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Croissance et développement

285 pages
Quels peuvent être les ressorts de la croissance ? Comment se doter de moyens de développement dans les économies contemporaines ouvertes, imprévisibles, incertaines ? Cet ouvrage souligne l'importance de l'action publique dans l'organisation des marchés et des activités innovantes et reconnaît que la dynamique sociale d'innovation est tributaire d'un ensemble de pratiques inédites aux yeux de la science académique : la réinvention du "local", du particulier, du marginal.
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http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00738-4 E~:9782296007383

INNOV ATIONS
Cahiers d'économie de l'innovation N°24
Croissance et développement Repères internationaux
Revuefondée en 1995

INNOV AL
21, Quai de la Citadelle 59140 Dunkerque, France L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Harmattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa L'Harmattan ItaUa L'Harmattan Burkina Faso

Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

- ROC

ITALIE

Comité S cientijique et Éditorial P. ARESTIS J-L. GAFFARD Université de Cambridge Université de Nice (Royaume-Yni) J.K. GALBRAITH D. AKAGUL Université du Texas Univers~téde Lille I (Etats-Unis) C. AZAIS J. GHARBI Université de Picardie Université du Littoral R. BORRELLY A. GUICHAOUA Université de Grenoble II Université de Paris I S. BOUTILLIER G. HARCOURT Université du Littoral Université de Cambridge L.C. BRESSER PEREIRA (Royaume-Uni) Getulio Vargas Foundation B. LAPERCHE (Brésil) Université du Littoral S. DE BRUN HOFF J-F. LEMETTRE CNRS Université de Versailles G. CAIRE G. LIODAKIS Université de Paris X Université Technologique F. CHESNAIS de Crète (Grèce) Université de Paris XIII J. LOJKINE A.L. COT EHESS-CNRS Université de Lille I B.A. LUNDV ALL G. DE BERNIS Université d'Aalborg Université de Grenoble II (Danemark) R.DIRUZZA B.MADEUF Université de Provence Université de Paris X A. DJEFLAT F-R. MAHIEU Université de Lille I Université de Versailles J. FONTANEL M. MARCHESNAY Université de Grenoble II Université de Montpellier I D. FORAY B. MARIS Université de Paris IX Université Paris VIII J. GADREY J. MOLAS GALLART Université de Lille I Université du Sussex
(Royaume-Uni)

C. MOULOUNGUI Université du Littoral C. PALLOIX Université de Picardie Y. PESQUEUX CNAM (paris) P PETIT CEPREMAP-CNRS

J. PETRAS

~niversité de Binghamton (Etats-Unis) M.RICHEVAUX Université du Littoral Y. RIZOPOULOS Université de Picardie P. ROLLET Université de Lille I J-J. SALOMON CNAM (paris) D. SCHOR Université de Lille II C. SERFATI Université de Versailles D. UZUNIDIS Université du Littoral C. V AÏTSOS Université d'Athènes (Grèce) M. VERRET Université de Nantes P. VRAIN Centre d'Études de l'Emploi

Administration
Sophie BOUTILLIER (publication), Blandine LAPERCHE (relations), Dimitri UZUNIDIS

(rédaction),Anne-Marie GORISSEet Jean-Claude RAIBAUT(international) Laboratoire de Recherche sur l'Industrie et l'Innovation Université du Littoral-Côte d'Opale 21, quai de la Citadelle 59140 DUNKERQUE téléphone: 03.28.23.71.34/47 - email: labrii@univ-littoral.fr URL: <h~:/ /www.editions-harmattan.fr/Innova.html> <http://www-heb.univ-littoral.fr/rii > Les manuscrits doivent être envoyés en trois exemplaires au responsable de la publication: Sophie BOUTILLIER 17, rue Camille Dramart 93350 LE BOURGET
Prochains numéros: n025, Savoir et production n °26, Développement durable n °27, Milieux innovateurs

LABORATOIRE
lm~nité

~.

RU

du Uttom

SOMMAIRE
ÉDITORIAL Hassan ZAOUAL : Développement, organisations et territoire: une approche Sud-Nord Nathalie FERREIRA: La monnaie « sociale» : l'apport théorique de P.J. Proudhon [1809-1865] et l'expérience du réseau global de troc en Argentine Vanessa CASADELLA, MohamedBE~CENTLEMCANI : De l'applicabilité du Système National d'Innovation dans les Pays Moins Avancés Jacques PERRAT : Division spatiale du travail et nouvelles organisations productives: des territoires « segments» aux territoires « modules »? Christian AZAÏs : Travail et régulations territoriales: une lecture à partir d'expériences française, italienne et brésilienne Emmanuelle LEGRAND, Arnaud DIEMER: Du processus d'intégration européenne à la recherche du progrès social RECHERCHE FONDAMENTALE Vincent LAURE VAN BAMBEKE : Des valeurs aux prix absolus. Essai de théorie économique rationnelle 7 METHODOLOGIE Géry LECAS : La modélisation systémique: outils méthodologiques pour économiste BIBLIOMETRIE Godefroy KIZABA : Revues scientifiques et 10 ans de recherche francophone en entrepreneunat A PROPOS... Pascal PETIT:
Croissance et richesse de nations

9

199

41

231 259

59

Par B. Laperche Serge LATOUCHE:
L'invention de l'économie

Par H. Zaoual 91 Bernard GUESNIER, André JOYAL (textes réunis par) :
Le développement territoria~ Regards croisés sur la diversification et les stratégies

115

Par S. Boutillier Françoise HAY, Yunnan SHI (sous la direction de) : La montée enpuissance de
l'économie chinoise

131

Par D. U zunidis Christophe SCHMIIT direction de) : (sous la

Université et entrepreneuriat, Une relation en quête de sens

Par S. Boutillier Dieter HILLAIRET 171 :
Sport et Innovation. Stratégies, Techniques et Produits

Par D. U zunidis

Hassan ZAOUAL :
S ocioéconomie de la proximité, global au local du

organisations. La fin des blouses blanches et autres?

Par S. Boutillier
Djilali BENAMRANE, ]AFFRE François-Xavier Bruno
:

Eugène NYAMBAL, Créer la prospérité en Afrique. Dix cléspour sortir de la pauvreté Bernard YANNOU, Philippe DESHA YES (éd.), Intelligence et Innovation en Conception de Produits et S ernces

VERSCHAVE

(coord.)

Les Télécommunications, entre bien public et marchandise Par]. Kiambu

Franck-Dominique VNIEN Le développement soutenable
Par B. Laperche

:

Sébastien CHARLES,
Macroéconomie hétérodoxe. De Kaldor à Minsky

SELECTION
Collection « L'Esprit économique»
Stefan ENGEL, La nouvelle organisation de la production internationale. Crépuscule des (( Dieux sur le nouvel ordre )) mondial Rémy VOLPI, Développement durable: Action! La gouvernance

273 279

BULLETIN D'ABONNEMENT RECOMMANDATIONS AUX AUTEURS

283 284

d'entreprise Clotaire MOULOUNGUI, Isabelle DEVOS, Tenues de
travail et mana/{ement des

,

Editorial
Marché, entreprises, institutions... innover pour lancer ou entretenir la croissance. Croissance de la capacité à produire, croissance de la production, croissance des richesses monétaires (ou non)... L'activité économique est, pourtant, remise en question et renouvelée régulièrement par l'innovation technologique, économique et sociale: nouvelles marchandises, nouvelles activités, mais aussi nouvelles entreprises et nouveaux modes d'organisation. Dans les économies contemporaines, la concurrence, devenue mondiale, explique la priorité donnée par les entreprises et par les gouvernements à la connaissance, à la science et à la technologie. Les grandes entreprises deviennent des pôles de déploiement de réseaux technologiques, financiers et commerciaux et imposent leurs productions au monde entier. Elles mettent en œuvre des stratégies d'innovation permanente pour consolider leur place sur les marchés internationaux et, en même temps, pour assurer leur pérennité. La puissance innovatrice d'une entreprise dépend, de son coté, de l'acquisition constante d'une large gamme de compétences et de connaissances. Les entreprises investissent, donc, dans les pays ou les régions riches en capital humain et en ressources scientifiques et techniques. A l'autre bout de la chaîne des valeurs, la mondialité des normes d'accumulation est contrebalancée par la réinvention du «local », du particulier, du marginal... Dans les pays en développement, le Développement est capté par des sociétés auto-organisées lesquelles, produisant des innovations vitales pour leur reproduction, sont potentiellement des boîtes à idées (des sortes de boîtes de Pandore). Au moment venu, des idées, des schémas ou des figures qui sortent de ces boîtes ouvertes sont appropriées par l'économie officielle pour se transformer en actes d'innovation et en normes de mondialisation. D'autres idées, schémas ou figures alimenteront les risques, les dangers pour le «global business ». L'objet de ce numéro de la revue Innovations, Cahiers d'économie de l'innovation est de présenter au lecteur quelques-unes parmi les principales interrogations actuelles des universitaires dans le large domaine de l'économie de la croissance et du développement dans un contexte ouvert à la concurrence et aux flux de marchandises et de capitaux. Les auteurs soulignent, d'une part, l'importance de l'action publique dans l'organisation des processus d'innovation et des marchés pour

aider les entreprises à innover ou pour attirer celles qui innovent. Mais, d'un autre côté, la dynamique sociale d'innovation est tributaire d'un ensemble de pratiques inédites aux yeux de la science académique. Au Nord comme au Sud la croissance et le développement obéissent à une même logique: création de normes d'accumulation / création de marges d'appropriation... Ce numéro contient aussi une recherche originale qui révolutionne le débat - très ancien - sur le passage des valeurs aux prix dans la théorie de Marx. En outre, dans la seconde partie de ce numéro et sur le plan méthodologique, la modélisation systémique est présentée comme un outil d'analyse économique. Une approche innovante qui prolonge la refléxion sur la contribution des modèles mathématiques au développement de la science économique. Enfin, l'entrepreneur étant une catégorie économique qui a depuis longtemps suscité la curiosité des chercheurs, la recherche à ce sujet a pris d'importantes dimensions, même dans les pays francophones. L'étude bibliométrique presentée dans ce numéro montre les apports et les limites de la recherche sur l'économie de l'entrepreneur.

8

Innovations. Cahiers d'économie de l'innovation n024, 2006-2, pp.9-40.

Développetnent, une approche

organisations Sud-Nord

et territoire:

Hassan ZAOUALl Laboratoire de Recherche sur l'Industrie et l'Innovation Université du Littoral Côte d'Opale
Résumé

/

Abstract

L'originalité de cet article de portée interdisciplinaire est de faire converger les recherches menées dans les pays du Sud et les pays du Nord sur le développement et l'importance universelle qu'acquiert, aujourd'hui, la notion de territoire. C'est sur la base d'une pédagogie de« l'erreur féconde» quant aux limites du « développementtransposé» dans les pays pauvres que l'auteur formule son approche. Celle-ci met en évidence l'importance de l'ancrage anthropologique des pratiques économiques (comportement individuel, pratiques entrepreneuriales et territoriales). De cette façon, elle explicite les paradoxes formel/informel en économie de développement et local/global au Sud et au Nord. De fait, le paradigme des sites symboliques d'appartenance, défendu ici, par l'auteur ouvre la voie à une « révolution scientifique» traitant des anomalies du modèle standard quant à la manière d'aborder le développement, l'entrepreneuriat et la globalisation. TI y souligne la nécessité de prendre en considération la grande diversité des situations ainsi que le rôle des « croyances artagées» par les acteurs dans l'accompagnement p des systèmes complexes (territoires, firmes, entreprises, Petites et Moyenne Entreprises et activités informelles).
Development, Organizations and Territory: A Southern

/ Northern Approach

The originality of this interdisciplinary paper is to make existing developmental researches in southern and northern countries on the one hand and the growing importance and universality of the territory concept on the other hand converge. The author formulates his approach on a "fertile error" based pedagogy built in confrontation with development model transposition limits on developing countries. This pedagogy highlights the importance of economic practices anthropological anchoring (individual behaviour, business management, local practices). This way, it illustrates the formal vs. informal paradox in developmental economy and the local vs. global paradox in the South and the North. De facto, the symbolic belonging sites paradigm the author defends opens the way to a "scientific revolution" which solves standard model anomalies in dealing with development, entrepreneurship and globalization. The need to take into account the huge situational diversity and the actors "shared believes" key role in complex systems coaching is also emphasized (territories, ftmls, business companies, small and medium sized ftrms, informal economic activity) JEL 0100, 0170, 0180

1 zaoual@free.fr

« I..a réalité est dès lors autant dans la distinction entre le .rystème ouvert et son environnement. . ..Logiquement, le .rystème ne peut être compris qu'en incluant l'environnement qui lui est à la fois intime et étranger etfait partie de lui -même tout en lui étant extérieur»

Edgar MORIN (1992)
Dans cette contribution, l'approche développée se veut interdisciplinaire. Elle croise l'économie du développement, la sociologie des organisations et une ouverture sur les apports des sciences de gestion. Cette orientation est dictée par les conclusions tirées des échecs de la transposition des modèles d'économie et du management du Nord au Sud. De ce point de vue, l'histoire intellectuelle et pratique de l'économie du développement est susceptible d'enrichir les recherches menées dans les pays industriels sur les pratiques entrepreneuriales et territoriales. Ainsi, le mode d'exposition déployé relève de la pédagogie de l'erreur féconde. Une première partie de la démonstration met en évidence l'inadéquation du territoire scientifique de l'économiste du développement avec le territoire de vie des populations concernées par le changement escompté par les transferts précipités des modèles de développement. Cette discordance trouve sa racine dans les postulats fondamentaux de l'économisme, réducteurs et niant la diversité des territoires. Tout se passe comme si l'autonomie de l'économique fonctionnait dans les faits contre l'autonomie des gens de la base. Le parachutage des modèles économiques donne lieu à des échecs cinglants et à des paradoxes formels/informels que la théorie des sites explore en mettant en valeur l'importance des valeurs et des espaces vécus des acteurs locaux. L'inertie des économies formelles greffées du dehors et la vitalité des économies dites informelles constituent une parfaite illustration de ces paradoxes sur lesquels peuvent être construites des alternatives SudNord privilégiant l'échelle localel. Cette économie politique des pratiques locales trouve dans la figure de l'entrepreneur situé la vérification empirique de la nécessité des nouvelles approches transversales et territorialisées.

1 C'est cet ancrage territorial qui devient un lieu de convergence pour toutes les pensées économiques qu'elles viennent du Sud ou du Nord qui appréhendent les économies dissidentes territorialisées. Celles-ci peuvent être qualifiées d'informelles au Sud ou d'économies solidaires, sociales ou territoriales au Nord. De ce poin t de vue, la pertinence de l'échelle locale acquiert une portée universelle. 10

En résumé, comme la science n'avance que par paradoxe, nous identifierons deux paradoxes moteurs dans l'évolution des idées économiques et sociales de notre temps. Le premier peut être extrait des expériences de développement dans les pays du Sud. L'économie dite informelle a réussi là où l'économie formelle, aidée et programmée, a échoué! Le second, de portée universelle et en déduction du premier, trouve son illustration dans la montée en puissance des préoccupations relevant des territoires dans un contexte marqué par l'extension et l'approfondissement de la globalisation. Les conclusions fondamentales tirées de cette analyse sont étendues, dans une seconde partie de notre mode d'exposition, à la problématique des PME voire des grandes entreprises dans leurs relations avec leurs territoires d'implantation dans les pays industrialisés. Dans le décryptage proposé, l'hypothèse essentielle défendue résulte d'un croisement des pensées économiques qui élargissent leurs horizons à la diversité et à la complexité des organisations économiques et des territoires. En capitalisant les expériences du Sud à travers la théorie des sites symboliques d'appartenance (ZAOUAL, 1994, 2002, 2004), cet essai comparatif contribue, par ses échanges avec l'institutionnalisme, l'évolutionnisme et la pensée complexe, à asseoir les bases d'une économiepolitique de la diversité. Les Petites et Moyennes Entreprises (PME) dans les pays industrialisés, malgré leurs différences avec le monde hybride des micro activités informelles du Sud, restituent aussi l'importance de l'ancrageanthropoéconomique dans les sites d'appartenance. Ce faisant, les diversités organisationnelles ainsi que la pluralité des modes de coordination s'en trouvent réhabilitées. Dans cette perspective, la coordinationpar le marché ainsi que le modèle rationnel de l'organisation sont relativisés et nuancés dans leur portée explicative. C'est donc une façon de s'émanciper du paradigme économique dominant, en somme, de l'uniformisation. Enfin, la troisième étape de notre raisonnement consiste à consolider les bases du paradigme «postglobal» des sites en le faisant converger vers les récents apports des théories des organisations mettant en évidence l'importance des croyances locales dans les systèmes organisés, entreprises et territoires.

Il

CE QUE LE SUD PEUT APPRENDRE AU NORD
Paradoxes de l'économisme au Sud: inertie du fOrmel et vitalité de

l'informel
- L'échec de l'économie formelle sous les tropiques L'économie formelle telle qu'elle s'est établie dans les pays du Sud est à rapporter à la conception du développement qui a eu cours après le mouvement des indépendances. En substance, elle reposait sur la croyance en des automatismes économiques. Que l'on adopte le point de vue du libéralisme ou celui du marxisme, la culture du développement issue de l'imaginaire et des pratiques du capitalisme isole l'économique et le postule déterminant dans l'évolution des sociétés. Toutes les théories et les modèles proposés dérivent, à un degré ou à autre, de cette vision unilatérale du monde. Cette conception imprègne profondément les institutions du paradigme mécaniste du développement, en premier lieu, les institutions internationales et, à leur suite, les gouvernements qui n'ont pas de vision alternative. C'est dans ce contexte que le Sud a commencé à importer la pensée et les pratiques de son devenir. Que l'on aille en Amérique du Sud, en Afrique, dans le monde arabe et dans une bonne partie de l'Asie, les conséquences de ce mimétisme généralisé sont comparables. Elles peuvent être résumées de la façon suivante: le développement s'y métamorphose en débouché pour les économies capitalistes les plus innovantes du Nord. Dans ce mécanisme, l'offre de développement, sous différentes formes (théories, concepts, expertise, institutions, modèles d'organisation, projets, équipements, industries, usines clefs en mains etc.) répond à une demande façonnée par l'histoire, le conditionnement et la domination globale exercée par le truchement des élites locales. Du fait même que les élites sont dans l'impuissance de formuler d'autres visions du monde, autres que celles du développement et de la globalisation, elles ont le statut d'élites stériles dans le tableau économique mondial. Ce qualificatif, aujourd'hui, peut s'appliquer tant aux élites orientales qu'aux élites occidentales dans la mesure où dans les pays dits riches la restructuration économique engendre aussi de nombreux exclus et ne fournit aucun horizon plausible au plan économique et social afOrtiori au plan de l'environnement. En un mot, nous sommes à la veille de la fin de tout modèle qui se veut unique et exclusif de la diversité des pratiques locales. 12

Toutes les entités matérielles et immatérielles du paradigme du développement décrites ici sont transmises aux pays pauvres sur le mode enchevêtré des «paquets de développement» qui atterrissent sur des terrains dont on n'a pas pris le soin d'étudier les contingences locales. La croyance dans les automatismes du développement et de la globalisation y est pour beaucoup. Il s'ensuit un carambolage symbolique, économique et social déroutant pour les populations qui se voient dépossédées de leurs traditions, de leurs capacités à innover et à évoluer selon les véritables contraintes de leurs sites d'existence. Ces conceptions et ces pratiques du haut vers le bas détruisent les capacités endogènes d'évolution des milieux sur lesquels elles s'abattent au nom du progrès; celui-ci étant postulé sans discussion et sans concertation avec les agents du site. Dans cette organisation pyramidale du changement, le site perd ainsi ses «mécanismes immunitaires» capables de lui assurer son autonomie et son intégrité civilisationnelle. Les expériences décrites par la littérature économique montrent généralement que le développement détruit sans se réaliser. Il engendre son contraire (un anti capitalisme), au plus une économie de rente précaire. La conséquence macroéconomique de ce processus est un surendettement que les programmes d'ajustement structurel n'entament pas, au contraire. Ainsi tout se passe comme si l'autonomie de l'économique introduisait une non autonomie des populations considérées, d'ailleurs, comme de simples cibles par les techniques meurtrières du paradigme balistique des experts. Il n'y a rien d'humain dans ces stratégies fatales. Les projets y fonctionnent comme des «prqjectiles»l. Autrement dit, il s'agit bien d'une guerre qui ne dit pas son nom. Ce n'est pas par hasard que lorsqu'on approfondit la critique du développement, on débouche, inéluctablement, sur des incompréhensions, des querelles de sens, des conflits voire des guerres au vrai sens du mot. En somme, l'économie formelle censée être le moteur du développement dans les pays du Sud les rend dépendants et pauvres au lieu d'engendrer leur indépendance et leur prospérité. Mécaniquement, le développement de l'économie officielle semble induire plus de pauvreté et un surendettement structurel. Ce qui confère aux économies formelles des pays pauvres une fonction de débouché dans le processus du développement
1 Un jour, lors d'un séminaire en Ethiopie, j'ai demandé à un expert de me dessiner le projet qu'il était en train de commenter, il m'a dessiné une sorte de missile à plusieurs étages (conception, exécution et évaluation pour ne pas dire destruction) matérialisant les différentes étapes du projet! 13

et de la mondialisation. Toutes les thérapies pratiquées face à ce mal développement ont échoué. Les structures de l'économie formelle maintiennent une bonne partie de l'héritage du colonialisme, seule la couleur des élites a changé! En effet, les économies néocoloniales du Sud restent dominées par des productions et, par voie de conséquence, des exportations centrées sur des produits extraits de la nature et peu valorisés localement. De plus, l'inertie qu'introduit le télescopage entre le développement et les milieux d'accueil ne favorise guère le développement d'activités à forte valeur ajoutée intellectuelle. La pratique des paquets du développement l'interdit. Comme tout est conçu et exécuté de l'extérieur, l'expertise du développement peut être résumée par la formule suivante: « nepensez pas, nous pensons pour vous,pqyez ». En clair, l'acteur et son milieu ne sont pas ni respectés ni impliqués dans la formulation de leurs besoins et dans la manière de les satisfaire. Le «développement transposé» exclut l'acteur et, par conséquent, sa participation et l'expérimentation de ses propres capacités de créativité et d'apprentissage. L'acteur ou l' homo situs dans la terminologie de notre théorie n'est pas considéré comme sujet mais comme objet. Le paradigme du développement lui interdit de faire sa propre expérience. Ce processus d'aliénation est bien entendu alimenté par les systèmes éducatifs clonés, les projets clefs en main, la publicité, la «parabolisation» de peuples entiers, l'arrogance des puissances et les forces de l'argent qui dominent le monde, etc. Tout cela lamine la confiance en soi et donne en pâture les peuples du monde et d'immenses territoires aux appétits sans limite des multinationales et à l'industrie du développement. Dans sa profondeur, l'économie formelle préfabriquée est une économie de rente dont le capitalisme mondial a besoin comme débouché et réservoir de matières premières voire comme poubelle de ses pollutions. D'un côté, il organise la concentration de la richesse économique et de l'innovation dans les critères du profit et de l'autre la destruction symbolique et économique. Ce qui libère des antagonismes Nord-Sud que seuls les flux migratoires, l'aide et des interventions militaires à répétition dans les anciennes aires coloniales arrivent à contenir momentanément et avec toutes les conséquences que l'on connaît aujourd'hui. En effet, les mécanismes néocoloniaux de stabilisation volent en éclats. L'ensemble des structures politiques, économiques et sociales officielles de régulation sont en cours de décomposition comme le montre la situation internationale 14

depuis quelques années. Ainsi le post néocolonialisme cherche ses modalités de fonctionnement du côté du droit de l'ingérence directe dans les affaires des pays affaiblis par les destructions et les formes dictatoriales de gouvernement qui ont accompagné le développement post colonial. Le monde qui se dessine, en l'absence d'une avancée significative vers la civilisation de la diversité, est voué au chaos et à une prolifération des désordres de tout ordre. On ne peut maintenir des peuples entiers dans une entière incohérence. Sur ces terrains, la modernité, importée clefs en tête et clefs en mains, demeure inaccessible et les traditions maintenues à l'état de «fourrure idéologique» aidant en cela des légitimités non fécondes. Les synthèses entre les deux mondes restent à faire, celles qui ont cours fonctionnent sur le mode du juxtaposé. De la modernité et des traditions, les élites ne sélectionnent que ce qui correspond à leurs intérêts et à ceux des pays qui conduisent la globalisation économique. Un tel système ne peut plus survivre. L'évolution et, en premier lieu, celle de la démographie se chargera de le faire disparaître malgré le retour en force de l'impérialisme. - Mystères et dynamisme de l'économie« informelle encas trée » Si l'économie formelle des pays du Sud semble fonctionner sur le mode d'un «trou noir» qui absorbe le développement sans développer un capitalisme local innovateur, diversifié dans ses structures, etc., les processus qui caractérisent les dynamiques informelles, semblent, quant à eux, plus performants. L'informel comble les trous noirs que le formel laisse derrière lui en raison de son inadéquation aux terrains. Tout se passe comme si ceux qui sont portés par l'économie formelle consomment sans produire tandis que ceux qui sont exclus du « développementgratuit» sont contraints de faire travailler leur imagination. Ce n'est pas un hasard si, aujourd'hui, les institutions officielles nationales et internationales portent un intérêt évident à ce qui est communément désigné par la notion discutable de secteur informel ou secteur non structuré. Elle a fait l'objet de nombreuses controverses. Le plus souvent les pratiques dites informelles sont appréhendées par les économistes et même les sociologues sans changer de lunettes conceptuelles. Déjà le mot informel ou non structuré est révélateur de la projection d'un regard, celui d'un sociocentrisme. Dire qu'il s'agit d'entités informelles veut dire littéralement qu'elles n'ont pas de formes propres. Or, ces microsystèmes et ces 15

organisations incorporent des modes de fonctionnement qui leurs sont singuliers. Comme la science, ici l'économie, a horreur de la singularité, elle ne cherche que le généralisable et le quantifiable, la recherche des spécificités locales s'en trouve découragée. Pourtant, l'observation des pratiques locales, en dehors des catégories de la science admise, peut faire avancer notre connaissance du dedans. Les activités des micro entrepreneurs, à titre d'exemples, dévoilent que ces acteurs agissent selon une rationalité et des modes de coordination qui portent la marque de leur site symbolique d'appartenance. Le site étant considéré comme un espace cognitif permettant des ajustements entre l'individu et sa communauté de proximité. En substance, le site fonctionne comme un «attracteur étrange» dans lequel tout est enchevêtré de l'imaginaire au réel. Le site est le lieu d'un ensemble de repères collectifs portant les marques de l'éthique et l'histoire du site. Etant cela, il assure des certitudes locales qui fluidifient les échanges interindividuels. Ces derniers, de par leur encastrement anthropologique, ne sont jamais totalement de nature marchande. Au contraire, le site veille sur sa cohésion et impose par socialisation endogène la solidarité et l'ensemble des mécanismes qui en assure la reproduction. La monétarisation n'empêche pas la persistance de la variété des mécanismes économiques qui ont cours dans l'univers de l'économie située. C'est, d'ailleurs, ce qui fait la force des pratiques informelles par rapport à l'économie formelle bureaucratique ou privée au sens du clonage du « développementtransposé». C'est dans son site que l'entrepreneur situé puise ses atouts quant à l'autofinancement de son activité et à la mobilisation des savoir-faire endogènes au site. Ici, la technique n'est pas séparée de l'éthique. Elle n'atterrit pas sous le mode du parachutage comme c'est le cas dans les pratiques traditionnelles du développement. Elle est le fruit d'un bricolage in situ qui mobilise la créativité locale. De ce fait, elle n'endosse pas le mécanisme d'une consommation symbolique des objets techniques venus d'ailleurs. Ce qui laisse entrevoir que tout transfert de quelque nature qu'il soit ne peut être dynamisant pour les organisations et les systèmes locaux que s'il est relayé par une mobilisation du savoir-être et du savoir-faire du site considéré. Synthèse et apprentissage et encastrement sont, donc, incontournables dans la dynamique des organismes sociaux. Tout emprunt sans prise sur le génie du site devient une emprise. Ainsi, l'expertise du site (savoir social local) est 16

partie prenante de tout changement autonome. Cet énoncé est l'abc de la participation voire de la conception même de ce qui doit ou ne doit pas être fait dans une situation donnée. Il est illusoire d'élaborer des projets ou de créer des structures et des institutions en dehors des systèmes des représentations symboliques et du contexte d'action des acteurs du site. L'échec est assuré au bout de tout constructivisme hâtif. Ici, c'est la subjectivité des hommes de la situation qui est à prendre en considération d'autant plus que les processus économiques sont plus proches des prophéties auto réalisantes que d'une quelconque réalité objective. Dans ces conditions, toute performance est un construit social in situ. C'est l'adhésion à des croyances partagées qui fait la réussite de toute organisation. Elles imprègnent non seulement les règles et les institutions mais aussi les conceptions et le savoir social. Elles fonctionnent ainsi comme des moteurs symboliques structurants de l'ensemble des pratiques locales. Ce qui empêche tout découpage entre les dimensions de l'existence des acteurs en question et signe, du même coup, la fin de l'économisme. De ce point de vue, le secteur dit non structuré est hautement structuré. C'est plutôt le secteur formel qui est, au-delà, de ses formes apparentes, non structuré en profondeur selon les critères de la science qui l'organise. D'ailleurs, l'économie officielle dans les pays dits en développement est elle-même truffée de réseaux informels dont les logiques perturbent, déjouent et détournent la rationalité économique et l'ensemble des impératifs du paradigme qui légitime, du moins en théorie, les pratiques du développement et de la globalisation économiques. Tout semble s'organiser pour maintenir le capitalisme innovateur à la périphérie de l'économie de rente. Le schéma centre-périphérie d'inspiration marxiste se retrouve ici renversé. Seul entre dans le milieu d'accueil un capitalisme chosifié et désincarné, suite au processus intellectuel et pratique qu'il subit. Si l'expertise échoue à rationaliser l'économie formelle dans ses propres critères, comment voulez-vous qu'il puisse structurer les dynamiques informelles selon les canons de la théorie implicite à ses propositions et conseils pratiques. Qu'il nous démontre d'abord qu'il réussit sur son propre terrain avant de pouvoir administrer ses thérapies à des organisations et systèmes dont la complexité est indomptable par le réductionnisme scientifique classique. En effet, ces dynamiques sont de nature composites et chaotiques, donc non linéaires. Elles conjuguent dans leur 17

fonctionnement quotidien une pluralité de dimensions et d'espaces de justification au sens des économistes des conventions. L'impératif économique classique n'est aucunement leur principe supérieur. C'est plus la recherche d'un équilibre cfynamiquement situé qui semble prendre le pas qu'un mode de fonctionnement séparant l'économie de la société locale. Ainsi, leur but n'est pas centré sur l'accumulation pour l'accumulation. Ainsi, les lois économiques admises sont, plutôt, contrariées par les résistances des sites dans le monde de l'économie formelle comme dans le monde de l'économie située dont les rationalités nous restent encore inconnues. D'ailleurs, les activités des économiesendogènesdissidentes (ZAOUAL, 2003) prolifèrent plus qu'elles ne concentrent sous le mode capitaliste classique. Dans le même ordre d'idées, l'aventure des entrepreneurssitués dévoile que ces derniers ne sont pas des entrepreneurséconomiques au sens classique du terme. Enchâssés, ils déploient des mécanismes économiques à objectifs multiples. Ce qui veut dire en clair que le profit, s'il y a lieu d'en parler, ne constitue pas leur unique «prophète ». Dans les expériences humaines, les divinités des sites sont innombrables. Religions, croyances, cultures etc. s'y mélangent avec les activités matérielles et donnent d'autres directions à ces dernières. Et, c'est là que les économies informelles semblent paradoxalement post modernes d'autant plus que la recherche sur les frnnes capitalistes elles -mêmes s'orientent, de plus en plus, vers la nécessité d'un ancrage territorial et d'une intégration des mécanismes de coordination hors marché (citoyenneté, éthique, culture, identité, appartenance, croyances, réseaux, coopération inter entreprises et intra territoriale avec des acteurs non économiques, partenariat, etc.). Ici, le marché s'épuise de par son fonctionnement endogène. A son paroxysme, il génère une incertitude paralysante pour la vie économique. L'asymétrie, l'opportunisme, le passager clandestin, la tromperie, la manipulation, etc. dictés par le profit finissent par détruire l'inestimable carburant du dynamisme économique qu'est la confiance. C'est ce qui explique les brèches paradigmatiques de l'économie de marché et le besoin de renouvellement y compris du point de vue du discours et des pratiques économiques dominantes. En écartant l'éthique de l'économie, celle-ci finit par s'autodétruire.

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L'enchâssement localdes dynamiques «(informelles)) au Sud L'observation des expériences dans divers pays du Sud nous a enseigné que le déficit institutionnel des modèles macroéconomiques (les microprojets ne font guère mieux) constitue une des causes essentielles de leurs défaillances.Cette anomalie laisse entrevoir la grande incomplétude de l'analyse économique traditionnelle du développement. Le fait institutionnel représente l'angle saillant de cette énigmescientifique.En vérité, le monde des transactions économiques est assailli par une nuée d'incertitudes en l'absence d'institutions assurant une coordination autre que celle du « marchépur ». Les expériences des districts italiens comme le savoir collectifaccumulé sur les phénomènes d'économie dite informelle dans des pays aussi divers que ceux du Maghreb et d'Afrique subsaharienne indiquent, de façon apodictique, que la coordination économique est, par essence, multimodale. Le nier, c'est sombrer dans un nihilisme théoriquesansportée empirique. A contrario, les faits expriment une pluralité de modes de coordination qui fait la force du dynamisme des organisations et des territoires économiques au Nord comme au Sud. L'agent (individu ou organisation) y a recours dans sa stratégie de minimisation des risques. La coordination plurielle joue le rôle d'une diversitéstabilisante par opposition à la coordination uniformisante, centrée, exclusivement, sur le critère de l'échange marchand. D'ailleurs, la micro entrepriseinformelledans les pays du Sud en use quotidiennement dans son fonctionnement. Du démarrage de son activité à sa stabilité dans un univers peuplé par une pluralité d'épreuves de réalité au sens des économistes des conventions, le micro entrepreneursurvit par la coordinationplurielle que son site met à sa disposition. Ce qui lui confère toutes les caractéristiques de l' homo situs, beaucoup plus variées que celles de l'homo oeconomicus.Delà dérive une nette distinction entre l'entrepreneur situé et l'entrepreneur économiqueau sens des théories économiques admises (ZAOUAL,2003). Dans cette perspective, le site soutient l'agent et le limite dans ses activités économiques. La coopération interindividuelle omniprésente dans les économies néo-communautaires est, en effet, une des modalités de la création des micro activités urbaines. Elle trouve sa justification dans les principes supérieurs du site au sens de L. THEVENOT et de L. BOLTANSKI. L'appartenance, la réputation et la proximité sont garantes de ces processus de solidarité. Dans l'imaginaire en acte du site, l'entreprise est, dans les faits et les pratiques considérées, pensée et vécue comme une organisation commu19

nautaire. Son but, en retour, n'est pas exclusivement le marché et le profit mais la reproduction communautaire. En cela, le site limite l'accumulation et étend la redistribution. Comme nous l'indiquions dans de récents articles traitant des principes de l'économie de la proximité et du site (2003, 2004), contrairement à la formule de Karll\1ARX ((Accumuler, accumuler, c'est la loi desprophètes », nous sommes tenté de dire plutôt « Donner, donner, c'est la vraie loi des prophètes ». Dans les sites africains et arabo-musulmans, par expérience, pour accumuler, il faut donner. L'économie du don s'incruste ainsi dans le modèle du capital et l'impulse à la périphérie du territoire du site. Ce mécanisme fonde le caractère relationnel des économies africaines et arabo-musulmanes endogènes. Tandis que ce penchant rend les économies formelles, greffées artificiellement de l'extérieur, purement des économies de rente, au plus redistributives (ZAOUAL,1999). Du dedans des organisations locales en question, l'auto limitation de l'accumulation voire son absence n'est point un paradoxe. C'est même un ordre spontané du site qui rend caduque, au moins partiellement, celui du marché. Comme il s'agit toujours de visions, a contrario, ce fait est véritablement pensé comme un paradoxe du côté de la sciencenormale en économie. Ce paradoxe a, en effet, beaucoup intrigué les économistes, ceux qui persistent à garder les mêmes lunettes paradigmatiques. Comme par enchantement, ils écartent, d'un tour de main, le véritable paradoxe, celui d'une économieformelle qui se construit avec leurs modèles et échoue, par opposition, aux performances des cfynamiques informelles auxquelles contribuent les acteurs les plus démunis. Pourtant, les paradoxes sont censés stimuler la découvertescientifique. Décidément, c'est le plus grand défi de ce siècle auquel se heurte la scienceéconomiquedes modèles. Elle le fuit en étendant, par simple extension, son paradigme au lieu de le révolutionner du dedans. On tourne en rond en raison de l'inertie des croyances scientifiques de la science normale. C'est pour cette raison que les ouvertures actuelles opérées par les courants que l'on pourrait qualifier d' hétérodoxes sont prometteuses. Ainsi, l'institutionnalisme dans ses différentes variantes, comble, partiellement, le vide que le paradigme du marché laisse derrière lui quant à l'énigme de l'incertitude (ZAOUAL, 2004). Dans cette même lignée, la théorie du site fait appel aux croyances, aux conventions et au parcours du site dans la levée de cette énigme. De même, l'évolutionnisme en mettant l'accent sur la complexité endogène et exogène des organisations ouvre la 20

voie à la prise en compte de la trajectoire, donc, de l'histoire et du territoire dans les processus d'évolution des organisations économiques. En conséquence, la mémoire des organismes économiques acquiert un statut d'objet de recherche dans l'univers de l'analyse économique au même titre que dans le management des organisations. La mémoire vive du site apparaît ainsi comme un «stock» d'expériences, de valeurs, de compétences et de routines constamment revisité par l'organisation à la lueur du défi du changement, c'est son« codebook». C'est, d'ailleurs, ce caractère dynamique qui confère au site les capacités d'une organisation socialeapprenante. Là, nous retrouvons l'hypothèse du site expert collectif.Ce qui met aussi en lumière l'hypothèse, tant défendue par Philippe D'IRIBARNE, que les traditions d'un site ne sont pas, toujours, antinomiques avec l'innovation et le changement en général. D'ailleurs, dans sa dernière livraison intitulée Le Tiers monde qui réussit (2003), cet auteur, sur la base d'enquêtes de terrain, démontre que même les filiales des firmes multinationales qui veulent réussir sur les critères du profit mobilisent un certain nombre de valeurs locales qu'elles combinent avec les outils du management universel. Le fait multinational ne peut se soustraire au fait interculturelqui exprime ici la force des territoires d'implantation par rapport à la globalisation entendue comme modèle unique généralisable. Ainsi, rien ne semble échapper aux facteurs de site dont nous soulignons l'importance dans ce texte. Comme le montre la littérature portant sur le développement, les entrepreneurs informels dans les pays pauvres sont plus portés à satisfaire, directement et sur de petites échelles, les besoins des communautés ambiantes qu'à chercher une ouverture sur les marchés globaux et lointains. Parallèlement, leurs modalités de fonctionnement, proches de l'entreprenariat asiatique notamment chinois, mobilisent les institutions sociales du site local. L'espace du marché y est endigué par des pratiques locales qui font preuve d'autres modes de coordination dans lesquels les ,rystèmes de réciprocités demeurent vivaces. Ici, le concept de site ,rymboliquedécrypte ces relations en partant des représentationset des pratiques des acteurs. La force des croyances partagées soude les institutions du site et combat ainsi l'incertitude contractuelle. Le site gère l'incertitude en recourant à l'éthique et aux normes du groupe. Le site organise la confiance. C'est ce qui fait, d'ailleurs, la force de la finance informelle que les pratiques du micro crédit tentent d'imiter. De ce point de vue, l'anti modèle (l'informel) devient le modèle! 21

Ainsi, la variété des mécanismes déjà présents dans les processus économiques informels semble retenir l'attention et fournit même des éléments d'inspiration dans la formulation d'un paradigme alternatif à la pensée unique. En ce sens, la prolifération actuelle des projets et des études sur les politiques d'appui, le micro crédit, l'économie solidaire et sociale, le territoire, etc. est révélateur de la montée en puissance d'une économie plurielle et territoriale. Cette multiplicité recherchée est le signe de l'épuisement de l'uniformisation sur la base des concepts et des critères de la globalisation. Celle-ci n'est pas, en réalité de portée globale au sens d'une approche intégrée de l'existence des hommes. Au contraire, en réduisant l'homme à un simple homo oeconomicus,elle détruit ses repères fondamentaux et sème la suspicion au sein des communautés humaines. Elle en détruit la cohésion afin d'organiser leurs relations sur l'unique base, celle de la concurrence et du marché. C'est cette «civilisation économique», puisqu'elle a sa propre définition de l'homme, qui est, aujourd'hui, remise en cause même si c'est dans un ordre dispersé par de nombreux auteurs et mouvements sociaux au Nord et au Sud. Ces circonstances expliquent le second paradoxe auquel nous assistons en direct: plus ça se globalise, plus ça se localise. Quel est donc le mystère de ces retournements?

L'IRRUPTION DU PARADOXE GLOBAL/LOCAL NORD
Pertinence de l'échelle territoriale

AU

- De l'intérêt de la localité L'irruption des interrogations relatives au territoire traduit un désarroi face aux mécanismes de déracinement collectif que la globalisation économique a amplifié après les échecs du développement dans les pays du Sud et les insuffisances notoires de la régulation des économies développées. Un point de convergence est ainsi fixé entre le Sud et le Nord même si les contextes sont différents. Comme nous l'indiquions, les pratiques économiques dominantes se construisent sur la base d'un discours dont l'homme est le grand absent. Pourtant, l'expérience montre que toute théorie ou technique qui l'évacue finit par se heurter à son absence dans ses dispositifs conceptuels et dans ses outils d'intervention.

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Les théories économiques comme celles du management se rendent compte actuellement que même les objectifs d'un « capitalisme intelligent» ont pour premier besoin de faire adhérer les acteurs de la situation. Cette adhésion ne s'achète pas et ne s'impose pas. Les motivations de l'homme étant multiples, elles ne peuvent être mobilisées pour toute performance qu'en les prenant en compte dans leur multiplicité et leur localité. Ceci est d'autant plus vrai, aujourd'hui, que les croyances dans les sciences, les techniques, l'industrie, le capitalisme, etc. bref, tout ce qui a formé l'idée de progrès est en crise. Les incertitudes prolifèrent dans les entrailles mêmes de la civilisation économique. Suite à ses dégâts sociaux et écologiques, le progrès n'est plus ce qu'il était ou semblait être. Ces incertitudes sont génératrices de l'attrait croissant à la territorialité. Tout se passe comme si elle était porteuse d'une plus grande certitude dans la coordination comme dans l'adaptation aux mutations en cours (PECQUEUR, 1996). C'est ainsi que progressivement les approches par le territoire ont réalisé un ancrage scientifique de leurs objets de recherche (ZAOUAL, 1998). Cette révolution par la base, en avançant, découvre toute la complexité des interactions dont sont le siège les territoires à partir desquels les acteurs construisent leurs comportements et leurs projets. De ce point de vue, la notion de proximité va acquérir un statut d'objet de recherche incontestable (pECQUEUR, ZIMMERMAM, 2004). Seulement, comme nous le démontrons dans les principes de l'économie de la proximité et du site (ZAOUAL, 2003), cette notion est aussi insaisissable que le site. Elle exprime une profondeur qui échappe à toute maîtrise qui se veut rationnelle et instrumentale. Penser la proximité, c'est repenser de manière simultanée l'ici et l'ailleurs. Dans cette articulation, la proximité organisée exprime la complexité des relations à prendre en considération à l'intérieur comme à l'extérieur du territoire. Ce qui relativise grandement la portée de la proximité géographiquedont l'existence peut avoir un rôle dans le dynamisme économique sans qu'il soit déterminant. Elle ne garantit pas en soi la coopération et les synergies entre acteurs (entreprises, universités, centre de recherche, collectivités locales, communautés de base, etc.). Le plus souvent, dans le domaine spécifique du management des entreprises, c'est l'articulation entre un ancrage local de réseaux de firmes et un ensemble de relations de niveau international qui assure le plus grand dynamisme au territoire (recherche, innovation, production, marché, etc.). C'est cette dialectique entre la fermeture et l'ouverture que l'on retrouve dans le 23

concept de site. Concept générateur, le site nous conduit à entrevoir une forme de proximité beaucoup plus profonde: la proximité .rymboliquesituée. - Les interactivités entreprises-territoires Dans ses développements les plus récents, l'analyse économique, en recourant à l'évolutionnisme (Maurice BASLE et alzï, 1999), à l'institutionnalisme (GRANIER et ROBERT, 2002 ; Jean-Philippe TOUFFUT, 2002) et, de manière plus générale, à des approches se rapprochant de la complexité et de la variété des contextes d'action des agents économiques révèle des signes de changements paradigmatiques significatifs (B. PECQUEUR, 1996, B. GUESNIER et A. JOYAL, 2004). A ce sujet, les relations entre la dynamique des firmes et les territoires sont une des entrées en la matière (Claude DUPUY et Antje BURMEISTER, sous la dire 2003). En effet, la théorie de la firme a beaucoup évolué en direction d'une conceptionélargie de l'entreprise. Celle-ci se voit investie par des recherches empiriques et théoriques qui l'explorent du dedans et du dehors et en démontrent toute la complexité. Du dedans, la firme est appréhendée, de plus en plus, comme une organisation complexe en constante évolution. La brèche ouverte par l'économie des transactions s'est vue amplifiée par les apports de la théorie évolutionnistede l'entreprisecombinés à ceux de la sociologiedes organisations. Ce qui donne lieu à une perspective de recherche beaucoup plus riche en interrogations et en développements que l'approche standard dont le réductionnisme a retardé l'avènement. Ainsi, ce constat fonde l'idée que les « sciencesde l'entreprise» se voient dans la nécessité d'adapter leurs hypothèses aux faits et pratiques de cette organisation. Les contraintes de l'évolution, suite, au dépérissement du fordisme et à l'émergence des systèmes flexibles tel le toyotisme, incitent aussi à ces révisions déchirantes. Dans cette perspective, les entreprises comme les institutions en général se voient dans l'obligation d'innover, une façon de désapprendre pour apprendre. En l'absence d'une gouvernance vigilante (veille stratégique), les routines peuvent conduire, en effet, à des déficits de performances voire à des disparitions pures et simples des organisations non évolutives. C'est la raison pour laquelle, on associe, aujourd'hui, la gouvernance et le savoir (Aldo LEVY, 2003). Dans ces circonstances, tout se passe aussi comme si on passait d'une société de l'avoir à une société du savoir (Marc LUYCKX GHISI, 2001) dans laquelle le territoire acquiert une importance notoire. Voici ainsi posée, la relation 24

entre le territoire et le savoir, le second est un moteur du premier, d'où l'importance, à l'heure actuelle, du Knowledge Management des organisations et des systèmes. Dans ces évolutions dictant la prise en compte de la dynamique interne de la firme, l'ajustement avec le territoire d'implantation devient aussi une nécessité. C'est de cette façon que l'ancrageterritorial de lafirme a fait son entrée dans l'approche de la firme et des pratiques économiques en général. Cette ouverture envers l'environnement découle de soi dans la mesure où l'entreprise est à considérer comme un organisme vivant qui évolue par adaptation réactive aux changements qui affectent son milieu d'exercice. Ce dernier est le siège d'une sélection issue de l'évolution. En conséquence, flmle et territoire évoluent en interactivité. Le territoire s'avère ainsi être l'échelle la plus pertinente pour appréhender les modalités de la vie des entreprises. Ceci explique la prolifération de la recherche managériale sur les ressources locales et les modes de coopération susceptibles d'être mobilisés localement dans le développement des firmes (Rodolphe DURAND et Bertrand QUELIN, 1999). Cette orientation mettant en avant l'ancrage local des pratiques entrepreneuriales ne se limite pas exclusivement aux PME dont les caractéristiques ont des liens étroits avec leurs territoires mais s'étend, aujourd'hui, aux besoins des grandes firmes. En effet, ces dernières tirent aussi leurs avantages concurrentiels de la diversité et des ressources propres à chaque site d'implantation. En ce sens, elles se voient dans l'obligation de développer des réseaux de compétences et de coordination avec les autres acteurs de la contrée. A cet égard, les multiples formes de partenariat et de sous-traitance en sont des illustrations tant dans le domaine de la production et de la commercialisation que dans le domaine de la Recherche-Développement. Ces tendances, à l'heure d'une économie de la connaissance,se confirment. Une entreprise innovante est celle qui suscite et contribue à l'intelligencecollectivedu territoire. Son propre avenir en dépend aussi. Dans ces conditions, une stratégie de maximisation que l'on peut réduire à une prédation n'est pas porteuse d'une harmonie innovante durable. C'est ici que la coopération détrône, partiellement, la concurrence et fait de la firme et des pratiques entrepreneuriales en général des institutions sociales ouvertes. Ainsi, leurs capacités d'auto organisation se nourrissent des ~nergies avec le milieu. Dans cette perspective, la prise en compte des contingencesde site est une

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forme d'intelligence cognitive par rapport territoriales.
Le monde de la PME et le principe de diversité

aux spécificités

A l'heure de l'effondrement des grands systèmes de régulation comme le fordisme et le communisme, les sciences de l'économie et du management accordent un rôle crucial aux PME voire aux trèspetites organisations (TPO) dans la résolution des problèmes de nos économies et sociétés contemporaines. Cet engouement résulte d'une multitude de causes allant du fiasco du développement transposé dans les pays du Sud au dynamisme de leurs économies informelles en passant par la montée en puissances des districts et territoiresdans les vieux pays industriels à la recherche d'un nouveau mode de régulation mobilisant la décentralisation et la proximité. Cependant, malgré son caractère universel, cette problématique a du mal à se fixer en raison de l'absence d'une théorie unifiée despratiques économiquessur despetites échelles.Ce monde est beaucoup plus subtil que les présupposés d'un paradigme uniformisant. Les premières difficultés peuvent, d'ailleurs, être illustrées par l'absence d'une définition universelle de la PME, à titre d'exemple. A l'image de l'informalité en économie de développement, l'approche des PME se heurte aussi à des impasses paradigmatiques similaires. En effet, la diversité des PME est telle qu'il paraît impossible d'en élaborer un modèle universel. Olivier TORRES (1999) en souligne les difficultés. Il écrit, en substance: «Le monde des PME est foisonnant de variétés» (p.7). Les critères classiques de l'effectif et du chiffre d'affaire paraissent analytiquement dérisoires. Ces mêmes indicateurs statistiques changent en fonction des pays même si, pour le cas des pays européens, l'Union européenne, tente de mettre en place une harmonisation dans l'identification des PME. Ainsi, dans le Journal officieldes Communautés européennesdu 30 avril 1996, elle définit la PME par son indépendance financière, par un volume d'emplois de moins de deux cent cinquante salariés et, enfin, un chiffre d'affaire égal ou inférieur à quarante millions d'euros (Olivier TORRES, 1999, p.14). Cet aspect quantitatif n'est qu'indicatif. Les réalités des PME sont beaucoup plus variées et subtiles que ne laisseraient entendre les indicateurs quantitatifs. Cette complexité fonde la pertinence d'une approche « qualitative» du phénomène. De ce point de vue, l'approche en question doit épouser l'intimité de la 26

PME. Cette approximation passe nécessairement par la proximité. Cette forme de connaissance est bien présente dans la théoriedu site qui privilégie l'immersion à tout modèle apriori. En l'absence de notre capacité à élaborer un « bon modèle», il vaut mieux ne pas en avoir, au départ. C'est à ce protocole qu'obéit la démarche des sites. Il s'agit une épistémologiedes organisations ouverte sur la complexité, donc, la diversité et la relativité. Au bout du compte, d'ailleurs, c'est toute la richesse du réseau d'appartenance, d'ancrage et de coopération qui imprègne les caractéristiques d'une organisation et en assure la pérennité. Si l'on accorde, généralement, des vertus à la PME: réhabilitation de l'esprit d'entreprise, adaptabilité, créativité, flexibilité, organisation à taille humaine et conviviale, créatrice d'emplois, etc., il n'en demeure pas moins qu'elle a aussi des faiblesses au plan du financement, de sa rigidité organisationnelle en raison de son caractère, le plus souvent, familial etc. Ce qui réduit, sur un autre plan, ses capacités à innover, donc, à évoluer conformément à l'environnement économique, en constante mutation. Ces caractéristiques la rendent, en conséquence, fragile, vulnérable et, fortement, dépendante des aléas conjoncturels. De plus, les habitudes des milieux bancaires, à la recherche de la plus grande certitude, ne sont pas d'une grande aide à la petite et moyenne entreprise. En somme, l'enracinement des PME dans leurs terroirs fait, à la fois, leurs forces et leurs faiblesses. C'est cette dialectique qu'il s'agit de gérer avec intelligence au gré de l'évolution économique. Celle-ci dicte une ouverture dans laquelle se conjuguent les contraintes de la globalisation et les spécificités des PME et des territoires. Ces variétés et le degré d'enchâssement dans les territoires différent selon les situations. A ce sujet, l'impact des contingencesde site reste fort dans les districts des pays d'Europe du Sud comme l'Italie. Ces modes de fonctionnement spécifiques ont fait leurs célébrités dans la littérature portant sur le développement local. Dans ces mécanismes d'interdépendances PME/territoires, une large diversité s'affiche D'IRIBARNE Philippe, 1998, LALEYE IssiakaProsper et alii, 1996, PANHUYS et ZAOUAL, 2000). Comme disent les anglosaxons : «Small is beautifu~ More is different». La complexité et la diversité confèrent de la robustesse aux organismes vivants, biologiques ou sociaux. A l'image des espèces végétales et animales l, la diversité exprime une complexité dont
1 Sergine PONSARD, Jean-Marc DEV ADD et Eric TABACCHI, Bio diversité: les espèces tissent leurs réseaux, pp. 122-126, Pour la Science n0314, décembre, 2003. Ces auteurs écrivent, en substance: «Les espècesdépendentles unes des autres 27

les ressorts dépendent de la densité des relations et des réseaux d'interdépendance dont font preuve les individus et les organisations. De façon générale, ces caractéristiques sont omniprésentes à l'intérieur des organisations, comme les entreprises petites ou grandes, et à l'extérieur. C'est ce qui amène la théorie du site à faire de la diversitéun de ses grands principes à côté de ceux de la singularité, de la tolérance et de précaution. Ces principes trouvent leur origine dans l'histoire intellectuelle et pratique tourmentée du développement (erreur féconde) et conduisent à aborder la complexité par une pédagogie d'accompagnement des organisations (ZAOUAL, 1994, 2005): écouter, accompagner sans lffiposer. Dans le monde des PME, Olivier TORRES tente, d'ailleurs, de dresser une typologie en distinguant leurs caractéristiques selon les aires culturelles: - En Europe, il établit son modèle avec des distinctions endogènes France/Italie/Allemagne: PME française à dominante individualiste, la PME traditionnelle encastrée dans le district industriel de type italien et enfin, l'entreprise moyenne de type Mittelstand d'Allemagne. - Dans les pays anglo-saxons, ce sont les PME high-techqui sont privilégiées. L'illustration parfaite est celle des start up dont le modèle territorial a été celui de la Silicon Valley. - En Asie notamment la Chine et le Japon, l'appartenance du groupe reste prépondérante dans la création et le mode de fonctionnement des entreprises. En effet, cette caractéristique anthropologique assure un rôle fondamental dans la création d'entreprise familiale notamment dans le cadre de l'entrepreneuriat chinois et un rôle essentiel dans la performance des entreprises appartenant à la myriade des PME sous traitantes des Zaibatsu, les grandes firmes japonaises. Ces dernières, elles aussi, présentent de grandes spécificités culturelles et organisationnelles qui les distinguent des firmes occidentales. Les travaux de l'économiste japonais Aoki le démontrent amplement. - Enfin, l'entrepreneur informel d'Afrique dont les pratiques sont fortement encastrées dans les valeurs et les normes communautaires, comme nous l'avions exposé, illustre la nécessité

pour survivre et fOrment ainsi des systèmes complexes. Les réseaux d'espèces où certaines sont reliées à beaucoup d'autres résistent mieux aux changements» p.122. L'étude de la diversité des organisations et des territoires nous suggère, dans la théorie des sites, une vision comparable.

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de réviser les théories de l'entrepreneur en direction d'une approche plurielle et située. Comme l'indique le schéma récapitulatif ci-joint, les caractéristiques des PME et de leurs tissus restituent les valeurs et les normes dominantes des sites d'implantation. Les dimensions familiales et d'appartenance au sens large du terme y sont présentes à des degrés divers. De même, les finalités de l'activité économique de ces entreprises y varient selon l'importance de l'économie de la réciprocité comme c'est le cas des dynamiques micro entreprises informelles. En effet, ces dernières, de par les contingences locales notamment dans les pays du Sud, ne contribuent pas toujours à un développement répondant au modèle du grand capitalisme. La mosaïC/ue la PME de
VOYAGE EN TERRE
la PME
traditionnelle

PME

Ledistrict industriel italien

t

l'entrepreneur Individualiste

La PME française la PME High-Tech anglo-saxonne

.

L'entrepreneur informel

africain

L'entrepreneur ... communautaire

Le système
de resppn~abilité

chinoIs

~ la PME moderne Source: Olivier TORRES, Les PME, p.35

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