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Au-delà du marché quand le lien importe plus que le bien

De
176 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296306608
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Achevé d'imprimer par Corlet 47019 - Dépôt N° d'Imprimeur:

Numérique - 14110 légal: janvier 2008

Condé-sur-Noireau en France - Imprimé

ÀU-DELÀ

DU MARCHÉ:

Quand le lien importe plus que le bien

Du même auteur: LE NED-MARKETING Olivier Badot et Bernard Cova ESF éditeur, Paris, 1992

1995 ISBN: 2-7384-3491-6

@ L'Harmattan,

Bernard COY A

,

AU-DELA DU MARCHE: Quand le lien importe plus que le bien

Éditions L'Harmattan 5-7, rue l'École-Polytechnique 75005Paris

Collection Dynamiques d'Entreprises
ALTERSO HN Claude, De la sous-traitance au partenariat industriel,

1992.
LOQUET Patrick, Sauver l'emploi et développer les compétences, le double enjeu de la gestion prévisionnelle des hommes et des emplois,

1992. SUMIKO HIRATA Héléna (ed.), Autour du «modèle» japonais. Automatisation, nouvelles fOrmes d'organisation et de relations au travail, 1992. GILBERT Patrick, GILLOT Claudine, Le management desapparences. Incantations, pratiques magiques et management, 1993. REGNAULT Gérard, Motiver lepersonnel dans lesP.M.E., Approche pratique,1993. BREILLOT Jean-Marie, REINBOLD pétence dans l'entreprise, 1993. Marie-France, Gérer la com-

BEC Jacques, GRANIER François, SINGER Y Jacky, Le consultant et le changement dans la fOnction publique, 1993. GUIENNE-BOSSAVIT Véronique, Etre consultant d'orientation psycho-sociologique. Ethique et méthodes, 1994. SPIELMANN Michel, Ceshommes qu'on rachète, aspectshumains des concentrations d'entreprises, 1994. BOUTILLIER Sophie, UZUNIDIS Dimitri, Entrepreneurs et innovation en Grèce. L'entrepreneur révolutionnaire, 1994. PIGANIOL-JACQUET Claude, Gestion des ressources humaines: analyses et controverses, 1994. REGNAULT 1994. Gérard, Animer une équipe dans les PME aujourd'hui, (ed.), Nouvelles approches des gestions

LOUCHART Jean-Claude d'entreprises, 1995.

MARCON Michel, SIMONY Nadia, Les transfirmations du comité d'entreprise, 1995. DOLY Jean-Pierre, MON CONDUIT contrainte et liberté, 1995. François, L'entreprise entre

MESSIKA Liliane, Les dircoms, un métier en voie de professionnalisation, 1995.

A la femme fontaine.

A V ANT -PROPOS
Question d'âge ou mutation sensible de nos sociétés occidentales? La plupart des personnes côtoyées aujourd'hui semblent avoir entamé un revirement copernicien dans leur façon de voir la vie, de donner un sens à leur vie. Alors que la décennie précédente avait porté au pinacle les notions de réalisation individuelle et de libération de toutes les contraintes familiales, la décennie quatre-vingt-dix montre des signes importants de retour de la communauté et du lien social. Aujourd'hui, lorsque nos contemporains parlent du sens de leur vie, c'est de plus en plus du sens qu'ils peuvent donner à leurs relations réciproques dont ils parlent, du sens social, et non du sens de leur trajectoire individuelle. Mais les mots ne sont pas au rendez-vous, les repères sémantiques sont encore ceux des décennies précédentes, les théories scientifiques sont encore surdéterminées par l'individualisme méthodologique. Il y a aujourd'hui un manque certain de compréhension du monde, une vision décalée de l'activité socio-économique, une démission des sciences de l'homme. La sociologie, l'économie et surtout les sciences de gestion ne semblent pas être à la hauteur de la formidable mutation de la vie quotidienne. Ces sciences occultent ou, au mieux, minimisent cette mutation pour la faire rentrer dans une de leurs cases préfabriquées, alors qu'elle est à même de faire exploser complètement leur cadre de références. Le lien importe plus que le bien: ce leitmotiv postmodeme porte à lire une grande partie de notre vie quotidienne avec un oeil neuf. A partir de cette phrase simple, de nombreux phénomènes, jusqu'alors mal compris, s'éclairent et trouvent une place légitime 7

dans la vie quotidienne. Pour un enseignant-chercheur en école de gestion (une de ces fameuses business schools héritées du modèle nord-américain), la rupture paradigmatique provoquée par cette phrase est d'autant plus forte que le corpus théorique qu'il manipule habituellement est fortement marqué par l'économisme, c'est-à-dire par une façon de comprendre et d'expliquer la vie quotidienne essentiellement à l'aune de l'intérêt individuel. Cet essai représente ainsi un cheminement. Un cheminement qui, en trois ans, a amené l'auteur d'une vue relativement normative de la vie selon les sciences de gestion à une vue pluraliste qui combine anthropologie, ethnologie, géographie, sémiologie, sociologie... pour aller, au-delà du marché, essayer de mieux appréhender les phénomènes de gestion dans la vie quotidienne. Il présente même une certaine logique: d'abord étayer le leitmotiv présenté pour le rendre plus accessible à un esprit rationnel, ensuite en décrire les retombées sur la manière de voir certains aspects de la gestion, enfin, en faire un parti-pris pour regarder différemment de nombreuses situations quotidiennes. La volonté de l'auteur n'est cependant pas de créer un mouvement politique (et souvent normatif) à saveur "communautariste" visant à restaurer le sentiment de responsabilité sociale tel que l'ont développé en Amérique du Nord le sociologue Amitaï Etzioni et le philosophe Charles Taylorl, mais, beaucoup plus simplement, d'espérer faire entrevoir et appréhender les effets possibles d'un retour de la communauté dans nos sociétés occidentales dites postmodemes.

1Voir les numéros de la revue trimestrielle Responsive Community. 8

nord-américaine

The

I POSTMODERNITE ET METAMORPHOSES DU LIEN SOCIAL
Tout commence par un mot qui sert autant d'attracteur étrange que de repoussoir: le postmoderne et sa dérivée sociale, la postmodernité. On peut rejeter en bloc tout le verbiage qui l'accompagne ou, au contraire, essayer d'en apprécier le potentiel d'interrogations et de questionnements. Le terme postmodernité rend compte, de façon très précise, de la condition sociale qui a émergé dans les pays riches d'Europe et d'Amérique du Nord au cours du XXe siècle, et a pris progressivement sa forme actuelle dans la seconde moitié du siècle2. Il est précis car il met l'accent sur la continuité et la discontinuité comme les deux facettes d'une même relation complexe entre la présente condition socioéconomique et celle qui l'a précédée. Il met en lumière le lien génétique intime qui rattache la nouvelle condition postmoderne à la modernité, c'est-à-dire à la condition socio-économique qui a émergé en Europe avec les Lumières pour prendre sa forme finale à la fin du XIXe siècle - une pratique sociale et un mode de vie articulés sur le changement, l'innovation et le mythe du progrès.
2Bauman, Z. (1992). "A Sociological Theory of Postmodernity" in Beilharz, P., Robinson, G. et Rundell, J., eds. Between Totalitarianism and Postmodernity. Cambrige : MIT Press, pp. 149-162.

9

La postmodernité peut ainsi être comprise comme une modernité complètement développée; une modernité qui va au-delà de sa mauvaise conscience et commence à comprendre ce qu'elle produisait depuis toujours (de l'ambivalence et du pluralisme) et qui admet que les objectifs qu'elle s'était originellement fixés (la liberté individuelle et l'ordre rationnel) ne seront jamais atteints parce qu'ils ne peuvent être que des moyens et non des fins. Au quotidien, la postmodernité nous confronte aux métamorphoses du lien social, c'est-à-dire aux mutations de la forme des relations entre individus. Et ce sont ces mutations qui n'ont cessé au travers des âges - de l'an mille à l'an deux mille d'accompagner les grandes transformations de nos sociétés occidentales: tradition, modernité et enfin postmodernité. De la association communauté moderne traditionnelle à la libre-

Pour appréhender la condition postmoderne, on peut ainsi partir du constat que la modernité est entrée dans l'Histoire, au beau milieu de notre millénaire, comme une force de progrès promettant de libérer l'homme de l'ignorance et de l'irrationalité caractéristiques de ce que l'on nommait la tradition moyenâgeuse; tradition qui s'était elle même instaurée après les siècles d'instabilité du précédent millénaire. Ainsi, tant qu'ont persisté les médiations traditionnelles (famille, lignage, village, quartier, religion...) qui soutenaient les croyances archaïques, le moderne n'a eu de cesse de s'en rendre libre pour réaliser l'idéal éclairé du sujet libéré. Alors que dans la perspective traditionnelle, l'individu nourrissait son identité par la confrontation émotionnelle avec les gens, les objets et les lieux de ce qui lui apparaissait être sa communauté (le village, le quartier...), dans la perspective moderne, le lien social était compris au sens strict comme ce qui lie les individus, c'est-à-dire ce qui les entrave. Et le contrat est apparu alors comme un recours contre la mauvaise communauté, celle qui asservit les individus3. La modernité a
3Farrugia, F. (1993). La crise du lien social: essai de sociologie critique. Paris: L'Hannattan. 10

ainsi opposé la notion de contrat (choix volontaire et réversible fait par chaque individu de s'associer à d'autres dans un cadre limité) à la notion traditionnelle de communauté (obligation subie, irréversible et sans limite pour chacun de ses membres). L'individu est devenu primordial dans l'idée de modernité: c'est plus la différenciation que la communion qui a pu alors guider l'action des individus. Pour s'extirper des communautés, considérées comme reliquats moyenâgeux, le moderne s'est appuyé sur de nouvelles médiations, agrégations rationnelles et quasi-universelles de liens impersonnels d'individus, comme l'état-nation ou la classe sociale. Il a ainsi opposé l'intimité, l'émotion, l'opacité et la proximité des relations traditionnelles fondées sur le communautaire, à l'impersonnalité, la rationalité, la transparence et l'up.iversalité des relations modernes fondées sur l'utilitaire et l'économique. Pour réaliser sa libération, le moderne a développé l'économie de marché qui est alors apparue comme le plus fort agent de dissolution des communautés anciennes que l'on ait pu trouver. Mais en fait, "nous n'avons jamais été modernes", comme l'écrit Bruno Latour4, et les nouvelles médiations ont autant perduré en raison de leur fondement contractuel que grâce à l'émotion partagée de ses membres et à leur poussée naturelle à recréer le lien social. Ainsi, ce que l'on a pu appeler la conscience de classe et encore la conscience nationale, à côté de leurs justifications rationnelles, ont reposé, pour une bonne part, sur une forme d'élan communautaire fait de sentiments et de passions partagés. Certaines époques et certaines régions ont cependant approché le modèle parfait du rapport social moderne. Ce fût le cas, semble-t-il, de l'Angleterre des XVllIe et XIXe siècles où, comme l'écrit durement Disraeli dans Sybil, "la modernité ne connaissait pas de voisin", et l'isolement des individus dans les grandes villes était alors extrême.

4Latour, B. (1991). Nous n'avons jamais été modernes: d'anthropologie comparée. Paris: La Découverte.

essai

1 1

Au travers de la mise en pratique des grandes utopies modernes politiques et scientifiques développées au XIXe siècle, le XXe siècle a ensuite vécu intensément le mythe de la libération de l'individu. Ces utopies dites du lien universel ont décliné, chacune à leur manière, les idées de fraternité universelle, de foule solidaire, de village global... ; elles saluaient toutes les vertus libératrices de la civilisation technique et de ses réseaux qui devaient permettre une communication sociale parfaite, une transparence universelle, facilitant le choix de liens contractuels à l'opposé de l'opacité locale des communautés rurales isolées et de l'entrave des liens traditionnels. Les réseaux de communication de tous genres (transport, information...) étaient ainsi envisagés comme créateurs du nouveau lien universel, comme outils d'un globe solidaire et communicant. Saint-Simon et le saint-simonisme ont fait, sur ce plan, figure de précurseurs avec leur apologie des chemins de fer comme moyen de relier des individus libres5. Au XXe siècle, la poursuite du mouvement de libération de l'individu a eu pour aboutissement l'éclatement et la délégitimation de toutes les types de regroupements hérités des siècles précédents, qu'ils soient traditionnels ou contractuels. Le village global semble être devenu une vraie planète virtuelle où communiquent librement des individus qui ont de moins en moins d'entraves sociales. En conséquence, aujourd'hui, jamais l'individu n'a été aussi libre dans ses choix privés et dans ses choix publics, jamais il n'a été aussi seul et en rupture de l'esprit communautaire face à un tissu social qui n'en finit pas de se déchirer.

5Mattelart, A. (1994). L'invention Découverte.

de la communication.

Paris: La

12

Le lien tribalisme

postmoderne

individualisme

versus

Selon un premier courant de recherche conduit en France par le sociologue Gilles Lipovetsky6, la postmodernité se caractériserait ainsi par l'individualisme, aboutissement logique de la quête moderne de libération des liens sociaux, qu'ils relèvent de communautés traditionnelles ou d'agrégations modernes. L'individu postmoderne, dégagé des limites étroites des communautés et autres agrégations, se trouve remis à luimême et en position de devenir totalement autonome. Dans la postmodernité, la conquête de soi est devenue inéluctable et chacun, d'où qu'il vienne doit faire l'exploit de devenir quelqu'un en se singularisant? Le droit à la liberté, en théorie illimité, mais jusqu'alors (dans la modernité) socialement circonscrit dans l'économique, le politique et le savoir, gagne les moeurs et le quotidien. S'impose ainsi l'idée d'une condition postmodeme où l'individu, dégagé des idéaux collectifs comme du rigorisme éducatif, familial et sexuel, opère un processus de personnalisation, façon de gérer les comportements, non par la tyrannie des détails, mais avec le moins de contraintes et le plus de choix possibles. Nous sommes entrés dans l'âge de l'individu quelconque, c'est-à-dire une époque où n'importe qui peut (et doit) s'exposer dans l'action personnelle afin de produire et montrer sa propre existence, sa propre différence. La mobilité caractérise l'action de cet individu quelconque, tant sur le plan spatial que sur le plan social: comme l'écrit Jean Baudrillard8
6Lipovetsky, G. (1983). L'ère du vide: essais sur l'individualisme contemporain. Paris: Gallimard. Lipovetsky, G. (1987). L'empire de l'éphémère: la mode et son destin dans les sociétés modernes. Paris: Gallimard. Lipovetsky, G. (1990). "Virage culturel, persistance du moi". Le débat, mai-aôut, W60, pp. 264-269. Lipovetsky, G. (1992). Le crépuscule du devoir: l'éthique indolore des nouveaux temps démocratiques Paris: G.allimard. 7Ehrenberg, A. (1991). Le culte de la performance. Paris: CalmannLévy. 8Baudrillard,1. (1986). Amérique. Paris: Grasset, p. 192. 13

pour les nord-américains, "libéré est l'homme qui change d'espace, qui circule, qui change de sexe, de vêtements, de moeurs selon la mode, et non selon la morale, qui change d'opinion selon les modèles d'opinion, et non selon sa conscience" . L'individu postmoderne est ainsi devenu un nomade du présent; il n'a plus ou peu d'attaches sociales. La fragmentation de la société, et en particulier la fragmentation (et l'éphémérisation) de la consommation, sont parmi les conséquences les plus voyantes de cet individualisme postmoderne. Cette fragmentation est rendue possible et favorisée par les développements de l'industrie et du commerce: les produits et services ont progressivement dégagé l'individu de toutes les tâches aliénantes, résidus de la tradition, jusqu'à l'achat luimême. A partir de chez lui, et sans nécessité d'un contact social physique - grâce aux systèmes de télé-achat ou de Hom e Shopping Network - l'individu postmoderne peut obtenir a peu près tout ce qu'il désire. L'ensemble des produits et services offerts augmentent ainsi l'isolement de l'individu postmoderne en même temps qu'ils lui permettent d'être en liaison (virtuelle!) avec le monde entier (télécopie, télévision, téléphone, rnicroordinateurs reliés aux autoroutes de l'information...). Le processus d'égocentration induit par le développement et surtout la généralisation de l'informatique dans tous les aspects de la vie humaine caractérise le quotidien postmoderne9. En conséquence, la postmodernité peut être comprise comme une période de haute dissolution sociale et d'individualisme forcené. Mais, on peut aussi y déceler des tentatives de recomposition sociale: l'individu qui a enfin réussi sa libération totale des liens sociaux archaïques ou modernes, initierait un mouvement inverse de recherche de recomposition sociale, sur la base d'un libre choix émotionnel. Moins que la différenciation, c'est la dé-différenciation qui semble devoir guider l'action

9Virilio, P. (1993). L'art du moteur. Paris: Galilée.

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individuelle aujourd'hui. Si, comme l'écrit encore Jean BaudrillardlO, "la liberté est une forme critique, la libération par contre est une forme potentiellement catastrophique. La première confronte le sujet à sa propre aliénation et à son dépassement. L'autre mène aux métastases, aux réactions en chaîne, à la déconnexion de tous les éléments et finalement à l'expropriation radicale du sujet. La libération est la réalisation effective de la métaphore de la liberté, et dans ce sens elle en est aussi la fin". Ainsi, la postmodernité, selon un deuxième courant sociologique conduit par Michel Maffesoli11, consacrerait non le triomphe de l'individualisme, mais le début de sa fin avec l'émergence d'un mouvement inverse de recherche éperdue du lien social communautaire. Dans cette perspective, l'individualisme n'aurait correspondu qu'à une courte époque de transition: la "modernité tardive", comme le disent les architectes, et non la postmodernité. On peut ainsi faire ressortir que la dynamique sociale, caractéristique de notre ère postmoderne, est faite d'une multiplicité d'expériences, de représentations, d'émotions quotidiennes très souvent mal comprises. Alors qu'une telle dynamique est, la plupart du temps, expliquée par le rétrécissement sur l'individualisme, on peut la mettre en relation avec le tribalisme qui se développe dans nos sociétés occidentales. La notion de tribu renvoie à la résurgence de valeurs
archaïques

-

particularismes

locaux,

accentuation

religiosité,

syncrétisme,

narcissisme

de groupe

dénominateurest la dimensioncommunautaire.

-

spatiale,

dont le

lOBaudrillard, J. (1992). L'illusion de lafin, ou la grêve des évènements. Paris: Galilée, p. 151. Il Maffesoli, M. (1988). Le temps des tribus: le déclin de l'individualisme dans les sociétés de masse. Paris: Méridiens Klincksieck. Maffesoli, M. (1990). Au creux des apparences,. pour une éthique de l'esthétique. Paris: Plon. Maffesoli, M. (1992). La transfiguration du politique: la tribalisation du monde. Paris: Grasset. Maffesoli, M. (1993). La contemplation du monde: figures du style communautaire. Paris: Grasset.

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Le retour de la communauté? Mais, parler de communauté dans une période postmodeme ne signifie pas un retour à la communauté fermée traditionnelle12. La communauté postmodeme est plus volatile, plus éphémère, car chaque individu garde le libre-choix de s'en extraire quand bon lui semble. Les individus cherchent à recomposer des communautés sur les bases de leur particularisation, c'est-à-dire sur les bases produites par la décomposition des rapports sociaux, en essayant de donner à cette particularisation, un contenu qui soit saisissable du point de vue de l'individu singulier. Parler de communauté dans une période postmodeme, ce n'est pas non plus parler de regroupements rationnels et contractuels, car l'individu recherche une communauté émotionnelle pour vibrer ensemble, pour être, et pas forcément pour faire (il fait bien assez dans sa vie professionnelle !). La communauté postmoderne se situe, en fait, de manière peu définie encore, en tension entre la communauté traditionnelle et l'agrégation moderne. Elle est fragile et non explicite. Elle a donc besoin de supports pour faciliter et confirmer la réunion des individus. La société postmodeme, contrairement à la société moderne concevable comme un ensemble de groupes sociaux (catégories sociaux-professionnelles, classes, strates, ...), apparaît comme un maillage de micro-groupes sociétaux dans lesquels des individus entretiennent entre eux de forts liens émotionnels, une sous-culture commune, une vision du monde. Chasseurs, mordus d'informatique, immigrés somaliens, anciens d'Algérie, skinheads, entomologistes, riverains d'un site polluant ... forment des communautés plus ou moins stabilisées, invisibles
I2Le terme de communauté suggère traditionnellement l'existence de rituels, l'inscription dans la durée et la stabilité des relations selon Maffesoli, M. (1993). La contemplation du monde: figures du style communautaire. Paris: Grasset.

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