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Crises bancaires : comprendre pour mieux prédire

De
214 pages
Ce livre met en évidence l'inadaptation des mesures de prévention et de gestion face au caractère récurrent, coûteux et changeant des crises bancaires. Surtout, il démontre la nécessité vitale et urgente d'un travail en amont. A cet effet, plusieurs techniques de prédiction des crises sont avancées, analysées et approfondies. La mise en place d'outils de prédiction permettrait de prendre à temps les crises bancaires, de les éviter ou tout au moins de réduire leurs coûts de sauvetage.
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CRISES BANCAIRES :
COMPRENDRE POUR MIEUX PRÉDIRE











































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.f

ISBN : 978-2-296-96982-7
EAN : 9782296969827Fouad MACHROUH








CRISES BANCAIRES :
COMPRENDRE POUR MIEUX PRÉDIRE




















Collection « L’esprit économique »

fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996
dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis

Si l’apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion,
toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L’esprit
économique » soulève le débat, textes et images à l’appui, sur la face
cachée économique des faits sociaux : rapports de pouvoir, de production
et d’échange, innovations organisationnelles, technologiques et
financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de
profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement...
Ces ouvrages s’adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs
en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion,
ainsi qu’aux experts d’entreprise et d’administration des institutions.

La collection est divisée en six séries :

Dans la série Economie et Innovation sont publiés des ouvrages
d’économie industrielle, financière et du travail et de sociologie
économique qui mettent l’accent sur les transformations économiques et
sociales suite à l’introduction de nouvelles techniques et méthodes de
production. L’innovation se confond avec la nouveauté marchande et
touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations
institutionnelles.

La série L’économie formelle a pour objectif de promouvoir l’analyse
des faits économiques contemporains en s’appuyant sur les
approches critiques de l’économie telle qu’elle est enseignée et
normalisée mondialement. Elle comprend des livres qui s’interrogent
sur les choix des acteurs économiques dans une perspective
macroéconomique, historique et prospective.

Dans la série Le Monde en Questions sont publiés des ouvrages
d’économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies
nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l’étude des
ressorts fondamentaux de l’économie mondiale sont les sujets de
prédilection dans le choix des publications.

La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes
économiques et sociaux d’aujourd’hui liés aux métamorphoses de
l’organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition
d’ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes
questions et des ouvrages d’histoire de la pensée et des faits
économiques.

La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde
économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir
les caractéristiques d’une situation donnée. Le premier thème directeur
est : mémoire et actualité du travail et de l’industrie ; le second : histoire et
impacts économiques et sociaux des innovations.

La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples, fondamentaux
et/ou spécialisés qui s’adressent aux étudiants en licence et en master en
économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est
l’application du vieil adage chinois : « le plus long voyage commence par le
premier pas ».

INTRODUCTION GÉNÉRALE
Encore une crise bancaire, bientôt suivie de plein d’autres, est-ce une
fatalité ou l’échec des pouvoirs publics à éviter les crises qui expliquent
leurs réapparitions ? L’histoire bancaire témoigne que l’une des premières
crises a été repérée aux États-Unis, il y a plus d’un siècle (1884). Depuis,
elles ne cessent de se reproduire et de s’amplifier provoquant l’instabilité des
systèmes bancaires, même les plus solides d’entre eux. Pourtant, l’arrivée
des crises n’est pas un phénomène étrange ; suite au développement de
l’économie mondiale, les banques voient leurs activités s’intensifier
brusquement et durablement. De plus, ces banques doivent répondre aux
exigences des épargnants en matière de rentabilité, elles sont obligées de
s’adapter à la donne financière actuelle, caractérisée par une concurrence
acharnée des nouveaux intermédiaires et des marchés financiers. Pour
sauvegarder leurs marges, les banques s’engagent dans des activités de plus
en plus périlleuses et ne cessent de s’aventurer dans des domaines de risques
disproportionnés. Les banques sont sous pression, elles luttent pour
continuer à exister, mais à quel prix ? Cet état de fait est constaté,
particulièrement, dans les pays émergents qui affichent un besoin croissant
de liquidité et une forte volonté de rattraper le retard qui les sépare des pays
développés.
Les crises bancaires ont toujours suscité l’intérêt des experts, mais ce
n’est que vers les années 1990 où les travaux en la matière se sont proliférés
(Dehove et al, 2004). Durant cette décennie, on a enregistré une
multiplication de crises devenues de plus en plus coûteuses. Pour éviter ces
crises, il ne suffit pas de connaître leurs origines, il faut aussi, comprendre
leurs mécanismes. C’est dans ce sens que les différents travaux classent les
crises bancaires en les intégrant à l’intérieur des crises financières. Ainsi,
nous distinguons les modèles de crises de première, de deuxième et de
troisième génération.

De quelle crise parle-t-on ?
Crise des modèles de première, de deuxième ou de troisième
génération ? Les crises ne répondent pas à la même définition et n’ont pas
les mêmes origines. Traiter efficacement une crise nécessite par conséquent
un diagnostic individualisé de celle-ci.
Les modèles de première génération basés particulièrement sur les
travaux de Krugman (1979), Flood et Garber (1984), puis Flood et Marion
(1996, 1998) sont traités dans un cadre macroéconomique. Selon ces
7
Introduction générale

modèles, la survenance des crises est liée à de mauvaises politiques
économiques qui entraînent une dégradation des fondamentaux (inflation,
baisse du solde de la balance des comptes courants, etc.) et en particulier une
croissance exponentielle des crédits intérieurs destinés au financement du
déficit public. Les autorités publiques sont incapables de stabiliser leurs
comptes et de maintenir un système de change fixe. Cette situation affecte
négativement la confiance des investisseurs internationaux et entraîne la
chute des systèmes de change en place. La capacité d’explication des
modèles de première génération est difficilement transposable aux crises
récentes, car, d’une part, ces modèles sont basés sur la dégradation des
fondamentaux, d’autre part, ils traitent davantage des crises de change que
des autres crises. D’où l’intérêt de faire appel aux modèles de deuxième
génération.
Les modèles de deuxième génération sont initiés par les travaux
d’Obstfeld (1994) et Jeanne (1997). Ils mettent l’accent sur la présence
d’équilibres multiples résultant d’un jeu de stratégies entre les autorités
publiques et le marché. Les crises naissent des anticipations auto-
réalisatrices des agents économiques qui doutent de la viabilité et de la
garantie d’un système de change par les autorités monétaires. Parmi les
fondamentaux qui constituent la base des modèles de deuxième génération,
on trouve la croissance économique, l’emploi et l’inflation. Ces trois
éléments utilisés par Obstfeld n’expliquent, toutefois, pas toutes les crises
récentes. Dans la crise asiatique de 1997, les pays touchés disposaient de
bons taux de croissance économique et ne souffraient ni d’un chômage de
masse, ni de spirales inflationnistes. Le rôle du secteur bancaire n’est pas
mis au premier plan, alors que les dégâts en termes de crises bancaires sont
très importants. D’où la nécessité de prendre en considération la contribution
des banques dans le cadre des modèles de troisième génération.
Les modèles de troisième génération soulignent le rôle déterminant
du secteur bancaire dans l’arrivée des crises. Ces modèles se basent sur
l’échec des anciens modèles qui semblent incapables d’expliquer les faits
stylisés. Ils ont échoué à anticiper les récentes crises, en particulier, celle
d’Asie, considérée comme une crise de troisième génération. En effet, la
crise asiatique ne relevait ni des modèles de première génération, ni de la
deuxième. Les premiers sont écartés en raison du caractère relativement sain
des fondamentaux (taux de croissance économique et déficit budgétaire). Il
en est de même pour les modèles de deuxième génération étant donné que le
niveau de chômage et le taux d’inflation étaient à un niveau correct (Corsetti
et al, 1998a, 1998b). Plusieurs études se sont basées sur les modèles de
troisième génération pour illustrer la participation des banques dans le
déclenchement des crises bancaires (Krugman (1999), Corsetti et al (1998)).
À partir de ces modèles, Nielsen et Rovelli (2000) affirment que les crises
bancaires sont liées à l’essor de l’activité bancaire qui, à son tour, est causé
8Introduction générale
par une vague d’entrées-sorties de capitaux étrangers, entraînant des
problèmes de liquidité et des faillites bancaires en chaîne.

Une seule crise, plusieurs définitions
Comment reconnaître une crise bancaire ? Plusieurs définitions sont
données aux crises bancaires. Les unes se contentent de délimiter un cadre
théorique tandis que d’autres, plus récentes et moins abondantes mais
incontournables pour toute application empirique, donnent aux crises
bancaires une dimension plus quantitative. Une crise bancaire peut être le
résultat d’une faillite d'une grande partie ou de la totalité des établissements
bancaires. Elle peut également être le résultat d’une faillite isolée, qui
affectera plus tard les autres banques ou encore un choc qui conduira
brusquement tout le système bancaire à la crise.
Caprio et Klingebiel (1997), dans une étude approfondie sur les
crises bancaires systémiques et non systémiques, fournissent une explication
détaillée de la crise bancaire systémique. Les auteurs identifient trois types
d’insolvabilité bancaire qui peuvent être qualifiées de crise bancaire
systémique à non systémique, à savoir :
Une insolvabilité limitée à une banque ou à un nombre limité de banques
ne constitue pas une crise systémique.
Des ruées facilement repérables vers le système bancaire : une panique
bancaire qui n’est qu’une ruée systémique arrive lorsque les déposants de
tout le système bancaire ou d’une partie importante demandent
soudainement la convertibilité en billets de leurs actifs. L’importance de
cette masse pousse les banques à suspendre la convertibilité de leurs dettes
en monnaie ou à prendre d’autres mesures de gestion de crises comme
l’appel à une intervention d’un prêteur en dernier ressort. Ces ruées arrivent
soudainement et disparaissent rapidement.
Une détresse financière du secteur bancaire : il s’agit ici d’une partie du
système bancaire qui est insolvable mais qui reste en activité. Ce cas est
présent dans des pays ayant un système d’assurance des dépôts explicite ou
implicite. Une telle détresse peut durer plusieurs années lorsqu’elle est
caractérisée par un système faible de supervision et des pratiques financières
frauduleuses. Elle peut se transformer en crise bancaire systémique dès que
les déposants prennent conscience des vrais problèmes que rencontrent leurs
établissements.
Demirguc-Kunt et Detragiache (1998b) fournissent l’une des définitions
les plus utilisées dans les études économétriques. Une crise bancaire suppose la
réalisation d’au moins une des quatre conditions suivantes :
- Les prêts non performants dépassent 10 % du total de l’actif.
- Le coût de la crise constitue au moins 2% du PIB.
9
???Introduction générale

- L’application d’un large programme de nationalisation des banques.
- L’apparition d’une vague de ruées bancaires ou la prise par les autorités
publiques des mesures d’urgence telles que des fermetures bancaires ou
des garanties des dépôts.
Ces dernières années, les études sur les crises bancaires intéressent
davantage les spécialistes. Cet intérêt grandissant peut être expliqué par trois
raisons principales : le processus répétitif des crises, leurs coûts énormes et
leur étroite relation avec les crises monétaires et économiques. C’est dans ce
cadre justement que s’inscrit notre intérêt pour l’étude des crises bancaires.

Les crises bancaires sont de plus en plus nombreuses
Le spectre des crises n’a épargné aucune région du monde. Comme
nous pouvons le remarquer sur le graphique suivant (coût fiscal des crises en
% du PIB), les crises sont devenues beaucoup plus fréquentes et touchent
davantage de pays. Leur nombre a doublé entre les années 1880-1913 et
1972-1998 ; il avait atteint 48 crises durant la période 1919-1971. Plusieurs
facteurs expliquent le regain des crises pendant ces dernières années. Une
partie importante de la littérature explique ceci par la double libéralisation
financière (interne et externe), le manque croissant de dispositifs de
réglementation prudentielle bancaire adaptés aux spécificités des pays
émergents, l’épanouissement de l’activité bancaire et des produits
correspondants et enfin la prise excessive de risques justifiée par une forte
concurrence domestique et internationale.
Et surtout coûteuses en particulier pour les pays émergents
Durant ces dernières années, la contribution des banques dans
l’expansion de l’activité économique n’a cessé de prendre de l’importance.
Les banques sont plus nombreuses et pèsent davantage sur le produit
intérieur brut. Plus encore, leurs relations d’interdépendance avec les autres
secteurs, en particulier celui des entreprises non financières, s’accentuent de
jour en jour. Dès qu’un pays subit une crise bancaire, les autorités de
surveillance, le gouvernement et les organisations internationales
interviennent pour atténuer les effets de celle-ci. Nous pouvons classer les
modes d’intervention selon qu’ils soient réglementaires (fixation par la loi
des règles de résolution et de répartition des pertes), monétaires (appui en
liquidité par la Banque centrale) ou financiers (intervention sur le marché
pour soutenir les prix). L’intervention peut aussi prendre la forme d’une
socialisation des pertes par la redistribution fiscale. C’est sur ce dernier
mode que portent les principales études de calcul des coûts de résolution de
crises.
S’il est vrai que les crises n’épargnent aucun système bancaire, il
n’en est pas moins vrai que, ce ne sont pas les pays riches qui ont vécu le
plus des crises, mais plutôt les pays en développement et les pays émergents.
10Introduction générale
Les statistiques fournies par Honohan et Klingebiel (2002) nous le
confirment. D’où un intérêt supplémentaire de concentrer notre travail sur
cette catégorie de pays. Dans une étude sur les coûts des crises bancaires qui
ont touché 34 pays (dont 27 pays en développement et émergents) sur la
période 1970-2000, le coût budgétaire moyen des crises bancaires, s’est
élevé à 12.8% du PIB. Il est surtout plus élevé pour les pays non développés
(14.3%). En général, les coûts de résolution varient selon la gravité des
crises. Dans celles d’Asie de 1997, le sauvetage du système bancaire a coûté
50% du PIB en Indonésie, 32.8% en Thaïlande et 26.7% en Corée du sud.
Au Japon, la crise bancaire de 1992 a coûté 725 milliards de dollars (soit 18
% du PIB).

Coût fiscal des crises bancaires en % du PIB
0 1020 30 4050 60

Source : Honohan P et Klingebiel D, 2000.

Les politiques de sauvetage public des banques sont coûteuses mais,
sont-elles au moins efficaces ? Permettent- elles d’atténuer les effets négatifs
sur la croissance économique ? Donnent-elles aux systèmes bancaires un
11
Indonesia 1997
Thailand 1997
Uruguay 1981
South Korea 1997
Cote d'lvore 1988...
Venezuela 1994-...
Japan 1992
Mexico 1994
Malaysia 1997
Slovenia 1992-1994
Brazil 1994-1996
Ec 96 uador 19
Bulgaria 1996-1997
Finland 1991-1994
Hungary 1991-1995
ega -19Sen l 1988 91
Norway 1987-1993
Spain 1977-1985
Paraguay 1995
SriLanka 1989-1993
Sweden 1991-1994
Indonesia 1992-1994
Poland 1992-1995
k 19 Tur ey 94
France 1994-1995Introduction générale

nouveau souffle ? Évitent-elles l’émergence de nouvelles crises ? La réponse
est négative. L’histoire des crises bancaires montre que ces dernières
deviennent plus fréquentes et frappent encore plus fort.

Elles sont aussi à l’origine des autres crises, en l’occurrence celles de
nature monétaire.
Le schéma suivant montre que les crises bancaires contraignent les
autorités locales, en l’occurrence la Banque centrale, à intervenir. Cette
intervention qui prend la forme d’une injection massive de liquidité, a pour
but de fournir un support en liquidité vital pour le marché interbancaire afin
de regagner la confiance des investisseurs. C’est une mesure d’urgence qui
ne répond pas à un besoin réel de liquidité. Ce genre d’action augmente la
masse monétaire en circulation et dégrade la valeur de la monnaie locale.
Une telle stratégie provoque des attaques spéculatives.

De la crise bancaire à la crise monétaire



Crise de Emission Crise Sauvetage
change monétaire bancaire par la BC
excessive


Source : Velasco (1987)
BC : Banque centrale.

Opter pour la prédiction d’une crise bancaire plutôt que celle d’une
crise monétaire ou de balance des paiements est une action justifiée par le
coût de sauvetage de chacune de ces trois crises. Selon l’étude de Kaminsky
et al (1999), le coût de sauvetage d’une crise bancaire représente en
moyenne 51% du PIB et 13.3% pour une crise jumelle. Le coût en perte de
devises sur les six mois précédant la crise est de 8.3% du montant des
devises pour une crise de balance des paiements et de 25.4% pour une crise
jumelle. Kaminsky et Reinhart (1999) ont élaboré l’une des principales
études statistiques des crises jumelles. Leurs résultats ont montré que 56%
des crises bancaires ont été suivies par des crises monétaires. Glick et
Hutchison (1999), dans une application sur un échantillon de 90 pays entre
1975 et 1997, ont démontré que les crises monétaires sont précédées par des
crises bancaires ; le même constat a été aussi relevé par Gonzalez-
Hermosillo (1996). C’est pour toutes ces raisons que notre travail privilégie
l’étude des crises bancaires. Cependant, il est important de savoir quel est le
meilleur moyen pour lutter contre ces crises bancaires ?

12Introduction générale
Attendre leur émergence et se contenter de les gérer
Avant même de discuter des modalités de gestion des crises, une
première question se pose : faut-il intervenir pour sauver le système bancaire
d’une crise ? Dans le cas d’une réponse affirmative, quelle stratégie faut-il
adopter pour assurer un sauvetage efficace ? Il convient d’ailleurs de noter
que l’intervention des autorités publiques qui conduit à l’élimination des
mauvais acteurs ne trouve pas un accueil chaleureux auprès des partisans de
la discipline du marché. De façon générale, les actions entreprises par les
autorités de supervision pour faire face aux crises sont pratiquement les
mêmes : fermeture des banques non viables, recapitalisation des banques
restantes, traitement des prêts non performants et soutien massif en liquidité.
Les origines des crises sont différentes. Les causes des crises des
années 1980 ne sont pas forcement les mêmes que celles des années 1990.
Or, les mesures de résolution adoptées n’ont pas changé. La gestion est une
action ex-post, elle permet de restaurer la confiance des agents économiques
et de relancer la croissance, mais elle présente beaucoup de limites. Elle
accentue l’aléa de moralité et pousse les banques à prendre plus de risques et
les déposants à moins surveiller leurs banques. S’appuyer sur les fonds
publics pour résoudre les crises est une action passive et injuste. Elle est
passive dans la mesure où elle se contente de répondre à un problème sans
chercher à expliquer ses origines. Elle est aussi injuste puisqu’elle fait
assumer les coûts de sauvetage aux seuls contribuables alors que
l’implication du secteur privé dans la gestion de la crise ne fait toujours pas
l’unanimité. Pour cela, les réponses des autorités publiques et des instances
internationales ne devraient pas se limiter au seul déblocage des fonds. Des
mesures de gestion doivent être accompagnées par des mesures de
prévention capables de rationaliser le comportement du secteur bancaire et
des autres agents.

Prendre des précautions en insistant sur la prévention
La multiplication des crises bancaires a poussé les autorités de
surveillance locales et internationales à mettre en place différents dispositifs
de prévention. Le but est de renforcer la stabilité des systèmes bancaires. La
réglementation prudentielle élaborée par le comité de Bâle fait partie des
actions menées. Dans ce sens, le premier accord de Bâle résumé dans le ratio
Cooke de 1988 exige que le rapport entre le montant des fonds propres et
celui du risque de crédit soit au minimum de 8%. Le dénominateur englobe
tous les éléments d’actifs et les éléments de hors-bilan. Cependant, le
développement de l’industrie financière a facilité le contournement de cette
réglementation, ce qui a exigé une première réforme en 1995 instaurant le
ratio d’adéquation du capital. Le nouveau ratio fait une distinction entre les
portefeuilles de négociation et hors négociation et prend en considération le
risque de marché. Les critiques formulées à l’égard de cette réforme sont
13Introduction générale

multiples. À titre d’exemple, on lui reproche son indifférence par rapport à
l’évolution de l’activité bancaire, sa négligence des effets de diversification
du portefeuille des banques et son silence sur les autres risques.
L’adoption de Bâle 2 a permis de combler certaines lacunes de
l'accord précédent. Si le montant exigé des fonds propres n’a pas changé, son
affectation a permis de prendre en considération d’autres risques, comme le
risque opérationnel. L’accord de Bâle 2, en plus de nouveau ratio de
réglementation « McDonough », ont autorisé l’adoption de nouvelles
mesures de supervision et le renforcement du rôle du marché. Malgré cela, le
nouveau ratio a eu lui aussi sa part de critiques. On lui reproche
principalement son ignorance des particularités des pays en développement
et des caractéristiques de leurs systèmes bancaires et financiers. Afin de
renforcer l’efficacité des mesures déjà mises en place et de répondre aux
diverses insuffisances, les autorités compétentes penchent pour le
renforcement de la réglementation prudentielle en vigueur par des mesures
complémentaires.
Les dangers qui menacent la stabilité des systèmes bancaires
poussent les chercheurs, les organisations internationales et les autorités
locales à redoubler de vigilance, à approfondir les recherches sur le meilleur
moyen de prévenir les crises, à améliorer les dispositifs de réglementation
prudentielle, à donner aux marchés un rôle plus clair, à prendre en
considération les nouveaux types de risque bancaire, etc. Passer de Bâle 1 à
Bâle 2 en une dizaine d’années, voir Bâle 3 actuellement, témoigne de
l’essor des activités bancaires et de la prolifération des risques qui y sont
associés. En effet, se mettre dans une démarche de prédiction, nous semble
aujourd’hui incontournable.

Par conséquent, prédire n’est plus un choix, c’est une nécessité
Les crises sont de plus en plus nombreuses, coûteuses et sont aussi
génératrices d’autres crises. La gestion des crises bancaires est souvent basée
sur un soutien massif en liquidité. Les techniques de prévention ont fait
preuve d’adaptation face à l’évolution incessante des crises. Par ailleurs, un
travail de prédiction permettrait, s’il était bien mis en place, d’identifier à
temps ces crises. Les travaux en la matière prennent plusieurs formes, ils
vont de simples études théoriques aux modèles économétriques les plus
sophistiqués.
14Introduction générale
Quel système d’alerte est alors capable de prédire les crises bancaires ?
La prédiction des crises bancaires se fait, en général, sur la base de
deux grandes techniques : une technique univariée et une technique
multivariée. Dans le cadre de la première technique, on trouve la méthode
des signaux ou des indicateurs avancés et la méthode événementielle. La
deuxième technique est souvent appliquée sur des modèles de type logit ou
probit. La prédiction basée sur une technique univariée s’inspire de
l’évolution des facteurs de risque étudiés séparément. Cette technique est
principalement employée dans le cadre des crises monétaires grâce à la
disponibilité des données et à la facilité de fixation de la date des crises.
La méthode des signaux consiste à choisir un ensemble de variables
et étudier l’évolution tout en leur fixant des seuils. Lorsque ce seuil est
atteint ou dépassé, la variable en question devient une sorte d’alerte
indiquant l’imminence d’une crise. Cette technique présente trois grands
inconvénients liés à la disponibilité des données, au seuil des variables et au
conflit d’intérêts entre les autorités monétaires et celles de supervision.
D’abord, la disponibilité des données est un problème plus présent dans le
cadre des crises bancaires. Cela explique en partie l’utilisation plus fréquente
de cette méthode dans la prédiction des crises monétaires plutôt que
bancaires. Ensuite, au niveau des seuils, le problème se pose par rapport à la
manière de fixer ce dernier qui est jugée parfois arbitraire. Enfin, Borio et
Lowe (2002) mettent en évidence le conflit d’intérêts entre les autorités
monétaires et les autorités de supervision. Les premières évitent de
commettre des erreurs d’intervention qui peuvent être générées par une
mauvaise anticipation de la crise par les superviseurs. Les secondes
cherchent à ne pas laisser passer une crise sans intervenir puisque c’est leur
crédibilité qui est en jeu. Ce problème, parmi d’autres, nous pousse à écarter
cette méthode de notre analyse.
La méthode événementielle fait partie également des techniques
univariées. Le principe consiste à comparer, pour plusieurs individus pris
ensemble, le comportement de certaines variables pendant plusieurs années,
trimestres ou mois, avant et après un événement donné. La comparaison peut
aussi se faire par rapport à un groupe d’individus de contrôle. Cette méthode
est plus sollicitée dans la prédiction des crises bancaires. D’abord, elle
permet de donner plus d’intérêt à l’analyse des faits stylisés. Ensuite, elle
permet de vérifier individuellement (variable par variable) celles qui sont les
plus agitées autour de la date de crise sans avoir recours à un seuil
prédéterminé. Enfin, elle nous donne la possibilité d’intégrer autant de
variables que nous l'estimons utiles pour prédire la survenance de ces crises.
Ce sont là quelques raisons qui expliquent notre préférence pour la méthode
événementielle.
15Introduction générale

Le modèle logit appartient à la famille des techniques multivariées.
Le principe consiste à utiliser une variable binaire pour identifier deux cas
différents dont on veut déterminer la probabilité de réalisation. En faisant
appel à la méthode du maximum de vraisemblance, le modèle logit utilise
une distribution de probabilité continue, qui permet de se passer de la
régression linéaire classique. Cette technique permet de mettre en évidence
la contribution jointe d'un ensemble de variables à prédire le même
événement. Nous nous appuyons sur cette technique pour compléter et
renforcer les constats issus de la technique événementielle. En résumé, notre
travail de prédiction est basé sur deux méthodes : une méthode univariée
événementielle et une méthode multivariée logistique.

La crise des sub-primes ! Une raison supplémentaire pour développer un
système d’alerte avancée
Les crises bancaires changent d’origine au fur et à mesure que
l’activité bancaire se développe. Certes, les risques bancaires sont les
principales sources de crises, mais ce ne sont pas les seules. Lorsque
l’environnement économique est rassurant, les banques gagnent en stabilité.
Les banques doivent tenir compte de l’environnement global dans lequel
elles opèrent. Cette démarche leur permet de prendre en considération
différents types de risques : bancaires, macroéconomiques, institutionnels, de
marché, etc. Récemment, la crise des subprimes, montre l’interconnexion de
l’activité bancaire avec celle de nature macroéconomique mais aussi
immobilière. D’ailleurs, l’origine de cette crise s’explique en grande partie,
par la mauvaise qualité des prêts immobiliers conjuguée à une politique des
taux d’intérêt inappropriée. Le graphique suivant montre le ralentissement de
l’indice du secteur immobilier par rapport à l’indice Standard et Poor's 500.

Évolution de l’indice S& P 500 et de l’indice immobilier aux USA
1600
1400
1200
1000
800
600
400
200
0
1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006
Indice standard & poor's Indice Immobilier

Source : Datastream
16Introduction générale
La prédiction des crises ne peut pas se faire sur la base des seules
variables bancaires. D’autres variables doivent être prises en considération
comme celles de nature macroéconomique, institutionnelle ou de marché.
C’est là qu’apparaît l’une des originalités de notre travail. La prédiction des
crises bancaires est notre objectif. La résurrection des crises, les coûts
correspondants, l’inefficacité des outils de traitements adoptés justifient
notre travail. Le besoin fulgurant des pays émergents dans ce sens explique
notre choix des régions d’Amérique latine et d’Asie. L'utilisation de
l’analyse univariée et de l’analyse multivariée conforterait nos conclusions.

Ce livre est constitué de trois chapitres
Dans un premier chapitre, nous commencerons par une revue de la
littérature sur les principaux risques qui affectent les banques et sur les
différents traitements des crises bancaires. Pour cela, nous mettrons tout
d'abord l’accent sur la contribution de la libéralisation financière dans
l’évolution de l’intermédiation financière et des risques bancaires. Ensuite,
nous présenterons les différents moyens employés par les autorités de
supervisions dans leur combat contre les crises bancaires. Dans cette
optique, nous mettrons en évidence les mécanismes de gestion, de
prévention et de prédiction. Au terme de ce chapitre, nous conclurons sur les
insuffisances des dispositifs de gestion et de prévention et nous constaterons
la nécessité de disposer d’un travail en amont qui est celui de la prédiction.
Dans un deuxième chapitre, nous relèverons les principaux facteurs de
risques qui ont caractérisé la crise asiatique et la crise d’Amérique latine des
années 1990. Nous mènerons une étude de faits stylisés complétée par une
technique événementielle. Par conséquent, nous pourrons relever les
principaux facteurs à l'origine des crises bancaires dans ces deux régions et
qui seront à la base des outils de prédiction. Enfin, un troisième chapitre sera
consacré à un travail de prédiction basé sur une technique multivariée. À
l’issue d’une étude économétrique logistique appliquée à des pays
appartenant aux deux régions, nous parviendrons à élaborer un système
d’alerte des crises bancaires susceptible de servir comme support de
prédiction pour les autorités de supervision.
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CHAPITRE1:ORIGINESETMODALITÉS
DERÉSOLUTIONDESCRISESBANCAIRES

Chapitre 1 : origines et modalités de résolution des crises bancaires
INTRODUCTION
Depuis l’origine de l’intermédiation financière, la contribution des
banques dans le financement de l’activité économique n’a cessé d’évoluer.
Cette finance indirecte assurée a subi, durant les deux dernières décennies, la
concurrence de nouveaux intermédiaires financiers et des marchés
1financiers . La libéralisation financière enregistrée pendant les années 1970
et 1980 a accentué le degré de cette concurrence et a créé de nouveaux
risques. Dans un climat de libéralisation financière accrue, des analyses
associent la multiplication des crises bancaires à la défaillance des dispositifs
de réglementation prudentielle.
Dans ce même contexte, l’évolution vertigineuse de l’activité
bancaire et financière et la prise excessive de risques ont occasionné
plusieurs crises bancaires. La préoccupation majeure des autorités publiques
et des instances internationales s’est focalisée sur la recherche des moyens
nécessaires pour les gérer et les résoudre. Les fonds colossaux débloqués
n’ont toutefois permis, ni de les éradiquer, ni de les contourner. Le retour
incessant des crises a poussé les spécialistes à renforcer le contrôle et la
surveillance des systèmes bancaires. Les divers dispositifs de la
réglementation prudentielle, l’instauration des systèmes d’assurance des
dépôts et d’un prêteur en dernier ressort font partie intégrante des mesures de
prévention entreprises. Par ailleurs, adopter des mesures de prévention de
crises bancaires ne suffit pas pour éviter l’émergence de celles-ci. Il ne faut
pas se contenter de débloquer des fonds faramineux et obliger les banques à
exécuter une longue liste de dispositifs de prévention. Trouver un système de
prédiction doit être la principale préoccupation des autorités bancaires.


1 Il s’agit, principalement, des OPCVM créés par des institutions financières. Ces derniers,
permettent aux porteurs d'investir dans un produit financier diversifié, sans avoir la
responsabilité de le gérer.
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