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La réforme du droit des contrats

De
536 pages
Fruit d'un travail collectif, le présent ouvrage a été réalisé par neuf enseignants-chercheurs membres ou membres associés de l'institut Demolombe (ex. centre de recherche en droit privé - EA 967) de la faculté de droit de l'université de Caen Normandie.

L'ensemble des textes de l'ordonnance n° 2061-131 du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats, du régime général et de la preuve des obligations, fait l'objet d'un commentaire individuel. Le principal objectif de cet ouvrage est pédagogique. Il s'adresse avant tout aux professionnels ainsi qu'aux étudiants soucieux d'avoir une présentation analytique, et donc précise, de la réforme.

Il a été conçu pour rendre facilement accessible et permettre une appréhension efficace des nouveaux textes. Dans ce but, les apports de la réforme face aux solutions du droit antérieur ont été systématiquement mis en avant. Ont également été mises en avant les incertitudes - encore assez nombreuses - qui entourent l'interprétation de certains articles mais la volonté a toujours été de proposer des pistes de réflexion de nature à sécuriser, autant que de possible, l'application des nouveaux textes.



Sous la direction de Thibault Douville.

Thibault Douville est maître de conférences à l'université de Caen, co-directeur du master 2 Droit des assurances.

Christophe Alleaume est professeur à l'université de Caen, co-directeur du master 2 Droit des affaires, parcours Concurrence et distribution.

Anne-Sophie Chone-Grimaldi est professeur à l'université de Paris Ouest Nanterre La Défense.

Aude-Solveig Epstein est maître de conférences à l'université de Caen.

Thierry Le Bars est professeur à l'université de Caen, doyen de la faculté de droit et co-directeur du master 2 Droit notarial.

Laurence Mauger-Vielpeau est professeur à l'université du Havre, co-directrice du master 2 Protection des personnes vulnérables de l'université de Caen.

Gilles Raoul-Cormeil est maître de conférences à l'université de Caen, directeur du DU.

Odile Salvat est professeur à l'université de Caen, co-directrice du master 2 Droit notarial.

Mathieu Thiberge est maître de conférences à l'université de Caen, directeur de l'IMDA (IEJ).
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SOMMAIRE
Introduction........................................................................................................................ 9 Titre IV : Dispositions transitoires et finales (Art. 9)....................................................... 15 Livre III : Des différentes manières dont on acquiert la propriété ................................ 19 Titre III : Des sources d’obligations (Art. 1100 à 1100-2)................................................ 19 er Sous-titre I : Le contrat................................................................................................... 24 er Chapitre I : Dispositions liminaires (Art. 1101 à 1111-1) .............................................. 24 Chapitre II : La formation du contrat.............................................................................. 49 Section 1 : La conclusion du contrat ............................................................................... 49 Sous-section 1 : Les négociations (Art. 1112 à 1112-2) .................................................. 49 Sous-section 2 : L’offre et l’acceptation (Art. 1113 à 1122) ........................................... 55 Sous-section 3 : Le pacte de préférence et la promesse unilatérale (Art. 1123 à 1124) .................................................................................. 65 Sous-section 4 : Dispositions propres au contrat conclu par voie électronique (Art. 1125 à 1127-6) ............................................................................... 72 Section 2 : La validité du contrat (Art. 1128).................................................................. 76 Sous-section 1 : Le consentement ................................................................................... 77 Paragraphe 1 : L’existence du consentement (Art. 1129) .............................................. 77 Paragraphe 2 : Les vices du consentement (Art. 1130 à 1144) ...................................... 79 Sous-section 2 : La capacité et la représentation ........................................................... 97 Paragraphe 1 : La capacité (Art. 1145 à 1152)................................................................ 97 Paragraphe 2 : La représentation (Art. 1153 à 1161)................................................... 113 Sous-section 3 : Le contenu du contrat (Art. 1162 à 1171) .......................................... 123 Section 3 : La forme du contrat..................................................................................... 143 Sous-section 1 : Dispositions générales (Art. 1172 à 1173) .......................................... 143 Sous-section 2 : Dispositions propres au contrat conclu par voie électronique (Art. 1174 à 1177) ................................................................................ 144
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Section 4 : Les sanctions................................................................................................. 145 Sous-section 1 : La nullité (Art. 1178 à 1185)................................................................ 145 Sous-section 2 : La caducité (Art. 1186 à 1187) ............................................................ 162 Chapitre III : L’interprétation du contrat (Art. 1188 à 1192)........................................ 167 Chapitre IV : Les effets du contrat ................................................................................ 174 Section 1 : Les effets du contrat entre les parties ........................................................ 174 Sous-section 1 : Force obligatoire (Art. 1193 à 1195)................................................... 174 Sous-section 2 : Effet translatif (Art. 1196 à 1198)....................................................... 180 Section 2 : Les effets du contrat à l’égard des tiers ..................................................... 185 Sous-section 1 : Dispositions générales (Art. 1199 à 1202) .......................................... 185 Sous-section 2 : Le porte-fort et la stipulation pour autrui (Art. 1203 à 1209) .......... 190 Section 3 : La durée du contrat (Art. 1210 à 1215) ...................................................... 201 Section 4 : La cession de contrat (Art. 1216 à 1216-3) ................................................. 207 Section 5 : L’inexécution du contrat (Art. 1217 à 1218) ............................................... 214 Sous-section 1 : L’exception d’inexécution (Art. 1219 à 1220)..................................... 220 Sous-section 2 : L’exécution forcée en nature (Art. 1221 à 1222) ............................... 222 Sous-section 3 : La réduction du prix (Art. 1223) ............................................................... Sous-section 4 : La résolution (Art. 1224 à 1230) ......................................................... 226 Sous-section 5 : La réparation du préjudice résultant de l’inexécution du contrat (Art. 1231 à 1231-7) ............................................................................. 235 Sous-titre II : La responsabilité extra-contractuelle (textes non commentés) ............ 242 Sous-titre III : Autres sources d’obligations (Art. 1300)................................................ 242 er Chapitre I : La gestion d’affaires (Art. 1301 à 1301-5) ............................................... 245 Chapitre II : Le paiement de l’indu (Art. 1302 à 1302-3).............................................. 250 Chapitre III : L’enrichissement injustifié (Art. 1303 à 1303-4) ...................................... 255 Titre IV : Du régime général des obligations................................................................ 260 er Chapitre I : Les modalités de l’obligation ................................................................... 260 Section 1 : L’obligation conditionnelle (Art. 1304 à 1304-7) ....................................... 260 Section 2 : L’obligation à terme (Art. 1305 à 1305-5)................................................... 271 Section 3 : L’obligation plurale...................................................................................... 280 Sous-section 1 : La pluralité d’objets............................................................................. 281
Paragraphe 1 : L’obligation cumulative (Art. 1306) ..................................................... 281 Paragraphe 2 : L’obligation alternative (Art. 1307 à 1307-5) ...................................... 282 Paragraphe 3 : L’obligation facultative (Art. 1308)...................................................... 288 Sous-section 2 : La pluralité de sujets (Art. 1309)......................................................... 289 Paragraphe 1 : L’obligation solidaire (Art. 1310 à 1319) ............................................. 291 Paragraphe 2 : L’obligation à prestation indivisible (Art. 1320).................................. 303 Chapitre II : Les opérations sur obligations .................................................................. 306 Section 1 : La cession de créance (Art. 1321 à 1326) .................................................... 307 Section 2 : La cession de dette (Art. 1327 à 1328-1)..................................................... 315 Section 3 : La novation (Art. 1329 à 1335).................................................................... 321 Section 4 : La délégation (Art. 1336 à 1340)................................................................. 327 Chapitre III : Les actions ouvertes au créancier (Art. 1341 à 1341-3) .......................... 333 Chapitre IV : L’extinction de l’obligation...................................................................... 340 Section 1 : Le paiement.................................................................................................. 340 Sous-section 1 : Dispositions générales (Art. 1342 à 1342-10)..................................... 340 Sous-section 2 : Dispositions particulières aux obligations de sommes d’argent (Art. 1343 à 1343-5) ............................................................................. 349 Sous-section 3 : La mise en demeure ............................................................................ 358 Paragraphe 1 : La mise en demeure du débiteur (Art. 1344 à 1344-2)....................... 358 Paragraphe 2 : La mise en demeure du créancier (Art. 1345 à 1345-3) ...................... 359 Sous-section 4 : Le paiement avec subrogation (Art. 1346 à 1346-5) ......................... 362 Section 2 : La compensation .......................................................................................... 371 Sous-section 1 : Règles générales (Art. 1347 à 1347-7) ................................................ 372 Sous-section 2 : Règles particulières (Art. 1348 à 1348-2)............................................ 377 Section 3 : La confusion (Art. 1349 à 1349-1) ............................................................... 380 Section 4 : La remise de dette (Art. 1350 à 1350-2) ..................................................... 385 Section 5 : L’impossibilité d’exécuter (Art. 1351 à 1351-1) .......................................... 388 Chapitre V : Les restitutions (Art. 1352 à 1352-9)......................................................... 390 Titre IVbis: De la preuve des obligations .................................................................... 404 er Chapitre I : Dispositions générales (Art. 1353 à 1357) ............................................... 406 Chapitre II : L’admissibilité des modes de preuve (Art. 1358 à 1362).......................... 409
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Chapitre III : Les différents modes de preuve............................................................... 413 Section 1 : La preuve par écrit ....................................................................................... 414 Sous-section 1 : Dispositions générales (Art. 1363 à 1368) .......................................... 414 Sous-section 2 : L’acte authentique (Art. 1369 à 1371) ................................................ 417 Sous-section 3 : L’acte sous signature privée (Art. 1372 à 1377) ................................. 419 Sous-section 4 : Autres écrits (Art. 1378 à 1378-2) ....................................................... 423 Sous-section 5 : Les copies (Art. 1379)........................................................................... 426 Sous-section 6 : Les actes récognitifs (Art. 1380).......................................................... 428 Section 2 : La preuve par témoins (Art. 1381) .............................................................. 429 Section 3 : La preuve par présomption judiciaire (Art. 1382)...................................... 430 Section 4 : L’aveu (Art. 1383 à 1383-2) .......................................................................... 431 Section 5 : Le serment (Art. 1384) ................................................................................. 432 Sous-section 1 : Le serment décisoire (Art. 1385 à 1385-4).......................................... 433 Sous-section 2 : Le serment déféré d’office (Art. 1386 à 1386-1)................................ 435
Bibliographie sélective................................734................................................................... Index alphabétique........................................................................................................ 443 Table de concordance.................................................................................................... 453
INTRODUCTION
Un peu plus de deux siècles après l’avènement du Code civil, le droit des contrats, le régime général et la preuve des obligations sont réformés par l’ordonnancen° 2016-131 du 10 février 2016 (JORF n° 0035 du 11 février 2016, texte n° 26). Quelques règles ponctuelles ont, certes, été introduites au cours du temps comme l’admission de l’écrit électronique ou le régime du contrat conclu par voie électronique, mais il ne s’agissait que d’ajouter au corpus existant. Le droit des obligations restait donc l’une des seules matières du droit civil, avec le droit des biens, à ne pas avoir fait l’objet d’une modernisation d’ensemble. La présente ordonnance en constitue la première étape. La rénovation du droit de la responsabilité contractuelle et extra-contractuelle est enga-gée (un avant-projet a été présenté le 29 avril 2016) et celle du droit des contrats spé-ciaux est attendue dans les années à venir. La méthode Diverses raisons ont été avancées pour justifier la réforme comme la nécessité de moder-niser et de sécuriser le droit des contrats ou la diminution progressive de son attractivité politique, culturelle et économique. Il est vrai qu’au cours des dernières décennies de nombreux pays, de tradition civiliste ou mixte, ont réformé leur droit des obligations (V. l’étude d’impact réalisée à propos du projet de loi relatif à la modernisation et à la simplification du droit et des procédures, 26 novembre 2013, JUSX1326670L/Bleu). Ce fut le cas du Québec (1991), du Portugal (1996) ou de l’Allemagne (2001). Toutes ces considérations ont conduit le gouvernement à déposer, à la présidence du Sénat, le 27 novembre 2013, un projet de loi relatif à la modernisation et à la simplification du droit. En dépit de la procédure d’urgence, ce texte ne fut adopté que quinze mois plus tard (Loi n° 2015-177 du 16 février 2015 relative à la modernisation et à la simplification du droit et des procédures dans les domaines de la justice et des affaires intérieures : JORF n° 0040 du 17 février 2015, p. 2961). L’examen parlementaire fut d’ailleurs mou-vementé, marqué par une opposition très vive entre l’Assemblée nationale et le Sénat, empêchant la commission mixte paritaire de parvenir à un compromis. Cette seconde chambre refusait en effet, par principe, le recours à une ordonnance pour rénover le droit des contrats, faisant valoir l’utilité d’un examen parlementaire pour garantir la sé-curité juridique et défendant plus généralement le rôle du Parlement. Une fois votée, la loi fut déférée à l’examen du Conseil constitutionnel. Celui-ci se prononça par une déci-sion du 12 février 2015 (Décision n° 2015-710 DC du 12 février 2015). Il écarta l’ensemble des arguments d’inconstitutionnalité avancés : non-respect des limites de l’article 38 de la Constitution en matière de recours aux ordonnances, absence de caractérisation de l’urgence et méconnaissance de la sécurité juridique en raison de l’importance des modifications envisagées.
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La loi du 16 février 2015 a habilité le gouvernement (art. 8) : «à prendre par voie d’ordonnance les mesures relevant du domaine de la loi nécessaires pour modifier la structure et le contenu du Livre III du Code civil, afin de moderniser, de simplifier, d’amé-liorer la lisibilité, de renforcer l’accessibilité du droit commun des contrats, du régime des obligations et du droit de la preuve, de garantir la sécurité juridique et l’efficacité de la norme et, à cette fin : 1° Affirmer les principes généraux du droit des contrats tels que la bonne foi et la liberté contractuelle ; énumérer et définir les principales catégories de contrats ; préciser les règles relatives au processus de conclusion du contrat, y compris conclu par voie électro-nique, afin de clarifier les dispositions applicables en matière de négociation, d’offre et d’acceptation de contrat, notamment s’agissant de sa date et du lieu de sa formation, de promesse de contrat et de pacte de préférence; 2° Simplifier les règles applicables aux conditions de validité du contrat, qui comprennent celles relatives au consentement, à la capacité, à la représentation et au contenu du contrat, en consacrant en particulier le devoir d’information et la notion de clause abu-sive et en introduisant des dispositions permettant de sanctionner le comportement d’une partie qui abuse de la situation de faiblesse de l’autre ; 3° Affirmer le principe du consensualisme et présenter ses exceptions, en indiquant les principales règles applicables à la forme du contrat ; 4° Clarifier les règles relatives à la nullité et à la caducité, qui sanctionnent les conditions de validité et de forme du contrat ; 5° Clarifier les dispositions relatives à l’interprétation du contrat et spécifier celles qui sont propres aux contrats d’adhésion ; 6° Préciser les règles relatives aux effets du contrat entre les parties et à l’égard des tiers, en consacrant la possibilité pour celles-ci d’adapter leur contrat en cas de changement imprévisible de circonstances ; 7° Clarifier les règles relatives à la durée du contrat ; 8° Regrouper les règles applicables à l’inexécution du contrat et introduire la possibilité d’une résolution unilatérale par notification ; 9° Moderniser les règles applicables à la gestion d’affaires et au paiement de l’indu et consacrer la notion d’enrichissement sans cause ; 10° Introduire un régime général des obligations et clarifier et moderniser ses règles ; préciser en particulier celles relatives aux différentes modalités de l’obligation, en dis-tinguant les obligations conditionnelles, à terme, cumulatives, alternatives, facultatives, solidaires et à prestation indivisible ; adapter les règles du paiement et expliciter les règles applicables aux autres formes d’extinction de l’obligation résultant de la remise de dette, de la compensation et de la confusion ; 11° Regrouper l’ensemble des opérations destinées à modifier le rapport d’obligation ; consacrer, dans les principales actions ouvertes au créancier, les actions directes en paie-ment prévues par la loi ; moderniser les règles relatives à la cession de créance, à la nova-tion et à la délégation ; consacrer la cession de dette et la cession de contrat ; préciser les règles applicables aux restitutions, notamment en cas d’anéantissement du contrat ;
12° Clarifier et simplifier l’ensemble des règles applicables à la preuve des obligations ; en conséquence, énoncer d’abord celles relatives à la charge de la preuve, aux présomp-tions légales, à l’autorité de chose jugée, aux conventions sur la preuve et à l’admis-sion de la preuve ; préciser, ensuite, les conditions d’admissibilité des modes de preuve des faits et des actes juridiques ; détailler, enfin, les régimes applicables aux différents modes de preuve ;
13° Aménager et modifier toutes dispositions de nature législative permettant d’assurer la mise en œuvre et de tirer les conséquences des modifications apportées en applica-tion des 1° à 12°».
Aux termes de l’article 27 de la loi de simplification du droit et des procédures, le gou-vernement disposait de douze mois à compter de sa publication pour adopter une or-donnance, ce qui fut faitin extremis.
er L’ordonnance entrera en vigueur le 1 octobre 2016 et s’appliquera aux contrats formés après cette date (V. le commentaire de l’article 9 de l’ordonnance par Th. Le Bars). Sa publication a été accompagnée de celle d’un Rapport au président de la République (JORF n° 0035 du 11 février 2016, texte n° 25) qui retiendra l’attention en l’absence de travaux parlementaires, due à la nature du texte. Il présente en effet le contenu de l’or-donnance et, à cette occasion, propose une interprétation de certaines dispositions. Les commentaires des articles livrés dans le présent ouvrage montreront qu’il éclaire parfois les textes et suscite, d’autres fois, l’interrogation. Quoi qu’il en soit, cet instrument ne liera pas le juge.
En vertu de la loi du 16 février 2015, le gouvernement est tenu de déposer un projet de loi de ratification dans les six mois de la publication de l’ordonnance et donc avant le 11 août 2016. À défaut, ce que l’on n’ose pas imaginer, l’ordonnance sera caduque (Consti-tution, art. 38, al. 2). Cela ne veut pas dire que son vote interviendra dans les prochains mois. Les spécialistes du droit de la famille se souviendront sûrement du sort réservé à la loi de ratification de l’ordonnance n° 2005-759 du 4 juillet 2005 portant réforme de la filiation (JORF n° 156 du 6 juillet 2005, p. 11159). Ce n’est que quatre ans après le dépôt du projet de loi de ratification le 22 septembre 2005 qu’elle fut votée (Loi n° 2009-61 du 16 janvier 2009 ratifiant l’ordonnance n° 2005-759 du 4 juillet 2005 portant réforme de la filiation et modifiant ou abrogeant diverses dispositions relatives à la filiation : JORF n° 0015 du 18 janvier 2009, p. 1062) et donc, sous une autre législature… Un scé-nario similaire pourrait évidemment se reproduire, repoussant d’autant la ratification de l’ordonnance qui, précisons-le, devra nécessairement être expresse (Constitution, art. 38, al. 2in fine: «Elles ne peuvent être ratifiées que de manière expresse»). Tout l’enjeu sera alors celui du contenu de cette loi : portera-elle ratification « pure et simple » de l’ordonnance ou apportera-t-elle son lot de corrections et de modifications ? Toujours est-il que, d’ici là, les dispositions issues de l’ordonnance ne pourront plus être modi-fiées que par la loi (Constitution, art. 38, al. 3 – si le gouvernement souhaitait le faire, il devrait à nouveau être habilité sur le fondement de l’article 38 de la Constitution :CE, 11 décembre 2006, Conseil national de l’ordre des médecins, 279517) même si elles n’ont qu’une valeur réglementaire (CE, 10 / 9 SSR, 8 décembre 2000, 199072 199135 199761). Consécutivement, leur légalité pourra être contestée devant les juridictions administra-
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tives au moyen d’un recours pour excès de pouvoir tandis qu’elles ne pourront pas don-ner lieu à une question prioritaire de constitutionnalité (CE, 11 mars 2011, M. Alexandre A., n° 341658 ; Cons. const., n° 2011-219 QPC du 10 février 2012).
Les sources d’inspiration de la réforme sont très diverses. Européennes et internatio-nales d’abord, à travers la Convention des Nations unies sur les contrats de vente inter-nationale de marchandises (Vienne, 1980), les principes Unidroit relatifs aux contrats du re e commerce international (1 éd., 1994 ; 3 éd., 2010), les nombreux projets doctrinaux visant à établir un droit européen des contrats (Projet de code européen des contrats de l’Académie des privatistes de Pavie, dir. Giuseppe Gandolfi, 2000 ; Principes du droit eu-ropéen des contrats de la Commission pour le droit européen des contrats, dir. O. Lando, 1995, 2000 et 2003 ; Projet de Cadre commun de référence, Résolution du Parlement eu-ropéen du 3 septembre 2008 sur le cadre commun de référence pour le droit européen des contrats ; Principes contractuels communs, Association Henri Capitant et la Société de législation comparée, février 2008) ou encore la proposition – restée lettre morte – de règlement européen relatif à un droit commun européen de la vente (COM(2011) 635 final, 11 octobre 2011). Ensuite – et surtout – des travaux doctrinaux très importants de réécriture du droit des contrats ont été engagés en France depuis plus de dix ans. (P. Catala (dir.), Avant-projet de réforme du droit des obligations et de la prescription, La documentation française, 2006 ; F. Terré (dir.), Pour une réforme du droit des contrats : réflexions et propositions d’un groupe de travail, Dalloz, coll. Thèmes et commentaires, 2009 et Pour une réforme du régime général des obligations, Dalloz, coll. Thèmes et commentaires, 2013). De nom-breuses dispositions de la présente ordonnance en sont directement issues ou y puisent leur substance. Au cours de cette période, la Chancellerie n’est pas non plus restée inac-tive : elle a élaboré et publié des avant-projets de réforme du droit des contrats (2008) et du régime général des obligations (2011). De plus, elle a organisé une consultation très large au cours du printemps 2015, ce qui a lui permis de recueillir non seulement l’avis des acteurs économiques mais aussi de la doctrine (V. bibliographie sélective en fin d’ouvrage). Parallèlement à l’examen du projet d’ordonnance par le Conseil d’État, les services de la Chancellerie ont donc été amenés à amender et préciser le texte jusqu’à sa présentation en Conseil des ministres. Le résultat Le rapport remis au président de la République énonce lesdeux principaux objectifs de la réforme: – le premier est derenforcer la sécurité juridique. Elle le serait, dans la forme, par une meilleure accessibilité du droit des contrats et, dans le fond, par le renforcement de la prévisibilité des règles applicables, résultant, notamment, de la consécration de solutions prétoriennes ; – le second objectif est defavoriser l’attractivité du droit français et d’assurer son effi cacité. Sans être élevée en objectif autonome de la réforme, l’exigence de justice contractuelle sous-tend un certain nombre de dispositions. Quelles sont les principales évolutions ap-portées par l’ordonnance ?
Dans la forme, les Titres III, IV et Vbisdu Livre III du Code civil sont regroupés. Anté-rieurement, le Titre III rassemblait les dispositions relatives aux « contrats ou des obliga-tions conventionnelles en général », le Titre IV était consacré aux « engagements qui se forment sans convention » et le Titre IVbisà la « la responsabilité du fait des produits défectueux ». Dorénavant, le Titre III porte sur les sources des obligations, le Titre IV sur le régime applicable à toutes les obligations et enfin le Titre IVbisest réservé à leur preuve. Le nouveau plan est beaucoup plus clair et plus logique. Cet effort se retrouve au sein de chacun de ces titres. Ainsi, le Titre III est découpé en trois sous-titres. Chacun d’eux a pour objet une source d’obligations : le contrat, la responsabilité extra-contrac-tuelle et les autres sources des obligations. Au sein du sous-titre consacré au contrat se succèdent, en suivant une présentation « chronologique », des chapitres consacrés respectivement aux dispositions liminaires puis à la formation du contrat, à son interpré-tation et à ses effets. Le Titre IV relatif au régime des obligations est également découpé en quatre Chapitres. Y sont traitées successivement les modalités des obligations, les opérations sur les obligations, les actions ouvertes aux créanciers et enfin l’extinction des obligations. Cette démarche didactique inspire l’ensemble de la réforme. Elle se manifeste aussi par un phénomène de pullulement inédit des définitions et par une simplification du vocabulaire. Par exemple, on ne parle plus d’écrit sous seing privé mais d’écrit sous signature privée.
Dans le fond, les innovations sont nombreuses. Il y a des disparitions, comme la notion de cause. Il y a aussi des consécrations importantes comme le régime de la formation du contrat, qu’il s’agisse de la négociation contractuelle, des contrats préparatoires ou de la rencontre de l’offre et de l’acceptation. Globalement, l’ordonnance semble atteindre ses objectifs. Certaines dispositions garantissent la sécurité juridique des parties comme la soumission des actes juridiques en particulier unilatéraux (« en tant que de besoin »), au régime gouvernant les contrats, la caducité de l’offre en cas de décès ou d’incapacité de l’offrant, l’institution d’actions interrogatoires (en matières de pacte de préférence, de représentation et de nullité), la réduction du domaine de la fixation unilatérale du prix, la consécration d’un droit commun de la représentation, le recours aux nullités fa-cultatives (et non aux nullités de plein droit) en matière d’incapacité et aux nullités par-tielles, l’enrichissement du régime de la stipulation pour autrui, la précision des règles relatives à la durée du contrat (prorogation, renouvellement), la généralisation de l’exi-gence de mise en demeure en cas d’inexécution ou la consécration du régime de la com-pensation des créances connexes… D’autres dispositions renforcent l’efficacité du droit des contrats. C’est le cas de l’admission des nullités conventionnelles, de la consécration de la résolution par notification, de l’exception d’inexécution par anticipation, de la possibilité offerte au créancier de solliciter ou de procéder une réduction du prix en cas d’inexécution, de l’affirmation d’un droit à l’exécution forcée en nature, du transfert de l’option conférée par une obligation alternative en cas de passivité de son titulaire, de la réduction du formalisme d’opposabilité de la cession de créance, de l’admission de la cession de dettes ou le choix, à l’image du droit des assurances ou des aliments, de la portabilité des créances de sommes d’argent… Enfin, d’autres dispositions contribuent à garantir la justice contractuelle à l’instar de la généralisation de l’exigence de bonne foi, de la sanction de l’abus de dépendance au titre de la violence, de la généralisation de la condamnation des clauses abusives, de l’exclusion de l’exécution forcée en cas de disproportion manifeste ou de l’admission de la révision pour imprévision…
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De manière plus générale, les rédacteurs de l’ordonnance ont, conformément à la tradi-tion de droit continental, cherché à enfermer le droit français des contrats dans la lettre du Code civil. Mais est-ce totalement le cas ? Et pour combien de temps ? De plus, la ré-forme ne se contente pas de codifier la jurisprudence. Quoi qu’il en soit, la philosophie qui inspire le droit français des contrats est respectée : autonomie de la volonté, force obligatoire et bonne foi constituent les trois « principes » qui le guident. Évidemment, la discussion est ouverte pour mesurer les équilibres qui en résultent. Ainsi, la place res-pective du juge et des parties interroge, il n’est pas certain qu’une réponse affirmative sur le renforcement des prérogatives du premier ou des secondes puisse être apportée très facilement. Le tableau d’ensemble est nuancé. Il n’est pas non plus certain que la sécurité juridique soit pleinement garantie. Ainsi, l’usage, en partie dans la continuité de la jurisprudence, de notions floues (délai raisonnable, coût raisonnable…) sera cer-tainement un vecteur important de contentieux. Comparativement, c’est pour y mettre fin en matière de garantie des vices cachés que le législateur a pris soin de remplacer la référence au « délai raisonnable » pour agir par un délai de deux ans (C. civ., art. 1648 – Ordonnance n° 2005-136 du 17 février 2005 relative à la garantie de la conformité du bien au contrat due par le vendeur au consommateur :JORF n° 41 du 18 février 2005, p. 2778). Toutefois, la diversité des situations contractuelles empêchait certainement d’échapper à cette technique. Il revient donc aux parties de sécuriser leurs engagements.
La réforme fait aussi naître des difficultés nouvelles, qu’il ne faut pas sous-estimer. La première d’entre elle, qui intéressera directement les praticiens rédacteurs d’actes, concerne les limites de l’ordre public. Le rapport remis au président de la République se veut rassurant : «dans la tradition du Code civil, l’ordonnance n’affirme pas expres-sément dans un article spécifique le caractère supplétif de volonté de ses dispositions. En effet, leur caractère supplétif s’infère directement de l’article 6 du Code civil et des nouveaux articles 1102 et 1103, sauf mention contraire explicite de la nature impérative du texte concerné. Il n’y a donc pas lieu de préciser pour chaque article son caractère supplétif, qui constitue le principe, le caractère impératif étant l’exception». C’est faire peu de cas de l’ordre public virtuel ! Toujours est-il qu’il esta prioripossible d’écarter conventionnellement l’exécution forcée en matière de promesse unilatérale ou la révi-sion pour imprévision… La deuxième concerne l’articulation du nouveau droit commun des contrats avec les droits spéciaux préexistants : le droit commun des clauses abu-sives est-il écarté entre professionnels par le régime inscrit dans le Code de commerce à l’article L. 442-6, I, le régime prétorien du prix dans le contrat d’entreprise déroge-t-il au nouveau régime de droit commun des contrats de prestation de services ? Il est pos-sible d’en recenser bien d’autres : qu’est-ce qu’un contrat d’adhésion ? Qu’est-ce qu’une clause vidant une obligation de sa substance ? Les commentaires constituant le présent ouvrage tentent de les identifier et de les lever à l’occasion de la présentation des nou-veaux articles.
[Thibault Douville]