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Pratiques en santé mentale numéro 3 - 2015 : L'accueil des adolescents : structures, réseaux et défis

De

L’adolescence, comme le veut un lieu commun qui n’en reste pas moins d’actualité, rime avec transgressions, révolte, malaise, souffrance, recherche de soi et de soins.

Pour accueillir les ados refusant les structures hospitalières habituelles, il est apparu indispensable aux acteurs des champs sanitaires et médico-sociaux d’inventer des structures sortant des normes classiques. Certains adolescents ne débutent une prise en charge clinique que lorsqu’ils y sont amenés par des circonstances qui échappent à leur volonté - migration, grossesse indésirée, placement en structure éducative, détention - accentuant leur ambivalence face à des soins qu’ils désirent et rejettent.

La souplesse des lieux d’accueil, l’originalité des cadres thérapeutiques et les initiatives des intervenants sont les gages de la malléabilité et de la créativité cliniques et éducatives qui seules permettent d’atteindre ces adolescents qui ne fuient les adultes que pour mieux s’en faire désirer.


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PSM N°3 2015

L’accueil des adolescents : structures, réseaux et défis

 

Champ social éditions

Présentation du numéro : L’adolescence, comme le veut un lieu commun qui n’en reste pas moins d’actualité, rime avec transgressions, révolte, malaise, souffrance, recherche de soi et de soins.

Pour accueillir les ados refusant les structures hospitalières habituelles, il est apparu indispensable aux acteurs des champs sanitaires et médico-sociaux d’inventer des structures sortant des normes classiques. Certains adolescents ne débutent une prise en charge clinique que lorsqu’ils y sont amenés par des circonstances qui échappent à leur volonté - migration, grossesse indésirée, placement en structure éducative, détention - accentuant leur ambivalence face à des soins qu’ils désirent et rejettent.

La souplesse des lieux d’accueil, l’originalité des cadres thérapeutiques et les initiatives des intervenants sont les gages de la malléabilité et de la créativité cliniques et éducatives qui seules permettent d’atteindre ces adolescents qui ne fuient les adultes que pour mieux s’en faire désirer.

 

Auteur : Collectif d’auteurs de la santé mentale. Directeur de la publication : Jean-Luc Brière, pédopsychiatre et président de la FASM.

 

Sommaire

Éditorial

Avant-propos

Dossier 16 ans de fonctionnement à la Maison de l’Adolescent du Havre

Une longue conception

Une organisation en constante mutation

Un réseau omniprésent

Les MdA : une réponse satisfaisante ?

100 MdA

La Maison des adolescents des Hauts-de-Seine

Les mineurs isolés étrangers en foyer d’accueil d’urgence

Le cadre de la prise en charge

Les cauchemars de Sami

L’influence des mineurs au sein du foyer

Conclusion

L’Accueil familial séquentiel jeune

Les constats :

L’expérience :

Le projet et son évolution.

Conclusion

Être mineure en centre maternel

Le centre maternel « Les Marronniers »

Apprendre à se connaitre

La rencontre avec le bébé

Être ensemble autrement

Le temps du départ

La place des pères

L’Atelier Mini Studio : une enveloppe intersubjective

Squiggle musical et intersubjectivité

Un « foutoir où se retrouver »

Moment présent : Du paradoxe de la quête, du regard à l’échange

La prise en charge des adolescents détenus et de leurs familles

Le choc carcéral des adolescents : le psychisme en mode « pause »

Un temps d’accueil pour les parents

La prise en charge clinique de l’expérience carcérale élargie

Conclusion : le cadre clinique carcéral élargi

Pédopsychiatrie, sanitaire, social et médicosocial : inquiétudes sur les politiques de santé mentale

Le clivage social/sanitaire et la mise en danger des associations

Le SAMSAH La Racine de la rue d’Oran à Marseille et la question des prises en charge au long cours

Le discours de Secrétaire d’État, Ségolène Neuville, sur l’autisme et la question de la formation

JOURNÉE NATIONALE INTERGEM DU 23 AVRIL 2015

Actualités – Lectures

Devenir soi

Eloge de l’insuffisance - Les configurations sociales de la vulnérabilité

La Psychiatrie pour les nuls

Le choix, Souffrir au travail n’est pas une fatalité

Les fracassés de vivre Tentative pour une poétique de la folie

Avec Jean Oury

 

Éditorial

Jean-Luc Brière Président de la FASM Croix-Marine, Paris (75)

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En France, les adolescents dans leur très grande majorité vont bien et traversent cette période de construction de leur personnalité sans difficultés majeures. Les contributions figurant dans cette revue font avant tout référence à des jeunes connaissant de grandes souffrances psychiques, silencieuses ou non, et parfois des troubles destructeurs pouvant se traduire par un absentéisme ou un abandon scolaires, des violences à l’égard d’autrui ou d’eux-mêmes, une perturbation considérable de la vie familiale ou institutionnelle.

 

La gravité des troubles n’est pas prédictive de chronicité et la notion de handicap psychique ne doit être utilisée qu’avec beaucoup de circonspection lorsqu’il s’agit d’adolescents, sujets en développement. Les questions posées sont celles du repérage, de l’accès aux soins et de leurs modalités, adaptées à cette période de la vie. Il s’agit en particulier d’être attentif à la continuité de ceux-ci pour éviter les trop fréquentes ruptures de soins ; pour ce faire une coopération doit être construite entre la psychiatrie et les partenaires du social, du médicosocial, de l’éducatif et du judiciaire, et des liens solides sont nécessaires avec les familles et les proches. Même si elle ne concerne qu’un faible nombre de jeunes, la question des cas dits complexes ou, selon une affreuse terminologie, des « incasables », est bien connue des services concernés confrontés à des jeunes qui cumulent des troubles psychiatriques graves et des problèmes sociaux et familiaux particulièrement aigus… Il est fréquent que l’institution mise en situation d’échec cherche à se décharger sur d’autres. Sans une collaboration claire et affirmée entre les différents intervenants on peut aboutir à une véritable relégation de certains jeunes.

 

Les réponses présentées dans ce numéro constituent des exemples de dispositifs qui s’appuient sur une expérience, une clinique, et un partenariat solides dans des contextes locaux donnés. Cette question de l’accompagnement et de la prise en charge des adolescents en souffrance psychique devra être portée par Santé Mentale France.

 

On voit bien pourquoi un système de financement appliqué à la psychiatrie qui serait dérivé de la tarification à l’activité (la VAP ou valorisation de l’activité de psychiatrie dont la mise en œuvre serait prévue pour 2017 ou 2018) constituerait une menace pour ce type de pratique, qui impose un travail institutionnel et une collaboration avec de nombreux partenaires. Santé Mentale France, sans contester le principe d’une évaluation de l’utilisation des crédits en fonction des services rendus, devra être vigilante de telle sorte que les stratégies de santé affichées ne soient pas contredites par la mise en œuvre de schémas comptables.

Avant-propos

Coordinateur du numéro :

Docteur Guillaume Monod, Psychiatre, CMP enfants, Villemomble (93)

 

L’adolescence, comme le veut un lieu commun qui n’en reste pas moins d’actualité, est un temps de rébellion et de rejet du monde des adultes. Si adolescence rime avec révolte, elle rime également avec malaise, souffrance, recherche de soi et de soins. Les soins psychiques proposés aux adolescents doivent tenir compte de leurs aversion à venir consulter dans les structures classiques telles que les CMP, les hôpitaux de jours ou les CATTP qui leurs sont dédiés. « La psy, c’est pour les fous » : quel thérapeute, quel travailleur social n’a pas entendu ces paroles dans la bouche de l’adolescent(e) qu’il essaye d’orienter vers des soins psychiques.

 

Accueillir des adolescents est donc un triple défi : pour l’adolescent, celui de vaincre ses propres réticences et le regard de ses pairs, qui désarment bien trop souvent celui qui est prêt à franchir le pas ; pour le professionnel, celui de trouver la juste parole, la bonne attitude qui rendra l’accroche possible ; pour les institutions, celui de faire avec les contraintes de temps, de lieux, de justice, de précarité sociale et familiale qu’elle constate bien trop souvent sans pouvoir y remédier.

 

La diversité des structures d’accueil et des types de prise en charge qui sont aujourd’hui proposés aux adolescents découle aussi bien de contraintes anciennes que d’innovations récentes, et s’appuie autant sur des structures propres au champ sanitaire qu’au champ médico-social. De création récente, les Maisons des Adolescents (MDA) ont une place centrale pour développer et articuler les dispositifs constitués ou en voie de l’être, harmoniser les interventions des acteurs individuels et institutionnels, afin d’assurer une continuité dans des parcours de soins trop souvent chaotiques, symptomatiques de l’adolescence. En un mot, relever le défi de ces accueils si souvent jugés être voués à l’échec, malgré les bonnes volontés des cliniciens et travailleurs sociaux.

 

En particulier, certains adolescents ne débutent une prise en charge que lorsqu’ils y sont amenés par des circonstances qui échappent à leur volonté : migration, grossesse imprévue, obligation judiciaire, placement en foyer ou en structure éducative, incarcération. Autant de circonstances qui accentuent leur ambivalence face à des soins qu’ils désirent et rejettent. C’est pourquoi, afin de compléter et renforcer les structures hospitalières existantes, il est apparu indispensable aux acteurs des champs sanitaires et médico-sociaux d’inventer des structures d’accueil et des cadres de soins sortant des normes classiques, qui peuvent jouer le rôle de sas de transition vers les soins psychiques et somatiques.

 

Ces MDA ont des missions multiples, qui s’adressent aussi bien aux adolescents et leurs familles qu’aux professionnels qu’elles rassemblent et à qui elles donnent les moyens pratiques et théoriques de se rencontrer, se faire connaître et échanger sur leurs pratiques respectives. Cette logique du travail en réseau, avec ses richesses et ses contraintes, est maintenant en train de s’imposer comme étant un cadre « transinstitutionnel », « métaclinique », qui guide autant le parcours de soins des adolescents accueillis que la réflexion clinique et éducative des professionnels de l’adolescence.

 

La malléabilité des lieux d’accueil, l’originalité des cadres thérapeutiques, la souplesse de l’accueil et les initiatives des intervenants sont les gages de la créativité clinique et éducative qui seule permet de relever le défi d’atteindre ces adolescents qui ne fuient les adultes que pour mieux s’en faire désirer.

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Dossier
16 ans de fonctionnement à la Maison de l’Adolescent du Havre

Dr Alain Fuseau Maison de l’Adolescent Pédopsychiatre Le Havre (76)

 

La maison de l’adolescent (MdA) du Havre est ouverte depuis 16 ans. Première MdA de France, il y en a aujourd’hui une centaine, elle s’est bâtie sur une forte logique de réseau. Conçue pour les adolescents en souffrance psychique âgés de 12 à 20 ans, elle dispose d’une équipe d’accueillants, de groupes thérapeutiques et d’un plateau de consultations multidisciplinaire. Depuis, s’est ouvert un accueil spécifique en direction des parents ainsi qu’une équipe d’appui aux structures sociales et médico-sociales pour adolescents.

 

Mots-clés : Accueil, Équipe pluridisciplinaire, Maison des Adolescents, Pratique du soin Réseau

 

La Maison de l’Adolescent (MdA) du Havre est ouverte depuis le 3 mai 1999. A l’époque, bien peu d’entre nous imaginaient le succès qu’aurait ce type de dispositif et l’extension qui en serait faite sur le territoire national. Notre inquiétude résidait surtout dans la capacité des adolescents Havrais à se saisir d’une structure que, certes nous avions pensée à plusieurs, mais dont le succès restait alors fort hypothétique. Les quelques mois qui ont suivi l’ouverture nous ont bien vite rassurés{1} : afflux important d’adolescents, adhésion des familles (ce qui nous obligera plus tard à repenser une partie du dispositif) et relais massif par le réseau partenarial dans toutes ses composantes : sociale, médico-sociale, sanitaire, mais aussi juridique, éducative, etc.

Une longue conception

Née en 1999, la MdA du Havre est le fruit d’une longue gestation, débutée au début des années 90, sous l’impulsion croisée des équipes de pédiatrie et de pédopsychiatrie qui constataient la désaffection des adolescents pour les lieux de soins du secteur.

 

Au milieu des années 90, émerge ainsi sur ce territoire d’environ 300 000 habitants l’idée d’un « dispositif ado », de nature partenariale, engageant dans une réflexion commune des professionnels très divers (pédiatres, psychiatres, cadres de santé adultes et enfants, mais aussi Mission locale, éducateurs, prévention en milieu ouvert, foyers de jeune travailleurs, etc.). De cette réflexion, naîtra dans un premier temps un point écoute jeune dénommé « parenthèse », dont l’ouverture précédera de quelques mois la première circulaire d’Olivier CHAZY qui créait les premiers Point Écoute Jeunes (devenus Points Accueil Écoute Jeunes (PAEJ) en 2002).

Poursuivant sa réflexion et ses échanges, parallèlement à une dynamique hospitalière porteuse de nouvelles pratiques auprès des adolescents, ce groupe de professionnels s’étoffe et en vient à penser l’idée de la Maison de l’Adolescent.

C’est donc tout naturellement que l’hôpital du Havre, sans aucun soutien des tutelles, choisit de porter ce projet sur ses fonds propres, créant ainsi d’un trait de plume une quinzaine de postes d’infirmiers, d’éducateurs, de psychologues, etc.. On reste, 16 ans plus tard, et alors que l’économie de la santé a bien changé, ébahi qu’un tel projet ait ainsi pu naître « ex-nihilo »...

L’idée de la MdA repose alors sur quelques présupposés qui constituent encore aujourd’hui l’essence de la pensée clinique des MdA :

  • L’adolescent est un sujet errant, surtout lorsqu’il est en souffrance psychique. Il peut alors s’adresser à plusieurs dispositifs sans s’accrocher à aucun. Le « nomadisme » des adolescents nécessite de créer cette structure au cœur de leurs lieux de passage. Ainsi, les MdA ont-elles vocation à être positionnées au centre des villes, mais aussi proches des lieux d’accueil : PAEJ, services de soins, mission locale, structures de prévention, planification familiale, etc.
  • La souffrance psychique de l’adolescent a des modalités d’expression diverses et il convient de former des professionnels à l’accueil et à l’écoute de cette souffrance. Travailler auprès des adolescents est une pratique spécifique, nécessitant des connaissances particulières.
  • L’adolescent a un rapport au temps particulier, fortement marqué par...