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Regards d'un métèque en Météquie

De
222 pages
Né sur l'île de Java en Insulinde, l'Indonésie actuelle, dans une famille de colons de très vieille date, l'auteur a passé un temps au pays colonisateur avant d'atterrir définitivement en Hexagone. Avec les années, il a eu l'occasion de porter son regard sur plusieurs mondes au cours de périodes mouvementées. C'est ainsi que René Beaupain en est arrivé à la confection d'un récit "à sa façon" avec une certaine fantaisie mais dont le contenu serre au plus près possible une réalité bien définie.
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René Beaupain
Regards d’un métèque en Météquie Essai
Les impliqués É d i t e u r
Regards d’un métèque en Météquie
Les impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente et dynamique fondée par les éditions L’Harmattan, cette maison a pour ambition de proposer au public des ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines des sciences humaines et de la création littéraire.
René BEAUPAIN
Regards d’un métèque en Météquie Essai Les impliqués Éditeur
© Les impliqués Éditeur, 2014 21 bis, rue des écoles, 75005 Paris www.lesimpliques.fr contact@lesimpliques.fr ISBN : 978-2-343-03457-7 EAN : 9782343034577
Métèque : du grec « qui change de maison » (Petit Robert) Météquie : endroit où il y a beaucoup de métèques (néologisme) Essai : tentative [de concevoir] un ouvrage littéraire en prose, de facture très libre … (Petit Robert)
DU MÊME AUTEURChronologie des Pianos de la Maison Pleyel.Editions L’Harmattan. Edition augmentée, 2005 La Maison Erard – Manufacture de Pianos (1780-1959).Editions L’Harmattan, 2005 La Maison Gaveau – Manufacture de Pianos (1847-1971).Editions L’Harmattan, 2009
PréfacePour avoir dû vivre d’Est en Ouest, du Nord au Sud, pour avoir « changé de maison » à maintes reprises au cours de son jeune âge et pour avoir frôlé différents modes de vie, plusieurs cultures, la tentation est grande de vouloir assembler, de mettre en ordre ce qu’on a vu ou ce qu’on a cru voir, ce qu’on a compris ou ce qu’on a cru comprendre, ce qu’on a espéré avant d’être déçu, après que plus des trois quarts d’un siècle se sont écoulés. Mettre cela noir sur blanc sans avoir accompli de grandes choses transcendantes, ni commis d’actes retentissants de flibustier, étant simple hère avec juste son regard, on hésite, on se dit que c’est présomptueux et ce l’est, assurément. Pourtant, avec le temps on a eu l’occasion de porter le regard sur l’évolution d’un monde où au bout du compte il aurait pu régner un peu d’espoir mais qui se dirige désormais inéluctablement vers un profond désastre qu’indique l’accumulation de ses nombreux déboires. On a pu observer aussi avec perplexité une grande culture séculaire si promptement se défaire entraînant une étonnante volatilisation de ses œuvres pour voix et instruments. En plus, on a pu vivre l’expérience de ce milieu voué à la recherche du savoir. Remuant les idées, imaginant leur mise en forme éventuelle ce qui mène presque automatiquement à une mise en page, tournure redoutable, suite à laquelle on se rassure par un « après tout, pourquoi pas ». C’est alors la capitulation : tentons l’essai d’une prose qui rime avec liberté, sans ambages et formée au gré de la fantaisie mais dont le contenu serre au plus près possible la réalité bien définie. Des changements de langue, de culture, d’habitudes font multiplier les vécus, ouvrir l’esprit mais aussi perdre un ancrage, une fixation, une stabilité que
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l’on ressent continuellement ; stabilité qu’il faudra rechercher, sans relâche, sans entièrement la trouver. On restera toujours confronté aux plusieurs mondes : celui de ses débuts, à l’Orient, au-delà de l’équateur, lointain dans l’esprit, dans l’espace et dans le temps, mais à l’empreinte indélébile, qui garde sa présence brumeuse. Puis venait le Septentrion batave, à la trame très germanique, clair et net dans sa rigueur protestante, au pragmatisme ordonné et toujours près des avancées, jamais en retard : cela a donné le petit lait qui sera bien ancré par le jeune âge. Enfin c’était le Sud bien gallique de la maturité (et plus), si convoité, de caractère tellement méditerranéen et latin, aux traits « romains », y compris son esprit volatile et au cocorico facile ; en ajoutant encore les éternels retards, les négligences et impertinences, les flonflons et fanfares : quand on parle de « choc des cultures », eh bien, c’en est un ! Mais si cette frivolité méridionale n’était ici qu’une apparence qui, au fond, cache un pessimisme profond que le temps présent accentue et pousse vers un incroyable rejet de soi qui fait frémir. Ce pessimisme prendrait-il racine dans le lent déclin qui, au cours des siècles, rogne l’importance du pays dans le concert des nations ? Car que reste-t-il maintenant de cette belle civilisation gallique si admirée ? Mais en attendant d’y arriver et en guise d’introduction : «Connais-tu le pays où fleurit (1) l’oranger. Le mien faisait mûrir ses oranges dans? » une île de l’Insulinde, à Java, l’une de ces îles sans nombre de l’archipel, c’est là où j’ai vu le jour entre deux grandes guerres mondiales. Dans cette lointaine colonie j’ai passé mon enfance au milieu de multiples orangers et mandariniers, de nombreux caféiers et de quelques citronniers. ________ (1) Dans l’opéra « Mignon » d’Ambroise Thomas.
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Issu d’une famille de côlons installée de très vieille date et donc fatalement quelque peu mélangé aux gens de là-bas, rapatrié à la « mère patrie » (le Royaume des Pays-Bataves, c’était la patrie des pères surtout mais en tout cas pas la mienne : je ne la connaissais pas) au moment de l’indépendance de la colonie, mais rêvant d’un ailleurs, d’un pays d’origine, pourtant tout hypothétique, mais d’où viendrait le nom, ce nom, ce nom de famille qui évoque une langue élégante aux sonorités chantantes, variées, raffinées et cette si belle civilisation d’une finesse extrême, berceau de tant d’inventions originales, où l’esprit est vif et le savoir-vivre accompli, tout cela logé dans un beau pays (ce qui ne gâche rien) : ce pays en forme d’Hexagone, le voilà plus près à la suite de mon déracinement. C’est là que se déroulera la majeure partie de mon existence.
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