L'essentiel des relations internationales - 7e édition

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Ce livre présente en 11 chapitres l’ensemble des connaissances nécessaires à la compréhension de tous les rapports et flux transfrontaliers, matériels ou immatériels, qui peuvent s’établir entre deux ou plusieurs individus, groupes ou collectivités. L’ensemble constitue un maillage d’une extraordinaire complexité qui bouge tous les jours et qui évolue entre « le chacun pour soi » et le « tous pour un ».

Au total, une présentation synthétique, rigoureuse et pratique des principes qui régissent les relations internationales.


- Étudiants en licence de droit, de sciences économiques et d’AES

- Étudiants des instituts d’études politiques

- Candidats aux concours des grandes écoles de commerce et de gestion

- Candidats aux concours de la fonction publique


Antoine Gazano est maître de conférences à l’université de Nice Sophia-Antipolis.

Publié le : lundi 1 juillet 2013
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782297036184
Nombre de pages : 144
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Les relations internationales : une réalité complexe La définition des relations internationales est relative et contingente ; elle varie selon les approches doctrinales développées, quelles soient conflictuelles ou soli daristes. Si, par une commodité de langage, lexpression communauté internatio nale est souvent employée, elle ne postule ni quil y ait une solidarité étroite entre ses entités constitutives, ni quil existe un gouvernement mondial.
CHAPITRE 1
Les relations internationales sont «dune telle complexité quon peut les appréhender de multiples manières et que les diverses tentatives effectuées pour réduire cette complexité à des termes simples et univoques débouchent sur autant de définitions controversées». Ces propos de Marcel Merle en 1988 restent toujours dactualité.
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La relativité dune définition
Les spécialistes des relations internationales ont quelques difficultés à définir lobjet de leur disci pline. Ainsi les définitions varient dun auteur à lautre tant au sujet du champ dinvestigation, de la désignation des acteurs, que de lidentification des facteurs. Lobjet ainsi segmenté rend périlleuse toute théorisation générale. Pourtant, dans un souci de clarté pour le lecteur, nous entendrons par relations internationales, dans le cadre limité de cet « Essentiel »,tous les rapports et flux transfrontaliers, matériels ou immatériels, qui peuvent sétablir entre deux ou plusieurs individus, groupes ou collectivités. Deux erreurs ne doivent pas être commises, dune part chercher une vérité aux relations interna tionales, dautre part penser quelles sont soumises à une forme de déterminisme. Si la spécificité des relations internationales comme discipline sappuie toujours sur la distinction externe/interne, des interactions entre les deux sphères se développent et oscillent entre coopération (ou
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interdépendance) et conflictualité. Linterdépendance favorise les dimensions transnationales avec lémergence de nouveaux acteurs et menace la toutepuissante souveraineté étatique, érodée par le jeu de la mondialisation. Se pose alors la question du bienfondé du cadre territorial fragilisé par les effets économiques, culturels, financiers, sécuritaires ou environnementaux de cette « globalisation ». Toutefois, la coopération quelle engendre peut aussi être source de conflits. Ainsi partagée entre harmonie et conflit, équilibre et changement, interdépendance et dépendance, la sphère des rela tions internationales ne peut se comprendre quau travers dun pluralisme théorique, seule réponse à des réalités multiples.
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Les approches doctrinales
Il nest pas exagéré daffirmer quil existe autant de théories des relations internationales que de chercheurs. Pour reprendre la classification de J.J. Roche, deux grandes écoles, ellesmêmes subdi visées en chapelles, coexistent et se complètent. Les réalistes, de toutes obédiences, saccordent sur quatre données, à savoir : la prédominance du politique dans un environnement caractérisé par laffrontement entre les relations interétatiques et la profusion des flux transnationaux ; lanarchie originaire du milieu international quil est toutefois possible de réguler ; la présence dune structure conditionnant la liberté daction des entités composant le système international ; la faveur exprimée pour une théorie générale des relations internationales. Les transnationalistes:se rejoignent sur quatre données laffrontement permanent et non achevé entre un ordre étatique qui subsiste et des flux trans nationaux non contrôlés par les États ; ;une tendance à la globalisation induisant des réactions de localisation la constitution de réseaux, spécifiques du développement mondial des activités, sorganisant en dehors de la logique territoriale ; le choix opéré en faveur dune sociologie des relations internationales. Les approches réalistes (ou conflictuelles) Ces approches ont longtemps dominé la discipline des relations internationales. Elles étudient les conflits ; les analyses développées se fondent sur la puissance de lÉtat et tendent à montrer que la société internationale nest stable quen présence dun système de forces qui séquilibre.
CHAPITRE1: une réalité complexeLes relations internationales
a) Létude des conflits Elle s:effectue selon plusieurs approches parmi lesquelles nous pouvons citer les approches marxistesqui mettent laccent sur les facteurs économiques dans lorganisation des rapports internationaux et expliquent les conflits par des phénomènes de domination et dexploitation. Pour Lénine, la concurrence entre États capitalistes conduit inévitablement à la guerre (exemple du premier conflit mondial en 1914) et la pression, exercée par lexploitation des richesses mondiales, débouche sur la résistance des peuples opprimés. Le thème de la lutte des classes est ainsi transposé au plan international. Lapproche marxiste et néomarxiste a déve loppé le concept dhégémonie. Antonio Gramsci a démontré, quau sein dun État, une classe peut imposer sa domination idéologique avec le consentement des autres composantes de la société et pérenniser ainsi son pouvoir. Transposé aux relations internationales, le concept dhégémonie décrit les mécanismes employés par une puissance dominante pour convaincre la société que lordre, quelle établit, profite à tous ses membres. Dès les années 1970, le Canadien Robert Cox, inspiré de lœuvre dAntonio Gramsci (doù le nom de néogramsciens), défendait une nouvelle vision de lordre mondial. Il défend lidée que la théorie néoréaliste soutient ceux qui détiennent le pouvoir dans le capitalisme mondialisé. À la différence des néoréalistes, léconomie et la politique mondiales ne peuvent être comprises quen les resituant dans une perspective historique qui détermine les conditions de la stabilité de lordre mondial. Le pouvoir hégémonique nest plus défini exclusivement à partir des ressources matérielles (économiques et militaires) de lÉtat dominant mais résulte de la conjonction de trois éléments : le pouvoir, les idées et les institutions. Ainsi une véritable hégémonie, seule à même dassurer la stabilité, requiert le consentement de ceux qui la subissent. Ce consentement naît dans et par la société civile et, au niveau mondial, par la société civile internationale, facteur de mutation important. Lhumanisation de la mondialisation ne peut provenir que dune mobilisation cons tante de cette société civile internationale, contrepoids indispensable à la domination de la classe descapitalistes transnationaux. La finance, la production et le commerce sont en effet e les trois conditions dhégémonie, identifiées par Immanuel Wallerstein. Au milieu duXXsiècle, e les trois conditions sont réunies au profit des ÉtatsUnis, comme elles lavaient été auXVIIsiècle e pour les ProvincesUnies et auXIX;siècle pour le RoyaumeUni les approches géopolitiquessaccordent à étudier les conflits à partir de la géographie tant physique, économique quhumaine. Elles prennent en compte les contraintes qui pèsent sur la définition des stratégies politicomilitaires élaborées par les États. Selon les auteurs, la puissance vient de la maîtrise soit des terres, soit des mers. Lespace territorial dun État est un élément primordial de sa puissance. Il faut néanmoins souligner quen raison des progrès de la
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technologie militaire, le territoire nest plus obligatoirement une garantie certaine quant à la puissance d;un État les approches géoéconomiquesqui affirment que la politique étrangère nest plus unique ment la défense dintérêts politiques mais aussi dintérêts économiques qui soustendent les nouvelles logiques daffrontement. Cette thèse, défendue au début des années 1990 par Edward Luttwak, privilégie larme écono mique comme instrument de puissance et daffirmation sur la scène internationale. À la géopoli tique traditionnelle pour laquelle les rivalités sont essentiellement territoriales, se substituerait une géoéconomie qui aurait pour but deconquérir ou de préserver une position enviée au sein de léconomie mondiale. Lintervention directe ou indirecte de lÉtat dans les diverses activités dinvestissement, de recherche et de développement, à la différence des motivations commerciales des entreprises privées, relève de la géoéconomie. Le concept défini par E. Luttwak est intéressant car il intègre une dimension économique longtemps sousestimée par les théoriciens des relations internationales. Toutefois il nest pas exempt dimprécisions, voire de critiques car son concepteur en limite le champ aux seules nations industrialisées occidentales alors quil apparaît aujourdhui posséder une dimension plus globale. À la différence de la géopolitiqueœuvrant dans un cadre territorial fixe et délimité, la géoéconomie se meut dans un espace en perpétuel mouvement saffranchissant des frontières territoriales. Cependant les deux concepts ne sont pas antinomiques mais complémentaires. En aucun cas, la géoéconomie ne signifie la fin des conflits et des revendications territoriales.Si elle permet davoir, au sein des pays industrialisés, une grille danalyse plus fine des relations entre lÉtat et ses partenaires industriels nationaux, elle est utilement complétée par une approche géopolitique dans la compréhension des conflits et rivalités de pouvoirs en Asie, en Afrique centrale ou au ProcheOrient.
b) Les relations de puissance La puissance est une notion complexe et contingente qui se distingue de celle de force. Si la force est une notion statique et se définit par lensemble des moyens dont dispose un État, lapuissance est au contraire unenotion dynamique mais relativepuisquelle varie en fonction des acteurs dune relation internationale. Si la France est, dans ses relations avec les ÉtatsUnis dAmérique, une petite puissance, elle est une grande puissance dans ses rapports avec les États dAfrique noire. De même, le Japon, dans le concert des grandes puissances, est un intervenant économique de premier plan mais demeure encore en retrait sur le plan militaire. La puissance dépend du contexte international, paix ou guerre, ainsi que du caractère bilatéral ou multilatéral des relations internationales dun acteur donné.
CHAPITRE1Les relations internationales : une réalité complexe
Plusieurs auteurs, de Hobbes à Machiavel, de Morgenthau à Aron, ont défendu cette approche réaliste des relations internationales fondée sur trois éléments principaux : les relations internationales sont régies par les rapports interétatiques, limités à un nombre faible dacteurs. La théorie réaliste ne nie pas lexistence de relations transnationales mais elle les juge secondaires dans la compréhension de lordre international. Elle prône la dissociation absolue entre lexterne et linterne ; les rapports entre États sont conditionnés par la recherche de lintérêt national (doù le qualifi catif réaliste). Il faut assurer la puissance de lÉtat ; les relations internationales sont essentiellement conflictuelles, linstrument principal étant le recours à la force. La hiérarchie entre États se fonde principalement sur le facteur militaire, même si dautres facteurs économiques ou culturels peuvent exister. Cette théorie postule donc que les Étatsnations sont les acteurs presque exclusifs du système international et quils ne sont motivés que par leur intérêt propre. Il en résulte des relations inte rétatiques conflictuelles par nature qui donnent la priorité à la force sur léconomie. Sous linfluence de divers facteurs, lécole réaliste va se transformer en néoréalisme. Si les interdé pendances économiques et technologiques sont davantage prises en compte, les États conservent le pouvoir effectif de détermination rationnelle de la politique internationale, au nom dune légiti mité issue de la volonté de leurs concitoyens. Autrement dit, pour les néoréalistes (Robert Gilpin, Stephen Krasner), la gouvernance mondiale ne peut être que le fait des États, que le politique dominant léconomique. Les courants néoréalistes considèrent que la fin de la guerre froide signifie le retour aux affronte ments de puissance mais cette fois à léchelle planétaire. Le clivage Est/Ouest, fortement battu en brèche, laisserait la place aux seuls intérêts nationaux. Ces courants, à la différence de lanalyse réaliste classique, mettent aussi laccent sur la composante économique (guerre économique) ou culturelle (choc des civilisations) des intérêts de puissance et leur possible mutation en conflit militaire. En 1993, un professeur américain, Samuel Huntington, renouvela le genre en estimant que les conflits à venir seraient caractérisés par des affrontements culturels qui opposeraient, non les Étatsnations, mais les principales civilisations mondiales. «Le choc des civilisations dominera la politique mondiale. Les lignes de fracture entre civilisations seront les lignes de front». Il distinguehuit civilisations: occidentale, slaveorthodoxe, islamique, hindoue, confucéenne, japonaise, latinoaméricaine et africaine.
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S. Huntington se fonde sur six éléments pour justifier sa thèse : les différences entre civilisations, fruit dun processus séculaire, sont essentielles ; les interactions entre peuples issus de civilisations différentes se multiplient et accentuent, para doxalement, le sentiment de différence ; la modernisation économique et lévolution des sociétés éloignent les hommes des anciennes identités locales. Il en résulte que l;Étatnation est affaibli dans son rôle identitaire lOccident est à la fois perçu comme un facteur dattraction ou de rejet. Unedésoccidentalisa tiondes élites dans le reste du monde sensuit et rompt les liens idéologiques ; lappartenance à une civilisation est difficilement modifiable ; la régionalisation progressive de léconomie mondiale renforce le sentiment dappartenance car le processus dintégration régionale postule inévitablement un enracinement dans une civilisa tion commune. Une fois établie la place fondamentale du concept de civilisation, Huntington identifie les lignes de fracture, sources de crises et de conflits, principalement la frontière de la civilisation islamique. Sa conclusion est simple : lOccident est menacé, notamment par un axe antioccidental islamoconfucéen. Même sil appelle à une meilleure compréhension par les Occidentaux des convictions de ses adversaires, il les appelle à conserver la puissance économique et militaire indis pensable à la protection de leurs intérêts. Deux critiques majeures ont été faites de la thèse de S. Huntington. Le premier reproche encouru est davoir sousestimé le rôle, encore éminent, joué par les Étatsnations dans les relations inter nationales. Les civilisations, aux contours souvent flous, ne peuvent être assimilées à des acteurs autonomes des États. Le deuxième reproche résulte de limportance accordée à lintégrisme isla mique. Luniversitaire américain semble ignorer que les clivages les plus nets se situent entre les musulmans euxmêmes. Il développe donc une vision statique et homogène des civilisations qui ne correspond pas à la réalité. Le bienfondé dun axe islamoconfucéen est bien difficile à démontrer ! Les approches transnationales (ou solidaristes) Selon les promoteurs des thèses transnationales, le développement des relations internationales contemporaines est marqué par les phénomènesdinterdépendanceetdinstitutionnalisation de la vie internationale.
CHAPITRE1Les relations internationales : une réalité complexe
a) Linterdépendance de la vie internationale Le premier phénomène met en lumière lexpansion du fait démocratique et des relations commer ciales, génératrice de paix. Deux écoles se rattachent à cette tendance, lesfédéralisteset les fonctionnalistes. Elles prônent le dépassement de la souveraineté étatique par la multiplication des solidarités économiques et techniques entre États au sein dorganisations internationales qui se transforment progressivement en solidarités politiques, suite aux transferts de compétence opérés nécessairement par les États membres. De G. Scelle à Jean Monnet, le courant fédéraliste a développé une conception du fédéralisme qui considère que le droit international exprime la solidarité entre les individus. Il ignore les fictions juridiques comme la souveraineté de lÉtat qui ne représente quune illusion. La société internationale est avant tout constituée dindividus ; les rapports interpersonnels priment les rapports interétatiques. Cette solidarité produit des règles objectives communes puis des institutions communes. Cette vision rejoint les préoccupations des fonctionnalistes (D. Mitrany et M. Virally). Ils utilisent la notion de fonction et estiment que la création dorganisations internationales à caractère tech nique a pour fonction de convertir les intérêts des États membres en les formulant et en les agré geant. Cette conversion, opérée au détriment des politiques nationales, produira des règles que lorganisation devra élaborer, appliquer et faire respecter. En dautres termes, lorganisation exer cera une fonction de socialisation ; les limitations de souveraineté opérées par les États vont progressivement aboutir à un passage de solidarités économiques à des solidarités politiques et lhumanité prendra peu à peu conscience de son unité. Autre analyse fondée sur linterdépendance, le courant systémique est essentiellement lœuvre de théoriciens américains au milieu des années 1960, principalement David Easton et Karl Deutsch. Un système est une approche globale qui englobe tous les éléments et tous les protagonistes intervenant en son sein. Lorsquun élément se modifie, cette mutation provoque une réaction sur les autres éléments constitutifs. De lenvironnement culturel, économique, religieux, etc., le système reçoit des exigences ou des soutiens. Il les régule, les transforme et produit des réponses aux interrogations et aux demandes qui ont été formulées. Ces réponses (décisions ou actions) réagissent sur lenvironnement et engendrent de nouvelles exigences. Cette théorie systémique emprunte largement à la biologie et à la cybernétique. Elle se place à un niveau de généralité qui lui permet dappréhender des réalités très différentes, mais risque aussi de ne pas permettre de voir des cadres plus limités. Elle ne dit rien sur ce qui se passe à lintérieur du système, censé pouvoir sadapter à toutes les situations. Appliquée aux relations internationales, cette analyse intègre différents paramètres : dune part le nombre des acteurs publics ou privés, parties prenantes du système global et/ou de systèmes régionaux, dautre part la nature du système, homogène (les États appartiennent au même
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archétype et partagent la même conception des relations internationales) ou hétérogène (les États se réclament de valeurs contradictoires). Le système se réfère à divers modèles unipolaire, bipolaire ou multipolaire, rigide ou souple, repré sentatifs des rapports de force. Unsystème unipolaire(homogène) ne connaît quun seul pôle de décision, à une époque récente pour certains auteurs et gouvernants,lhyperpuissance américaine. Unsystème bipolairepeut être homogène quand deux pôles de puissance, de force identique et partageant les mêmes valeurs, dominent les relations internationales. Il est hété rogène lorsque les deux pôles défendent des conceptions opposées de la société. Ce système bipolaire est dit rigide (conflit EstOuest de 1947 à 1962) ou souple (naissance du mouvement des nonalignés). Dans le cadre dunsystème multipolaire, plusieurs entités politiques, de taille comparable et de force militaire équivalente, coexistent et se concurrencent mutuellement. Il sagit dun système déquilibre, censé éviter la domination dune entité sur les autres. En France, Marcel Merle sest attaché à présenter une explication globale des relations internatio nales à partir dune analyse systémique plus élaborée. Il relève que la formation dun système global, soumis à des influences continues de la part de son environnement, engendre deux effets contradictoires : une interdépendance accrue et une accumulation de contradictions au sein du système. Une autre théorie, la gouvernance globale, a été développée, durant les années 1990, par James Rosenau et met laccent sur la notion dautorité, mais définie de manière spécifique au marché ou au secteur concerné. Elle n; elle sest pas prédéfinie et ne présuppose pas une hiérarchie spécifique du pouvoir exprime dans la relation entre les divers acteurs concernés. La combinaison de la mondialisation et du niveau local favorise lémergence de nouvelles forces au sein des sociétés, qui provoquent un double processus dintégration et de fragmentation et contri buent à la dilution de lautorité entre les niveaux mondial, national et infranational. Lapproche de Rosenau met en lumière une gouvernance globale particulièrement complexe où interagissent une multiplicité dacteurs dans un espace en perpétuelle évolution. Les acteurs de base de la gouvernance sontles sphères dautoritéplutôt que les États, les structures historiques ou les compromis politiques qui caractérisent les précédentes théories. Chaque sphère exerce son autorité selon des modalités qui lui sont propres et les relations intersphériques ne sont pas néces sairement hiérarchiques. Au sein de chaque sphère, les acteurs les plus puissants font respecter leur autorité. Ainsi, selon Rosenau, cest «une convergence entre les besoins des différents acteurs qui permet à lun dentre eux dobtenir lapprobation des autres et non une contrainte de type constitutionnel qui attribuerait la plus haute autorité exclusivement aux États et
CHAPITRE1Les relations internationales : une réalité complexe
gouvernements nationaux».Sa conception de la gouvernance réside dans un ensemble dinter actions changeantes et complexes, à lintérieur et entre les sphères dautorité. Pour clore cette présentation synthétique des approches transnationales, il faut citer la vision harmoniste atypique de lAméricain Francis Fukuyama. Dans son article sur la fin de lHistoire (au sens hégélien), publié au début de lannée 1989 et contrairement à une idée reçue, il naffirmait pas quil ny aurait plus de crises, de conflits ou de guerre mais il considérait que la démocratie constituaitle point final de lévolution idéologique de lhumanité,autrement dit le stade ultime de lévolution des régimes politiques. Il en tirait la conclusion du caractère inéluctable du renforcement delesprit du marché commun.La démocratie et son corollaire, léconomie de marché, sont les seules solutions viables pour les sociétés modernes. Selon Fukuyama, les relations internationales sont en train de sorganiser sur ce modèle et les révolutions qui ont secoué le monde arabomusulman depuis 2010 ont confirmé le bienfondé de son analyse sur deux points : dune part le fondamentalisme, à la différence du communisme, ne représente pas une alternative à la démocratie puisquil ne prétend pas à luniversalité, dautre part ces révolutions se produisent sur des valeurs pluralistes universelles de démocratie et de liberté. Il récidive en 1999 et évoque pour demain, dans son ouvrage «Le dernier homme», lavènement de la posthumanité, cestàdire un changement de la nature humaine, engendré par les biotech nologies. Les possibilités infinies des sciences permettent de changer la nature humaine. Lêtre humain, en tant que tel étant aboli, une nouvelle histoire posthumaine peut commencer. Lécole déterministe, dont Francis Fukuyama est lun des tenants les plus éminents et les plus contestés, défend la thèse dune évolution humaine linéaire et prévisible. Cette thèse, comme la précédente, a suscité des réactions passionnées et contradictoires. Dans son livreState building, il réaffirme sa croyance en luniversalité des valeurs démocratiques mais dénonce loption américaine de recours prioritaire à linstrument militaire pour faire du State building. Il réaffirme le besoin dinstitutions multilatérales et prend pour exemple laction de lOTAN au Kosovo.
b) Linstitutionnalisation de la vie internationale Le second phénomène conduit à une institutionnalisation de plus en plus poussée dès 1919 avec la création de la Société des Nations (SDN). Depuis 1945, elle sopère dans le cadre de lOrganisa tion des Nations unies (ONU) dont la Charte fixe les principaux objectifs : le maintien de la paix et de la sécurité internationale assurée par les grandes puissances, non seulement par une coopéra tion et une solidarité contre lagresseur mais aussi contre la pauvreté et le sousdéveloppement. Lampleur de la tâche conduit à la création dinstitutions spécialisées, organisations autonomes liées à lONU par des conventions approuvées par lAssemblée générale de lOrganisation.
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Ce système des Nations unies est régi selon des principes tels que ceux de hiérarchie, de coordina tion et de complémentarité. Lessor continu de linstitutionnalisation aboutit à une extrême diversité dorganisations internatio nales en dehors même du système onusien. On en dénombre près de 400 dans tous les conti nents, à titre dexemples lOrganisation du Traité de lAtlantique Nord (OTAN), le Conseil de lEurope, lOrganisation de coopération et de développement économique (OCDE), lUnion afri caine, lOrganisation des États américains (OEA), lAssociation des Nations de lAsie du SudEst (ASEAN) et la Ligue des États arabes. Toutes ces organisations interétatiques ont, par la volonté des États, développé un droit des relations internationales. Lapparition de plusieurs facteurs tels que linternationalisation des activités criminelles atténue la distinction interne/externe, précédemment évoquée. Elle rend compatible les deux approches traditionnelles des relations internationales.
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Société ou communauté internationale ?
Dans le langage courant, les expressions communauté, société ou système international sont employées indifféremment. Peuton parler de communauté ou doiton lui préférer lexpression de société internationale? e La distinction a été introduite, à la fin du XIX siècle, par un sociologue allemand, Ferdinand Tönnies et reprise par Max Weber. Les deux termes se différencient principalement par des liens dintérêt, parfois discordants, entre ses membres (société) ou par des liens affectifs et harmonieux (communauté). La réalité du monde actuel est ambivalente ; il est partagé entre harmonie et riva lité, entre anarchie et communauté. Ainsi évoquer une société internationale, encore dominée par les rapports interétatiques, semble plus approprié car le concept de village mondial, cher à Marshall Mac Luhan, paraît excessif. Elle ne dispose pas encore du tissu institutionnel, un gouvernement mondial démocratique, capable dimposer la paix par la force du droit. Cela savère impossible tant que lensemble de la popula tion de la Terre ne reconnaîtra pas la nécessité et la légitimité dun tel gouvernement. La société internationale forme donc une sorte détat intermédiaire entrele chacun pour soi(état de nature)etle tous pour un(état de communauté).
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