Des inégalités économiques aux inégalités sociales

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La lutte des classes est, aujourd'hui encore, une réalité. Deux classes coexistent : l'une vit du revenu de son travail, amputé de prélèvements indus et illégitimes, l'autre vit du "revenu" de son capital, alimenté par ces mêmes prélèvements effectués sur le salaire des travailleurs. La théorie économique actuellement dominante permet de maintenir ces règles arbitraires. L'auteur démontre la nécessité d'une théorie scientifique et d'une volonté politique pour l'appliquer.
Publié le : samedi 1 mars 2008
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EAN13 : 9782296919556
Nombre de pages : 133
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A Suzanne A la mémoire de Raymond

Avant-propos Dans mes ouvrages précédents, j’ai marqué les limites de la théorie actuellement dominante et dénoncé les conséquences néfastes de l’application des propositions des auteurs de ce courant de pensée, j’ai mis en valeur les apports des analyses classiques et keynésiennes, tout en démontrant leurs insuffisances. Grâce à une analyse rationnelle j’ai établi les principes de l’économie artisanale, de l’économie salariale et de l’économie internationale et j’ai démontré que de ces principes découlent des règles dont le respect garantit le fonctionnement harmonieux de ces trois types d’économies. Il m’a semblé cependant qu’il était également nécessaire de mettre en application, à travers des ouvrages plus courts et plus concrets, les résultats établis dans les précédents ouvrages. Je livre donc le troisième ouvrage 1 de cette série.

1 Le premier étant : « Délocalisations, chômage : les remèdes », le deuxième étant « Organisation Mondiale du Commerce : La supercherie ».

Introduction générale

Dans mes ouvrages précédents, pour chaque sujet, je partais d’une analyse critique des différents courants de pensée pour arriver à une analyse positive, rationnelle. Dans cet ouvrage, je pars d’une analyse rationnelle afin d’établir les principes de l’économie et les règles qui découlent de ces principes, règles dont le respect assure le fonctionnement normal, harmonieux, de l’économie. Cette démarche permet de dénoncer les conséquences néfastes de l’application de règles arbitraires, dont l’une des manifestations est la pauvreté relative des travailleurs. L’un des objectifs de cet ouvrage est de démontrer que l’existence des travailleurs pauvres dans une économie dite riche est une anomalie. Les premiers responsables de cette anomalie sont certains économistes et hommes politiques : les économistes car leurs théories permettent de déduire des règles arbitraires qui entravent le bon fonctionnement de l’économie ; les politiques qui, par leur silence, conscient ou inconscient, légitiment une anomalie lourde de conséquences pour l’économie et pour la société. On peut distinguer deux sortes d’inégalités entre les hommes : des inégalités naturelles et des inégalités économiques. Les inégalités naturelles imposent la loi du plus fort tandis que les inégalités économiques sont la conséquence de la loi du plus fort. C’est d’abord la nécessité d’écarter la loi du plus fort, due aux inégalités naturelles, pour établir une société où cette loi ne s’impose plus, qui a amené à établir des normes sociales. Ensuite, grâce à l’évolution des idées, ont été et seront établies de nouvelles normes sociales dont l’aboutissement doit permettre de remplacer les inégalités naturelles par une égalité de droit. Aussi le problème des inégalités naturelles n’est-il pas un problème scientifique mais

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un problème éthique, sa résolution passe donc par l’établissement de normes sociales et non par des règles déduites des principes scientifiques. Par conséquent, les normes sociales, les règles de droit, peuvent faire l’objet d’adaptations. La science, en revanche, n’a pas pour vocation de définir une justice sociale mais d’établir ce qui est vrai. Aussi le problème des inégalités économiques n’est-il pas un problème social mais un problème de science économique. Les inégalités économiques engendrent des inégalités sociales. Les inégalités économiques sont dues au fait que les règles de l’économie actuellement appliquées ne sont pas scientifiques mais arbitraires. La détermination rationnelle des principes de l’économie ne règle pas la question des inégalités sociales mais celle des inégalités économiques (les secondes engendrant certaines des premières). D’où il suit que la science économique, en tant que science, ne doit avoir aucune visée partisane. Le problème des inégalités économiques ne peut être résolu que scientifiquement mais sa réalisation exige une volonté politique, car l’économie est une science sociale. En tant que science, elle a des principes qui sont immuables, lorsqu’ils sont vrais. En tant que science sociale, elle traite de faits humains se produisant socialement car, n’étant pas une science de la nature, elle ne décrit pas des faits naturels se produisant nécessairement. Or, du fait des intérêts en jeu dans un système économique, le fonctionnement de l’économie n’a, jusqu’à présent, jamais engendré l’équité, et tout l’enjeu de cette science sociale est de devoir mettre en évidence, à partir de principes immuables et vrais, les règles dont l’application assure le fonctionnement normal de l’économie afin que l’équité se réalise enfin. En fait, les règles de fonctionnement de l’économie peuvent être établies soit selon une décision arbitraire, soit par déduction à partir de principes rationnellement établis. Ainsi la loi du plus fort en économie apparaît ou n’apparaît pas selon que les autorités défendent ou ne défendent pas les privilèges établis, selon que les théories économiques, dont les règles sont appliquées, sont partisanes ou non, c’est-à-dire selon que les auteurs respectent ou non l’éthique scientifique pour établir leur théorie. C’est pourquoi la prise de conscience des inégalités économiques et leur

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dénonciation n’ont pas toujours été faciles. En outre, il ne suffit pas de dénoncer les inégalités économiques pour les écarter. Pour les écarter, il faut d’abord les déterminer, ce qui nécessite l’établissement des théories, des principes et des règles du fonctionnement normal de l’économie. En fait, au fil des siècles les théories économiques sont passées par plusieurs phases et nous pouvons distinguer : - Les théories descriptives qui se révèlent partisanes (par exemple, au XVIIIè siècle, les physiocrates). - Les théories fondées sur des hypothèses (imitant les théories des sciences de la nature). Prenons la théorie des néoclassiques au XXè siècle : elle suppose, par exemple, que le travail peut être considéré comme une marchandise et donc étudié comme telle, etc. Cette théorie tente de légitimer les prélèvements indus et elle se trouve dans l’impossibilité de détecter et donc de dénoncer les prélèvements illégitimes. - Enfin, la théorie fondée sur une analyse rationnelle. Cette analyse, en établissant comment on obtient un droit légitime sur les produits, permet de déterminer les inégalités économiques et de dénoncer leurs causes : les prélèvements indus et illégitimes. Les propos de deux auteurs de référence permettent de constater l’ancienneté des dénonciations légitimes de certaines inégalités. Même si elles n’ont pas une portée générale et même si elles ne proposent pas de véritable remède, ces dénonciations éveillent les consciences et ouvrent la voie à la réalisation de l’égalité : Citons Aristote : « L’homme injuste est, semble-t-il, aussi bien celui qui agit contre la loi que celui qui veut posséder plus qu’il ne lui est dû, et même aux dépens d’autrui. Aussi est-il évident que le juste sera celui qui se conforme aux lois et qui observe l’égalité. Le juste nous fait nous conformer aux lois et à l’égalité ; l’injuste nous entraîne dans l’illégalité et l’inégalité. » (Aristote ; Ethique de Nicomaque, p.124, 1991, Ed. Gf-Flammarion.) Aristote oppose l’homme juste à l’homme injuste aussi bien par rapport aux lois de la société que par rapport à l’égalité et à l’inégalité économiques. Dans le passage cité, Aristote parle d’égalité et de justice, bien que son système ne soit pas en accord avec la portée universelle de ces concepts. En effet, l’esclavage, accepté comme normal dans la

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Grèce antique, ne fait pas l’objet de ses critiques. Or, il ne peut pas exiger l’égalité et la justice et passer sous silence l’esclavagisme qui engendre la servitude, l’injustice et l’inégalité. Toutefois, les concepts ou idées d’Egalité, de Justice et de Liberté, qui constituent les fondements premiers de la réalisation d’une société harmonieuse, ont ouvert la voie à l’évolution des normes sociales dont l’application favorise la réalisation d’une telle société. Il en est ainsi, par exemple, de la Déclaration des Droits de l’Homme 2 . En outre, pour Aristote, l’inégalité est due au fait que certains veulent posséder plus qu’il ne leur est dû. Il laisse donc entendre que la simple volonté suffit pour que certains parviennent à s’approprier indûment une partie de la richesse. Or, dans une société organisée, la simple volonté ne suffit pas pour atteindre cet objectif, la complicité du système politique et économique est aussi nécessaire. C’est dans une économie dont le fonctionnement est fondé sur des règles arbitraires que les affairistes prospèrent. En fait, l’application de normes sociales qui tolèrent l’esclavagisme permet aussi de déposséder l’esclave du résultat de son travail. Dans le domaine de l’économie, pour pouvoir déterminer et donc dénoncer ce qui est indu, il faut déterminer au préalable ce qui est dû à chacun. En d’autres termes, il faut déterminer le revenu légitime pour pouvoir déterminer et donc dénoncer le « revenu » indu et/ou illégitime. Marx, quant à lui, montre bien que la lutte des classes est une conséquence de la pauvreté des travailleurs, due, elle-même, à l’appropriation par une classe de la plus-value qui représente une partie du revenu réel des travailleurs. Mais en faisant apparaître la plus-value réelle dès la production, il fait croire que la rémunération monétaire des travailleurs, considérés dans leur ensemble, ne représente pas la valeur du produit et donc qu’elle n’est pas suffisante. C’est cette explication de la cause de la pauvreté des travailleurs qui a amené les syndicats à centrer leurs revendications sur l’augmentation des salaires nominaux. Or, Marx ne peut pas
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Article 1 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droit. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de bienveillance. »

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dire, sans commettre une erreur de déduction logique, d’une part, que le travail est la cause de la production, d’autre part, que la rémunération des travailleurs ne représente pas la valeur de tout le produit. La rémunération des travailleurs représente la valeur du produit et la plus-value (profit) est réalisée au moment des échanges. C’est pourquoi l’augmentation nominale des salaires n’a pas d’effet sur le pouvoir d’achat réel des travailleurs considérés dans leur ensemble. En outre, si l’analyse de Marx dénonce les prélèvements indus (l’appropriation de la plus-value par une classe), en revanche, elle ne permet pas de dénoncer les prélèvements illégitimes, qui constituent une autre cause importante de la pauvreté des travailleurs salariés. Dans le domaine de l’établissement des lois de la société, l’éthique sociale (Liberté, Egalité et Justice) doit constituer l’élément de référence. Dans le domaine de l’établissement des théories économiques, c’est l’éthique scientifique qui doit constituer l’élément de référence. L’économie étant une science, les théories économiques doivent établir les principes de cette science. L’économie est une science sociale car l’action de l’homme peut entraver son fonctionnement normal, c’est pourquoi les règles sont nécessaires dans cette science. Les règles du fonctionnement normal de l’économie sont déduites des principes établis rationnellement. Le principal indicateur qui permet d’attester le fonctionnement normal de l’économie est le fait qu’un tel fonctionnement ne fait apparaître ni gagnants, ni perdants, contrairement à une pseudo-évidence aujourd’hui couramment admise. En fait, la lutte des classes est l’une des conséquences de la confiscation d’une partie du revenu réel des travailleurs, ce qui crée une situation conflictuelle où se font face deux catégories dont l’une obtient un revenu du fait de sa participation à la réalisation de la production et dont l’autre obtient un « revenu » sans participer à la réalisation de la production, le revenu de la deuxième catégorie étant prélevé sur celui de la première. Nous verrons que l’existence de ces deux catégories, ainsi que des conflits sociaux qui en découlent sont les conséquences de

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