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Critique de la GRH (Gestion des Ressources Humaines)

De
200 pages
La surenchère des solutions ou pseudosolutions que les officines spécialisées proposent aux entreprises est à l'origine de ce désir de mise en perspective critique de la Gestion des Ressources Humaines. Le monde inquiet de l'entreprise est un marché idéal pour des impostures fréquentes. La sociologie peut exercer son approche de ce phénomène social avec liberté. Une bonne politique de la GRH peut commencer par la formation à la GRH.
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CRITIQUE DE LA GRH

site: www.librairieharmattan.cOlTI e.mail: harn1attanl@walladoo.fr
cg L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9203-0 EAN: 9782747592031

Patrick

BELLEGARDE

CRITIQUE DE LA GRH

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique; FRANCE L'Hannattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Harmattan Kinshasa

75005 Paris

L'Harmattan

Italia

L'Harmattan

Burkina Faso

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou12

Dynamiques d'Entreprises Collection dirigée par Michael Ballé
Lieu de travail et lieu de vie, l'entreprise est au cœur de la société. Pourtant, beaucoup de ses aspects restent mal connus. Les évolutions technologiques et sociales sont à la source de nombreuses mutations organisationnelles. Les professions continuent d'évoluer en se divisant toujours davantage sur un plus grand nombre de spécialités. Les frontières elles-mêmes des entreprises s'estompent alors que les modes de travail se redéfinissent. Les entreprises deviennent des objets d'étude à multiples facettes dont les dynamiques sont de plus en plus complexes et souvent surprenantes. Au-delà des grandes lignes des logiques de " management" d'une part et des théories sociologiques de l'autre, nombre de ces facettes restent dans l'ombre: dimensions ignorées, métiers méconnus ou dynamiques contre-intuitives. La collection Dynamiques d'Entreprises a pour vocation de diffuser les études réalisées sur ces points d'ombre, souvent techniques, de la nature des entreprises. Allant au-delà des "essais de management", la collection regroupe des textes de recherche ou d'expérience sur le terrain qui éclairent les nombreux aspects ignorés des entreprises modernes. Déjà parus
Marielle Audrey PA Y AUD, Formation des stratégies et middle managers,2005. Robert JENNY, Les traces de l'apprendre. Un autre regard sur les salariés d'entreprise, 2005. Dominique BARUEL BENCHERQUI, Employabilité et pratiques managériales dans l'entreprise, 2005. D. FRANCOIS-PHILIP BOISSEROLLES DE ST JULIEN, Les survivants: Vers une gestion différenciée des ressources humaines,

2004.
Frédéric COMPIN, Théorie du langage comptable, 2004. Dominique SIEGEL, Le diagnostic stratégique et la gestion de la qualité, 2004. Y. PESQUEUX et B. TRIBOULOIS, La dérive organisationnelle, 2004. Rémi GUILLET, Pour plus de solidarité entre le capital et le travail, 2004. Isabelle DANJOU, Entreprendre: la passion d'accomplir ensemble,2003.

Introduction Chapitre 1 Pourquoi une approche critique? Chapitre 2 GRH et Progrès Chapitre 3 L'irrationnel répond au rationnel Chapitre 4 Qui peut dire que l'homme est une ressource? Chapitre 5 Le recrutement Chapitre 6 Les méthodes rationnelles de sélection Chapitre 7 Les méthodes irrationnelles Chapitre 8 Argent, travail, relations, les trois piliers de la motivation. Conclusion

p.9

p.21 p.37 p.5.3 p.67 p.87 p.IOI p.I23 pI57

p.I87

"Si vos sciences dictées par la sagesse n'ont servi qu'à perpétuer l'indigence et les déchirements, donnez-nous plutôt des sciences dictées par la folie, pourvu qu'elles calment les fureurs, qu'elles soulagent les misères des peuples." Charles Fourier

Introduction

La pertinence d'une réflexion critique sur la Gestion des Ressources Humaines que nous désignerons par paresse la GRH, n'est pas prouvée. Et pourtant c'est bien l'objectif que nous voulons poursuivre en présentant les lignes qui suivent. Ce travail repose sur deux expériences. - La première est celle d'un sociologue enseignant-chercheur, qui sévit ou essaye d' œuvrer dans un IUT (Institut Universitaire de Technologie) depuis vingt-huit années et plus particulièrement dans un département «Gestion des Entreprises et des Administrations» . La donnée que constitue l'enseignement professionnalisé n'est pas anodine dans l'élaboration de notre réflexion. Elle a

construit notre rapport au monde économique, idéologiquement et socialement. Notre formation de sociologue nous permet de nous interroger sur un construit social relativement récent ainsi que sur notre pratique dans ce domaine. Pour nous, cet objet social qu'est la Gestion des Ressources Humaines peut s'aborder plus facilement avec les instruments de la sociologie parce que ce sont ceux que nous utilisons logiquement par notre formation mais aussi et surtout parce que la sociologie est cette science humaine réflexive qui intègre à la fois un objet de connaissance et un sujet observateur. Le sociologue est à la fois sujet et objet de la sociologie. Cette démarche scientifique donne une dimension particulière à l'étude de ce fait social qu'est la GRH. Elle ne la rend ni plus facile, ni moins intéressante. - La seconde, qui découle en partie, nous le supposons, de la part professionnalisante de notre expérience de pédagogue, est celle d'un créateur gestionnaire d'entreprises publiques ou privées. La mise en relief de cette expérience pratique est permise justement par la conscience que le sociologue peut avoir de son appartenance à l'objet social ou à son système d'observation.

Certes, l'évocation de ces expériences ne garantit pas la validité scientifique de la restitution théorique que nous proposons. Elle nous semble néanmoins indispensable car, comme nous l'avons déjà écritl, nous pensons que
1

P .Bellegarde. Institutionnalisation,

implication,

restitution.

Théorisation

d'une pratique associative. ln L'homme internationale de sociologie. Paris 2003. 10

et la

société.

Revue

l'implication2 construit l'observation. Notre expérience d'enseignant dans un milieu proche des entreprises, en nous familiarisant avec l'application de ce que nous enseignons, a permis les réalisations économiques ( création et conduite d'entreprises) qui servent de toile de fond à cette remise en cause d'une partie de la gestion des entreprises qu'est la GRH. La restitution théorique de l'expérience sociale pratique est un des obstacles de la recherche sociologique, mais il convient d'exposer cette difficulté et d'en tirer les enseignements quand cela est possible. Les concepts de l'analyse institutionnelle et, plus particulièrement, celui de l'implication, nous semblent bien adaptés à cette démarche réflexive. Ils seront utilisés inconsciemment ou explicitement pour permettre une mise en forme de l'expérience personnelle que nous essayons de transmettre. Nous l'avons vérifié tout au long de notre pratique de chercheur, en particulier dans l'exercice de l'écriture, la culture qui naît de nos habitudes, de nos réactions, de notre langage, de nos prises de décision d'entrepreneur, est souvent éloignée des formes d'expression de la recherche. Le passage entre ces deux mondes identifiés, ne requiert pas une fusion entre des exigences différentes et nous ne réclamons pas qu'il en soit ainsi. L'expérience quotidienne crée une méthodologie inconsciente construite aussi bien par des concepts venus de notre formation universitaire que par des réflexes plus ou moins contrôlés nés d'habitudes de vie.

2 Pour une plus ample description de la notion d'implication se reporter à l'ouvrage de René Lourau: Implication, transduction. Paris, Anthropos 1996 Il

Notre position d'acteur et d'observateur est utile pour la collecte d'informations comme toute autre méthode, elle nécessite cependant une attention particulière au phénomène de distanciation3 dans la phase de l'analyse des informations collectées. Responsable administratif de plus de deux cent cinquante personnes dans un établissement public (Directeur de l'IUT de Perpignan depuis mars 1999), directeur d'une structure d'accueil d'étudiants étrangers comptant jusqu'à cinquante salariés ( service public + association loi 1901 que nous avons créés en 1985) nous revendiquons une certaine expérience de la gestion et de l'administration. La gestion des personnels que nous vivons nourrit avec continuité la forme de nos réflexions, comme celles-ci alimentent les décisions que nous prenons pour la conduite de ces entreprises. La position critique que nous adoptons repose donc sur une expérience quotidienne validée par des résultats quotidiens positifs ou négatifs, mais n'en est pas la seule justification. Notre référence aux instruments de la sociologie comme enseignant-chercheur, membre d'un laboratoire de recherche (Université de Paris VIII, Laboratoire de Recherches en Analyse Institutionnelle), impose une attention particulière à l'observation des rapports sociaux. Cette attention n'est pas obligatoirement critique mais elle peut l'être, l'intérêt pour nous n'est pas d'être critique ou pas mais d'utiliser les concepts de la sociologie pour aborder un objet social et d'essayer de le comprendre. Le titre choisi pour cette réflexion sur notre pratique ne doit pas donner l'impression
3 Norbert Elias, Engagement et distanciation, Fayard, 1993

12

unique d'une position de principe mais davantage celle d'une recherche visant une vision complémentaire née d'une expérience et d'une réflexion sur cette expérience. La présentation des grandes lignes théoriques de la GRH à nos étudiants se fait aussi dans le cadre de nos cours sous un angle critique parce que nous savons que les étudiants disposent d'autres sources d'informations et qu'ils sont euxmêmes parfaitement capables de se constituer une opinion. Reposant sur notre expérience d'administrateur d'organisations et sur notre statut universitaire, cette approche critique nous semble un complément d'information pour un sujet dans lequel l'approche normative est sûrement insuffisante. L'approche réflexive d'un sociologue comme Jean Michel Saussois4 est parfois assez proche de la nôtre, même si l'exposé critique est plus ciblé sur la sociotechnique et moins sur ce mélange pratique que constitue la GRH. La position charnière de Jean Michel Saussois entre le sociologue, le praticien d'entreprise et l'option de description de son itinéraire personnel contiennent les mêmes ingrédients que notre recherche. La remise en perspective de la gestion dans une démarche plus scientifique, l'évolution de la pensée sociologique sur l'entreprise comme objet social sont autant de sujets qui nous préoccupent de la même façon. La différence entre notre travail et le sien telle que nous avons pu la formaliser réside dans la responsabilité de la décision. Celle-ci, est plus générale et plus directe dans notre expérience qui est moins celle d'un intervenant-consultant que celle d'un gestionnaire.
4 Jean Michel L'Harmattan Saussois. Itinéraire d'un sociologue au travail. 2002.

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Une référence importante est le travail de réflexion critique mené par le Centre d'Études et de Formation Approfondie en Gestion et plus particulièrement celui de Julienne Brabet5. Les chercheurs en gestion de ce centre ont su prendre une distance réflexive sur le champ sémantique, comme sur les productions de connaissance de la GRH. En se penchant de manière très universitaire, dans les formes de l'interrogation comme dans l'exposé de leur réflexion, ils montrent que la mise en forme d'une technique, la gestion, peut être abordée à la fois avec académisme et sans se laisser trop enfermer dans des certitudes. Cette position est intéressante pour le sociologue, non seulement parce qu'elle utilise parfois les concepts de sociologie pour aborder le thème de la GRH mais aussi parce qu'elle est une vision plus inquiétante pour les gestionnaires eux-mêmes. En effet, pour beaucoup de chercheurs en gestion, que nous différencions des gestionnaires parce que l'implication dans l'objet est différente, la sociologie dont le regard critique est presque institué, obligatoire et classé comme tel, est sans intérêt, pas assez scientifique, difficilement transmissible à leur public. De ce fait, le discours sociologique sur la gestion, contrairement à celui des enseignants-chercheurs en gestion, n'est que peu crédible, sa portée en devient restreinte. Il est donc préférable que le discours critique vienne des chercheurs en gestion et que la réflexion sociologique vienne le renforcer. En tant que gestionnaire, nous pensons que notre expérience nous donne la possibilité d'un apport critique et nous espérons montrer que la sociologie, par les instruments

5 Julienne Brabet et altri. Repenser la Gestion des Ressources Editions Economica. Collection Gestion 1993 Paris

Humaines?

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qu'elle utilise, contribue à une meilleure connaissance d'un objet social. Que peut dire un sociologue sur la gestion s'il n'a aucune connaissance des sciences de gestion? Cette question, signe suprême de la pensée exclusive repose celui qui la pose mais n'apporte rien à l'élaboration d'une connaissance sur la gestion et donc sur la GRH. L'utilisation de notre expérience de gestionnaire et de sociologue, aussi modeste soit-elle, met en évidence l'interaction indispensable de plusieurs champs de réflexion, comme la nécessité de reconnaître la place du «je» dans l'élaboration d'une recherche en sciences sociales. «L'une des principales insuffisances actuelles de la sociologie théorique traditionnelle est que la recherche se contente d'étudier la société dans la perspective du «ils », oubliant d'étudier systématiquement les perspectives du «je» et du « nous» à l'aide d'outils appropriés. 6 » Nous placerons cependant le débat ailleurs que dans cette question, en soulevant une autre interrogation, plus générale, qui peut logiquement s'appliquer à la GRH et qui correspond plus à notre expérience: Que peut dire, sur la gestion, un sociologue qui est gestionnaire? Une réponse claire, dans la mesure du possible, à cette deuxième question permet d'intégrer plusieurs démarches en montrant que la complémentarité des approches est bénéfique, pas l'exclusion de l'une ou de l'autre.
6 Norbert Elias. Qu'est-ce que la sociologie? Éd. de l' aube.1991. p.168 15

À la première et à la deuxième question, il est possible de répondre: il ne faut pas confondre l'objet réel et l'objet de connaIssance. Le gestionnaire est dans l'objet réel, le chercheur (en sociologie ou en gestion) dans l'objet de connaissance. Chacun d'eux peut avoir une expérience positive de chaque objet sans recoupement entre ceux-ci, situation fréquente mais pas obligatoirement gênante puisque ces deux domaines peuvent rester indépendants. Le premier est sanctionné par le marché, le second par ses pairs, la communauté scientifique, parfois par le marché mais dans un deuxième temps. Heureusement, il peut aussi exister des zones de recoupement entre les expériences dans chacun des objets et cette intersection est riche. Elle est une des conditions d'existence des sciences sociales7. Elle constitue un des axes de la recherche en sociologie dans lequel on peut prendre en compte l'expérience pratique et sa restitution théorique sans rejeter ce qui n'est pas dans les modes de pensée ou d'expression d'une école ou d'une autre. Cette recherche non exclusive n'est pas encore dans les mœurs des sciences sociales souvent trop influencées par les plus rigides des modèles d'observation des sciences exactes ou par des attitudes de «propriétaires agricoles» soucieux de préserver l'intégrité de leurs « champs ».

7 Voir à ce sujet Patrick Watier, Le savoir sociologique. Desclée de Brouwer; Paris. 2000. 16

Nous savons à travers quelques exemples de notre pratique quotidienne, que rares sont les dirigeants qui lisent les ouvrages sur le management et plus particulièrement sur la GRH. Ils sont plus sensibles, compte tenu du milieu dans lequel ils évoluent et de ses habitudes, à un regard sur leur activité qui se réclame de la gestion qu'à celui qui relève de la sociologie. L'histoire universitaire et sociale de cette dernière ne la place pas très près des entrepreneurs, mis à part quelques laboratoires spécialistes de l'entreprise. La sociologie a encore quelques efforts à faire pour se rendre accessible à d'autres publics que celui qu'elle touche habituellement. Ceci ne se vérifie pas sur la totalité des champs de la sociologie (organisation, entreprise), mais c'est une tendance suffisamment forte pour qu'elle soit significative. Pour le monde professionnel, la sociologie est encore trop souvent assimilée à une démarche de contestation instituée et notre étude, par son abord critique, pourrait paraître renforcer cette idée. Il n'en est rien, et nous souhaitons le montrer. Les sociologues-chercheurs fournissent aux sociologuesintervenants des instruments de compréhension et d'expression que ceux-ci peuvent ensuite proposer aux gestionnaires. Nous voulons donner des informations et éventuellement participer à l'élaboration d'un savoir qui mette en liaison ces trois démarches de chercheur, d'intervenant et de gestionnaire, en restituant ce que nous vivons comme chercheur et comme entrepreneur (sans croire cependant que notre statut d'intervenant soit des plus clairs). Depuis longtemps, nous n'intervenons plus comme consultant dans les entreprises, mais nous sommes sûrs que notre intervention non déclarée (elle ne répond à aucune 17

demande) dans les organisations que nous gérons est réelle. Elle ne dépend pas que de notre bon vouloir mais de notre culture, de notre statut et des attitudes qui en découlent. Après plus de dix-huit années de gestion et d'administration, notre volonté de revenir vers une attitude de chercheur nous place dans une démarche méthodologique qui reconnaît deux attitudes (postures) et qui souhaite en ajouter une troisième: au savant et à l'interventionniste identifiés par F. Piotet et R. Sainsaulieu8 nous souhaitons proposer les informations du sociologue très (trop) proche de son objet d'étude, sociologue formé par son objet et son cursus universitaire. Pour pallier à la difficulté de reconnaissance d'une partie de la sociologie par les entreprises, nous nous mettrons à l'abri derrière notre expérience de gestionnaire sanctionnée positivement par le marché et par l'institution universitaire (intégration de l'activité). La culture sociologique n'empêche pas la conduite des organisations. Ceci a l'avantage de montrer que la sociologie peut prendre en compte l'implication et qu'elle commence grâce à ce concept à pouvoir restituer l'expérience pratique. Rappelons que l'économie sociale dans laquelle nous agissons est soumise à la loi du marché, sans être pour autant soumise à la loi du profit et que la construction de cette identité idéologique est un des éléments de la vie des entreprises qui servent de support à notre recherche. Identité qui se doit d'être affirmée pour mieux expliquer les contraintes de notre démarche de restitution et de notre démarche de gestionnaire. Le fait d'être un acteur de
8

F. Piotet et R. Sainsaulieu, Méthodes pour
Presses de la FNSP, 1994

une sociologie

de

l'entreprise.

18

l'économie sociale impose une conduite, des priorités qui ne peuvent être comparées à celles d'un entrepreneur capitalistique; l'absence de recherche de profit n'exclut pas la gestion, mais elle place la préservation ou la création de l'emploi comme priorité. La restitution théorique vise alors aussi les personnes impliquées dans la marche de ces organisations qui vivent et subissent l'idéologie de l'entrepreneur. L'expérience pratique crée une méthodologie inconsciente (une ethnométhodologie) et la restitution théorique dans le domaine de la sociologie doit permettre sa mise en forme et sa transmission. Une des problématiques de notre démarche est dans notre position de chercheur et d'entrepreneur. Reconnaissons que notre recherche est et fut largement écrasée par notre travail de gestionnaire. Le facteur temps qui règle la vie quotidienne d'un gestionnaire est souvent la limite de son action mais il n'est pas le seul. La possibilité de restitution en est d'autant diminuée mais elle reste souhaitable parce qu'elle introduit une dimension supplémentaire à l'acquisition d'informations sur l'entreprise. La sociologie à laquelle nous aimerions contribuer n'est pas au service du développement de la GRH mais à celui de la compréhension des rapports sociaux dans les situations qu'ils engendrent. La sociologie doit nous aider par ses apports théoriques variés à comprendre les relations entre les hommes. Sa prétention n'est pas de démontrer l'indispensable apport de la GRH dans les entreprises, plus personne n'ose en douter, mais son rôle dans les rapports entre les hommes dans l'espace social général et, plus particulièrement, dans l'espace clos de l'organisation. 19

Chapitre 1 Pourquoi une approche critique?