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Plaidoyer pour une nouvelle écologie de la nature

De
188 pages
Dans une société caractérisée par la maîtrise des hommes sur la nature, l'auteur propose de laisser faire l'évolution naturelle car c'est justement dans la nature spontanée que résident la liberté et l'enchantement. Il plaide pour la nature férale (autrefois domestiquée puis redevenue sauvage). A l'heure où une prise de conscience des enjeux écologiques de nos écosystèmes commence à se développer, une nouvelle nature apparaît, faisant renaître l'espoir.
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Plaidoyer pour une nouvelle
Antidote(s)écologie de la nature Jean-Claude Génot
L’auteur relate dans cet ouvrage l’évolution de son rapport à la nature à
travers son parcours professionnel et ses voyages. Il exprime sa sensibilité
particulière à la nature sauvage des friches et des vieilles forêts pluriséculaires
jonchées de bois mort et s’interroge sur le devenir de nos forêts. Plaidoyer
Dans une société caractérisée par la maîtrise des hommes sur la nature, pour une nouvelle
l’auteur propose de laisser faire l’évolution naturelle, car c’est justement
dans la nature spontanée que résident la liberté et l’enchantement. écologie de la natureIl plaide pour la nature férale, autrefois domestiquée puis redevenue
sauvage. À l’heure des changements globaux, alors qu’une prise de
conscience des enjeux écologiques de nos écosystèmes commence à
se développer, une nouvelle nature apparaît faisant renaître l’espoir.
Sa trajectoire reste inconnue et elle ne pourra plus revenir en arrière.
Sommes-nous prêts à l’accepter ?
Jean-Claude Génot est écologue. Il est cofondateur de Forêts
sauvages, un fonds pour la naturalité des écosystèmes. Membre
de l’association des Journalistes écrivains pour la nature et
l’écologie, il a écrit de nombreux ouvrages sur la nature.
ISBN : 978-2-343-05238-0
18,50 e
Plaidoyer pour une nouvelle écologie de la nature Jean-Claude Génot





Plaidoyer
pour une nouvelle
écologie de la nature


















Collection Antidote(s)
dirigée par Chantal Selva
Créée en septembre 2012, la collection Antidote (s) donne des coups de
projecteur sur une réalité sociale, économique, politique et culturelle
en mutation, à partir de personnes ou d’organisations, qui ouvrent des
clairières nouvelles grâce à leur intelligence des choses du monde.
Les auteurs de la collection viennent d’horizons très variés, apportant
des éclairages singuliers du lieu de leur pratique. Ils donnent des pistes
de réfexion à un public en recherche de repères, à partir d’essais, de
récits de vie ou d’entreprises, de témoignages, mais surtout, en lui
permettant de construire sa propre interprétation de la réalité sociale et
de mieux s’y ancrer.
Antidote (s) aux idées reçues, au conformisme, au découragement,
aux fanatismes, à la violence dans tous ses états, à toutes les formes
d’immobilisme qui donnent de la société une idée fausse. Traverser les
crises dans le mouvement de la vie.
Déjà paru
Laurent Hincker, Le harcèlement moral dans la vie privée,
une guerre qui ne dit pas son nom, novembre 2012
Patrick Aïch, Grandir entre deux cultures,
Une bille de terre contre une bille de verre, avril 2013
Patrice Haberer, Mots sauvages,
la forêt dernier refuge du sauvage, octobre 2013
Patrick Poirret, Le Téléphone de Grand Danger,
Un téléphone pour sauver la vie des femmes, décembre 2013
Zair Kedadouche, Citoyens contre le racisme
et les discriminations, juin 2014
Richard Hellbrunn, À Poings Nommés,
Genèse de la psychoboxe, avril 2014Jean-Claude Génot
Plaidoyer
pour une nouvelle
écologie de la nature © L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-05238-0
EAN : 9782343052380Sommaire
L’éveil à la nature .....................................................................................9
Les espèces ou l’incarnation de la nature ...................................13
L’exception française ............................................................................23
Le recul des associations de protection de la nature .............31
Peur et haine de la nature, l’écocide permanent .....................39
Quand on dit gestion, la nature est marron ................................43
Quelles chevêches aurons-nous ? ....................................................49
Halte à l’acharnement conservatoire ............................................55
Les forêts claires de la Forêt Noire................................................61
Les oiseaux ne savent pas fabriquer des nichoirs ...................69
La révélation des friches .....................................................................73
La forêt : dernier refuge de nature ..................................................81
L’écho des sylves ....................................................................................87
L’abcdaire du laisser‑faire ................................................................105
La découverte du sauvage 113
Face à l’immensité ...............................................................................125
Voyage aux îles férales ......................................................................147
L’ensauvagement ..................................................................................159
Nature : la nouveauté écologique ..................................................173
Bibliographie ..........................................................................................183Mes remerciements vont à Corinne Génot et Annick Schnitzler
pour avoir relu mon manuscrit.L’éveil à la nature
Si je cherche à savoir d’où vient mon attirance pour
la nature sauvage, à savoir les buissons entremêlés, les
ronciers impénétrables et les vieilles forêts, je me tourne
vers mon enfance dans un village des côtes de Moselle en
Lorraine. Là, j’ai eu la chance de me promener dans des
forêts aux sous‑bois denses, parsemées d’anciens ouvrages
de guerre envahis par la végétation, et j’ai fréquenté des
terrains militaires riches en haies aux baies multicolores.
Cette nature spontanée m’a irrésistiblement attiré et
infuencé sans que j’en aie eu vraiment conscience. Ce goût
pour le sauvage a eu pour corollaire le rejet des plantations
de conifères aux arbres alignés. Inutile d’avoir beaucoup de
connaissance pour observer que le tapis dense des aiguilles
de conifères ne laisse rien pousser à l’inverse des forêts de
feuillus tapissées de nombreuses plantes.
Entourée de femmes, une mère et trois sœurs, je n’aurais
pas eu la chance de pouvoir aller en forêt s’il n’y avait
eu mon beau frère. Il a fait de moi un coureur des bois.
Les senteurs de l’ail des ours au printemps, les tapis bleus
9d’hépatiques et les bouquets jaunes de primevères, la
recherche du muguet dans les coins secrets, le lierre partant
à l’assaut des arbres, les chevreuils bondissant à travers les
chemins. Tout cela fait partie de mes bonheurs de jeunesse.
Au départ je ne mettais aucun nom sur les plantes ou
les animaux, ma découverte des forêts n’était qu’émotions
et sensations. La forêt m’était indispensable : les senteurs
de terre mouillée, l’odeur des champignons, les feuillages
jaune feu de l’automne, la brume après la pluie, le vent dans
les arbres et le concert des oiseaux dans le matin frais.
La forêt est devenue un refuge primordial, et jeune
adolescent, un moyen d’exister en dehors du cadre
familial. Plus tard avec ma fancée, ce fut encore le cas.
Nos promenades par tous les temps étaient une nécessité
vitale. Ensemble nous nous sommes initiés à la
reconnaissance des plantes et des champignons. C’était le
temps des herbiers et celui des guides de détermination.
Chaque sortie était l’occasion de reconnaître une nouvelle
espèce ou de s’aventurer dans une autre partie des bois.
Je me souviens de ce vallon toujours frais au printemps ou
en été dont le sol était tapissé d’aspérules avec une plante
plus rare, l’aconit tue‑loup et cette fougère un peu primitive,
la scolopendre, s’épanouissant sur des éboulis calcaires.
C’est aussi pendant cet apprentissage de la forêt et des
bois que j’ai vite découvert la fragilité de la forêt et mon
extrême sensibilité à tout ce qui pouvait porter atteinte à
son intégrité, les déchets jetés dans les sous-bois, le poison
oublié à proximité d’un terrier, le chasseur arrogant avec
son fusil, le bruit incongru d’une moto dans la forêt.
Après la connaissance des plantes est venue celle des
oiseaux. Comment rester insensible aux chants printaniers ?
Celui du coucou, oiseau mystérieux, reconnaissable entre
tous ou celui de la grive musicienne si mélodieux.
10Ce goût pour la nature s’est avéré bien plus profond
qu’un passe-temps de jeunesse. J’ai su très vite qu’il me
fallait un métier me permettant d’être au contact de la
nature. Mon émerveillement pour les arbres m’a fait
envisager de devenir forestier. À cette époque, j’ignorais
que les conservateurs des eaux et des forêts étaient devenus
des techniciens rationnels de la forêt et que si l’on regardait
les arbres pousser c’était pour les couper. Mais la vie en
a décidé autrement et je me suis retrouvé citadin à suivre
des études de chimie. Dès lors, j’ai tout fait pour répondre
à l’appel de la forêt. Devenus amis avec un forestier
habitant dans les Vosges, ma femme et moi avons passé
de nombreux week‑ends dans le massif du Donon. Là, j’ai
découvert d’autres forêts, de sapins et d’épicéas, toujours
vertes, sombres et montagnardes, peuplées de cerfs dont
le brame en septembre emplit la forêt de rugissements
primitifs. Tout était prétexte à quitter la ville. Ainsi nous
nous échappions de notre petit appartement d’étudiant
à Strasbourg pour participer à des stages de botanique
dans les Vosges du Nord. Les collines de grès au sol de
sable rouge de cette région sont aussi couvertes de forêts,
feuillus mais aussi conifères avec le pin sylvestre et une
fore bien moins fournie que dans les forêts de ma jeunesse.
C’est là que j’allais retrouver après huit années « d’errance »
le chemin de la nature puisque je suis devenu chargé de
la protection de la nature au Parc naturel régional des
Vosges du Nord. À partir de là, ma vie a pris tout son sens.
J’ai apprécié et ressenti la nature et sa beauté. Je l’ai
apprise, j’ai tenté de la comprendre et je l’ai défendue
contre la tyrannie de l’homme. J’ai découvert des animaux
et des plantes emblématiques, je me suis formé à la science
écologique, j’ai découvert d’autres pays, j’ai mûri mes
réfexions sur mon rapport à la nature et j’ai compris la force
profonde qui m’attire vers le sauvage. Mais la nature est par
défnition sauvage, elle n’a pas besoin de nous pour exister.Les espèces ou
l’incarnation de la nature
S’intéresser à la nature implique tout naturellement de
porter son attention aux espèces animales ou végétales qui
la composent, sans oublier les roches et le ciel. Comme le
souligne le philosophe Paul Shepard, les espèces animales
et végétales constituent le langage de la nature. Il faut
donc prendre la clé des espèces pour « entrer en nature ».
Quelles espèces ? Cela dépend des goûts de chacun, de
ses émotions et de ses découvertes. Ainsi mes premières
sorties dans les bois m’ont porté vers les plantes à feurs.
Les printanières comme le muguet que j’ai cueilli pour
l’offrir en porte‑bonheur. Il y avait des bons « coins », les
bois frais au sol riche. Inutile d’aller chercher les clochettes
dans la pleine lumière des coupes. À l’époque je ne savais
pas encore que cette feur si populaire était un bon indicateur
de l’ancienneté des forêts. En effet, la présence du muguet
dans une forêt signife qu’il n’y a eu aucune utilisation
agricole du sol, des siècles voire des millénaires avant notre
13époque. Les plantes familières de mes débuts de naturaliste
avaient pour nom fcaire, hépatique, ancolie, primevère des
bois, hellébore fétide, ail des ours, arum ou encore sceau de
Salomon. Elles formaient une belle palette de couleurs et
d’odeurs avec une mention spéciale pour l’ail des ours, dont
les tapis denses projettent leur parfum loin dans la forêt.
En même temps que les sous‑bois, j’ai fréquenté les coteaux
calcaires où poussent des orchidées. Ces plantes sont
fascinantes tant par leur beauté délicate que par l’ingéniosité
dont certaines font preuve pour se reproduire, notamment
celles dont les feurs ressemblent à des insectes. Mais il y
avait déjà en moi le ferment du contestataire qui m’a fait
plus apprécier le prunellier, l’aubépine et le jeune chêne
planté par le geai. Sans doute parce que je me suis toujours
méfé des fausses évidences : lutter contre les arbustes pour
les belles orchidées. J’ai donc vite délaissé les pelouses à
orchidées, pas assez sauvages à mon goût et fréquentées par
des orchidophiles. Ces amateurs d’orchidées ont une telle
obsession pour leurs plantes fétiches que certains maniaques
vont jusqu’à pratiquer eux‑mêmes la fécondation croisée
entre deux espèces pour créer de nouveaux hybrides,
d’autres déterrant certains pieds pour les acclimater
dans leur jardin. Finalement j’ai eu plus d’attirance pour
les lycopodes, plantes plus discrètes que les orchidées.
Ces plantes vivaces (on les appelles des ptéridophytes) sont
toujours vertes et ont un aspect primitif qui me plaît. Le fait
que les lycopodes existent depuis 350 millions d’années
force le respect et témoigne de la permanence de la nature,
malgré les changements profonds que notre planète a
connus depuis cette période. Les lycopodes sont des plantes
résistantes, capables d’attendre patiemment leur heure
dans le sol et de réapparaître au hasard d’un terrassement.
Je me suis également passionné pour les fougères (également
des ptéridophytes), sans doute parce que j’ai vu en elles le
lien avec leurs ancêtres arborescentes de l’ère primaire.
Malgré un intérêt certain pour la fore et pour les arbres,
ces plantes colossales, je me suis très vite intéressé à la vie
14animale et d’abord aux oiseaux : verdier, pinson du nord,
gros bec et les différentes mésanges que j’observais en hiver.
J’ai également fréquenté le Rhin en hiver pour observer,
transi de froid, ces grands rassemblements de canards venus
du nord de l’Europe. Deux éléments ont vite eu raison de
ma persévérance : rester immobile dans le froid vif de cette
plaine du Rhin et essayer de ne pas penser au feuve corseté,
à jamais dompté par les hommes. Les jolis garrots à œil
d’or n’ont rien pu faire contre ce malaise profond ressenti
en regardant ces oiseaux dans une nature à jamais disparue.
J’ai très vite voulu connaître les chants car en forêt, mon
milieu de prédilection, les oiseaux ne sont pas faciles à
observer. Quoi de mieux alors que de les repérer au chant ?
Qui n’a jamais entendu le concert matinal printanier dans
une forêt ne sait pas ce qu’est l’harmonie de la nature.
Il n’est pas impossible que nos lointains ancêtres aient
appris à chanter en écoutant les oiseaux. En sortant avec des
ornithologues confrmés et en écoutant des enregistrements,
je me suis perfectionné et j’ai réalisé mon premier
recensement d’oiseaux dans une forêt de hêtres des Vosges
du Nord. Quel plaisir d’être là au lever du jour et d’attendre
que chaque oiseau commence son chant ou ses cris. Il faut un
bon entraînement avant de reconnaître la trentaine d’espèces
présentes dans une forêt adulte. C’est dans la solitude de ces
matins « en chanteurs » que j’ai réalisé à quel point la mise
en garde de la biologiste américaine Rachel Carson, relative
aux effets des pesticides sur les êtres vivants et en particulier
sur les oiseaux dans son livre « Le printemps silencieux »,
serait une catastrophe. Comment pourrait-on se passer du
chant des oiseaux ? Cette passion pour les oiseaux, contractée
lors de mes débuts de naturaliste, ne s’est jamais démentie.
Les oiseaux m’ont apporté beaucoup de plaisir, notamment
les rapaces, ces maîtres du ciel. Parmi eux, les nocturnes
ont eu ma préférence, sans doute grâce au mystère de la nuit
qui les entoure. Cette nuit qui rend tout paysage familier
et domestiqué plus mystérieux et sauvage. Une petite
chouette à peine plus grosse qu’un pigeon et vivant autour
15des villages dans les vergers a retenu mon attention. À un
tel point que je lui ai consacré vingt années de ma vie, de
nombreuses soirées et une thèse de doctorat. Cette chouette
chevêche, symbole de la sagesse chez les Grecs, m’a initié
à la science écologique. En l’étudiant, j’ai appris à analyser
les relations qu’une espèce tisse subtilement avec son
milieu de vie, ses proies, ses concurrents et ses prédateurs.
J’ai voulu savoir où elle vit, comment elle se reproduit,
ce qu’elle mange, de combien d’espace elle a besoin pour
vivre et quels sont ses ennemis. Elle m’a appris l’humilité
et testé ma persévérance. En l’étudiant, j’ai beaucoup appris
sur moi‑même. Alors que la fouine s’est avérée être un
prédateur de la chevêche, j’ai tout de suite su que je n’avais
pas à empêcher ce mustélidé d’exercer sa prédation sur la
chevêche pour défendre « mon » espèce. Loin de moi l’idée
d’une quelconque appropriation. De plus la prédation est un
acte naturel contre lequel il est vain de vouloir agir comme
le font certains naturalistes. Comme aimait à le dire l’artiste
animalier Robert Hainard, le meilleur ami d’un animal est
son prédateur, en l’empêchant de devenir trop nombreux et
de subir un effondrement provoqué soit par des maladies,
soit par la disette. C’est cette approche de l’écologie qui
m’a conduit à refuser de voir la nature au travers du fltre
d’une seule espèce, si passionnante soit-elle.
La gélinotte des bois a aussi retenu mon attention.
Cette poule forestière est discrète et s’envole rapidement
quand on s’approche d’elle. Elle aime les forêts au sous‑
bois riche en saules, bouleaux, sorbiers, noisetiers. Je ne
l’ai vu que dans le haut Jura et dans la taïga biélorusse.
Ce que j’aime chez elle ? Son caractère secret et son milieu
de vie, la forêt multi strates où un bruit d’ailes soudain vous
révèle son envol rapide.
Le cerf est un des premiers mammifères à avoir capté mon
attention. Majestueux avec ses bois et puissant, il est le plus
grand herbivore de nos régions. Au tout début, je suis allé
16écouter le brame, période des amours, en début d’automne.
À ce moment‑là, le cerf pousse un cri rauque, une sorte de
rugissement qui résonne dans les forêts brumeuses d’un
versant à l’autre. À cette époque, j’avais du mal à admettre
que le cerf soit chassé à ce moment si important de son
cycle biologique. Et face aux récriminations des forestiers
qui reprochaient au cerf ses « dégâts » sur les jeunes arbres,
j’ai pris fait et cause pour l’animal.
C’est l’écologie qui m’a fait changer d’avis après avoir
réalisé que les densités de cerfs étaient bien trop élevées
pour les forêts vosgiennes que la sylviculture a rendues
artifcielles et si peu accueillantes en diversité végétale
du fait de leurs sols gréseux assez pauvres. Aujourd’hui je
pense même que le cerf n’aurait pas ses effectifs actuels,
s’il n’avait pas été favorisé par les chasseurs, dans la
hêtraie naturelle des Vosges du Nord, comme j’ai pu le
constater dans les Carpates roumaines. En quittant le statut
de naturaliste tout à ses émotions d’observer et d’entendre
les cerfs pour celui d’écologue tout à ses réfexions de
chercher à comprendre les relations entre les cerfs, la forêt
et les hommes, on passe d’une situation où l’on ne voit
que l’espèce à celle où l’on voit l’espèce dans son milieu.
Le forestier américain Aldo Leopold avait une expression
pour illustrer cette façon d’appréhender la nature dans sa
globalité : penser comme une montagne. Jolie métaphore
qui traduit la prise en compte des relations des espèces
entre elles et des espèces avec leur milieu, y compris
avec l’homme.
En devenant écologue, j’ai opté pour essayer de
comprendre ce réseau de fls invisibles qui relient les
espèces entre elles et les espèces avec leur milieu de vie.
Pour moi l’écologie n’est pas une notion abstraite, je la vis
en me sentant lié aux autres espèces vivantes.
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