ebongue






























Médias et construction idéologique
du monde par l’occident







Préface du Professeur Edmond Biloa










































































































Des mêmes auteurs

Gérard-Marie Messina
Pour une critique du texte négro-africain. De la sociocritique à la
politocritique, Paris, L’Harmattan, 2014.
La nouvelle gouvernance universitaire au Cameroun, Paris, L’Harmattan,
2010.
La gestion poétique du discours politique chez Aimé Césaire : de Ferrements
à Moi, laminaire, Paris, L’Harmattan, 2010.

Augustin Emmanuel Ebongue
50 ans de bilinguisme officiel au Cameroun (1961-2011) : état des lieux,
enjeux et perspectives/ 50 Years of Official Bilingualism in Cameroon :
Situation, Stakes and Perspectives, Paris, L’Harmattan, 2012.














































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04303-6
EAN : 9782343043036
Sommaire
Préface .................................................................................................. 7
Introduction générale .......................................................................... 11
PREMIERE PARTIE : FORMES DISCURSIVES ET CAPTATION
LANGAGIERE DANS LES DISCOURS MEDIATIQUES ............ 23
Chapitre 1 La langue des journalistes dans la presse écrite
ivoirienne et camerounaise Augustin Emmanuel Ebongue ...... 25
Chapitre 2 Évaluation de la subjectivité dans l’écriture
journalistique : cas des textes portant sur la crise malienne
Johnson Manda Djoa ................................................................ 43
Chapitre 3 De la description à la classification des discours :
l’analyse linguistique du discours (ALD) selon la perspective de
Olga Galatanu Aimée-Danielle Lezou Koffi ............................. 61
Chapitre 4 Dans le débat des pros et des antis mariage
homosexuel, une collocation émergente « pour tous » ?
Rossana Curreri ........................................................................ 75
Chapitre 5 La « formule » dans les médias québécois
francophones. Le cas de la Charte des valeurs québécoises
Samira Belyazid87
Chapitre 6 Lorsque les médias algériens s’emparent du français
des jeunes. Lecture d’un corpus médiatique Souheila Hedid 105
DEUXIEME PARTIE : ENJEUX DE L’ECRITURE MEDIATIQUE
DE L’HISTOIRE .............................................................................. 115
Chapitre 7 Temporalité médiatique arabe du XIXe au
XXIe siècles : de la Nahda au Printemps arabe Marie-Claire
Djaballah-Boulahbel............................................................... 117
Chapitre 8 Des acteurs et des péripéties de la révolution
haïtienne de 1791 à 1804 : un laboratoire idéologique de la lutte
anticoloniale et des stratagèmes néocoloniaux
Edouard Mokwe ...................................................................... 137
Chapitre 9 Les médias du Golfe et la question des révolutions
arabes : Focus sur les cas égyptien et bahreïni
Nadia Makouar ....................................................................... 149 Chapitre 10 De l’action des médias en période de crise : le
prédiscours oublié ou la manipulation de l’information en Côte
d’Ivoire Dorgelès Houessou .................................................. 165
Chapitre 11 The British Press and the Reunification Debate in
the Southern Cameroons Joseph Lon NFI ............................. 179
Chapitre 12 La lutte contre le VIH/SIDA à Ngaoundéré
(19882004) : de la sensibilisation spectaculaire à la psychose sociale
Patrice Wam Mandeng ........................................................... 191
TROISIEME PARTIE : PERSPECTIVES SEMIOTIQUES DE LA
MEDIACRATIE OCCIDENTALE SUR L’AFRIQUE ................... 201
Chapitre 13 La domination médiologique de l’Occident sur
l’Afrique ou les mécanismes de construction de la figure du
monstre à la tête des Etats africains : une analyse de l’image des
chefs d’Etat africains dans les médias occidentaux
GérardMarie Messina ........................................................................ 203
Chapitre 14 La violence comme dispositif de communication
dans la compréhension des conflits : réflexion sur le Nigeria
contemporain Léopold M. Jumbo .......................................... 219
Chapitre 15 La déconstruction et la théorie du genre :
déconstruction d’une nouvelle anthropologie médiatique Hervé
Ondoua .................................................................................... 233
Chapitre 16 L’allégorie paradoxale de la presse dans Bel-Ami
de Guy De Maupassant : une analyse sémio-idéologique
Dieudonné Mbena ................................................................... 243
Chapitre 17 L’alterité dans Le lion, Les cavaliers de Joseph
Kessel et Paris-Tombouctou, Hiver Caraibe de Paul Morand
Ernest Désiré Mvondo Bivia ................................................... 253
Conclusion générale ......................................................................... 267

6 Préface
La problématique générale du présent ouvrage s’articule autour de la
notion de médias qui reste conçue comme tout moyen ou tout écrit destiné à
un large public et convoqué pour transmettre, en direct ou en différé, soit une
information, soit un message, soit des connaissances, dans le but de modifier
l’attitude de l’autre, du lecteur, de l’auditeur, du téléspectateur. Le média
constituerait alors un canal, mieux encore, un moyen qui établit une
interaction entre l’énonciateur, le journaliste, dans le cas d’une conception
restreinte de la notion de média, l’écrivain, l’historien ou autre, dans une
acception étendue, et le destinataire. Que ce soient les formes traditionnelles
des médias ou tout autre forme de moyen pouvant jouer le même rôle, la
communication médiatique obéit à un contrat décrit par Charaudeau (2005c)
comme un « contrat médiatique », qui se présente brièvement ainsi qu’il
suit :
- une instance de production composite comprenant divers acteurs ayant
chacun des rôles bien déterminés ;
- une instance de réception, elle aussi composite, mais sans détermination
de rôles spécifiques ;
- la double finalité de ce contrat : une finalité éthique de transmission
d’information au nom des valeurs démocratiques et une finalité commerciale
de conquête du plus grand nombre de lecteurs, auditeurs, téléspectateurs.
La conception étendue de la notion de média englobe ainsi en plus des
moyens de communication de masse, les œuvres littéraires, les livres
d’histoire, etc. L’ambition de l’ouvrage est non pas de recenser la quantité de
types de médias qui existent, mais de s’interroger sur les mécanismes ou les
stratégies convoquées par les différents énonciateurs au travers aussi bien de
la presse, la radio, la télévision, l’internet, qui sont des moyens de
communication de masse destinés à l’information en direct, que des autres
formes de médias tels que la littérature, les documents d’histoire, etc., qui
observent un décalage temporel dans la transmission des messages.
Que ce soit les moyens de communication de masse, les livres d’histoire
ou les œuvres littéraires, les médias agissent sur le public, sur le destinataire.
On comprend dès lors pourquoi de nombreux parents interdisent à leurs
progénitures un certain nombre de programmes télé ou certains documents
écrits. Par ailleurs, les chaînes de diffusion des programmes télé ont
l’obligation d’afficher sur l’écran la mention d’interdiction à une certaine
tranche d’âge, généralement matérialisée par « -10, -12, -16 ou -18 ». La
raison est que les médias agissent consciemment ou inconsciemment sur nous ; la publicité agit sur nous en modifiant ou en limitant notre liberté de
choisir. Ainsi, pour agir sur les esprits, les grandes entreprises dépensent des
milliards d’euros pour investir dans la publicité. Des programmes télé ou
radio qui durent plus longtemps à l’instar des programmes d’information,
des débats, des films, etc. ont des effets encore plus considérables sur les
esprits.
Ainsi, conscients du fait que le médiateur journaliste, écrivain ou
historien - même si ce dernier se doit d’être le plus objectif possible,
« s’inscrit dans un certain cadre théorique, suit une certaine méthodologie,
manipule des notions et des concepts préalablement définis pour établir une
certaine vérité » (Charaudeau, 2007) -, les porteurs du projet de recherche
qui a donné lieu à cet ouvrage ont invité les contributeurs à examiner les
moyens et les stratégies d’influence des médias sous l’angle
inter-plurimulti-disciplinaire. L’étude des stratégies d’influence dans les médiasphères
nationales et internationales gagnerait à être approchée de manière
interpluri-multi-disciplinaire avec des corpus et des médias situés sur des aires
géographiques variées. Les contributions réunies dans cet ouvrage couvrent
des aires régionales africaines, européennes, arabes et américaines. Les
questions ivoirienne, malienne, celles des révolutions arabes, les problèmes
de terrorisme comme le Boko Haram du Nigeria sont abordées. D’autres
thèmes comme le mariage homosexuel, baptisé en France, le « mariage pour
tous », sont également traités.
Sur le plan disciplinaire, la problématique générale a été abordée en
sémiotique, en communication, en linguistique, en histoire, en
sociolinguistique, en sociologie, en anthropologie, en littérature à dominante
politique, etc. Trois principaux types de médias ont été approchés. Il s’agit
des moyens de communication de masse, des œuvres littéraires qui sont
aussi largement représentées dans l’ouvrage, de l’histoire, etc.
On peut manipuler l’histoire d’un peuple. Aussi la « vraie » histoire de
l’Afrique se trouve-t-elle stockée dans les bibliothèques en Europe. Celle qui
serait actuellement enseignée dans les systèmes éducatifs africains est une
histoire telle que voulue par les Occidentaux. Encore que l’histoire actuelle
est écrite par les vainqueurs. Il est donc possible que, dans la volonté de
manipuler un peuple en présentant le monde ou la réalité selon la vision du
manipulateur, ce dernier peut omettre, supprimer ou cacher un certain
nombre de faits historiques, pour faire prévaloir un certain point de vue. On
parle d’histoire intentionnellement tronquée.
L’écrivain, quant à lui, a aussi dans son répertoire des façons de
manipuler le lecteur, d’imposer un point de vue à son lecteur. Il n’y a qu’à
voir comment Victor Hugo condamne la peine capitale dans son roman Le
dernier jour d’un condamné à l’effet d’en obtenir l’abolition. Il fait ainsi
parler le prisonnier et les images projetées de celui-ci par le romancier ne
8 peuvent qu’émouvoir le lecteur et les preneurs de décisions. C’est la même
stratégie d’écriture qu’adopte André Brink dans le roman Une saison
blanche et sèche dans lequel il tente d’agir sur les autorités sud-africaines et
la société internationale pour mettre fin à l’odieux système d’apartheid. Les
violences subies par la famille Gordon Ngubene et les autres Noirs dans le
roman émeuvent et en appellent à l’urgence de réagir. C’est le même ton
pathétique que déploie Eza Boto dans son roman Ville cruelle, lors de la
saisie du cacao de Banda, grâce auquel ce dernier compte réaliser l’ultime
rêve de sa pauvre mère agonisante, à savoir : pouvoir épouser sa fiancée en
payant au préalable l’asphyxiante dot qui lui est exigée. Un défi qui ne sera
jamais relevé, puisque le cacao de Banda sera injustement confisqué par les
commerçants grecs.
L’enjeu consiste ainsi à explorer « les mécanismes de construction du
sens social » (Charaudeau, 1997) dans les médias sous leur conception
étendue, et si possible des effets produits dans nos esprits par les médias
pour une raison ou pour une autre. Il est question d’examiner les stratégies
de manipulation ou de modification du pôle récepteur dans un discours
d’information médiatique qui met en œuvre, d’après Emediato (2011 : 15),
« plusieurs opérations susceptibles de provoquer chez les lecteurs différents
types d’inférences ou d’effets (logiques ou axiologiques) », dans une œuvre
littéraire, un livre de philosophie, un livre d’histoire, etc. A travers les
stratégies de manipulation, les professionnels de la communication
médiatique sollicitent les opinions publiques nationales et internationales. Ils
sollicitent ce que l’on appelle communément la communauté internationale,
pour arracher d’elle les réactions diverses voulues.
C’est probablement un tel constat qui amène Gérard-Marie Messina (ici
même) à vérifier, au travers de l’image que les médias occidentaux et leurs
dirigeants politiques donnent des dirigeants africains, en général, et de
Robert Mugabe, en particulier, l’hypothèse selon laquelle « les médias
occidentaux sont au service de leur société, à l’effet de préserver leurs acquis
et de gagner du terrain, car l’Etat capitaliste est animé par la logique de la
concurrence » - et j’ajouterai-, et de l’intérêt.

Pr Edmond Biloa
Professeur titulaire des Universités
Chef du Département de Linguistique et des Langues
Africaines
Université de Yaoundé I, Cameroun

9 Introduction générale
Le mot « médias » désigne généralement l’ensemble des moyens de
communication par lesquels les informations sont diffusées très largement au
public. Ces moyens sont alors principalement la presse, la radio, la
télévision, etc. auxquels viennent s’ajouter l’internet et sa cohorte de réseaux
sociaux animés, en priorité, par les blogueurs et les twittereurs. Le mot
« média » reste aujourd’hui essentiellement appréhendé dans le sens qu’il a
en anglais américain, à savoir : les moyens de communication de masse.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on y rassemble les médias classiques
tels que la presse, la radio, la télévision, l’internet. Le Petit Robert Grand
Format définit le mot média comme « moyen de diffusion, de distribution ou
de transmission de signaux porteurs de messages écrits, sonores, visuels
(presse, cinéma, radiodiffusion, télédiffusion, vidéographie, télédistribution,
télématique, télécommunication, etc.) ».
Dans la mesure où le terme médias vient du latin « medium » qui signifie
« moyen », on rangerait du côté des médias tout moyen (de communication)
destiné et utilisé pour transmettre des messages. C’est dans ce sens que les
autres écrits comme les documents historiques, les livres philosophiques, les
textes juridiques, les œuvres littéraires et autres peuvent être considérés
comme d’autres formes de médias. Ils ont, avec les médias classiques,
c’està-dire ceux que l’on considère comme les moyens de communication de
masse, l’une des principales caractéristiques communes qu’ils cherchent tous
à agir sur le lecteur, l’auditoire. Ils cherchent à modifier et agir sur les
esprits, en tentant de faire partager leurs points de vue ; en voulant présenter
le monde comme ils aimeraient qu’il soit vu. Autrement dit, ils ont tous une
visée argumentative, voire persuasive ; ils présentent une image
intentionnellement orientée de la réalité.
Les éditeurs scientifiques du présent ouvrage collectif ont, à cet effet,
nourri l’ambition de voir comment le destinateur dans l’information
médiatique tente d’agir sur autrui, manipuler ce dernier, l’orienter, lui
imposer un point de vue. En d’autres termes, nous voudrions saisir la
manière dont les médias en général, les puissants médias occidentaux en
particulier, modifient l’attitude et le comportement des membres de la
communauté internationale. On pouvait ainsi s’interroger sur un certain
nombre de mécanismes et stratégies médiatiques chez les journalistes, les
écrivains, les historiens, les philosophes, etc., chez les médiateurs. De même,
on pouvait s’interroger sur des ressources stylistiques et linguistiques qu’un
écrivain mobilise dans son livre, et sur la thématique développée, par
exemple. On pouvait se demander comment l’écriture de l’histoire cherche à influencer le lecteur, tente de lui imposer un point de vue ; on pouvait aussi
s’intéresser aux mécanismes de construction du sens social chez le
journaliste postcolonial du centre (Occident) face aux masses populaires de
la périphérie (Afrique, Asie, etc.). Autrement dit, il fallait se pencher sur le
contrat de communication et le contrat d’énonciation journalistique
1(Charaudeau, 1997a) , afin de voir comment le pôle émetteur cherche à
influencer le pôle récepteur, comment le pôle émetteur construit un « sens
social » par sa présence dans son énoncé. Le contrat de communication
« renvoie aux caractéristiques du dispositif impliquant une instance de
production médiatique et une instance de réception - public, reliés par une
visée d’information » (Charaudeau, 1997a). Le contrat d’énonciation
journalistique, quant à lui, « correspond à la façon dont l’énonciateur
journaliste met en scène le discours d’information à l’adresse d’un
destinataire imposé en partie par le dispositif et en plus imaginé et construit
par lui. » (Charaudeau, 1997a). Ce dernier affirme, à cet effet, que ce qui
nous est donné à voir ou à lire n’est pas le monde mais un discours sur le
monde, sur les événements qui s’y déroulent et cette construction résulte des
choix partiels et particuliers faits par l’équipe de rédaction (Charaudeau,
22005c : 59). Une telle réalité amène ainsi Joëlle Constanza et Laurianne
Perbost à considérer « le discours journalistique, comme un discours
3construit. »
Il existe un large éventail de stratégies visant à retenir ou à capter
4l’attention du lecteur. Parmi ces stratégies, l’on retrouve chez Charaudeau la
captation, la dramatisation et la surdramatisation, et chez Emediato (2011 :
6-12), on voit le cadrage de l’information qui peut se faire par thématisation,
par désignation, par le dire d’autrui, par le questionnement, etc.
Ces stratégies de captation et de cadrage ont une finalité à la fois
commerciale, ethique (Charaudeau, 2006) et argumentative (Emediato,
52011) , puisqu’elles visent à imposer un point de vue, une façon de voir et de
comprendre la réalité et l’actualité présentées. Elles figurent les
positionnements dans la langue du journaliste, c’est-à-dire son inscription
dans son discours d’information médiatique. Le principe de neutralité exige
du journaliste un effacement énonciatif. En d’autres termes, le journaliste

1 P. Charaudeau, Le discours d’information médiatique. La construction du miroir social,
Noisy-le-grand, Nathan, 1997.
2 P. Charaudeau, Les médias de l’information. L’impossible transparence du discours,
Bruxelles, éd. De Boeck, 2005.
3 Communication présentée le 3 juin 2010 lors des journées doctorales de l’école doctorale
transfrontalière.
4 P. Charaudeau, « Discours journalistique et positionnements énonciatifs. Frontières et
dérives », in Semen, 22, 2006.
5 Wander Emediato, « L’argumentation dans le discours d’information médiatique »,
in Argumentation et Analyse du Discours, 2011, pp.1-19.
12 doit être le plus neutre et le plus objectif possible en se gardant d’inscrire les
traces de sa personnalité dans son papier, dans l’énoncé journalistique. Un
certain nombre de linguistes de l’énonciation parmi lesquels
Kerbrat6Orecchioni , Benveniste (1966), reconnaissent cependant qu’il n’y a ni
neutralité ni objectivité dans le langage. Chaque fois qu’un locuteur parle, il
laisse toujours sa personnalité dans l’énoncé produit. Par conséquent, au lieu
de dire que le journaliste est objectif et neutre, Charaudeau (2006) préfère
parler d’un jeu d’objectivité. Car selon lui, le journaliste dispose de plusieurs
outils lui permettant de prendre position en imposant un point de vue. Au
niveau de la langue, on pourrait parler de captation langagière.
Pour cerner les contours de la problématique, l’ouvrage examine sous
plusieurs angles des phénomènes médiatiques (Carmen
Pineira7Tresmontant).
Pour ce qui est de l’organisation générale des contributions, nous avons
tenu compte des critères thématique, disciplinaire, par type de médias, etc.
On a pu organiser les contributions en trois parties. Il est question de voir
comment les puissants médias occidentaux manipulent le monde
dé/construisent la réalité, font et défont les régimes politiques et des
personnalités politiques. En réalité, les médias du Sud, que l’on peut
qualifier de « petits médias », parce que ne disposant pas de gros moyens
financiers comme CNN, BBC, France 24, RFI, etc., ne servent que de relais
aux grands médias de l’Occident ; ils permettent à l’information diffusée par
ceux-là d’atteindre les coins et recoins de la planète ; c’est grâce à ce rôle de
relayeur que beaucoup d’entre eux (sur)vivent. Ils n’entendent pas suivre la
voie/voix de certains médias du Sud comme Afrique Médias, Press TV, etc.
qui ont vite compris que les médias à l’international ne défendent que les
intérêts de leurs peuples, et que les médias occidentaux présentent le monde
entier comme ils aimeraient, comme leurs dirigeants politiques aimeraient.
La première partie propose un questionnement sur le « positionnement
dans les discours médiatiques ». Elle s’intéresse aux formes discursives qui
se profilent en filigrane dans l’écriture médiatique et qui participent de la
captation langagière. Elle est alimentée par six (06) contributions qui tentent
« d’observer les phénomènes langagiers pour y déceler les mécanismes de
construction du sens social, dans l’espace médiatique, la machine
8médiatique ». En ouverture à cette partie, Augustin Emmanuel Ebongue
examine la prise de position dans la langue des journalistes des presses

6 C., Kerbrat-Orecchioni, L’énonciation. De la subjectivité dans le langage, Paris, Armand
Colin, 1980.
7 C. Pineiria-Tresmontant, « Patrick Charaudeau, Le discours d’information médiatique. La
construction du miroir social », in Mots. Les langages du politique, 2003.
8 P. Charaudeau, Le discours d’information médiatique. La construction du miroir social,
Noisy-le-grand, Nathan, 1997.
13 écrites camerounaise et ivoirienne. L’article passe au crible l’inscription de
l’énonciateur journaliste camerounais et ivoirien dans l’énoncé
journalistique. L’étude révèle que la langue des journalistes ivoiriens et
camerounais est très subjective ; cette subjectivité se manifeste par la
présence importante des subjectivèmes qui trahissent par ailleurs leurs
appartenances socio-politiques, voire tribo-ethniques. Ces subjectivèmes
sont constitués de substantifs, de verbes, d’adjectifs qualificatifs, d’adverbes,
de modalités d’énonciation telles que les modalités affirmatives et négatives.
En concluant son travail, il laisse le soin au lecteur de continuer à réfléchir
sur la question de la neutralité/objectivité dans le traitement de l’information
médiatique : comment rester neutre dans une Afrique dominée par tant
d’injustices sociales ? A force de vouloir céder au jeu d’objectivité dont
9parle Charaudeau, le journaliste africain ne court-il pas le risque d’être tenu
10pour responsable des malheurs de ses « frères » ? Et Jean-Paul Sartre ne lui
pardonnerait jamais, lui qui dit que « puisqu’il ne peut s’évader, parlant de
l’écrivain qui est lui aussi un médiateur, nous voulons qu’il embrasse
étroitement son époque. » (Sartre, 1948).
Johnson Manda Joa s’intéresse à la contribution des médias maliens dans
la crise que traverse le Mali depuis janvier 2012. Il procède ainsi à
l’évaluation de la subjectivité langagière dans la presse écrite malienne. Son
article se fixe pour objectif d’identifier et d’analyser les différents moyens
lexicaux et morphosyntaxiques qui marquent la présence des hommes de
médias dans leurs réalisations. Une opération qui lui permet de cerner
l’idéologie qui sous-tend ces organes de presse dans le traitement des faits
d’actualité. A travers ces marques subjectives laissées par les journalistes
dans leurs discours d’information médiatique, l’on constate que la presse
consultée condamne à l’unanimité le terrorisme, avec des points de vue
divergents quant à l’intervention de la France et d’autres pays dans le
dénouement de la crise malienne.
Dans la perspective d’Olga Galatanu, Aimée-Danielle Lezou Koffi
mesure l’implication du sujet parlant en croisant des unités linguistiques
classées en modalités de re-, de dicto et d’énonciation avec les valeurs qui en
sont issues dans un corpus de presse. Elle montre ainsi que, malgré les
efforts d’une certaine objectivité, d’une volonté manifeste d’effacement du
sujet parlant dans le discours d’information médiatique, en dépit d’une
revendication même de l’objectivation, il subsiste une impossible

9 P. Charaudeau, « Discours journalistique et positionnements énonciatifs. Frontières et
dérives », in Semen, n° 22, 2006.
10
J.-P. Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?, Paris, Gallimard, 1948.
14 transparence. Autrement dit, il n’est pas facile de se livrer au jeu
11d’objectivité dont parle Charaudeau (1997).
La contribution de Rossana Curreri nous plonge dans le fameux débat sur
le « mariage pour tous » en France. Il s’agit d’un débat au cours duquel le
journaliste doit se livrer avec subtilité au jeu d’objectivité ; il ne doit pas
« prendre partie ». Elle s’intéresse au lexique qui s’articule autour du
concept « mariage pour tous » ou le mariage homosexuel ; elle perçoit à
travers ce vocabulaire subjectif constitué de ce qu’elle appelle
« collectivèmes », sur le modèle des subjectivèmes de Kerbrat-Orecchioni
12(1980), une dimension argumentative ; elle confirme la thèse de Emediato
selon laquelle tout type de cadrage de l’information médiatique a une visée
argumentative, parce qu’il vise à imposer un point de vue, une façon de voir
au lecteur.
Nadia Makouar étudie, à travers les discours journalistiques, les rapports
de force qui se sont révélés en Egypte et au Bahrein en 2011, pendant ce que
les médias et les dirigeants occidentaux ont appelé les révolutions arabes. A
partir de l’analyse contrastive d’un corpus de quatre journaux en ligne et
avec les outils de la sémantique textuelle et de ceux de la textométrie, elle
s’intéresse à la désignation des acteurs et des événements pendant les
contestations, et aux éléments langagiers employés d’un journal à l’autre
dans l’objectif de percevoir plus aisément les impératifs politiques et
idéologiques qui influencent leurs discours.
Samira Belyazid propose une étude sur le traitement que les médias
canadiens réservent à ce qu’ils considèrent comme minorité au Canada. La
minorité, d’après elle, renvoie aux immigrants, toutes origines confondues,
appelés à tort ou à raison au Canada les « communautés culturelles », les
« minorités visibles » ou « audibles ». L’étude porte sur trois journaux
francophones et se fixe pour principal objectif d’analyser la manière dont la
« machine médiatique » broie l’information à l’intention d’un public, en
proie à la panique, devant des incidents isolés, touchant les communautés
anciennement installées au Canada et les nouveaux arrivants. En même
temps, elle veut également vérifier si l’éthique médiatique est respectée par
cette presse canadienne. Aussi s’interroge-t-elle sur l’idéologie qui se cache
derrière une telle construction identitaire, et sur les représentations que ces
médias canadiens créent chez ces « communautés culturelles ».
Sous un angle sociolinguistique, Souheila Hedid s’intéresse aux formes
linguistiques prisées par les médias pour s’adresser aux jeunes en contexte

11 P. Charaudeau, « Les conditions d’une typologie des genres télévisuels d’information », in
Réseaux. Communication-Technologie- Société, 1997, 81 :79-101.
12 C. Kerbrat-Orecchioni, L’énonciation. De la subjectivité dans le langage, Paris, Armand
Colin, 1980.
15 algérien. Si les langues jeunes constituent des slangs pour le commun des
mortels, les journalistes algériens prennent le contre-pied de l’opinion
publique pour se (re)positionner sur la scène socio-politique algérienne. En
quête d’un large public, ils sollicitent une audience jeune. L’intérêt de la
contribution de Hedid est de mettre en œuvre les procédés rédactionnels,
aussi bien à l’oral qu’à l’écrit, que les journalistes emploient pour s’adresser
aux jeunes Algériens. Elle conclut l’article en montrant que même les
médias contribuent à la ségrégation linguistique dont souffre la jeunesse du
monde, en général, et la jeunesse algérienne, en particulier.
Le deuxième grand temps de l’ouvrage est consacré aux « enjeux de
l’écriture médiatique de l’histoire ». Cette deuxième partie qui comporte
quatre contributions se focalise sur la dimension et les enjeux historiques des
médias. On reste conscient que les médias entendus comme moyens de
communication de masse ne s’intéressent qu’au présent, à l’actualité pour
des besoins de captation et d’enjeu commercial, car un événement éloigné du
temps ne retient pas une grande attention auprès du lecteur qui préfère une
actualité chaude. C’est la loi de proximité dont les orientations sont entre
13autres l’orientation temporelle qui, d’après Martin-Lagardette, « est
l’exigence de l’actualité. Le présent est prioritaire par rapport au passé, mais
il s’efface devant l’avenir. » On rappellera que la loi de proximité a, en plus
de l’orientation liée au temps, d’autres orientations, à savoir géographique,
affective, psychologique, culturelle, sociologique, politique, existentielle,
14pratique.
Les contributions qui alimentent la présente partie questionnent le passé
et recadrent le présent pour envisager l’avenir médiatique. Aussi
MarieClaire Djaballah-Boulahbel s’intéresse-t-elle à l’approche historique des
médias dans le monde arabe en examinant les figures temporelles
journalistiques des XIXè et XXIè siècles arabes. En s’appuyant sur nombre
de journaux arabes, elle s’intéresse à la manière dont « les éveils arabes sont
abordés et transmis d’hier (XIXè) à aujourd’hui, donc au fil du temps »
(Djaballah-Boulahbel ici même) ; elle voudrait également montrer que la
notion de retard entre les presses arabe et occidentale est relative dans le
temps. La contribution de Djaballah-Boulahbel s’interroge sur les
phénomènes temporels journalistiques que représentent l’immédiateté,
l’actualité, la rapidité, la périodicité, la rubricité et la course à l’information
dans la presse arabe.
La contribution d’Edouard Mokwe nous maintient dans les méandres de
l’histoire en nous promenant dans la lutte pour l’indépendance d’Haïti. Il est
connu de tous les historiens et chercheurs que Haïti a battu la grande armée

13 J.-L. Martin-Lagardette, Le guide de l’écriture journalistique. Paris, La Découverte, 2009,
p.34.
14 Idem, p.30.
16 coloniale française en 1791. La solidarité occidentale a voulu toutefois
qu’une telle victoire sur une puissance occidentale promotrice des valeurs
capitalistes soit considérée comme un affront, une « insolente victoire » (ici
même). Des stratégies néocoloniales sont ainsi déployées - sous l’œil
complice de la communauté internationale et des médias occidentaux - dont
les plus asphyxiantes pour l’économie haïtienne sont la réduction de moitié
aux produits français des tarifs de douane, et surtout une rançon de 150
millions de francs lourds qui est exigée au peuple haïtien. D’autres stratégies
néocoloniales sont observées telles que les assassinats des nationalistes
haïtiens. En rapport avec la problématique de l’ouvrage, l’auteur se focalise
sur l’effet déclencheur de la victoire de Haïti sur la France, qui est une
véritable révolution, à savoir la « parole proverbiale » diffusée et médiatisée
par des personnages charismatiques du nationalisme haïtien, et surtout sur
l’impact desdites « parole[s] proverbiale[s] » et de la victoire sur le monde
entier. Il est évident que des nouvelles de la révolution haïtienne d’une telle
« insolente victoire » ont été relayées et transmises par les médias au sens
large du terme. Du côté de l’Occident colonialiste et esclavagiste, certaines
voix s’élèvent pour condamner et tenter d’abolir l’esclavage ; les
éliminations physiques des nationalistes africains sont perpétrées dans les
colonies ; c’est le cas par exemple de l’élimination physique des
nationalistes camerounais tels Ruben Um Nyobe, Félix Moumié, Ernest
Ouandié, etc. qui revendiquaient une indépendance du Cameroun sans
condition, sans les fameux accords de « coopération ».
Houessou Roméo Dorgélès s’intéresse aux événements sociohistoriques
qui sont déclencheurs des discours d’information médiatique dans la
manipulation des masses à informer. Ce qu’il appelle des « prédiscours ». Il
voudrait alors déterminer le fonctionnement épistémologique de la
manipulation de l’information des pré-discours, et (re)poser le problème de
15la responsabilité des médias, en contexte ivoirien.
Joseph Lon Nfi questionne la position de la Grande-Bretagne dans le
débat portant sur la Réunification du Cameroun oriental et du Cameroun
occidental à travers la presse britannique de l’époque. Les médias
occidentaux accompagnent généralement leurs dirigeants et l’idéologie de
leurs pays respectifs sur la scène internationale. C’est ce que confirme
l’auteur de l’article. Celui-ci révèle ainsi que la presse britannique avait
milité pour le rattachement du Cameroun occidental au Nigeria. C’était
d’ailleurs la position des autorités britanniques. L’article de l’auteur révèle
que les Britanniques ont procédé en vain aux campagnes de désinformation
et de manipulation à travers les médias britanniques, qui étaient contrecarrés
par les médias locaux acquis à la cause de la Réunification. Les médias

15 O. S. Amedegnato, S. K. Gbanou et M. Ngalasso-Mwatha (dirs.), Légitimité, Légitimation,
Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, 2011.
17 britanniques annonçaient par exemple le revirement de John Ngu Foncha, le
principal artisan de la Réunification des deux Camerouns ; celui-ci
contreattaquait en affirmant et en réaffirmant sa fidélité au projet politique de la
Réunification. Ce fut la guerre des médias !
L’article de Patrice Wam Mandeng porte sur la sensibilisation des médias
contre la pandémie du VIH/SIDA à Ngaoundéré, le chef-lieu de la Région de
l’Adamaoua au Cameroun, une ville estudiantine dont les populations
natives sont encore très attachées à leurs us et coutumes. Il se focalise sur le
moyen utilisé pour sensibiliser à la fois la communauté estudiantine et les
populations natives : la communication ; celle-ci se fait un peu partout : dans
les rues, les écoles, sur les places de marché, à l’Université, à la radio et à la
télévision. Il s’agit d’une communication à outrance qu’il qualifie de
« tapage autour du sida » qui, au lieu de produire l’effet escompté, à savoir
l’extrême prudence face à ce que l’on appelle le « mal du siècle », n’a créé
que la psychose sociale générale auprès de la population cible. Il s’agit donc
d’une contribution sociologique qui révèle que les médias ne réussissent pas
toujours dans leurs ambitions et objectifs. La spectacularisation de la
communication dans la sensibilisation contre les VIH/SIDA, conclut
l’auteur, a donc déjoué les attentes des médias.
La troisième et dernière partie de l’ouvrage porte sur les « perspectives
sémiotiques de la médiacratie occidentale sur l’Afrique ». Elle sort du cadre
des mécanismes langagiers et des enjeux de l’écriture médiatique pour
s’intéresser à d’autres formes de manipulation de l’opinion ou des masses,
toujours dans l’optique de faire partager les points de vue, ou de faire
accepter à la communauté internationale la volonté des grandes puissances
occidentales, dans les cas des médias occidentaux. Cette partie fait ainsi un
grand zoom sur la médiacratie littéraire et sur d’autres dispositifs tels que la
sémiologie et la mythologie. Gérard-Marie Messina montre, à cet effet,
comment l’Occident, à travers ses puissants médias, procède à la
construction des figures de monstre à la tête des Etats africains. Il passe ainsi
au crible les mécanismes de construction desdits « monstres ». Parmi ces
prétendus monstres figurent Robert Mugabe, Muammar Kadhafi et d’autres
qui ont été présentés par les médias et les dirigeants occidentaux comme des
dictateurs, des ennemis de la démocratie, des ennemis de la liberté, les
ennemis de leurs peuples. En s’appuyant sur la mythocritique qui, aux dires
de l’auteur de l’article, « autorise de choisir un personnage historique ou un
événement majeur comme objet d’étude », associée à la politocritique, le
cadre théorique sur lequel repose son analyse, Messina se propose de
montrer que la logique de la révolution « médiologique » - terme qu’il
emprunte à Débray (1993) - « sous les abords de l’objectivité médiatique et
du devoir d’informer, relève, en réalité, de l’intelligence économique et vise
à conclure à l’impossibilité pour le continent noir de se développer ».
18 Léopold M. Jumbo montre que la violence participe du dispositif de
communication. D’après lui, la violence est un moyen de communication ou
alors elle est un message que passent les adeptes de ce que l’on qualifie à tort
ou à raison « sectes » ou « organisations terroristes », le Boko Haram et le
Mouvement pour l’Emancipation du Delta du Niger (MEND), non
seulement aux autorités du Nigeria, mais aussi aux défenseurs de la
civilisation occidentale. Sans toutefois défendre le terrorisme et la violence,
l’auteur de l’article justifie, dans une approche communicationnelle, les actes
de violence posés par ces deux organisations. Celles-ci gardent dans la
mémoire collective, dans la mémoire de la communauté internationale, chez
les Occidentaux, une image, celle du Mal qu’elles incarnent -, qu’elles n’ont
pas toujours -, alors qu’elles posent des problèmes légitimes et pertinents au
moyen de la violence malheureusement, tout en s’agrippant à une culture
spirituelle importée de l’Orient : l’islam. Pour comprendre les conflits nés de
ces divergences de points de vue, l’auteur propose d’interroger la violence
qui peut être considérée comme un moyen de revendication.
Hervé Toussaint Ondoua s’interroge sur le rôle joué par les médias dans
la problématique du rapport de domination de l’homme à la femme et
propose un regard philosophique sur la médiacratie occidentale qui procède
à la déconstruction de la théorie du genre et du sexe en s’appuyant sur la
théorie philosophique de Derrida. Sa contribution est d’autant plus
d’actualité que l’est aussi le débat sur l’identité sexuelle : de plus en plus, les
Etats légalisent et autorisent les mariages homosexuels ; on se rappelle le
fameux débat en France sur le « mariage pour tous » qui, malgré des vives
oppositions de l’essentiel de la population française, a été validée. Du coup
se posent les questions du genre, de l’identité sexuelle, du choix du sexe. Il
s’agit des questions dont les éléments de réponses ne se trouvent pas
toujours dans la contribution d’Hervé Toussaint Ondoua. De même, la
philosophie derridienne postule que l’identité à soi du signifié se dérobe et se
déplace sans cesse, de même l’identité sexuelle se dérobe et se déplace sans
cesse elle aussi ; on ne naîtrait pas un sexe, on le deviendrait ; chacun
choisirait son sexe ! D’où les interrogations qui sous-tendent la contribution
d’Hervé T. Ondoua, à savoir : « la philosophie derridienne n’est-elle pas une
légitimation de la reconfiguration du genre et du sexe ? Quel est l’enjeu
d’une telle posture épistémologique ? ».
La philosophie de Derrida consiste ainsi à dire que les êtres humains
naissent sans identités sexuelles. Ce serait alors toute une philosophie d’une
certaine minorité dirigeante de l’Occident qui manipule et les réalités
préétablies comme l’identité sexuelle et l’humanité. Pour cette minorité qui
se trouve dans les sphères des grandes décisions interpelant l’humanité tout
entière, « le sexe est une construction sociale et culturelle », et non une
donnée ou une identité préétablie (par Dieu) comme le pensent les Africains.
19 Ayant constaté que les médias ont la capacité de « formater et de
s’approprier les esprits pour diminuer leurs capacités d’analyse autonome et
leur faire accepter plus facilement les idées reçues comme de simples
réponses techniques et sans alternatives » (Mbena, ici même), l’analyse que
l’auteur propose vise à examiner la manière dont les médias manipulent
l’individu à travers un ensemble de signes. S’appuyant sur un corpus
littéraire d’un auteur français du XIXe siècle, à savoir Bel Ami de Guy de
Maupassant, son objectif est de déceler, grâce à une perspective sémiotique,
l’idéologie véhiculée quant à l’entremêlement des médias dans cette œuvre
littéraire. Il se propose « d’examiner comment la presse écrite, à travers le
journal intitulé La Vie Française dans Bel-Ami de Guy de Maupassant,
participe au formatage de l’esprit de l’opinion publique pour fusionner la
pensée distillée aux autres pensées par le billet de ces médias servant de
canal pour l’expansion de l’idéologie du groupe dominant et construisant le
réel observable ».
La médiacratie littéraire est également examinée par Ernest Désiré
Mvondo qui s’intéresse à l’altérité, mieux à l’exotisme chez Joseph Kessel et
chez Paul Morand à travers leurs œuvres Les cavaliers et Le Lion du
premier, et Paris-Tombouctou, Hiver Caraïbes du deuxième. L’auteur met
en exergue la contribution de la littérature dans la problématique de la
reconnaissance et de la capitalisation des valeurs culturelles des peuples
noirs et jaunes. Au-delà de faire de l’Europe ou de l’Occident le Centre du
monde, détenteur de toutes les valeurs humanisantes et humanistes, Ernest
Désiré Mvondo se propose de rechercher dans un corpus littéraire français,
au travers d’une logique/perspective altéritaire, les mêmes valeurs chez les
peuples a priori dépourvus. Il est évident que l’auteur de l’article va à la
recherche de l’exotisme chez ces deux écrivains français. Comme dans tous
les moyens de communication de masse, le médiateur écrivain présente la
réalité comme il voudrait qu’elle soit vue. Autrement dit, dans l’idéologie
exotique, l’Occidental ne s’intéresse qu’à ce qui le diffère des peuples dits
primitifs, à ce qui confirme ses propres représentations de l’autre, la finalité
étant d’être convaincu que l’autre est inférieur ; il n’est pas civilisé. L’exote
ne semble « pas encore libéré des préjugés culturels, ce qui l’amène à traiter
les races décrites avec condescendance ».
Dans tous les cas, il y a un certain nombre d’idées constantes qui
traversent l’ensemble des contributions ou l’ensemble de l’ouvrage : celle
d’un médiateur journaliste, écrivain, philosophe ou autre qui veut agir sur le
pôle de la réception, en imposant un point de vue, en amenant le récepteur à
avoir la même perception des choses et des faits que lui. Il veut contrôler les
esprits en tentant d’agir sur ceux-ci. D’où la visée argumentative et
persuasive que vise le langage utilisé par chaque type de média. On observe
aussi une impossible transparence, une impossible neutralité/objectivité des
Hommes des médias qui, en même temps qu’ils veulent manipuler le pôle de
20 la réception médiatique, se font/se laissent manipuler par les grandes
puissances, les hommes d’affaires, les politiques, les argentiers, etc. ; la
lecture desdites contributions révèle dans l’ensemble, que l’Occident et ses
puissants médias manipulent le monde entier.
Au terme de ce parcours, il faudrait signaler que, traitant des notions de
parti-pris et de point de vue dans les médiacraties nationales et
internationales, le présent ouvrage n’échappe pas lui-même à la prise de
position, dans la mesure où les contributeurs sont des personnes
idéologiquement marquées. Les éditeurs scientifiques de l’ouvrage ne sont
pas non plus eux-mêmes des surhumains pour échapper à la prise de
position. Il n’y a de neutralité/objectivité dans aucune action humaine,
encore moins dans le langage, comme l’affirment Kathryn
Kerbrat16 17Orecchioni et Emile Benveniste. Le choix même d’un sujet/thème de
recherche serait déjà en lui-même une prise de position. L’ambition de
l’ouvrage était d’offrir/fournir au lecteur des éléments nécessaires
d’appréciation globale des modes de communication des médias pris dans
une acception étendue. Nous demeurons conscients du caractère relatif des
différentes tentatives de réponses proposées par les contributeurs.


Augustin Emmanuel Ebongue & Gérard-Marie Messina




16 C. Kerbratt-Orecchioni, L’énonciation. De la subjectivité dans le langage. Paris, Armand
Colin, 1980.
17 E. Benveniste, Problèmes de linguistique générale. t1., Paris, Gallimard, 1966.
21









PREMIERE PARTIE :

FORMES DISCURSIVES ET CAPTATION
LANGAGIERE
DANS LES DISCOURS MEDIATIQUES

Chapitre 1

La langue des journalistes dans la presse écrite ivoirienne et
camerounaise

Augustin Emmanuel Ebongue
University of Buea, Cameroon

Résumé
1Deux principales lignes éditoriales se dégagent des journaux ivoiriens et
camerounais : l’une très favorable au régime politique au pouvoir ; le
discours journalistique qu’elle déroule s’apparente à une propagande
inlassable. Il est question ici de ne présenter que le bon côté des choses.
Cette vision est incarnée par les journaux à capitaux publics tels Cameroon
Tribune du Cameroun. L’autre ligne éditoriale est représentée par des
journaux privés qui s’attèlent à dévoiler les ratés des dirigeants politiques,
bien qu’ils confondent très souvent l’Etat et les membres du Gouvernement
qui, à leur tour, lorsqu’ils sont acculés et dénoncés par la presse, se
confondent à l’Etat et accusent la presse privée d’être anti-patriotique. Cette
dernière ligne éditoriale s’observe dans les journaux ivoiriens Aujourd’hui,
Le Nouveau Courrier, Le Temps Fort, L’Inter, etc. et dans les journaux
camerounais comme L’Actu, Le Messager, etc.
Mots clés : journalisme, presse écrite, captation langagière, information.

Introduction
D’après le principe de neutralité qui guide le métier de journaliste, ce
dernier ne doit dire que ce qu’il a vu et entendu ; il devrait se garder de faire
passer ses croyances, ses sentiments et ses convictions. A moins qu’il adopte
la posture éditorialiste, il doit être le plus objectif/neutre possible dans son
langage. Conscient de ce qu’il n’y a pas de neutralité/objectivité dans le
langage comme le reconnaissent Kerbrat-Orecchioni (1980) et Emile
Benveniste (1966), Charaudeau (2007) asserte qu’il ne s’agit pas « à
proprement parler [pour ce qui est du journaliste] de l’objectivité, du jeu de

1 C’est le lieu et le moment de remercier notre ami et collègue, Alain Laurent Aboa, de
l’Université Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire, qui a mis à notre disposition, durant la
conférence sur les parlers jeunes d’Afrique tenue à l’Université de Cape Town en 2013, une
importante pile de journaux ivoiriens. l’objectivité par l’effacement énonciatif ». Car le journaliste dispose de
plusieurs stratégies de prises de position dont l’enjeu est la captation. Ce que
l’on remarque dans la presse africaine, camerounaise et ivoirienne plus
particulièrement, est que le journaliste procède à une captation langagière
importante. D’où la présence importante dans sa langue de la subjectivité qui
se décline en termes de modalisation. Celle-ci « permet, d’après Charaudeau
(1980 : 572), d’expliciter ce que sont les positions du sujet-parlant par
rapport à son interlocuteur […], à lui-même […] et à son propos [à la réalité
contingente] ». Il s’agit des différentes prises de position dans la langue par
le locuteur. Ce sont, d’après Charaudeau (1997 : 15), « des mécanismes de
construction du sens social ». La modalisation, dans son ensemble, laisse
percevoir les préférences sociopolitiques des journalistes camerounais et
ivoiriens, leurs opinions, leurs sentiments, leurs sensations.
Les modalisateurs ont pour principale fonction ; de « persuader le lecteur
de continuer à lire l’article ; le persuader de voir d’une certaine façon des
faits et les dires rapportés » (Emediato, 2011 : 3) ; le journaliste s’en sert très
souvent pour imposer un point de vue à son lecteur. Ce qui amène Emediato
(2011) à dire que tout discours d’information médiatique a une visée
argumentative. « Argumenter, précise Charaudeau (2008), est une activité
fondée sur l’intention d’imposer à l’autre des croyances et des schémas de
vérités auxquels le destinataire cible n’a pas encore adhéré. »
Plus concrètement, la presse privée camerounaise souhaite un
renouvellement de la classe dirigeante camerounaise qui est aux affaires
depuis plus de trente ans et qui, selon eux, n’a pas apporté des solutions
concrètes aux problèmes auxquels font face les Camerounais au quotidien.
Une partie de la presse privée camerounaise se propose ainsi de dénoncer
tout écart de comportement et de conduite qu’afficheraient les membres du
gouvernement, afin de nuire à la survie du régime. Cameroon Tribune a pour
principale mission de soigner l’image des autorités étatiques camerounaises
écorchée soit par l’opposition, soit par la presse d’opposition, soit par les
actes et comportements indignes de certaines autorités camerounaises. Les
journalistes de cet organe de presse à capitaux publics se gardent ainsi de
critiquer toute action gouvernementale. C’est d’ailleurs la ligne éditoriale de
l’ensemble des médias à capitaux publics tels que Cameroon Tribune,
Cameroon Radio and Television (CRTV), etc.
Dans le contexte sociopolitique ivoirien, plus précisément dans le litige
post-électoral de 2011, la presse est aussi divisée. On a d’un côté les
partisans de l’ancien chef de l’Etat Laurent Gbagbo, et ceux de l’actuel,
Alassane Dramane Ouattara. Ce qui a ainsi donné lieu à deux lignes
éditoriales : celle qui est favorable à l’actuel président, et l’autre qui est
restée fidèle à Laurent Gbagbo et qui entend utiliser tous les moyens pour
obtenir la libération de son mentor. Ces moyens vont de la captation
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