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LES FEMMES RESISTENT AU CRIME

De
191 pages
Incontestablement, les femmes résistent au crime. L'approche transdisciplinaire du phénomène criminel féminin invite à un triple constat : les femmes bénéficient d'une personnalité orientée vers la sociabilité, la douceur ; celles qui deviennent criminelles présentent des défaillances psycho-culturelles et sociales profondes. A leur égard, la réaction sociale apparaît d'une sévérité certaine, sans nécessité réelle aux transgressions observées. C'est à la compréhension de tous ces aspects que l'ouvrage est dédié. Dans ce domaine, l'approche scientifique est le seul rempart aux appréciations hâtives et non fondées.
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LES FEMMES RESISTENT AU CRIME

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Éditions l'Harmattan, 1997
ISBN: 2-7384- 5302-3

Robert Cano

LES FEMMES

RESISTENT AU CRIME

L'Harmattan
5-7 rue de l'École Polytechnique
t

75005 Paris

- FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Autres ouvrages du Groupe de Réflexions T ransdisciplinaires aux éditions lriarmattan

- Du

cosmos à lÏ1omme, comprendre la complexité (autour de Jean-Jacques SaIomon, Hubert Reeves, Isabelle Stengers, René Passet, etc...), 1991

- Le - Les

Cerveau, la Machine-Pensée, défis de la complexité.

D. de Béchillon (Ed.), 1993

sance, Denys de Bécnillon (Dir.), 1994

Vers un nouveau paradigme de la connais-

-Pour une approchesciences crimlne]Jes, du phénomène globale et intégrée dlntroductlon aux
Robert Cario, 1996

criminel Essai

-Jeunes

Cario, 1996

déllnquants. A la recherche de la socialisation perdue, Robert

du même auteur

La criminalité des femmes (Dir.), Erès 1989 La Pers~nnalité criminelle (co-Dir.), Erès 1991
Femmes et criminelles, Erès 1992

La peine de mort au seuil du troisième millénaire (Dir.), Erès 1993 ; La pena de muerte en el umbral dd tercer milenio, Edersa, Madrid, 1996
Pour une approche globale et intégrée du phénomène crimind. Essai d'introduction aux sciences criminelles, L'Harmattan 1996

Jeunes délinquants. A la recherche de la socialisation perdue, L'Harmattan, 1996

à Annie pour son amour de ]'une comme de ]autre

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PRINCIPALES ABREVIATIONS

Adde ....................... AF.C. ..................... AI. C. ...................... AI.D.P. .................. Al. ............. AP.A V.I............... ARC.A ................ Arch. Phil. Droit. Arch. PoL Crim...
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Ahal~se factorielle des correspondances Annâles internationales de cnminologie .. Association internationale de droit Pénal Alinéa Association paloise d'aide aux victimes d'infractions Association régionale de criminologie d'Aquitaine Archives de philosophie du droit Archives de Politique criminelle Article Annuaire statistique de la justice BtÙletin BtÙletin des arrêts de la Cour de cassation (Chambre criminelle) Cour d'appel Cour d'assises Cour de cassation Convention européenne des droits de l'homme ç:en.tre ~e recl}ercl1essociologiques sur le droit et les mstItutIons penales Confer Compte général annuel de l'administration de la justice pénale Chapitre C hrof1~qj1e ,. . , . . d C omtte ue lia!Son des asSOCIatIonsde contro le JU iCIatre Centre national d'études et de recherches pénitentiaire Centre national d'information sur les drOits des femmes Commission Nationale de l'Informatique et des libertés Centre national d'observation de Fresnes Conseil national de prévention de la délinquanc,e Conseil national des villes Collection Comparez SolutIon contraire C odepéI;~ .. r, , , C entre ,Penltenttatre remtnm d e R ennes Comite post-I?énal et d'assistance aux libérés Code de procédure pénale Centre de Recherche Interdisciplinaire de Vaucresson Comité technique national d'études et de recherches sur les handica~s et les inadaptations Recueil Dalloz Décret Direction d~~rtementale de l'action sanitaire et sociale OuvJ:'agepublié sous la direction de... Drolt Déviance et société (revue) Editions, éditeur Eodem loco, même référence, même endroit Collo,que F~es, féminisme et recherche (Toulouse 12/1982) Fondation internationale Eénale et pénitentiaire Institut eur9péen sur la prévention et le contrôle du crime d'Helsinki Ibidem, même référence Institut des hautes études sur la sécurité intérieure Institut national d'aide aux victimes et de médiation I~stitut national d'études démographiques Cl-dessous
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Librairie générale de droit et de jurisprudence Ministère de la justice Numéro Nouveau code pénal Notamment Observatoire International des Prisons Qpere citato, Ouvrage, article... déjà cité Ordonnance P age(s). , p rotecnon JU ctatte de la Jeunesse di Programmes locaux d'habItat Polycopié (ronéoté) Pennanence d'orientation pénale Presses universitaires de France Rapport annuel de l'administration péttitentiaire Rapport , R evue d e dr Olt PClf.- al et de cnnuno logle ' Revue Revue Héttitentiaire et de droit pénal Revue ae science criminelle et de droit péttal comparé Revue française de droit administratif Revue française de sociologie Revue internationale de cnminologie et de police technique Revue internationale de droit pétta1 Revue internationale des sciences sociales Revue trimestrielle des droits de l'homme Service de la communication, des études et des relations internationales ( Adm. péttitentiaire) Service éducatif auprès du tribunal Service des études, de la documentation et des statistiIDIes) Service d',études pén~es et de criminologie (Cf C.E.s.D.I.P.) Revue SClences numames Société internationale de défense sociale Société internationale de criminologie
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Ci-dessus Service médico-psychologique régional Tome Tribunal de grande instance Unité pour malades difficiles Université Unité de consultations et de soins ambulatoires Voir Volume

Introduction

Les femmes résistent au crime. Incontestablement. Les chiffres disponibles, malgré leurs imperfections notoires, sont très explicites. Et ce constat, à l'énoncé sans doute racoleur, est durable. Très curieusement, une telle résistance, si positive, ne semble intéresser personne. L'argument le plus avoué souligne qu'à cause du petit nombre de femmes criminelles, aucune généralisation explicative ne peut en être tirée. Too few to count l en d'autres termes. Quelle grossière erreur car, en l'espèce, Small is really beautifü1 ! Alors, est-ce la crainte de devoir reconnaître que les femmes sont plus sociables, plus altruistes, plus douces... - que les hommes - qui empêche la poursuite d'études scientifiques, rares tout au long de ce siècle et en France pour le moins, sur les mécanismes qui déterminent une telle bénéfique résistance à l'agressivité dirigée contre autrui 2 ? Les manuels de sciences criminelles,
I. V. E. AOELBERG and C. CURRIE, Too few to count: canadian women in conflict with the law, Press gang Publishers, 1987, Vancouver, 253 p. 2. V. C. GRANIER,La fêmme criminelle, Ed. Doin, 1906, 468 p. ; A.M FLEUR, La Maison centrale de Haguenau dans le cadre de la réfonne pénitentiaire, Thèse, Unîv. Strasbourg, Impr. réunies, 1956, 205 p. ; M BRÉGEON,Approche criminologique et traitement de la criminalité féminine, Thèse, Univ. Rennes, Impr. Adm. Melun,1967, 261 p. ; C. LESSELIER,es femmes et la pnson. 1818-1939, Thèse, l

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Les fémmes résistent au crime

au sens large, ne corrigent guère cette scotomisation de la variable sexe. La consultation des sommaires comme des index est particulièrement édifiante à cet égard. Si les média ne répugnent généralement pas à développer le fait divers, rares sont ceux qui tentent d'interpréter le phénomène autrement que par référence aux premiers travaux de criminologie clinique 3? Les expériences vécues par d'anciennes criminelles ou détenues demeurent confidentielles 4, celles des personnels ne faisant l'objet que de communications ponctuelles. Les expertises menées par les organismes internationaux ou régionaux se crispent sur la masse des activités criminelles masculines et les conditions de leur prise en charge, les commentaires comme les visites s'arrêtant, trop souvent, aux portes des prisons de femmes 5. Ignorées de la science comme du grand public, la
Univ. Paris VII, 1982, multigraph., 587 p. ; R. CARIa, La criminalité des fémmes. Approche différentieUe, Thèse, Univ. Pau, 1985, multigraph., 398 et 221 p.; C. ROSTAING, Pnson de femmes. Les échanges et les marges de manoeuvre dans une institution contraignante, Thèse, E.H.E.S.S., 1994, multigraph., 517 p. ; V. également, MJ. DHAVERNAS, « La délinquance des femmés », in Questions féminIstes, 1978-4, pp. 55-84 ; C. FAUGERON,Femmes victimes. Femmes délinquantes, pub. S.E.P.C., 1982, multigraph., 28 p.; M LE PÉRON, « Le double enfennement des femmes détenues », in Hommes et libertés, 1984-33, pp. 22-25. 3. V. cependant M MATHIEU, Pnsons de femmes, Ed. Marabout, 1987, 221 p. ; G. GINSBERG,Des femmes et des pnsons, Ed. Ramsay, 1992, 247 p. 4. V. not. les oeuvres d'A. SARRAZINcomme L'astragale, La cavale, La traversière, Bilions de pnsons, publiées dans le Livre de poche, n° 2418, 2603, 2705, 5405 ; N. GERARD,Sept ans de pénitence, Ed. J'ai lu, 1972, 561 p. ; C. ERHEL et C. LEGUAY,Pnsonnières, Ed. Stock, 1977, 278 p. ; M FRADIN, Le chagrin et pas de pitié, Ed. Flammarion, 1980, 220 p. ; N. DUCHÉ et A. GRANSAC,Pnsonsde

fêmmes, Ed. Denoël, 1982, 236 p. ; M MARIN,Le quartierdesmaudites,Eel Fixot,
1991, 285 p. 5. V. néanmoins les quelques travaux, sans doute les seuls, effectués au sein du Conseil de l'Europe, La criminalité des femmes en République Fédérale d'AUemagne, en Italie, en Angleterre et au Pays de Galles, pub. Comité européen pour les problèmes criminels, multigraph., 1980, 4, 103, 55 et 4 p. ; Au sein des Nations Unies, sous la direction de L. DE CATALDO, Research on female offenders in contemporary cnininal justice systems (Phase I, Point I) pub. I.S.P.A.C.,multigraph., 1994, 129 p. ; V. également Rapport 1996. Les conditions de détention des personnes incarcérées, pub. Observatoire International des Prisons, multigraph., 1996, 231 p.

Introduction

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culpabilité des femmes apparaît encore plus symbolique, leur isolement social plus marqué, leur enfermement plus opaque, leur désespoir plus profond. A côté de la pléthore de travaux, commentaires, recommandations de toutes sortes consacrés aux délinquants de sexe masculin, les femmes semblent bien laissées pour compte, une fois encore. En ce domaine comme en de nombreux autres, la domination masculine s'étale, ambitieuse au point d'ignorer (ou de feindre d'ignorer) l'essentiel: les femmes (a) résistent (b ) au crime (c). a) Les kmmes résistent au crime

Dans l'étude qui s'annonce, il va en effet s'agir d'analyser la résistance des femmes à la criminalité, non pas au regard du sexe stricto sensu mais du genre, voire de la classe de sexe des intéressées. Le sexe et le genre sont traditionnellement confondus dans nos disciplines. Ils sont pourtant bien .distincts. Au sexe biologique s'oppose le sexe social. Le genre, c'est l'identité sociale associée à chaque sexe 6. TIconvient donc de placer r étude des femmes criminelles dans une perspective globale, le sexe n' étantfmalement qu'une variable biologique, le genre une variable politique, sociale et culturelle. Interdépendantes. Comme on devient femme, comme on devient homme, on est susceptible de devenir criminel(le). Les recherches féministes ont pris un essor considérable à partir des années soixante, dans toutes les disciplines scientifiques. De manière systématique, les modalités de la domination masculine ont été disséquées. Toujours' avec passion, souvent avec justesse. « Comment, s'interroge Françoise Héritier, de la différence anatomique et physiologique objective, matérielle, irréfutable des sexes offerte à l'observation de tout temps, passe-t-on, dans l'histoire de l' Homo sapiens, à la hiérarchie, à la catégorisation en opposition de type binaire, et à la valorisation ou à

6. V. S. Roy, D. LABERGE, MM COUSINEAU, réincarcérations multi« Les pIes: proftl sexué d'un groupe de justiciables », in CriminologIe, 1992, xxv -I, pp. 101-117 et spé. p. 115; N. NAFFINE, Gender, crime and kminism, Darmouth, 1995, 469 p. ; D. LABERGE, Sexe, genre et classe de sexe: quelques interpellations « au droit pénal », in Femmes et droit pénal, Dev. et Société, 1992, 16-3, p. 271 et s. ; C. ROSTAING, op. CIe.,p. 22 ; B. MAJNONI D'!NTIGNANO, Femmes, si vous saviez , Ed. de Fallois, 1996, 399 p.

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Les femmes résistent au crime

la dévalorisation de ces catégories selon qu'elles sont appliquées au mas-

culin ou au féminin» 7 ? Des évolutions considérables ont accompagné,
en droit, ces remises en question des privilèges confISqués par les uns, des inégalités subséquentes subies par les autres. Des abus persistent encore, en fait, sans aucune justification, sinon la pérennité de la domination, le refus de partager les pouvoirs. Simone de Beauvoir l'avait pertinemment souligné, en remarquant que « c'est un criminel paradoxe que de refuser à la femme toute activité publique, de lui fermer les carrières masculines, de proclamer en tous domaines son incapacité et de lui confier la tâche la plus délicate, la plus grave qu( soit: la formation d'un être humain» 8. Les débats actuels sur la manière dont doivent se répartir les responsabilités (au sens large) en termes de quotas, de parité, d'équité, d'égalité, d'universalité en sont de criantes illustrations. Ils ne cesseront que lorsque sera promue une égalité réelle, des droits, des devoirs et des chances entre les femmes et les hommes. A la fois différents et semblables, mêmes et autres, les genres féminin et masculin n'ont-ils pas une vocation naturelle et culturelle à s'épanouir dans la complémentarité 9 ? Concernant les relations entretenues par les femmes avec le crime, les recherches féministes ont rénové profondément les doctrines dominantes, en s'intéressant aux aspects différentiels de la socialisation des femmes, des rôles sociaux qu'elles assument et des opportunités criminelles

7. F. HÉRITIER, Masculin/Féminin. La pensée de la difference, Ed. O. Jacob, 1996, p. 291. 8. Le deuxième sexe, Torne 2, 1949, Ed. Gallimard, coll. Idées, p. 198. 9. Sur cette question fondamentale, V. not. G. FRAISSE,La difference des sexes,

PUP, Philosophies,1996, p. 121 ; O. THIBAUT,ln Le Fait féminin. Qu'est-ce
qu'une femme ~ sous la direction d'E. SULLEROT,Ed. Fayard, 1978, p. 218; C. AUBINet H. GISSEROT,Les femmes en France. Rapport établi par la France en vue de la quatn'ème conférence mondiale sur les femmes, La Documentation française, coll. des Rapports officiels, 1994, 149 p. ; E. PISIER, « Universalité contre parité », in Le Monde 8 fév. 1996/13 ; E. BADINTER, Non aux quotas de femmes », in Le « Monde 12 juin 1996/1-15.

Introduction

IS

susceptibles d'en découler 10. Par des critiques scientifiques constructives, nombre de ces travaux ont battu en brèche les explications les plus rétrogrades et misogynes qui sévissaient (qui sévissent parfois encore) relativement à leurs activités criminelles et, particulièrement, à leur r&sistance au crime. b) Les femmes résistent au crime A tous les niveaux d'observation, cette aff1ITI1ation est vérifiée. Les femmes représentent de 4 à 12 % des populations sélectionnées, qu'elles soient prises en charge par l'Administration pénitentiaire, la justice ou la police judiciaire. Une telle résistance est culturelle, les femmes s'arrêtant volontairement sur le chemin du crime. Elles supportent, en d'autres termes, sans faiblir les stimuli douloureux en provenance de l'environnement. Et lorsque l'attente en tension est trop forte, elles réagissent par une agressivité généralement retournée contre elle-même plutôt que dirigée vers autrui. Cette résistance positive provient des caractéristiques de socialisation propre à leur genre, de nature à' favoriser le développement d'une personnalité dont les traits psychologiques majeurs invitent, principalement, à l'affectivité, l'allocentrisme, la tolérance, la solidarité. Cette triviale réalité se vérifie aujourd'hui encore, immédiatement autour de nous. De telles interactions entre l'apprentissage des rôles sociaux et la formation de la personnalité des femmes constituent la meilleure explication, en l'état actuel des connaissances, à la relative stabilité de leur participation à la criminalité depuis de nombreuses décennies (en dehors des périodes de conflits armés comme on r observera plus loin). On ne saurait nier qu'en chiffres bruts des augmentations s'observent. Mais sans commune
10. V. not. F. HEIDENSOHN, « The deviance of women: a critique and an inquiry », in Bntish journal ofsociology, 1968, vol. 19-2, pp. 160-176; Women and

crime,Ed. Macmillan,London, 1985, 213 p. ; C. SMART,Women crime and en:'
minology. A fêminist cntique, Sage publications, London, 1976, 208 p.; MA. BERTRAND, La fêmme et le crime, Ed. L'Aurore et rUnivers, Montréal, 1979, 224 p. ; Comp. L. SNIDER, « Effets pervers de certaines luttes féministes sur le contrôle social », in Les femmes et le contrôle pénal. Questions féministes, R e~ CrimI:' nologie, 1992, XXV-l, pp. 5-25 et 1992-2, pp. 155-160.

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Les fêmmes résistent au crime

mesure avec les prédictions de certains auteurs II, ou avec les constatations empiriques d'autres chercheurs 12. Ainsi, la population pénale féminine, pour indiquer une baisse très nette depuis 1946 en pourcentage relatif (de 18,2 % au 1er janvier 1946 à 4 % en 1996) a triplé en chif... fres bruts 13 depuis le 1er janvier 1976 : de 723 prisonnières à 2 217 au 1er janvier 1996. Dans le même temps, les statistiques policières et judiciaires affichent, en pourcentage relatif comme en chiffres absolus, une diminution sensible des prises en charge. Ainsi, en matière de criminalité apparente les femmes représentaient 19 % des personnes mises en cause en 1985, soit 175 860 femmes, contre 110 120 en 1994, soit 14,2 %; en matière de criminalité légale, 103 474 femmes condamnées en 1985 (soit 14,1 %) contre 57 127 en 1993 (soit 10,3 %) 14. De tels mou~ements, apparents également chez les criminels de sexe masculin, sont d'interprétation délicate. De multiples explications peuvent les sous-tendre, souvent de manière cumulative: accroissement réel des activités criminelles, plus grande gravité des actes posés, recomposi1I. En ce sens, certains auteurs ont cru pouvoir pronostiquer que rentrée massive des femmes dans la vie sociale ne manquerait pas de provoquer une augmentation corrélative de leur criminalité. V. par ex. J.M BESSE1TE,Sociologie du crime, PUF,

ColI. Le sociologue, 1982, p. 29 ; V. également E. DE GREEFF, ntroduction à la I
criminologie, Ed. Vandenplas, 1946,p. 169; E.H. SlITHERLAND et D.R. CRESSEY, Principes de criminologie, Ed. Cujas, 1966, p. 123 ; J. LÉAlITÉ, Criminologie et science pénitentiaire,PUF, 1972, p. 419 ; V. dans le même sens F. ADLER, Sisters in crime. The nse 'of the new kmale criminal McGraw-Hill Book Company, 1975, p. 3 et s.; F. ADLER and R. J. SIMON, The criminology of deviant women,

Houghton Mifflin company, 1979, pp. 137-138, 407-418 ; F. ADLER, he inciT
dence of lémale criminality in the contemporary world, New York Univ. Press, 1981, 287 p. ; J. LARGUIER,Criminologie et science pénitentiaire, Mémentos Dalloz, 7ème éd. 1994, p. 40 et s. ; R. DUFOUR-GOMPERS,Dictionnaire de la violence et du crime, Ed. Erès, 1992, p. 163. 12. V. récemment L. DE CATALDO,op. clt.,129 p.; de la même auteure, Datti e tendenze della criminalità femminae in prospettiva internazionale, ln Actes du colloque de Siracusa, 'La criminalita lémminile tra.stereotipi culturali e malintese realta, I.S.I.S.C.jGiuffré E.d., 1997, en cours de parution. 13. Le pourcentage relatif exprime la part des femmes par rapport à r ensemble des criminels. Les chiffres bruts indiquent le nombre total de femmes concernées. 14.V. In/Ta, Chap. I et 4.

Introduction

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tion interne des activités déployées, meilleure reportabilité des victimisations, mise en, place ou amélioration des instruments de cueillette des faits observés, sévérité accrue ou moindre indulgence des agences de contrôle social, évolution des incriminations, déplacements des priorités dans la lutte contre le crime, aggravation de la vulnérabilité et de la précarité des intéressés... A défaut d'approche scientifique reposant sur une méthodologie rigoureuse et adaptée au phénomène observé, la plupart de ces interrogations demeureront sans réponse fiable. D'autant plus que le crime comme les criminelles constituent des objets d' étude d'une réelle complexité. c) Les femmes résistent au crime Le crime peut être défmi comme une atteinte grave à une valeur sociale établie comme fondamentale pour la pérennité de l'harmonie sociale 15. Les actes criminalisés doivent, en ce sens, respecter les principes de justice et d'utilité qui gouvernent tout système de justice pénale démocratique. Le concept criminologique de crime englobe certainement, au sens juridique des termes, les crimes et les délits graves contre les personnes, les biens, les moeurs et l'autorité publique. Les infractions de petite délinquance et les contraventions, participant davantage de manquements, certes inacceptables, à la discipline sociale ne devraient pas alimenter le contentieux pénal. C'est de l'amalgame entre ces différentes notions que proviennent la plupart des dysfonctionnements du système de justice pénale, manifestes lors de la saisine des autorités de poursuite, du déroulement de la procédure, des décisions rendues et de leur exécution. Par le crime éprouvé, par le passage à l'acte criminel, la différence du criminel se cristallise, inévitablement: ni idéologique, ni biologique, simplement et tristement psycho-culturelle. Mais seule une différence de degré, en aucun cas de nature, sépare les délinquants des abstinents;
IS. V. R. CARIO, Pour une approche globale et intégrée du phénomène criminel Essai d'introduction aux sciences crimineUes~ L'Hannattan, Coll. du GRT, 1996 Ed. a, p. 80 et s.

18

Les femmes résistent au crime

comme elle sépare les criminels selon leur genre. Cette différence de degré atteste d'un seuil délinquantiel moins élevé chez celles et ceux qui passent à l'acte. Cette différence de degré exprime surtout une structure de personnalité particulière aux criminel(le )s, dont les traits psychologiques principaux sont acquis et consolidés en socio-culture. Les femmes qui deviennent criminelles présentent une telle personnalité criminopathique, aux traits sans doute moins exacerbés, les femmes répugnant à recourir à la violence, y compris dans les actes les plus graves. Leurs activités criminelles le conflITI1ent très nettement: infractions contre les biens et l'autorité dans neuf cas sur dix ; infractions contre les personnes, les moeurs et la famille dans moins d'un cas sur dix. TI importe cependant de préciser immédiatement que la mise en évidence de traits psychologiques particuliers aux criminelles n'a de sens qu'au regard des transgressions gravissimes. Elle est sans intérêt en matière de petite délinquance, dont le contentieux est artificiellement rattaché à la justice pénale. La remarque est d'autant plus d'importance que, toutes catégories d'infractions confondues, les crimes (au sens pénal) ne représentent que 3,3% des condamnations prononcées contre les femmes en 1992. La structuration de la personnalité des femmes criminelles dépend fortement des défaillances de leur socialisation, extrêmement pauvre aux plans affectif: éducatif: socio-professionnel et culturel. Les incontestables avancées sociales et culturelles que notre pays a connues au cours des dernières décennies leur ont rarement profité. Au contraire, les milieux d'où sont issues les femmes qui deviennent criminelles sont de plus en plus marqués par la précarité, par l'exclusion, envisagée sous sa double dimension de construction sociale mais aussi de processus biographique de marginalisation 16. Le crime est alors vécu comme la seule action efficace sur l'environnement pour obtenir la satisfaction des besoins socio-culturels, par appropriation ou élimination de la personne ou de l'objet considéré comme gratifiant. On ne devient et on ne demeure pas 16. V. « Y-a-t-il des exclus? L'exclusion en débat », in Rev. Lien social et politiques/R.LA.C, 1995/34, 170 p. ; S. PAUGAM, « La constitution d'un paradigme »,
in S. PAUGAM (Du.), L exclusion. L'état des savoirs, Ed. La découverte, 1996, pp.
7 - 1 9 ; C. DUBAR, « Socialisation et processus », eod loc., pp. 1 1 1- I 19.

IntroduCtion

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criminel par hasard, comme le souligne si justement Marie-Thérèse Mazerol: «Aboutissement de tout un ensemble de circonstances de vie personnelles et situationnelles, le crime n'est pratiquement jamais une conduite fortuite; il s'inscrit dans la trame d'une existence qui l'a prépa~ ré et qui le plus souvent se poursuivra marquée par lui »17. Le crime apparaît ainsi profondément humain, d'une extrême complexité 18 par voie de conséquence. Les explications mono-disciplinaires, en criminologie comme ailleurs, ne résistent pas à la critique de leur réductionnisme 19. Le crime impose une stratégie d'approche globale et intégrée. Par une meilleure connaissance transdisciplinaire 20 des processus de socialisation, de consolidation de la personnalité, des mécanismes du passage à l'acte, il deviendra possible de mettre en place des programmes et de développer des actions de prévention de la criminalité en général. De la même manière, la réaction sociale au crime pourra être davantage proportionnée aux faits et mieux adaptée à la personnalité de leurs auteurs, ce dont on peut douter actuellement. Les réponses sociales à la criminalité des femmes (massivement délictuelles contre les biens) sont en effet épuisées par les peines privatives de liberté (fermes ou avec sursis dans cinq cas sur dix) et l'amende (dans quatre cas sur dix). A l'extrême sévérité des premières répond l'insignifiante utilité pédagogique des secondes. La sévérité des condam-

17. Evolution et devenir du criminel Ed. Le Centurion, 1977, coll. Justice humaine, p. 285. 18. v. ~. Morin, Introduction à la pensée complexe, E.5.F. Ed., 1974, 158 p. 19. V. sur ce point, H. LABORIT,La colombe assassinée, Ed. Grasset, 1983, p.

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«

Le réductionnisme consiste à couper la commande extérieure à un niveau

d'organisation, la commande extérieure au système que l'on observe et à croire qu'en décrivant le fonctionnement de ce niveau d'organisation isolé, on a compris l'ensemble du fonctionnement du système » ; E. MORIN, (La méthode. 3. La connaissance de la connaissance, Ed. Le Seuil, Coll. Points, 1986, 249 p.) stigmatise dans le même sens « le cloisonnement disciplinaire», p. 12; V. également du même auteur, La méthode. I. La nature de la nature, Ed. Le Seuil, 1977, not. p. 123 et s. 20. Sur « fattitude transdisciplinaire », V. not. J. Deschamps, Savoir et/ou pouvoir. Essai sur la démarche scientifico-technique, Pub. Univ. Pau, 1996, p. 29 et s.

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Les kmmes résistent au cnme

nations à l'emprisonnement (plus exceptionnellement à la réclusion en matière de crime), s'exprime au travers des conditions d'incarcération des femmes condamnées (éloignement géographique et durée supérieure de la peine effectivement purgée notamment). Elle transparaît surtout dans l'absence de proportionnalité entre cette peine (hiérarchiquement supérieure dans notre arsenal répressif) et les faits reprochés, massivement délictuels. Cette sévérité est d'autant moins opportune que la plupart des condamnées sont mères de famille. La séparation provoquée par l'incarcération de la mère perturbe, lourdement et très anormalement, la socialisation des enfants concernés. Quelques auteurs soulignent encore que le traitement mis en place à l'égard des criminelles reconduit les stéréotypes sexuels 21. Les prisons seraient-elles « des caricatures de la condition faite aux femmes dans la société d'appartenance», interroge 22 ? Ne convient-il pas, dans de judicieusement Marie-Andrée Bertrand telles conditions, de limiter fortement le recours à l'emprisonnement des femmes? D'utiliser à leur égard la palette déjà riche, en droit positif: des mesures appliquées dans la communauté 23 ? La prison n'a pas toujours existé 24 et rien ne permet de penser qu'elle se perpétuera, dans de telles

21. Comp. M HAMELIN, Femmes et pnson, Ed. du Méridien, Montréal, 1989,

qui soulignep. 59 que « le rôle de la femme se perpétue même derrière les barreaux;
la 'resocialisation' a, chez la détenue, une signification simple: il faut lui inculquer certains standards de moralité (surtout sexuelle) et la préparer à reprendre son rôle de mère de famille dans la société ». 22. Etude comparée de pnsons pour kmmes en Aménque du Nord en Grande Bretagne et en Europe du Nord, Contribution présentée au Congrès International de criminologie, Budapest, 1993, par MA. BERTRAND,S. DION, C. DI PISA, A.B. FAGNAN,L. BIRON etJ. MCLEAN,multigraph., p. 15. 23. Comp. en ce sens L. BIRON, « Les femmes et l'incarcération: le temps n'arrange rien », in Criminologie, 1992, XXV-l, pp. 19-134; P. CARLEN,Altematives to womens impnsonmenc, Open Univ. Press, 1990, 137 p. 24. Sur la naissance de la prison, V. not. M FOUCAULT, Surveiller et punir. HIstoire de la pnson, Ed. Gallimard, 1976, 319 p.; M PERROT (Dir.), L'impossihle pnson, Ed. Le Seuil, 1980, 319 p. ; J.G. PETIT, Ces peines ohscures: lapnson pénale en France.1780-1875, Ed. Fayard,1990, 749 p. ; J.G. PETIT (Dir), Histoire des galères, hagnes et Pnsons. xmème-XX ème siècles, Ed. Privat, 1991, 368 p.