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Penser l'art contemporain

De
190 pages
Cet ouvrage procède à un examen critique de la sphère de l'art en général, des activités de création artistique et de jouissance esthétique en particulier, à une période où se pose avec une extrême acuité la question cruciale des rapports de l'art aux autres pans de l'existence humaine. Après l'examen des vertiges modernes et de l'engrenage postmoderne ayant marqué l'évolution de cette sphère, l'accent est mis sur l'art contemporain en général puis sur l'art africain.
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Penser l’art contemporain
Contribution à l’esthétique philosophique
Cet ouvrage procède à un examen critique de la sphère de l’art
en général, des activités de création artistique et de jouissance
esthétique en particulier, à une période où se pose avec une extrême
acuité la question cruciale des rapports de l’art aux autres pans
de l’existence humaine. L’approche, qui s’appuie sur l’histoire
de l’esthétique, mais fait aussi appel à l’histoire de l’art et à la
culture philosophique en général, permet de cerner les nombreux
contours de cette réalité hybride et pas toujours facile à saisir,
qu’est aujourd’hui devenu l’art.
Après l’examen des vertiges modernes et de l’engrenage
postmoderne ayant marqué l’évolution de cette sphère, l’accent
est mis sur l’art contemporain en général, tiraillé entre la logique
marchande et l’instrumentalisation, puis sur l’art africain
contemporain en particulier, qui se débat entre leurres et lueurs,
entre ombre et lumière, entre espoir et désespoir.
Né en 1971 à Garin Abdo au Niger (commune
de Wacha), Mounkaïla Abdo Laouali SERKI
est maître de conférences à l’Université
Abdou Moumouni de Niamey, conseiller en
Mounkaïla Abdo Laouali SERKIcommunication du recteur et chef du département
de philosophie, culture et communication.
Pour l’essentiel, ses activités d’enseignement et
de recherche portent aujourd’hui sur la philosophie de l’art et de la
culture, l’épistémologie des sciences sociales et la méthodologie. Penser l’art contemporain
Contribution à l’esthétique philosophique
En couverture : Espoir (80 x 80cm, technique mixte)
© Ali Garba, Espaces Tréteaux Niamey, 2006
ISBN : 978-2-343-04547-4
18
Penser l’art contemporain
Mounkaïla Abdo Laouali SERKI
Contribution à l’esthétique philosophique










Penser l’art contemporain
Contribution à l’esthétique philosophique




Mounkaïla Abdo Laouali SERKI














Penser l’art contemporain
Contribution à l’esthétique philosophique


















































































Du même auteur


Rationalité esthétique et modernité en Afrique,
L’Harmattan, 2013.


























































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04547-4
EAN : 9782343045474


À mon épouse Aïcha Madina
À mes enfants Aïna’ou, Seïf, Ziyad, Sultan et Achraf
Qui ont si souvent dû endurer mes absences.
PRÉFACE
Le présent ouvrage regroupe des textes qui, d’une façon ou
d’une autre, érigent l’art contemporain en objet essentiel de la
réflexion philosophique. Ces textes, écrits dans des
circonstances certes diverses, ne s’inscrivent pas moins dans
une même logique et prennent en charge la problématique
théorique centrale inhérente aux bouleversements plus ou moins
profonds – en fonction des contextes historiques, géographiques
et culturels ainsi que des présupposés conceptuels – auxquels
est en proie l’art contemporain.
Pour procéder à une analyse critique des activités artistiques,
pour poursuivre et approfondir la réflexion engagée dans
1Rationalité esthétique et modernité en Afrique , en d’autres
termes pour penser le devenir des activités de création artistique
et de jouissance esthétique, on ne saurait faire l’économie d’une
approche conjuguant théorie et pratique, une approche qui, par
essence même, s’impose pour pouvoir cerner les nombreux
contours de cette réalité hybride qu’est aujourd’hui devenu l’art.
Tel est précisément l’objet du présent ouvrage intitulé Penser
l’art contemporain et dont le sous-titre, « Contribution à
l’esthétique philosophique », définit clairement la perspective
dans laquelle s’inscrivent les thèses qui y sont développées.
Les textes réunis ici peuvent êtres classés en trois rubriques
fondamentales. Cette classification, loin de reposer sur l’ordre
chronologique de publication des textes en question, répond
plutôt à un besoin purement logique et, en cela même, s’opère
selon une nécessité amplement justifiée par le déploiement de
l’argumentation en autant de moments essentiels.
Le premier axe est constitué par des textes qui mettent
prioritairement en exergue ce qu’il convient de qualifier de
vertiges modernes et d’engrenage postmoderne dans lesquels

1 M. A. L. SERKI, Rationalité esthétique et modernité en Afrique,
Paris, L’Harmattan, 2013.
9 s’est littéralement trouvée et, hélas, se trouve encore
aujourd’hui, la sphère de l’art.
Dans cet ordre d’idées, on peut relever que l’avènement de
la modernité a souvent rimé avec des expérimentations pour le
moins insolites, frisant parfois le ridicule et ayant consisté en
une remise en cause totale des anciens critères d’appréciation
esthétique. Ce rejet de la tradition, cette obsession du nouveau
qui avait eu raison de très nombreux artistes, a conduit au
sabordage de la modernité elle-même, voire à sa pure et simple
dissolution, rendant ainsi possible l’avènement et le
déploiement de la postmodernité.
C’est du reste dans une perspective tout à fait similaire que
s’inscrivent partiellement les réflexions développées par Walter
Benjamin dans le sillage de l’École de Francfort, sur le sens et
la portée de la modernité esthétique. En explorant la
philosophie benjaminienne, on parvient aisément à la
conclusion que celle-ci est en substance l’expression d’un
scepticisme et d’une virulente critique de la civilisation
technicienne contemporaine dont l’impact négatif sur les
activités artistiques est des plus prégnants.
En outre, une part non négligeable de la philosophie
hégélienne de l’art, singulièrement les thèses ayant trait aux
points de convergence et de divergence de l’auteur de
l’Esthétique avec les premiers romantiques ou romantiques
d’Iéna, fournit des éclairages supplémentaires sur la perte du
pouvoir de fascination des œuvres d’art. Ce phénomène,
quelquefois présenté, à tort plus qu’à raison, comme la « mort
de l’art » ou « la fin de l’histoire de l’art », ou encore la
« posthistoire de l’art », est symptomatique du changement
profond de regard survenu face aux œuvres d’art, avec le
triomphe de la philosophie qui prend le flambeau de l’esprit
absolu. Nul doute que cette sorte de victoire de la philosophie
qui est surtout celle de la rationalité sur l’art – contrairement à
la conception des romantiques d’Iéna – ressortit clairement à ce
qui est plus connu sous le nom de modernité philosophique.
Le deuxième axe autour duquel se bâtit le présent ouvrage
est précisément celui qui considère l’art contemporain comme
10 une sphère tiraillée entre la logique marchande et les velléités
d’assujettissement – politique, moral ou autre – dont il est
aujourd’hui assailli de toute part.
Cela pose à l’évidence, avec une grande acuité, la question
de son autonomie, et peut se traduire par la résurgence de goûts
anciens, voire par le retour pur et simple à une situation
jusqu’alors considérée comme dépassée. Il importe donc de
mettre en exergue les rapports d’autonomie et/ou d’hétéronomie
que l’art entretient de nos jours avec les autres pans de
l’existence humaine, notamment avec les sphères du politique et
de l’économique.
Il en est par exemple ainsi lorsqu’on aborde le problème des
apports envisageables de la contemplation esthétique à
l’éducation à la citoyenneté. En effet, pour pouvoir s’épanouir
pleinement parmi ses semblables, l’individu doit pouvoir
maintenir ses facultés éveillées et dans une certaine harmonie,
ce que permet, au moins en partie, l’éducation esthétique qui
devient dès lors susceptible de servir de base à une sorte
d’éducation à la citoyenneté.
Aussi, apparaît-il possible de s’appuyer sur les thèses
notamment développées par Schiller pour montrer que
l’éducation esthétique rend moins illusoire l’idée d’un Etat
esthétique. C’est dire que l’expérience du beau présente des
vertus pédagogiques et civiques dont le rôle dans l’avènement
et la consolidation de l’Etat démocratique est loin d’être
anecdotique.
Dans la même perspective, il est fait appel à Paul Ricœur
qui, bien que dans son immense œuvre il ne se soit pas
spécialement appesanti sur des préoccupations esthétiques
strictes, n’avait pourtant pas éludé le problème des rapports de
l’éthique et de l’esthétique. Estimant à juste titre que ces deux
sphères doivent être autonomes et autotéliques l’une vis-à-vis
de l’autre, il soutient sans ambages l’idée d’un déploiement de
l’art conformément à des critères immanents. Il s’agit ici de
montrer dans quelle mesure la liberté et le désintéressement
inhérents à la production et à la contemplation du beau, peuvent
inspirer l’action en général, celle morale en particulier.
11 Le dernier axe de notre réflexion porte sur l’art africain
contemporain considéré comme objet d’analyse philosophique,
objet qui évolue en substance et se débat entre leurres et lueurs,
entre ombre et lumière, entre espoir et désespoir. C’est donc
tout logiquement que ce troisième moment essentiel du présent
ouvrage s’inaugure par l’analyse du concept benjaminien d’aura
qui, plus que tout autre, est emblématique du processus
contemporain de sécularisation des œuvres d’art, processus
ayant conduit à une sorte de désesthétisation de la sphère de
l’art en général.
Jadis considéré comme essentiellement religieux, l’art
africain illustre à merveille l’idée, chère à Walter Benjamin, du
triomphe de la valeur d’exposition sur la valeur cultuelle ou
aura des œuvres d’art, ce qui change la nature de notre rapport à
ces dernières et débouche sur une profonde transformation du
statut et de la façon dont nous les percevons et jugeons
désormais.
Ce recours aux notions de désacralisation et de
désesthétisation rendu possible par l’analyse benjaminienne du
concept d’aura permet de jeter une lumière singulière sur la
« longue marche » qui a été celle de l’art africain, depuis la
rencontre avec l’Occident jusqu’aux avatars contemporains.
La révolution plastique dans l’Europe du début du siècle
précédent, doit beaucoup aux œuvres d’art africaines, en
particulier les statuettes et masques qui, emportés en Europe
dans le sillage de la colonisation, ont inspiré de grands courants
et mouvements artistiques modernes comme le cubisme, le
fauvisme, l’expressionnisme, voire le surréalisme en littérature.
Dans un contexte occidental où subsistait encore une sorte
de négrophobie, tout au moins une ambiance de dévalorisation
des productions matérielles et immatérielles issues du monde
noir, avouer, à l’instar de Picasso, avoir trouvé la solution à un
problème esthétique fondamental dans un masque africain, était
un pari risqué. Et cette réhabilitation esthétique de la statuaire
africaine était d’autant plus significative qu’elle survenait après
plusieurs siècles d’avilissement induit par la domination
coloniale.
12 Il convient donc d’élucider non seulement cet apport décisif
de l’art africain au renouveau de l’art européen, mais aussi de
mettre en exergue la façon dont la création artistique africaine,
après avoir sombré dans une longue léthargie, essaie de trouver
ses marques et de jouer sa partition sur le marché de l’art
contemporain.
L’exemple très illustratif de Boubou Hama, homme
politique mais aussi homme de culture dont le Niger a
commémoré en 2006 le centenaire de la naissance, vient
corroborer l’idée que la culture africaine est une culture de
l’espérance.
Selon Boubou Hama en effet, contrairement à celles de
l’Inde ancienne – caractérisée par un spiritualisme absolu – et
de l’Occident – marquée par un matérialisme froid – la culture
africaine est de part en part humaniste : seule l’Afrique
cosmique semble présenter le modèle adéquat basé sur une
synthèse harmonieuse du spirituel et du matériel.
Aussi, Boubou Hama en vint-il à identifier un profond
humanisme dans la culture africaine, pouvant même fournir des
antidotes contre certains excès de la technoscience dont le
développement débridé dans l’Occident industriel est porteur de
périls majeurs pour l’humanité tout entière. A l’occasion, l’art
africain, fruit de cette civilisation optimiste, est abordé comme
un art susceptible de contribuer à insuffler un peu plus de
renouveau et de dynamisme à l’art européen, voire à une
civilisation européenne quelque peu sclérosée, déboussolée et
tombée malade de son propre développement
technoscientifique.
Telles sont en substance les principales thèses qui sont au
cœur du présent ouvrage dont la réalisation doit beaucoup au
soutien multidimensionnel apporté par de nombreuses
personnes physiques ou morales auxquelles il convient de
rendre ici un hommage mérité. Il s’agit singulièrement de :
 l’Université Abdou Moumouni de Niamey et la Faculté des
Lettres et Sciences Humaines, pour leur appui décisif ;
 Messieurs les directeurs des revues qui ont bien voulu
publier les textes ici utilisés ;
13  Messieurs les Professeurs Abarchi Habibou, Yénikoye
Alhassan, Amadou Boureima, Baragé Moussa, Ousmane
Tandina et Adamou Aboubacar de l’Université Abdou
Moumouni de Niamey, Yaovi Akakpo de l’Université de Lomé
et Mahamadé Savadogo de l’Université de Ouagadougou, qui
m’ont toujours indiqué la bonne voie ;
 Monsieur Hama Adamou Souley qui m’a initié à la
philosophie et m’en a à jamais transmis la passion ;
 Monsieur le Ministre Oumarou Hadary dont l’engagement
pour une culture nigérienne dynamique et décomplexée
constitue pour moi un véritable leitmotiv ;
 Monsieur Jaharou Idi qui m’a souvent aidé à surmonter des
situations difficiles ;
 mes collègues des Départements de Philosophie, Culture et
Communication de l’Université Abdou Moumouni de Niamey
et de l’Université de Zinder, pour m’avoir assuré une ambiance
intellectuelle propice à la réflexion philosophique ;
 mes collègues du Département de Philosophie de
l’Université de Lomé et les responsables de l’Institut Supérieur
de Philosophie et de Sciences Humaines (ISPSH-Don Bosco),
qui m’ont souvent soutenu lors de mes séjours de recherche ;
 mes amis Sanoussi I. Abdourazakou, Ibrah Mamane Sani,
Harouna Maïdabo et Rabilou Halilou pour leur appui constant ;
 l’artiste polyvalent Ali Garba qui a gracieusement mis à ma
disposition la photo ayant servi à illustrer la couverture ;
 Monsieur Mamane Dan Iro Tanimoune, doctorant à
l’Université de Lomé, pour son assistance multiforme.
M. A. L. SERKI
Garin Abdo (Wacha), 11 mars 2014

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« L’intérêt croissant des collectionneurs et musées
occidentaux a certes assuré l’existence de certains
artistes mais a également conduit à une "liquidation" de
pans entiers de la création artistique des pays concernés.
Que l’on estime davantage l’art contemporain des pays
du "Tiers monde" est réjouissant et nécessaire, mais
cela ne va pas sans de graves conséquences. »
Jutta STRÖTER-BENDER, L’art
contemporain dans les pays du
"Tiers-monde".








PREMIÈRE PARTIE :
VERTIGES MODERNES ET ENGRENAGE
POSTMODERNE