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Briser la dictature du temps

De
240 pages

Augmenté de 12 vidéos dans lesquelles l'auteur prolonge et affine son propos, ce grand classique de Bruno Jarrosson est désormais à nouveau disponible.



Le temps nous trahit. Plus nous cherchons à en gagner, plus nous avons la désagréable impression qu'il nous échappe. Dans le cadre professionnel ou en dehors, tous ceux qui subissent des contraintes d'horaire et d'agenda le constatent. Or, ce que Bruno Jarrosson nous apprend dans ce livre, c'est qu'il ne faut pas chercher à résoudre le problème du temps à travers sa mesure mais bien plutôt à travers son contenu. Et la question du contenu du temps n'a pas grand chose à voir avec sa mesure. Il ne s'agit pas de savoir si le temps paraît long ou court, si on l'a gagné ou perdu, toutes expressions qui se ramènent à la mesure de quelque chose d'abstrait et hors de notre expérience du présent. La question du contenu du temps est bien plutôt de savoir comment donner de l'épaisseur au présent. Et pour cela, il faut simplement donner du temps. Donner du temps pour en avoir. Pour nous aider à passer de la perception du temps mesuré à celle du temps ressenti, Bruno Jarrosson convoque littérature, histoire des sciences et philosophie dans un livre désormais classique que l'auteur a enrichi de trois nouveaux chapitres et qui nous ouvre les portes d'une connaissance intime du temps et des ses mécanismes.

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Bruno Jarrossonest ingénieur Supélec. Il a été huit ans ingénieur d’études en électronique et neuf ans chef de projet à l’association Progrès du management. Il est actuellement consultant en stratégie associé du cabinet Atlantic Intelligence. Il enseigne la philosophie des sciences à Supélec, la théorie des organisations à Paris IV Sorbonne et coordonne l’enseignement Humanisme et modernité à l’École Centrale. Il est auteur ou co-auteur de plusieurs ouvrages.

 

Du même auteur

 

Invitation à une philosophie du management,Calmann-Lévy, 1991.

Invitation à la philosophie des sciences,Seuil, 1992.

Décider ou ne pas décider ?(Prix Dauphine Entreprise 1995), Maxima, 1994.

Le décideur et les stratégies financières(avec Francis Olivier et Marc de La Chapelle), Dunod, 1994.

La Stratégie réinventée(avec Michel Zarka), Dunod, 1995.

Oser la confiance(avec Bertrand Martin et Vincent Lenhardt), INSEP, 1996.Humanisme et technique« Que sais-je », PUF, 1996.

Histoire des idées(ouvrage collectif) Ellipses, 1996.

Le Savoir, le Pouvoir et la Formation,Maxima, 1997.

De la défaite du travail à la conquête du choix(avec Michel Zarka), Dunod, 1997.

100 ans de management,Dunod, 2000.

Une fourmi de 18 mètres… ça n’existe pas(avec Ivan Gavriloff) (Prix Manpower 2001), Dunod, 2001.

Conseil d’indiscipline. Du bon usage de la désobéissance,Descartes, 2003.

Stratégie sans complexes,Dunod, 2004.

Pourquoi c’est si dur de changer ?Dunod, 2007.

Le temps des magiciens,éditions Le Pommier, 2010.

Les secrets du temps,Maxima, 2012.

Charles de Gaulle. Leçons de commandement,Maxima, 2012.

Chic, on change ! Mieux vaut prende un tournant qu’un mur,Dunod, 2013.

La panne de l’intelligence stratégique,L’Harmattan, 2014.

Quatre stratèges dans la Seconde Guerre mondiale,L’Harmattan, 2015.

De Sun Tzu à Steve Jobs. Une histoire de la stratégie,Dunod, 2016.

 

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8, rue Pasquier, 75008 Paris

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©Maxima, Paris, 2016 ISBN : 978-2-8188-0690-6.

Photo de couverture : Okalinichenko – Fotolia.

Conception et réalisation couverture : Agnès Szynkier pour Maxima.

 

Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.

REMERCIEMENTS

 

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier tous ceux qui, parfois, sans le savoir, m’ont fait l’immense cadeau de m’aider à percer les secrets du temps : Éric Albert, Élisabeth Delorme, Pierre-Louis Desprez, Alain Farel, Dominique Genelot, Dominique Georg, Georges Ivanoff, Pascale Joffroy, Daniel Le Bert, Patrick Légeron, Jean-Claude Luxey, Dominique Pon, Lucien Saudreau, Silvère Seurat.

Chacun a mis un peu de sa pâte dans ce livre.

Citation

 

 

« Oui, c’est cela, mon cher Lucilius, revendique la possession de toi-même. Ton temps, jusqu’à présent, on te le prenait, on te le dérobait, il t’échappait. Récupère-le, et prends-en soin. La vérité, crois-moi, la voici : notre temps, on nous en arrache une partie, on nous en détourne une autre, et le reste nous coule entre les doigts. Pourtant, il est encore plus blâmable de le perdre par négligence. Et, à y bien regarder, l’essentiel de la vie s’écoule à mal faire, une bonne partie à ne rien faire, toute la vie à faire autre chose que ce qu’il faudrait faire.

Tu peux me citer un homme qui accorde du prix au temps, qui reconnaisse la valeur d’une journée, qui comprenne qu’il meurt chaque jour ? Car notre erreur, c’est de voir la mort devant nous. Pour l’essentiel, elle est déjà passée. La partie de notre vie qui est derrière nous appartient à la mort. Fais donc, mon cher Lucilius, ce que tu me dis dans ta lettre : saisis-toi de chaque heure. Ainsi, tu seras moins dépendant du lendemain puisque tu te seras emparé du jour présent. On remet la vie à plus tard. Pendant ce temps, elle s’en va.

Tout se trouve, Lucilius, hors de notre portée. Seul le temps est à nous. Ce bien fuyant, glissant,c’est la seule chose dont la nature nous ait rendu possesseur : le premier venu nous l’enlève. Et la folie des mortels est sans limite : les plus petits cadeaux, ceux qui ne valent presque rien et qu’on peut facilement remplacer, chacun en reconnaît la dette, alors que personne ne s’estime en rien redevable du temps qu’on lui accorde, c’est-à-dire de la seule chose qu’il ne peut pas nous rendre, fût-il le plus reconnaissant des hommes. »

Sénèque, Apprendre à vivre, Lettres à Lucilius,

Arléa, 1990.

INTRODUCTION

« Quand il ouvrit le septième sceau,

il se fit dans le ciel un silence d’environ une demi-heure… »

Apocalypse, 8.

Au milieu du délire de l’Apocalypse qui doit accoucher de la Jérusalem nouvelle, un temps de silence est donné, un moment de répit. Il ne nous est pas dit qu’il se fit dans le ciel un moment de silence mais « un silence d’environ une demi-heure… ». Cette apparition d’une quantité de temps mesurée dans un contexte intemporel souligne l’incongruité de ce silence au milieu du bruit et de la fureur de l’Apocalypse. « Un silence d’environ une demi-heure… », mais on ne sait rien de ce silence, il n’y a rien à en dire, il ne se passe rien. Parce que ce silence est quantifié, on comprend sa profondeur. Dans la Bible, le silence précède toujours l’intervention de Dieu. Mais c’est le seul endroit de l’Écriture où il est question d’une demi-heure. Il ne s’est rien passé, le silence est néant. Quand il n’y a plus de contenu, on en est réduit à mesurer la durée entre le début et la fin.

Notons que le Nouveau Testament est connu par sa version grecque, langue dans laquelle la notion d’heure ne souffre aucune ambiguïté. L’heure est la douzième partie du temps entre lever et coucher du soleil. Elle est donc de durée variable avec la saison.

De même...

PREMIÈRE PARTIE

LES REPRÉSENTATIONS
DU TEMPS

CHAPITRE 1

LE CHOC DES TEMPS

À chacun son temps

À la façon dont nous occupons notre temps correspond une certaine vision du temps. En fonction de notre mode de vie, nous vivons sans nous en rendre compte dans un certain temps. Ce temps qui nous est propre devient sensible lorsque nous changeons brusquement de mode de vie. Le temps des vacances n’est pas le même que le temps des périodes d’activité. Les durées ne sont pas comparables dans leur contenu même si elles le sont dans leur mesure. Pour rendre plus concrète la bulle personnelle du temps et les représentations qui lui correspondent, j’ai recherché l’influence sur la perception du temps d’un changement brutal de mode de vie.

Les spéléologues hors du temps : plongée dans un temps non informé

Les expériences présentées dans ce chapitre sont fondées sur le livre de Michel Siffre : Dans les abîmes de la terre (Flammarion, 1975) où sont puisées les citations qui suivent. Ce livre relate les aventures des premiers spéléologues qui se sont isolés sous terre, sans repère temporel. Nous nous attacherons à quatre expériences :

– Michel Siffre du 16 juillet au 16 septembre 1962 (deux mois).

– Josie Laurès du 15 décembre 1963 au 13 mars 1964 (trois mois).

– Philippe Englender et Jacques Chabert (isolés l’un de l’autre) du 20 août 1968 au 4 janvier 1969 (quatre mois et demi).

– Michel Siffre du 14 février 1972 au 10 août 1972 (six mois).

Ces expériences sont les premières du genre et du point de vue de la perception du temps qui nous intéresse, elles sont plus significatives que les expériences actuelles qui bénéficient en quelque sorte d’un effet d’expérience. Les conditions étaient les suivantes : la personne isolée téléphonait à une équipe extérieure pour signaler ses fonctions physiologiques (coucher, lever, repas). Les contacts téléphoniques étaient aussi succincts que possible. Ces expériences constituent donc des documents précieux sur les rythmes biologiques en l’absence de repère temporel.

La première question que l’on peut se poser est celle de l’évaluation temporelle. Tous les spéléologues ont tenté des évaluations temporelles. En voici les résultats :

– Lorsque l’on prévint Michel Siffre, le 14 septembre 1962, que l’expérience allait prendre fin, il se croyait le 20 août. Il avait donc évalué à trente-cinq jours une durée réelle de soixante.

– Le 13 mars 1965, Josie Laurès se croyait aux environs du 5 mars ce qui représente une erreur moindre que celle de Michel Siffre. C’est qu’avec son cycle menstruel, la femme dispose d’un repère temporel qui lui est propre et qui permit à Josie Laurès d’effectuer des corrections. Ces corrections ont d’ailleurs provoqué des chocs de représentation :

« Le 7 janvier 1965 (temps pour Josie Laurès). Réveil : 8 heures. À ma grande stupéfaction, je viens de m’apercevoir que, pour la deuxième fois, j’ai mes règles. Vraiment, c’est une surprise. Je ne m’y attendais pas du tout. Il se peut que le cycle soit perturbé, mais quand même, je le sens, j’ai la preuve que mon retard est presque d’un mois. Mes journées coupées par une sieste sont-elles des journées de quarante-huit heures ? (…)

« Puisque je crois que l’on est vers la fin janvier, pourquoi continuer à marquer mes journées par un chiffre que je crois faux de jour en jour et qui n’offre plus d’intérêt ? »

Voici ce que Josie écrit le 26 février (temps extérieur) qui, après correction, n’est dans son calendrier que le 6 février :

« Aujourd’hui, j’ai mes règles ! Vraiment, maintenant je suis perplexe, je ne sais plus du tout à quoi m’en tenir. Suis-je bientôt à la fin des quatre-vingt-dix jours ? Ça me paraît impossible, puisque la dernière fois remonte au 29 janvier. L’optique de mon cycle menstruel m’a fait sauter la date du début à la fin du mois (cela je me le rappelle). J’étais donc repartie le 29 janvier et je suis le 6 février, ce qui me fais huit jours, mettons dix jours pour être large. En considérant que mes siestes égalent en réalité une nuit, et que, par conséquent, mes journées s’allongent sur quarante-huit heures, il m’est impossible de croire qu’il se soit passé vingt jours depuis...

CHAPITRE 2

LE TEMPS
ET LA SCIENCE CLASSIQUE

« Qu’est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais. Si je veux l’expliquer à qui me le demande, je ne le sais plus. »

Saint Augustin1

Il est malicieux de parler du temps

La gestion du temps est une discipline de synthèse de la gestion de la vie. Or la gestion de la vie touche à l’être et l’être est un tout que l’on n’écorne pas impunément. La gestion de la vie et du temps passe par un examen des représentations du temps. Chemin nécessaire mais qui paraît détourné donc malicieux. Le projet de ce livre est, en première apparence, de déjouer la tricherie du temps dont il a été question dans l’introduction. Il s’agit d’un projet malicieux. « Malice n. f. (lat. malitia, méchanceté). Penchant à dire ou à faire de petites méchancetés ironiques, des taquineries ; moquerie. » (Petit Larousse illustré, 1991). Si la méchanceté est étrangère à la morale, le chemin du changement est pavé de subtilité. On ne peut pas se mesurer au temps frontalement car la façon d’occuper le temps caractérise complètement le comportement.

Nous n’agissons pas en fonction de la réalité telle qu’elle est mais telle que nous nous la représentons. Cette proposition générale se décline dans le domaine du temps comme dans les autres. À notre façon de vivre le temps correspond différentes représentations du temps.

Dans notre société occidentale, le temps est mesuré absolument par les horloges et s’écoule uniformément. Nous allons voir dans ce chapitre que la science renvoie à des représentations du temps plus subtiles et qu’il en va de même de notre comportement.

La conception classique du temps

La conception classique et objective du temps avec laquelle nous vivons encore n’a pas toujours existé. Elle apparaît au siècle, dans un contexte scientifique précis, et va permettre le développement de la science moderne.

La philosophie grecque a franchi un seuil important dans l’histoire de la pensée en formulant que la chose n’est pas l’idée de la chose et que l’on pouvait travailler sur les idées. Les Grecs vont ainsi créer des mathématiques plus abstraites et plus performantes que les mathématiques des Égyptiens ou des Assyriens. Ayant franchi ce premier obstacle, ils vont en quelque sorte buter sur un second obstacle qu’ils ne franchiront jamais : celui du temps.

La science grecque se heurte à des paradoxes. Les paradoxes les plus connus sont ceux de Zénon d’Élée. Par exemple, le paradoxe d’Achille et la tortue démontre, à partir d’une argumentation purement logique, que tout mouvement est impossible. Achille dispute une course avec la tortue. Comme il est présumé plus rapide, il part avec un handicap. Zénon tient le raisonnement suivant : avant de dépasser la tortue, Achille doit se rendre du point AO d’où ü part au point Al d’où est partie la tortue. Pendant ce temps, la tortue aura avancé du point A1 au point A2. Achille continue...

CHAPITRE 3

LA SCIENCE RÉINVENTE
LE TEMPS

Les racines de l’irréversibilité du temps

Un enfant fait de la balançoire. Sa mère le photographie à différents instants. Puis elle fait développer les photographies et veut les disposer par ordre chronologique dans son album. Or elle s’aperçoit, en contemplant les différentes photos prises de son enfant sur la balançoire, que rien ne lui permet de les classer dans l’ordre où elles ont été prises.

En regardant plus attentivement les photos, elle découvre dans le fond son mari en train de se préparer une délicieuse menthe à l’eau. Il a versé doucement un peu de menthe, un liquide vert, dans un verre d’eau glacée. Très lentement, la menthe se diffuse dans le verre comme une fumée de cigarette dans une pièce close.

En observant précisément, sur chaque photo, l’état de la diffusion de la menthe dans l’eau, on peut reconstituer l’ordre chronologique dans lequel elles ont été prises. Ceci parce que l’on sait qu’au début la menthe est confinée sur le dessus, là où on l’a versée, et que peu à peu elle va se répandre dans tout le verre. Qu’il se produise l’effet inverse, que l’on passe spontanément d’un état où la menthe est mélangée à un état où menthe et eau sont séparées est impossible.

On voit que les deux situations, l’enfant sur la balançoire et la diffusion de la menthe dans l’eau, ont des rapports différents l’une de l’autre avec le temps. L’une permet de visualiser le passage du temps, l’autre pas. On dit qu’un phénomène est réversible et l’autre pas.

Il existe dans la nature des phénomènes réversibles et des phénomènes irréversibles. Exemples de phénomènes réversibles :

– une balle de tennis qui passe au dessus du filet (elle pourrait passer dans l’autre sens),

– une planète qui tourne autour du soleil (elle pourrait tourner dans l’autre sens),

– un ascenseur qui monte (ü pourrait descendre).

Les phénomènes irréversibles sont plus courants. Quelques exemples :

– une bougie qui brûle (elle ne débrûle pas),

– un glaçon qui fond dans un verre (il ne se reconstituera pas),

– un enfant qui grandit (il ne reviendra pas à l’état de bébé).

Les phénomènes réversibles et les phénomènes irréversibles relèvent de théories physiques différentes et dans une certaine mesure hétérogènes. La conception classique du temps que j’ai présentée au chapitre précédent est une conception qui correspond à la physique des phénomènes réversibles. La physique des phénomènes irréversibles qui fut étudiée à partir du siècle débouche pour sa part sur une conception moins classique du temps.

Dans la conception classique, nous l’avons vu, le temps est une sorte d’illusion tenace que la connaissance doit peu à peu faire reculer. Une telle conception, n’est pas acceptable au regard de ce que nous savons aujourd’hui de la science.

C’est la diffusion de la menthe dans l’eau qui a permis de classer chronologiquement les photographies de l’enfant sur la balançoire. Au début de la préparation de la menthe à l’eau, on sait dire précisément où se trouve la menthe et où se trouve l’eau. Quand les deux liquides sont mélangés, on ne sait plus dire, pour un point donné, s’il est occupé par la menthe ou par l’eau. Cette information a été perdue. Le temps, pour la science, n’est plus une illusion mais une réalité intrinsèque de la nature qui se traduit par une perte d’information, par une montée irrésistible du désordre.

Le temps comme mesure de l’information

Les scientifiques qui dans la première moitié du : XIXe siècle se sont intéressés aux phénomènes irréversibles, en particulier Sadi Carnot, fils du Conventionnel et oncle du futur Président de la République, ne cherchaient pas à établir un lien entre le temps et l’information mais à perfectionner les machines à vapeur. Comme il arrive souvent en science, c’est un paradoxe qui a obligé les scientifiques à découvrir la portée réelle de leurs travaux. James Clerk Maxwell, physicien anglais par ailleurs connu pour ses travaux sur l’électromagnétisme, démontre qu’un petit diable idéalement informé des positions et des vitesses des molécules d’eau et de menthe dans la menthe à l’eau pourrait séparer à nouveau la menthe de l’eau. Avec une information adéquate, on peut rendre réversibles les phénomènes irréversibles, nous dit Maxwell. Ce paradoxe apparent de la réversibilité, sous certaines conditions, de l’irréversibilité a permis de comprendre, au XXe siècle seulement, que l’irréversibilité du temps pour l’observateur est liée à une diminution de son information sur le monde.

Nous avons vu plus haut que le temps qui marque les phénomènes réversibles n’est qu’une illusion. Le vrai temps, le temps intrinsèque à la nature, est perte d’information. Toute compréhension des secrets du temps se fonde sur cette idée que le temps n’est pas battu par un...

CHAPITRE 4

DE QUELQUES FAÇONS
DE TRAHIR LE TEMPS

Choisir la liberté du temps : à chacun son mensonge