La prison, du temps passé au temps dépassé

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Les auteurs se penchent ici sur le temps historique de la prison et le temps de la peine, et cherchent à savoir s'il existe un juste temps de la peine. Le nombre de détenus ne cessant d'augmenter, des questions générales sur la politique pénitentiaire et le sens de la peine se posent : comment supporter les journées d'incarcération ? Quel quotidien pour les mères incarcérées, les surveillants de prison ? Le temps peut-il venir à bout de l'insécurité, la récidive et la criminalité ?
Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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EAN13 : 9782296480223
Nombre de pages : 232
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La prison, du temps passé au temps dépassé
Collection «Droit, Société et Risque» Sous la direction scientifique du Centre de Recherche sur les Relations entre le Risque et le Droit ( C3RD), Faculté Libre de Droit, Université Catholique de Lille. Ont vocation à être publiés dans cette collection, des ouvrages essentiellement universitaires, traitant des réactions de la société contemporaine face aux diverses sortes de risques. Ils peuvent appartenir aux disciplines juridiques, mais aussi économiques, de science politique, voire psychologiques. Les risques envisagés peuvent être naturels ou technologiques, mais aussi sociaux, économiques, juridiques, politiques ou autres. Ils entraînent, selon leur nature, des réactions juridiques et sociales diverses allant du principe de précaution à la répression pénale, des mécanismes de stabilisation des marchés boursiers aux validations législatives, pour ne prendre que quelques exemples non exhaustifs. Les ouvrages sont sélectionnés en fonction de leur originalité, de leur qualité scientifique, et de leur contribution au débat d’idées sur la place et le traitement du risque dans la société contemporaine. Dans le cas des thèses de doctorat, il sera exigé que le jury en ait autorisé la publication. Les manuscrits seront adressés aux Professeurs Placide M. MABAKA et Françoise DEKEUWER-DEFOSSEZ, Laboratoire C3RD, Faculté libre de Droit, 60 Boulevard Vauban, B.P. 109- 59016 Lille Cedex.
Sous la direction de Sylvie Humbert, Nicolas Derasse et Jean-Pierre RoyerLa prison, du temps passé au temps dépassé
avec la participation de l’ENAP (École nationale d’administration pénitentiaire)
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55650-8 EAN : 9782296556508
Pour Françoise
Te voilà partie, déjà, toi sans qui notre trio ne sera plus désormais qu’un duo à qui il manquera désormais toujours une voix, la tienne, cette voix féminine indispensable pour nous, cette belle expression, ces termes choisis, ces rires qui cachaient un peu ta réserve. Ton humour, et l’indulgence que tu manifestais à l’égard de nos blagues que tu feignais habilement de trouver subtiles et jamais déplacées. Ta mélancolie, parfois, qui se voyait pour ceux qui, comme nous, te connaissaient bien. Tes convictions et ta franchise, qui faisaient de toi une femme engagée, et que tu n’hésitais jamais à exprimer avec force, à la Faculté ou ailleurs, avec un franc-parler assez rare dans nos milieux et qui pouvait te rendre redoutable aux yeux de certains. Ton individualisme, peut être un peu trop marqué qui t’aura sans doute empêché de te lancer dans des entreprises collectives, à l’exception de la nôtre, ce qui nous rend à la fois joyeux de ce que l’on a connu ensemble et triste de ton départ si précoce.
Le souvenir qui surpasse tous les autres et que tu liras là où tu es est resté bien sûr attaché aux belles années d’Ensisheim où, avec foi, nous allions tous les trois à la rencontre des reclus parmi les reclus, des condamnés à de très longues peines. Trois années durant, ces voyages furent pour toi une forme de thérapie au mal être et à la difficulté de vivre que l’on sentait au fond de tes yeux, quand tu te contrôlais moins et quand tes petites lunettes les cachaient difficilement. Tu avais ce don tout à fait personnel de mettre en confiance les détenus, surtout les condamnés à perpétuité, qui te le rendaient bien en t’appelant affectueusement, toi l’experte en droit pénal, « Madame Françoise », une expression qui faisait de toi notre aimable « tenancière » qui, après chacune de nos libérations, allait nous conduire aux libations dans les caves de Bergheim, et surtout chez l’inoubliable Madame Muller. Là, la démarche scientifique et militante s’estompait de plus en plus à la faveur des dégustations.
Si nos déplacements alsaciens restent au fond de notre cœur, ils ne doivent pas faire oublier les autres côtés de ta personnalité si riche. Ton intelligence, ta culture, tes connaissances juridiques et les relations que tu avais avec les étudiants qui t’adulaient et dont beaucoup considèrent aujourd’hui qu’ils ont « perdu leur mère ». Mais aussi une artiste, musicienne et mélomane, également cavalière émérite dans ton jardin secret de Vitz où ta personnalité avait séduit les électeurs qui te choisirent pour siéger au conseil municipal.
Notre « trio indissociable », comme le disait l’un des pensionnaires d’Ensisheim, que nous venons de faire revivre avec joie, n’écrira plus d’autre article…
Jean-Pierre Royer et Nicolas Derasse
Présentation générale
SOMMAIRE
La prison : « mise en durée » et épreuve du temps9 .............................................
ère 1 partie : La « mise en durée » sous l’Ancien Régime
La prison de « desconfort ». Remarques sur la prison et la peine à la fin du Moyen Age19 ....................................................................................................
A propos d’un document inédit sur l’histoire des prisons45 ..................
Le « cellulaire ». La cellule : origines et modèles, naissances, conception et réalisation85 .......................................................................................
Sous la cagoule dans les prisons cellulaires e de la III République (1871-1939)115 .................................................................................................
ème 2 partie : l’épreuve du temps
De l’inutile à l’inattendu : pour une écologie évangélique du temps131 ....................................................................................................................................................................................
Une prison à l’épreuve du temps. Temporalités carcérales d’hier et d’aujourd’hui143 ................................................
Le temps d’être mère. Rester mère malgré la détention155 ...................
Prisonniers politiques dans l’Italie fasciste : La condition pénitentiaire vue par les lettres écrites en prison par Antonio Gramsci183 .......................................................................................................
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SOMMAIRE
Les fonctionnaires pénitentiaires au rythme du temps : du temps imposé au temps maîtrisé193 ......................................................................................
Le temps de la réparation201 ..........................................................................................................................
Le temps carcéral en Europe et le respect de la dignité humaine209 .......................................................................................................................................
Postface
L’échappée el ble................................223 .......... ...............................................................................................................
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PRÉSENTATION GÉNÉRALE
La prison : « mise en durée » et épreuve du temps
Par Sylvie HUMBERT,Professeur des Universités catholiques et Nicolas DERASSE,Maître de conférences à l’Université de Lille 2
Depuis toujours, le temps carcéral est conçu comme un temps pénible. La prison est avant tout un lieu de souffrance, un lieu invivable soit en raison de l’état désastreux de certains de ceux-ci, soit parce que les conditions d’exécution de la sanction sont insupportables. Ces difficultés rejaillissent à travers toutes les périodes de l’Histoire. Dans l’Antiquité, ce système concerne essentiellement les condamnés en attente d’une exécution. L’enfermement se généralise ensuite et commence à répondre à des exigences sociales plus précises. Au Moyen Age, un usage répressif justifie pour la justice ecclésiastique un enfermement de longue durée : c’est le temps de l’oubli, de la solitude qui permet à la personne enfermée de montrer des marques de résipiscence alors que la justice laïque n’envisage que de courts séjours car l’enfermement est alors avant tout préventif. La prison, on n’en doute plus, existe depuis longtemps comme peine.
Le droit laïc, tout au long du Moyen Age et de l’époque Moderne recourt à l’emprisonnement pour en faire bientôt une peine ou une mesure de sûreté. Elle est d’abord un lieu de garde pour ceux en attente de jugement ou de châtiment mais aussi un lieu de contrainte pour le débiteur dans l’attente du paiement de sa créance. Comme la justice est reconnue comme une source de revenu pour le seigneur, l’emprisonnement pour peine trouve alors toute sa justification. On parle alors de la prison de « desconfort », synonyme d’abattement de celui qui est privé de liberté, abattement dû également à l’isolement social. Cette « mise en durée », expérience « pour être endurée », avec un temps de détention « facturé au prisonnier par le geôlier », entame l’individu corps et âme, dégage une sensation d’un amoindrissement de soi et porte atteinte à la santé physique en raison des conditions
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LA PRISON, DU TEMPS PASSÉ AU TEMPS DÉPASSÉ
d’existence décrites par les auteurs de l’époque, tel Mabillon, comme infernales : « un enfer sur terre ». (Julie Claustre).
Sous l’Ancien régime, en raison de l’augmentation de la misère, de la délinquance, des infractions contre les biens, du banditisme, du vagabondage… le système des peines évolue progressivement dans le sens d’un durcissement. Le roi organise des établissements répressifs destinés à résoudre les graves problèmes liés à l’insécurité grandissante dans le royaume. Il s’agit alors pour le gouvernement de gérer tout à la fois les problèmes liés à la pauvreté, au manque de travail et de favoriser la réinsertion des condamnés dans la société. Les hôpitaux généraux ouvrent alors leurs portes pour proposer assistance aux plus fragiles et corriger les récalcitrants par le travail, la discipline, et des règles de vie quasi monastique, en espérant pouvoir les ramener dans le droit chemin. e Ces établissements sont remplacés au XVIII siècle par les dépôts de mendicité, véritables ancêtres de la prison pénale en ce sens qu’ils institutionnalisent l’enfermement dans des structures prévues à cet effet. La prise en charge des marginaux ne connaît pas de répit, et conduit les dépôts de mendicité, celui de Lille en particulier, à résister au temps pour se maintenir sous le Consulat, puis l’Empire, dans des conditions de vétusté semblables à celles du siècle des Lumières. Pendant le même temps, les idées des Lumières mises en avant surtout par Beccaria valorisent la prison, l’enfermement comme une avancée répondant à des principes qui seront ensuite inscrits dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : l’égalité et l’humanité de la peine. Une nouvelle fonction est dès lors attribuée à cette peine qui d’expiatoire devient rédemptrice. Jusqu’à la Révolution, la durée de la détention était laissée à l’appréciation mais aussi à la prudence, le plus souvent, de l’intendant seul responsable des détenus qui entraient dans les dépôts de mendicité. Les dépenses de nourriture et d’entretien des « renfermés » inscrites sur les registres des dépôts de la ville de Lille permettent de savoir de façon assez précise combien de temps pouvait durer chaque séjour. La vocation sociale de ces lieux d’enfermement ne fait pas de doute : le travail obligatoire et les exercices religieux devaient venir à bout de l’oisiveté considérée par certains comme un danger pour la société.
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