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DIVERSITÉ ÉCONOMIQUE ET MODES DE FINANCEMENT DES PME

De
494 pages
Comment expliquer que des organisations comme les PME, qui échappent aux canons traditionnels de la microéconomie et de l'analyse financière, survivent, réalisent des profits et se développent ? Ce livre montre qu'il n'existe aucune configuration absolue de l'entreprise mais qu'au contraire, c'est le degré de cohérence du trinôme produit-marché-gouvernant, au travers duquel elle s'organise, qui va permettre de différencier les firmes entre elles et de cerner le champ au sein duquel la prise en compte de la taille devient alors pertinente.
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Diversité économique et modes de financement des PME

Collection Economiques dirigée par Pierre-Jean Benghozi

Dernières parutions

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Bernard BELLE TANTE Nadine LEVRATTO Bernard PARANQUE

Diversité

économique des PME

et modes de financement

Préface de Jean-Claude TRICHET

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

2001 ISBN: 2-7475-0485-9

@ L'Harmattan,

Remerciements
Cet ouvrage n'aurait pas vu le jour sans les échanges fructueux entretenus dans le cadre des travaux du Comité Européen des Centrales de Bilans, du Centre de Recherche du CNRS - Ecole Normale Supérieure de Cachan "Institution et Dynamique Historique de l'Economie", de l'Université Paris 13 et de l'Observatoire Financier des Entreprises Moyennes d'E.M.L YON. Nous souhaitons particulièrement remercier Hans Friderichs de la Deutsche Bundesbank, Franco Varetto Directeur de la Central dei Bilanci à Turin, Robert Salais, Dorothée Rivaud-Danset, Yves Romanet, Rémy Paliard et Loïc Mahérault, ainsi que Rita Bonnier pour la mise en page.

Préface
La Banque de France a toujours été extrêmement attentive à la place des PME dans les économies nationale et européenne et aux impacts des politiques économiques sur cette classe d'entreprises. J'ai donc été intéressé par le sujet de cet ouvrage, traitant du financement des PME, qui permet une meilleure compréhension de cette catégorie de sociétés non seulement pour ceux qui en assurent le financement mais aussi pour ceux qui les dirigent. C'est en ce sens que cet ouvrage me paraît apporter une contribution originale. A partir de nombreuses interrogations, il propose des remises en cause d'idées communément partagées, et il suggère de nouvelles pistes de réflexion. J'en ai particulièrement retenu trois. La première interrogation concerne l'absence de soubassement théorique sérieux à de nombreuses affirmations maintes fois répétées. Il en est ainsi des postulats selon lesquels "la PME est une entreprise comme une autre" ou encore "la PME est une grande entreprise qui s'ignore et qui, à condition de faire suffisamment d'efforts, passera dans la catégorie supérieure", postulats qui limitent la problématique de leur financement au seul aspect quantitatif de la taille. Cela laisse l'économiste, le politique et le dirigeant de PME sans repère suffisant. La première innovation de cet ouvrage est donc de montrer qu'il n'y a pas une différenciation stricte entre deux populations (les grandes et les petites sociétés) mais plutôt une co-existence de logiques économiques différentes dont la seule taille ne rend qu'imparfaitement compte.

Le deuxième mérite de cet ouvrage est d'inviter à une approche positive mettant l'accent sur les caractéristiques intrinsèques des PME et le rôle primordial des structures de "gouvernance". Les modes d'organisation retenus apparaissent ici comme les points centraux de l'analyse proposée. A ce niveau, je pense donc qu'un intérêt de ce livre est de permettre à tous ceux qui sont en relation avec les PME d'enrichir leurs critères d'analyse d'éléments qualitatifs spécifiques. Enfin, une troisième piste de réflexion propose de nouveaux schémas de procédure d'évaluation, ceux-ci doivent être adaptés à l'asymétrie d'information dont souffrent les PME dans leur relation de financement. Cette démarche trouve, à mon sens, son origine dans la diversité institutionnelle des auteurs: le monde de la recherche, celui de la formation managériale et entrepreneuriale, et enfin celui de la Banque de France, trois expertises qui ont valorisé et confronté leurs expériences afin de proposer une approche transversale de la problématique financière des PME. Au total, selon les auteurs, les entreprises réagissent différemment aux variations de taux et aux évolutions de l'offre de crédit. De ce point de vue, les auteurs estiment que l'économie d'endettement n'a pas disparu et que ce concept retrouve une relative pertinence, notamment pour certaine catégorie d'entreprises. Enfin, j'aurais à cœur de souligner l'importance que ce livre doit aux bases de données individuelles telles que celles gérées par les institutions ou organismes réunis au sein du Comité Européen des Centrales de Bilans. Il exprime également
- et je m'en félicite - la reconnaissance du rôle de la Banque de

France en économie d'entreprise. Jean-Claude TRICHET, Gouverneur de la Banque de France
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Introduction
Alors que les jugements sur les qualités et les faiblesses des PME font florès et que ces dernières font l'objet d'une attention soutenue de la part des Pouvoirs Publics, tout observateur ne peut qu'être surpris, tant le caractère sommaire du concept est évident, que sous un acronyme unique soient regroupées environ 90% des entreprises qui composent le tissu économique national. Une PME, in fine, ne l'est que comparativement à l'idéal théorique type que constitue la grande entreprise cotée. Comment, pourtant, ne pas s'étonner que l'essentiel des unités de production et de service soient exclusivement définies par rapport à une infime minorité qui, il est vrai, occupe le devant de la scène économique de par les opérations qu'elle réalise dans les domaines technologique, industriel et financier. Ramener la PME à une "petite grande entreprise" revient à considérer de manière implicite que les structures organisationnelles, les comportements stratégiques et les performances économiques et financières sont de natures similaires et que seules des différences quantitatives sont susceptibles d'apparaître entre les deux populations. A cet amalgame, il y a différentes raisons. La première est de nature factuelle et réside dans le "rêve entrepreneurial". En effet, les grandes aventures économiques mettent systématiquement en scène des grands capitaines d'industrie qui, de Henry Ford à Bill Gates en passant par Bernard Arnault, dirigent des multinationales dont le nombre d'employés dépasse souvent les dix mille et dont le total du bilan excède la plupart des budgets nationaux. Incarnée par les différents symposiums et discours sur la mondialisation qui, à l'instar de ce qui se passe tous les ans à Davos, mettent en évidence le rôle clé joué par les grandes

organisations dans la dynamique spatiale et temporelle de la croissance économique, cette recherche du grand et la croyance dans les vertus et l'inéluctabilité des économies d'échelle perdurent depuis le début de la Révolution Industrielle. Des conglomérats américains aux consortiums soviétiques, il n'est en effet aucun mode de production qui n'ait cherché à profiter des avantages que confère la grande taille et cette tendance n'est que marginalement perturbée par les tenants de l'hypothèse du vivant qui, à intervalles réguliers, développent un syndrome identitaire dans lequel les périphéries s'opposent à une centralité. A cette première cause, qui découle de l'idée selon laquelle le pari sur la croissance d'une entreprise est le véritable défi pour l'homme moderne, s'ajoute une caractéristique propre à la discipline qui intervient dans le sens d'un renforcement de la tendance principale. Ainsi, l'analyse économique, science qui ". . .s'intéresse d'une part aux opérations essentielles que sont la production, la distribution et la consommation des biens, d'autre part aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces opérations" (Malinvaud, 1968) se veut à la recherche de concepts qui, créant des catégories pures, s'affranchissent de la singularité des situations réelles. L'étude de l'entreprise n'a pas échappé à cette tendance, exprimée avec force par Bachelard, qui consiste à construire non seulement les questions mais aussi les objets eux-mêmes. La théorie du producteur, pilier de la microéconomie standard, s'inscrit parfaitement et totalement dans cette vision puisqu'elle fournit une représentation universelle des contraintes techniques qui limitent la gamme des transformations productives possibles et une formalisation des décisions de l'entreprise lui permettant d'optimiser sa fonction objectif dans certains cadres institutionnels. Mais si, ce faisant, elle parvient à échapper au risque de sombrer dans l'anecdote, la confrontation de concepts et modèles non à des objets concrets mais à des "objets pensés" n'est pas sans effet sur le type de représentation des faits et acteurs économiques qui en découle. 12

En effet, le système catégoriel sur lequel les lois sont construites ne peut pas être neutre dans la mesure où les outils utilisés conditionnent la perception du réel par l'observateur. Par conséquent, et les exemples sont nombreux dans le cas de l'analyse économique, les faits ne peuvent pas être considérés comme indépendants des théories qui les étudient. Cette situation, dans laquelle le système catégoriel de la théorie détermine les règles de la constitution des faits, renvoie à un cercle herméneutique où la réfutation de "l'objet mal pensé" devient d'autant plus difficile que l'expérimentation fait défaut à la discipline. En effet, paraphrasant William James, on pourrait rappeler que "le mot entreprise ne produit pas", si bien qu'il n'est pas justifié, sur la base d'une observation irréalisable, de rejeter l'idée d'entreprise représentative. Aussi, c'est cette dernière qui prévaut et marque de son empreinte l'économie financière, branche délibérément normative de la théorie économique qui étudie l'efficacité des allocations alternatives destinées à satisfaire des besoins donnés. La domination de l'entreprise en tant qu'entité homogène à la recherche de ressources financières destinées à lui permettre de mener à bien son activité d'investissement et d'exploitation est toutefois source de nombreux disfonctionnements dans les relations de financement. En effet, les critères et modèles d'évaluation du risque couramment utilisés par les établissements financiers étant fondés sur les séries statistiques les plus complètes, c'est-à-dire sur celles des marchés financiers et des grandes entreprises, il est fatal que les ratios utilisés en analyse de risque et pour apprécier la capacité de remboursement d'un emprunteur potentiel soient représentatifs de l'échantillon qui a servi à les élaborer et, de facto, entretiennent la réputation qu'ont les PME de ne pas entrer dans les cadres retenus par les banques. Rationnement par les prix et par les quantités sur le marché du crédit, exclusion systématique des marchés financiers, difficulté d'accéder aux innovations
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financières, tels sont les obstacles systématiquement rencontrés par les PME qui, en guise d'explication, ne perçoivent que des discours dans lesquels l'accent est mis sur la petitesse de leur taille. Dans cet univers tautologique où ceux qui sont petits doivent le rester justement parce qu'ils le sont déjà, comment expliquer que des organisations, qui échappent aux canons traditionnels de la microéconomie et de l'analyse financière, survivent, réalisent des profits et se développent? Echouant à trouver une explication robuste de cette contradiction, nous avons cherché à remonter à la source de ce qui nous est apparu comme un problème, à savoir la typologie des entreprises, telle qu'elle est traditionnellement définie par les organismes de statistiques sur-déterminés par leur approche exclusivement quantitative des problèmes. C'est pourquoi, dans le but de faire abstraction des critères quantitatifs traditionnellement retenus, par exemple le chiffre d'affaires et l'effectif salarié, nous avons choisi de mettre en place une grille de lecture qui appréhende à la fois les dynamiques productives et financières à l'œuvre dans les entreprises. C'est donc sur des aspects de nature organisationnelle que nous mettons l'accent dans le cadre de cet ouvrage qui démontre qu'il n'existe aucune configuration optimale absolue de l'entreprise mais, qu'au contraire, c'est le degré de cohérence du trinôme produit-marché-gouvernant, au travers duquel elle s'organise, qui va permettre de différencier les firmes entre elles et de cerner le champ au sein duquel la prise en compte de la taille devient pertinente. Ce faisant, nous rompons avec une tradition encore bien ancrée en analyse économique selon laquelle la PME est une grande entreprise en devenir ou une entreprise qui refuse de croître et, nous adhérons au contraire à une vision de l'organisation économique marquée du sceau de la diversité. Nous souhaitons en effet démontrer que le positionnement de 14

l'entreprise dans ses environnements commerciaux, techniques, financiers et sociaux définit sa relation au marché et que les différentes catégories de firmes identifiables se distinguent plus par les modes d'organisation et de gouvernance qui y prévalent que par les volumes de production ou les parts de marché réalisées. Cette vision d'une structure productive diversifiée, dont les unités recherchent la meilleure adaptation possible aux environnements dans lesquels elles évoluent, nécessite de prendre du recul par rapport à l'économie néoclassique standard qui cherche l'explication ultime des phénomènes économiques et sociaux en étudiant les comportements d'individus exempts de toute attache sociale et mus par le seul principe de rationalité (ce qui revient à dire que ces "agents" économiques vont toujours chercher à "faire au mieux", ce qui, la plupart du temps, signifie "faire au plus"). Nous démarquant de ce cadre analytique, nous proposons de développer une approche articulée autour des deux axes principaux que sont la diversité économique et la pluralité financière. Le premier thème, auquel est consacrée la première partie de l'ouvrage, est celui de la justification économique et financière de la petite taille. Celle-ci fait d'abord l'objet d'une étude monographique qui permet de rendre compte de la diversité du tissu d'entreprises dans différents pays de la Communauté Européenne, même si le cas de la France fait l'objet d'une attention particulière. Nous montrerons que la discrimination fondée sur le chiffre d'affaires ou le nombre d'employés n'est pas pertinente et qu'il faut avoir recours à d'autres éléments d'explication pour comprendre la spécificité de la PME. Le premier d'entre eux concerne les fondamentaux de l'entreprise puisqu'il s'agit de ses aspects industriels. Ils seront d'abord abordés du point de vue de la théorie économique standard, laquelle échoue à intégrer le critère de taille dans son traitement analytique de la firme. Pour répondre à cet échec, nous mettrons en évidence les raisons d'être des PME du point 15

de vue du fonctionnement d'un régime concurrentiel d'une part, et de leur rôle dans le système économique, d'autre part. Dans un deuxième temps nous mettrons en avant les nouvelles orientations de la discipline qui permettent de considérer la PME comme un objet théorique à part entière, défini non en opposition à un autre objet positivement identifié, mais à partir de ses spécificités propres. De même, pour proposer une grille de lecture de la diversité des firmes, nous confronterons la PME à une vision financière de l'entreprise. Pour cela, nous ne nous limiterons pas à entériner l'absence de toute référence à la taille dans la théorie financière standard, toute entière dévolue à la société par action. Au contraire, nous procèderons à une prise en compte de la logique de taille dans une approche financière de la firme dans le but de démontrer comment l'information devient le principal vecteur de différenciation entre la PME et la grande entreprise. Une nouvelle grille d'analyse fondée sur le concept d'écodiversité sera finalement proposée sur la base du précédent constat. Elle permettra de rendre compte de la multiplicité des voies à suivre en matière de réalisation d'un objectif de rentabilité et présente la diversité des "espèces d'entreprises" comme une condition de robustesse et de survie des systèmes économiques. Le second thème, abordé dans la deuxième partie de l'ouvrage, est celui d'une diversité des modalités de gestion de la contrainte de rentabilité et des formes organisationnelles correspondantes. Cette approche doit beaucoup à la reconnaissance des "Mondes de Production" et à une appréhension de l'organisation des systèmes de financement articulée autour de la distinction entre économie d'endettement et auto-économie. C'est à partir de cette dichotomie financière, qui est loin d'être exclusivement fondée sur la nature bancaire des institutions gérant et affectant les ressources (ainsi que 16

l'atteste la prise en compte simultanée du capital risque et du crédit) qu'est abordée la place des instruments intermédiés dans les pratiques financières de la PME. Cela mettra en évidence l'intensité du recours à l'intermédiation, en particulier bancaire, de la part d'entreprises qui, du fait du coût d'acquisition de l'information les concernant et de leur difficulté à développer les critères à l'œuvre dans les processus d'allocation des ressources financières, subissent un rationnement de la part des bailleurs. Cette contrainte financière est en partie à l'origine de la mutation de certaines PME qui, soucieuses de disposer des moyens pécuniaires nécessaires à la mise en œuvre de leur stratégie, vont s'orienter vers des modalités de financement transitant par le marché. La transformation du comportement financier liée à ce déplacement de la demande de fonds est appréciée à l'aide de la présentation des modèles de cotation de la PME grâce une analyse, conceptuelle et factuelle, approfondie du comportement de la PME cotée. Les arbitrages financiers, implicitement évoqués dans les présentations parallèles des deux familles d'instruments de financement, sont réunis au sein d'une même grille d'analyse élaborée sur la base du principe de diversité financière qui, s'inscrivant dans le droit fil des travaux qui rendent compte de l'existence simultanée de systèmes nationaux de financement relevant de logiques différentes, permet d'entériner le bien fondé de structures financières variées et construites sur une démarche d'objectifs et non de moyens. Cette mise en évidence factuelle de la diversité des comportements financiers fait ainsi écho à la conceptualisation d'une économie de la variété qui est la seule compatible pour prendre en compte des unités qui, au-delà de leur apparente petite et moyenne dimension, se caractérisent par un mode de fonctionnement et d'organisation spécifiques. Ces deux axes nous permettent de nous dégager de l'optique comparative prédominante dans l'étude des PME qui sont systématiquement évaluées par rapport aux grandes 17

entreprises cotées. C'est grâce à eux que nous prétendons accéder à un niveau d'analyse qui est celui de la PME en tant qu'elle-même. L'intérêt de ce type de démarche est double. D'un point de vue heuristique, il est à même de modeler la perception de la sphère productive dans le sens d'une conception ensembliste qui associerait étroitement l'entreprise et son environnement. La multiplicité des couples produits-marchés étant déjà admise, il deviendrait alors plus facile d'admettre la pluralité des types d'agents qui les mettent en œuvre. Dans une perspective normative, la mise en évidence d'une logique industrielle, financière et organisationnelle propre aux micro, petites et moyennes entreprises permet de s'affranchir des règles de l'orthodoxie, si chères encore à la gestion financière, dont résulte l'éviction du marché pour des entreprises dont les ratios ou les scores se situent en dehors des fourchettes de valeurs considérées communément admissibles. Les nouvelles pratiques qui sont susceptibles de découler d'un changement de cadre d'analyse sont à même de modifier les conditions d'accès des PME aux ressources financières que, communément, elles considèrent comme insuffisamment disponibles. Il va de soi qu'à lui seul, ce nouveau type de référent ne peut suffire à conférer un nouveau statut à des entreprises qui, quoique nombreuses dans les statistiques, ne possèdent ni corpus théorique, ni modèle d'évaluation permettant de les appréhender. Pour autant, ce travail portant sur l'un des points les plus sensibles de la vie et de l'évolution de l'entreprise, à savoir le volet financier de son activité, se veut une tentative de fondation de l'économie du financement de la PME.

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Première Partie: De la nécessité d'une économie du financement des PME

Le critère quantitatif de la taille nous paraît totalement insuffisant pour qualifier une entreprise, que ce soit du point de vue de son activité économique ou de ses contraintes financières. S'il est vrai que le nombre d'entreprises se réduit quand la taille augmente et que, par conséquent, le temps que l'on peut consacrer à l'acquisition de l'information augmente avec le nombre de dossiers, pour autant le critère quantitatif est inopérant pour évaluer la qualité d'une entreprise. Nous verrons, dans un premier chapitre, les limites d'une approche quantitative comparative en montrant que, plus qu'une différence de taille, l'opposition entre grande entreprise et PME apparaît comme résultant de comportements économiques spécifiques. Ce constat peut ne pas être surprenant pour qui sait que la théorie économique ne prend pas en compte la taille mais l'optimum du producteur, optimum qui peut être très différent d'une firme à l'autre. Le deuxième chapitre s'attache alors d'identifier les discordances fortes entre la pratique des statisticiens et le noyau dur de l'analyse économique. En d'autres termes, nous cherchons à signifier que le continuum traditionnel entre faits, théorie et applications n'est pas respecté dans la mesure où l'approche statistique et la démarche analytique qui caractérisent l'étude de la firme relèvent de deux ordres différents. Enfin dans un troisième chapitre, nous montrerons que la théorie financière ne se préoccupe de la taille que pour autant qu'elle peut être considérée comme un proxy de la capacité d'une firme à produire une information permettant de procéder à des arbitrages.
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Chapitre 1 : PME et statistiques
L'appréhension de la réalité économique s'effectue soit par une démarche qualitative essayant d'appréhender ce qu'on pourrait appeler l'essence de l'objet observé et à connaître, soit par la saisie immédiate de ses caractéristiques à travers des catégories pré-existantes offrant des possibilités de traitement statistique. On oscille de ce fait entre énumération de cas (approche monographique) et globalisation (raisonnement en moyenne). Notre objet est de mettre en évidence que toute catégorisation est affaire de critère, et donc de représentation, et que la recherche de critères de typologie implique d'expliciter la logique économique que l'on suppose suivie par les acteurs. L'étude des comportements économiques et financiers des entreprises vise à identifier des spécificités communes à des groupes de firmes. Il s'agit donc essentiellement d'une démarche typologique (Section 1). En apportant un certain éclairage à des problématiques connues concernant les PME, telles la performance ou le niveau des fonds propres, on commence à identifier des spécificités non réductibles à un simple effet quantitatif comme le montre néanmoins une opposition selon la taille, critère le plus immédiat car aussi le plus parlant (Section 2). En procédant à une comparaison des situations économiques et financières des entreprises selon leur taille, on tâche d'identifier ce qui, d'un point de vue analytique, fonderait la spécificité de la PME. Il est aussi possible de croiser différents critères comme des ratjos comptables et financiers pour isoler des caractères propres à plusieurs entreprises (Section 3). Par ce biais, on met en évidence des profils particuliers pour lesquels le recoupement avec le critère de taille est imparfait, ce qui laisse supposer une originalité de la PME qui interdit de la considérer

comme une grande entreprise en devenir ou une "petite" grande entreprise.

1. La question de la définition.
La PME semble un objet d'études dont la définition va de soi. Or dès que l'on souhaite préciser le champ couvert, on se heurte à de nombreuses difficultés. L'Encyclopédie de l'Economie et de la Gestion définit les Petites et Moyennes Entreprises "comme des entreprises juridiquement et financièrement indépendantes dans lesquelles le dirigeant assume la responsabilité financière, technique et sociale sans que ces éléments soient dissociés". La PME est alors appréhendée de manière qualitative ce qui fait surgir une première difficulté qui est celle de la disponibilité des indicateurs permettant de les identifier statistiquement. On a alors recours à d'autres critères. Elie Cohen dans son "Dictionnaire de Gestion" les rappelle tout en soulignant les limites: le chiffres d'affaires, la valeur ajoutée, le total du bilan ou encore la capitalisation boursière. Une entreprise de moins de 200 personnes ou de moins de 50 millions de CA de la mécanique de précision sera, pour son secteur, une grande entreprise, alors que dans la construction automobile, elle sera considérée comme une PME. Ce simple exemple souligne la difficulté de la définition de notre objet en terme quantitatif alors qu'une approche qualitative, comme celle donnée cidessus, ne fournit pas les moyens d'identifier simplement, de l'extérieur, une PME. En revanche, il apparaît bien que le concept de PME renvoie plus à un comportement spécifique qu'à une simple voie royale quantitative qui, de la petite entreprise, nous conduirait à la grande en fonction de seuils d'effectifs ou de montants de chiffres d'affaires. Ceci étant, ces deux derniers critères ont l'avantage de la simplicité et de la disponibilité, y 24

compris pour des comparaisons internationales. Il existe cependant une grande diversité de seuils et de critères, que ce soit d'un point de vue national ou international Ainsi, les pouvoirs publics français retiennent comme PME une entreprise de moins de 500 salariés ou de moins de 200 millions de chiffre d'affaires. Le MEDEF définit une PME comme une société dont le capital familial est prééminent ou qui emploie entre 10 et 500 salariés. En général, le seuil de 500 salariés est retenu pour différencier les grandes entreprises des autres. L'INSEE introduit une sous segmentation aux seuils de 9 salariés pour une très petite entreprise (TPE), de 49 pour les petites (PE) et de 499 pour les moyennes. L'Observatoire Européens des PME (CEE), quant à lui, retient le seuil de 100 pour distinguer les PE des moyennes entreprises. Pour les pays membres de l'OCDE, selon les organismes nationaux, les critères peuvent varier d'une institution à l'autre, voire ne pas exister. Pour finir, rappelons que la CEE, dans une recommandation du 9 avril 1996, définit comme une petite entreprise une société employant moins de 50 personnes dont le CA est inférieur à 7 millions d'écus 1994 et le total du bilan n'excède pas 5 Millions d'écus; une moyenne entreprise celle occupant entre 50 et 250 personnes dont le CA est compris entre 7 et 40 millions d'écus et le total du bilan entre 5 et 27 Millions d'écus. La micro-entreprise emploie moins de 10 personnes. Les seuils de chiffre d'affaires sont ceux retenus par la base de données BACH gérée par la DGII dans le cadre des travaux du Comité Européen des Centrales de Bilans.

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Pays Allemagne Australie

Définition officielle < 500 salariés PE, < 100 salariés ou < 20 salariés dans les services < 50 salariés ou CA < 4,2 millions d'écu ou total du bilan < 2,1 millions d'écus. < 500

critères emploi emploi

base de données OCDE/EURIST AT pas de défintion fixe idem

Belgique

emploi actifs

France

emploi

bilan < 1,5 millions d'écus; actifs < 3,1 millions d'écus ou < 50 salariés idem

2. Une approche quantitative.
En retenant comme critère de segmentation les effectifs puis le chiffre d'affaires, nous nous attachons à illustrer l'existence de comportements spécifiques selon la taille des entreprises, soulignant combien la hiérarchie apparente traduite par ces seuils quantitatifs doit être réexaminée au profit de l'identification de logiques particulières et autonomes. Pour ce faire, l'analyse des besoins de financement et de la rentabilité servira de support descriptif. 2.1 La taille selon les effectifs. La PME est définie par opposition à une grande entreprise comme une société employant moins de 500 salariés. Pour éliminer les effets liés à la taille qui seraient produits par l'utilisation d'indicateurs en valeur (chiffre d'affaires, valeur ajoutée, investissement...), on a recours à des ratios. Pour réduire cet effet lié à la taille des entreprises et appréhender les comportements particuliers à tel ou tel type de sociétés, on calcule le ratio pour chaque entreprise puis on en fait la 26

moyenne sur l'échantillon ce qui permet en outre d'avoir une idée de la dispersion des situations. Chaque observation (entreprise) compte pour une, la moyenne n'est pas pondérée ce qui évite que le profil de l'échantillon soit influencé par celui des grandes entreprises, celles dont le poids individuel relatif est le plus élevé. Les ratios utilisés sont construits suivant la méthodologie d'analyse financière de la Centrale de Bilans de la Banque de France. Cela signifie entre autre que le crédit bail est retraité au bilan et que le personnel extérieur est intégré aux frais de personnell. Entre 1985 et 1997, les PME ont renforcé leur dotation

en fonds propres (financement propre/capital engagé 2) de près
de 10 points (cf. tableau n° la : PME et grande entreprises de l'industrie manufacturière de 1985 à 1997) 3. S'il est vrai que la restauration de l'autonomie financière a été plus soutenue dans les sociétés de plus de 500 salariés (+ 15,4 points), le niveau atteint par les PME au début des années 1990 correspond à celui des grandes entreprises à la fin des années quatre-vingts. En fait, ce rapprochement entre PME et grandes entreprises a peu de sens si l'on n'étudie pas les besoins de financements qui correspondent à chaque cas et reflètent des logiques de fonctionnement différentes.

I

Ce choix méthodologiquepermet d'analyser les modes de financement. Ainsi, on

peut avoir un désendettement bancaire des entreprises coïncidant avec le maintien d'un certain effort d'investissement. Certes celui-ci peut être autofinancé, mais il peut aussi correspondre à une modification du mode de financement; le désendettement bancaire peut alors correspondre à un recours accru au crédit-bail. 2 Capital engagé = financementpropre (capitauxpropres+amortissements+provisions pour risques et charges) + endettement financier. Voir le lexique en fin d'ouvrage. 3 Source: Centrale de Bilans Banque de France ; VAG: valeur ajoutée globale (voir le lexique en fin d'ouvrage); EBG: excédent brut global; CAF: capacité d'autofinancement * écart statistiquement discernable au seuil de 5 %. ** écart non significatif.

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27

Autrement dit, une interrogation sur l'autonomie financière d'une entreprise et les conditions de son financement n'a de sens qu'en rapport avec le comportement global de celleci. S'ils sont bien interprétés, l'examen de plusieurs indicateurs de performance, sous forme de ratios, permet d'évaluer les résultats de l'entreprise. En revanche, le recours à un seul ratio est insuffisant pour comprendre le fonctionnement réel de l'entreprise ainsi que la manière dont elle gère ses débouchés et les exigences de rémunération des apporteurs de capitaux, actionnaires et prêteurs. Si on en juge par leur taux d'accumulation (investissement/capital), donc en pondérant le taux d'investissement (investissement/valeur ajoutée) par

l'efficacité du capital (valeur ajoutée/capital) 4, il apparaît que
les PME investissent plus que les grandes entreprises. Or, qui dit investissement plus important, dit besoins de financement plus substantiels (y compris pour le cycle d'exploitation), ce qui se traduit par un recours au financement externe plus élevé. Ces besoins en financement dépendent aussi des relations entretenues avec les partenaires économiques et de la nature de l'insertion de l'entreprise dans la filière (domination ou dépendance entre agents, importance des donneurs d'ordre, type de sous-traitance réalisée).

Comptablement, investissement/capital = investissement/valeur ajoutée x valeur ajoutée/capital.

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29

En terme de rentabilité économique (excédent brut global/capital engagé), la performance des PME est plus élevée que celles des firmes de plus de 500 personnes, sauf en 1992 et 1993 où elle est similaire5. C'est également le cas en terme de rentabilité financière brute, c'est-à-dire quand on rapporte la capacité d'autofinancement brute (après paiement de l'impôt sur les sociétés et des charges financières) au financement propre de l'entreprise: sur toute la période étudiée, la rentabilité financière brute des PME est supérieure à celle des grandes entreprises.
6 l'on raisonne avant ou après déduction des amortissements ou

En revanche, le constat diffère quelque peu selon que

des dividendes versés aux actionnaires: - ainsi, en terme d'autofinancement/financement propre (l'autofinancement correspondant à la capacité d'autofinancement brut moins les dividendes versés), les PME sont toujours plus rentables que les grandes entreprises, mais l'écart s'accroît quelque peu d'une catégorie de taille à l'autre: le poids des dividendes est en effet plus élevé dans les grandes entreprises que dans les PME. Ce ratio constitue un indicateur de rentabilité après rémunération des actionnaires (rentabilité financière brute après dividendes), donc un instrument

Rivaud-Danset (1998) a conduit une recherche sur la base de données BACH alimentée par les Centrales de Bilans des Banques Centrales européennes et gérée par la DG2. Elle confirme ce résultat qui souligne qu'il n'y a pas une mais plusieurs manière d'être rentable à patir de structure financière différente ou non: "a high level of profitability can be achieved by firms whose financial patterns are distinct. A high level of own funds does not entail automatically better performances and a higher gross profitability". 6 Les amortissements correspondent à l'usure physique et économique des machines. On constitue donc des réserves d'amortisement (dotations) : une machine achetée 10 millions, faite pour durer 10ans, se verra en principe affecter un amortissement de 1 million par an.
30

5

d'évaluation de la capacité de capitalisation de l'entreprise, avant prise en compte de la politique d'investissement;
- inversement, en terme de rentabilité financière nette,

c'est-à-dire de rapport entre la capacité d'autofinancement (CAF) restant après déduction des charges de maintien du potentiel productif et les capitaux propres (CAF nette / capitaux propres), la performance est un peu plus élevée pour les grandes entreprises que pour les PME. Ainsi, en analysant les différentes étapes du processus d'activité de l'entreprise, on constate que la capacité de capitalisation des résultats, et donc de renforcement des capitaux propres, diffère peu d'une catégorie de taille d'entreprise à l'autre. En revanche, le poids des dotations aux amortissements est plus élevé dans les PME, alors que celui des dividendes y est moindre, que dans les grandes entreprises. Le renforcement effectif dépend donc des décisions que prend chaque entreprise en matière d'affectation des résultats, c'est-à-dire selon qu'elle choisit d'affecter ses bénéfices à l'investissement, au désendettement ou à la capitalisation. La hiérarchie observée se retrouve lorsqu'on segmente plus finement la population d'entreprises. Retenant comme exemplaire l'année 1995, on peut voir que le découpage par classes de taille n'est pas forcement très proche de celui qui est retenu par les organismes statistiques nationaux ou européens (cf. tableau n° 1b). La segmentation selon les effectifs montre en effet que les seuils porteurs d'informations économiques pourraient être de moins de 100 salariés, de 100 à 2000 salariés et plus de 2000 salariés avec une relation inverse entre le niveau des fonds propres et la rentabilité renvoyant, pour les seuils mentionnés, à

31

des logiques économiques différentes devant être explicitées et approfondies.

Tableau n° 1b 1995

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GE (500 à TGE (plus PPMI PMI (20 à 100 (100 à 500 2000 de 2000 salariés) salariés) salariés) salariés) 71.2 13.3 12.8 74 Il.3 10.0 79.9 Il.7 10.3 79.8 10.7 9.1

Financement propre / capital engagé Rentabilité économique Rentabilité financière brute Source et réalisation:

Banque de France

2.2 La taille selon le chiffre d'affaires. Dans le cadre des travaux du Comité Européen des Centrales de Bilans, l'Allemagne, l'Autriche, l'Espagne, la France, l'Italie, ainsi que la Direction Générale nOlI de la Commission Européenne (Delbreil et alii, 1997 et 2000), ont décidé la création d'un groupe d'étude ayant pour mission de comparer l'autonomie financière des entreprises industrielles

européennes7. Cette recherche, conduite sur les années 19911996 et dont les résultats sont valides sur la période 1985 - 1996, concerne des économies intermédiées où les marchés de capitaux jouent un rôle peu important relativement aux pays anglo-saxons.

7

Etude publiée sous le timbre du Comité Européen des Centrales de Bilans (1997 et 2000) et reprise dans le Bulletin Mensuel de la Banque de France de mai 1997. Versions électroniques disponibles sous www.ssm.com 32

Les données utilisées dans cette étude ont été élaborées à partir des comptes sociaux disponibles dans chaque pays. Elles sont présentées par grandes branches et par tailles d'entreprises de l'industrie manufacturière des pays concernés. La restriction du champ de l'analyse à l'industrie manufacturière et à ses trois grandes branches permet d'appréhender le domaine central de l'industrie qui est défini de façon relativement homogène dans chacun des pays sous revue et qui, d'un point de vue économique, présente un intérêt de tout premier ordre. Des classifications plus fines au niveau des seules branches auraient provoqué des problèmes de comparaison liés aux systèmes de répartition sectorielle différents adoptés par les pays considérés. Les résultats ont été en outre subdivisés en cinq classes de tailles d'entreprises établies sur une base homogène de seuils de chiffre d'affaires en écus. La nécessité d'analyser les données en fonction de la taille de l'entreprise découle en partie de la réflexion selon laquelle l'accès des entreprises aux marchés monétaires et financiers dépend beaucoup de leur taille. On affirme souvent également que, compte tenu de facteurs institutionnels, les entreprises de taille petite et moyenne sont désavantagées par le système de financement et doivent, en conséquence, supporter des coûts financiers plus élevés. L'approche par taille est, en outre, d'autant plus indispensable que les valeurs agrégées occultent une plus ou moins grande diversité de situations d'un pays à l'autre, tout particulièrement en Allemagne, où les résultats sont fortement dominés par ceux des grandes entreprises. Seuls les comptes sociaux des sociétés de capitaux entrent dans le champ de cette étude. L'exclusion des sociétés de personnes et des entreprises individuelles n'était pas seulement nécessaire parce que, compte tenu de leur forme juridique caractérisée par l'absence de toute limitation de la responsabilité, apparaissent des problèmes considérables de
33

comparaison en matière de structure de capital, mais aussi en raison du fait que les statistiques sur les bilans des entreprises comportent uniquement, dans la plupart des pays, des indications concernant les sociétés de capitaux. En définitive, les ratios8 qui sont privilégiés dans l'étude sont les suivants: Numérateur Dénominateur Chiffre d'affaires . Ressources financières (endettement financier + fonds propres) Ressources financières disponibilités - valeurs mobilières de placement 9

.

Fonds propres

.

Tous les pays participant à l'étude sont des pays où, contrairement aux pays anglo-saxons et malgré les évolutions récentes, notamment en France, les banques jouent un rôle important dans le financement des entreprises. Cependant quel que soit l'indicateur central utilisé, la structure du capital des entreprises des différents pays sous revue n'apparaît pas identique. Ainsi en 1993, en moyenne pondérée, le rapport "fonds propres/ressources financières" s'élève à 67,8 % en Allemagne et 66,1 % en France contre 57,2 % en Autriche, 56,7 % en Espagne et 44,3 % en Italie. En médiane, ce même rapport est de 65,1 % en Espagne, 62,1 % en France contre 50,9 % en Autriche, 42,6 % en Italie et 34,1 % en Allemagne. Ces

8

9

Pour les définitions, cf. annexe 1 Disponibilités + valeurs mobilières de placement = liquidités

34

différences sont toutes significatives d'un point de vue statistique et la hiérarchie présentée est stable sur la période 1985-1996 même si les évolutions sont différentes d'un pays à l'autre.
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Graphique n° 1 : ratio fonds propres/ressources financières (%)
Source: Banco de Espana, Deutsche Bundesbank, Banque de France, Osterreichische Nationalbank, Centrale dei Bilanci

La principale conclusion à tirer de l'examen de ce ratio est que la hiérarchie entre les pays diffère fortement selon la médiane ou le ratio moyen. Le cas le plus net concerne l'Allemagne dont les entreprises apparaissent les moins capitalisées sur la médiane mais les plus capitalisées sur le ratio moyen. Plus précisément, sur la moyenne pondérée, on constate que la dotation en fonds propres est assez voisine en Autriche, en Espagne, en France et en Allemagne, seule l'Italie paraissant sous-capitalisée. Sur la médiane, au contraire, deux groupes de pays se distinguent: la France et l'Espagne d'une part, où le ratio "fonds propres/ressources financières" est élevé, l'Italie et
35

l'Allemagne d'autre part, où il est faible. L'examen des quartiles QI et Q3 confirme ce constat. Par exemple, on observe que la valeur de ce ratio est, pour les trois-quarts (c'est-à-dire la valeur de Q3) des entreprises françaises et espagnoles, supérieure respectivement à 36,3 % et 39,6 %, en Allemagne seulement à 12,1%. L'analyse de la situation des entreprises autrichiennes est délicate du fait de la sous-représentation des petites entreprises, ce qui surévalue la médiane compte tenu de la souscapitalisation de cette catégorie de sociétés. Les évolutions du ratio sont également différentes selon l'indicateur central utilisé. Si, en moyenne pondérée, les entreprises autrichiennes, françaises et allemandes renforcent leurs fonds propres de 1991 à 1993, les firmes allemandes

maintiennent simplement leur niveau en médiane 10. À l'inverse,
les sociétés italiennes, pour lesquelles on relève un recul du ratio en moyenne pondérée sur la période sous revue, maintiennent, voire renforcent, légèrement, leur position en médiane. Les entreprises espagnoles enregistrent un recul du ratio, suite aux pertes accumulées au cours de la récession survenue durant la période étudiée, quel que soit l'indicateur central utilisé. La forte contradiction, selon que l'on raisonne en médiane ou en moyenne pondérée, se comprend si on se rappelle que la moyenne pondérée reflète la situation agrégée de l'industrie de chaque pays par l'addition de toutes les entreprises, de façon à obtenir un bilan unique (comme s'il s'agissait d'une seule grande entreprise): de cette manière, forces et faiblesses relatives des structures financières se compensent. La médiane, en revanche, exprime une valeur centrale de distribution sans compensation. Chaque entreprise a

1 ° L'amélioration de la situation des entreprises autrichiennes correspond en partie à la modification de la réglementation des provisions survenue en 1992. 36

le même poids et, de ce fait, la médiane subit l'influence des entreprises les plus nombreuses, à savoir les plus petites. L'influence des grandes entreprises sur la moyenne pondérée est particulièrement sensible en Allemagne où les chiffres globaux reflètent, pour une large part, le comportement des très grandes sociétés. En conséquence de quoi, le groupe a décidé d'utiliser principalement la médiane plutôt que la moyenne pondérée et d'effectuer une analyse de l'effet-taille sur la dotation en fonds propres des entreprises. Deux enseignements principaux peuvent être tirés à partir de l'examen des résultats en 1993: de la taille des entreprises change fortement d'un pays à l'autre:
-

.L'effet

il est quasi-inexistant en Italie où aucune hiérarchie ne

peut être décelée selon l'importance de l'entreprise, alors qu'en Espagne seules les entreprises réalisant entre 50 et 100 millions d'écus de chiffre d'affaires se distinguent;
-

simplement moyen en France où l'écart entre

entreprises de plus de 100 millions de chiffre d'affaires d'écus et très petites est de l'ordre de 18 points;
- très fort en Autriche, et encore plus en Allemagne où la

médiane atteint seulement 20 % dans les firmes réalisant un chiffre d'affaires inférieur à 5 millions d'écus et 71 % dans les grandes sociétés, soit un écart de près de 50 points. En Allemagne, il est d'ailleurs intéressant d'observer que la valeur du premier quartile des très grandes entreprises est supérieure à celle du troisième quartile des très petites entreprises.

37

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1995

1996

Médiane

et moyenne

Graphique 2 du ratio fonds propres/ressources

financières

Source: Banco de Espana, Deutsche Bundesbank, Banque de France, Osterreichische Nationalbank, Centrale dei Bilanci

38

Il faut noter par ailleurs qu'en France, cette hiérarchie entre entreprises est un résultat relativement récent. Au début des années quatre-vingt, la structure financière des PME était plus solide que celle des grandes entreprises. Par la suite, en liaison avec la diminution de l'inflation, l'accroissement des profits et le développement des marchés financiers, les grandes entreprises ont, de façon significative, amélioré leurs structures financières. Au début des années quatre-vingt dix, le retournement du cycle économique a pesé sur toutes les entreprises, à l'exception des grandes entreprises françaises qui ont poursuivi le redressement de leur structure financière.
Encart n° 1 Les travaux, réalisés par le Groupe d'Etude sur les Fonds Propres du Comité Européen des Centrales de Bilans cours de la seconde phase de ses travaux, confirment et enrichissent les conclusions émises lors de la publication du premier rapport. Ils montrent, de nouveau, à l'évidence -ou 11 " fiont apparaltre- que: - les structures de financement diffèrent d'un pays à l'autre
-

l'effet taille exerce un rôle différent selon les pays (fort en
des

Allemagne, faible en Espagne et en Italie) et qu'i! a joué au bénéfice grandes et très grandes entreprises au cours de la période étudiée
-

les ressources de substitution constituéespar les provisions pour

pertes et charges et les prêts des groupes et associés sont plus importantes dans certaines nations (Allemagne et Italie pour les provisions par exemple) et qu'elles ont spécialement progressé de 1986 à 1996 dans les firmes les plus grandes Le rapprochement des situations financières des grandes et très grandes entreprises est incontestable, comme le démontre l'évolution du ratio "fonds propres sur ressources financières" qui varie, si on excepte

Il

Delbreil et alii, 2000

,.

Version électronique disponible sous www.ssm.com 39

l'Italie, en fin de période, entre 63 % et 80 %, soit un écart d'environ i7 points, alors que cette différence était de plus de 30 points en début de période. L'accentuation de divergences au sein des PME est tout aussi incontestable. Ce sont dans les pays où la situation était déjà la meilleure que les améliorations ont été observées. De ce fait, en fin de période, s'oppose deux catégories, la France et l'Espagne, d'une part, où les PME paraissent assez largement dotées en fonds propres (dans ces deux pays, il semblerait que les normes imposées par les marchés financiers aux grandes entreprises se soient répercutées sur les conditions d'octroi de prêts aux PME), l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie, d'autre part, où cette dotation est beaucoup plus faible. La similitude de la situation des PME dans les trois derniers pays cités, quant à leurs fonds propres, peut paraître étonnante compte tenu d'une relation banques-entreprises fort différente (principe de la Hausbank en Allemagne, très forte multibancarité en Italie). Elle s'explique, sans doute, pour une part, par les fortes garanties données dans ces trois pays aux prêteurs. Une autre similitude entre ces trois pays réside dans le recours au crédit à court terme. Malgré l'écart existant entre l'Allemagne et l'Italie, ce mode de financement y occupe une place prépondérante. De ce point de vue, on observe un certain isolement de la France, seul pays pour lequel la dette bancaire de court terme apparaît relativement faible et inférieure à la dette bancaire à plus d'un an.

à l'autre, les écarts sont beaucoup plus importants entre les petites entreprises que sur les très grandes entreprises:
-

.D'un pays

Dans les petites entreprises allemandes les fonds

propres en médiane ne représentent, en 1993, que 20,3 % des ressources financières,. ce pourcentage, pour la même catégorie de firmes, atteint 30,7 % en Autriche, 47,9 % en Italie, 60,4 % en France et 65,1 % en Espagne. Souvent, dans les PME italiennes, une partie des emprunts obligataires est contractée directement par les propriétaires de l'entreprise, ce qui réduit l'endettement observable; malheureusement les variables
40

correspondantes ne sont pas disponibles directement dans les bilans.
mediane

90,0 81,0 72,0 63,0 54,0 45,0 36,0 27,0 18,0 9,0 0,0 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 Yi

Graphique n03 Ratio fonds propres/ressources financières par taille d'entreprises
Source: Banque de France
-

Au niveau des très grandes entreprises, c'est-à-dire

celles réalisant un chiffre d'affaires supérieur à 100 millions d'écus, les écarts sont, en revanche, si on exclut l'Italie, assez faibles. Ainsi, dans cette catégorie de population, la médiane du rapport "fonds propres/ressources financières" est de 67,4 % en Autriche, de 67,3 % en Espagne, de 71,1 % en Allemagne et de 78,5 % en France, soit un écart maximum de 16 points (ou de 30,7 si on inclut l'Italie). Le même constat peut être effectué à partir de l'examen des premier et troisième quartiles. Il semblerait donc que la possibilité de recourir aux marchés financiers internationaux aboutisse à une certaine harmonisation des structures de financement. Le rapport "fonds propres/ressources financières" a diminué, en médiane entre 1991 et 1993 dans les très grandes entreprises, de presque 6 points en Italie et de près de 4 points en Espagne, alors que, 41

dans les autres pays, il a enregistré une amélioration (+ Il points en Autriche, + 7 points en France, + 4 points en Allemagne). 3. Des typologies comportementales. Cette première approche a permis d'identifier des différences, des profils économiques et financiers spécifiques liés à la taille des entreprises exprimée en terme d'effectifs ou de chiffre d'affaires. Toutefois, ceci est insuffisant pour appréhender les particularités et la diversité des situations. Plus exactement, comme le laisse supposer une approche en terme de propriété du capital, les comportements économiques et financiers ne sont pas prédéterminés par l'importance des salariés employés ou du chiffre d'affaires réalisé. Pour autant, il existe une certaine relation entre type de comportements et taille de l'entreprise qui fonde la spécificité de la PME comme organisation originale. Pour illustrer cela, on s'intéresse à deux problématiques, l'une concernant la période de croissance du milieu des années quatre vingt, l'autre essayant de saisir la variété (relative) des marchés et des organisations auxquels sont confrontées les firmes dans la gestion de la contrainte de rentabilité et de leurs débouchés. 3.1 Une typologie de la croissance selon l'évolution de l'emploi et de la valeur ajoutée Une typologie des comportements de croissance permet de distinguer différentes situations auxquelles les entreprises industrielles françaises ont été confrontées sur la période 1986 -

1991 12. Les choix et les modalités de la croissance, ainsi que

12Étude présentée lors de la XVIIIe Journée des Centrales de bilans, Paris, novembre 1993 42

son contenu, sont mis en évidence au travers des caractéristiques de la combinaison productive et de la contrainte de financement. 3.1.1 Moins de la moitié des entreprises industrielles embauche Un comportement de croissance est défini en fonction de l'évolution de l'activité et de l'emploi, la première pouvant (ou non) se réaliser avec (ou sans) accroissement des effectifs et donc influer sur le taux de chômage. Des classes d'entreprises sont alors constituées, réunissant des firmes de même comportement de croissance. Chaque classe est obtenue en croisant le taux de variation annuelle de la valeur ajoutée et le taux de variation annuelle des effectifs, en choisissant pour chacune un seuil. Ainsi, quatre classes de "comportement de croissance" sont définies (cf. tableau n° 1c). Entre 1985 et 1991, la proportion d'entreprises industrielles ayant enregistré un taux de croissance de la valeur ajoutée supérieur à celle du PIB marchand en valeur n'est supérieure à celle de leurs concurrentes dont l'activité évolue moins vite que le pm qu'à deux reprises, à savoir 1989 et 1990. Sur la même période, si la part des firmes ayant une variation positive de l'emploi s'accroît jusqu'en 1989, ce n'est qu'à cette seule date qu'elle est plus importante que celle des sociétés en situation de réduction des effectifs. Les sociétés qui ont pu accroître la valeur ajoutée et les effectifs représentent moins d'un tiers de la population étudiée, sauf en 1989 et 1990 où elles atteignent environ 35 % du total de l'échantillon.
43

Taux de variation de Taux de variation de la valeur ajoutée la valeur ajoutée Tableau n° Ic inférieur ou égal au supérieur au taux de Classes de croissance taux de croissance du croissance du pm pm marchand en marchand en valeur 13 valeur Taux de variation des Classe I: "hausse de Classe 4: "baisse de la valeur ajoutée et des effectifs inférieur ou la valeur ajoutée égal à "0" effectifs" seule" Taux de variation des Classe 2: "hausse de Classe 3: "hausse des la valeur ajoutée et effectifs supérieur à effectifs seuls" des effectifs" "0"

Encart 2 : Limites de l'indicateur taux de variation de l'emploi Il s'agit d'une variation nette des effectifs. Ceci pose un problème qui, en l'état de l'information disponible à la Centrale de bilans, n'a pas de solutions. En effet, une hausse nette de l'emploi va réunir des entreprises qui peuvent avoir des comportements différents: la première, par exemple, embauche sans réduction d'effectif (entrée> 0 et sortie = 0), alors qu'une autre embauche et licencie (entrée> sortie> 0), ce qui renvoie à des situations différentes. En outre, cet indicateur occulte les évolutions qualitatives; ainsi, une baisse nette de l'emploi peut occulter une diminution des effectifs "non qualifiés" supérieure à l'embauche de personnels plus qualifiés, ce qui, là encore, correspond à des arbitrages spécifiques non appréhensibles sur données comptables.

Évolution annuelle du PIB marchand en valeur (source: Rapport sur les comptes de la Nation 1991) : 1985 : 8,1 %, 1986 : 8,2 %, 1987 : 5,7 %, 1988 : 8,0 %, 1989 : 7,7 %, 1990 : 5,4 %, 1991 : 3,9 %. Pour mémoire, en volume, le taux de croissance du PIB marchand a été de : 1985 : 1,8 %, 1986 : 2,6 %, 1987 : 2,4 %, 1988 : 4,6 %, 1989 : 4,4 %, 1990 : 2,3 %, 1991 : 0,7 %. 44

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La situation des entreprises varie selon leur taille: -les petites PME (moins de 100 salariés) se retrouvent en tout premier lieu mais non exclusivement dans "hausse de la valeur ajoutée seule" et "baisse de la valeur ajoutée et des effectifs" (classes 1 et 4), autrement dit, elles sont peu créatrices d'emplois, même quand le taux de croissance de la valeur ajoutée est supérieur à celui du PIB ; -les grandes PME (100 à 500 salariés) et, dans une moindre mesure, les grandes entreprises (500 à 1000 salariés) sont, au contraire, particulièrement présentes parmi "hausse de la valeur ajoutée et des effectifs" et "hausse des effectifs seuls" (classes 2 et 3): elles sont donc créatrices nettes d'emplois même quand la valeur ajoutée croît moins vite que le PIB ;
- les très grandes entreprises (plus de 1 000 salariés), en

revanche, sont peu créatrices d'emplois, sauf en 1990, y compris quand leur valeur ajoutée croît comme c'est le cas entre 1986 et 1988 et appartiennent surtout aux "baisse de la valeur ajoutée et des effectifs" et, plus faiblement, aux "hausse de la valeur ajoutée seule". 3.1.2 Emploi, taux d'intérêt, et efficacité du capital La possibilité de créer des emplois paraît être moins contrainte par le taux d'intérêt que par une faible efficacité du capital et une insuffisance des débouchés solvables. Compte tenu de sa plus ou moins grande efficacité, la mise en oeuvre d'une combinaison productive économe en emploi, malgré une activité soutenue, correspond à la nécessité de restaurer les structures financières et les comptes de résultats. Cet arbitrage a permis aux "hausse de la valeur ajoutée seule" de fortement réduire leur contrainte de solvabilité entre 1985 et 45

1987 (de 51,4 % à 24,8 %). L'arbitrage inverse effectué par leurs concurrentes, "hausse des effectifs seuls", amène, au contraire, un renforcement de cette contrainte (de 38,8 % à 53,6 %). Une variation de la valeur ajoutée supérieure à celle du PIB marchand en valeur de 1985 à 1987, du fait d'une croissance moins rapide des rémunérations salariales, aboutit, y compris en cas de hausse des effectifs, à un partage des richesses produites qui reste par la suite, plus favorable à la rémunération des capitaux. Toutefois, il est intéressant de relever que le coût de la main d'œuvre, mais aussi sa productivité apparente, sont supérieurs dans les entreprises où l'on observe une hausse de la valeur ajoutée et des effectifs à ce qu'ils sont dans les entreprises de la classe où se manifestent les tendances opposées. Le recul de l'efficacité (évaluée par le rapport de la valeur ajoutée au capital productif), malgré des différences selon le comportement des firmes, correspond à des écarts sur l'effort de renouvellement du potentiel productif dont les délais de retour sur investissements sont plus ou moins maîtrisés. Toutefois la contrainte de réalisation qu'exercent les débouchés renforce la contrainte de valorisation du capital ce qui conduit à adapter les capacités de production à la demande solvable. Ainsi le taux de vieillissement du capital productif s'accroît sur la période, quel que soit le comportement d'origine, mais les entreprises où la valeur ajoutée et des effectifs augmentent ont continûment l'équipement le plus jeune, alors qu'il est le plus vieux dans les entreprises où diminuent la valeur ajoutée et les effectifs. Ces écarts trouvent leur origine essentiellement dans les différences d'intensité de renouvellement du potentiel productif.

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Mieux que le taux d'investissement, ou même le taux d'accumulation, l'un des traits dominants de la période étudiée,

le taux de déclassement 14, permet de préciser l'appréciation des
politiques d'investissement. Jusqu'en 1988, les entreprises "hausse de la valeur ajoutée et des effectifs" ont plutôt favorisé les investissements de capacité, alors que leurs concurrentes ont privilégié la rationalisation (investissements de productivité quand ils avaient lieu) et/ou la réduction des capacités de production pour alléger la contrainte de rentabilité. À partir de l'exercice 1989, on assiste à une hausse du taux de déclassement des entreprises de la classe 2 coïncidant avec le ralentissement conj oncturel. Toutes les entreprises sont insérées dans les échanges internationaux à des degrés divers mais l'intensité de cette insertion peut être pénalisante pour l'emploi et les performances, puisqu'il s'agit d'activités et de firmes particulièrement soumises à la concurrence internationale et engagées dans des stratégies de délocalisation. Ainsi, les entreprises caractérisées par la baisse de la valeur ajoutée et des effectifs qui sont plutôt de taille importante et relèvent principalement des industries des biens de consommation courante, ont un taux d'exportation plus fort que la moyenne. Les entreprises, où la hausse de la valeur ajoutée et des effectifs est sensible de 1985 à 1987, bénéficient d'une rentabilité économique supérieure à celle de leurs concurrentes localisées sur d'autres trajectoires. Une fois pris en compte l'effort de renouvellement du potentiel productif, la position des trajectoires les unes par rapport aux autres n'est pas modifiée. La rentabilité financière nette recule à partir de 1989 quelle que soit la trajectoire, mouvement engagé dès 1988 pour les

14

Différence entre le taux d'accumulation et le taux de croissance du capital. 47

entreprises ayant connu de 1985 à 1987 une hausse de la valeur ajoutée, avec ou sans emplois. Cet indicateur reste cependant supérieur pour ces firmes à celui des autres trajectoires alors même qu'il se redresse pour ces dernières de 1987 à 1989 avant de se replier. Au total, quatre constats sont à faire: 1) La croissance de l'emploi va de pair avec une très forte progression de la valeur ajoutée ce qui souligne la difficulté de résorber le chômage en l'absence de perspectives du taux de croissance en tant que également celle de la modification compte tenu des coûts générés en concentration des activités et la productivité du travail; tel qui est posée, mais du mode de croissance termes d'emplois par la recherche de gains de

de croissance 15. Toutefois il s'agit non seulement de la question

2) Les entreprises créent d'autant plus d'emplois que leur contrainte de solvabilité est faible. Cependant, les taux d'intérêt n'ont pas à eux seuls d'influence significative. De ce fait, l'évolution du poids des prélèvements financiers dépend en tout premier lieu de la demande adressée aux firmes, et donc des caractéristiques de leurs marchés. En outre, ils sont déterminés par les modes de financement de l'économie (relations avec les banques, accès aux marchés financiers...) et des relations interentreprises, c'est -à-dire les éventuels transferts de charges entre clients et fournisseurs selon la position occupée sur le marché (grandes surfaces, monopole en approvisionnement, donneur d'ordre, sous-traitant...).

Voir La Tribune du 30.9.93, l'article sur le chômage dans lequel G. Comilleau de l'OFCE évalue à 6 % l'an le taux de croissance pour réduire le taux de chômage. 48

15

3) Les entreprises créant des emplois s'opposent à leurs concurrentes sur le degré de renouvellement et l'efficacité du potentiel productif. Leur taux de déclassement est plus faible, voire négatif, leur taux de marge, leur efficacité du capital et leur rentabilité tant économique que financière sont supérieurs, sans que pour autant le sens de la causalité soit évident, particulièrement celui de la dépendance de l'emploi par rapport au profit ou aux perspectives de profits ("théorème" de Schmidt) ; 4) Les combinaisons productives entre trajectoires tendent à devenir plus homogènes, alors qu'il apparaît une différenciation durable des performances économiques et financières entre, d'une part les "hausse de la valeur ajoutée seule" et les "hausse de la valeur ajoutée et des effectifs" et, d'autre part, les "hausse des effectifs seuls" et les "baisse de la valeur ajoutée et des effectifs". Ceci indique peut être une péréquation des taux de profit, non pas par déplacement du capital financier, comme tendrait à le penser une pensée trop "macro-économiste", mais par adaptation des structures de production aux exigences de rentabilité de celui-ci. Dans tous les cas, l'efficacité du capital engagé a été globalement insuffisante pour dégager les ressources nécessaires à la rémunération de la main-d'oeuvre, tout en permettant d'assumer le coût de la charge de la dette et accroître significativement le potentiel productif. Certaines entreprises ont alors choisi de privilégier le désendettement pour reconstituer leur situation financière oulet les investissements de rationalisation afin de bénéficier des effets de la substitution capital/travail sur la répartition de la valeur ajoutée. Enfin, il ressort une absence de relation positive entre importance des fonds propres et accroissement des effectifs. Dès lors, l'appréciation de l'autonomie financière des firmes doit
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