Les Politiques Pénales (1958-1995)

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Stéphane Enguéléguélé prétend saisir comment sous la Ve république la stratégie pénale formelle s'élabore au fil des interactions entre les acteurs publics et une constellation d'acteurs privés. L'objectif est d'appréhender la construction des politiques pénales au croisement des rivalités et des arrangements entre les membres du système décisionnel pénal.
Publié le : jeudi 1 janvier 1998
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EAN13 : 9782296375987
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NOUVELLES TECHNOLOGIES COMMUNICATION
Impact sur les métiers

DE

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Séminaire organisé par: l'Observatoire des Nouvelles Technologies d'Information et de Communication et des Métiers CRITT Électronique et Communication, Lannion . Technopôle Anticipa de Lannion Musée des Télécommunications de Pleumeur-Bodou

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Collection Communication et Civilisation dirigée par Nicolas Pelissier
Comité de lecture: Agnès Chauveau, Arnaud Olivier Arifon, Christine Barats, Philippe Bouquillion, Philippe Le Guern, Tristan Mattelart, Cécile Meadel, Alain Milon. Dominique Pages, Francoise Papa

Mercier,

Design des couvertures:

Philippe

Quinton

La collection Communication et Civilisation, créée en septembre 1996, s'est donné un double objectif. D'une part, promouvoir des recherches originales menées sur l'information et la communication en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large. D'autre part, valoriser les études portant sur l'internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales, Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive le statut d'interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l'on se réfère à l'anthropologie, aux technosciences, à la philosophie ou à l'histoire, il s'agit de révéler la très grande diversité de l'approche communicationnelle des phénomènes humains, Cependant, ni l'information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants. Leur étude montre que toute société a besoin d'instances de médiation et qu'ils constituent des composantes à part entière du processus de civilisation, Or, à l'Ouest, à l'Est, au Nord et au Sud, ce processus admet des formes souvent spécifiques, parfois communes, mais toujours à découvrir. Sophie BACHMANN, L'éclatement de l'ORTF. Anne MAYÈRE, La société informationnelle. Hélène CARDY, Construire l'identité régionale, Philippe QUINTON, Design graphique et changement. Anne NIVAT, Quand les médias russes ont pris la parole. Dana RUDELlC-FERNANDEZ, Jeunes, Sida et langage. Marie-Christine MONNOYER, L'entreprise et l'outil informationnel. Gilles BRUNEL, Le tiers communicationnel. Pascal LEFEBVRE, Havas et l'audiovisuel. Kristian FEIGELSON, Nicolas PELlSSIER (sous la dir.), Télérévolutions culturelles, Chine, Europe Centrale, Russie, 1998. Maryline CRIVELLO-BOCCA, L'écran citoyen, 1998. Jean MOUCHON, La politique sous influence, 1998. Bernard LAMIZET, La médiation politique, 1998.
1998 ISBN: 2-7384-7236-2 @ L'Harmattan,

NOUVELLES TECHNOLOGIES COMMUNICATION
Impact sur les métiers

DE

Textes réunis par Daniel THIERRY

Observatoire des Nouvelles Technologies d'Information et de Communication et des Métiers CRAP/CNRS Université Rennes I L'Harmattan 5-7. rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE L 'Harmattan Inc. 55. rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

AVANT-PROPOS
Organisé par l'Observatoire des Nouvelles Technologies d'Information et Communication et des Métiers (ONTICM) de l'IUT de Lannion, le CRITT électronique et communication, la technopole Anticipa de Lannion et le Musée des télécommunications de Pleumeur-Bodou, le séminaire "Nouvelles technologies de communications: impact sur les métiers" a bénéficié du soutien du programme européen ADAPT. Plus de trois cents participants ont assisté entre le mois de novembre 1997 et le mois d'avril 1998 aux séances publiques consacrées aux thèmes suivants: Le télé-enseignement, ou la réorganisation pédagogique et physique de l'enseignement, par Sylvie CRAIPEAU, chercheur à l'Institut National des télécommunications.

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La presse locale assistée par ordinateur ou l'intérêt d'un mode coopératif de production de l'information, par Denis RUELLAN et Daniel THIERRY, chercheurs à l'IUT de Lannion. . Les communications mobiles à l'hôpital, ou la redistribution de l'offre de soins, par Sylvie TARROZI, chercheur au CNET de Grenoble. 5

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La télévision numérique, ou les possibilités d'une offre de programme régionaliséelthématisée, par Jacques GUYOT, chercheur à l'Université de Rennes 2.

Avant-propos

. Le musée numérisé, ou le virtuel au service des visiteurs, par Xavier PERROT chercheur à l'Université de Metz. Les arts numériques, ou quand les artistes rencontrent les nouvelles technologies d'information-communication, par Fred FOREST, artiste et chercheur à l'Université de Nice. Ces séminaires, animés par des spécialistes régionaux des sujets traités, ont rassemblé un public composé de chercheurs, d'utilisateurs et d'industriels concernés par l'évolution des pratiques et des métiers dans chacun de ces secteurs. Tous étaient invités à échanger leurs expériences et opinions à partir de la présentation de travaux sur les usages des nouvelles technologies menés par un chercheur en sciences humaines et sociales.

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POURQUOI

CE SÉMINAIRE?

Nouvelles technologies de communication: impact sur les métiers, ce titre résonne comme une question. Question prosaïque posée dans une perspective catastrophiste ; les nouvelles technologies, l'innovation en général, constituent-elles une menace permanente sur l'activité humaine? Question technique posée dans divers secteurs d'activité; les technologies évoluent, comment faut-il préparer les organisations aux mutations à venir? Question prospective pour les formateurs; à quels métiers devons nous former les professionnels du début du siècle prochain? Question de chercheur en sciences sociales; la communication et ses outils a-t-elle un effet déterminant sur l'organisation sociale? Pour les chercheurs de l'Observatoire des Nouvelles Technologies d'Information et de Communication et des Métiers, les réponses plurielles à la question de l'impact possible de l'innovation sur les métiers doivent être prises en compte. L'organisation de ce séminaire constitue une première étape possible dans la constitution d'espaces et de réseaux propices aux rencontres entre des publics hétérogènes. Nous avons choisi de partir de travaux de chercheurs en sciences sociales pour interroger les acteurs de multiples champs d'activité sur leurs expériences, sur leurs projets, sur leurs doutes. Bien évidemment la plupart des questions abordées ici, on déjà été discutées dans chaque secteur, dans des colloques scientifiques consacrés à la sociologie des usages. Mais qu'il s'agisse de l'Université ou de l'entreprise, la répétition des mêmes constats dans une multitude d'espaces clos 7

Pourquoi ce séminaire? demeure stérile. Et les fructueux espaces de confrontation sont forts rares. Ce séminaire propose avant tout d'ouvrir un temps d'échanges et de rencontres entre des individus et des univers qui n'ont pas de raisons de se rencontrer librement. Le séminaire n'est pas un lieu de représentation institutionnel, ni un lieu de négociation, ni un colloque promotionnel ou un espace médiatique. Il est ouvert à tous ceux qui s'interrogent et expérimentent en interrogeant les avenirs possibles pour leurs secteurs d'activité. La question de l'impact sur les métiers est centrale dans ce séminaire car elle conditionne les formations professionnelles, les équipements techniques à anticiper et aussi toute la structure des organisations professionnelles. Mais très rapidement ces questions ouvrent d'autres espaces de réflexion qui concernent la place occupée par les individus dans les réseaux de circulation de l'information, cette place est-elle confortée par une meilleure appréciation des situations ou au contraire est-elle réduite au profit de systèmes de traitement de l'information? Le territoire, fortement remis en cause dans son acception géographique et socio-professionnelle, peut-il se recomposer à travers de nouveaux outils de communication? Quelle sera la place des médias et de ceux qui construisent l'information entre la mondialisation des réseaux et le retour sur l'information de proximité? La production artistique et culturelle s'enrichira-t-elle de l'hybridation des technologies et d'une forme de virtualité ou sera-t-elle réduite à quelques marchandises électroniques? La réédition de ces interrogations vis-à-vis du développement des outils techniques n'a pas prétention à produire un nouveau savoir académique mais nous pensons qu'elle est nécessaire pour ceux et celles qui sont en train de construire de nouveaux usages professionnels. Comme nous ne saurions clore le séminaire par l'édiction de recommandations plus ou moins normatives, nous avons choisi de donner la parole à ceux que l'on ne convoque jamais dans les cercles de réflexion sérieux, à savoir les "artistes". Les regards rétrospectifs sur l'aventure technologique soulignent à quel point ils peuvent éclairer "la modernité" par l'impertinence de leurs propos mais surtout de leurs productions. Ce qui est indicible par la raison peut être transparent par leur création et, de ce point de vue, des pratiques artistiques "déroutantes" peuvent nous habituer à circuler en dehors 8

Pourquoi ce séminaire? des sentiers (et autoroutes) balisés. Au terme de ces quelques heures de libre échange, de rencontres inattendues ouvertes par le séminaire, les organisateurs souhaitent que des convergences d'intérêt se traduisent par une dynamique au sein de groupes d'intérêt se prolongeant par d'autres réunions dans d'autres espaces de débats.

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Professionnels invités au séminaire
Le télé-enseignement M. 1. LERAY, CNAM de Rennes

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La presse locale assistée par ordinateur M. I-P BOUCHER, Secrétaire Générale de la Rédaction (OuestFrance) M. B. BODDIC, Attaché multimédia à la rédaction en chef (OuestFrance) M. G. CARIA, rédaction technique (La Dépêche du Midi) M. B. CHALEIL, Directeur technique (L'Équipe) . M. B. FRINDEL, Secrétaire Général de la rédaction (Sud-Ouest) M. C. OLLIVIER, Directeur de l'information régionale (OuestFrance) M. L. PETITFRERE, Chargé des nouvelles technologies (La Voix Du Nord)

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La télévision numérique M. G. DUCHAFFAUT, CNET lannion M. Y. BOULOT, Thomcast . M. I-M. LE GUENNEC, TV Rennes . M. 1. BERNARD Master Productions (Quimper) M. FOLLOROU, AMF Productions (Perros-Guirec)

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Usages . des techniques
M. F. DEVIN,

de communication
Grenoble

mobiles

SOS Médecins,

M. G. BOBRIE, Pdt du Club des acteurs de Télémédecine en Bretagne
M. 1-1. FAIVRE, Coordinateur du projet REDMED, centre

hospitalier de Lannion Le musée numérisé M. G. CAMBRA, Télémuséum . M. A. CARIOU, Musée des beaux-arts, Quimper M. 1. POIX, Éditions Infogrammes . Mme C. WELGER, Université de Dijon

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Les arts numériques M. F. ADAM, artiste multimédia

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CHAPITRE I

LE TÉLÉ-ENSEIGNEMENT
ou la réorganisation pédagogique et physique de l'enseignement

Sylvie CRAIPEAU Institut National des Télécommunications Evry

Coordination et animation: Jean SEGUIN Directeur de l'Enssat de Lannion/ Comité de pilotage d'Oxalis-Bretagne

Introduction
Jean SEGUIN

LE TÉLÉ-ENSEIGNEMENT
ou la réorganisation pédagogique et physique de l'enseignement L'animateur du séminaire du jeudi 20 novembre 1997 sur le thème: le télé-enseignement ou la réorganisation pédagogique et physique de l'enseignement, se propose de respecter, avec son public, les objectifs des organisateurs de cet ensemble de séminaires sur : Nouvelles technologies de communications --> Impact sur les métiers

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à savoir: Étudier comment sont appropriées les nouvelles technologies d'information-communication par des utilisateurs divers. Faire le point sur les usages actuels et les développements probables, notamment en termes de création d'emplois et de métiers. En introduction, il est utile de situer les vents portant sur le TéléEnseignement dans une démarche plus large de cette fin de siècle en faveur de l'enseignement sur mesure. Ce vocabulaire n'est centré ni sur les paillettes de la technologie multimédia triomphante, ni sur le nombril de l'éducation nationale des officines ad-hoc et de leurs formateurs patentés. L'enseignement sur mesure est d'abord une utopie: on place 15

Télé-enseignement

l'apprenant (l'auditeur, l'élève, l'étudiant,...) au centre du dispositif, et selon son âge, sa situation sociale, son lieu d'habitation, ses moyens financiers, son temps disponible, on lui offre une prestation d'enseignement adaptée à ses besoins, ses goûts et ses envies. On fixe dès lors les ambitions à un haut niveau, et on ne parle pas de replâtrage de techniques éducatives existantes à l'aide d'emplâtres fussent-ils à haut débit ou de prothèses fussent-elles multimédia. On peut avancer, même de façon rapide et réductrice, que les nouvelles technologies d'information et de communication apportent à l'enseignement sous toutes ses formes: - de nouvelles possibilités de production de ressources, pour tous les médias, - de nouvelles possibilités d'organisation par des maillages de centres de ressources favorisant l'auto-formation, le tutorat, l'échange, - de nouvelles pratiques d'enseignement grâce à la télédistribution d'activités (les télé-cours), - de nouvelles possibilités de diffusion de supports de cours grâce à la télédiffusion de cours via la radio, la télévision et les réseaux type Internet. Ces technologies permettent, ou doivent permettre, d'atteindre un ou plusieurs objectifs, comme par exemple: - un abaissement des coûts, en atteignant un public plus large, - un abaissement des coûts, en augmentant l'efficacité, - un partage de l'excellence, en offrant les expertises les plus fines à des publics nouveaux, - en contribuant à l'aménagement du territoire et à une meilleure accessibilité individuelle et sociale, - en facilitant l'accessibilité du public d'entreprise à la formation permanente, - en facilitant l'accessibilité du public le plus large à la connaissance et à la culture, et ce à tous les âges, - en introduisant des stratégies pédagogiques de recours individualisées, permettant la diminution de l'échec scolaire, - en facilitant la formation de réseaux, y compris à l'échelle internationale.

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Jean SEGUIN

Avant même de se demander en quoi les pratiques des enseignants sont modifiées par les techniques de télé-enseignement, il est clair que pour atteindre les objectifs listés ci-dessus, d'autres métiers sont en cause pour: - savoir concevoir, faire et distribuer de la production multimédia éducative - organiser, faire l'accueil et la maintenance des centres de ressources ouverts au public - lutter contre l'analphabétisme technologique de l'école... Les autoroutes de l'information ne sont pas les seuls réseaux, les stations service du savoir, les gestionnaires des échangeurs ont aussi leurs réseaux... Il serait paradoxal d'envisager ces questions avec la seule motivation de l'enseignant qui fait une démarche individuelle d'ouverture aux nouvelles technologies. Cette démarche est indispensable dans un premier temps. Mais dans un monde qui impose la notion de qualité dans les actes de production et dans les services, un télé-enseignement labellisé ISO 90XX s'appuiera sur : - des professionnels de la production multimédia éducative, - des professionnels de la maintenance des matériels et des logiciels - des professionnels de l'organisation et de l'accueil - des formateurs de formateurs, des réseaux de professionnels. Dans la durée, il faudra se poser quelques questions essentielles: - de règles et de normes encadrant les méthodologies, systèmes et processus d'évaluation et de validation du produit multimédia par rapport à son contenu scientifique et pédagogique, - de normes de qualité sur les produits et les prestations. Ces évolutions sont contradictoires: mettre l'apprenant au centre du dispositif... mais en lui imposant un dispositif de médiation technologique souvent lourd. Il ne suffit pas de rendre un certain nombre de concepts familiers (tels que la classe, le tableau, le polycopié, la craie, le feuilletage du livre, la lettre,...) virtuels... Il faut garder la maîtrise du concret pour concrétiser ses propres objectifs...

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Télé-enseignen7ent

L'application de la technologie de la réalité virtuelle à l'apprentissage permet d'aller au-delà de la réalité manipulée, l'écran devient outil pour pénétrer l'invisible, la navigation ne se fait plus à la barre mais à la métaphore, et devant ces nouveaux laboratoires virtuels, il yale double risque de la "manipulation assistée" et de l'isolement de l'élève sur une nouvelle planète: celle de la solitude futelle au centre de l'univers du télé-enseignement. Quel paradoxe à l'heure de la communication: il s'agit donc bien de construire l'enseignement sur mesure avec de nouveaux outils, de nouveaux métiers, de nouveaux acteurs. Nouveaux acteurs? Nouveaux clients? Nouveaux consommateurs ? : place aux intervenants, et place au débat...

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Sylvie CRAIPEAU enseignant-chercheur Institut National des Télécommunications

TÉLÉ-ENSEIGNEMENT, TÉLÉFORMATION PRATIQUES DE CHANGEMENT/ CHANGEMENTS DE PRATIQUES
ParIer de l'impact du télé-enseignement, et de la téléformation, sur les pratiques des enseignants et formateurs, nécessite ce qui peut être considéré comme un détour: évoquer ce que signifie l'innovation technique, ou plutôt quelle est la dynamique, en particulier dans le domaine des techniques de l'information et de la communication, que nous nommerons "TIC", pour faire plus bref. Contrairement à ce qui est fréquemment exprimé, notamment dans les médias, l'innovation n'est pas le fruit naturel d'une technique qui s'imposerait "sui generis". Le développement du télé-enseignement n'est pas indépendant des pratiques et du cadre institutionnel. Sans entamer un débat, qui risquerait d'être fort long, sur le sujet, nous nous contenterons d'affirmer, en nous appuyant en particulier sur les travaux de Latour, Callon, Akrich, que "les objets techniques ont un contenu politique au sens où ils constituent des éléments actifs d'organisation des relations des hommes entre eux avec leur environnement"!. Nous verrons, dans ce sens, comment le télé-enseignement, tel qu'il est porté
I - M. Artick, Comment 1987
décrire les objet.v techniques, in Technique et Culture, vol. 5,

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Télé-enseignement

par des acteurs leaders, se heurte aux modalités de réorganisation de l'enseignement qu'il génère ainsi (les pratiques professionnelles des enseignants et formateurs en particulier). Mais il nous paraît important d'insister, contrairement à ce que font ces auteurs, sur l'inscription institutionnelle des acteurs, c'est-à-dire sur le fait que leurs actions sont aussi des modalités de reproduction des institutions dans lesquelles ils travaillent et, plus globalement, dans lesquelles ils s'inscrivent, que ces modalités soient conscientes ou non, volontaires ou non. S'interroger sur la transformation des pratiques d'enseignement, demande au préalable une réflexion sur la nature de l'innovation technique. II ne s'agit pas pour nous d'un phénomène linéaire qui consisterait à greffer un outil dans une situation préexistante, mais d'un processus d'interactions sociales. Aussi est-il diftïcile, si ce n'est impossible, de pronostiquer des changements à venir. Nous pouvons tout au plus identifier des tendances issues des enjeux et des jeux d'acteurs en présence. Le processus de changement et ses difficultés tient aux modalités même de la construction du social. "Les règles et les ressources utilisées par des acteurs dans la production et la reproduction de leurs actions sont en même temps les moyens de la reproduction du système social concerné: c'est là l'idée même de la dualité du structurel"2. En ce qui concerne le télé-enseignement, on peut alors faire l'hypothèse que les règles habituelles d'exercice de l'activité des enseignants, des élèves et des étudiants, des administratifs, en fait de l'ensemble des acteurs du champ de la formation et de l'enseignement concernés par l'innovation, vont modeler - voire freiner - le changement. En particulier, au fait que l'industrialisation de l'enseignement, au coeur du processus d'innovation que constitue le télé-enseignement, remet en question des valeurs clé de l'institution éducative française. Mais à partir du moment où certains acteurs ont commencé à s'approprier l'innovation, celle-ci va à son tour contribuer à transformer les règles et les ressources de l'action. De ce point de vue les démarches de changement sont structurantes. Nous commencerons, en première partie, par identifier les caractéristiques nouvelles de l'enseignement qui s'industrialise par sa technicisation avec en
2 - A. Giddens, La constitution de la société, PUF 1987, Paris, p. 68

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Sylvie CRAlPEAU

particulier le repérage des nouveaux acteurs en présence. Dans la deuxième partie nous identifierons les modes de rationalisation et de division du travail qui caractérisent le mouvement d'industrialisation3. Nous verrons ensuite que l'innovation technique est fortement imbriquée dans l'innovation pédagogique, que cette dernière dimension est d'ailleurs cruciale. Nous terminerons par le repérage de la transformation de certaines logiques d'action, des enjeux organisationnels et institutionnels que génère l'innovation technique.

I VERS UNE INDUSTRIALISATION GNEMENT ET DE LA FORMATION? I

-

DE L'ENSEI-

- 1. La venue de nouveaux

acteurs

Le télé-enseignement fait entrer de nouveaux acteurs dans le domaine de l'enseignement (plus encore que dans le domaine de la formation, qui est déjà inscrit dans le monde de l'entreprise). L'entrée de ces nouveaux acteurs entraîne un phénomène d'industrialisation de l'enseignement et de la formation, c'est-à-dire tout à la fois de "marchandisation" et de rationalisation, mais aussi de technicisation, donc d'équipements coûteux, nécessitant la mobilisation de capitaux importants. Nous n'approfondirons pas cette dimension qui a déjà été traitée4. Nous souhaitons simplement évoquer deux dimensions clé propres à éclairer notre propos actuel: l'industrialisation signifie l'apparition de nouveaux acteurs dans le champ de l'enseignement, ainsi que de nouvelles stratégies et rôles de leur part. Elle signifie une transformation des pratiques professionnelles et des relations pédagogiques enseignants/apprenants, et même la mise en question de l'institution éducative.
de rationalisation dans le secteur de l'éducation est, selon B. Miège, 3 - Ce mouvement dû notamment Au «relatif épuisement des possibilités d'affectation des ressources publiques supplémentaires», transfert d'une partie de ces coûts vers les usagers de l'éducation. B. Miège, Quand l'éducation se rapproche des industries de la culture et de l'information, in La notion de bien éducatif, actes du Colloque des 14 et 15 janvier 1994 4 - P. Moeglin, Communication et éducation, élément,ç pour une problématique, in actes du colloque La notion de bien éducatif. Services de formation et industries culturelles, ]4-15 janvier 1994.

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Télé-enseignement

Au-delà des acteurs directs de l'enseignement, les nouveaux acteurs sociaux économiques sont, dans le champ de la formation, si ce n'est encore véritablement le cas dans l'enseignement: les éditeurs multimédia, les opérateurs de réseaux, les constructeurs informatiques. On voit ainsi que fIles composantes avancées du secteur de la formation, de la recherche, des musées, des industriels de la culture... se positionnent aux côtés d'offreurs technologiques"5. Mais le domaine de l'enseignement commence lui aussi à voir l'entrée de nouveaux partenaires dans son champ. En fait, l'ERT créé en 1983, puissant groupe de pression patronal au niveau européen auprès de la Commission européenne, affirme que la collaboration entre industrie et institutions d'enseignement devrait se réaliser pour mieux répondre aux besoins des entreprises, notamment "grâce à l'apprentissage à distance, à l'enseignement à distance" et à la mise au point de didacticiels6. Le rapport sur l'enseignement supérieur ouvert et à distance dans la communauté européenne affirme quant à lui: "une Université ouverte est une entreprise industrielle, et l'enseignement à distance est une industrie nouvelle. Cette entreprise doit vendre ses produits sur le marché de l'enseignement continu, que régissent les lois de l'offre et de la demande''? On voit nettement une nouvelle logique émerger dans le domaine de l'enseignement: logique marchande et industrielle. Signe de cette transformation, la dénomination des étudiants comme des clients et des cours comme des produits, dans un document de travail de la Commission européenne de 19908. Ce phénomène n'est ni nouveau, ni isolé. Depuis la fin des années soixante-dix les opérateurs de télécommunication cherchent de nouveaux produits et services9. L'informatisation a commencé son
5 - y. Combès, E. Fichez, "L'u.wger de la formation: ambiguïté d'une nouvelle figure", colloque Penser les usages, Bordeaux, mai 1997, p. 428 6 - Gérard de Sé1ys, "L'école, grand marché du XXlème siècle", le Monde Diplomatique,juin 1998, p. 14-15. 7 - Rapport sur l'enseignement supérieur ouvert et à distance dans la communauté européenne, Sec (91)388 final, 24 mai 1991. 8 - G. de Sélys, Le Monde Diplomatique, juin 1998, p.14. 9 - C'est ainsi en 1977 qu'ATT parle pour la première fois de télétravail et peu de temps après, ce qui est encore la Direction Générale des Télécommunications en France lance ses premières expériences dans le domaine. Y. Combès rappelle que de nombreux auteurs ont mis en évidence la sollicitation du monde éducatif afin d'expérimenter de nouveaux produits et services, "L'u.wger de la formation: ambiguité d'une nouvelle figure", actes du colloque Penser les usages, mai 1997, Bordeaux. 22

Sylvie CRAlPEAU

essor dans la même période. "La marchandisation de l'informatique, qu'il faut entendre au sens large comme le résultat du rapprochement entre une valeur d'usage et une valeur d'échange de la technique, est en route; porteuse de la rationalité économique, elle rassemble sur un même côté de la scène, usagers, décideurs, industriels (qu'ils soient constructeurs ou prestataires de services)"lO. Cette transformation à l'œuvre, par laquelle les informaticiens voient leur rôle changer, les sociétés spécialisées se chargeant de la production et de la diffusion de logiciels, n'est-ce pas ce qui se dessine, dans une certaine mesure, dans le monde de l'enseignement?

I

- 2. Coopération,

concurrence,

partenariats

Les opérateurs de télécommunication, les constructeurs informatiques, les éditeurs de logiciels, tentent d'établir des partenariats avec les institutions éducatives, et gouvernementales, afin de s'inscrire au mieux dans ce nouveau marché porteurll. La communauté européenne prescrit elle-même "aux autorités de régulation des pays membres d'inciter les opérateurs de télécommunication à proposer aux écoles et institutions de formation des tarifs spéciaux"12. Les stratégies de mise en place de télé-enseignement reposent la plupart du temps, sur une organisation en réseau qui permet autant une mutualisation des équipements que la création d'une dynamique d'usages. Cette organisation en réseau peut reposer sur trois logiques
10 - R. Panico,"Les informaticiens confrontés aux nouvelle.f technologies d'information et de communication", thèse de doctorat en Sciences de l'Information et de la Communication, Université Stendhal Grenoble 3, novembre 1994, p.430. 11 - Ressources, lettre de l'Oravep, n031, février 1998, p.6 : "Le ministère de l'Education, de la Recherche et de la Technologie vient de signer avec plusieurs grandes entreprises industrielles présentes en France des protocoles d'accord visant le développement d'outils multimédias utilisables par les écoles, la formation des enseignants, la connexion des établissements. Les entreprises concernées sont: Alcatel, Apple France, Bull, Digital, Lotus, Lyonnaise Câble, Microsoft". 12 - Ressources, la lettre de l'Oravep, n032, mars 1998, p.S. Dans ce sens, on apprend que France Télécom reconduit son partenariat avec le CNDP (Le Journal du Multimedia n026 avril 1998), l'opérateur fait par ailleurs une offre particulière d'accès à Internet pour les écoles.

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Télé-enseignement

différentes: une logique essentiellement territoriale, il s'agit en quelque sorte de réseaux horizontaux qui rassemblent les partenaires d'un même espace géographique, le réseau géographique est supporté par un réseau politique, c'est-à-dire par des représentants territoriaux. La deuxième logique relève d'une filière d'activité, professionnelle. Le réseau est constitué de partenaires appartenant au même secteur ou métier, plutôt de type "vertical". La troisième logique est constituée d'un mixte entre les deux précédantes, il s'agit d'un réseau d'acteurs professionnels appartenant à des entités différentes et rassemblés dans un même espace géographique. A la différence de la première logique, ici la dynamique semble plus portée par les acteurs institutionnels, soutenus par les politiques, que par une volonté territoriale forte. La constitution de tels réseaux provient avant tout d'un besoin économique de coopération. Coopération rassemblant les organismes d'enseignement (universités, collèges) ainsi que les organismes de formation, les industriels, les collectivités territoriales, pour le montage de projets de télé-enseignement. Ces partenariats reposent la plupart du temps sur les dimensions économiques des projets. En effet, le coût des équipements et de l'installation, qui reste important pour un seul organisme, suscite la mise en commun de fonds entre divers partenaires pour l'achat d'équipements, ou bien la mutualisation des équipements. Ce partenariat peut d'ailleurs être régulé par une instance représentative, créée pour l'occasion, comme le GIP crée par la région Lorraine pour le Pôle Européen, ou un consortium d'achat comme à l'université de Moncton au Canada. Le télé-enseignement émerge dans un contexte spécifique. Les universités, que ce soit en France ou au Canada, doivent en tout état de cause renforcer leur collaboration pour des raisons économiques mais aussi pour augmenter leur image, leur notoriété, leur domaine de compétence. L'organisation en réseau constitue un mode de coopération qui permet à chaque partenaire de s'associer de nouvelles compétences et de donner ainsi une plus grande visibilité à son organisation. Parallèlement à ce partenariat à motif économique, peut être constitué un partenariat pédagogique. Les différents organismes échangent leurs cours, comme entre Reims et Marne La Vallée. Cependant, ces partenariats se constituent dans un environnement

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Sylvie CRAlPEAU

concurrentiel entre les organismes. Ce paradoxe coopération/concurrence traverse en permanence ce type de dispositif, en constituant la force mais aussi la fragilité. Il semble que la régulation entre les partenaires est un enjeu permanent, condition sine qua non du projet. De ce point de vue, la dimension politique des projets de télé-enseignement apparaît comme constitutive. A contrario, ce peut être l'absence d'organisation en réseau qui, isolant le promoteur du projet de télé-enseignement, handicape les développements et les usages de celui-ci. D'ailleurs la place du réseau se manifeste aussi par les usages qu'il génère. On le voit à l'Université de Moncton, où le réseau technique sert aussi pour des réunions en visioconférences entre sites hospitaliers, en Lorraine où il est utilisé pour des réunions entre universités. Le réseau de partenaires génère donc des usages qui ne se cantonnent pas au seul télé-enseignement. Cette variété même d'usages est certainement ce qui garantit le succès de l'installation de tels réseaux et services pour le télé-enseignement.

I 3. Formation de masse et individualisation

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de l'apprentissage
L'industrialisation de la formation, on le constate déjà Outre Atlantique, a une visée essentiellement économiquel3, il s'agit de diminuer les coûts de formation, notamment en diminuant, voire en supprimant les interventions routinières des opérateurs, c'est-à-dire ici des enseignants. Cette automatisation d'une partie de l'activité de formation va de pair avec une recherche d'autonomisation de l'apprenant14.

I 3 - "Shell France a déclaré avoir réalisé une économie de 66% en mettant en place un dispositif d'autoformation" indique Ressources, lettre de l'Oravep, n032, mars 1998, p.9 14 - P. Moeglin, "Multimédia et formation. Entre service et selfservice", communication au colloque spécialisé du séminaire Industrialisation de la formation (SIF/SFIC) Grenoble 16 novembre, Centre National de la Documentation pédagogique, collection "Documents actes et rapports pour l'éducation", voir aussi Y. Combès, E. Fichez, "L'usager de la fornwtion : ambiguïté d'une nouvelle figure ", actes du colloque Penser les usages, Bordeaux, mai 1997.

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