Les pôles de compétitivité dans le système français et européen

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Face aux mutations économiques nationales et internationales, cet ouvrage montre que seule une politique industrielle plaçant la recherche et le développement au premier rang des facteurs clés de la compétitivité, à travers la mobilisation forte des acteurs régionaux, organisés en pôles de partenariats institutionnels, serait capable de relancer l'économie française, voire européenne.
Publié le : lundi 1 janvier 2007
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EAN13 : 9782336265667
Nombre de pages : 198
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LES PÔLES DE COMPÉTITIVITÉ DANS LE SYSTÈME FRANÇAIS ET EUROPÉEN

Collection Administration et Aménagement du territoire dirigée par Jean-Claude Némery Professeurà l'Universitéde Reims Champagne-Ardenne Directeur du Centre de Recherchesur la DécentralisationTerritoriale GIS GRALECNRS Administrer, aménager le territoire constitue une des missions fondamentales des Etats modernes. Gérer les espaces de quotidienneté et de proximité dans le cadre de la décentralisation et de la démocratie locale, assurer le contrôle administratif et financier de l'action publique, anticiper l'avenir pour assurer un meilleur développement grâce à la prospective sont les objectifs essentiels des pouvoirs publics. Cette collection Administration et Aménagement du territoire doit répondre aux besoins de réflexions scientifiques et de débats sur cet ensemble de sujets.
Déjà parus Fabrice DHUME-SONZOGNI, La coopération dans les politiques publiques,2006. Carole EVRARD, Les agences de l'eau: Entre recentralisation et décentralisation, 2006. Marc LEROY, Eric PORTAL, (sous la dir.) Contrats, finances, territoires, 2006. Bernard GUESNIER et Christian LEMAIGNAN, Connaissance, solidarité, création. Le cercle d'or des territoires, 2006. Guy LOINGER, (sous la dir.), Développement des territoires et prospective stratégique, 2006 Christiane MARZELIER, Décentralisation Acte Il Chronique des assises des libertés locales, 2004. Jean-Michel BRICAULT, Le sous-préfet d'arrondissement. Elément de modernisation de l'Etat en France, 2004. Laurent DERBOULLES, (sous la dir.), Fonction publique d'Etat et Fonction publique territoriale: comparabilité et recrutements, 2004. Fabrice THURIOT, L'offre artistique et patrimoniale en région. Proximité et rayonnement culturels, 2004. François LEFEBVRE, Aménagement du territoire. Emergence d'un droit ?, 2004. Jean-Claude NEMERY (sous la dir.), Décentralisation et intercommunalité en France et en Europe, 2003.

Sous la direction de Jean-Claude NÉMER Y

LES PÔLES DE COMPÉTITIVITÉ DANS LE SYSTÈME FRANÇAIS ET EUROPÉEN

Approches sur les partenariats

institutionnels

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE

75005 Paris

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Adm. ; BP243, Université

KIN XI - RDC

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de Kinshasa

12

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr
2006 ISBN: 2-296-02486-6 978-2-296-02486-1 EAN : 9782296024861 @ L'Harmattan,

LES AUTEURS
Jean-Pierre BONNEL, Directeur-adjoint à l'Agence d'urbanisme développement de la région de Reims et de

Joseph CARLES, Professeur de management public à l'lEP de Toulouse, adjoint au maire de Blagnac Géraldine CHA VRIER, Professeur public à l'université adjointe du GRALE
Michèle CASCALES, Attachée auprès du directeur

de Lille II, directrice

Collectivités,

EDF

Daniel DARMON, Conseiller au développement économique à la DIACT Dominique-Paul DECOSTER, Chargée de cours et co-directrice de recherche à l'Université Libre de Bruxelles, Faculté des Sciences, Institut de Gestion de l'Environnement et d'Aménagement du Territoire Nadia DJEMOUAI, Chargée de mission développement économique à la communauté de communes des Crêtes pré-ardennaises Renaud EPSTEIN, Membre de l'ISP-GAPP (Institut des Sciences Sociales du Politique, Ecole Normale Supérieure de Cachan) et consultant
Laura GARCIA VITORIA, Présidente d'Arenotech, directrice européen des villes numériques

scientifique

du réseau

Frederike GROSS, Chercheur au Centre de recherche sur les politiques européennes (European Policies Research Centre) à Glasgow Hervé GROUD, Professeur de droit public, directeur-adjoint

du CRDT

Marc LEROY, Professeur de sociologie, directeur des études au CRDT Didier MARCOTTE Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences humaines Responsable du Pôle de recherche «Patrimoine, Culture, Institutions» Michael MURRAY, Professeur d'Aménagement University de Belfast

du

territoire

à

Queen's

Muriel MARTIN-DUPRA Y, Directrice générale adjointe, de la région Champagne-Ardenne Jean-Claude NEMERY, Professeur, directeur du CRDT, président du conseil scientifique du GRALE, coordinateur SPAN (Interreg IIIB), Fabrice THURIOT, Enseignant-chercheur au CRDT

Erich TILKORN Directeur de l'Aménagement du territoire et de l'économie au Gouvernement du District de Münster

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LA POLITIQUE DES POLES DE COMPETITIVITE ET DES POLES D'EXCELLENCE RURALE
Jean Claude Némery

Pourquoi engager un débat scientifique sur les partenariats institutionnels dans les pôles de compétitivité et dans les pôles d'excellence rurale? 1) Les pôles de compétitivité, une politique nationale de développement économique Ce recours à la notion de projet compétitif comme levier d'une dynamique de développement fondé sur un partenariat public-privé fort a déjà été expérimenté dans le cadre de la politique des « pôles de compétitivité ». La politique des « pôles de compétitivité» Les pôles de compétitivité constituent un des instruments de la politique industrielle engagé par l'Etat. Ils ont été définis lors d'un CIADT du 14 septembre 2004 sous la forme d'un appel à projets. 67 projets ont été retenus en 20051. Un pôle de compétitivité est la réunion, sur un espace géographique donné, d'entreprises, d'unités de recherche publiques ou privées et de centre de formation engagés dans une démarche partenariale destinée à dégager des synergies autour de projets innovants. Ces pôles doivent exploiter les relations de proximité pour tisser des réseaux. Les collectivités locales sont appelées à appuyer cette stratégie qui doit avoir un effet d'entraînement important pour le développement local. Coopération verticale et horizontale conditionnent la réussite du projet. Les régions, les agglomérations se sont fortement engagées
I Décision du CIADT du 12 juillet 2005. 55 projets de contrat par un CIADT du 14 octobre 2005. Cf. La lettre de la DATAR, 2005, n° 184.

dans cette démarche. Cet appel à projet a suscité beaucoup plus de réponses que prévu (105 au total).
La finalité de ces pôles est de stimuler la compétitivité industrielle et l' attractivité des territoires en confortant leurs capacités à imaginer les produits, les activités et les emplois de demain. Les moyens sont constitués des aides de l'Etat, des collectivités locales, sous la forme d'exonérations fiscales et d'allègement des charges sociales dans ces zones de recherche-développement2 ; Un comité de coordination représentant les différents partenaires doit proposer pour chaque pôle un contrat cadre portant sur :

. . .

.
priorités

La définition et la gouvernance du pôle (statut juridique...) La stratégie de développement économique du pôle et ses Une proposition de zonage Les modalités de suivi et d'évaluation du pôle.

Il est encore prématuré pour évaluer les résultats de cette nouvelle forme de partenariat mise en œuvre dans « les pôles de compétitivité ». L'Etat, par l'intermédiaire des préfets de Région, reste maître de la procédure. Les collectivités locales ont pourtant trouvé, dans ce processus, le moyen de concrétiser la réalisation de leurs propres objectifs. Coopération, complémentarité et partenariat sont les éléments fondateurs de ce type d'importants projets. 2) L'appropriation des pôles de compétitivité par les Régions dans une coopération interrégionale Quel est le rôle des acteurs publics et plus particulièrement des régions dans la définition de la mise en œuvre des pôles de compétitivité? Dans un numéro du courrier des maires et des élus locaux consacré à « l'annuel des régions» pour 2006 on est frappé par le

2

N. JACQUET, D. DARMON, « Les pôles de compétitivité. Le modèle
française, colI. Etudes n° 5225, 2005, 128 p.

français », Documentation

8

nombre des régions qui positionnent leurs pôles de compétitivité en tête des politiques régionales innovantes3. Ainsi l'Alsace se déclare en «pôles position ». «Puissants leviers de l'économie régionale, trois pôles de compétitivité confirment l'excellence alsacienne dans le domaine des fibres naturelles (avec la Lorraine) du véhicule du futur (avec la Franche-Comté) et l'innovation thérapeutique. Ces pôles permettront de doper la recherche et de modeler l'économie locale dans une économie de réseau. De nombreuses régions développent des arguments similaires. La région Aquitaine parie elle aussi sur ses pôles de compétitivité. La région conduit aussi une démarche volontariste de structuration des activités industrielles notamment par la définition des pôles de compétitivité. Le président Roussat ajoute «c'est bien entendu autour de la constitution de pôles de compétitivité qui se joue toute la mobilisation de l'institution régionale, résolument menée avec l'ensemble des partenaires locaux issus de la formation, de la recherche et de l'industrie. » le pôle aéronautique est commun aux régions Aquitaine et Midi-pyrénées. La Région Bretagne met aussi l'accent sur ses trois pôles à vocation nationale reconnus. La région Champagne-Ardenne remarque de la reconnaissance nationale d'un pôle partenarial « industrie et agro-ressources » à vocation nationale est une reconnaissance nationale et une carte fondamentale pour l'aménagement et le développement locale de Champagne Ardenne. Pour la région Franche-Comté les pôles de compétitivité ouvrent le chemin de l'excellence.« Source d'innovation et de travail coopératif, les pôles de compétitivité sont les armes qui renforcent l'économie régionale et la rendent compétitive au niveau international ». Pour la Région Picarde « les pôles montrant le cap la Région Provence-Alpes côte d'Azur se déclare forte de neuf pôles de compétitivité. La même constatation peut être faite à divers titres pour les autres régions.
3

L'annuel des régions 2006. Asso, des Régions de France, Le courrier des Maires

et des élus locaux. Avri12006.

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Il est donc intéressant de noter l'adhésion des régions à une politique de développement économique territoriale définie par l'Etat. Les régions se sont massivement invitées dans le processus des pôles de compétitivité. Elles ont accepté de jouer le jeu de l'interrégionalité, du partenariat avec le secteur privé, de l'engagement de la recherche. Ainsi, un domaine non référencé dans le volet économique de l'acte II de la décentralisation, les régions ont investi une action politique faite autour de points d'ancrage du développement plutôt que dans l'élaboration du schéma régional de développement économique nécessairement d'un contenu spéculatif. Passé ce premier stade de la définition des pôles de compétitivité, il est nécessaire désormais d'évaluer la concrétisation de leur mise en œuvre et l'attitude des différents partenaires dans cette phase opérationnelle. Tel est l'objectif essentiel de notre réunion scientifique. La création des «pôles d'excellence rurale» complète la réactivation de l'Etat des politiques d'aménagement du territoire. Ces projets destinés à favoriser le dynamisme des zones rurales au moyen d'une coopération renforcée peuvent, après avis d'une commission nationale, sur proposition du ministre chargé de l'agriculture et du ministre chargé de l'aménagement du territoire, se voir attribuer le label de pôle d'excellence rurale4. Le Comité interministériel d'aménagement et de développement du territoire du 12juillet a créé un dispositif parallèle à la politique des pôles de compétitivité, sous la forme d'une démarche spécifique au monde rural. Ce sont les pôles d'excellence rurale. Pour soutenir les dynamiques d'initiatives rurales, l'Etat a lancé par une circulaire du 9 décembre 2005 un appel à projets qui doit permettre de soutenir et de labelliser 300 projets en 2006 en deux vagues successives de sélections.

4

5 Circulaire n° 5119/56 du Premier ministre relative aux pôles d'excellence rurale. en date du 9 décembre 2005. la

Cf. décret du 12 avri12006relatif aux pôles d'excellence rurale, J.O. 14 avril.

«Toutes les mesures qui ont été prises se fondent sur une conviction: les territoires ruraux constituent des réservoirs de croissance et d'excellence au niveau national et contribuent à l'attractivité et au développement de la France ». Les projets pourront porter sur quatre thématiques: la promotion des richesses, naturelles, culturelles et touristiques, l'offre de services et l'accueil de nouvelles populations, l'essor technologique, pour des productions industrielles, artisanales et de services localisés.

Au 1er mars 2006, date de la première vague d'appel à projets,
342 porteurs de projets avaient présenté un dossier complet. Les projets relatifs au tourisme et au patrimoine sont les plus nombreux (41 % des dossiers) suivis par ceux concernant les bio-ressources (22 %), l'accueil et les services (19 %) et les technologies (18 %

t

Environ 200 dossiers sont portés par des établissements public intercommunaux, 90 par des pays, 19 par des groupes d'action locale du programme leader + et 14 par des départements, associations ou parcs naturels régionaux. La politique des pôles d'excellence rurale en est encore au stade de son lancement. Il faut attendre la première vague de labellisation pour analyser le processus engagé. Cette politique comme celle des pôles de compétitivité porte directement sur des projets et non plus sur l'aménagement global du territoire. Néanmoins, les différences sont substantielles. Les régions paraissent plus réservées à l'égard d'une politique vers le monde rural dans laquelle elles ne sont pas impliquées. Les pays ont eu à se mobiliser pour un domaine de leur charte de développement. Cette politique est-elle porteuse des mêmes potentialités que celle des pôles de compétitivité? C'est l'ensemble de ces problématiques que nous évoquerons tour à tour dans cet ouvrage selon une approche comparative.

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Source: La lettre de la DIACT 2006, n° 185. Il

LE MODÈLE FRANÇAIS DES PÔLES DE COMPÉTITIVITÉ Daniel Darmon

C'est dans un contexte particulièrement lourd que s'est engagée la réflexion sur les pôles de compétitivité à l'automne 2002. Il est aisé de s'en rappeler tant il vrai que nous n'en sommes pas vraiment sortis! Le début du siècle a en effet été marqué par une avalanche d'analyses peu engageantes: la substance industrielle de la France fondait comme neige au soleil dans un processus de désindustrialisation qu'accroissaient les délocalisations, l'attractivité de notre pays était affectée par une fiscalité annihilant tout projet d'investisseur étranger en France, la compétitivité de l'économie française était au plus mal, du reste le Franc avait dévissé sur la paroi du Pib ou du revenu par habitant. Et en plus, l'équipe de France avait lamentablement raté son mondial en Corée! Ce contexte a suscité de très nombreux rapports et travaux d'universitaires, de parlementaires, d'économistes réputés 1) ces travaux ont convergé pour conclure qu'il convenait d'être plus nuancé lorsqu'on prédisait la fin de l'économie française, beaucoup plus nuancé quant à l'ampleur de la désindustrialisation ou quant à l'impact des délocalisations à la fois inacceptables mais difficilement maîtrisables. 2) Ces travaux soulignaient également que l'une des clés de succès ou disons de la compétitivité réside dans l'innovation sous toutes ses formes et aujourd'hui plus encore dans l'innovation technologique. Plus aucune entreprise au monde est en mesure de disposer en son sein l'ensemble des savoir et des savoir faire qui lui sont stratégiquement nécessaire. Tout d'abord par ce que la recherche coûte de plus en plus cher - je vous fais grâce du prix d'une nouvelle molécule pharmaceutique - et qu'ensuite l'innovation

résulte de l'agencement de domaines très diversifiés: l'électronique, le génie logiciel, la biologie sont les ingrédients de base des biotechnologies... . 3) Revient également en force l'idée de masse critique ou plus généralement l'effet d'accumulation. La redécouverte de ce principe quasi physiologique a de quoi bouleverser la logique dans laquelle était établie la politique d'aménagement du territoire: Paris et le désert français. On redécouvre que l'effet de polarisation s'auto-entretient à partir d'un seuil qu'il faut pouvoir atteindre. 4) Enfin, il suffisait de regarder au-delà de l'Adriatique et des districts italiens pour s'apercevoir que dans le monde entier les systèmes productifs s'étaient réorganisés selon le modèle du Cluster porté en son temps par Michael Porter. Ce que nous découvrons aujourd'hui en France, beaucoup d'autres l'ont fait avant nous! C'est avec ce viatique qu'a progressivement été conçue la politique des pôles de compétitivité. A la réflexion trois dates en marquent le démarrage: >en septembre 2004 le gouvernement lance officiellement sa politique, met en place une enveloppe de 750 M€ et organise l'appel à projets "pôles de compétitivité". Au passage, il convient de noter que la constitution de cette enveloppe n'accroît pas d'un seul Euro le déficit de l'Etat puisque nous avons eu la sagesse de seulement demander aux ministères impliqués de flécher prioritairement sur les pôles que 25 à 30% de leurs crédits d'intervention habituels. Première bonne surprise: le 28 février 2005, date de clôture de l'appel à projets, 105 projets ont été enregistrés. Deuxième bonne surprise: le gotha de l'industrie française d'Air Bus à Thalès - a répondu à l'appel à projets. >deuxième date importante: le CIACt du 12 juillet 2005. Le gouvernement labellise 67 pôles, en distingue particulièrement 15 qualifiés de pôles mondiaux ou à vocation mondiale et double la mise en portant l'enveloppe de crédits à 1,5 Md €. 14

Sont élaborés dans les conditions que vous savez les contrats cadres et proposés le découpage des zones de R&D visées par l'article 24 de la loi de finances pour 2005 entérinés par de nouveaux Ciact en octobre puis décembre 2005. Au cours de cette période, c'est-à-dire au cours du ième semestre 2005, près de 316 M€ de crédits sont attribués ou, plus être plus exact, attribuables aux pôles labellisés le 12 juillet = près de Il M€ au titre du financement de l'animation et 296 M€ au titre du financement de la R&D, l'essentiel - près de 205 M€ ayant été "apportés" par l'ANR. ~ troisième date: le 6 mars 2006. Sensible aux avis parfois émis sur le ton de la critique au cours du dernier trimestre de l'année dernière, le gouvernement décide de simplifier le système de financement et d'augmenter les crédits directement dédiés aux projets de R&D des pôles par un prélèvement de 300 M€ sur le fonds d'affectation spécial. Désormais, les Il tuyaux de financement se réduisent à 4 : le fonds unique interministériel géré par le GTi dans le cadre du Fonds de compétitivité des Entreprises doté de 600 M€ pour 3 ans. Oséo anvar pour les projets collaboratifs de petits montants impliquant fortement les PME AlI pour les projets financièrement s'inscrivant dans les programmes arrêtés par l'agence lourds

L'ANR pour les projets intermédiaires dont la part académique est plus importante. Le premier appel à projets a permis d'examiner les 225 projets déposés et d'en financer au total 76 pour un montant total de près de 304 M€ émanant du fonds unique de l'AIl et d'Oséo Anvar et des collectivités pour un montant de 62 M€. Pour l'ANR - qui fonctionne par plusieurs dizaines d'appels à projets lancés en une seule salve, nous n'aurons les résultats qu'à la rentrée de septembre. Bien entendu, l'apport annoncé des 15

collectivités locales est tout à fait important et établi l'aide publique totale à environ 322 M€ pour une demande "spontanée" de l'ordre de 370 M€ et un investissement total de plus de 900 M€.

proches d'un projet sur 4 que sur 3 - pour ce type de concours.

place un peu au dessus des standards internationaux - plus

On remarquera qu'en sélectionnant

1 projet sur 3 le GTi se

Bien entendu, ce n'est pas assez, cela ne le sera jamais assez! Mais ce qui a été important, me semble t il, c'est que l'Etat a mis peu de temps pour choisir et que les différents protagonistes commencent réellement à travailler ensemble. Ensemble pour se mettre d'accord sur la qualité technique et stratégique des projets; ensemble pour les financements. Nous avons atteint un premier pallier. Il faut faire fonctionner le système, disons au moins sur 2006, afin de bien identifier les points d'amélioration nécessaires et possibles. Pour ma part, je continue de penser qu'il nous faudra lutter contre la tendance naturelle à l'interventionnisme public. Certes, l'Etat et les collectivités territoriales ont, pour ce qui les concerne, des stratégies propres qui s'expriment par le choix des projets qu'ils contribuent à financer... Enfin, il est raisonnable de le penser! Mais l'impulsion doit venir des acteurs eux-mêmes. Ceci accentue le rôle éminemment stratégique des gouvernances des pôles. C'est là que se joue l'identité technique de chaque pôle. L'affaire n'est évidemment pas simple car il faut pouvoir éviter que la labellisation des projets de R&D tourne, soit, au concours Lépine de l'innovation, soit, à la chasse gardée de quelques happy few par pôle. Ce n'est pas une tâche facile mais c'est elle qui assure la colonne vertébrale de chaque projet de pôle. Les collectivités publiques doivent donc trouver le bon dosage, la bonne posture qui permette le développement de chaque pôle. C'est évidemment plus difficile, et surtout plus nouveau, que l'interventionnisme dans lequel nous avons durant des lustres excellé!

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Pour sa part l'Etat sera vigilant à ce que ce ne soit par toujours les mêmes qui bénéficient de son soutien financier: la qualité technique, son inscription dans la stratégie de développement du pôle, la diversité des partenariats, la place des PME sont autant d'éléments dont nous devons tenir compte. Je voudrais pour finir souligner ce qui fait la spécificité de la politique française en la matière. ~ Tout d'abord il s'est agi d'une démarche assez structurée, en tous les cas plus que dans la plupart des pays, à l'exception peut être du Japon. Un cahier des charges précis a été établi sur la base duquel un appel à projets à été lancé et une double analyse technique minutieuse a été conduite par des experts (140) et des personnalités qualifiées (30). La formalisation de cette démarche visait un objectif là aussi très précis: le développement des projets collaboratifs de R&D à finalité économique. ~ Par ailleurs cette démarche s'inscrivait en rupture avec deux difficultés bien françaises: interroger les acteurs eux-mêmes en lieu et place de décider pour eux - bref, passer au bottom up - et chercher à rompre le cloisonnement entre les acteurs privés ainsi qu'entre ces dernières et le monde de la recherche et de l'enseignement. ~ Comme on peut le voir, la recherche et le développement ont été placé au centre du dispositif des pôles de compétitivité. Mais si l'innovation est centrale dans cette affaire, elle n'est pas que technologique. C'est à ce propos qu'on peut véritablement parler de "modèle français". En effet, le développement des pôles de compétitivité peut et doit se déployer sur d'autres dimensions: 1) en tout bien, tout honneur: l'aménagement du territoire. Ce n'est pas toujours le cas, mais certains pôles constituent ou peuvent constituer de puissants motifs d'aménagement d'un territoire. J'ai évidemment en tête le plateau de Saclay en Ile de France, mais il est certain que d'autres projets d'aménagement peuvent émerger du développement des pôles. A ce titre, un projet 17

de pôle peut porter un classiquement des zones extensions universitaires de favoriser le démarrage

schéma de développement comprenant d'activités, des zones de logements, des ou encore des équipements susceptibles d'entreprises.

2) parmi les sujets du moment, l'intelligence économique et plus encore la sécurité du même nom peuvent trouver dans les pôles un terrain propice à leur développement. Il est notamment très clair qu'il sera difficile de développer des projets de R&D collaboratifs sans qu'un protocole de confidentialité ne soit assuré aux protagonistes. A ce propos, le ministère de l'intérieur a décidé de lancer une expérimentation "en vraie grandeur" dans cinq pôles de compétitivité. Expérimentation dont la vocation est de fournir à l'ensemble des gouvernances de pôle les éléments minimum des procédures à mettre en place pour assurer des partenariats plus aisés entre grands groupes et PME à l'intérieur et à l'extérieur des pôles 3) la place des PME au sein des pôles doit faire l'objet d'un effort constant pour créer le bain culturel nécessaire à leur développement. Certes, les grands groupes doivent ou peuvent constituer les locomotives nécessaires au développement des pôles de compétitivité. Mais leur dynamique doit permettre d'entraîner un plus grand nombre de PME dans le sillage de la R&D. Sans en faire une loi d'airain, il convient de s'assurer que les PME participent effectivement à des projets de recherche & développement de nature à améliorer leur compétitivité et leur visibilité internationale. A ce propos, le premier dépouillement des réponses au second appels à projets lancé le 15 mars dernier et qui vient d'être clos, témoigne d'une forte présence des PME dans les projets de R&D déposés: Sur les 152 dossiers présentés, 98 comportent la participation d'au moins 1 PME. Bien entendu, cette statistique ne dit pas dans quelles conditions ces PME sont intégrées dans le partenariat, ce que sera leur rôle et, surtout, ce que sera le retour de leur implication. Pour autant, il s'agit d'un indice positif. 4) l'amélioration du capital social. Il est, en effet, important, que les pôles puissent constituer un creuset au sein duquel 18

l'amélioration de la qualification, mieux: l'employabilité des salariés, soit un objectif. Concevoir avec les milieux académiques et professionnels les formations nécessaires au développement des activités stratégiques du pôle; expérimenter comme le propose le ministre Larcher le prêt de salariés entre les partenaires des pôles; articuler les PRES, le RTRA prévus par la LOPR aux pôles de compétitivité, constituent autant d'éléments qui visent à passer du discours sur l'amélioration du capital social à la mise en place de dispositifs performants.
Conclusion

Sans doute pourrait on allonger cette liste des thèmes, certes périphériques au noyau central que constitue l'innovation scientifique et technique, mais qui finalement créeront l'identité de chaque pôle. S'il n'est pas certain qu'il faille imposer quoique ce soit en la matière, il est par contre nécessaire d'accompagner les initiatives qui pourront créer une sorte d'affectio societatis spécifique à chaque pôle de compétitivité. C'est probablement ici que les collectivités publiques peuvent apporter une impulsion en fonction des stratégies plus globales qu'elles poursuivent. C'est aussi là l'occasion d'exprimer des options fortes dans le cadre des futurs contrats de projets. Il convient sans doute de prendre la mesure du temps. Même si on en parle depuis longtemps, la mise en œuvre effective de la politique des pôles de compétitivité vient à peine de commencer. Et pour commencer, nous nous sommes attaqués à ce pourquoi les pôles ont été imaginés, à savoir le développement de l'innovation pour garantir un surcroît de compétitivité de l'offre française sur les marchés mondiaux. Mais autant cet objectif prioritaire a fait l'objet d'une formalisation précise, autant tout ce qui ne relève pas de la R&D reste à l'initiative des gouvernances et des collectivités locales. A chacun sa partition, à chacun selon ses moyens. L'essentiel étant de réussir. Je vous remercie.

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