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Pensées et arrière-pensées

De
296 pages
Cet ouvrage s'adresse à un public amateur de livres au point même d'en relire certaines pages ou certaines pensées : tout ce à quoi chacun de nous est confronté au cours de ce qui constitue la trame d'une vie, telle est la matière de cet ouvrage roboratif, à l'écart de tout système, toujours réducteur. Avec ce onzième livre, l'auteur revient à l'univers des réflexions, aphorismes et anecdotes, qui lui est familier.
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Avec ce onzième ouvrage, Paul Toublanc revient à l’univers des
réfexions, aphorismes et anecdotes qui lui est familier, genre
littéraire propre à notre culture.
Pensées et arrière-pensées est un livre qui s’adresse à un public
amateur de livres au point même d’en relire certaines pages ou Penséescertaines pensées : tout ce à quoi chacun de nous est confronté &au cours de ce qui constitue la trame d’une vie, telle est la matière
de cet ouvrage roboratif, à l’écart de tout système, toujours
réducteur. arrière-pensées
L’œuvre écrite de Paul Toublanc est variée (poèmes, essai
historique, romans, réfexions) ; écrivain, il s’est voulu témoin,
observateur lucide et critique mais solidaire d’un temps souvent Paul Toublanc
cruel et sans pitié pour les faibles, mais aussi acteur intégré à une
vie professionnelle, pour comprendre de l’intérieur la société dans
sa complexité.
Parmi les critiques qui ont apprécié ses ouvrages, ces jugements :
Alain Clerval, chroniqueur à la NRF : « La grande tradition française
des moralistes […] n’a plus guère de postérité, hormis quelques noms
prestigieux, Cioran, René Char, qui se tiennent à l’écart des agitations
et du tapage, P. Toublanc appartient à cette tradition, réservé,
pudique et dense » ; J.-C. Santier (World Periodical Press News) : « Bien
connu pour ses essais toujours stimulants […] il a bâti une œuvre de
moraliste, fn observateur de son époque. »
Ce livre est son sixième publié par L’Harmattan.
Parisien d’adoption, Paul Toublanc , également peintre, vit retiré en
Vendée, son pays d’origine, pour sa lumière particulière qu’illustre le pastel,
son médium préféré ; infuencé par la pensée chinoise, il s’adonne aussi à
l’encre de Chine.
« La maxime est une fèche empoisonnée qui fait du bien. »
Paul Toublanc
Illustration de couverture de l’auteur.
ISBN : 978-2-343-05176-5
25 € 9 782343 051765
reéreèesnnrieéess
Paul Toublanc
Ps et a- P










PENSÉES
ET
ARRIÈRE-PENSÉES


Paul Toublanc







PENSÉES
ET
ARRIÈRE-PENSÉES





































































Du même auteur

Poèmes brisés
Éditions universitaires, 1970

Écrits sauvages
Éditions Universitaires, 1972

L’État de veille
Éditions Le Cercle d’Or, 1986

L’Esprit et la Lumière
E.F.A., 1992

L’habitude de vivre
E.F.A., 1999

Ballade de l’amour, du mal et de la mort
L’Harmattan, 2004

Chamfort, moraliste du siècle des Lumières 5

Je ne compte que les heures heureuses
L’Harmattan, 2007

Bréviaire à l’usage des mal-pensants 9

La Vie partagée
L’Harmattan, 2012




























© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05176-5
EAN : 9782343051765






« Certes, c’est un sujet
merveilleusement vain, divers et ondoyant
que l’homme. »
MONTAIGNE

« On ne sculpte pas un bois pourri,
on ne peint pas sur un mur de
torchis. »
ZHEN TANG

« I hate a writer who’s all writer. »
BYRON

« Et je vis l’ombre d’un esprit
Qui traçait l’ombre d’un système
Avec l’ombre de lui-même. »
SCARRON

« Je n’étudie que ce qui me plaît ;
je n’occupe mon esprit que des
idées qui m’intéressent. Elles sont
utiles ou inutiles, soit à moi, soit
aux autres […]. Dans tous les cas,
j’aurai eu l’avantage inestimable
de ne me pas contrarier, et d’avoir
obéi à ma pensée et à mon
caractère. »
CHAMFORT



Avant-propos


D’emblée, il me faut préciser que je ne déteste pas avoir
recours, là où il me paraît nécessaire, au paradoxe –
« opinion qui va à l’encontre de l’opinion communément
admise » (dictionnaire Le Robert) – quand il conduit à la
vérité ; et comme Jean-Jacques Rousseau « j’aime mieux être
homme à paradoxes qu’homme à préjugés ».
Le paradoxe rejoint l’hétérodoxie : « qui s’écarte de la
doctrine reçue ou n’est pas conformiste » (op. cit.), en
opposition donc à l’orthodoxie : « conforme au dogme du
conformiste » (op. cit.).
Pour ajouter à ce prologue, le lecteur ou la lectrice
trouvera dans cet ouvrage nombre d’oppositions ou de
contradictions qu’il me faut assumer : rien n’est jamais égal,
vivre, c’est vivre entre des joies ou entre des souffrances ; la
philosophie chinoise, la plus vieille dans l’histoire des
civilisations, philosophie des contraires, avait raison : la vie
n’implique-t-elle pas de les dominer : le jour, la nuit, le beau,
le laid, le bien, le mal, l’instant, l’éternité, la bulle au sein de
laquelle nous vivons et évoluons, les espaces infinis, chers à
Pascal.
Enfin, si je me réjouis chaque fois que j’entends parler de
culture autour de moi, je tiens à rappeler qu’il n’est pas de
culture sans appréhension de l’histoire géopolitique avec ses
guerres (sur quatre mille ans de « civilisation », un jour de
paix environ sur dix) et de l’histoire des religions dont
l’influence, si ce n’est l’emprise, sur la vie des sociétés est
toujours présente.
Le présent livre, on l’aura compris, ne forme pas un bloc
et mes pensées ne sont pas, heureusement, vos pensées, les
unes et les autres sont les reflets que nous renvoie un certain
état des choses.
9







Quand un peuple impose aux autres sa puissance
économique, politique et militaire, il leur impose sa langue et son
mode de vie ; ainsi en a-t-il été de la France sur le continent
eeuropéen au XVIII , siècle de « la philosophie des Lumières »,
ainsi en est-il de nos jours des États-Unis d’Amérique sur le
reste du monde.
*
Méfiez-vous des faibles, ce sont eux qui mentent le plus et
par omission, il en faut du courage pour dire la vérité.
*
Quand on aime bien, on n’aime pas, ou on aime peu.
*
On reconnaît un grand roman au plaisir qu’on éprouve à le
relire : c’est l’art du singulier qui tend à l’universel.
*
Tous les grands voyageurs l’ont constaté : en quelque lieu
que ce soit, l’homme est parvenu par l’alcool à base de
n’importe quoi, par d’autres drogues, par la guerre, par de
multiples jeux aberrants, à chasser son ennui, croyant y
trouver une réponse à son questionnement permanent, à sa
difficulté de vivre.
*
Le hasard fait aussi des miracles.
*
Si je devais vivre deux fois, je promets de vivre mieux et
plus intelligemment.
*
11
Le drame de l’homme : « Ne savoir pas demeurer en repos
dans une chambre », pensée de Pascal curieuse sinon oiseuse
qui lui fait donc découvrir là « tous les malheurs des
hommes » ; le rire ou plus simplement « le divertissement »
ne devait pas être la tasse de thé de ce génial scientifique et
grand penseur.
*
Il faudrait promulguer des lois pour punir la bêtise.
*
Le développement foudroyant des techniques dans tous les
domaines entraîne un accroissement de l’information dont on
devrait a priori se réjouir ; en réalité, cette information de
masse se répand de façon anarchique de sorte que les gens,
au lieu d’être mieux informés, partant plus libres, sont
harcelés par un flux torrentiel de nouvelles qui les
désinforment et amollissent leurs esprits au point qu’ils ne savent
plus qui et quoi croire.
*
En amour, lorsque la chance frappe à votre porte, la saisir
au vol ; alors elle frappe une seconde fois.
*
La grâce, un privilège du petit enfant et de la femme.
*
Les historiens ont bien du mal à démêler les écheveaux de
la réalité historique, notamment celle des guerres civiles et
plus encore quand elles se doublent de guerres de religions
particulièrement destructrices, faute de documents factuels
(ainsi des guerres de Vendée) et à l’inverse, à cause de
l’ingérence d’éléments d’ordre passionnel.
*
Le respect de son lecteur est la première obligation de
l’écrivain, s’agissant de ce merveilleux outil de
communication qu’est l’écriture ; il ne doit pas tout dire.
*
12
L’embêtant avec les femmes, c’est qu’elles aussi sont
sincères et qu’alors, nous payons cher l’erreur de ne pas leur
avoir fait confiance.
*
Je refuse d’écrire ou de dire continuer à apprendre ou à
boire et je choisis continuer de qui sonne mieux à mon
oreille.
*
Le beau absolu est immobile.
*
On pardonne volontiers à un poète ses idées politiques, on
ne les pardonne pas à un philosophe ou à un romancier.
*
Une question sans réponse est une question mal posée.
*
Croire est plus apaisant que réfléchir.
*
La souffrance due au hasard ou à la maladie n’est pas
tolérable ; celle qui est provoquée par un individu contre un
autre est inacceptable parce que relevant du droit de la
personne. Le mal absolu n’est pas la mort, qui met fin à la
souffrance, mais la souffrance elle-même.
*
Avec l’avènement de l’ordinateur, c’est le fils qui
maintenant enseigne à son père, voire le petit-fils à son
grand-père.
*
Changer l’homme ? Je n’y crois que sous la pression
d’événements extérieurs majeurs, comme pour les animaux ;
au mieux, peut-on espérer changer la vie, faire en sorte
qu’elle soit plus vivable.
*
La science arrange, l’art dérange.
13
*
Vouloir faire « le bonheur de l’humanité » n’a pas de sens,
démagogique, l’entreprise risque même de se retourner, tel
un boomerang, contre son auteur.
L’important, c’est de promouvoir les conditions d’un
bonheur que chacun définit à sa manière, dans le respect du
droit ; en revanche, une société qui aspire à plus de justice
encourage le bien-être collectif qui ne peut prétendre
éliminer le rôle du hasard : on connaît la question posée par
Malraux lors d’un congrès international communiste où de
bons esprits soutenaient que ce régime « mettrait fin à tous
nos malheurs » : « Quid de celui qui se fait écraser par un
train ? »
*
Je n’écris pas pour les faiseurs de systèmes, ils n’ont
d’ailleurs pas besoin de moi.

Savoir aimer est difficile, savoir être aimé, encore plus
difficile.
*
Étudiant les mœurs, le moraliste ne peut être qu’un
utopiste, sinon il ne pourrait supporter les malheurs du
monde que nous annoncent chaque matin les médias.
Messieurs les bourreaux, laissez-nous une lueur d’espoir.
*
La fleur n’est pas libre de ne pas fleurir.
*
La vie quotidienne n’est pas le sujet préféré des
philosophes de l’Occident, ils se plaisent, à partir de concepts, à
élaborer des systèmes abstraits, des « structures » visant,
comme les religions, à une certaine harmonique de valeurs
apaisantes pour l’esprit mais non conclusives concernant
notre art de vivre, objet premier de l’existence.
*
14
Le pessimisme est le produit d’un manque de volonté,
d’appétence, un comportement vain, la paresse de celui qui
demeure spectateur.
*
Les Églises, prisonnières de leurs théologies, ont bien de
la peine à rendre Dieu crédible, il nous faut donc le chercher
ailleurs.
*
Il y a le cœur et l’esprit, mais il y a aussi l’âme qui n’est
plus à la mode.
*
Il n’est pas bon de se contenter de ce compagnonnage avec
soi qu’est la solitude, ce vivre à deux étrange n’est pas
vivifiant à la longue.
*
De la justice : l’instruction d’un procès se fait désormais
sur la place publique par le prisme déformant des médias
avides d’audimat, aux dépens de la vie privée du citoyen,
ballotté dans un « bateau ivre ».
*
Le souvenir est rarement seulement le souvenir,
l’imaginaire s’y incruste qui l’embellit, l’efface en partie ou en
rajoute, il n’est pas la reproduction fiable, la photo du réel,
un souvenir en introduit un autre qui le modifie ou l’annule.
*
On peut toujours rêver sa vie, c’est trop facile, la faire
relève d’un autre registre.
*
L’art du Moyen Âge est viscéralement lié à la religion de
ce temps dans toute son authenticité belle et cruelle au sein
d’un environnement impitoyable, où la peste tua des dizaines
de milliers de gens en Normandie d’alors et en Île-de-France,
en quelques années. On ne peut imaginer ce qu’était durant
15
la guerre de Cent Ans la philosophie d’un vilain voué à une
espérance de vie inférieure à vingt-cinq ans.
*
À la différence de la parole, l’écriture permet d’aller au
bout de la pensée.
*
La langue française, trop latine, a donné un sexe
(masculin) même aux anges.
*
La vie de ceux que nous aimions, nous laissant leur fausse
présence condamnée au silence du monologue.
*
Chaque soir, nous mourons un peu plus, chaque matin,
naissons un peu moins.
*
Les faits sociaux ne sont pas des choses abstraites, mais
des éléments concrets qui déterminent la condition et la
façon de vivre d’un groupe d’individus ; longtemps, ils ont
été délibérément éliminés ou pour le moins sous-estimés par
la classe dirigeante aux dépens des faits, au sein d’une
société productiviste aveuglée par ce qu’on appelle le PIB
(produit intérieur brut).
La qualité de vie (ou QDV), vrai élément de référence, ne
se définit pas en chiffres, elle est une donnée intégrante des
faits économiques et socio-culturels.
*
Les croyants ont en partie raison en ce sens qu’il est
impossible de « croire à rien ».
*
Un gouvernement libre : un oxymore.
*
De deux choses l’une : ou partant d’ex nihilo, l’univers a
été créé, dès lors, il ne peut être éternel et il sera voué à
disparaître, ce qui est né meurt un jour, ou rien n’a jamais été
16
créé, alors c’est l’éternité dans la nuit d’un temps qui n’en est
pas un. Le spectacle nocturne de myriades d’étoiles, le plus
approprié, ne nous fait pencher ni dans un sens, ni dans
l’autre ; sa suprême beauté nous émeut, à quoi s’ajoute son
silence absolu, ils nous font sentir notre immense solitude et
notre singulière petitesse.
*
La nature est l’extrême complexité, l’extrême diversité, à
partir de quelques bases ou fonctions simples, universelles,
deux exemples : les tiges et leurs ramifications, l’oreille
organe de l’ouïe, le plus compliqué qui soit, dont la finalité
unique est d’entendre, en des formes extérieures les plus
variées chez les êtres vivants.
*
Les souvenirs tuent l’expérience.
*
C’est Eugène Fromentin qui le premier a écrit : « L’art de
peindre n’est que l’art d’exprimer l’invisible par le visible » ;
plus tard, Paul Klee écrirait : « L’art ne reproduit pas le
visible, il rend visible. »
*
Quand on n’a pas d’idées, on se rabat sur les effets de
style, en littérature comme au cinéma.
*
Les grandes civilisations, chacune avec son génie propre et
ses mythes, étaient parvenues à répondre aux problèmes
existentiels que se pose l’homme de sorte – nécessité fait loi
– qu’il pensait plus à agir qu’à se morfondre sur sa condition,
il avait intégré la mort dans sa vie par une après-vie paisible
qui la prolongeait sans solution de continuité, sans hiatus si
l’on préfère, dans un cadre « éternel », mais variable.
Il est évident qu’il en est de moins en moins ainsi au sein
d’une espèce humaine qui se compte en milliards
d’individus, chacun s’y sent seul ; pour pallier cette solitude il
recourt aux expédients les plus divers : médias omniprésents,
17
drogues, spectacles collectifs monstres, autant de subterfuges
vains qui font illusion : il faut beaucoup de courage pour
vivre sans espoir.
*
Le fait d’être une très belle femme est difficile à dominer,
crainte d’être aimée pour sa seule beauté, être un très bel
homme est encore plus encombrant, il est si proche du
bellâtre.
*
Si l’on peut avoir la nostalgie du calendrier
révolutionnaire dit républicain, pour sa poésie des beaux noms qui
collaient parfaitement au rythme des saisons, il n’avait pas la
force du calendrier chrétien grégorien solaire et lunaire, dans
une France rurale ; il fut appliqué en 1793 et supprimé en
1806.
L’appellation des mois, divisés en décades, était due au
poète et révolutionnaire Fabre d’Églantine, auteur de la
romance populaire : « Il pleut, il pleut bergère », mort sur
l’échafaud en 1794, en même temps que Danton.
*
Il est pédant de parler comme on écrit et il n’est pas
plaisant d’écrire comme on parle.
*
Il y a de mauvais poètes, mais un mauvais poète n’en est
pas moins un être sensible ; ce n’est pas le cas des mauvais
prosateurs.
*
Il a voyagé quasiment dans tous les pays du monde et il ne
connaît pas le sien, d’ailleurs, on ne visite plus un pays, on le
« fait » : l’an dernier, j’ai « fait » la Birmanie, cette année,
j’ai « fait » la Papouasie.
*
Tel l’escargot, j’ai ma coquille qui me protège des
éléments, des importuns et des imposteurs.
18
*
La tradition rejette tout ce qui n’est pas tradition, c’est là
que le bât blesse.
*
L’ambiguïté du révolutionnaire, exprimée par Camille
Desmoulins : « Il ne connaît point les personnes, il ne
connaît que des principes. »
*
À la différence de l’écrivain qui a tout le temps pour lui, le
journaliste travaille contre le temps : rendre compte d’un fait
ou d’un événement récent, analyser telle situation et en
élaborer la synthèse avec le moins de mots possibles ; peu de
grands journalistes deviennent de grands écrivains, n’est pas
Kessel qui veut.
*
Pendant trop longtemps, la mesure obligatoire du vers a
fait des poètes des esclaves ou de mauvais poètes, victimes
de la rime ; Victor Hugo s’est bien amusé avec son fameux
vers : « Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth » (j’ai rime
à deth) de l’admirable Booz endormi, dont pas moins de
douze vers sont passés à la postérité.
*
Le monde appartient à ceux qui dorment peu.
*
Avoir de l’expérience, c’est avoir perdu sa jeunesse ou, si
l’on préfère, son innocence.
*
Toute nation surarmée par rapport à ses besoins de
protection est en puissance impérialiste, exemples : les
ÉtatsUnis, la Russie, la Chine.
*
Qui l’emporte ? Le plus fort, direz-vous, non, le plus
intelligent, quand ce n’est pas le plus fourbe, un Staline plutôt
19
qu’un Trotski ; celui qui s’adapte le mieux à son milieu
évolutif, aurait dit Darwin.
*
M’inspirant de Descartes, par hygiène mentale je me suis
fait très tôt « une morale par provision » de quelques
maximes qui m’ont rassuré : mieux comprendre le monde et
me comprendre, apprendre à distinguer le principal de
l’accessoire ; parvenu à cet âge où la mort peut faire appel à
moi à chaque instant, je doute en acquérir une définitive.
*
Il n’est pas évident de gagner et il est encore moins
évident de gérer sa victoire, d’où les guerres incessantes, car
le vaincu acquiert par nécessité et par sa volonté des forces
alors que le vainqueur perd les siennes par négligence et par
indolence.
*
S’ennuyant, la nature se laisse aller au surnaturel.
*
Paraphrasant Chateaubriand, je dirais qu’entre la gauche et
moi « il y a quelque chose de glacé » ; elle comme moi nous
désirons une démocratie plus sociale, plus équitable, mais
nos vues pour y parvenir diffèrent de plus en plus, je crois la
mienne plus réaliste, j’ai approché le véritable pouvoir et j’ai
exercé une parcelle de pouvoir, j’ai pratiqué de longues et
difficiles négociations et acquis le sens du compromis.
Depuis des siècles, sous des formes les plus variées, il y a
dans notre pays trop latin des forces opposées qui devraient
se respecter ; pour ma part, je n’ai qu’un ennemi, le parti
unique, parti inique, celui de la monarchie absolue, ou celui
de l’étatisme absolu.
La vie m’a appris aussi que le progrès social avance ou
recule, c’est selon, il n’est donc jamais acquis ; je sais enfin
que c’est le rôle d’un parti de prendre parti et qu’aucun n’a le
monopole de la vérité.
*
20
La démocratie existera quand chaque citoyen disposera
d’une information critique.
*
Une certaine forme de religion n’a plus grand sens depuis
qu’elle a cessé de convaincre les pauvres et les nantis, les
premiers estimaient légitimes leurs sacrifices et les seconds
se rachetaient une conscience par des devoirs de charité
passés de mode.
*
Je ne sais pas où est la vertu, mais je sais où est le vice, ce
qui me permet de me découvrir vertueux.
*
Aimer rend aimable, être aimé rend encore plus aimable.
*
Dans les médias majeurs, radio et télévision, l’auditeur ne
dispose d’aucun droit de réponse ou d’intervention ; les
journalistes et autres participants peuvent donc dire
n’importe quoi sans risque d’être contredits, ils ont carte
blanche. Par exemple, dans les domaines où cet auditeur se
trouve avoir – et cela arrive souvent – des connaissances du
sujet supérieures à eux, c’est fou le nombre de bêtises ou de
contre-vérités qu’il lui faut supporter.
C’est pourtant ainsi que s’informe et se forme ce qu’on
appelle l’opinion publique.
*
Les femmes ne craignent pas tant l’avis des hommes que
celui, sans pitié, d’autres femmes.
*
Toute une littérature a fleuri sur les misogynes, sur leur
haine, sur leur mépris des femmes, mais elle s’est peu
étendue sur les femmes misandres qui haïssent ou méprisent
les hommes, sans doute parce que la femme est d’un naturel
plus généreux, plus porté à l’indulgence, mais cet état n’en
existe pas moins ; misogynes et misandres sont également
voués au mal-être.
21
*
L’utile s’anoblit avec l’agréable.
*
Certains oiseaux s’attachent à l’homme : sur la terrasse, un
rouge-gorge apparaît plusieurs fois par jour et comme
d’autres oiseaux, il niche dans l’énorme cupressus tout
proche, arbre protecteur ; il s’abreuve et il s’ébroue dans un
bénitier en granit, sans doute apporté d’une église ou d’une
brocante par le précédent propriétaire. Il est très près, sur la
table, va d’un barreau de chaise à un autre, même en notre
présence et celle d’amis. Bien sûr, ce sont les graines que
nous lui donnons qui l’ont attiré et rendu si familier.
Un accenteur mouchet (dixit mon vieux Peterson, un
classique sur les oiseaux), autre passereau au plumage terne,
vient régulièrement, trottant comme une souris (op. cit.),
mais il est plus méfiant ; troisième hôte, le minuscule
grimpereau à la queue relevée, se pointe quand il fait froid.
Merles, mésanges charbonnières, bleues et nonnettes plus
rarement, pigeons et tourterelles apprécient de boire et de se
baigner dans le bénitier car il n’y a pas de point d’eau douce
proche.
*
Le péché originel a été le premier doux péché.
*
La morale s’appuie nécessairement sur le droit et plus
précisément sur la législation, laquelle ne saurait être séparée
de la politique, émanant du Parlement, souverain.
*
L’écrivain qui aspire à la postérité se croit déjà immortel.
*
Qui veut briller dans le monde doit d’abord prendre la
bonne mesure de sa capacité à souffrir en silence et à être
humilié.
*
22
Il est préférable de s’aimer un peu pour mieux aimer
autrui, l’amour est ainsi fait qu’il ne faut pas trop aimer
autrui, au moins apparemment, si l’on ne veut point en être
aimé moins.
*
Il y a plus de différence entre un homme d’esprit et un
poète qu’entre un homme ordinaire et un animal ; ces deux-ci
peuvent trouver un langage commun alors que ces deux-là ne
se rencontreront jamais.
*
Qu’on soit déiste, agnostique ou athée, nul n’est assuré de
la pensée qui sera la sienne, en l’état de mourant.
*
Les grands sentiments ne viennent que du cœur, ils ne
peuvent se mêler aux grandes pensées qui relèvent de
l’intellect : pas de passage du cœur à l’intellect, ni l’inverse.
*
Il est vain de chercher à comprendre ce qui demeure un
mystère, ainsi du plus grand, l’origine de la nature, on peut
vivre avec une nature née de père et de mère inconnus,
peutêtre immortelle, tour à tour amicale, hostile, généreuse et
indifférente ; l’homme ne peut vivre une vraie vie sans la
présence de la nature.
*
Le bien, obtenu par surprise sans avoir été désiré, procure
un plaisir double.
*
Le mal, on le fait à autrui, ou c’est celui-ci qui nous fait du
mal, le bien, on le fait ou l’on en jouit ; mais à soi-même, on
se fait souvent plus de mal que de bien.
*
Au théâtre, les répliques dans la comédie sont destinées à
faire mouche et faire rire le public plutôt qu’à l’inviter à
réfléchir ; enlevez le vernis de ce cuir, il ne reste plus qu’une
23
peau banale ; à peine sortis du spectacle, nous retrouvons la
vie réelle de la rue, le tohu-bohu des voitures, mais nous
avons passé « un bon moment ».
*
Pourquoi cette ruée de l’homme vers l’or ? Parce qu’il est
un métal rare, donc cher, mais surtout doté de qualités lui
conférant un pouvoir d’éternité et un éclat perpétuel ;
peutêtre parce que dans notre inconscient il nous protège de la
mort ; mieux encore, c’est un porte-bonheur, une goutte
enfin détachée du soleil, source de vie.
*
La maxime réussit ce prodige d’être à la fois analyse et
synthèse d’une pensée.
*
Signe extérieur représentatif de notre temps porté aux
idées noires, au désenchantement : traversez un large pont,
une place immense, une foule unisexe, femmes, hommes
étant vêtus pareillement et de plus la mode est au noir, une
société en deuil permanent, qu’enterre-t-elle ? Un art de
vivre, peaufiné durant des siècles.
*
Flattez un prince ou plus simplement votre supérieur
hiérarchique, il vous en sera reconnaissant.
*
À force de répéter les mêmes choses pendant des lustres,
l’enseignant ne pense plus ce qu’il dit à des enfants
médiatisés de moins en moins attentifs, pas étonnant que les plus
éveillés se rebellent contre cette antienne ; il est pour eux
comme ces prêtres tibétains conditionnés qui marmonnent
leurs prières pendant des heures.
*
Après celle du feu, la plus grande invention de l’homme a
été celle de Dieu.
*
24
La science, la philosophie, la littérature, et plus largement
l’art, n’ont point de patrie.
*
S’approuver soi-même rarement, s’accepter à la rigueur de
temps à autre et régulièrement se remettre en question.
*
Ce sont surtout les femmes qui fréquentent les églises,
sans doute parce qu’elles sont plus proches que les hommes
du divin et meilleures qu’eux, à moins qu’elles n’aient
quelque chose à se faire pardonner ; pourtant quand elle
aime, la femme est plus fidèle.
*
La renommée amène plus de renommée… et plus d’amis.
*
Vouloir plaire, n’est-ce pas donner une fausse image de
soi ou une trop vraie, tout est dans le style.
*
L’homme moderne a fait de la devise « liberté, égalité,
fraternité » un paradigme de société ; ce monde des humains
est à l’opposé de la nature, chaque plante, chaque animal est
prisonnier de son territoire, celui-ci par sa mobilité, celle-là
par ses branches ou tiges et par ses racines qui cherchent
toujours à s’étendre mais sont limitées par leurs voisins, les
petits, a priori plus faibles, ont des systèmes d’autodéfense
qui leur ont permis d’assurer leur survie.
La devise républicaine est sans cesse battue en brèche par
« la loi de l’équilibre de la nature ».
*
Je ne me souviens pas d’avoir souffert d’une migraine ou
de maux d’estomac.
*
Le spectacle des larmes de notre prochain nous inspire de
la compassion ; durent-elles que celle-ci pourrait vite laisser
place à l’indifférence, puis à la réprobation.
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Cette personne ne méritait pas d’être écoutée longtemps,
son visage parlait pour elle.
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La misogynie de Restif de la Bretonne – auteur de La
femme infidèle – affichée dans son œuvre, tient-elle au fait
que sa femme le trompait avec le moraliste conservateur
Joseph Joubert, grand ami de Chateaubriand ?
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La tolérance ne doit pas être un trait de caractère du faible,
mais au contraire l’attestation de la force d’esprit.
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Bonnes pensées de Jean-Jacques Rousseau :
« Rendez votre élève attentif aux phénomènes de la nature,
bientôt vous le rendrez curieux. »
« Je sentis avant de penser. »
« La seule morale qui convienne à l’enfant… est de ne
jamais faire de mal à personne. »
« C’est une erreur bien pitoyable d’imaginer que
l’exercice du corps nuise aux opérations de l’esprit. »
Mauvaises pensées de Jean-Jacques Rousseau :
« L’homme est né libre et partout il est dans les fers. »
« Je ne dispute donc pas que la médecine soit utile à
quelques hommes, mais je dis qu’elle est funeste au genre
humain. »
« Tout est bien sortant des mains de l’auteur des choses,
tout dégénère entre les mains de l’homme. »
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Je préfère les passions à l’ennui, mais je ne déteste pas une
certaine mélancolie, non incompatible avec la passion.
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Si compliqué qu’il soit, l’amour ne doit jamais nous faire
douter de l’amour.
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Le sommeil, s’il est réparateur, est toujours du temps perdu
à ne pas vivre.
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Concernant l’horreur et le crime, les pays « civilisés » ont
démontré qu’ils pouvaient aller au-delà des peuples
« barbares ».
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Les États-Unis d’Amérique n’ont fait que copier le modèle
anglais : développer leur commerce et leur puissance d’abord
dans leur sphère proche, puis à travers le monde.
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En écriture, le style, invisible, doit irriguer la phrase
naturellement, de même que le sang irrigue notre corps ;
« Arriver par le travail à effacer les traces du travail », disait
Degas.
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Il faut se servir de l’argent et le dépenser quand on en a,
qu’il soit votre esclave, non un maître envahissant.
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Les Grecs n’avaient qu’un seul dieu pour les commerçants
et pour les voleurs.
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Les cicatrices de l’amour sont moins visibles et moins
douloureuses que celles de l’indifférence aux choses de la vie.
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Langue et sentiment religieux sont l’âme d’un peuple :
langue anglaise, celle du commerce, pragmatique (éclipsant
sa belle poésie), déisme indifférent, langue française
recherchant la pureté, fût-ce aux dépens de la simplicité et de
la logique, seul pays vraiment laïque, langue allemande
modulant dureté et douceur, dualisme religieux, langue
italienne, plus belle chantée que parlée, le catholicisme
onctueux sans y croire, langue espagnole, âpre comme son
sol, le catholicisme sanguinaire et mortifère.
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L’économique et le médiatique sont les jambes sur
lesquelles claudique le pouvoir politique traînant péniblement
les pouvoirs traditionnels, exécutif, législatif, judiciaire.
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En France, au stade où sont les mœurs, tout accusé, proie
des médias, est présumé coupable.
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Constater que nos enfants font les mêmes bêtises que nous
nous rajeunit.
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Plus l’Europe s’enrichit, plus s’y développent les
inégalités sociales.
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Le beau exclut tout commentaire, il est le beau, point.
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En France, la tête tranchée d’un roi a tout simplement
chamboulé le destin de la nation et d’une partie du monde ;
eren Angleterre, bien plus tôt, la tête de Charles I , tombée,
avait été le levain qui a conduit à une réforme empirique des
mœurs puis, avec le retour de la royauté, à conserver
fondamentalement les institutions traditionnelles et un décorum
obsolète.
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Le « peuple de gauche », comme le « peuple de droite »,
auraient bien besoin de cours communs de recyclage sur
l’histoire moderne de la France.
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Croire à tout, croire à rien, douter de tout, tels sont les
avatars auxquels est soumis l’homme des temps nouveaux.
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« Le poète se fait voyant […] par un dérèglement de tous
les sens » (Rimbaud) ; ne serait-ce pas plutôt par une
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