Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Nous ne pouvons pas tout accepter...

De
214 pages
Marc Garcet entreprend ici de remettre en perspective son objection de conscience au service militaire, à la prison en 1957 et aux années 2000, décor de la "guerre" que livrent les puissances financières aux Etats et aux citoyens. Nous ne pouvons pas tout accepter souligne l'indispensable résistance aux intérêts économiques hégémoniques éphémères mais destructeurs. Ce livre pamphlétaire confirme que l'organisation sociale est le rempart entre les forces contraires de l'hégémonie du profit.
Voir plus Voir moins

Marc GarcetNous ne pouvons pas tout accepter…
Place à l’objection de conscience
Marc Garcet entreprend en 2013 de remettre en perspective son objection de
conscience au service militaire, à la prison en 1957 et aux années 2000, décor Nous ne pouvons pasde la « guerre » que livrent les puissances fnancières aux États et aux citoyens.
Nous ne pouvons pas tout accepter souligne l’indispensable résistance de tout accepter…
la conscience morale des valeurs durables aux divers intérêts économiques
hégémoniques éphémères mais destructeurs.
Place à l’objection de conscience
Nous ne pouvons pas tout accepter met en évidence la « force individuelle » des
valeurs fondatrices de notre société démocratique et humaniste.
Essai
L’homme résistant paye le prix : la prison ou la mort. La communauté aussi. C’est
la lutte des droits de l’homme. Ils ne sont jamais acquis.
La résistance est un devoir citoyen !
EssaiCe livre pamphlétaire confrme que l’organisation sociale est le support de la
qualité de vie citoyenne. Elle est aussi le rempart entre les forces contraires de
l’hégémonie du proft.
Marc Garcet est assistant social psychiatrique,
psychodramatiste, citoyen du Monde, objecteur de conscience,
ex-président de l’ONG Service civil international, ex-professeur
à l’Institut d’études sociales de l’État de Bruxelles, fondateur
et secrétaire général de l’AIGS asbl et de l’ONG
Euro-psyréhabilitation. Il possède une expertise sociale juridique et
européenne en matière d’organisation médico-psycho-sociale
et de santé mentale. Il s’est formé à la recherche et à la gestion
de projets et d’entreprises sociales. Il coordonne des projets
européens depuis 1980. Auteur de plusieurs ouvrages, il codirige, à L’Harmattan,
la collection « Au carrefour du social ».
Au carrefour du social
Illustration de couverture : Jamal Lgana
22 €
AigsISBN : 978-2-343-03751-6
Nous ne pouvons pas tout accepter…
Marc Garcet
Place à l’objection de conscience






















Nous ne pouvons pas
tout accepter…
Place à l’objection de conscience
















Au carrefour du social
Collection dirigée par Marc Garcet et Serge Dalla Piazza
L'Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS) est née en
1964 de la volonté de quelques hommes de promouvoir la santé et la qualité
de vie pour tous. Des dizaines de services de proximité et extrahospitaliers
ont vu le jour pour accompagner, insérer, aider, soigner, intégrer, revalider,
former des milliers d’usagers en mal d’adaptation personnelle ou sociale. En
collaboration avec les éditions L'Harmattan de Paris, la collection « Au
Carrefour du Social » veut promouvoir ce modèle et offrir une réflexion ou
des rapports de ses pratiques et de ses innovations.


Déjà parus



Marc GARCET, Serge DALLA PIAZZA (dir.), Pour vivre ensemble.
Résister, créer, transmettre, 2014.
Marc GARCET, Robert Garcet. De la révolte à la création. Biographie,
2012.
Serge DALLA PIAZZA, Ces étrangers parmi nous, 2011. A PIAZZA, Marc GARCET, L’économie ne peut être que
sociale, 2011.
Serge DALLADiversité culturelles et progrès
humain. Pour un développement humain, 2011. A PIAZZA, Marc GARCET, Jeunes, inactifs, immigrés : une
question d’identité. Vivre dans un désert industriel, 2010.
Serge DALLA PIAZZA, Marc GARCET, Rendre la commune aux citoyens.
Citoyenneté et démocratie locale à l’ère de la mondialisation, 2010.
Marc GARCET, Construire l’Europe sociale, 2010.
Serge DALLA PIAZZA, Marc GARCET, L'avenir de l'homme en question.
Pour que nos enfants vivent, 2009




Marc Garcet



































Nous ne pouvons pas
tout accepter…


Place à l’objection de conscience




Essai




















































































AIGS
Du même auteur


Pour vivre ensemble. Résister, créer, transmettre, Serge Dalla Piazza et
Marc Garcet (dir.), L’Harmattan, « Au carrefour du social », 2014.

Changer le déterminisme social, L’Harmattan, « Au carrefour du social »,
2012.

Robert Garcet, De la révolte à la création, Biographie, L’Harmattan, « Au
carrefour du social, 2012.

L’économie ne peut être que sociale, coécrit avec Serge Dalla Piazza,
L’Harmattan, « Au carrefour du social », 2011.

Jeunes, inactifs, immigrés : une question d’identité. Vivre dans un désert
industriel, Serge Dalla Piazza et Marc Garcet (dir.), L’Harmattan, « Au
carrefour du social », 2010.

Construction de l’Europe sociale, L’Harmattan, « Au carrefour du social »,
2009.

L’avenir de l’homme en question, coécrit avec Serge Dalla Piazza,
L’Harmattan, « Au carrefour du social », 2009.

Métamorphose du Nautile, Nouvelles, L’Harmattan, 2008.

En marche vers un idéal social - Homme, individu, citoyen, coécrit avec
Serge Dalla Piazza, L’Harmattan, « Questions contemporaines », 2005.




















© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03751-6
EAN : 9782343037516
SOMMAIRE


CHAPITRE I : PREAMBULE ET MOTIVATIONS 15

La nouvelle guerre 16
Indignez-vous ! 19
Oradour-sur-Glane 20


CHAPITRE II : LE DROIT A LA RESISTANCE 21

La guerre froide 22
La Résistance dans les deux blocs 22
Ma résistance 23


CHAPITRE III : MON ARRESTATION 27

Mon entrée en prison 29
« Garcet, vous êtes au secret ! » 30
Libérez Garcet… 31
La reconnaissance publique 33


CHAPITRE IV : LES PRISONNIERS 35

1956, ma vie en prison 35
En prison, la lutte continue 40
Libre en prison plutôt qu’esclave à la caserne 42
Vous pouvez sortir librement. Vous êtes libre ! 43
Perdu dans un autre monde 44
Libéré, l’action continue 46

CHAPITRE V : DEUXIEME ARRESTATION 1958 49

Constitué prisonnier ! 49
La pensée du premier jour d’un prisonnier objecteur de conscience 50
La certitude de la grande satisfaction 52
Le préau 52
Poésie 53
Réactions en ellipse 54
« Mon corps est prisonnier, mon âme a des ailes » 56
5CHAPITRE VI : IDEALISME CONTRE ORDRE MILITAIRE 57

Conseil de guerre 57
Un homme intérieurement libre 57
L’inconscience est une forme nouvelle de dandysme 59


CHAPITRE VII : LA COUR DES MIRACLES 65
DE BRUXELLES A LA PRISON DE VERVIERS

Malade à en mourir 65
Verviers s’est maquillé en prison 66
Une cellule pour trois 67
Libéré de l’enfer et de ses fumées 69
Ressuscité… 71
Le cœur au secours de la raison 72
Réflexions 73
Résister74
Donnez à qui demande 75
Comme l’abeille 77
L’homme est lié à son œuvre 79
Dans toutes ses formes, la joie 80
Rien ne se détruit 81
Quitter le préétabli pour le savoir 83
Influence de la prison sur l’individu 84
Les effets de l’emprisonnement sur l’affectivité 85
Malgré le degré élevé de connaissance 89
L’enfant que j’étais 92
L’être né inassouvi 93
La porte étroite d’une grande cité 94
Notre mémoire est un grenier 95
Une lutte entre les désirs 97
Les ficelles de la marionnette 98


CHAPITRE VIII : PRISONNIER DE CONSCIENCE, 99
CONSCIENCE DU PRISONNIER

Mon troisième emprisonnement 99
La prison, ça me connait 100
J’ai vu tout s’enfuir… à plus de cent à l’heure 102
Espérance à l’échelle de soi 102
Entre l’existence et la fin 103
Lecteurs qui liront ces pages, c’est à vous que je m’adresse 104
6L’asile et le révolté 105
Mon cahier de liberté : toujours construire, rejeter les illusions 106
Rien ne nous différencie de l’animal 109
Un mauvais rêve ! 109
Ne manquez pas de remarquer mon assiduité 110
Sur fond de subordination 111
Conduites d’abandon 112


CHAPITRE IX : LA LUTTE COMME RESILIENCE 115

Jeunesse 115
La lutte est devenue une passion 115
Ma volonté au printemps de la vie 116
Converser avec soi-même 117
L’existence est l’habit 117
La recherche d’un bonheur pourtant inaccessible 118
Le vrai est au-delà du réel ! 118
Le point de notre marche 118
Dans la petite salle de la prison 119
La conscience morale est absente 122
J’aime le paradoxe, il m’est cher 122
A quelques jours de la fin 123


CHAPITRE X : PEUT-ON ARRETER LA PENSEE ? 125

Du dedans au dehors 125
Lettres de prison 126
Le bonheur est la jeunesse 128
Revenons au bonheur 130
Je reste un apprenti 131
Trouver le bonheur par nous-mêmes 132
Les hommes rejettent liberté et responsabilité 132


CHAPITRE XI : THESE 135
POUR L’OBJECTION DE CONSCIENCE

Retour à la pensée 135
Thèse 137
1. L’homme au centre du débat 137
2. De l’intelligence 140
3. De la liberté 143
7 4. Des mentalités et des sociétés 147
5. Entre l’individu et l’institution 151
6. Des perturbations sociales 152
7. De la stabilité sociale 154
8. De la société sous ses aspects démographiques
et politiques 157
9. Pour garantir la paix, rôle de l’O.N.U., des Etats des citoyens 165
10. L’objection de conscience 167


CHAPITRE XII : RESISTER EN 2014 171

Résistance et révolte sont de tous les temps 171
Réflexions à distance 173
La résistance est une attitude démocratique 173
La chute aux enfers de la valeur citoyenne 174
L’Europe sociale est-elle un corbillard ? 175
La non-résistance des forces de la Gauche 175
Les guignols de la Droite 177
La résistance est morale 177
La résistance est permanente où que l’on soit 178
L’anticipation comme résistance au carré 179
Essai de compréhension 180
Voir l’avenir dans l’Organisation mondiale du commerce 183
Résister au sens social 183
Les erreurs de la gouvernance financière européenne 185
Illogisme ou nouvelle logique 185
L’extermination sociale de ce qu’est l’Etat 185
Réduire l’Etat 186
Fin de l’Etat providence 186
Que deviennent les fonctions de l’Etat sans fonctionnaires ? 186
Que reste-t-il à l’Etat ? 187
La Bourse 187
Quelle logique ? 187
Résister aux sirènes financières 188
Résister aux politiques mensongères 188
Résister à la mise en pièces des Etats 188


CHAPITRE XIII : DES REMEDES 191

Au-delà des résistances morales, soutenir les Etats 191

8Se donner des instances juridiques pour réduire la souveraineté
financière des banques 192
Une souveraineté volatile est paradoxale 192
Retour de l’Organisation mondiale du commerce 193
Création d’un établissement public international de garantie des
fonds souverains et de sécurité sociale des Etats 193
Résister par l’innovation et la création pour rompre
la répétition et le duplicata des conduites 194
Résister sous toutes les formes 195
Crime de sang 201
La pédagogie sociale comme résistance 202


EPILOGUE 205

1958-2014, sans reprendre le souffle 205
Pourtant, l’Histoire fait de pauses 205
Les respirations de l’Histoire 206
Et l’individu dans ce mouvement ? 206

9



AUX RESISTANTS


D’ALORS ET D’AUJOURD’HUI











Résistons encore…

Nous ne pouvons pas tout accepter…









REMERCIEMENTS



Toute écriture est une entreprise où d’autres se mêlent. Je veux citer
mes collaboratrices Liliane Mikolajczak et Nicole Laval à la
dactylographie, le contrôle de Nadine Wettinck, la relecture
orthographique de Marianne Ottelet, le soutien de Monique Kayeux et
la créativité de Jamal Lgana pour la couverture.





Marc Garcet

CHAPITRE I
PREAMBULE ET MOTIVATIONS



L’été 2012 est pourri, tant au sens climatique que social et économique. Pour
les Etats, c’est l’agonie.
C’est dans ce contexte maussade que je visite Oradour-sur-Glane. Ce village
témoigne, par ses ruines calcinées offertes à la mémoire des survivants, des
séquelles irréversibles que les abus de pouvoir politique et les systèmes
dictatoriaux peuvent léguer aux générations à venir. La mémoire doit être
ravivée. Il est pertinent de laisser subsister ces ruines noires d’une époque
sombre dont l’avenir ne pouvait être que le deuil ou la mort.
Dans ce contexte, une exposition met en évidence le procès fait à Eichmann
pour l’extermination des six millions de juifs.
En clôture de ce procès tenu à Jérusalem en 1961, Eichmann déclare :
« Durant toute ma vie, j’ai obéi à l’ordre majeur de mon pays. Je n’ai aucun
trouble de conscience. J’ai la conscience, les mains et le corps propres. »

La raison suprême d’Etat constitue une forme de conscience collective à
laquelle rien ne paraît pouvoir faire obstacle, quelle que soit la conduite de
l’Etat, des puissances, des impérialismes, des pouvoirs.
C’est le système de défense de tous les chefs nazis au procès international de
Nuremberg.

Cette allégation de l’ordre suprême de l’Etat, supérieur à toute forme d’ordre
moral, est fausse. L’ordre moral international est régi par des règles et des
lois certes très faibles et peu contraignantes mais, elles existent.
Les chefs nazis, pas plus que tout autre pouvoir dérogeant au droit
1international et aux Droits de l’Homme, ne peuvent se justifier .
Les crimes commis par la dictature soviétique, par des dictateurs d’Afrique
du Sud ne peuvent trouver justification ni dans le droit international, ni dans
le droit moral individuel.
Le pouvoir foule le droit, le piétine, en invente un autre qu’il fait approuver
par sa majorité interne. Il se croit ainsi à l’abri de toute forme de
condamnation internationale et morale, de l’humanité toute entière. Cet abus
de pouvoir ne peut en aucune manière être considéré comme une
légitimation des conduites barbares. La barbarie est de tout temps. C’est
contre celle-là que se sont érigés les résistants. Il y eut en Allemagne nazie
des résistants au nazisme, à ses pratiques. Ils furent déportés, exécutés et les
premiers passés à la chambre à gaz. En U.R.S.S., c’est à ces camarades de

1 Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide – O.N.U. -
1948
15« misère » que Staline réserve le privilège des premiers camps de travail
jusqu’à la mort dans les goulags de Sibérie. C’est par « charité » que les
blancs d’Afrique et d’Amérique mettront à mort, par le travail et la misère,
des millions d’autochtones de race noire.
C’est aussi le mercantilisme et la spéculation sur la chair humaine qui ont
motivé la traite des noirs d’Afrique vers l’Amérique latine et l’Asie.
L’homme est un ennemi pour l’homme. Il est cruel, la pire bête de l’ordre
animal.

En visitant Oradour-sur-Glane, nous nous regardons souvent dans les yeux,
M. et moi. Face à l’église et au lieu d’extermination, je rassemble mon
énergie comprimée par l’émotion pour lui dire : « Maintenant, je comprends
pourquoi j’ai été objecteur de conscience en 1956. J’en garde une grande
fierté ! »

La nouvelle guerre

2012, la guerre est à nouveau déclenchée par la spéculation financière
internationale à travers tous ses instruments : les banques, les bourses, les
agences de notation et tout le trafic international dont les Etats off-shore sont
les sièges légitimes.
Il s’agit d’une autre forme de guerre. Il n’y aura pas de mort directe,
seulement une mort lente, l’agonie pour des générations.
La guerre est déclenchée par l’empire financier contre les Etats
démocratiques où la morale de bien-être et de protection sociale s’est
développée.
L’Europe sociale est en danger. L’Euro est sur le point de succomber aux
attaques acharnées de la spéculation financière.
Sommes-nous à l’épilogue du rêve démocratique d’un ordre moral
utopique ?
Il faut résister. C’est la seule ressource des citoyens libres disposant encore
des moyens pour le faire.
Le processus d’impérialisme moral, considérant comme supérieures les
valeurs financières quelles que soient la nature et la forme des spéculations,
est la grande voie de l’ordre financier moral mondial et de toutes ses
agences.
Nous sommes en état de ne plus pouvoir arrêter la spéculation mondiale. Le
monde est entre les mains de milliardaires spéculateurs fous, amoraux,
paranoïaques autant que mégalomanes.
Les Etats, même puissants, ne peuvent rien pour freiner, réduire, rétablir un
ordre, des règles à l’égard de la spéculation internationale.
Le Président Obama lui-même, malgré sa puissance morale, a échoué. Les
petites retouches aux règles internationales sont impossibles à appliquer par
défaut d’une juridiction pour les faire respecter.
16L’Europe, malgré son droit européen moderne, est dans l’impossibilité de
soumettre les échanges financiers à des règles ou même à les réguler. Le
secret bancaire couvre, dans un désert juridique, toutes les opérations
financières échappant aux échanges commerciaux légitimes des privés, des
entreprises et de l’Etat.

Une nouvelle guerre est ainsi déclenchée. Il faut résister et se méfier d’être
les mercenaires collaborateurs d’un Etat où seules les valeurs monétaires
sont prises en compte.

Nous sommes en août 2012. L’Europe sociale a été pillée. Ses caisses sont
vides. Les Etats sont, pour la plupart, exsangues.

Que feront les milliardaires fous de la richesse des Etats ?
Quelles spéculations pourront-ils faire de la misère et de la stérilité qu’ils
auront créées ? Nous n’avons rien à redouter de plus des effets que s’il
s’agissait d’une comète précipitée sur la Terre. Les dégâts provoqués sont
sans concurrence. Il faut résister.

Mais pourquoi donc faut-il détruire l’Europe ?
C’est en 2000 que l’histoire commence avec la déclaration de la conférence
de Lisbonne. Les Etats européens prennent l’engagement de construire une
Europe du savoir, de la connaissance et du bien-être pour tous par la
cohésion sociale, une forme d’alliance politique entre le monde du travail,
2financier et économique.
C’en est trop par rapport au pouvoir spéculatif des puissances financières qui
régissent la planète Terre. Cette nouvelle régulation est mortelle pour la
spéculation libre et sauvage.
L’Europe est rebelle aux règles classiques du maximum de profit par
l’asservissement, la misère, la réduction des droits. La loi binaire où le bien
est riche et de plus en plus riche, le mal est pauvre et de plus en plus pauvre,
constitue la règle sauvage, barbare, qui n’a cessé d’animer le monde du
profit.

C’est la Révolution française et les révolutions successives qui ont largement
contribué à instaurer un nouveau droit public et privé international.
Toutefois, la prévalence du droit primitif sur les Droits de l’Homme a
toujours été dominante par rapport au pouvoir financier qui, jamais, ne s’est
soumis à la règle démocratique. Il a toujours trouvé les formes pour y
échapper au prix de la création des pays « off-shore » pour des sociétés

2 Déclaration de Lisbonne, www.europa.eu

17« off-shore » sous la tolérance, avec le bénéfice et la complicité des Etats de
droit.

A présent, nous avons atteint un palier supplémentaire dans l’asservissement
qu’exerce le « pouvoir barbare » sur le pouvoir légitime et démocratique.
Il faut résister.
Nous devons sauver les Etats légitimes et leurs citoyens, dénoncer
l’impérialisme monétaire.
Nous devons résister et soutenir les Etats pour qu’ils maintiennent leur
patrimoine culturel, économique et social qui en a fait des structures du
monde moderne. Sans Etat, il n’y a plus que le pouvoir barbare et sauvage
du plus fort. La démocratie est battue.
Nous sommes à ce carrefour. Nous devons nous indigner. Nous devons
résister et lutter avec les Etats, avec les politiciens qui font de ce combat leur
objectif collectif.

Sommes-nous bien conscients que la dette souveraine des Etats européens
est aux mains de spéculateurs fous ?
Sommes-nous bien conscients que toutes les valeurs acquises pendant deux
cents ans, de génération en génération, vont ainsi s’annuler ?
Sommes-nous bien conscients que l’édifice démocratique va s’écrouler ?

Nous devons résister avec la dernière énergie de l’espoir nécessaire, de
manière non violente, avec les forces démocratiques dont disposent encore
les Etats avec leur appareil politique : gouvernement, parlement, pouvoir
judiciaire.
Nous devons lutter et résister.
Avons-nous conscience qu’au-delà de la résistance, il n’y a plus que la
lutte ?
Sommes-nous conscients qu’en Espagne les effets de la spéculation des
banques ont réduit de moitié la capacité des moyens pour le développement
économique ? 25% – dont 55% de jeunes en dessous de vingt-cinq ans - des
personnes en âge de travail sont au chômage. Combien de temps peut durer
une telle situation ? Nous le devinons.
Il en est de même en Grèce.
Il en sera bientôt de même au Portugal.
En trois ans, les caisses de ces Etats seront totalement vidées par ce
processus.
Il restera aux travailleurs affamés, appauvris, sans soins, dignes, à se révolter
par la violence et à abattre les instances, souvent virtuelles, d’un
impérialisme moral insatiable de profit.

18Nous devons résister car nous sommes « revenus » en 1933, quand le
nazisme prenait le pouvoir de manière quasi légitime, drapé dans la
démarche classique de la vie parlementaire et d’une légitimité morale.
Des citoyens allemands ont partiellement résisté. Ils étaient trop peu. Ils
eussent été plus nombreux qu’il eût fallu construire plus de camps et qu’ainsi
nous n’eussions connu l’existence de l’extermination.

Nous ne mesurons pas encore maintenant l’impact de l’appauvrissement des
pays placés sous la dépendance financière de la spéculation internationale
qui utilise des taux usuraires, abusifs, sans vergogne pour plus de profit et de
garantie. Sans force, ces pays appauvris sont punis et devront payer plus
encore pour être plus rapidement précipités dans la totale déconfiture. Ils
seront alors propriété des milliardaires spéculateurs. Il n’y aura plus de
révolte. Il n’y aura plus de place pour la résistance non violente, raisonnable.
Il n’y aura plus que la destruction et la table rase.

Dès à présent, résistons et mettons en place des moyens, des processus
démocratiques pour faire front à la barbarie de la spéculation financière
internationale.

Indignez-vous !

L’indignation, une pensée collective philosophique de Stéphane Hessel, a été
relayée par le mouvement international des indignés contre l’ordre amoral
des systèmes spéculatifs et leur instrument qui réduit progressivement les
valeurs et les droits des citoyens.
Ce mouvement des indignés rappelle dans sa forme les mouvements de
résistance soulevés dans les années 1960 par les organisations de jeunesse,
poussées par l’air du temps. A l’époque, la résistance portait sur le
développement des fusées intercontinentales à tête nucléaire.
Le mouvement antiatomique était lui aussi un mouvement d’indignation, de
résistance et de lutte pour l’ordre moral public et la survivance de l’espèce
humaine. C’était l’époque du militarisme sans droit, sans foi ni loi. Seule la
guerre froide, la guerre des camps retranchés du communisme et du
capitalisme, dictait la règle.
La résistance morale collective eut raison de la déraison des dirigeants
politiques et militaires, portée par le monde capitaliste et communiste.
A travers l’Histoire, la résistance a toujours raison. Elle a toujours mis fin
aux abus déraisonnables. Mais à quel prix le plus souvent !
Ce fut le cas de la liberté de conscience, de la course aux armements, du
nazisme.
Maintenant un autre spectre d’anéantissement du bien-être citoyen est en
pleine action. Il met en jachère les Etats et les citoyens dans une société
exsangue où dominent des fortunes de quelques-uns.
19Résister est maintenant un devoir comme l’objection de conscience était un
devoir en pleine période de guerre froide. Il fallait se placer à contre-courant,
poser des actes symboliques, durs, voire inciviques aux yeux des règles
nationales dévoyées.
Les objecteurs de conscience ont eu raison d’opposer un ordre moral juste,
des conduites sociales individuelles et collectives, en règle avec les Droits de
l’Homme et le Droit Public International.
Une autre forme d’objection de conscience, dont les conduites sont encore à
définir sur un plan individuel et collectif, doit se dégager. Elle devrait
mobiliser à la fois les élus, les parlements et les Etats.
Le mot d’ordre des indignés devient, pour chaque Etat, un objectif :
« Résister pour la survivance et la moralité publique ».

Oradour-sur-Glane

Oradour-sur-Glane eut sur moi l’effet d’un électrochoc moral. La marque de
l’adulte a-t-elle laminé ma réactivité à l’irrationnel et à la « barbarie » ?

Après avoir écrit avec Serge Dalla Piazza « L’avenir de l’Homme en
3 4question ! » et « L’économie ne peut être que sociale » , comment me
résigner à l’égard de la destruction de l’Etat social en Espagne, en Grèce et
au Portugal ?
Comment puis-je taire ma révolte contre la prise de pouvoir de puissance
« a-démocratique », de la spéculation du capital au profit de quelques
fortunes nihilistes ?
Comment la raison peut-elle s’accommoder du nihilisme social et
économique ?

Résister avec détermination, agir collectivement, mobiliser moralement, sont
des impérieux devoirs.
Honte aux banques !
Honte à la bourse !
Honte aux fortunes de la spéculation !
Honte au capitalisme sans économie, sans société !
Honte aux édifices décharnés, abandonnés par les armées des spéculateurs !

3 Editions L’Harmattan - 2009
4 Editions L’Harmattan - 2009
20