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Diriger l'économie

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EAN13 : 9782296169364
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DIRIGER L'ÉCONOMIE
L'ÉTAT ET LES PRIX EN FRANCE
(1936-1986)

Hervé Dumez - Alain Jeunemaitre

DIRIGER L'ÉCONOMIE
L'ÉTAT ET LES PRIX EN FRANCE
(1936-1986)
Préface de Jean DENIZET

Publié avec le concours du CNRS

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École-Polytechnique 75005Paris

@ L'Harmattan,

1989 ISBN: 2-7384-02941

Sans l'aide matérielle et intellectuelle du Commissariat Général au Plan, ce travail n'aurait pas vu le jour. Nous remercions tout particulièrement MM. Senhaji et Rey. Les professeurs Jean PADIOLEAU,de l'ESSEC, et Claude RIVEUNE, de l'ENSMP. ont suivi ce travail depuis ses balbutiements sous forme de projet de recherche jusqu'à son achèvement. Leur aide constante, leur disponibilité. nous ont été d'un grand secours. Monsieur Jean-Claude MIUERON, alors Directeur de la Prévision, a encouragé ce travail depuis ses débuts et nous lui en sommes particulièrement reconnaissants. Nous avons bénéficié. au sein du Centre de Recherche en Gestion de l'Ecole Polytechnique, d'échanges réguliers et suivis avec un groupe de chercheurs constitué de Michel BERRY. Directeur du CRG, Marie-Sabine B ERTIER-BLANCHER, Patrice BONARELU, Gilles CABRIDAIN,Michel MATHEU, Diane POUliN, Gérard de POUVOURVILLE et Jean-Luc SEWN. Qu'ils trouvent ici nos remerciements pour leur patience et leurs conseils. Le manuscrit a bénéficié des remarques de François BOURGUIGNON, Jacky FAYOUE. Jacques GIRIN, Claude HENRY. Jacques MISTRAL. Leurs recommandations nous ont été précieuses. Le service du prêt interbibliothécaire de la bibliothèque centrale de l'Ecole polytechnique, assuré par Michel MULTANavec beaucoup de compétence, nous afait gagner un temps précieux. Sans son efficacité. ce travail n'aurait pu être achevé dans les temps. Enfin à M. BABUSIAUX.directeur général de la Concurrence et de la Consommation, nous tenons à exprimer notre plus vive gratitude. Il a en effet permis que cette recherche fût menée en interaction avec ses services tout en laissant aux chercheurs une parfaite autonomie. ne voulant pas peser sur l'orientation de leur démarche ou sur leurs conclusions. Les thèses défendues dans cet ouvrage n'engagent donc que les
deux auteurs.

SOMMAIRE

PRÉFACE

...

Il
17

INTRODUCTION

PREMIERE PARTIE: Enquête sur un non-sens Chapitre 1. Voyage dans la littérature

27 29

Chapitre2. Une infernale mécanique 1. Tendancestotalitaireset permanencedu dispositif 2. La machinerie au concret... 3. Du général au particulier 4. La curée
DEUXIEME PARTIE:Rendre raison Chapitre 3. Théorie spontanée du contrôle 1. La gestion de la boucle prix/salaires 2. Gérer les secteurs « abrités» et « exposés » 3. La gestion du différentiel prix français/prix étrangers

45 45 52 64 73
79 81 82 100 115

Chapitre 4. Contrôle des prix et régulation macro-économique ... 1. Des choix fondamentaux contrastés 2. Essai de typologie 3. L'abàndon du contrôle, ou la fin d'un consensus : Chapitre 5. Apologie d'une administration 1. Une puissance fragile 2. La Direction aux prises avec le politique 3. De l'esprit de finesse et de l'art de persuader.. 4. Du général au particulier: remise sur le métier
EPILOGUE

127 128 130 138 141 142 143 151 155 ... 163 167 169 169 177 179

...

TROISIEME PARTIE: Essai sur les politiques économiques Chapitre 6. La logique du politique 1. Du contrat social 2. De l'économie dirigée 3. La logique du politique
ANNEXE ...

188

Chapitre 7. La logique du dispositif... 1. De l'art de bâtir des ponts 2. Des ponts, et de leurs particularités Chapitre 8. Pour une critique de l'économie politique? 1. La boîte noire 2. Le scepticisme des mouvements de fond 3. La structure lacunaire de la matière économique
CONCLURE
ANNEXE STATISTIQUE

193 194 198 211 212 216 220
231
241

BIBliOGRAPHIE..
INDEX DES NOMS DE PERSONNES INDEX DES MATIERES

247

257
265

PRÉFACE

Hervé Dumez s'est fait connaître en publiant il y a trois ans un ouvrage remarquable sur Walras (1). Dès ce premier livre, on était frappé par la culture de l'auteur, par un vif penchant pour la sociologie, une parfaite connaissance des outils et de la méthode des historiens. A quoi s'ajoutaient un talent d'écriture et un agrément de lecture indéniables. Culture, sociologie, histoire, tout ce qu'on regrette de trouver si rarement chez les économistes. Les choses s'expliquent si l'on sait qu'Hervé Dumez vient de la rue d'Ulm, qu'il s'est spécialisé en sociologie sous la direction de Raymond Boudon, qu'il n'a acquis que sur le tard sa formation économique, alors qu'il était déjà bien armé pour critiquer le corpus de . l'enseignement traditionnel. Alain Jeunemaitre est quant à lui économiste de formation et ses travaux l'ont mené de la modélisation à une approche plus concrète des réalités économiques. Spécialiste de l'économie du médicament, il s'est intéressé aux problèmes posés par la fixation des prix dans ce secteur. Ensemble, ils nous donnent aujourd'hui un ouvrage dont l'origine est une recherche demandée par le Commissariat Général au Plan et qui porte sur le contrôle des prix en France. Sujet ingrat en apparence et passé de mode. Le contrôle des prix est mort en France depuis décembre 1986 et, de l'avis général, n'est guère près de renaître. A quoi bon remuer ses cendres? Comme chacun sait, les livres,

comme les articles, doivent aujourd'hui avant toute autre qualité, coller à l'actualité. Il n'est pas sûr que ce soit l'avis du public, à le voir se précipiter sur les biographies, l'histoire en général, la vulgarisation scientifique de haute tenue. Ce public fera, je l'espère, bon accueil à cette étude, pleine d'informations inédites, qui innove en méthodologie économique, éclaire toute l'histoire économique de l'après-guerre et, par là même, le présent et l'avenir. Le premier mérite de ce livre est de montrer que le contrôle des

prix a été au centre du modèle de croissance « à la française» adopté
en France aussi bien par la rve que la ve Républiques, modèle qui a parfaitement réussi jusqu'au début des années 70 : à sa base, des dévaluations de compétitivité (moins nombreuses qu'on ne l'a dit d'ailleurs - après les trois années de réadaptations de l'immédiat après-guerre, septembre 1949, décembre 1958, août 1969), et un frein modéré sur les prix par un contrôle souple. Contrairement à l'image qu'on a d'une France perpétuellement divisée, ce modèle français jouissait d'un véritable consensus dans l'opinion, que les sondages ont bien montré. L'efficacité de ce modèle prend fin au début des années 70.

L'inflation part des États-Unis qui financent par la monnaie la guerre
du Vietnam; elle se renforce en Europe avec les troubles intervenus en France en 1968 et dans le reste de l'Europe en 1969, et qui se soldent par de fortes augmentationsde salaires; le boom des matières premières en 1972, les changes flottants et le premier choc pétrolier de 1973 achèvent de disqualifier le modèle français de 1949-1970. Employeurs, salariés et politiques, habitués à prendre en compte les hausses de salaires pour la formation des prix et à indexer également les salaires sur les prix, ne voient pas venir le danger. L'augmentation des salaires de 1968 est indexée dans les prix; elle n'en sortira plus. S'y ajoutent les augmentations de prix venues de l'extérieur (matières premières puis pétrole), accrues de temps à autre par la hausse du dollar, elles aussi incorporées dans les salaires et par eux dans les prix intérieurs. En 1974, quand tous nos voisins refusent les augmentations de salaires et même font baisser ceux-ci, la maladie du Président Pompidou d'abord, puis l'élection présidentielle, retardent les prises de décision. Quand s'installe le premier gouvernement Chirac, l'inflation salariale est installée et ne peut plus être stoppée. Qu'on lise la suite de ce récit jusqu'en 1986, c'est un des meilleurs qui ait été donné. L'histoire est injustement méprisée par les économistes; pour eux, c'est une facilité, de la littérature, l'imagination y a trop de part. Ils se veulent scientifiques, aussi rigoureux dans leur démarche que dans celle des sciences dures. C'est pourtant en disséquant les faits économiques du passé qu'on comprend les évolutions, et qu'on évite 12

d'être pris au dépourvu par des événements. Il n'y a pas de lois économiques invariables. Les grands modèles économétriques basés sur les dix ou vingt dernières années et qui ne veulent pas tenir compte des coupures décisives, comme celle de 1972-73, et, probablement, de celle de 1983-84, ne sont pas exempts de reproches à cet égard. Que les économistes prennent garde. La dynamique classique, qu'ils ont constamment voulu imiter, est en pleine crise. La notion d'équilibre, sur laquelle est encore fondée l'économie politique qu'on enseigne, est mise en question. Le temps irréversible, que nient les modèles de croissance équilibrée, prend une importance capitale. « A tous les niveaux, la science redécouvre le temps », écrivent Prigogyne et Stengers dans leur dernier livre. Est désormais caduc « l'idéal classique de la science, la découverte d'un monde intelligible, mais sans mémoire, sans histoire (...) ». Et plus loin: « la culture est foncièrement historique, tissée de récits relatifs au passé, remémoration des événements qui l'ont marquée, et re-création continuelle du sens de ces événements, des possibles qu'ils ouvrent ». H. Dumez et A. Jeunemaitre, en retraçant minutieusement l'histoire économique récente, inaugurent, soyons-en sûrs, une branche essentielle des recherches économiques de demain. Quelle qualité dans cette recherche et quelles révélations! Qui savait que la direction des prix avait suivi méthodiquement à partir de 1971l'évolution des prix en France et à l'étranger? Non pas par la méthode de l'évolution des indices des prix, qui donne des résultats différynts selon le choix de l'année de référence; mais par comparaison directe des paniers de marchandises, notamment en France et en Allemagne. C'est-à-dire la comparaison objective des pouvoirs d'achat du franc et du mark, permettant de cerner la vraie parité d'équilibre. Mais ces documents n'ont jamais été publiés. De même, les travaux sur les gains de productivité par secteur: études rétrospectives de 1958 à 1970, puis études prospectives. De même, les études faites entre 1976 et 1978 pour tenter de prévoir les évolutions de salaires; malheureusement, le système est si lourd que les résultats sont décevants ou arrivent trop tard. Si nos auteurs utilisent la méthode historique, ils utilisent également la méthode sociologique. Ils ont fait près de cent interviews selon les règles les plus strictes. On voit vivre les agents du contrôle des prix dans leur vie quotidienne, leurs négociations avec les entreprises au jeu subtil, leurs rapports avec leur ministre et son cabinet, avec les autres administrations. Je me souviens qu'au Service des Études Économiques et Financières (SEEF) du ministère des Finances, où s'élabora dans les années 50 la comptabilité nationale française, nous ne sommes jamais parvenus à nouer des relations avec la Direction des prix. Je me rappelle à une ou deux reprises de véri13

tables altercations avec le redoutable Louis Rosenstock-Franck, directeur des prix de 1947 à 1962. C'est seulement en lisant « Diriger }} l'économie que j'en ai compris la raison: aux yeux de la Direction des prix, la SEEF était un concurrent pour le pouvoir à l'intérieur de l'administration de l'économie et des finances. Une alliance aurait été préférable à la superbe ignorance manifestée de part et d'autre. Quelle puissance aurait eue la réunion des deux services! Quelle avance aurait été prise dans l'introduction des prix dans la comptabilité nationale, dans la compréhension de l'inflation! Il est impressionnant de comparer, à la lecture de H. Dumez et A. Jeunemaitre, les économistes universitaires et les contrôleurs des prix tels qu'ils nous sont révélés. La formation des prix, le fonctionnement des marchés, est le cœur, le noyau de ce qu'enseignent les premiers. On connaît le caractère abstrait de cet enseignement, l'exposé sous forme de théorèmes déduits du comportement prêté aux agents. S'il y a une anthropologie au départ de ces théorèmes, dans l'axiomatique de l'économie, elle est d'une grande pauvreté. Passons aux contrôleurs, ces non-scientifiques que nous prenions pour de simples agents de police des étiquettès. Ils se révèlent à nous comme des hommes de terrain ayant acquis sur le tas une expériencé incomparable ; eux ont une vraie connaissance concrète, riche, détaillée, précise, de la formation des prix; eux connaissent les vrais comportements des entreprises, dans leur variété, dans la diversité de leurs motivations. L'étonnant est que jamais semble-t-il, avant nos auteurs, aucun universitaire n'ait tenté de s'informer auprès d'eux, de faire pour les prix ce que les professeurs de finance internationale ont fait pour le change: aller se mettre docilement à l'école des gambistes. Le livre débute par une étude du contrôle des prix vu à travers la littérature. Nos auteurs ne sont pas les premiers à explorer en sociologues la littérature économique: Louis Dumont l'a fait dans« Homo
méthode est efficace et appelée à se développer.
}}.

aequalis: genèse et épanouissementde l'idéologie économique }}. La
Telle que nos auteurs

tracent leur enquête, c'est une véritable descente dans les « cercles de Ils la continuent par une image du contrôle vu par l'enfer dirigiste un observateur bien caractérisé: « formé à l'économie, mais sans être un spécialiste, plutôt formé à l'école anglo-saxonne dominante, l'école néo-classique (...). Cet homme va mener l'enquête et va être horrifié: effets pervers évidents (...). Conclusion claire: tol,lt cela relève du non-sens économique }}. De ces vues contrastées, les auteurs se gardent de tenter la synthèse. Comme les différents observateurs partent de prémisses totalement différentes, leurs conclusions ne sont ni superposables, ni complémentaires. Par définition, la synthèse est impossible. Avouons qu'à la fin de l'ouvrage, H. Dumez et A. Jeunemaitre ont 14

quelque difficulté à tenir cette position scientifique. Leur impartialité devient quelque peu lacunaire. Ils avouent ne pas voir parfaitement le fonctionnement de l'économie hyperlibérale dans laquelle nous entrons. Ils craignent en particulier l'absence de tout véritable système monétaire international, c'est-à-dire comportant un mécanisme évitant que ne se créent des excédents extérieurs et des déficits croissants. Ils craignent aussi l'appartenance de la France au Système Monétaire Européen dans l'Europe de 1990, sans frontières intérieures pour les capitaux à placer et à emprunter. Sur ce point, ce n'est pas leur préfacier qui leur donnera tort. Comme on l'a attendue, cette économie nouvelle, revivifiée, rejuvénée par la sociologie et l'histoire! Chose curieuse, on a été plus près d'elle au XIXequ'au Xxe siècle. L'école historique allemande, l'école institutionnaliste américaine, à la fin du XIXe siècle, ont eu droit de cité chez les économistes. Le xxe siècle a vu au contraire le triomphe d'une économie revendiquant sa méthode propre et une autonomie totale vis-à-vis des autres sciences humaines. Pareto a été un économiste et un sociologue, mais il a pris bien soin de cultiver séparément ces deux disciplines. Raymond Aron a été un grand sociologue, qui possédait une forte culture économique; lui aussi a excellé dans les deux disciplines, mais sans les mêler. Il faut en revenir à Walras pour trouver un projet explicite où l'économie n'est qu'une partie de la sociologie (la « cénonique » comme l'appelait Walras du grec koinos, qui est commun, soit la science de la vie en commun). Entre les rameaux de la cénonique, il voyait des rapports étroits et constants. Il était, de toutes façons, un partisan résolu de l'inter-disciplinarité : « c'est une grande tète de la science quand s'abat une de ces cloisons artificielles et provisoires qu'on est obligé de bâtir au début entre les sciences ». Walras aurait été heureux de savoir qu'un siècle après lui deux de ses disciples écriraient un livre d'économie utilisant avec autant de bonheur la sociologie et l'histoire.
Jean Denizet

NOTE

(1) H. DUMEZ: L'économiste, la Science et le Pouvoir. Le cas Walras. Paris, PUF, 1985.

15

INTRODUCTION

Les politiques à la vérité, même s'ils s'y précipitent le plus souvent avec enthousiasme, n'ont guère le choix: sous la pression des événements, de l'opinion publique, de leurs conseillers économiques, force leur est de tenter de diriger l'économie. Selon l'air du temps, cette intervention s'accentue plus ou moins. Il n'est guère besoin d'études poussées pour dégager des sortes de cycles de l'intervention: la pression tantôt s'accroît, tantôt se relâche. Les évolutions qui se font jour dans le domaine de la pensée économique, si elles ne déterminent pas totalement le phénomène, y jouent néanmoins un rôle certain. De nombreux travaux ont nourri le débat sur la nature, le TÔle, l'efficacité des politiques économiques. L'hypothèse qui sous-tend ce travail est que les politiques économiques se trouvent au confluent de trois logiques propres: la logique du monde politique, la logique du dispositif administratif qui les met en œ'uvre, qui les « instrumente », et le domaine des idées économiques. Ces trois logiques interagissent et déterminent à elles trois les politiques économiques. C'est sur une politique particulière, la politique des prix en France, que cette hypothèse sera testée. Un tel choix s'explique aisément. Les politiques économiques, avons-nous dit, entretiennent des rapports étroits, quoique complexes et, finalement, peu évidents, avec la théorie économique et ses évolutions. Le contrôle des prix tel qu'il

a foncûonné en France de 1936 à 1986 est un cas extrême. L'idée de la libre formaûon des prix sur les marchés est, depuis les débuts de la pensée économique jusqu'à aujourd'hui, même avec des nuances, la référence obligée de l'analyse économique. L'économiste conçoit clairement et disûnctement deux modèles de formation des prix: la liberté dans le cadre du marché, ou la planification intégrale par un organisme central (de type Gosplan) qui fi~e prix et quantités. Il n'est souvent pas loin de penser d'ailleurs, comme Pareto par exemple, que la planificaûon intégrale, si elle est bien faite, doit retrouver les résultats qui seraient obtenus spontanément par le marché libre. Même dans les travaux récents des économistes qui ont conçu sur le plan théorique des modèles d'« entre-deux }},bien souvent, la libre formation reste néanmoins la référence de base, même si le but est de concevoir un modèle qui s'en éloigne. Sur le plan pratique, l'opinion de Friedrich von Hayek, bien qu'extrême, n'est pas loin d'être partagée par la majorité: « la concurrence et la direction centralisée deviennent de très mauvais instruments si elles ne sont pas complètes; il faut choisir entre les deux pour résoudre un même problème, et le mélange signifie qu'aucune des deux méthodes ne sera efficace, et que le résultat sera pire que si l'on s'était contenté de l'une ou de l'autre » (1). A tout prendre, le véritable libéral préfère encore le Gosplan socialiste et son cortège de malheurs (Hayek écrit ce texte en 1943), qu'un contrôle des prix exercé « dans le cadre }}maintenu du marché, misérable bricolage irresponsable. Or, durant cinquante ans, la France s'est trouvée dans cet état d'entre-deux, de contre-nature économique, que les économistes libéraux disent instable et qui, sur le plan théorique comme sur le plan pratique, est réputé le pire imaginable. Le contrôle des prix, exemple sans doute extrême, présente la particularité d'être une politique économique honnie par toute la science économique depuis qu'elle existe et appliquée sans discontinuité durant cinquante ans par des gouvernements français de toutes tendances. A bien des égards, il est un « non-sens» économique. Là encore, cas extrême mais significatif: toute intervention de IÉtat dans l'économie revêt plus ou moins ce caractère. Cette continuité recouvre pourtant une réalité que nous avons signalée d'emblée et qui caractérise souvent les politiques économiques : la gamme des nuances est étendue, qui conduit d'un blocage général à une liberté surveillée, en passant par un blocage sectoriel, une liberté contrôlée et autres subûlités administratives (2). Le contrôle des prix présente donc cet autre avantage de mettre en lumière la possibilité d'une gamme d'accentuation étendue que comporte, à une plus ou moins grande échelle, toute politique économique. Mieux que d'autres exemples, sans doute, il illustre la notion de cycles dans la gestion de l'économie. 18

Enfin, le contrôle des prix pose un problème - souvent mal perçu - d'ordre historique. Comme l'écrivait Fernand Braudel: « le contrôle des prix a existé de tout temps [...] et aujourd'hui encore» (3). On nous a d'ailleurs expliqué que le code d'Hammourabi était un texte de contrôle des prix et que le déclin de l'empire babylonien, assurément, lui était imputable (4). On nous expliquera peut~être bientôt que la disparition prématurée du pithécanthrope fut l'effet d'une malencontreuse et dramatique taxation de la peau de bison. Sous l'ironie, le problème demeure: il n'est pas facile de rendre compte d'une histoire qui, quoique cette continuité fasse problème et ait un caractère irritant, va pour ainsi dire de Dioclétien à Jacques Chirac. Face à ces différents paradoxes et questions, nous avons cherché à comprendre. La chose n'est guère aisée. Il convient en effet de rendre le côté économiquement absurde du contrôle, qui est une de ses composantes essentielles, tout en lui restituant un (ou des) sens: on peut faire l'hypothèse qu'une pratique administrative absurde au regard de la théorie économique ne pourra se maintenir cinquante ans durant sans répondre à quelque besoin profond, sans assurer ce que les sociologues appellent des fonctions latentes et sans être nourrie de contre-théories répondant aux critiques des économistes classiques. Il a fallu également reconstituer une histoire. Nous en sommes venus à l'idée que le contrôle des prix possède des racines immémoriales, plongeant dans une histoire de la très longue durée (chapitre 6, section 1) et une histoire moderne qui remonte, en France, au Front populaire. Peut-être peut-on imaginer que la première est liée à ce que Michel Foucault, dans ses derniers textes, avait appelé la « conception pastorale du pouvoir» et qui, selon lui, court sous notre histoire occidentale. Les mécanismes de redistribution à l'œuvre dans nos sociétés contemporaines en seraient le dernier avatar. La seconde participe d'un mouvement d'idée que nous avons choisi d'appeler, en nous servant d'une expression de l'époque, 1'«économie dirigée» (chapitre 6, section 2). C'est en août 1936 que les prix sont placés en France sous surveillance, pour être bloqués, dans leur ensemble, le 1er juillet 1937. Premier blocage général des prix d'une histoire qui devait, depuis lors, en comporter beaucoup sous des formes diverses, quelquefois un peu moins générales (5). Il a aussi fallu rendre compte de la dimension proprement politique du contrôle des prix. Se demander pourquoi les politiques se sont servis de cet instrument en France, de préférence aux autres instruments de lutte contre l'inflation - politiques budgétaire et monétaire par exemple (chapitres 4 et 6). Il convenait de plus de donner la parole aux contrôleurs des prix, de les laisser s'expliquer. D'une part, ils ont en effet développé une théorie du contrôle, plus spontanée que construite (chapitre 3). Ils ont 19

d'autre part manié le contrôle durant des années, élaborant une expérience incomparable en ce domaine (chapitre 5). Manié par des professionnels rompus à ses caractéristiques propres, le contrôle des prix donne des résultats très différents de ceux obtenus lorsqu'il est soudainement improvisé, dans des pays à tradition libérale, sans expérience ni personnel qualifié - par exemple aux Etats-Unis. Par-dessus tout cela, notre projet était de décrire. Si ce beau titre n'avait été déjà employé, ce travail pourrait s'intituler: « l'État au concret» (6). Beaucoup de choses ont été dites, et, plus nombreuses encore, écrites, sur le contrôle des prix et le catalogue d'effets pervers auquel il aboutit. Désormais, l'intérêt de cette littérature ne vaut presque plus que par la fioriture dans la variation. Mais la mécanique concrète du contrôle, le travail au jour le jour des fonctionnaires qui le mènent, les négociations entre l'administration et les firmes ou leurs représentants,sont mal connus.Il convenaitde dresserla « description factuelle des actes élémentaires» (7) de cette pratique administrative. Mais comment rendre compte de toutes ces dimensions, comment les articuler entre elles, rendre sensibles les contradictions mêmes de cette pratique, de cette forme sociale? Nous avons opté dans ce travail pour une sorte de « phénoménologie » : le contrôle des prix en tant que phénomène fait l'objet de dévoilements successifs, opérés de points de vue différents. La première partie présente le contrôle des prix selon le point de vue d'un observateur que nous avons choisi ainsi: il est formé à l'économie, mais sans être un spécialiste, plutôt formé d'ailleurs à l'école anglo-saxonne dominante - l'école néo-classique; libéral donc,

modéré, mais « non modérémentlibéral» ; confronté au problèmedu
contrôle des prix, il va mener l'enquête. Tout d'abord, il fera une revue (un survey) de la littérature (chapitre 1). Revue non exhaustive tant les textes sont nombreux, mais choisie: des textes de diverses tendances, représentatifs de l'ensemble des problèmes que pose le contrôle des prix. Etant libéral, il ne cherchera pas spécialement à trouver des textes favorables au contrôle. Or, il faut les chercher beaucoup pour les trouver: les références qu'il trouvera seront donc critiques. Nous supposerons ensuite qu'il fera l'effort d'aller regarder fonctionner le contrôle au concret (chapitre 2). Mais, pour ne pas se laisser influencer par les fonctionnaires, pour ne pas se trouver phagocyté par leur point de vue, il fera abstraction de ce qu'il considère soupçonneusement comme des « rationalisations» plutôt que comme des raisons. Ayant lu les Règles de la méthode sociologique de Durkheim, il considèrera ce fait social qu'est le contrôle des prix « comme une chose ». La conclusion est claire: tout ceci relève du non-sens économique. 20

La deuxième partie consiste à restituer à la « chose» sa « cause », à présenter les raisons que les acteurs en ont données. Dans cette deuxième partie, ce sont les contrôleurs des prix qui parlent. C'est leur point de vue que les chercheurs adoptent. Et, comme les acteurs n'ont pas toujours théorisé pleinement leur point de vue, comme il s'agit souvent d'une « théorie spontanée» (chapitre 3), comme ils n'ont pas toujours eu le temps de l'étayer, les chercheurs les aideront à le remettre en forme (chapitres 4 et 5). Dans la troisième partie, nous avons tenté de généraliser aux politiques économiques en général tout ce que les deux premières parties ont établi au sujet du contrôle des prix. Les chapitres qui la composent traitent des dimensions politique (chapitre 6), administrative (celle, essentielle, du dispositif) (chapitre 7) et économique (chapitre 8) de toute politique économique. En nous appuyant toujours, malgré tout, sur des analyses concrètes empruntées au contrôle des pnx. C'est par cette construction complexe que nous nous sommes efforcés de rendre compte des diverses dimensions qui traversent le contrôle des prix et les multiples points de vue que l'on peut porter sur lui. Cette multiplicité des points de vue sur un même phénomène social est fondamentale dans les sciences sociales. Elle est en tous cas au cœur de la recherche en gestion telle qu'elle se pratique à l'Ecole des Mines de Paris et à l'Ecole Polytechnique. Claude Riveline a en effet bâti une véritable théorie de la gestion autour de l'explicitation du point de vue de l'observateur (8). Une étude de recherche en gestion a également amené Jacques Girin à formuler le principe suivant: « Si l'on veut rendre compte, sans trop perdre de leur richesse, des observations dans une recherche sur le terrain, on est amené à proposer, pour un même phénomène, différentes explications reposant sur des principes explicatifs différents, dont on ne pourra généralement pas faire la synthèse. Au surplus, cette démarche devrait être considérée comme particulièrement adaptée à la recherche en gestion, compte tenu de ses particularités» (9). Nous nous situons dans cette tradition. Comme le soulignait Jacques Girin, et comme l'avait souligné avant lui Claude Riveline pour le point de vue des observateurs, la synthèse des différents principes explicatifs appliqués à un même phénomène social est impossible. Nous avons, personnellement, tout au long de la recherche menée, vivement ressenti l'impossibilité d'une telle synthèse: au sortir de tel entretien, le contrôle des prix nous apparaissait décidément comme une absurdité économique sans rémission possible. Au sortir de tel autre, ou après telle lecture, et à la réflexion, il nous semblait qu'il pouvait avoir un sens, une efficacité. A la « réconciliation» 21

- pour employer une notion hégélienne - des points de vue, nous

opposerions volontiers le « renversement continuel du pour au
contre» de Pascal. Mieux, les fonctionnaires des prix eux-mêmes semblent ressentir la contradiction. Des entretiens qu'ils nous ont accordés, il ressort qu'ils s'interrogent parfois, qu'ils doutent, qu'ils perçoivent souvent leur propre travail comme « ubuesque », selon une expression qui pourrait figurer dans notre première partie et qui fut employée par l'un d'entre eux. La plupart du temps fort heureusement pour leur équilibre psychique, ils adhèrent à cette pratique. Une mise en garde s'impose donc d'elle-même, eu égard à la structure du texte: tout argument avancé dans un des chapitres, dans une des parties, est relatif à un point de vue déterminé. Concrètement, nous ne pourrions que condamner toute citation qui serait extraite de
ce travail sans respecter cet aspect des choses
(10).

Ces quelques remarques méthodologiques faites, nous voudrions, avant de commencer l'analyse proprement dite, mettre l'accent sur l'un de ses résultats paradoxaux. Il est vrai que contrôle des prix et analyse économique entretiennent des rapports largement conflictuels. Néanmoins, un point n'avait guère été souligné jusqu'ici. Un principe de base en économie énonce en effet qu'il n'existe pas de pont entre le niveau micro et le niveau macro- no bridge disent les anglo-saxons. Certains des plus célèbres économistes de l'époque, au premier rang desquels figure Edmond Malinvaud, se sont efforcés de résoudre cette difficulté sur le plan théorique. Or, force est de constater qu'en France, ce pont a existé: il a été assuré, sur un plan pratique et même administratif, par la Direction des prix. Celle-ci en effet, partant de la prévision de l'évolution de l'indice général des prix définie au niveau macro-économique, a fait en sorte, avec plus ou moins de bonheur selon les époques, de peser directement ou indirectement sur les décisions micro-économiques des agents de telle sorte que celles-ci, agrégées, redonnent précisément la norme macro-économique prévue. Sur le plan de l'analyse économique, cette construction administrative d'un pont jeté entre les niveaux micro- et macro-économiques est l'aspect le plus curieux et le plus intéressant du contrôle des prix en France. Nous y reviendrons dans la troisième partie. Mais venons-en, après deux mots sur la méthode employée pour mener la recherche, à l'analyse elle-même. En gardant donc à l'esprit qu'au-delà de l'étude du seul contrôle des prix, il nous importait en tant que chercheurs de disséquer cette forme sociale, conjonction d'un mouvement d'idées, d'une conviction partagée par les politiques, d'un ensemble de pratiques administratives, que fut 1'«économie dirigée ».

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MÉTIlODE.

Il était essentiel qu'une telle recherche fût soutenue par un orga nisme de réflexion, officiel, et indépendant des intérêts des différents acteurs impliqués dans le contrôle des prix. Organisme de réflexion, pour que l'aspect recherche, par opposition à l'étude plaidoyer, ressortît clairement. Officiel, car il n'est guère aisé pour un chercheur de pénétrer dans une administration, notamment dans les directions du ministère des Finances, sans être mandaté par une institution appartenant à l'appareil d'État. Indépendant, pour que cet organisme ne fût pas a priori assimilé au point de vue de l'un des antagonistes: administration, politique. ou entreprises et leurs représentants. L'image du Commissariat Général au Plan présentait de telles caractéristiques. Elle explique que les différents acteurs se soient ouverts à nous. D'autres facteurs ont joué. Cette recherche a été conduite à un moment où, une fois de plus. la Direction des Prix (11) se trouvait - ou se sentait - menacée. Sans doute, les fonctionnaires des prix étaient-ils prêts à faire retour sur leur pratique et à s'en ouvrir à des chercheurs. Enfin, l'approche choisie a. visiblement. intéressé les différents acteurs: il ne s'agissait pas de brasser à nouveau le débat bien connu autour d'idées générales, qu'a suscité le contrôle des prix. Volontairement, nous avons demandé à nos interlocuteurs de décrire le plus concrètement possible leurs pratiques. Dans le cas des firmes ou des syndicats professionnels, comment était fabriqué un dossier pour l'administration? Quels arguments étaient apportés? Comment les négociations se déroulaient-elles? Du côté des fonctionnaires: comment était fabriquée une note au Directeur Général? Sur quelles informations reposait-elle? Quel circuit empruntait-elle? etc. Nous avons réalisé au total une centaine d'entretiens. Deux préoccupations ont guidé le choix des interlocuteurs. Nous avons tout d'abord cherché à établir une « cartographie»
du contrôle des prix. en dressant la liste des institutions parties pre

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nantes. Du côté administratif, les grandes directions des Finances (Direction de la prévision pour l'établissement de la norme gouvernementale. Directions du budget et du Trésor pour les tarifs publics, INSEE. Direction des Prix bien évidemment (<< centrale », au quai Branly. et services extérieurs) ," Comité national des prix ,"toujours au sein de l'administration. ministères techniques. Du côté des entre prises. les entreprises elles-mêmes et les syndicats professionnels. le CNPF et sa Commission des prix, cabinets d'avocats," médias, et 23

notamment télévisions. Nous avons choisi de rencontrer des interlocuteurs appartenant à tous les niveaux: anciens Premiers ministres et ministres. membres des cabinets de Matignon. des Finances. des ministères techniques .. directeurs d'administration. chefs de service, sous-directeurs. chefs de bureau. responsables de secteurs (Direction des prix). PDG. directeurs généraux. responsables des questions de prix au sein des entreprises, présidents de syndicats professionnels et délégués généraux. Dans le cadre de cette démarche. nous avons notamment rencontré tous les Directeurs des Prix qui se sont succédé au quai Branly (et, auparavant, au rond-point des Champs-Élysées). depuis 1947. De chaque entretien réalisé. nous avons rédigé un compte rendu. s'efforçant de relater tous les propos échangés au cours de l'entretien. sans nous censurer. Sauf exception rarissime. nous avons renvoyé ce compte rendu à la personne interrogée en la laissant libre de corriger, de modifier. d'ajouter, ce qui lui semblait devoir l'être. Nous garantissions le caractère confidentiel du compte rendu. Les réactions ont été diverses: la plupart de nos interlocuteurs se sont prêtés avec beaucoup de bonne grâce à ce travail quelquefois prenant.. quelques-uns. très peu. nous ont félicités d'une telle démarche.. peu ont refusé ou « oublié» de renvoyer le corrigé. Enfin. nous avons cherché à reconstituer des cas de négociations dans des secteurs contrastés: automobile. pétrole. industries mécaniques, papiers-cartons et cahiers scolaires. hôtellerie, tarifs publics. Cherchant à être le plus concret possible et à reconstituer des cas le plus finement possible. nous avons pu consulter des archives: au quai Branly, dans les syndicats professionnels. dans les firmes. Certains acteurs. retraités, nous ont ouvert leurs archives personnelles dans la mesure où les documents qui y figuraient concernaient une période remontant assez loin dans le passé. A tous ceux que nous avons rencontrés au cours de cette recherche. ne nous comptant pas leur temps ni ne nous ménageant leur aide. malgré parfois les hautes fonctions qu'ils occupaient. nous permettant ainsi de retracer une partie de l'histoire économique récente de notre pays. nous adressons nos remerciements les plus profonds.

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NOTES

DE L'INTRODUCTION

(1) HAYEK (von) : La route de la servitude, trad. franç., Paris, Librairie F. Médicis,1946. (2) COURTIIÉOUX : « Modalités et critères de la différenciation des JP. régimes de prix », Revue de la Concurreoceet de la Consommation,n° 34, 2e trimestre 1986. (3) BRAUDEL : Civilisation mLltérielle, économie et capitalisme XV-XVll~ F. siècles. Tome II : Les jeux tk l'échange, Paris, A. Colin, 1979, p. 195. (4) LEPAGE : « Quarante siècles d'histoire pour rien », Revue du CNPF, H. septembre 1982. (5) Blocage au 1er septembre 1939, blocage Queuille du 1er juillet 1950, blocage Pinay du 31 août 1952, blocage Edgar Faure du 17 février 1954, blocage Bourgès-Maunoury du 31 juiIlet 1957, blocage Valéry Giscard d'Estaing du 12 septembre 1963 - plan de stabilisation -, blocage d'août 1969 - dévaluation -, blocage Barre du 15 septembre 1976, blocage Delors du 14 juin 1982. Une histoire synthétique du contrôle des prix en France existe sous la forme de deux articles: Vouette R. : « Le contrôle des prix des origines aux années 50 : quelques points de repère », Revue de la Concurrence et de la Consommation, n° 24, 4e trimestre 1983 et « Le contrôle des prix pendant les "Trente Glorieuses" », Revue de la Coocurrence et de la ConsommLltion, n° 26, 2e trimestre 1984. (6) PADIOLEAU : L'État au concret, Paris, PUF, 1982. 1. (7) RlVELINE : « Pour une approche ethnographiqu~ des organisations », C. Enseignement et gestion, printemps 1983. (8) RIVELINE : Évaluation des coûts. Éléments pour une théorie de la C. gestion, École Nationale Supérieure des Mines de Paris, 1981, chapitre VI. (9) GIRIN J. : « Quel paradigme pour la recherche en gestion? », Economies et Sociétés, série « sciences de gestion », n° 2, décembre 1980, pp. 1876-1877. (10) Est-il besoin de préciser, suite à ce qui vient d'être dit sur la construction de l'argumentation, qu'une lecture « en diagonale» est peu recommandée ? (11) Cette Direction des Finances a changé de nombreuses fois de nom au cours de son histoire. Elle s'appelle aujourd'hui Direction de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes. On comprendra que, pour des raisons pratiques évidentes, nous rappelions dans le reste de ce travail, « Direction des prix », bien que ce raccourci ne recouvre pas exactement la réalité. 25

PREMIÈRE PARTIE

ENQUÊTE SUR UN NON-SENS

« On nous a reproché d'être des dirigistes, de pratiquer une politique dirigiste, psalmodia Ramadier d'une voix dolente, avec son intonation du Rouergue. Mais, continua-t-il avec plus de vigueur, ignore-t-on qu'en France le dirigisme n'a jamais été qu'une étape souvent nécessaire vers le retour à la liberté que nous appelons de nos vœux... » Luxembourg s'esclaffa; bienveillant, le ministre allemand félicita Ramadier de son « humour gaulois ».
Louis FRANCK,Souvenirs.