//img.uscri.be/pth/520df44fb3d492ff697d2f4dc0fc48c2cb3d6d93
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Des marchés sans foi ni loi

De
134 pages
Tout est vendable, tout est échangeable, tel est le credo des "drôles de marchés". Parmi eux, les "marchés sans foi ni loi". Jetant aux orties le sacré, contournant la règle ou profitant de ses imperfections, ils sont peu visibles du grand public. Pourtant, les pratiques que l'on y découvre sont inédites et permettent souvent à des acteurs situés à la marge du système de se rencontrer. Ces "marchés sans foi ni loi" peuvent tout aussi bien être facteurs de désordre et de transgression que sources de créativité.
Voir plus Voir moins

L’émergence de certains « drôles de marchés » s’appuie sur la
remise en cause substantielle des principes du sacré. Ils heurtent
les croyances et les valeurs morales établies. Le religieux, le
mystique, le divin, le surnaturel se trouvent désacralisés. Le
sacri ce ne se justi e plus et la profanation est permise. Cette
désacralisation est estimée menacer la société comme entité
collective et conduire à sa liquéfaction.
Sur d’autres « drôles de marchés », les acteurs contournent
habilement la loi en pro tant opportunément de son
incomplétude ou de ses failles, re étant dès lors l’écart entre la
règle et le réel. Par l’institution de nouvelles pratiques, ces marchés
peuvent même être largement en avance sur le législatif et ce,
pour deux raisons : d’une part, la vitesse avec laquelle les acteurs
identi ent les interstices exploitables et remettent en cause les
frontières existantes et, d’autre part, l’asymétrie d’information
dont ils font preuve.
Faouzi Bensebaa est enseignant-chercheur en sciences de gestion à l’université
Paris 8 et directeur de la recherche de l’ISEG Group. Auteur de plusieurs ouvrages et
articles, ses thèmes de recherche, d’enseignement et d’intervention portent sur le
management stratégique, le management des organisations, la responsabilité
sociale de l’entreprise, l’épistémologie et la méthodologie de la recherche.
Fabienne Boudier est enseignant-chercheur en sciences économiques à
l’université Paris-Est Créteil (UPEC). Auteur de plusieurs ouvrages et articles,
elle mène des recherches sur la mondialisation, l’intégration européenne et les
formes de déploiement des rmes à l’étranger. L’un des derniers thèmes auxquels
elle s’intéresse est le lien entre ouverture et environnement.
ISBN : 978-2-343-00469-3
14 €
DES MARCHÉS SANS FOI NI LOI
Fabienne Boudier
et Faouzi Bensebaa
DES MARCHÉS
SANS FOI
NI LOI
Des marchés sans foi ni loi Fabienne Boudier et Faouzi Bensebaa











Des marchés sans foi ni loi



Drôles de marchés
Collection dirigée par Fabienne Boudier et Faouzi Bensebaa

La collection « Drôles de marchés » accueille des ouvrages portant
sur des marchés dits drôles dans le sens où ils épousent les
caractéristiques et le mode opératoire du marché tout en portant
sur des biens qui échappaient jusqu’à peu à la marchandisation.
Tant anciens que nouveaux, ces marchés sont perturbés et/ou
favorisés par les mutations d’un environnement de plus en plus
mondialisé et par les technologies de l’information et de la
communication.
« Drôles de marchés » entend se focaliser sur ces marchés en
considérant que leur façon de fonctionner et leurs attributs
justifient qu’on en réunisse les travaux dans une même collection,
qui manque dans le paysage de l’édition tant universitaire que
grand public.
Deux objectifs sont poursuivis par cette collection : proposer des
études qui analysent de manière précise et rigoureuse le mode de
fonctionnement de ces types de marchés et offrir des
contributions explorant des marchés peu connus et/ou en
devenir.


Fabienne Boudier et Faouzi Bensebaa











Des marchés sans foi ni loi














































































Des mêmes auteurs

F. Bensebaa et F. Boudier (avec D. Autissier), Atlas du Management
2008, Paris, Eyrolles, 2007.
F. Bensebaa et F. Boudier (avec D. Autissier), Atlas du Management
2009, Paris, Eyrolles, 2008.
F. Bensebaa et F. Boudier (avec D. Autissier), Atlas du Management
2010-2011, Paris, Eyrolles, 2010.
F. Bensebaa et F. Boudier (avec D. Autissier), Atlas du Management
2012-2013, Paris, Eyrolles, 2012.
F. Bensebaa (avec D. Autissier et J.-M. Moutot), Stratégie du
changement, Paris, Dunod, 2012.

.

















































































































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00469-3
EAN : 9782343004693
SOMMAIRE





1. Introduction…………………………………………9

2. Exit la foi……...……………………………………15
Les hosties, à l’heure de la globalisation……………17
Les prêtres : une denrée devenue rare en Europe ......29
Les organes : des modules remplaçables……………41
3. Exit la loi…………………………………………....51
Quand les points-permis se font la malle…………...53
Les passeurs : les profiteurs de la réglementation…..63
Les prisonniers en passe de devenir un marché
international…………………………………………77
4. Une marchandisation
inéluctable ?..............................................................85
Les joueurs de football : adieu le sport, vive le
spectacle ! ………..…………………………............87
La biffe ou le marché de la précarité………………..97
Les insectes : entre intérêt et répulsion……………109
5. Conclusion………………………………………...123

7
INTRODUCTION


1- Présentation générale

Le terme « marché » renvoie à des systèmes classiques
d’échanges marchands et à des réalités loin d’être récentes. Ces
réalités n’excluaient pas tant s’en faut la vie sociale. Dans cette
acceptation, le marché ne couvrait pas l’ensemble des sphères
de la vie des hommes, certaines sphères lui échappant
totalement. À cet égard, au début des années 1970, il était
encore possible d’évoquer l’État sans qu’il soit fait mention de
quelconques liens avec le marché ; il était même impensable
d’imaginer cet État comme susceptible de fonctionner à l’instar
d’une entreprise. De même, les activités nobles, telles que les
activités artistiques, et plus généralement les activités faisant
appel à l’effort, au don de soi et au bénévolat n’étaient guère
appréhendées sous le prisme du marché. Sport, santé et culture
échappaient à l’univers de la valorisation par le marché, voire à
la valorisation économique tout court. La gratuité qui prévalait
fortement dans ces domaines cohabitait avec la logique de
marché primant dans les sphères considérées comme
naturellement marchandes. Cette gémellarité rendait congru le
déficit des Jeux Olympiques de Montréal en 1976, parce que
non commerciaux, pour ne prendre que cet exemple-là.

Dans la même perspective, le social était, dans les pays
développés, sous le joug du religieux et la quête du luxe et de
l’aisance matérielle relevait essentiellement de l’apanage d’un
nombre limité de privilégiés. En outre, des fragments
substantiels de la société pouvaient parler de liberté, de
rapprochement entre les peuples et de lendemains qui chantent.
Dès lors, des valeurs quasi-réifiées comme la gratuité, le don et
la liberté semblaient faire partie du patrimoine collectif
partageable.

9
Cependant, deux phénomènes complémentaires ont émergé au
1cours de ces dernières années : la quantification et la
marchandisation universelle des biens et des services. Cette
émergence, loin d’être anodine, correspond à un discours
dominant qui s’est progressivement installé. Selon ce dernier, le
marché doit être appréhendé comme une affaire individuelle et
chaque individu est en mesure d’en tirer profit. Dans cette
optique, le marché se veut unificateur, via une lecture étroite
d’Adam Smith. Aucun bien, aucun service ne peut lui échapper,
d’autant plus que, depuis la chute du mur Berlin (1989) et
l’implosion des économies centralement planifiées, aucun autre
système ne peut être opposé à l’économie de marché. La
marchandisation devient ainsi complète et les valeurs, qu’elles
soient esthétiques, morales ou sociales, sont appropriées et
réarrangées par le marché.

Dans ce contexte, un fait peu évoqué, si ce n’est
ponctuellement, et sur lequel peu de publications existent,
prend de plus en plus d’ampleur : il s’agit du développement de
ce que nous appelons les drôles de marchés ou, en d’autres
termes, de l’apparition du marché là où on ne l’attendait pas
auparavant. Ces drôles de marchés peuvent être assez anciens
mais bousculés par les évolutions récentes du monde (marché
des hosties par exemple) ou au contraire, tout récents car
favorisés par ces mêmes évolutions (marché des places en
prison). Ces marchés peuvent porter sur des biens ou services
estimés sacrés auparavant et donc éloignés par définition de la
sphère marchande (marché des prêtres). Ils peuvent être vus
comme des réactions à des changements sociétaux,
économiques, réglementaires et/ou environnementaux (marché
des points-permis). Certains drôles de marchés peuvent être non
monétaires et s’apparenter au troc (SEL ou Systèmes
d’Échanges Locaux) ; d’autres au contraire sont l’expression
même de l’économie financiarisée actuelle. Certains sont de

1 Le terme de « quantophrénie » est également utilisé pour caractériser ce
phénomène (cf. V. de Gaulejac, La société malade de la gestion. Idéologie
gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social, Paris, Seuil, 2005).
10
taille très modeste (marché de la biffe) alors que d’autres
portent sur des montants très élevés (marché des footballeurs).
Dans tous les cas, la globalisation est passée par là et les
techniques de l’information et de la communication (TIC) ont
souvent favorisé la transformation ou l’éclosion de ces drôles de
marchés en permettant la rencontre au-delà des frontières
d’offreurs et de demandeurs jusque-là totalement isolés. Il
semble qu’il n’y ait plus aucune limite : tout est à vendre, tout
est à acheter jusqu’aux choses les plus insolites. Insolite signifie
d’ailleurs souvent illégal (la « biffe » par exemple), voire illicite
(les organes par exemple). L’information est alors par définition
rare et difficile à collecter. Mais ce n’est pas le cas de tous : les
SEL sont des initiatives officiellement déclarées, les bourses de
l’ombre (dark pools) sont connues des autorités des marchés
financiers.


2- Structure de l’ouvrage

Cet ouvrage, le premier d’une série, est subdivisé en trois
parties, portant chacune sur trois marchés.

La première partie, intitulée « exit la foi », indique que le
marché a eu raison du sacré. Ce qui était jusqu’à peu considéré
comme relevant du vénéré, du respectable voire du religieux
peut maintenant être vendu et/ou acquis comme n’importe quel
autre bien. Les barrières s’effondrent et ce qui était pris en
compte de façon holistique peut être désormais pesé,
décortiqué, désagrégé, quantifié et mesuré. Ce qui relevait du
mythe et de l’abstraction peut être approché et soupesé. Ce qui
était réifié est mis de façon croissante au niveau des autres types
des biens et donc des hommes.
Le premier marché de cette première partie a trait aux hosties.
Traditionnellement réservé aux moniales contemplatives, le
marché français des hosties doit faire face à la concurrence
étrangère. Parallèlement, l’hostie se laïcise et s’échange comme
snack au même titre que le pop-corn ou les cacahuètes.
11
Le deuxième marché a trait aux prêtres. Le vieillissement des
prêtres dans la plupart des pays développés (à l’instar de la
population) et la chute des vocations ont entraîné une pénurie
certaine de prêtres. Cette baisse de l’offre a conduit à chercher
ailleurs qu’à l’intérieur des frontières nationales des religieux
susceptibles de compenser les pertes constatées du côté de
l’offre et ce, en dépit de la baisse de la demande.
Le troisième marché est relatif aux organes. Là où jusqu’ici
dominait l’économie du don, se substitue l’échange marchand
sous la pression d’une demande croissante. Tout s’échange :
ovules, rein, foie, cœur, etc. mais, en l’absence de
réglementation, les transactions se font dans des conditions
sordides et avec des conséquences dramatiques.

La deuxième partie, intitulée « exit la loi », traite des marchés
qui profitent des failles des lois. Par définition, les lois sont
incomplètes, compte tenu de la difficulté de prendre en compte
tous les aspects du domaine abordé et sanctionnent le plus
souvent les usages. De surcroît, le temps des lois n’est pas celui
des acteurs économiques, notamment celui des acteurs privés.
Ainsi, du temps est nécessaire pour comprendre les phénomènes
économiques et sociaux ; puis, pour trouver le consensus et/ou
la majorité requise, nécessaire à l’adoption des lois par les
parlements et enfin, pour transformer ces lois en dispositifs
institutionnels d’application. En revanche, les acteurs sont
prompts à repérer les interstices dans les lois pour en faire des
opportunités, les vidant partiellement ou totalement de leur
contenu. À l’échelle internationale, en l’absence d’autorités
mondiales - et il est difficile d’imaginer l’émergence de celles-
ci dans les années à venir -, les individus profitent des
différences qui existent entre les systèmes juridiques et les
législations nationaux.
Le premier marché de cette deuxième partie étudie les points-
permis. Comment récupérer douze points permis en France
sans faire de stage et sans s’astreindre à une conduite
irréprochable pendant trois ans ? À moins d’avoir un(e) aïeul(e)
sur lequel (laquelle) faire passer la contravention, la solution,
venue d’Espagne, consiste à fréquenter l’internet, où, crise
12