Mémentos LMD - Procédure civile - 7e édition

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La Procédure civile est une matière essentielle, parce qu’elle organise le règlement des conflits d’intérêt privé, soit par le recours à des processus amiables (comme la conciliation et la médiation), soit par le biais d’un procès équitable devant un tribunal. Le droit au juge est un droit de l’Homme, dont le contenu évolue en fonction des nouveaux enjeux sociaux, techniques, économiques et démocratiques, ce qui explique les réformes incessantes dont il fait l’objet.
La nouvelle édition de ce livre inclut les dernières réformes (communication par voie électronique, procédure orale, instance d’appel, procédure participative) et rend compte des projets en cours (suppression des juridictions de proximité). Elle est illustrée des références jurisprudentielles et doctrinales les plus récentes et inclut les procès transfrontaliers du droit de l’Union européenne.

Cet ouvrage est une synthèse claire, structurée et accessible des règles de Procédure civile.


– Étudiants en licence et master Droit

– Candidats aux concours administratifs

– Candidats aux concours ENM, à l’examen d’entrée aux Écoles de formation des avocats

– Professionnels des milieux judiciaire et juridique


Natalie Fricero est Professeure à l’Université de Nice (CERDP).

Publié le : lundi 1 août 2011
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EAN13 : 9782297020978
Nombre de pages : 272
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Introduction
La procédure civile peut être définie comme la branche du droit qui organise la résolu tion des litiges dintérêt privé par les juridictions civiles. Létymologie du terme (du latin «procedere», avancer) renvoie à lidée de processus, densemble de règles détermi 1 nant le déroulement du procès civil depuis la demande jusquau jugement . La procé dure englobe donc la théorie de laction (définition du droit dagir), la théorie de la juri diction (détermination des organes dotés du pouvoir de juger et de leurs compétences dattribution et territoriale), et la théorie de linstance (lien procédural unissant les 2 parties au procès) . Mais la procédure civile ne saurait être conçue exclusivement comme une technique dorganisation du procès : toutes les règles sont au service dun idéal démocratique, à savoir, la consécration dun droit effectif au juge. Si la procédure civile est devenue un instrument de réalisation de ce droit fondamental, cest sous limpulsion des sources juridiques dorigines constitutionnelle et internationale, qui ont donné naissance à un nouveau droit du procès.
1 LÉMERGENCE DUN NOUVEAU DROIT DU PROCÈS
Avant denvisager le contenu de ce nouveau droit, il convient den préciser les origines.
A  La constitutionnalisation et linternationalisation des sources de la procédure civile
1) Les sources traditionnelles de la procédure sont internes, dorigine législative ou réglementaire Daprès les dispositions de larticle 34 de la Constitution du 4 octobre 1958, la loi fixe les règles relatives à la création de nouveaux ordres de juridictions et au statut des magistrats. Interprétant ces dispositions, le Conseil constitutionnel a donné aux —— 1. Les termes de procédure civile seront préférés à ceux de « droit judiciaire privé », inventés par H. Solus et R. Perrot (Traité de Droit judiciaire privédroit judiciaire civil ) et de « » inventés par e R. Morel (Traité élémentaire de procédure civiledroit processuel », Sirey, 2 éd. 1949). Le vocable « est réservé à létude de la théorie générale du procès dans tous les contentieux. 2. La théorie de lexécution du jugement nest pas étudiée dans la procédure civile, elle résulte dune loi nº 91650 du 9 juill. 1991 et d92755 du 31 juill. 1992, annexés au CPC, et sera codiun décret nº fiée dans un Code des procédures civiles dexécution.
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différents termes un sens large, ce qui a permis détendre le domaine de la loi en procé dure civile. Ainsi, en ce qui concerne la notion dordre de juridiction, le Conseil constitu tionnel a décidé quil sagit dune catégorie de juridictions composées selon un même 3 type et dotées d. Toute création de juridiction difféune même compétence matérielle rente dans sa composition et dans létendue de sa compétence matérielle relève donc de la loi. De même, on doit entendre par « création » toute règle qui crée ou supprime une juridiction, ou qui modifie substantiellement sa compétence ou son statut. Les autres domaines de la procédure sont soumis au pouvoir réglementaire, conformément à larticle 37. On retrouve ces dispositions dans le Code de procédure civile, promulgué par un décret nº 751123 du 5 décembre 1975, réformant lancien Code de procédure er civile de 1806 qui était en vigueur depuis le 1 janvier 1807, ainsi que dans le Code de lorganisation judiciaire (promulgué en 1978, recodifié par lord. nº 2006673 du 8 juin 2006 ratifiée par la loi nº 2009526 du 12 mai 2009 pour la partie législative et par le o décret n 2008522 du 2 juin 2008 pour la partie réglementaire) et dans de nombreuses dispositions annexées au CPC (statuts des personnels judiciaires et auxiliaires de justice, 4 aide juridique...) . Des règles spécifiques permettent de trancherles difficultés dapplication dans le 5 temps des règles nouvelles de procédure. Ainsi, le plus souvent, les lois nouvelles comportent des dispositions transitoires, précisant le moment précis dentrée en vigueur de la réglementation (elles prévoient un délai plus ou moins long dattente, pour permettre aux intéressés de prendre connaissance des règles nouvelles). En labsence de disposition transitoire, il est fait application de deux principes : dabord, la loi nouvelle ne peut pas être rétroactivement appliquée (art. 2, C. civ.), cestàdire quelle ne peut porter atteinte à ce qui a été définitivement et irrévoca 6 blement jugé, ou affecter des actes de procédure déjà accomplis ; ensuite, la loi nouvelle a un effet immédiat, cestàdire quelle sapplique aux procès en cours pour tous les actes de procédure postérieurs à son entrée en vigueur. Ce dernier principe dapplication immédiate est traditionnellement mis à lécart dans deux séries de situations : si une loi nouvelle modifie les conditions de recevabilité dun recours, en rédui sant le délai dexercice, elle ne sappliquera pas aux jugements déjà rendus, qui 7 resteront soumis à la loi ancienne , de même si une loi nouvelle change les compétences des juridictions, tous les dossiers doivent être transférés au juge nouvellement compétent, sauf si le tribunal initialement saisi a déjà rendu une décision intéressant le fond (quil sagisse dun jugement sur le fond ou dun jugement mixte, qui admet par —— 3. DC 9 février 1965,D.1967, 405, Hamon, pour la création des chambres dexpropriation ; DC 20 juill. 1977,D.;1978, 701 RDP1979, 1663, Favoreu, pour la Cour de cassation. 4. La procédure civile a un contenu si diversifié, que certains auteurs ont considéré que les termes étaient trop restrictifs pour en exprimer le contenu : ils préfèrent ceux de droit judiciaire privé, ou droit procédural, ou droit du procès, ou droit processuel. 5. NORMAND, « Lapplication dans le temps des lois de droit judiciaire privé au cours de la dernière décennie », inMélanges P. Raynaud, 1985, p. 556 et s. ; BONNEAU,La Cour de cassation et lapplica tion de la loi dans le temps, PUF 1990 ; HÉRON,Principes du droit transitoireDroit; « , Dalloz, 1966 transitoire et procédure civile », inMélanges Foyer, PUF, 1997, p. 439. e 6. Cass. Avis, 22 mars 1999,Bull. civ.,civ., 30 avr. 2003,nº 2 ; Cass. 2 Bull. civ.123.II, nº re 7. Civ. 1 , 27 mai 1997,Bull. civ. I., nº 171 ;JCP1997.IV.1517 ;RGDJ1998, 325, Wiederkehr.
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exemple la responsabilité dune partie et ordonne une mesure dinstruction pour évaluer le dommage). Lapplication de la Convention européenne des droits de lHomme conduit également à exclure lapplication des lois nouvelles aux instances en cours. La CEDH juge que le prin cipe de prééminence du droit et la notion de procès équitable (article 6 § 1) sopposent à lingérence du pouvoir législatif dans ladministration de la justice, dans le but dinfluer sur le dénouement dun litige, sauf pour dimpérieux motifs dintérêt 8 général . La Cour a aussi fondé cette interdiction dappliquer la loi nouvelle sur er l: le législateur ne peut pas priver celui qui a saisi un juge dedu Protocole 1 article 1 9 son espérance légitime dobtenir satisfaction et de son droit au respect de ses biens . Ce sont surtoutles sources constitutionnellesqui conduisent à une nouvelle 10 approche du droit du procès . En effet, dans le cadre de sa mission de contrôle de la constitutionnalité des lois (art. 56 et s., Const. 1958), le Conseil constitutionnel a décou vert un certain nombre de principes fondamentaux que doit respecter le Parlement, et qui forment un véritable droit processuel constitutionnel. Ces principes sont fondés sur la Constitution ellemême, ainsi que sur des textes que le Conseil constitutionnel a inté grés dans le bloc de constitutionnalité (la Déclaration des droits de lhomme et du citoyen du 26 août 1789, le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel renvoie le Préambule de la Constitution de 1958, et dans lequel on trouve, notamment, les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République). Il sagit, notam ment, du droit dexercer un recours effectif devant un juge, du principe dindépendance des juridictions (qui interdit toute immixtion des pouvoirs législatif et exécutif dans la fonction juridictionnelle), de légalité devant la justice, du respect des droits de la défense... Larticle 611 de la Constitution, mis enœuvre par le projet de loi organique nº 370, adopté par lAssemblée nationale le 24 novembre 2009, étend les attributions du Conseil constitutionnel. En effet, lorsque, à loccasion dune instance en cours devant une juridiction, il est soutenu quune disposition législative porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit, le Conseil constitutionnel peut être saisi de cette question sur renvoi du Conseil dÉtat ou de la Cour de cassation. Cetteques 11 tion prioritaire de constitutionnalitédonnera lieu à un sursis à statuer devant le juge saisi, jusquà la réception de la décision du Conseil constitutionnel, sauf cas parti culier. La disposition déclarée inconstitutionnelle est abrogée à compter de la publica tion de la décision du conseil, aux termes de larticle 62 de la Constitution. Cette déci sion est insusceptible de recours et simpose aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles. Lajurisprudenceconstitue une source importante et nul ne conteste son rôle créateur 12e de droit . En procédure civile, cChambre civile de la Cour deest essentiellement à la 2 cassation quil appartient dinterpréter les lois de procédure. Mais les autres chambres —— 8. CEDH, 28 oct. 1999,Zielinski, Pradal, Gonzales et a. c. France, D.2000, somm. 184, Fricero. º º 9. CEDH, 6 oct. 2005, n 11810/03,Maurice c/France1513/03,et n Draon c/France, Dr. Famille2005, re º º comm. 258 ;RCA2005, comm. 3270212.260,Civ. 1 , 24 janv. 2006, n 0116.684, n º os n 0213.775, 3 esp.,Bull. civ.I, n 29, 30 et 31 ;RCAmars 2006, p. 22, comm. Radé. 10. Molfessis, « La procédure civile et le droit constitutionnel », inLes vingt ans du CPC, Colloque de la Cour de cassation, Doc. fr., 1998, 245. 11. B. Mathieu, « La question prioritaire de constitutionnalité »,JCP280.G, 2009, nº 12. « Les revirements de jurisprudence », rapport Molfessis, LexisNexis 2005, p. 10 et s.
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connaissent aussi inévitablement de questions procédurales, ce qui entraîne parfois des divergences problématiques que la Chambre mixte sefforce de régler. La pratique judiciaire recouvre lensemble des usages locaux, variables dune juridiction à une autre (on parle parfois dusages du Palais ou de style du Palais). Tous manifestent une mise enœuvre adaptée aux exigences locales des règles du Code de procédure. La pratique a pu être à lorigine de dispositifs consacrés ultérieurement par le législateur (délibéré des parties, passerelle en référé). La pratique révèle également lexistence de protocoles daccord ou contrats de procédure négociés entre les juridictions et les auxi liaires de justice (avocats, huissiers de justice), qui traduisent une démarche partenariale damélioration du déroulement des procédures, écrites comme orales. Ces protocoles mettent en place, notamment, des schémas de procédures consensuels, organisant les modalités adaptées de la communication des pièces et des échanges de conclusions selon un calendrier strict de procédure ; du dépôt des dossiers de plaidoirie quinze jours au moins avant la date daudience avec copie de lintégralité des pièces, de la communication par voie électronique, ainsi que les conditions dans lesquelles le juge de la mise en état exerce ses pouvoirs (contrôle du calendrier et de son respect, pouvoir de révision, motivation des renvois...). Ce processus est encouragé par la Chan er cellerie : la circulaire doctobre 2010 du 24 janvier 2011application du décret du 1 (CIV/15/10) préconise, pour la mise enœuvre du calendrier de procédure, une démarche partenariale entre les juridictions et les auxiliaires de justice, qui peut prendre la forme daccordscadres ou déchanges informels.
2) Les sources dorigine internationale sont de plus en plus nombreuses Des traités bi ou multilatéraux permettent de régler les questions de procédure concer nant les litiges internationaux (juridiction compétente, lois de procédure applicables...). Mais les engagements internationaux ont des incidences directes sur les litiges natio naux : une fois ratifiés, les traités internationaux sont intégrés dans lordre juridique interne avec une valeur supralégislative (art. 55, Const. 1958), et peuvent être appli qués par les juges internes. Lexemple le plus caractéristique est donné par la Convention européenne de sauve garde des droits de lhomme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950, rati fiée par la France le 3 mai 1974, dont larticle 6 § 1 pose les exigences dun procès équi table que doivent respecter tous les États signataires. Le nonrespect de cet engagement est diversement sanctionné. Dabord, la Convention faisant partie inté grante du droit interne, les juges nationaux doivent en faire application : ils peuvent mettre à lécart une loi nationale si elle contredit la Convention européenne, ou encore annuler, sur recours, un jugement qui a été rendu dans des conditions contraires aux règles du procès équitable. Ce pouvoir sexerce même si la règle nationale écartée a été jugée conforme à la Constitution française : la constitutionnalité dune règle nempêche pas sa 13 nonconformité à la Convention . Ensuite, le requérant qui a épuisé les voies de recours internes sans pouvoir obtenir la mise enœuvre du procès équitable peut saisir —— 13. CEDH, 28 oct. 1999, aff.Zielinski et Pradal, Gonzalez et autres c/France, RGDP, avril 2000, nº 94, p. 12, Fricero.
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14 la Cour européenne des droits de lhomme : si cette dernière constate la violation dun droit garanti, elle peut ordonner le versement dune satisfaction équitable, si le droit interne de lÉtat condamné ne permet deffacer quimparfaitement les conséquences de cette violation. Larrêt de la Cour européenne a une autorité relative de la chose jugée : aucune procé dure nest exigée pour que cet effet se produise, mais seul lÉtat défendeur est tenu par la décision. Il doit prendre des mesures pour faire cesser la violation de la Convention : mesures individuelles ou mesures générales, telles que des modifications de la législation. Mais les arrêts de la Cour européenne ne peuvent pas avoir pour conséquence directe la remise en cause de décisions de justice civiles rendues par les juridictions françaises : cette possibilité nexiste quen matière pénale, depuis la loi nº 2000516 du 15 juin 2000, qui a modifié le Code de procédure pénale (art. 6261 à 6267) pour prévoir quà la suite dune condamnation par la Cour européenne, une décision pénale défini tive peut faire lobjet dun réexamen par la juridiction interne. Cette procédure de réexamen devrait logiquement être étendue aux procès civils : un jugement rendu à lissue dune procédure inéquitable doit pouvoir être remis en cause quelle que soit la matière jugée, civile ou pénale. Néanmoins, il ne faut pas minimiser limpact des décisions de la Cour européenne : les États sont soumis à la pression inter nationale, et craignent des condamnations multiples à défaut de mise en conformité de leur dispositif législatif avec les exigences du procès équitable. Dans ces conditions sest développée une nouvelle approche du procès interne, qui tend à devenir un procès équitable au sens du droit européen. Le rôle de la Cour européenne sest considérable ment développé, et le nombre des requêtes est tel que le système de contrôle risquait dêtre paralysé sans réformes profondes. Le Protocole nº 14, destiné à assurer le sauvetage de la CEDH, est entré en vigueur le er15 1 juin 2010 . Il prévoit notamment, que la cour pourra siéger en formation à juge unique (assisté de rapporteurs non judiciaires qui font partie du greffe) pour déclarer une requête irrecevable ou la rayer du rôle si cette décision peut être prise sans examen complémentaire. Il précise que le comité de trois juges peut, par vote unanime, statuer sur la recevabilité de la requête et rendre conjointement un arrêt sur le fond lorsque la question relative à linterprétation ou à lapplication de la convention qui est à lorigine de laffaire, fait lobjet dune jurisprudence bien établie de la cour (affaires répétitives). La modification de larticle 35 de la Convention permet également de diminuer le nombre de procédures : la requête individuelle peut être déclarée irrece vable si le requérant ne démontre pas avoir subi un préjudice important (sauf si le respect des droits de lhomme exige un examen de laffaire, ou si celleci na pas été dûment examinée par un tribunal interne). —— 14. Art. 35, mod. par Protocole nº 14 du 13 mai 2004 : la requête est irrecevable si le requérant na subi aucun préjudice important, sauf si le respect de lhomme exige un examen de la requête au fond et à condition de ne rejeter pour ce motif aucune affaire qui na pas été dûment examinée par un tribunal interne. 15. C. Birsan et N. Fricero, « Du protocole 14bis: une efficacité toujours accrue au protocole 14 », Procéduresoct. 2010, étude p. 7 et les réf. citées. CEDH, 19 oct. 2010,Rinck c. France, nº 18774/09,Procéduresjanv. 2011, comm. 12, Fricero.
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16 Ledéveloppement du droit processuel ayant pour origine lUnion européenne est notable. Dabord, laCharte des droits fondamentaux de lUnion européenne, qui a la même valeur que les Traités de lUnion, précise dans son article 47 que toute personne a droit à un recours effectif et à accéder à un tribunal impartial. Ainsi, à côté du recours interne effectif pour obtenir la réparation de la violation dun droit garanti par le droit de lUnion, les États doivent aussi garantir le droit à un procès équitable (ce droit est analogue à celui garanti par larticle 6 § 1 de la CESDH, avec deux différences : larticle 47 prévoit expressément le droit à laide juridictionnelle et il ne limite pas le droit à un procès équitable aux contestations portant sur un droit ou une obligation de nature civile, mais concerne toutes les procédures). Ensuite, depuis le Traité de Lisbonne, larticle 3 du Traité sur lUnion européenne (TUE) précise quelUnionoffre à ses citoyens unespace de liberté, de sécurité et de justice sans frontières intérieures, au sein duquel est assurée la libre circulation des personnes. Larticle 81 du Traité sur le fonctionnement de lUnion européenne (TFUE) rappelle que lUnion développe une coopération judiciaire dans les matières civiles ayant une incidence transfrontière, fondée sur le principe de reconnaissance mutuelle des décisions judiciaires et extrajudi ciaires. Il existe donc une véritable procédure civile fondée sur des principes européens, pour les litiges transfrontaliers (lesquels concernent deux parties qui ne sont pas domi 17 ciliées dans le même État membre), résultant des différents Règlements directement applicables en droit interne : initialement, les jugements circulaient selon un processus allégé, puis la circulation a été fondée sur le principe de la confiance légitime, à savoir quun passeport européen est délivré aux décisions par le juge dorigine pour assurer une libre circulation sans contrôle. Lévolution a conduit à linstauration de procédures uniformes européennes (injonction de payer, petits litiges...). Elle aboutira bientôt à une harmonisation de certaines procédures dexécution forcée (mesure provisoire de gel du patrimoine du débiteur, transparence du patrimoine des débiteurs transfrontaliers), conformément aux recommandations adoptées par le Parlement dans une résolution du 10 mai 2011 (INI/2009/2169).
B  La définition des principes fondamentaux du procès équitable
Sous linfluence conjuguée du Conseil constitutionnel et des sources européennes, le contenu du droit du procès a subi des bouleversements notables. La procédure civile doit garantir au justiciable des prérogatives qui découlent des exigences posées par larticle 6 § 1 de la CESDH, et dont le contenu nest pas fixé de manière limitative. 18 Le droit à un procès équitable contient dabordle droit effectif daccès à un tribunal: le justiciable doit bénéficier dune possibilité réelle daccéder à un juge, puis dêtre effectivement « entendu » par ce juge dans le cadre dune procédure équitable, dès linstant quil émet une contestation portant sur un droit ou une obligation de caractère civil ; il a enfin le droit dobtenir un jugement sur le fond de sa contestation —— e 16. H. GAUDEMETTALLON,Compétence et exécution des jugements en Europeéd., 2002, LGDJ., 3 17. N. Fricero,Lessentiel de lEspace judiciaire européen en matières civile et commerciale, Gualino éditeur, 2011 os 18. « Droit et pratique de la procédure civile »,D. Action, 20112012, n 21011 et s., par N. Fricero.
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par le tribunal doté de tous les pouvoirs juridictionnels. Le droit de recourir au juge doit être concret, et non théorique et illusoire : le dispositif législatif doit prévoir des aides matérielles au profit des plus démunis, doit organiser des procédures lisibles et simples, et ne doit pas porter datteintes substantielles au droit dagir, notamment en multipliant les conditions de recevabilité de laction en justice. Ensuite, le justiciable doit pouvoir être entendu parun tribunal offrant des garanties dindépendance et dimpartialité. Lindépendance résulte de lorganisation dun statut et de règles de fonctionnement qui ménagent une séparation entre le judiciaire et les pouvoirs législatif et exécutif : des garanties organiques doivent être instaurées au profit des magistrats (par ex. linamovibilité), et la fonction juridictionnelle doit être à 19 l. Le principe dabri de toute immixtion du pouvoir législatif ou exécutif indépen dancedes juridictions a été consacré par le Conseil constitutionnel : par une décision 20 du 22 juillet 1980 , cette juridiction a décidé quil résulte de larticle 64 de la Constitu tion du 4 octobre 1958 que lindépendance des juridictions est garantie, ainsi que le caractère spécifique des fonctions, sur lesquelles ne peuvent empiéter, ni le pouvoir législatif, ni le pouvoir exécutif. Il est donc interdit à ces pouvoirs de censurer des déci sions juridictionnelles, de porter atteinte à lautorité de la chose jugée, ou dadresser des injonctions aux juges, ou encore de se substituer à eux dans le jugement des litiges qui relèvent de leur compétence. Le régime de responsabilité de lÉtat pour dysfonctionnement du service de la justice (art. L. 1411 et s., C. org. jud.), qui autorise la mise en jeu de la responsabilité du magistrat pour faute personnelle dans le cadre dune action récursoire, contribue également à garantir lindépendance du juge. Le juge estimpartiallorsquil statue à lissue dun débat contradictoire, après examen des éléments de fait et de droit, sans avoir une opinion préconçue sur laffaire en se fondant sur des éléments étrangers à la cause (tels que sesa priori, ses convictions reli gieuses, déventuels liens familiaux avec lune des parties...). Un projet de loi organique a été annoncé par le conseil des ministres du 27 juillet 2011, pour le renforcement des obligations déontologiques et la prévention des conflits dintérêts, appplicable, notam ment, aux magistrats de la Cour de cassation. Les causes de la partialité du juge peuvent être, soit personnelles (amitié ou inimitié notoire avec une partie, lien dalliance ou de parenté), soit fonctionnelles (le juge a précédemment connu de laffaire comme juge, soit en statuant sur recours contre une décision quil a rendue, soit en abordant les mêmes faits comme juge des référés puis comme juge du fond...) : dans tous les cas, le juge a perdu laptitude à être convaincu par les arguments de fait et de droit de chacune des parties, il a déjà pris parti avant tout débat. La jurisprudence exige du plai deur qui se prétend victime de la partialité dun juge den rapporter une preuve objec 21 tive : mais elle se contente dun élément objectif susceptible dengendrer dans lesprit du justiciable un soupçon légitime de partialité (ceci correspond à la théorie des appa rences proclamée par la Cour européenne des droits de lhomme : la justice doit donner toutes les apparences dune justice équitable, «Justice must not only be done, it must —— 19. Sur ces points, Rapport de la Commission de réflexion sur la Justice, présidée par P. Truche, Doc. fr., e os 1997 ; PERROT,Institutions judiciaires, Domat, Montchrestien, 8 éd., n 356 et s. ; VINCENT, GUIN e os CHARD, MONTAGNIERet VARINARD,La justice et ses institutions68 et s., Dalloz 4 éd., n 20. DC 119,Rec.46 ;GA,nº 30. 21. Ass. plén., 6 nov. 1998,D.1999, 1, concl. Burgelin,JCPG. 1998.II.10198, rapp. Sargos,RTD civ. 1999, 177, obs. Normand.
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also be seen to be done»). Les exigences renforcées du procès équitable ont conduit la jurisprudence à conférer à limpartialité du juge un domaine extensif : ainsi, les 8 cas de récusation du juge prévus par larticle 341 du CPC népuisent pas limpartialité résultant 22 de larticle 6 § 1 de la Convention, et le justiciable peut invoquer dautres situations . La Cour de cassation étend les hypothèses dans lesquelles un même juge ne peut plus aborder deux fois les mêmes faits en prenant une mesure qui lamène à préjuger au fond : ainsi, un conseiller ne peut rendre une ordonnance puis siéger dans la formation 23 de la cour d; de même, un conseillerappel qui statue sur le déféré de son ordonnance ne peut pas statuer sur le recours en révision formé contre un arrêt rendu après cassa 24 tion, alors quil avait participé à larrêt frappé de pourvoi . La Cour européenne a même décidé dans larrêtLe Stum c. France17997/02) qudu 4 octobre 2007 (nº un jugecommissaire, ayant participé à lintégralité de la procédure de redressement et de liquidation de lentreprise, était tout particulièrement susceptible de se forger une opinion sur les fautes de gestion imputables au requérant en sa qualité de dirigeant de lentreprise concernée, même sil ne sest pas prononcé sur cette question. Enfin,des garanties de nature procéduraledoivent être organisées. Le tribunal doit entendre la cause publiquement (la publicité des débats permet aux citoyens de contrôler le fonctionnement de la justice et contribue à leffectivité du procès équi table) ; la procédure doit se dérouler équitablement, en respectant légalité entre les parties (léquité comporte légalité des armes, le principe de la contradiction, la motiva tion des décisions et la compréhension de la langue du procès) ; le jugement doit être rendu dans un délai raisonnable, dont la durée sapprécie en fonction de la complexité et de la nature de laffaire, du comportement dilatoire ou diligent du requérant, et des diligences des autorités publiques (le juge doit utiliser tous les procédés légaux pour accélérer le cours des procès, adresser des injonctions aux parties, à lexpert ; il doit éviter les renvois injustifiés). La Cour européenne ajoute que le jugement rendu doit être exécuté dans des délais raisonnables et, comme le droit consacré dans le jugement est un bien protégé, la Cour sanctionne lÉtat sur le double fondement des articles 6 § 1 er de la Convention et 1 du Protocole nº 1.
2 LA RECHERCHE DUN DROIT EFFECTIF AU PROCÈS
Lutilité de la procédure civilenest plus à démontrer. Utilité théorique, en ce sens quelle contribue à nourrir le critère de la juridicité : ce qui permet dopposer les règles de droit aux règles sociales, morales, non juridiques, cest la possibilité de sadresser à 25 un juge pour en obtenir la sanction . Utilité pratique, parce que la procédure est un gage de paix sociale, en organisant un mode de résolution des conflits par application —— e 22. Civ. 2 , 28 avr. 1998,Bull. civ.155,II, nº D.1998, IR 131,JCPG. 1998.IV.2313,JCPG. 1999. II.10060, PralusDupuy ;RTD civ.1998, 744, Perrot. e 23. Civ. 2 , 6 mai 1999,Bull. civ.II, nº 77,JCPG. IV, 2149,Procédures201, obs. Perrot ;1999, nº RTD e civ.0814004,; Civ. 2 , 10 sept. 2009, nº 1999, 744, Perrot JCP2009, nº 257, Salati ;ibid.nº 352, Putman. e 24. Civ. 2 , 12 juillet 2001,D.2001, inf. rap. p. 2639. 25. Carbonnier,Sociologie juridique, 1978, p. 121 à 128.
INTRODUCTION
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des règles de droit. Certes, le procès nest pas le seul moyen de résoudre les conflits, qui peuvent séteindre par des règlements amiables, spontanés ou institutionnalisés. Les lois récentes contribuent au développement de certains de ces modes amiables de règlement des différends telles que la conciliation par les conciliateurs de justice, la médiation par les médiateurs conventionnels, ou encore la procédure participative assistée par avocat. Ces processus sont réglementés par le Livre 5 du Code de procé dure civile (CPC ciaprèsen cours de publication), le juge intervenant à titre essentiel pour homologuer lacte lorsque les parties souhaitent que leur accord soit doté de la force exécutoire. Lorsquaucun accord amiable nest envisageable, seul le recours au juge permet la réalisation concrète des droits privés, il est la seule garantie de leffecti vité du droit et des droits. La procédure civile est un droit sanctionnateur des autres droits dits substantiels, puisquil en permet la réalisation. Cette finalité expliqueles caractères de la procédure civile. Le caractère impératif des règles de procédure reflète les objectifs dordre public poursuivis dans la recherche dun procès équitable : il nest pas concevable que les plaideurs aient la liberté de modifier ou daménager à leur gré les règles de formation et de déroulement des procédures. Toutefois, le procès reste un conflit dintérêts privés, et lordre public procédural ne sétend pas à toute la matière : par exemple, les parties peuvent, dans certaines limites, attribuer compétence à une juridiction qui nest pas le juge normal de leur litige, ou encore renoncer à exercer un recours contre le jugement rendu... Le caractère formaliste de la procédure est une évidence : le procès est un enchaînement dactes accomplis selon des formes prédéterminées, dans des délais fixés. Le formalisme est un rempart contre larbitraire du juge et une garantie de la liberté de la défense ; il assure la sécurité juridique. Ses inconvénients ont été fortement atténués en législa tion : les parties peuvent être représentées par des avocats qui rédigent les actes pour leur compte ; les procédures sont parfois simplifiées pour que le formalisme ne constitue pas un obstacle à l; la sanction de la méconnaissance desaccès au juge formes et des délais est organisée de manière telle quelle évite les manœuvres dila toires des plaideurs (la nullité pour vice de forme nest prononcée que si lirrégularité a causé un grief à celui qui sen prévaut). Lintroduction des nouvelles technologies accroît encore les exigences formelles pour les auxiliaires de justice. Ainsi, la déclaration er dappel ainsi que la constitution davoué (djanvier 2012)avocat à compter du 1 s: si les différentseffectuent obligatoirement par voie de communication électronique champs ne sont pas renseignés, la déclaration ne peut pas être transmise au greffe de la cour dappel. Un État de droit est contraint de répondre aux exigences de justice réclamées par ses citoyens : le juge est lultime garant des droits, et le recours au juge suit une courbe exponentielle. La crise qui en résulte atteint tous les aspects de la justice : crise de confiance, crise de croissance, crise de conscience. De nombreuses réformes sont proposées à la recherche dune « justice de qualité ». Elles tendent à un rééquilibrage des rôles respectifs du juge et des parties, à la définition dun nouveau partenariat loyal, à une harmonisation et à une simplification des procédures, à une meilleure maîtrise du déroulement temporel des procès (procédures durgencepouvoirs dinjonction du jugefixation de calendriers de la procédure), à une proximité de la justice (modifications de la carte judiciairecréation de pôles de compétence), et à une accélération des solutions (juges uniques, modes alternatifs...). Des efforts de ratio nalisation de la justice (informatisation, meilleure gestion des ressources et du
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MÉMENTOS LMDPROCÉDURE CIVILE
26 personnel) sont réalisés . Dans le souci dune optimisation de la gestion des deniers publics en relation avec la mise enœuvre de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances), une RGPP (révision générale des politiques publiques) a été lancée par le Conseil des ministres du 20 juin 2007. Le Conseil de la modernisation des politiques publiques (CMPP) émet des Recommandations qui conduisent à des réformes importantes. Ces nouveaux enjeux ont montré que la procédure civile doit aussi faire lobjetdune approche économique,quelle se situe dans un cadre concurrentiel et sinscrit dans une logique de performance. Le « consommateur » de justice recherche lefficacité par le recours à des moyens qui minimisent la dépense pour un résultat qui satisfait ses inté rêts privés. Il souhaite disposer en toute transparence dinformations lui permettant dopérer un choix (entre mode consensuel ou juridictionnel de résolution du conflit, entre un système étatique ou un autre), et pour cela connaître les critères objectifs (qualité des agents, coût, durée des procédures, contenu de loffice du juge...). Lorga nisation du procès doit donc prendre en compte, à la fois la nécessité de satisfaire chacune des parties, et lobjectif dune maximisation du bienêtre collectif. Pour cela, il faut que les règles de procédures empêchent le détournement du procès à des fins de stratégies économiques (le temps et le coût du procès peuvent être des facteurs de liquidation de lentreprise adverse), quelles régulent la communication des informa tions privées (les parties sont placées dans une asymétrie dinformation, chacune retient les éléments contraires à ses intérêts, ou les communique tardivement), quelles tentent de rétablir une égalité des armes (la représentation par avocat contribue à modifier les pratiques). Les réformes contemporaines ont pour objectif de répondre à ces problématiques : assurer leffectivité de laccès au juge, diversifier les modes de résolution des conflits, ajuster les comportements stratégiques des parties en conférant au juge un pouvoir de régulation du déroulement de linstance et de contrôle de la loyauté des débats, instaurer un débat contradictoire, afin que la plupart des informa tions soient révélées au juge. À ces préoccupations sajoutent des enjeux économiques internationaux. Le système juridique soutient le développement économique dun État, et la crédibilité de son système juridictionnel permet un « forum shopping » en sa faveur ! La réforme de l201148 duarbitrage interne et international par le décret nº 13 janvier 2011 constitue une illustration topique de la nécessité de consolider la place du droit français pour renforcer la compétitivité juridique de la place de Paris dans le 27 monde . Lefficacité juridictionnelle dun État attire les investisseurs, et sécurise la situa tion juridique des particuliers. Toutes les règles de procédure civile ont pour but de consacrer un véritable droit au procès. Une fois que laction en justice est formée, le droit du procès garantit le prononcé dune décision par le juge et, en cas dinsatisfaction de lune des parties, offre à cette dernière le droit au renouvellement du procès.
—— 26. Rapport Coulon, « Réflexions et propositions sur la procédure civile »,Doc. fr.Rapport1997 ; Magendie, « Célérité et qualité de la justice »,Doc. fr.2005, notamment par le décret du 28 décembre 2005 nº 20051678 »,JO29 déc. 2005, p. 20350. 27. Rapport M. Prada, Certains facteurs de renforcement de la compétitivité juridique de la place de Paris, remis le 19 avr. 2011 ; C. Nourissat, « Petit manuel de séduction juridique à lusage des affaires inter nationales »,JCP2011, aperçu rapide, 904.
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