//img.uscri.be/pth/a4739d0566669e5aa41650f611ce0f255a123cfc
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

12 clés pour sortir de la crise

De
152 pages
Cet essai présente les clés pour répondre à 12 questions cruciales portant sur les thèmes suivants : le néocapitalisme, la financiarisation de l'économie, la compétition internationale, la concurrence des nations émergentes, la protection sociale, l'équilibre des finances publiques, la montée de l'endettement, l'environnement, la valeur créée par l'entreprise, les syndicats, l'inégalité des revenus, la place des travailleurs dans l'entreprise.
Voir plus Voir moins





12 clés
pour sortir de la
crise









































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55055-1
EAN : 9782296550551
Gérard LAFAY



12 clés
pour sortir de la
crise


Essai











Du même auteur

Le modèle MOISE et la projection des échanges internationaux,
thèse de doctorat d’État, Université Panthéon-Sorbonne Paris I,
1973.
Dynamique de la spécialisation internationale, Economica,
1979.
Comprendre la mondialisation, Économie-Poche, Economica,
ème1996, 4 édition en 2002.
L'euro contre l'Europe ?, Arléa, 1997.
Initiation à l’économie internationale, Préface de Bernard
èmeLassudrie-Duchêne, Economica, 2004, 2 édition en 2006.
L'épopée de l'Europe va-t-elle se poursuivre ?, Economica,
2005.
France Horizon 2050, Economica, 2007.
En collaboration
La protection effective dans les pays industrialisés, avec H.F.
Henner et B. Lassudrie-Duchêne, Economica, 1972.
Commerce international : la fin des avantages acquis, avec C.
Herzog, L. Stemitsiotis et D. Ünal, Economica, 1989.
L'intégration européenne : bilan et perspectives, avec D. Ünal-
Kesenci, Bibliothèque d'économie internationale, Economica,
1990.
Repenser l'Europe, avec D. Ünal-Kesenci, Économie-Poche,
èmeEconomica, 1993, 2 édition en 1994.
Maîtriser le libre-échange, avec J.M. Siroën, Économie-Poche,
Economica, 1994.
Nations et mondialisation, avec M. Freudenberg, C. Herzog et
D. Ünal-Kesenci, Préface de Éric Izraelewicz, Economica,
1999.
5 Participation à des ouvrages collectifs
La crise de l’énergie et le nouvel équilibre mondial 1974-1980,
rapport du GEPI, Librairie du commerce international, 1974.
La crise de l’échange international, rapport du GEPI, Librairie
du commerce international, 1975.
Une économie à la recherche de la spécialisation optimale :
Japon 1960-1980, rapport du GEPI, Librairie du commerce
international, 1976.
Atout France, Jean Méo et le Rassemblement Pour la
République, Éditions Roudil, 1980.
La double rupture, Alain Juppé et la Commission économique
du Club 89, Economica, 1983.
Économie mondiale : la montée des tensions, CEPII,
Economica, 1983.
Économie mondiale : la fracture, CEPII, Economica, 1984.
Économie mondiale 1990-2000 : l'impératif de croissance,
CEPII, Economica, 1992.
La République force de la France, Comité des experts du Pôle
Républicain, Préface de Jean-Pierre Chevènement, SEFI
éditions, 2002.
6 Introduction
Qu’il s’agisse des Français ou, plus généralement, de
l’ensemble des Européens de l’Ouest, les citoyens sont
désorientés devant l’évolution de l’économie mondiale au cours
des dernières décennies. À partir de la Renaissance, ils avaient
pris l’habitude de se trouver au premier rang de la civilisation,
et ils avaient dominé la planète durant l’ère coloniale. Après
s’être entre-déchirés pendant les deux conflits mondiaux, ils
avaient retrouvé l’espoir dans l’après-guerre, grâce à l’appui de
leurs cousins américains, car ceux-ci les avaient préservés du
totalitarisme communiste sévissant à l’Est du continent. Ils
avaient en même temps entrepris de se réconcilier au sein de la
construction européenne. Une croissance régulière des niveaux
de vie permettait ainsi de croire à un avenir toujours plus
radieux.
Vinrent d’abord les chocs monétaires et pétroliers des années
1970. Puis, depuis la fin des années 1980, le paysage s’est
radicalement transformé. Certes, l’effondrement du monde
communiste et la poursuite de prodigieux progrès
technologiques suscitent de nouveaux espoirs, cependant que la
concurrence internationale permet d’acquérir des produits bon
marché en provenance des pays émergents. Néanmoins, la
mondialisation modifie désormais les rapports de force. La
plupart des travailleurs européens voient leur position se
dégrader lentement, devant choisir entre le chômage et la baisse
des salaires, à un moment où les plus riches voient au contraire
leurs revenus s’accroître démesurément, en particulier dans la
sphère financière.
Depuis 2008, la crise d’origine financière qui touche l’ensemble
du monde affecte particulièrement le vieux continent. Si l’on ne
peut que se réjouir du décollage de divers pays émergents,
surtout en Asie, l’Europe s’engage dans un long déclin
démographique et économique ; elle attire simultanément une
immigration massive en provenance des pays africains, car
ceux-ci continuent à s’appauvrir.
7 Cette situation n’est pas le fait du hasard, elle résulte de l’action
des entreprises transnationales, favorisée systématiquement par
les gouvernements nationaux et les diverses institutions
internationales, qu’elles soient mondiales ou européennes. Les
technocrates qui les dirigent sont convaincus qu’ils connaissent
mieux que les peuples ce qui est bon pour eux, et ils méprisent
par conséquent la démocratie. Leur comportement rappelle
celui qu’avaient naguère les apparatchiks des régimes
communistes. Ils sont imprégnés par une idéologie qui est
souvent qualifiée, à tort, de "néolibérale". En fait, il s’agit d’un
abus de langage : les pouvoirs publics s’efforcent d’orienter les
pays développés dans la direction d’un retour, sous des formes
èmemodernes, vers le capitalisme pur et dur qui existait au XIX
siècle. Ce modèle "néocapitaliste" tourne le dos au vrai
libéralisme.
Le communisme n’a pas été vaincu par le capitalisme. Il a
succombé face aux succès indubitables de l’économie sociale
de marché depuis la seconde guerre mondiale, qui ont d’ailleurs
été facilités, dans de nombreux pays, par l’attitude sociale du
patronat. Face à la menace bolchevik, celui-ci avait compris que
son véritable intérêt était de démontrer la supériorité du
libéralisme.
èmeDepuis la fin du XIX siècle, et surtout après 1945, s’était
mise en place graduellement, dans tous les pays développés,
une économie sociale de marché, pilotée par l’État. Celui-ci
assurait un rythme régulier de croissance économique, selon les
enseignements de John Maynard Keynes, et il organisait une
concertation sociale entre le patronat et les syndicats. Cette
économie sociale de marché fut théorisée en France par l’École
de la régulation [Aglietta, 1978, ainsi que Boyer et Mistral,
1978]. Ce régime prenait le nom de "fordisme" car, pour
écouler une production de masse, le constructeur américain
d’automobiles, Henry Ford, avait suscité dans l’ensemble de
l’économie un accroissement régulier du pouvoir d’achat des
ouvriers. La période consécutive aux Accords de Bretton Woods,
en 1944, est souvent qualifiée d’"âge d’or", et Jean Fourastié a
parlé à ce sujet des "trente glorieuses".
8 L’économie sociale de marché, fondement de cet âge d’or, est
la quintessence d’un libéralisme pondéré. C’est un équilibre
subtil que l’on peut comparer à une bonne mayonnaise. Il s’agit
de faire tenir ensemble deux ingrédients, d’un côté la
dynamique du marché, qui est représentée ici par l’huile, de
l’autre la cohésion des forces sociales, qui est représentée par
l’alliance entre le jaune d’œuf et la moutarde. Or une
mayonnaise est susceptible de se décomposer, et c’est
précisément ce qui s’est passé dans notre cas, en raison de deux
mouvements opposés. À la fin des trente glorieuses, la
mayonnaise libérale se rigidifiait, l’économie perdant sa
dynamique de marché par la dérive sociale-démocrate. Depuis
la fin des années 1980, au contraire, elle se liquéfie, l’économie
perdant maintenant sa cohésion sociale par le tournant
néocapitaliste.
Faut-il désormais se résigner à une rigueur sans fin, que
beaucoup présentent comme inéluctable ? Que peut-on faire ?
Beaucoup d’économistes se disent à juste titre "atterrés"
[Askenazy et alii, 2010], mais les mesures envisagées semblent
pour la plupart sorties de la vieille boîte à outil sociale-
démocrate, aujourd’hui obsolète. Dans un récent opuscule à
succès, Stéphane Hessel demande que nous nous indignions
contre les méfaits du néocapitalisme [Hessel, 2011], mais il ne
nous offre, comme solution, que la vision nostalgique de sa
jeunesse résistante. C’est pourquoi, pour sortir de la crise, cet
essai présente des clés afin de répondre à douze questions
cruciales que l’on peut désormais se poser :
1) Comment le néocapitalisme a-t-il remplacé le
libéralisme ?
2) Comment doit-on éradiquer la financiarisation de
l’économie ?
3) Pourquoi la compétition internationale est-elle devenue
déloyale ?
4) Peut-on faire face à la concurrence des nations
émergentes ?
5) Est-il possible de préserver la protection sociale ?
6) Peut-on retrouver l’équilibre des finances publiques ?
7) La montée de l’endettement est-elle inéluctable ?
9 8) Peut-on sauvegarder l’environnement de la planète ?
9) Comment l’entreprise crée-t-elle de la valeur ?
10) Les syndicats peuvent-ils de nouveau être utiles ?
11) Peut-on éviter l’amplification des inégalités de revenus ?
12) Comment les travailleurs peuvent-ils peser sur leur
entreprise ?

10 Chapitre 1 : Comment le néocapitalisme
a-t-il remplacé le libéralisme ?
La période faste du libéralisme fut celle des trente glorieuses,
après la seconde guerre mondiale, concrétisant l’économie
sociale de marché. Pendant près de trois décennies, une
croissance soutenue permit un accroissement régulier des
niveaux de vie. Très bénéfique, cette période n’était cependant
pas toujours idyllique, en particulier dans les années de
l’immédiat après-guerre où la situation économique était
difficile. Par moment, également, les travailleurs s’opposaient
rudement au patronat et déclenchaient des grèves pour faire
aboutir leurs revendications. En France, au lendemain de la
Libération, le Parti Communiste représentait le quart du corps
électoral et tentait même de déstabiliser l’économie par
l’intermédiaire de sa courroie habituelle de transmission, la
Confédération générale du travail (CGT). Néanmoins, celle-ci
était capable de terminer une grève, après l’achèvement des
négociations. Elle a même participé au redressement de la
France, dans le cadre du Commissariat général du plan (voir
chapitre 10).
L’épuisement de l’économie sociale de marché, qui a provoqué
par réaction le tournant néocapitaliste, s’explique par une dérive
sociale-démocrate. Au fil du temps, sous prétexte d’intervention
dans la sphère économique et sociale, l’État se mit à occuper
une place de plus en plus importante. Contrairement à un sain
libéralisme, il multiplia les mesures bureaucratiques, il éleva
constamment le poids des dépenses publiques et, pour les
financer, accrut de façon excessive les prélèvements fiscaux et
sociaux, au point que ceux-ci devenaient confiscatoires. Au
Royaume-Uni, les taux marginaux d'impôt sur le revenu
atteignaient ainsi 90 % ! Parallèlement, les syndicats se mirent à
avoir un rôle exorbitant, prétendant devenir uniques et
obligatoires dans certains pays. Cette dérive sociale-démocrate
se traduisit par une lente accélération du rythme de la hausse
des prix, c’est-à-dire de l’inflation. Elle atteignit son paroxysme
avec le premier choc pétrolier, en 1973.
11 Un virage était donc nécessaire pour en revenir à une économie
sociale de marché. Il prit d’abord la forme d’une brutale
politique restrictive en matière monétaire, afin de casser
l’inflation. Celle-ci fut mise en œuvre aux États-Unis dès
1979, où la hausse des prix consécutive au second choc
pétrolier commençait à se dessiner. Ce fut la responsabilité de la
Réserve fédérale, sous l’autorité de Paul Volcker. Elle fut
ensuite imitée par tous les autres pays développés, à l’exception
de la France de François Mitterrand ; celle-ci fit cavalier seul en
1981, se lançant dans une politique hasardeuse de relance qui
déboucha sur trois dévaluations successives.
Dès les années 1970, de premières mesures de déréglementation
avaient déjà été prises. La décennie suivante vit deux arrivées
marquantes au pouvoir, d’abord en 1979 celle de Margaret
Thatcher au Royaume-Uni, puis en 1981 celle de Ronald
Reagan aux États-Unis. Le démantèlement de règles
bureaucratiques était nécessaire, de même que la privatisation
d’un secteur public devenu hypertrophié. Ceci était vrai en
particulier au Royaume-Uni, pays qui avant l’avènement de
Margaret Thatcher était devenu l’"homme malade de l’Europe",
gangrené par le travaillisme. Face à la dérive sociale-démocrate,
les renversements de politique économique étaient donc
justifiés au départ. Cependant, le modèle anglo-saxon fut
poursuivi aveuglément, en s’inspirant du prétendu
néolibéralisme de l’École de Chicago, puis continué par leurs
successeurs. Il conduisit à un retour vers le capitalisme pur et
dur.
L’économie sociale de marché correspondait au vrai libéralisme,
èmequi avait été inventé au XVIII siècle par l’École économique
française, celle des physiocrates. Ce libéralisme pondéré était
fondé sur le rôle central de l’entrepreneur. Malheureusement,
cette École était trop marquée par la prédominance de
èmel’agriculture. Au XIX siècle, l’Angleterre prit la tête du
développement industriel, et l’École française fut supplantée
par l’École classique anglaise, fondatrice du capitalisme,
comme l’a montré un ouvrage magistral [Bénoit, 2006]. Le
moteur d’une économie devenue purement capitaliste ne repose
plus alors que sur les capitaux, les entreprises doivent être
12 dirigées par les financiers, cependant que le profit devient leur
but essentiel.
Aujourd’hui, l’idéologie dominante, pensée unique qualifiée de
mainstream, ne se confond en aucune façon avec un libéralisme
raisonnable. Au nom d’un individualisme forcené, elle s’oppose
systématiquement au rôle économique de l’État, aux services
publics et à la solidarité nationale. En fait, ce courant n’est pas
"néolibéral", mais il doit être appelé "néocapitaliste" car il tend
à un retour, sous des formes modernes, vers l’ancien
capitalisme. Il s’efforce d’aligner, petit à petit, tous les pays
développés sur le modèle anglo-saxon qui tourne le dos au vrai
libéralisme. Les institutions internationales essayent également,
par la contrainte financière, d’engager les pays en
développement dans la même voie, selon ce que l’on a appelé le
"consensus de Washington". Seules y échappent les puissances
émergentes qui veulent construire leur propre modèle. En Asie,
celui-ci est souvent celui d’une économie mixte, associant les
entreprises privées et une forte intervention de l’État.
Dans les pays occidentaux, la prédominance du néocapitalisme
anglo-saxon est allée de pair avec le dépérissement du modèle
allemand, qui prétendait promouvoir autrefois l’économie
sociale de marché. Fasciné par celui-ci, Michel Albert l'avait
naguère qualifié pudiquement de "capitalisme rhénan" [Albert,
1991]. Ce modèle était structuré par les banques et par les
syndicats. Il a été mis en pièces en raison de la surévaluation
monétaire et de l'implosion démographique, que l’Allemagne
subit encore plus que les autres nations européennes, et qui
condamne son régime généreux de transferts sociaux. C’est
pourquoi le rouleau compresseur de l’idéologie dominante a pu
convertir à sa cause les pouvoirs publics et le patronat de ce
pays. On peut d’ailleurs remarquer que, sous cette influence,
l'Allemagne a mené depuis une décennie une politique de
stagnation salariale, accumulant des excédents commerciaux au
détriment de ses partenaires de la zone euro.
Au niveau de l’organisation du système productif, il est clair
que la privatisation est largement justifiée lorsqu’elle s’applique
à des entreprises du secteur concurrentiel qui, pour des raisons
13 idéologiques, avaient été précédemment étatisées par les
socialistes. Une telle mesure est utile lorsqu’elle permet
d’établir un libre marché, par exemple dans les
télécommunications ou les transports aériens. En France, une
vague de privatisation était d’autant plus nécessaire que le
secteur public, déjà excessif, avait été encore étendu par les
mesures d’extension de l’étatisation prises au début du premier
septennat de François Mitterrand.
Toutefois, sans le dire ouvertement, le mainstream va dans le
sens du néocapitalisme. C’est pourquoi la privatisation est de
plus en plus contestable lorsqu’elle s’attaque, progressivement,
à tous les services publics, sans aucune considération des coûts
et des avantages, et sans prendre en compte leur rôle essentiel
dans l’organisation de l’espace rural. Elle devient même
carrément absurde lorsqu’elle touche le cœur des fonctions
régaliennes de l’État, par exemple en privatisant une partie des
forces armées, ou bien en supprimant des milliers de postes de
policiers alors que l’insécurité ne fait qu’augmenter.
Les technocrates qui pullulent dans les gouvernements et les
institutions internationales, qu’elles soient mondiales ou
européennes, ont été contaminés par le courant dominant. Ils
exigent une élimination de tous les monopoles, quels qu’ils
soient, au nom d’une conception dogmatique de la concurrence.
La poursuite d’une logique de la concurrence n’est pas justifiée
lorsque l’on veut casser la cohérence de monopoles naturels,
établis à partir des réseaux qui ont une base territoriale. C’est
néanmoins ce que le néocapitalisme fait afin de complaire à des
intérêts évidents. Il a tronçonné artificiellement leurs activités
pour en confier une partie à des agents privés, par exemple dans
l’électricité, le gaz ou les chemins de fer. Les gouvernements
français successifs ont tenté de freiner ce mouvement, mais ils
ont cédé finalement aux directives imposées par les instances
bureaucratiques européennes, au service permanent du
néocapitalisme.
En ce qui concerne la protection sociale, qui était l’une des
grandes conquêtes de l’économie sociale de marché, elle est
systématiquement jugée trop coûteuse aujourd’hui. On lui
14 reproche de faire peser des "charges" sur les entreprises. En fait,
il s’agit d’une vision trompeuse, car les cotisations sociales sont
toujours une forme de salaire indirect, payé par les entreprises,
qu’il s’agisse de la part dite salariale ou de celle dite patronale.
Mais la protection sociale est mise en situation déficitaire, afin
de pouvoir être démantelée par morceaux successifs. Ceux-ci
seraient remplacés par des assurances privées que devraient
contracter volontairement les individus.
Il est vrai que le néocapitalisme a prétendu avoir des résultats
positifs sur le plan macroéconomique. Une croissance soutenue
a été obtenue aux États-Unis pendant quelques années, grâce
aux progrès technologiques, tout en gardant une grande
modération de l’inflation. Certains parlaient même d’une
"nouvelle économie". En fait, si la modération des prix était
exacte pour les biens et les services, elle ne l’était pas pour les
actifs en raison de la prolifération financière. Qu’ils soient
boursiers ou immobiliers, ceux-ci ont été entraînés dans
différentes bulles spéculatives, dont la plus récente est
directement à l’origine de la crise mondiale généralisée en 2008.
Sur le plan microéconomique, c’est-à-dire pour la direction des
entreprises, l’impact du néocapitalisme est encore plus négatif
qu’au niveau macroéconomique. Alors que, depuis plusieurs
décennies, les actionnaires n’avaient qu’un rôle limité dans la
gestion, l’idéologie dominante est devenue celle de la "primauté
actionnariale" vis-à-vis des entrepreneurs ; celle-ci se traduit par
une augmentation constante des pouvoirs des actionnaires dans
les sociétés cotées, aucun contre-pouvoir n'y étant opposé.
Le modèle de la primauté actionnariale est fondé sur la
prééminence absolue des marchés boursiers, considérés comme
les plus efficients de tous les marchés en raison de leur
transparence même. Or cette affirmation mérite d’être
contredite formellement [Orléans, 1999]. Il suffit d’examiner
les évolutions des cours de bourse pour observer de fortes
variations conjoncturelles, avec alternativement des
gonflements puis résorptions de bulles spéculatives. En réalité,
les opérateurs obéissent à des règles autoréférentielles et
mimétiques qui ont été décrites par Keynes : pour détecter la
15