Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 5,95 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Poursuite

De
119 pages
L'homme portant l'enclume, l'homme à la canne et la cantatrice sont tous trois réunis dans une pièce, scène qu'ils désertent parfois, par instant... Ils sont morts, mais s'en rendent-ils seulement compte? Ils sont vivants également, du moins ils revivent les évènements qui ont jalonné leurs misérables existences. Et s'ils sont tous trois présents à cet instant, réunis par le hasard ou autre chose, ils doivent en profiter. Profiter des autres pour dépasser leur mort, s'en rendre compte, et simplement évoluer, vivants dans la belle mort qu'ils leur restent à inventer.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

2 Titre
Poursuite

3Titre
Pierre Betnaud
Poursuite
Pièce pour trois
Pièce de théâtre
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9204-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748192049 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9205-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748192056 (livre numérique)

6 Scène 1

ACTE I

Scène 1
(Personnages : Homme portant l’enclume,
Homme à la canne.)

L’homme portant l’enclume se tient immobile au
centre de la scène. L’homme à la canne, dos voûté,
tourne autour de lui.

Homme portant l’enclume
Je cherche la poupée, la statue de bois, la
minuscule force de buis que l’on découvre les
soirs d’ardoise.

Homme à la canne
Vous cherchez la poupée, et moi qui tourne,
j’en cherche le fruit.
7 Poursuite
Homme portant l’enclume
Taisez-vous ! Je cherche l’enfant de bois.
Hier je passais, repassais par les rues froides de
la presqu’île. Une femme, à bonne distance, me
suivait, je n’osais pas me retourner, j’entendais
ses bottes frapper l’asphalte, un tic-tic comme
un crâne en bois cognant les cloisons de la
pièce.

Homme à la canne, frappant le sol de sa canne
Comme ça !

Homme portant l’enclume
Non, plus vite.

Homme à la canne, frappant le sol plus
vivement
Comme ça !

Homme portant l’enclume
Oui, c’est ça, elle marchait vite… Rue du Bât
d’Argent, je me suis arrêté, j’ai caché mon buste
dans l’enfoncement d’une porte, attendant là
que la femme passe. Après un petit moment, ne
voyant rien, n’entendant plus l’écho des ses
petites jambes, j’ai avancé ma tête.

Homme à la canne, penché en avant, les yeux
grands ouverts
Comme ça !
8 Poursuite


Homme portant l’enclume
Oui, j’ai penché ma tête, et la femme était
là… à quelques mètres, immobile, fixant les
mouvements de mon petit crâne. De douces
larmes coulaient au coin de ses lèvres, elle avait
une main placée en feuille devant sa bouche. Je
me suis avancé un peu pour la questionner.
(L’homme portant l’enclume jusqu’alors
immobile s’avance vers l’homme à la canne qui
vient de suspendre son mouvement circulaire.)
Et elle a reculé. (L’homme à la canne recule à
mesure.) Je me suis avancé un peu plus.
(Silence. Les deux hommes à égale distance
avancent et reculent.) Que voulez vous ? ! Qui
êtes vous ? !

Homme à la canne
Je suis la poupée, la statue de bois, la
minuscule force de buis que l’on découvre les
soirs d’ardoise.

Homme portant l’enclume
Et elle est partie.

L’homme à la canne s’en va. Silence jusqu’à ce que
la scène soit désertée par l’homme à la canne.

Elle est partie et moi je cherche. Vous
entendez ce bruit ?
9 Poursuite
On entend rien.

C’est la pluie. Non ? Pourtant aux arêtes de
mes os, je la sens qui coule. Dépêchons nous, il
fait froid. J’entends la pluie. Non ? C’est la
neige. Je ne suis pas rentré chez moi. Où
j’habite ? Une petite maison au bord de la
Saône. Chut !… Ecoutez… On entend plus
rien… Dépêchons nous, il fait froid. La neige
s’est glacée, comme ces murs de cascade que
l’on peut toucher… Chut !… Ecoutez… Je ne
sais pourquoi l’état qui me ronge est le chant de
cette femme. Je ne la connais pas, elle avait les
doigts repliés sur ses paumes, si fort qu’un peu
de sang tombait sur le trottoir…

Silence…

Quelque chose s’est brisé je crois. Je revois
ces longues baies de solitude, et je revois son
visage. Je ne peux plus dissocier. J’attend la
poupée, la poupée, la poupée… l’eau claire de
mon paradis.

L’homme à la canne revient pressé, une photographie
tendue vers l’homme portant l’enclume.

Homme à la canne
Voici ! J’ai trouvé… Vous m’y avez fait
penser.
10 Poursuite

Homme portant l’enclume, prenant la photo
Oui. C’est un visage

Il passe ses doigts sur la photo, doucement

Il est si froid !

Homme à la canne
Pensez plutôt à ce petit homme de l’autre
côté. Ils s’aimaient tant.

Homme portant l’enclume
Et cela se voit. Ils s’aimaient, c’est un amour
de compotier. Vous ai-je dit ? Hier je passais,
repassais par les rues froides de la presqu’île…
Et que s’est-il… Non… Je ne crois pas…
Plus… Je passais, repassais… Ô, Diable !

L’homme s’agenouille, l’oreille collée sur le sol.

Vous entendez ? C’est la pluie de la terre :
elle monte.

Homme à la canne
Montez alors.

Homme portant l’enclume
C’est ainsi que fleurissent les hommes, portés
par l’eau du bas. Vous entendez ?

11