La recherche en criminologie en République Démocratique du Congo

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Depuis une dizaine d'années, émerge une pratique ininterrompue de recherches criminologiques en Afrique centrale qui s'inscrit dans la tradition criminologique de la seconde moitié du XXe siècle. Les contributions rassemblées dans cet ouvrage présentent des orientations théoriques et empiriques, et constituent un jalon d'une criminologie africaine ou d'une "criminologie du Sud".
Publié le : dimanche 8 février 2015
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EAN13 : 9782806107299
Nombre de pages : 258
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1
Raoul Kienge-Kienge intudi (dir.) Raoul Kienge-Kienge intudi (dir.)
La recherche en criminologie
en République Démocratique du Congo
La recherche
Jalon d’une criminologie congolaise, africaine ou
plus simplement d’une « criminologie du Sud », cet en criminologie ouvrage rassemble des contributions présentant
des orientations théoriques puisant dans l’empirie.
Il comprend, d’une part, les communications pré- en République
sentées lors de la journée d’étude organisée par le
Centre de criminologie et de pathologie sociale de Démocratique l’Université de Kinshasa à l’occasion de la réouverture
du Centre après près de 40 ans d’ensommeillement,
1 1et, d’autre part, les travaux de recherche formant la du Congo
tradition criminologique au sein de ce centre, depuis
sa création en 1966 en République Démocratique du
Congo.
Juriste pénaliste et criminologue, Raoul Kienge-Kienge Intudi
est professeur au Département de droit pénal et de criminologie,
à la Faculté de droit de l’Université de Kinshasa et Directeur
du Centre de criminologie et de pathologie sociale, dont il a
relancé les activités en 2013. Il est professeur invité à l’École
de criminologie de l’Université de Lubumbashi ainsi qu’à la
Faculté de droit de l’Université Marien Ngouabi à Brazzaville en
République du Congo.
ISBN : 978-2-8061-0197-6 9 7 8 2 8 0 6 1 0 1 9 7 6
25,50 €
CRIMINO_PATHO_KIENGE_19_RECHERCHE-CRIMINO-RDC.indd 1 17/01/15 7:47:48
Publications du Centre de criminologie de l’Université de Kinshasa
Raoul Kienge-Kienge intudi (dir.)
La recherche en criminologie en République Démocratique du Congo
Publications du Centre de criminologie de l’Université de Kinshasa







La recherche en criminologie
en République Démocratique du Congo






COLLECTION
« Publications du Centre de criminologie
de l’Université de Kinshasa »


Collection dirigée par Raoul KIENGE-KIENGE INTUDI


La collection « Publications du Centre de criminologie de
l’Université de Kinshasa » est administrée au sein de ce centre.
Elle porte sur des études se rapportant au domaine des objets de
« la criminologie d'aujourd’hui » et à celui de la sociologie
pénale et de l’anthropologie du droit. Il s’agit des études qui
abordent des questions du rapport et de l’adéquation ou non
des normes juridiques et de la justice pénale étatique avec la
culture congolaise et africaine ou qui abordent plus
généralement des questions de régulation pénale et sociale
(fonctionnement de la justice pénale, de la police et de la prison, modes
extrajudiciaires et coutumiers de résolution des conflits
sociaux, etc.).







4 Raoul KIENGE-KIENGE INTUDI (dir.)




La recherche en criminologie
en République Démocratique du Congo


Publications du Centre de criminologie de l’Université de Kinshasa


















































D/2014/4910/57 ISBN 13 : 978-2-8061-0197-6

© Éditions Academia
Grand’Place, 29
B-1348 Louvain-la-Neuve

Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par
quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans
l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.

www.editions-academia.be

6 SOMMAIRE
AVANT-PROPOS ....................................................................................9

PREMIÈRE PARTIE
La pertinence de la recherche en criminologie
en contexte de la République Démocratique du Congo

Mot du Recteur de l’Université de Kinshasa,
Professeur Jean-Berchmans Labana Lasay’abar ................................. 13
Présentation du projet scientifique du Centre de criminologie
et de pathologie sociale ....................................................................... 17
L’apport de la criminologie dans la gestion des situations-problèmes
en République Démocratique du Congo............................................ 25
Justice traditionnelle restauratrice :
un lieu de catharsis des pathologies sociales refoulées ........................ 43
Les orientations et les innovations de la criminologie en République
Démocratique du Congo et en Afrique centrale au regard
de la « vieille » criminologie occidentale ............................................ 51
Faire d’un simple projet de recherche tout un projet de vie ............... 63
Pour une justice pénale étatique audacieuse : l'alliance des concepts
criminologiques et de la démarche d'anthropologie du droit ............. 79
Une femme, une mère et une criminologue éprise d’humanité
et de rigueur. Hommage d’un disciple................................................ 93
LA RECHERCHE EN CRIMINOLOGIE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
Allocution du Professeur Alphonse Kapumba Nkodi,
Secrétaire général académique de l’Université de Kikwit ..................... 101
Esquisse d’un portrait d’enseignante et chercheure en criminologie 103

DEUXIÈME PARTIE
La tradition de la recherche criminologique
au Centre de criminologie et de pathologie sociale

Vers une criminologie africaine ........................................................ 111
Sociogenèse et dynamique criminelle de la délinquance juvénile
à Kinshasa ........................................................................................ 133
Les mécanismes criminogènes dans une société urbaine africaine ... 159
L’analyse de système en sociologie juridique .................................... 205
Les problèmes posés par le fonctionnement des établissements
de garde et d’éducation de l’État (ÉGÉÉ) ......................................... 219
Essai d’analyse des changements intervenus à l’ÉGÉÉ
de Benseke-Futi en République Démocratique du Congo ............... 229

ANNEXES .......................................................................................... 239
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................ 249



8
AVANT-PROPOS
Le présent ouvrage présente, en deux parties, les orientations
théoriques et empiriques d’une criminologie congolaise, africaine
ou du Sud. La première rassemble les communications présentées
lors de la journée d’étude sur La pertinence de la recherche en
criminologie en contexte de la République Démocratique du Congo organisée à
l’Université de Kinshasa le 16 mai 2013 en hommage à Madame
Marie-Joséphine Idzumbuir Assop, professeure émérite à
l’Université de Kinshasa et à l’occasion de la réouverture du
Centre de criminologie et de pathologie sociale rattaché à la
Faculté de droit de l’Université de Kinshasa. La présentation du
projet scientifique du Centre de criminologie et de pathologie
sociale est suivie d’une leçon sur l’apport de la criminologie dans
la gestion des situations-problèmes en République Démocratique
du Congo ainsi que des réflexions qui commentent les recherches
criminologiques réalisées en contexte congolais : la justice
traditionnelle restauratrice, un lieu de catharsis des pathologies
sociales refoulées, les orientations et les innovations de la
criminologie en République Démocratique du Congo et en Afrique
centrale au regard de la « vieille » criminologie occidentale, faire
d’un simple projet de recherche tout un projet de vie, enfin une
invitation pour une justice pénale étatique audacieuse.
La seconde partie publie les rapports de recherches
disponibles, réalisées depuis la création du Centre de criminologie et
de pathologie sociale à l’Université Lovanium en 1966 sous la
direction du professeur Guy Houchon ainsi que les travaux, qui
constituent la tradition de la recherche criminologique en
République Démocratique du Congo.
LA RECHERCHE EN CRIMINOLOGIE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
Nous remercions l’Ambassade de la République française en
République Démocratique du Congo ainsi que la Délégation de
Wallonie Bruxelles pour l’appui apporté à l’organisation de
cette journée d’étude.
10
PREMIÈRE PARTIE

La pertinence de la recherche en criminologie
en contexte de la République Démocratique
du Congo

Mot du Recteur de l’Université de Kinshasa,
Professeur Jean-Berchmans Labana Lasay’abar
– Honorables Sénateurs et Députés,
– Excellences,
– Distingués invités en vos titres et qualités respectifs,
– Messieurs les membres du Comité de gestion de
l’Université de Kinshasa,
– Monsieur le Doyen de la Faculté de droit de l’Université
de Kinshasa,
– Messieurs les membres du Bureau facultaire,
– Chère madame la professeure Idzumbuir Assop,
– Mesdames et Messieurs les intervenants à cette journée
d’étude,
– Mesdames et Messieurs les professeurs et chers collègues,
– Mesdames et Messieurs les membres du Corps
scientifique,
– Mesdames et Messieurs les membres du Corps
administratif, technique et ouvrier de l’Université de Kinshasa,
– Camarades étudiantes et étudiants,

L’Université de Kinshasa est heureuse et honorée de
recevoir, en ce jour, la cérémonie solennelle qu’organise la Faculté
de droit pour célébrer un grand événement, marqué par un
double acte, à savoir l’éméritat de madame la professeure
Joséphine Idzumbuir Assop et la réouverture du Centre de
criminologie et de pathologie sociale.
À cette occasion, au nom de la communauté de l’Université
de Kinshasa, au nom du Comité de gestion et au mien propre,
LA RECHERCHE EN CRIMINOLOGIE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
j’ai le plaisir de vous souhaiter la bienvenue sur la Colline
inspirée, notre Alma mater.
Honorables, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Être enseignant ou enseignante invite non seulement à
transmettre le savoir, à initier au savoir-faire, mais aussi à
inculquer le savoir être. Cette dernière dimension, le savoir être,
exige de l’enseignant ou l’enseignante d’être un modèle pour ses
étudiants, devant ses collaborateurs et parmi ses pairs. C’est aux
personnes dotées d’un tel profil que l’université est et sera
toujours reconnaissante, car elles ont alors contribué à une
formation intégrale de la jeunesse congolaise.
La cérémonie de ce jour est une preuve on ne peut plus
éloquente attestant que Madame la professeure Idzumbuir Assop
est de cette catégorie d’enseignants auxquels nous devons
exprimer notre profonde gratitude.
En effet, Madame Idzumbuir est l’une des premières femmes
congolaises criminologue et Professeure d’universités. Son
activité professionnelle a principalement été axée sur la promotion
des droits de la femme, de la protection des droits de l’enfant et
des plus faibles.
La professeure Idzumbuir a formé plusieurs générations de
juristes et de criminologues. Un grand nombre d’entre eux est
rassemblé ici pour la célébrer.
Nous lui sommes donc redevables pour les valeurs qu’elle a
su défendre sans relâche dans notre université, dont la
compétence, le refus de la compromission et la rigueur scientifique à
tous égards. Toutes ces valeurs structurent parfaitement sa
personnalité. Et, c’est en ceci qu’elle constitue un modèle pour la
femme congolaise, du fait de sa contribution au développement
et à la consolidation de notre société.
Chère madame la Professeure,
Pour honorer votre grande et remarquable personnalité et
pour vous témoigner la reconnaissance de toute l’université et,
particulièrement de la Faculté de droit, certains de vos disciples
ont eu l’ingénieuse idée de relancer les activités du Centre de
criminologie et de pathologie sociale, créé en 1966, au sein de
l’Université Lovanium, malheureusement suspendues dans les
années soixante-dix. C’est le deuxième volet de cette cérémonie.
14 Mot du Recteur de l’Université de Kinshasa
L’une des missions de notre université est, en effet, de
donner des solutions adéquates aux problèmes que pose notre
société. L’université ne doit pas se situer en dehors de la cité,
mais dans la cité.
À ce titre, la réouverture du Centre de criminologie et de
pathologie sociale, dont l’un des objectifs est de servir d’interface
entre l’Université de Kinshasa et la société congolaise, est
salvatrice et arrive bien à propos. J’invite donc les responsables de ce
centre d’en pérenniser les activités.
Honorables, Excellences, Mesdames et Messieurs,
C’est sur ces mots que j’ai le plaisir de vous réitérer mes
souhaits de bienvenue. Ceci dit, je déclare ouverte la journée
d’étude en hommage à Madame Idzumbuir Assop Joséphine,
professeure émérite et à la réouverture du Centre de
criminologie et de pathologie sociale, sous le thème : « La pertinence de la
recherche en criminologie dans le contexte de la RDC ».
Ensemble, faisons de l’Université de Kinshasa le creuset de la
recherche pour le développement de notre pays.
Je vous remercie.

Fait à Kinshasa, le 16 mai 2013.
Le Recteur de l’Université de Kinshasa
Jean-Berchmans Labana Lasay’abar
Professeur ordinaire

15
Présentation du projet scientifique du Centre
de criminologie et de pathologie sociale
Raoul Kienge-Kienge Intudi

Professeur
Département de droit pénal et de criminologie
Directeur du Centre de criminologie et de pathologie sociale

La présentation du projet scientifique du Centre de
criminologie et de pathologie sociale sera axée sur quatre points, à
savoir un bref rappel historique sur la création de ce centre ; la
nécessité de relancer les activités du centre ; les besoins
spécifiques de recherche fondamentale et appliquée en criminologie
en contexte congolais ; enfin, les services à rendre à la société
congolaise par le centre.
1. Bref rappel historique
Le Centre de criminologie et de pathologie sociale fut
initialement créé par le professeur Guy Houchon en 1966 et
fonctionna au départ comme un Service de criminologie et de
pathologie sociale au sein de la Faculté de droit de l’Université
de Kinshasa. En 1967, ce service obtint un crédit de recherche à
l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) de
l’Université Lovanium. Et en date du 27 mai 1969, le Conseil
de l’institut approuva la proposition de la création au sein dudit
institut d’un Centre de criminologie et de pathologie sociale
placé sous la direction du professeur Guy Houchon, crimino-
LA RECHERCHE EN CRIMINOLOGIE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
logue, chargé de cours ordinaire à la Faculté de droit. Au cours
de l’année 1972, ce centre fut rattaché de nouveau au
Département de droit pénal et de criminologie au sein de la Faculté de
droit de l’Université nationale du Zaïre (UNAZA) - Campus de
Kinshasa.
Entre 1966 et 1969, avant sa transformation en Centre de
criminologie et de pathologie sociale, le Service de criminologie
et de pathologie sociale de la Faculté de droit avait pu établir
des relations non seulement avec l’IRES, mais aussi, au plan
international, avec la Société internationale de criminologie,
l’Institut des Nations unies pour la recherche en défense sociale,
exprimant ainsi le caractère interdisciplinaire de la criminologie
et son indispensable ouverture au plan international.
Les travaux scientifiques réalisés avaient porté notamment
sur :
– Les techniques biographiques dans l’étude du processus
de déviance en milieu africain ;
– La sociologie des maladies mentales en milieu africain ;
– Les problèmes de mesure de la criminalité en milieu
africain ;
– La sociodynamique de la délinquance juvénile à
Kinshasa ;
– La participation à un projet de démonstration sur
l’observation et le traitement des jeunes délinquants.

Les activités du Centre de criminologie et de pathologie
sociale ont tari, après le retour en Belgique du professeur Guy
Houchon, en 1976, faute de personnel qualifié pour diriger et
animer les activités de recherche et faute de ressources
financières disponibles. Cependant, les professeurs Idzumbuir Assop,
Kisaka-kia-Ngoy et Kasongo Muidinge, en leurs qualités de
criminologues et/ou de responsables du Département de droit
pénal et criminologie, ont continué à conduire une activité
minimale du centre aussi bien par la conservation de ses archives
que par l’animation des travaux de recherche en criminologie et
pathologie sociale, en particulier dans le cadre des dissertations
et mémoires de fin de cycle de graduat et de licence en droit.
18 Présentation du projet scientifique du Centre de criminologie et de pathologie sociale
Entre-temps, ont été créés en 2004 une École de
criminologie (ÉCOCRIM) et un Centre de recherche et de formation en
criminologie et en droits humains (CEFOCRIM) au sein de
l’Université de Lubumbashi. Cependant, l’ÉCOCRIM et le
CEFOCRIM ne font nullement obstacle à la relance du Centre
de criminologie et de pathologie sociale, qui fonctionnait au sein
de l’Université de Kinshasa avant même leur création. En effet,
l’immensité de la République Démocratique du Congo et la
distance qui sépare Kinshasa de Lubumbashi ne permettent pas
de mettre en valeur toutes les ressources congolaises disponibles
pour réaliser des études dans le domaine de la criminologie et
de la pathologie sociale et de satisfaire la demande des acteurs
professionnels de tout le pays face aux problèmes pour lesquels
une approche criminologique s’avère pertinente. Une
complémentarité scientifique de l’espace géographique congolais est
indispensable. Elle implique une étroite collaboration entre les
deux pôles de recherche ; collaboration qui existe déjà puisque
quelques-uns des professeurs du Département de droit pénal et
criminologie de la Faculté de droit de Kinshasa enseignent à
l’ÉCOCRIM et participent, à travers notamment
l’encadrement des doctorants, aux travaux de l’ÉCOCRIM et du
CEFOCRIM.
Dans le cadre de cette collaboration, trois étudiants, dont
deux de l’Université de Kinshasa, à savoir Mademoiselle
Catherine Mambiko de la Faculté de psychologie, et Bienvenu
Malanda de la Faculté de droit, ont été sélectionnés pour
réaliser leurs études de licence en criminologie à l’École de
criminologie de l’Université de Lubumbashi grâce à une bourse
octroyée par l’Université catholique de Louvain. Après avoir
réalisé de bonnes performances, ces criminologues sont
retournés à Kinshasa et sont en attente d’être nommé assistants dans
leurs facultés respectives. Ils constituent déjà une ressource
disponible pour le Centre de criminologie et de pathologie sociale.
Cependant, le champ inexploité de la recherche
fondamentale et appliquée dans le domaine de la criminologie et de la
pathologie sociale en contexte congolais demeure immense et
requiert des interventions scientifiques particulièrement ciblées,
ce qui a rendu nécessaire le projet de relancer le Centre de
cri19 LA RECHERCHE EN CRIMINOLOGIE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
minologie et de pathologie sociale ayant fonctionné à
l’Université de Kinshasa.
2. Nécessité de la relance du Centre de criminologie et
de pathologie sociale
Forts de cette conviction, et en ayant tiré les enseignements
des travaux de la Réforme du Code pénal congolais, réalisés par
le Comité technique pour la réforme du Code pénal congolais,
CTCP, composé des membres du Département de droit pénal
et de criminologie, les membres du Conseil de ce Département
ont décidé, lors de la réunion du Département du 31 mars
2012, présidée par le professeur Pierre Akele Adau, de relancer
les activités du Centre de criminologie et de pathologie sociale
pour permettre l’étude approfondie, dans une approche
interdisciplinaire, des questions soulevées de manière récurrente par
le fonctionnement et l’administration de la justice pénale et ses
institutions comme la police, les tribunaux répressifs, la prison,
et par l’émergence de nouvelles formes de criminalité et de
délinquance dans la société congolaise contemporaine confrontée
à des pathologies sociales spécifiques. En somme, l’une des
préoccupations du centre sera d’analyser l’embarras socioculturel et
juridique des populations, sollicitées et entreprises par des
modes de règlement des conflits et des normes d’organisation
sociale aussi nombreux que peu ou mal coordonnés.
Le Département de droit pénal et de criminologie nous a
chargés, en notre qualité de juriste et criminologue, de prendre
des dispositions pratiques, notamment d’obtenir de la Faculté
un local pour abriter le centre, de préparer un programme
d’activités et de faire rapport au Conseil du Département.
Nous tenons à remercier le Doyen de la Faculté de droit, le
professeur Nyabirungu mwene Songa, d’avoir répondu très
favorablement et promptement à notre demande d’obtenir un
local pour pouvoir abriter le Centre de criminologie. N’eût été
sa diligence, l’événement de ce jour n’aurait pas pu avoir lieu ou
n’aurait pas la même portée scientifique.
20 Présentation du projet scientifique du Centre de criminologie et de pathologie sociale
Nous avons été encouragés par des collègues criminologues,
notamment la professeure Sara Liwerant, pour aménager
l’espace reçu de la faculté. Veuillez recevoir, chère collègue, nos
sincères remerciements. Nous avons été encouragés également
par des amis et collègues universitaires belges, qui se sont
mobilisés spontanément pour réunir des ouvrages et de la
documentation nécessaire pour le centre. Nous tenons à
remercier particulièrement le professeur Marc-Emmanuel Mélon, qui
a pu, avec le concours des étudiants dévoués de l’Université de
Liège, dont Mademoiselle Coralie Meurice, actuellement
chercheuse à l’UCL, obtenir des fonds qui ont servi à commander
des ouvrages pour notre Centre de criminologie. Plus de 200
ouvrages spécialisés en criminologie sont déjà emballés à
Bruxelles en destination de Kinshasa pour le Centre de
criminologie de l’Université de Kinshasa. Nous remercions aussi le
professeur Dan Kaminski de l’Université catholique de Louvain,
qui a consacré du temps à rechercher des collections des revues
de criminologies inexploitées dans les bibliothèques des
criminologues. Enfin, nous remercions vivement Madame Françoise
Digneffe, professeure émérite de l’Université catholique de
Louvain, qui a offert sa collection de la Revue de droit pénal et
criminologie. Emballée dans une caisse pour l’amener avec elle,
elle a dû malheureusement en différer le transport à Kinshasa à
la suite de la grève des bagagistes à l’aéroport de Zaventem.
Cette collection et d’autres ouvrages arriveront à Kinshasa
avant la fin du prochain mois.
Votre nom, Françoise Digneffe, est désormais attaché à
l’histoire de la criminologie en République Démocratique du
Congo, car vous avez été la toute première responsable
d’activités belge du projet PIC de création de la première école
de criminologie en République Démocratique du Congo et en
Afrique centrale. Nous vous remercions surtout d’avoir pu vous
rendre disponible pour effectuer ce voyage, guidé comme
toujours par une franche amitié et ainsi partager avec nous ce
moment très fort d’institutionnalisation de la criminologie dans
notre université. Veuillez transmettre nos vifs remerciements
aux professeurs Marc-Emmanuel Mélon et Dan Kaminski, dont
les agendas n’ont pas permis qu’ils puissent les recevoir de vive
21 LA RECHERCHE EN CRIMINOLOGIE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
voix en ce jour. Nous espérons les recevoir prochainement au
Centre de criminologie et de pathologie sociale, dont il convient
à présent d’élucider les concepts clés.
Si le concept de criminologie ne semble pas soulever de
difficultés particulières, précision apportée qu’il ne s’agira pas de
faire la criminologie du passage à l’acte ou l’étiologie criminelle
pour ne pas en substantialiser les objets, le concept de
pathologie sociale mérite d’être explicité. Il est vrai qu’au niveau du
Département de droit pénal et de criminologie, il n’était pas
question de créer un nouveau centre de recherche, mais de
réveiller le Centre de criminologie en veilleuse sans changer sa
dénomination initiale. Sans paraître suranné, le concept de
pathologie sociale, comme l’expliquait d’ailleurs le professeur Guy
Houchon, dans un mémoire concernant la création d’un Centre
de criminologie et de pathologie sociale à l’IRES, mémoire
adressé à Son Excellence Monsieur le ministre de l’Éducation
nationale le 11 novembre 1969, fait référence à « une
orientation vers la déjudiciarisation de l’étude des phénomènes
criminels et le recentrage des phénomènes déviants d’une
société, dans un cadre sociopsychologique plus large ».
3. Besoins spécifiques de recherche fondamentale et
appliquée en criminologie en contexte congolais
a) Le Centre de criminologie et de pathologie sociale voudrait
servir de laboratoire de recherches interdisciplinaires :
– dans le domaine de la criminologie et des pathologies
sociales pour étudier les questions de marginalité, de
violences urbaines, de criminalité organisée (notamment
les prévarications organisées telle que la corruption et
autres situations problématiques affectant les capacités
financières de l’État) et celles liées au genre ainsi que les
différentes formes de criminalité et de délinquance que
secrète la société congolaise contemporaine ;
– dans le domaine de la sociologie pénale et de
l’anthropologie du droit (pour aborder) :
22 Présentation du projet scientifique du Centre de criminologie et de pathologie sociale
● des questions du rapport et de l’adéquation ou non du
droit, en particulier la justice pénale en vigueur, avec
la culture congolaise ;
● celles du pluralisme juridique devant être ordonné en
vue d’une intégration normative plus adéquate ;
● et plus généralement des questions de régulation
pénale et sociale (fonctionnement de la justice pénale, de
la police et de la prison, modes extrajudiciaires et
coutumiers de résolution des conflits sociaux, etc.) et des
questions liées à la production des normes juridiques
répondant aux pathologies sociales spécifiques de la
société congolaise contemporaine.

b) Le centre servira ainsi :
– d’interface entre l’Université de Kinshasa et la société
congolaise, particulièrement les acteurs professionnels de
la justice pénale, de la police et autres intervenants
sociaux dont les pratiques professionnelles et sociales feront
l’objet d’études empiriques dans le but d’en induire une
transformation des pratiques sociales ;
– de laboratoire fournissant une expertise de qualité pour
les réformes à réaliser dans le champ de la justice pénale,
de la police et des autres services de l’État. Il s’impliquera
notamment dans l’étude des conditions spécifiques
d’exploitation des techniques criminalistiques dans le
contexte congolais et ce, en partenariat avec le Laboratoire
de police technique et scientifique de Kinshasa ;
– de laboratoire de pathologie sociale axée sur la sociologie
pénale et l’anthropologie juridique appliquée.

c) Il sera constitué au sein du centre une bibliothèque
spécialisée dans le domaine de la criminologie et de la
criminalistique, de l’anthropologie juridique et de la
méthodologie de recherche qualitative pour soutenir des
études scientifiques sérieuses dans les domaines et sur les
questions énumérés ci-dessus.

23 LA RECHERCHE EN CRIMINOLOGIE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
d) La bibliothèque pourra être complétée par une
vidéothèque constituant une archive audiovisuelle de pratiques
juridiques dans le contexte socioculturel africain et
spécifiquement congolais.

e) Les études réalisées au sein du centre seront vulgarisées,
d’une part, par leur publication dans les Cahiers du
Centre de criminologie et de pathologie sociale en vue de
leur exploitation par des acteurs professionnels et par des
acteurs politiques, d’autre part, par l’organisation des
séminaires, des ateliers, des conférences et journées
d’études, qui seront l’occasion de créer une rencontre
avec les acteurs professionnels, particulièrement avec
ceux de la justice pénale et de la police, pour interagir
avec leurs expériences professionnelles.
4. Le service à rendre à la société congolaise par le
Centre de criminologie et de pathologie sociale
L’événement de ce jour, la réouverture du Centre de
criminologie et de pathologie sociale, dans un contexte particulier de
la réforme de la justice pénale congolaise et surtout du projet de
l’élaboration d’un code de la sanction pénale, constitue en
même temps une offre de l’expertise criminologique de la
Faculté de droit de l’Université de Kinshasa pour appuyer les efforts
du gouvernement, à travers le ministère de la Justice et droits
humains, et de ses différents partenaires, pour la réussite de ce
grand projet de la réforme de la justice pénale congolaise.
L’événement de ce jour constitue aussi en même temps une
offre de partenariat au gouvernement à travers non seulement le
ministère de la Justice et droits humains, mais aussi à travers le
ministère de l’Intérieur, et celui du Genre, famille et enfant pour
assurer la formation continue des agents de ces ministères afin
d’accroître leurs capacités de gestion de situations
problématiques juridiquement criminalisées ou non.
Nous vous remercions de votre attention.

Raoul Kienge-Kienge Intudi
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