Au-delà de la crise financière

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Rétablir une certaine éthique sur le sujet de la crise financière est nécessaire pour ne pas sombrer dans le défaitisme, l'indifférence ou la violence. Ce livre questionne nos valeurs, notre rapport civilisationnel à la richesse et nos différentes représentations culturelles, puis aboutit à la nécessité de réinvention monétaire après avoir passé en revue différents indicateurs de richesses, systèmes comptables et de reporting, sans oublier les démarches d'intelligences collectives.
Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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EAN13 : 9782296480476
Nombre de pages : 218
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Au-delàdelacrisefinancièreProspective
collectionfondéeetdirigéeparPhilippeDurance(LIRSA,CNAM)
LacollectionProspectiveapourambitionde susciter,de rassembleretde valoriserles
travaux théoriques et appliqués de prospective, issus des milieux académiques, des
collectivités locales,des entreprises ou des services de l’État,enFrance ou à l’étranger,dans
ses différents champs (technologique, stratégique, territorial, etc.). Elle secomposedequatre
séries:Mémoire,Essais&Recherches,Problèmes&Méthodes,Prospectiveappliquée.
Série«Mémoire »
Berger (Gaston),Bourbon-Busset (Jacques,de),Massé(Pierre),De la prospective,
èmetextes réunisetprésentésparPhilippeDurance ; 2 édition
Berger (Gaston),Lesconditions de l’intelligibilité et le problèmedelacontingence,
éditionétablie,présentéeetannotéeparPhilippeDuranceetNicolasMonseu
Série«Essais&Recherches »
Bernard(Philippe J.), Le pouvoirdes idées. Comment vivent et se transforment les
sociétés contemporaines
Cazes (Bernard),Histoire des futurs. Lesfigures de l’avenirdesaint Augustin au
e
XXI siècle ;préfaced’EmmanuelLeRoyLadurie
ColloquedeCerisy, L’économie des services pour un développement durable,
Nouvellesrichesses, nouvellessolidarités (ProspectiveVIII), coordonné par
ÉdithHeurgonetJoséeLandrieu
Dartiguepeyrou(Carine)(dir.),Prospectived’unmonde en mutatio n
—, Au-delà de la crise financière. Nouvellesvaleurs, nouvellesrichesses
Durance(Philippe),Cordobes (Stéphane), Attitudes prospectives.Élémentsd’une
histoire de la prospectiveen France après 1945
Guigou (Jean-Louis), Réhabiliterl’avenir. La France malade de sonmanque de
prospective
Lesourne(Jacques),Mémoires d’après mémoires
Série«Problèmes&Méthodes »
Gabilliet (Philippe),Lesconduitesd’anticipation. Desmodèles aux applications ;
préfacedeMichelGodet
Série«Prospectiveappliquée»
Dumont (Gérard-François)(dir.), Populations et territoires de France en 2030.Le
scénario d’un futur choisi
Margat (Jean), L’eau des Méditerranéens.Situationetperspectives ; préface de
MohamedEnnabli,présidentdel’Institutméditerranéendel’eau
Horssérie
e
Baudin(Mathieu),Le développement durable,nouvelle idéologie du XXI siècle ?Sousladirectionde
CarineDartiguepeyrou
Au-delàdelacrisefinancière
Nouvellesvaleurs,nouvellesrichesses
Aveclescontributionsde
Jean-EricAubert,Jean-PierreCaldier,ChristopheCesetti,Jean-MichelCornu,
CarineDartiguepeyrou,PhilippeDerudder,ThierryGaudin,JoëlHoudet,
André-JacquesHolbecq,BernardLietaer,DominiqueMéda,Jean-LouisMineo,
ClaudePérigaud,PaulinedeSaintFront,MichelSaloff-Coste,SybilleSaintGirons,
Jean-BaptisteSoufron,MarcTirel,MichelVeillard,
PatrickViveret,CelinaWhitaker© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.f
ISBN : 978-2-296-55961-5
EAN : 9782296559615Remerciements
Ce livreest la continuitédes deux jours de rencontres des 19 et20septembre
2011 consacrés aux «Nouvellesvaleurs,nouvellesrichesses,nouvelles mesures,
nouvelles monnaies», queleClubdeBudapestaorganisés au Forum104. Cette
rencontre sortaitunpeu de nos habitudes car nous avions pris le risquede solliciter
lesparticipants surdeuxjoursplus une soiréeen semaine,cequifaitbeaucoup.
Notrepointd’arrivéeétaitlamonnaie,ouplusexactementla réinvention
monétaire, mais nous ne voulions pas commencer par elle.Ilfallait débuter parun
questionnement plus profond sur nosvaleurs,notre rapport civilisationnel à la
richesseet nos différentesreprésentations culturelles.C’est ainsiquenous avons
découpé ces deux jours en quatre tempsinter-reliés lesuns aux autres: lesvaleurs,
les richesses,lesmesuresetlesmonnaies.
Je nourrissais depuis presquedix ans l’idée d’organiserune rencontreautour
de cette thématique, mais il manquaitun déclencheur.Cetteidée est devenueprojet
grâceàma rencontreavec Bernard LietaeràLyon lors du Colloqueinternational sur
les monnaiessociales et complémentaires de février2011. Bernardm’a fait bon
accueiletaacceptéd’intervenirauClubdeBudapest.Il restaitjuste unedateàfixer.
La sortiede sondernierlivreenfrançaisen septembre 2011, Au cœur de la monnaie,
nousaoffertcetteoccasion.
Je tiens doncà remerciertrès vivementtous les contributeursàces deux
journées,à commencer par BernardLietaer et PatrickViveret qui se sont laissés
aller à notre propositionde dialoguer ensemble (conférence du 19 septembre 2011
ausoir)et lesvingt-sept contributeurs mentionnés dans le programmeàlafin de ce
livre. Ils ont permis le succès de cette rencontregrâce àlaqualitédeleur
interventionmais aussi grâceàleur générosité, en prenant dutemps pour partager le
fruitdeleursrecherchesetdeleursactions.
Cette rencontreaétéparticulièrementriche car elleamêlélesunivers de la
recherche, de l’entrepriseet des associations.Cemétissage apermis aussi
l’enrichissement de chacunpar le décloisonnement dont nous avonstant besoin en
France,cesfameuses«plateformesde reliance»commej’aimeàlesappeler.
Sans les organisateurs de ces journées,nous n’aurions pu mener ce travail
colossal pour l’équipe de bénévoles que nous sommes.Ungrand merci donc à
l’équipedu ClubdeBudapest impliquée dans l’organisation, BénédicteFumey et
Michel Nguyen Thepour l'aideàlaconception du programme, AndréCopinpour la
gestion des inscriptions,DominiqueMarty pour le buffettrès généreusement offert
parAlterEco,MichelSaloff-Costepourlesfilmsetmisesenlignedenoséchanges.
Ce livre, dont j’ai eu l’idée asseztardivement en juillet2011, est donc avant
toutlamatérialisationd’unebelleaventurecollective.
En quelques jours, une bonne dizained’intervenants répondaient
positivementàlaproposition de préparerune contribution prospectivepour cet
ouvrage.Philippe Durance, directeur de la collection Prospectivedes éditions
L’Harmattan,donnaitson accordpour nous suivredans ce nouveau projet.Ungrand
merciàPhilippeauprèsdequije trouve un soutienenthousiasteànosidées.8Au-delàdelacrisefinancière
Et puis,nous n’aurions jamais pu boucler en un tempsrecord tout le travail
éditorial sans l’aide d’Anne Andrault,correctrice ettraductrice, avec quije travaille
maindanslamain.
Un grand merci enfinà vous futurs lecteurs quiferontvivrecelivreet
permettrontdemenerdenouvellesaventures.
CarineDartiguepeyrou
Présidente,ClubdeBudapestFrance
Septembre 2011Sommaire
Préambule.Unappelàl’actionpourconstruirel’après-crise,
Carine Dartiguepeyrou.................................................................................11
ère
1 partie.Nouvellesvaleursetévolutiondelanaturedesrichesses.................13
Valeursetcivilisations:quelques repèresanthropologiques,
Jean-ÉricAubert...................................................................................15
Deliriumeconomicum, Thierry Gaudi n......................... 23
eRegardprospectif surlesvaleursetlesrichessesauXXI siècle,
Carine Dartiguepeyrou......................................................................... 35
ème
2 partie.Del’importancedenouveauxindicateursderichesses...................49
Pour unnouveausouffleéconomiqueetsocial,PatrickViveret....................51
Denouveauxindicateursauservicedela transition, Dominique Méda.........59
ème
3 partie.Lesmonnaies:ununiverspluriel...................................................... 69
Passeràl’échelledel’innovationmonétaire, Jean-Michel Corn u................. 71
Monnaiessociales,complémentaires,alternatives:dequoiparle-t-on?,
CelinaWhitaker.................................................................................... 77
Pourquoilesmonnaiescomplémentairessontnécessairesàla stabilité
économique:lespreuvesscientifiques, BernardLietaer.....................87
La révolutionlibertariennedesmonnaies virtuelles,Jean-Baptiste Soufro n101
ème
4 partie.Comptabilitéetreporting.................................................................107
Pour unecomptabilité universellequi tiendraitcomptede toutes
lesexternalités, Michel Veillard.........................109
Unexempled’applicationdelacomptabilité universelle,
PaulinedeSaint Front .......................................................................115
Quellecomptabilitépour réconcilierentreprisesetservicesécosystémiques?,
Joël Houdet ........................................................................................125
ème
5 partie.Démarchesd’intelligencecollective.................135
Desindicateurs vers uneéconomieéquitablepour uneactionpolitiqueet
économique sous vigilancecitoyenne, Jean-Pierre Caldier..............137
La spiraledynamiqueetladébutance, uneorganisationdel’intelligence
collaborative, Jean-LouisMineo et Claude Périgaud........................143
Desjeuxpourexpérimenterl’intelligencecollectiveintégrale versdes
sociétésprospères, Christophe Cesetti et SybilleSaint Girons..........15310 Au-delàdelacrisefinancière
ème
6 partie.Visionsprospectives..........................................................................163
Quelmondeaprèslekrach?,Michel Saloff-Coste.......................................165
DelaScupiditéauRespanouissement,conteprospectif,Marc Tirel...........169
Pourquel’argentnous serveaulieudenousasservir!Unespaceéconomique
complémentaire sociétal, Philippe Derudder et
André-Jacques Holbecq......................................................................177
Construirela résiliencefaceàlacrisefinancière, PatrickViveret...............189
Conclusion.Au-delàdelacrisefinancière, Carine Dartiguepeyrou.....................199
Sélectionbibliographiqueetdocumentaire............................................................ 203
Annexes.................................................................................................................. 207Préambule
Unappelàl’actionpourconstruirel’après-crise
*
CarineDartiguepeyrou
«Ilnedépendpas de toid'être riche,maisildépendde
toid'êtreheureux».Epictète
«Ceuxqui rendentlesrévolutionspacifiques
impossibles rendentles révolutions violentes
inévitables».JohnF.Kennedy
«Dans destemps de tromperie généralisée, le seulfait de direla véritéest un
acte révolutionnaire»,disait George Orwell. Ce livreest né dusentiment qu’il est
importantde rétablirunecertaine éthique surun sujetaussicomplexequeceluide la
crise financière pour ne passombrer dans le défaitisme,l’indifférence ou la
violence.Il est important qu’en tant quecitoyens,nous puissions mieux comprendre
ce qui se passe, avoir des clés et dessolutions,nous faire notre propre opinionet
agirenconséquence.
Ce livre rassemble une variétédecompétences et de paradigmes qui, bien
quedifférents,montrentune forme de convergence sur ce qui sepassedans le
monde. Nous savons qu’avec une croissance démographiquemondialequi nous tire
vers les 9 milliards d’habitants,nous devonsrevoir la finalitédenotrecivilisation
actuelle,à commencer par nos modes de consommation, de production et
d’éducation. Si nous souhaitons maintenir le niveau de richessedans les pays de
l’OCDE àl’horizon 2050, il nous faudramultiplier par quinzela taille de
1
l’économieactuelle(soit 75foiscellede1950) .
Or cet argument n’est pasrecevable d’unpoint de vue écologique comme
social.Les inégalités et les dommages écologiques sonttels quenous ne pouvons
envisager de continuer notre développementsur le mode industriel tel que nous le
connaissons en particulier depuis les années 1950.Comme DominiqueBourg
l’explique, il ne s’agit plus uniquement de gérer nos pollutions, nous avons atteint
un certain seuil de dangerositédans les domaines du changement climatique, de la
biodiversité, de la déplétion de l’ozone stratosphérique, de l’acidificationdes
2
océans,del’usagedel’eau douce et de celuidessols (et encorelalisten’est pas
exhaustive!). Dans le domaine social,lapaupérisationest telle qu’elle n’est plus
uniquement le fait des pays dits pauvres maistouche l’ensembledes pays
industrialisés.
*Présidentedu ClubdeBudapest France, CarineDartiguepeyrou est prospectivisteet
consultante en stratégie. Elle est docteur en sciences politiques (universitédelaSorbonne) et
diplômée en Master d’économiepolitiqueinternationaleàlaLondon School of Economics.
Elleadirigé Prospectived’unmonde en mutatio n(L’Harmattan, coll. Prospective, 2010)et
est co-auteur de plusieurs livres en prospectiveet management dont Regards de femmesDRH
esur un monde mutatio n(Pearson, 2011), Le DRHdu3 millénaire (Pearson, 2009), Le
e
dirigeant du 3milllénaire(Editionsd’Organisation, 2006).
1TimJackson, Prospérité sans croissance,la transition vers une économie durable, Editions
DeBoeck, 2010pourla traductionfrançaise,p. 30.
2DominiqueBourg, Kerry Whiteside, Vers une démocratie écologique, le citoyen, le savant
et le politique,Seuil,LaRépubliquedesidées, 2010.12 Au-delàdelacrisefinancière
Lesactifs financiersdans lemonde représententenviron 220 000milliardsde
dollars, soitplusdequatrefoislePNBmondial.Prèsde150000milliardsdedollars
3sont de la dette sous toutes les formes . Depuis2008, l'endettement des États-Unis a
augmenté de 2000 milliards de dollars,celuidel'Italie de 300 milliardsd'euros,
celuide la France de 900 milliards– selon la versiongouvernementale— ou 300
4
milliards— selon la versionde la Cour des comptes.Le volume destransactions
financièrestémoigneégalement du différentielqui s’est installé entrelafinance et
l’économieet la sphère financière pèse douzefois plus quel’économie réelle dans
5
leséchanges .
Comment expliquer ce phénomène? La financiarisationdel’économie
s’explique-t-elle parune volonté politique systématique de privilégier la croissance
économiquemondiale, selonla thèsedeTimJackson,oupar uneprisedepouvoirde
la sphèrefinancière sur le politique, comme le montrelefilm documentaire Inside
6
Job , et par l’hégémonie d’unnouveau paradigme financier globalisé etspéculatif,
comme le pense le financier mécène George Soros? Nous chercherons icinon pas à
donnerune seule clédelecturemais plusieurs,qui viendront expliquer les causes et
lesméfaits de la crise financière actuelle.Lacrisefinancièreestà relier avec le reste
de la crise systémiquequenous vivons.Comme d’autres champs,lafinance doit
s’adapter aux mutations mondiales et évoluer en interdépendanceavec le restede
l’activitéhumaineplanétaire.
Mais ce livreaaussipour ambitionde regarder au-delàdelacrisefinancière.
Nous mettrons en avant l’innovationquiexisteaussidans le domainefinancier et
monétaireennous faisant le relais de plusieurs initiatives.Lessolutions de sortie de
crise aux niveaux local et expérimental sont nombreuses.Ce qui semble manquer
terriblement, c’est la volontépolitiquedechanger d’échelle et d’effectuerune
transitionéconomique ; c’est de passer à une coordinationinternationaleet de
réformer réellement le systèmefinancier international classique tout en s’appu yant
sur les innovations monétaires de tou tes sortes.Comment expliquer quel’absence
d’éthique règle une partie du quotidien des marchés financiers? Comment justifier
l’absence de réglementation? Comment expliquer que,bienque de nouveaux
indicateurs de mesuredela richesse(économiques, sociaux et écologiques) existent,
ils soient sipeu utiliséspourlepilotagedespolitiquespubliques ?
La confiance dans le systèmemonétaireclassiqueest miseàmal et impose
que soientrevues les bases du contratsocial entre ses membres.Commentrester
indifférentàl’endettement des contribuables et des États? Comment ne pas voir
dans cettecrisel’opportunitépour queles citoyensréitèrent leur besoinde sécurité
etdeconfiancedansledomaine?
Cet ouvrage est donc une invitationànepas garder lesyeux fermés mais à
chercher à les ouvrir pour prendre dureculprospectif sur ce qui se passe et, surto ut,
sedonnerlesmoyensd’agir.
3Médiapart,7août 2011.
4Médiapart,idem.
5SelonlaBanquedes Règlements Internationaux.1 Teradollar=mille milliards de dollars,
in La financiarisationdel’économie,filmdocumentairedePabloRuiz, 2011.
6
InsideJob,filmdocumentairedeCharlesFerguson, 2010.ère1 partie
NouvellesvaleursetévolutiondelanaturedesrichessesValeursetcivilisations:quelquesrepèresanthropologiques
*Jean-ÉricAubert
Le textequi suit proposequelques points de repères pour saisir comment les
systèmes de valeur,et plus particulièrement les rapports àl’argent, se sont
différenciés entrecivilisations à travers l’espace,d’une part et,d’autre part,
comment ils ont évolué dans le temps dansunprocessus de convergence,
rapprochant les civilisations lesunes des autres,jusquedans la crisemultiforme à
laquelle ellessont aujourd’hui confrontées. Cetteanalysepart de quelques
observationstirées des neurosciences,car la question desvaleurs prend racine dans
lesfondementsbiologiquesdes sociétés.
Rapportsàl’argent et différentiations culturelles
• Lebesoindeprotection
Lesvaleurs les plus essentiellessont celles qui sont en rapport avec la survie
et la protection ; et lesréflexes de survie et de protectionont des fondements
neurologiques.Ainsi, des observations de neurosciences ont montréquelamonnaie
—lapossessiond’argent, plus précisément—était la première source de protection
7dans lessociétés développées contemporaines . On comprendquel’argent, et la
richessequipeut aller avec, joue un rôle siimportant dans nossociétés.Il remplace
la protectionqu’assuraient dans lessociétéstraditionnelles les communautés dans
lesquelles s’inséraientlesindividus,lesfamillesélargiesparexemple.
• Compétitionetcoopération
Autreaspect important quenous enseignent les neurosciences,et plus
généralement l’observation du vivant: les individus oscillent entredes
comportements de compétitionet de coopération. L’idéologie darwinienne, quia
accompagné la montée du libéralisme,donnait à voir lessociétés comme un univers
de luttepour la vie entreles espèces et a transférécette vision du monde à
l’économie. Mais les comportements de coopérationcomptent tout autant. Ils
s’observent déjàau niveau cellulairedans les formes élémentaires duvivant.Ils
s’observent aussiauseindes communautés animales.Et aujourd’hui, on retrouve
8touteleurimportancedanslefonctionnementdesentreprisesetdeséconomies .
De fait,nous pouvons discerner deux pôles dans nossociétés pour ce quiest
du positionnement de l’individu et desrapports qu’il peut entretenir avec l’argent.
*Expert international en politiques de l'innovationetstratégies de développement,Jean-Éric
AubertaétéChefdeprogrammesàlaBanquemondialeetàl'OrganisationdeCoopérationde
Coopérationet de Développement Économiques.Ila également étéconsultant auprès de
diverses institutions internationales,d'agences des Nations Unies et de la Commission
européenne. Au cours de sa carrière Jean-Eric Aubert est intervenu comme conseilet
évaluateur dans plus d'une quarantaine de pays de tout niveau de développement etadirigé
plusd'unecinquantainedepublicationsinternationales.Denationalitéfrançaise,ilest titulaire
de diplômes de troisième cycleen économie,et en mathématiques appliquées,desuniversités
deParis.IlestmembrecréatifduClubdeBudapestFrance.
7The Neurorevolution–How BrainScience is Changing our Worl d, Zack Lynch, Saint
MartinPress, 2008.
8Voir le numérodela Harvard BusinessReview d’août 2011,quicomprend un cahierspécial
surlacoopérationdansl’économieetl’entreprise.16 Au-delàdelacrisefinancière
Dansune perspectivedecompétition très individualiste, l’individuvachercher avec
l’argentà seprotéger partous les moyens, et celadonne le libéralisme le plus
achevé, mû par la maximisationdu profit etsource inexorable de montée des
9
inégalités, puisquel’argent vadeplus en plusàcelui qui enadéjà . Au contraire,
dansune perspectivecommunautaire, des mécanismes de redistribution sont mis en
placepourpermettreà unmaximumd’individusde survivre, sinonde s’enrichir.Cet
espritdecoopérationaétépoussédanssesformesultimesparlecommunisme.
• Régulationsetrèglesdujeu
Tant le libéralisme quelecommunisme extrêmes ont montréleurs limites.
Nous avonsvécu il y a une vingtaine d’années l’échec et l’effondrement du
communisme–du moins danssaforme occidentale. Nous éprouvons aujourd’hui
avec acuité les problèmes qu’engendre unexcès de libéralisme quand il lâche la
brideà un capitalisme délirant.Iciànouveau,l’éclairage des neurosciences est
intéressant. On observequeles processusspéculatifs—lejeu de manièreplus
générale— sontsource de plaisir,et cette source selocalisedans le cerveau dans la
même zonequecelle oùsemanifesteleplaisir de l’orgasme.Deplus,lorsque
l’individu joue, il minimiselesrisques de pertes; c’est pourquoi il s’engagedeplus
en plus dans des mises,en dépit des pertes qu’il peut subir,car c’est toujoursun jeu.
La minimisationest d’autant plus grandequel’argent duspéculateur est celuides
10
autres,comme c’est le cas dutrader .On comprenddans ces conditions pourquoi et
commentsedéveloppent des économies «casinos» au niveau mondial.Ce sont
elles quiont conduit aujourd’huile monde financier et économique au bordde la
catastrophe,avec des conséquencessociales,écologiques, voire guerrières,
potentiellesincommensurables.
On voit bien dès lors l’importance qu’ilyad’établir desrègles du jeu dans
lessociétés pour prévenirtoutessortes d’excès, excès qui sont inévitables dans la
mesureoù ilss’enracinentdans lesfondementsbiologiquesdescomportements.Nos
frères les animaux eux-mêmes font l’expérience du besoinde tellesrègles.Ainsi, au
seindes bandes de singes,onacceptelepouvoir de mâles dominants pour prévenir
la violence, ou bien on organisele regroupement des femelles autour des petits pour
les protéger.Lessociétés humaines mettent en place des mécanismes plus
sophistiqués,des règles institutionnelles,mais les motivations sont,au fond, les
mêmes.
Ilenestainsidesmécanismesmisenplace,parexemple,pourluttercontrela
corruptionet la prédation. Lorsquelacorruption et la prédation ne sont pas
contrôlées,lessociétéss’installent durablement dans desrapports de pouvoir et
d’exploitation difficilesàchanger.Ceux qui sontvictimes de la corruption n’ont
souvent pas le choix quedepayer et d’entretenir ainsila perpétuationdusystème,
car ilyva de leur survie,qu’il s’agisse de se procurer de la nourriture, unlogement
11
ou des places dans les écoles . La corruptionneprend pas nécessairement des
9ÉcritsdePaulJorion,etnotamment Le Capitalismeàl’agonie,Fayard, 2010.
10Voir,pour plus de détail, l’article d’AngelaSirigu,dans Le Monde datédu 8 octobre 2011
(cahier«Scienceettechnologies»).
11 Travaux d’Esther Duflo sur la luttecontrelapauvreté, notamment ceux exposés dans Le
développement humain,ÉditionsduSeuil, 2010.Valeursetcivilisations:quelques repèresanthropologiques 17
formes exacerbées,et elle peut même contribueràmaintenirune certaine paix
sociale sielle est assortiedeprocessus de redistribution suffisamment équitables.
C’est le cas par exempledans lessociétés asiatiques (d’ExtrêmeOrient)bâtiessur
desrelations informelles entreindividus au sein de communautés plus ou moins
larges. La corruptionpeut aussi jusqu’à uncertainpoint êtrecodée et acceptée
comme instrument de régulationd’économie politique, comme en attestent la
pratiquedes lobbys ou les procédures de commissions dans les marchés
internationaux.
• Différentiationsculturelles
On peut schématiquement positionner les pays et les cultures du monde sur
12une carte où l’axehorizontal mesurelecaractèreplus ou moins individualisteou
communautairedessociétés(lepenchantversl’individualismeétantà gauche),etoù
l’axe vertical indiquelecaractèreplus ou moins corrompu des économies (l’excès
de corruption étant en bas). Quelques pays,ou quelques cultures,méritent quel’on
s’yattarde unpeu.
Les pays nordiquesse situent en haut duschéma, faisant preuved’unbon
équilibre entre comportements individualisteet communautaire, et de la plus grande
retenueenmatièredecorruption. Cestraditions d’anticorruption remontentàdes
pratiques instituées au Moyen Âge, sans doutebienavant, et renforcées par
l’adoptiondu protestantisme luthérien, particulièrement rigoureux. Quant au bon
équilibre entre individualisme et priseencharge communautaire, certains
l’interprètent comme résultant de la possibilitédel’exercice d’unindividualisme
13radical , dans la mesureoù l’État assume toutes les charges autrefois dévolues aux
communautéstraditionnelles,notamment à la famille ; dans ces conditions,
l’individu peut jouir de la possibilitéde vivrecomplètement son«individuation».
Cettecombinaison entre unfort lien social etune fortecapacitéd’expression
individuelle peut expliquer aussi l’efficacité économiquedont font preuveces
sociétés(voirci-après).Lesraisonspourlesquellesles paysnordiquesprésententces
traits particuliers résident sans doutedans les conditionssingulières dans lesquelles
ils ont évolué. Un climat rude exige une grandedisciplinecollective. Lessociétés
reposaient également beaucoup sur les femmes,car les hommes partaient en de
longues expéditions en forêt ousur mer pour assurer la survie des communautés.
Les peuplesse sont aussi soudés pour résister aux convoitises de leurs puissants
voisins, tellelaRussie.
Lespays rhénansprésententdestraitsquilesapparententauxpaysnordiques,
dans le cadred’un individualisme«coopératif», avec une sociétécivile fortement
structurée et décentralisée. Des principes de sécurité sociale«bismarkiens»,
mobilisant l’épargne des entreprises,assurent la protectiondes individus.Des
principes éthiquesrigoureux réduisent les dérives de corruption, même si une
certaineopacitéaffectelestransactionsfinancières(le secretbancaire suisse).
12Cf.figure1 infr a .
13«The NordicWay», communications présentées au ForumdeDavos, 2011, notamment
l’articledeH.BerggrenetL.Tragardh.18 Au-delàdelacrisefinancière
Les pays anglo-saxons se situent dans le quadrantsupérieur gauche. Ils se
caractérisent parunfort individualisme,mais qui s’exerce sans protectionde l’État.
Cela poussel’individuà s’enrichir pour assurersaprotectionetson bien-être à long
terme. Ces pays ne sont pas exempts de formes de corruption, bien qu’ellessoient
codées et bordées (lobbying), et qu’elles opèrent dans des économies asse z
vigilantesquantàla transparencedesopérationsfinancières.
Fig. 1—Rapportsàl’argent
La France se situe aussidans ce quadrantsupérieur gauche, mais avec une
fortedosedeprotectionpour les individus.Elle est assurée par l’État ettoutessortes
d’institutions,par exempleles grands corps et lessyndicats,et des dispositifs
comme une sécurité sociale bien développée.La corruptionest assez présente dans
le système, comme en témoignent nombre d’enquêtes internationales auprès des
milieux d’affaires,quiontune assez mauvaiseimage de la France de ce point de
14vue .
Lessociétés asiatiques,onl’a déjà dit, sontsituées plutôt dans les quadrants
droits du schéma, fonctionnantsur des protections communautaires.Il ya toutefois
des différences importantes entreelles.Par exemple, le Japon est plus
communautaire que laChine,avec une société trèsintégrée,où l’onpeut,àlalimite,
avoir du malà discerner l’État comme une entité séparée de la société civile.Les
deux puissances présentent aussidestendances marquéesàlacorruption, mais les
effets n’en sont pas les mêmes.Au Japon, cettecorruption sembleaujourd’hui
engendrer des blocages politiques et administratifs en chaîne ; en Chinela
corruptionmettrait plutôt de l’huile dans lesrouages de l’économie, mais elle est
source d’excès de pouvoir,d’inégalités croissantes et d’opacités financières qui
pourraientfinirparmettreenpéril toutle système.
Les pays en développementse situent plutôt dans les quadrants sous
l’horizontaleet du côtédes organisations communautaires, offrantàl’individu des
protections diverses,plus souvent en naturequemonétaires.Encorefaudrait-il
nuancer l’analyse, suivant les cultures.Deplus,les choses évoluentvite, avec la
mondialisationet les communications, y compris lestéléphones mobiles qui
permettent de toucher l’argent des diasporasàla vitessedelalumière, ce qui
contribue à détacher les individus desstructurestraditionnelles dans lesquelles ils
sont enchâssés.Laprésence d’une fortecorruptiondans de nombreux pays en
14
Parexempleles«benchmarking»duWorldEconomicForum.Valeursetcivilisations:quelques repèresanthropologiques 19
développement n’est pas dueà une sortede tareoriginelle dont ces pays seraient
porteurs.C’est la conséquence des déstructurationssociales provoquées par la
décolonisation, quia bouleverséles modes de régulation ancestraux par lesquels les
sociétésenquestionprévenaientlesexcèsdepouvoiretdeprédation.
Nous voyonsà traverscesexemplesquelescomportements sontendéfinitive
fortement influencés par les conditions objectives dans lesquelles les peuplesse sont
développés,lessituations géographiques et climatiques dans lesquelles ilsse sont
trouvés, et les expériences historiques qu’ils ont eues. Il n’ya rien de secret ni
d’innédanslescomportementsquel’onobserve.
Uneautrecartographie intéressantepositionne les pays en fonctiondela
performanceéconomiqueetdu lien social—laqualitédece derniercontribuantà la
15 16vigueur de la première. Cettecartographie , réalisée sur les pays européens , met à
nouveau en exergueles pays nordiques quiontàlafois de bonnes performances
économiquesetdeslienssociauxforts.
Fig. 2—Performanceéconomiqueetlien socialenEurope
Les anciens pays communistes de l’Europe de l’est présentent encore des
lienssociaux forts, maissous une formequi grèveleurs performances économiques.
Lespaysdu sudprésententàlafoisdesperformanceséconomiquesmédiocresetdes
liens sociauxdistendus.LaFranceoccupe unepositionmédiane.
Lesrapports au monde et la«polycrise»contemporaine
Nous avonssurvoléles pays et les civilisationsà travers l’espace. Nous
pouvons aussiparcourir l’histoirehumaineà travers le temps. Nous distinguons
quatregrandespériodesen fonctionde la technologieetnousobservonsque, suivant
17lamaîtrisedela technologie,les rapportsaveclanaturediffèrent .
• Quatrepériodesdansl’histoirehumaine
Il ya tout d’abordlessociétés primitives—ou «premières»—quine
maîtrisentpasla technique,quiconsidèrentquelanatureestpeupléed’esprits,etqui
entretiennent avec cette dernière desrapports de«participation» par des pratiques
15Cf.figure 2infr a .
16L’Etat social de la France,ODIS,LaDocumentationfrançaise, 2010.
17Jean-Eric Aubert,«L’Esprit des peuples», in Prospectived’unmonde en mutatio n,
L’Harmattan, 2010.20 Au-delàdelacrisefinancière
et desrituels pour s’en approprier les forces (ainsidu chasseur qui va visualiserses
proiesautraversde transes).
Ilyaensuitela période agrairequi débuteau néolithiquequelque8 000 ans
avant notre ère. Les hommes ont progressé dans l’exploitationde la nature: ils
organisent l’irrigation, ilssélectionnent les plantes et lessemences,etc. Des
conurbationsurbainesse forment,fruits des progrès de la productivité agricole et du
développement du commerce et des échanges.Le rapport avec la naturedevient
alors un rapport de«composition»,et non plus de participation. On commenceà
aménagerlanature, toutencomposantaveclesloisduvivant,aveclessaisons,etc.
LaRévolutionindustrielle,annoncéeparlecoupdeforcedeDescartesquidit
«je vis quele temps étaitvenu de nous rendre comme maître et possesseur de la
nature»,fait évoluervers un rapport de « réquisition» de la nature, et du monde
plus généralement.Ce rapport,identifié par Heidegger, se réaliseentreautres dans
l’enrôlement des hommes dans la machine industrielle comme travailleurs,et aussi
comme consommateurs.La réquisitiondu monde débouche inéluctablementsur la
surexploitationdes ressources naturelles,les dérèglements climatiques et la pertede
la biodiversité. Pour la premièrefois de son histoire, l’homme interfèreet pèse sur
l’histoiredu monde, en modifiant profondément le climat, ouvrant ainsi une èreque
18certainsappellentl’«anthropocène»,précisémentpourcette raison .
La révolutioninformatique, accompagnéedes progrèsréalisés en génétique
et dans les nanotechnologies et des évolutions dans d’autres domaines,la finance,
par exemple, ouvre un nouveau rapportàlanaturequi vientse superposer au
précédent: un rapport de«programmation»,quin’est passansrisques.Lacrisedes
subprimes en est une illustration. Mais ily a bien d’autressujets de préoccupation:
des OGM,aux conséquences potentielles non maîtrisées,aux effets inconnus des
nanotechnologies.
• Ladérivecontemporaine
On voit bien comment,au fil des progrès de la technique, la posturementale
vis-à-visdelanatureaévolué ;enfait,elle s’estinversée.Lapériodeactuelle,enfin
decompte, secaractériseàlafoisparuneformede réquisitiondumonde,opérée sur
lemode subtildelaprogrammation,etuneformede spéculation,danslaquelleon se
laisseallerà une sortedejouissanceincontrôlée.
Àl’opposédela spéculationeffrénée, il yal’attitude du moine, ou plus
généralement du sage, quimédite, quifaitretour sur lui-même etsur le mondeavec
quiilentreenempathie.Curieusement,c’est toujoursdanslamême zoneducerveau
quel’on voit les effets de la méditation inductricedejouissance, lorsqu’elle est
conduiteà sesprofondeursultimes.
L’on n’est pas obligéd’atteindrel’intensitédelaméditationdes moines
bouddhistes pour vivre une empathieavec le monde, et nombredenos
contemporainsvivent quelque chose de cet ordre lorsqu’ilsrespectent la nature et
contribuentàla transformationdumondeen unjardinplanétaire.
18
VoirnotammentlesécritsduclimatologueClaudeLorius surcenéologisme.Valeursetcivilisations:quelques repèresanthropologiques 21
19
Nous pouvonsànouveau tracerune carteavec quelquesrepères .Sur l’axe
horizontal,nous retrouvons l’opposition compétition/coopération et, sur l’axe
vertical,nouspouvonsmettrel’opposition spéculation/méditation.
Fig. 3—Trajectoiresglobales
L’humanité s’est laissée entraîner dans le quadrant en haut àgauche
combinantunexcès de compétitionet de spéculation. D’où les crises multiformes
auxquelles elle doit faire face: financière, économique, sociale, écologique. Ces
crisesvont nécessairement induire des forces de rappel,pour ramener l’humanité
vers le centredu graphique.Ce n’irapassanssouffrances etsanstensions.Celapeut
être très proche, sila crise financière, ind uite par les excès de la spéculation,
s’accélère. Le système vapeut-être bien s’effondrer avant d’avoirretrouvé des
facteurs de stabilisation, par exemple sous forme d’une relance contrôlée de la
croissanceoudel’inflationpermettantde réduirelesdettesetleseffetsdepanique.
Dansuncontexted’effondrement financier et économique, un
réaménagement desvaleurssur de nou velles bases devra s’opérer.Des monnaies
complémentaires à celles actuellement en usage vont apparaître (voir la contribution
de Bernard Lietaer dans cet ouvrage). De nouveaux indicateurssocio-économiques
vontse répandre.Ilsrépondentau soucide voirlemonde sous unjourdifférentdans
un contexteoù lesvaleurs purement monétaires mesurant la croissance vont être
fortementremises en cause. De tels indicateurssont déjàapparus.C’est,par
exemple, l’indicateur du développement humain mis au point il ya une dizaine
d’années par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD),qui
combine le PIB, l’espérance de vie et le niveau d’éducationdes populations pour
mesurer la «performance» des pays.C’est aussil’indicateur du bien-être
récemment mis au point par l’OCDE,quicombine une série de onzeindicateurs
objectifs, tel que revenu,logement,éducation, protection sociale, environnement,
etc.,que tout unchacunpeut,par Internet,pondérer en fonctionde ses propres
préférences.
• LeBhoutanetl’intégrationdesvaleurs
Certains pays se sont engagés depuis longtemps dans des approches
éloignées des mesures purement monétaires de la croissance. C’est le cas du
Bhoutan, petitroyaume bouddhiste situéau cœur des Himalayas,avec le concept du
«Bonheur National Brut» (BNB).Lancé ilyaprès de quaranteans,leconcept a
19
Cf.figure 3infr a .

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