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Quand la mort frappe l'immigrant

De
188 pages
Douleur profonde et intime, le deuil est une réalité individuelle – perte d’un membre de la famille, d’un ami ou d’un collègue – qui a également un retentissement plus large de par les différents rituels pratiqués par la communauté autour du défunt. Il est déjà difficile d’affronter un deuil ; en contexte migratoire, vivre deuil et immigration, c’est vivre deux processus d’adaptation à des mondes inconnus. Un des buts de ce livre est de comprendre cette terra incognita par le témoignage des immigrants qui ont vécu un deuil, l’expérience des travailleurs sociaux et les études des chercheurs. Il fait oeuvre de pionnier en offrant un bilan des connaissances sur le sujet de la mort en contexte migratoire, au Québec, mais également ailleurs dans le monde. Grâce à un travail de terrain au plus près de migrants de diverses origines nationales, culturelles et religieuses vivant au Québec – musulmans, bouddhistes, chrétiens –, il rend compte de la multiplicité d’expériences empreintes tout autant de défis que de solutions créatives. Il propose également d’aider à comprendre le deuil des autres – ceux qui sont nés ailleurs ou dont les parents sont nés ailleurs – pour mieux les accompagner.
Lilyane Rachédi est professeure-chercheure à l’école de travail social de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Béatrice Halsouet est docteure en sciences des religions de l’UQAM.
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Rachédi, Lilyane Quand la mort frappe l’immigrant. Défis et adaptations. Comprend des références bibliographiques.
 ----
. Immigrants – Québec (Province) – Mort. . Deuil. . Immigrants – Services - Québec (Province). I. Halsouet, Béatrice. II. Titre.
..  .’
ISBN (papier) : ---- ISBN (PDF) : ---- ISBN (ePub) : ----
--
er Dépôt légal :  trimestre  Bibliothèque et Archives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
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Préface
Françoise Lestage
Témoignage fondé sur des enquêtes menées au Québec et donnant la parole à des personnes endeuillées, à des travailleurs sociaux et à des chercheurs, ce livre propose un regard excentré sur le deuil et sur la mort en s’attachant aux personnes migrantes. Il s’adresse au personnel soignant et aux chercheurs, mais peut intéresser un public plus large. Grâce à un travail de terrain au plus près de migrants de diverses ori-gines nationales, culturelles et religieuses vivant au Québec — musul-mans, bouddhistes, chrétiens —, il rend compte de la multiplicité des expériences dans les pays d’origine des personnes interrogées. Ce livre tombe à point nommé alors que le décompte des migrants décédés aux frontières, les photos de ces morts et les récits des sur-vivants font la une des journaux, et que ces questions obsèdent les politiques, les chercheurs en sciences sociales et les sociétés civiles. Au quotidien, tout reste dans le sensationnel et seuls les migrants qui périssent au cours du voyage suscitent cet intérêt, du reste très récent, pour les politiques et les journalistes. Pourtant, la plupart des migrants décèdent autrement — d’accident, de maladie ou de vieillesse — une fois établis dans leur pays d’accueil, comme le montre le présent ouvrage. Dans ce livre, on propose aussi d’aider à comprendre le deuil des autres — ceux qui sont nés ailleurs ou dont les parents sont nés ailleurs — pour mieux les accompagner : accompagner les migrants mourants et leurs familles et accompagner les migrants endeuillés. L’attitude envers le mourant et les vivants qui l’entourent, et le comportement à l’égard des proches qui le pleurent sont considérés ici comme deux
7la mort frappe l’immigrant Quand
moments d’un même événement. Ainsi, on y traite à la fois de « la mort qui frappe l’immigrant » au Québec ou dans son lieu d’origine (partie 1), « des pratiques rituelles funéraires » (deuxième partie) et de « l’accompagnement des mourants » (partie 3). Les auteurs ne théorisent pas et ne généralisent pas. Ils n’essaient pas de trouver des invariants entre les sociétés et les cultures ni de pointer les différences. Ils s’attachent peu aux représentations de la mort chez les migrants et se concentrent sur les détails concrets de leurs pratiques et de leurs rites, afin de mieux les connaître ou de les utiliser pour améliorer les services sociaux et de santé. Certains auteurs observent la socialisation de la mort dans des milieux culturels divers insérés dans la société québécoise ; d’autres en sont parties prenantes et veulent contribuer à soulager mourants et familles en créant un pont entre des pratiques professionnelles empreintes d’une idéologie de la mort vue comme expérience intime et des demandes familiales d’écoute face à une conception de la mort dite sociale. Dans les deux premières parties, en mettant en question d’une part le fonctionnement des réseaux de migrants au Québec ou ailleurs et, d’autre part, les bricolages culturels mis en œuvre par les vivants émi-grés ou restés au pays face à la disparition d’un de leurs proches, le livre utilise les outils habituels de la sociologie des migrations pour analyser les expériences de la mort vécues par les migrants. Il aborde des questions contemporaines comme les émotions ou les technolo-gies de la communication à l’occasion d’un décès. On y apprend com-ment des formes distinctes de « neutralisation de la mort » (Déchaux, 2004) cohabitent en bonne entente. On y constate que, quelle que soit l’origine sociale, culturelle ou nationale, le décès d’un proche reste un traumatisme que tous s’efforcent de nier par les moyens dont ils dis-posent, à savoir des rituels. Celui de la séparation du défunt est une constante dans toutes les sociétés, constante « prépondérante », selon Guille-Escuret (2015) ; aucune mort n’apparaît « naturelle » aux yeux des vivants, encore moins dans des sociétés « froides » dites « sans his-toire », comme peuvent l’être certains petits groupes socioculturels d’origine des migrants. Devant les spécificités culturelles de la mort d’un étranger au Québec, les auteurs soulignent que les rites et les croyances sont d’une extrême plasticité et que tous les acteurs concer-nés aplanissent les difficultés : les maisons funéraires font des entorses à leurs règles, par exemple en gardant les cendres six mois plutôt que
8la mort frappe l’immigrant Quand
quelques jours, pour permettre à la famille d’aller les jeter dans le Gange ; les familles des migrants indiens, quant à elles, renoncent à brûler leurs morts dehors et à allumer le bûcher, le fils aîné préposé à ce rite actionnant à la place le four crématoire. Les auteurs rappellent que la question du choix de la forme de la sépulture ou de son emplacement est récurrente : ici ou là-bas ? Être enterré avec les parents au loin ou rester près des enfants ? Crémation ou enterrement ? Les questions restent les mêmes lorsque le migrant vit le décès d’un proche mort au loin. Elles sont souvent résolues par de petits aménagements avec les règles dites « traditionnelles ». Il en est ainsi pour Faisal, Sénégalais émigré au Québec, qui réorga-nise les obsèques de son père décédé depuis longtemps « pour avoir la conscience tranquille ». Bien que les auteurs ne le disent pas, la culpabilité ressentie par les vivants constitue un des invariants de l’ex-périence de la mort d’un proche. Expérience vécue par chacun et par chaque génération, dans laquelle Georges Guille-Escuret (2004), reli-santTotem et taboude Freud à la lumière de (1913) La mort et ses audelà(2014), de Maurice Godelier, voit l’événement fondateur de l’avènement de la culture. Il y a beaucoup de publications sur la mort, mais peu sur la mort des migrants. Quelques travaux, généralement sur des groupes spé-cifiques, ont été publiés depuis les années 1990 ; en France, le précur-seur est Yassine Chaïb avecL’émigré et la mort (2000) qui traite des « routes de la mort » entre la France et la Tunisie. Suit Atmane Aggoun (2006), dont le livre,Les musulmans face à la mort en France, porte sur les questions des rituels funéraires dans la population algérienne émigrée. Au Québec, il s’agit là d’un ouvrage pionnier. Travail univer-sitaire tout autant que social, ce livre foisonnant et généreux, porteur des voix des migrants, des associations, des travailleurs sociaux et des chercheurs, facilite la compréhension des souffrances et des deuils des autres. Espérons qu’il contribuera à mieux les accompagner comme le souhaitent avec force les auteurs.
Introduction
Lilyane Rachédi
Les termes « mort » et « migration » apparaissent rarement ensemble dans les études et les recherches universitaires recensées à ce jour au Québec et au Canada, même si l’actualité internationale nous conduit presque quotidiennement à tisser des liens entre les deux. Dans ce contexte, cet ouvrage aborde différentes facettes autour d’une ques-tion clé : comment les immigrants vivent-ils le deuil lié à la perte d’un être cher et l’événement de la mort quand la distance se décline sous plusieurs formes : géographique, relationnelle, culturelle et cultuelle ? Viennent s’ajouter à ces distances les dimensions juridiques, institu-tionnelles, structurelles et affectives qui traversent l’événement, que ce soit lorsqu’il se produit en dehors de la société d’accueil ou à l’in-térieur. L’autre question rattachée directement à la première s’adresse aux intervenants et aux professionnels : qu’en est-il des pratiques qué-bécoises pour accompagner les immigrants endeuillés et en fin de vie ? Quelles sont les initiatives locales ? Les pratiques étrangères peuvent-elles inspirer les nôtres ? Cet ouvrage repose d’abord et essentiellement sur les résultats d’une recherche sur le deuil des personnes immigrantes installées au Québec (Rachédiet al., 2013-2016). Cette étude, que nous appellerons rechercheDeuilstout au long des chapitres, vise à mieux comprendre le vécu des immigrants endeuillés lorsque la mort d’un être cher se produit au Canada, en terre d’accueil, ou à distance (au pays du défunt). Cette étude a été menée de 2013 à 2015 et elle a permis de mener des entrevues auprès d’immigrants endeuillés et d’informateurs clés d’ori-gines et d’allégeances religieuses diverses. Compte tenu de la rareté