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NOUVELLES PROBLÉMATIQUES ADOLESCENTES

De
240 pages
Cet ensemble d'interventions montre bien que des enfants, adolescents ou jeunes adultes, aient été fracassés, un potentiel de résilience permet à chacun une démarche d'humanisation. Un processus de réparation permet à d'autres de se resituer en tant qu'être social. Entre pessimisme rigide et optimisme béat, existe un espace intermédiaire permettant de réduire le coût humain et financier de la de la marginalisation et de l'exclusion.
Adolescence - Education - Famille - Institution - Partenariat - Placement familiale - Prévention - Réparation - Résilience - Travail Social
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@ L'Harmattan, 2001

ISBN: 2-7475-0673-8

,

NOUVELLES PROBLEMATIQUES ADOLESCENTES

Collection Sciences criminelles dirigée par Robert Cario
La collection Sciences criminelles se destine à la publication de travaux consacrés à l'analyse complexe du phénomène criminel. Multidisciplinaire par définition, elle a vocation à promouvoir les réflexions critiques portées par les disciplines impliquées, dont l'angle d'approche spécifique enrichit la connaissance globale du crime, tant en ce qui concerne les protagonistes (inftacteur, victime, société) que les stratégies d'intervention sociale (prévention, répression, traitement). En France comme à l'étranger. Les contributions, émanant de chercheurs, de praticiens de la justice ou du travail social, empruntent la forme d'ouvrages de doctrine, de recherches collectives ou d'actes de rencontres scientifiques. La Collection s'enrichit par la publication d'un « Traité de sciences criminelles », multi-auteurs, qui présente sous la forme de manuels les principales disciplines qui composent les sciences criminelles: philosophie criminelle, criminologie, politique criminelle, droit criminel, procédure pénale, criminalistique, médecine légale et victimologie. A paraitre
M. Born, P. Thys (Dir.), Délinquance juvénile et famille J.P. Céré (Dir.), Panorama européen de la prison Ouvrages parus R. Cario (Dir.), La médiation pénale: entre répression et réparation R. Nérac-Croisier (Dir.), Le mineur et le droit pénal R. Cario, J.e. Héraut (Dir.), Les abuseurs sexuels: quel(s) traitement(s) ? J.P. Céré, Le contentieux disciplinaire dans les prisons françaises et le droit européen R. Cario, Les femmes résistent au crime M. Vaillant, A. Vulbeau, Action éducative spécialisée en placement familial L. Ouvrard, La prostitution R. Cario, Jeunes délinquants. A la recherche de la socialisation perdue P. Mbanzoulou, La réinsertion sociale des détenus C. Cardet, Le contrôle judiciaire socio-éducatif R. Nérac, J. Castaignède (Dir.), La protection judiciaire du mineur en danger A. Bernard, R. Cario (Dir.), Les politiques publiques d'aide aux victimes « Traité de sciences criminelles »

I. C. Lazerges, Introduction à la politique criminelle 2. R. Cario, Victimologie 3. J. Pinatel, Histoire des sciences de l'homme et de la criminologie 4. R. Cario, Introduction aux sciences criminelles 5. J.P. Céré, Droit disciplinaire en prison 6. J.P. Allinne, Histoire des politiques pénales, à paraitre 7. J. Castaignède, La procédure pénale et la victime, à paraître

Sous la direction de

Maryse V AILLANT

et Jean-Paul LEBLANC

NOUVELLES PROBLEMATIQUES
ADOLESCENTES
PRATIQUES INSTITUTIONNELLES EN RECHERCHE

,

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Ont collaboré à cet ouvrage:
Bernard Bonnemason, Administrateur du C.RE.A.H.I. d'Aquitaine Robert Bidart, Juge des Enfants, Président du Tribunal pour Enfant de Pau, Délégué Régional de l'Association des Magistrats de la Jeunesse et de la Famille Robert Cario, Maître de conférences, Unité Jean Pinatel de Sciences criminelles comparées, Université de Pau et des Pays de l'Adour Claudie Cotellon, InfirmièrePsychiatrique Boris Cyrulnick, Psychiatre, Ethnologue,Toulon José Fayolle, Directeur de l'Œuvre de l'Abbé Denis Colette Gabe, Psychologue Jean-François Guibeaud, Délégué régional de l'A.N.P.F. Robert Lassalle-Laplace, Président de l'Œuvre de l'Abbé Denis Jean-Paul Leblanc, Ancien Directeur de l'Œuvre de l'Abbé Denis, Président de l'Association de Criminologie d'Aquitaine (ARCA) Martine Maladon, Infirmièrepsychiatrique José Ménard, Directeur départemental PJJ PyrénéesAtlantiques Henri Mialocq, Psychologue, Conseillertechnique ASE des
Pyrénées-Atlantiques Marco Oberti, Maître de conférences des Universités à l'lEP (Institut d'Etudes Politiques) de Paris Jacques Pain, Professeur des Universités, Département des Sciences de l'Education, Paris X, CREF (Centre de Recherches Education et Formation), Responsable du secteur «Crise: Ecole, Terrains Sensibles» Michèle Rolland, Infirmière psychiatrique Jean-Pierre Rosenczveig, Président du Tribunal pour Enfants de Bobigny, Président de l'ANCE (Association Nationale des Communautés Educatives) Maryse Vaillant, Psychologue clinicienne, chargée de mission PJJ Ile de France Alain Vulbeau. Maître de Conférences en Sciences de l'Education, Paris X

Avant propos

Je voudrais tout d'abord vous dire combien Madame Guigou, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, et Madame Pédriolle, Directrice de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, regrettent de ne pouvoir participer à ces joumées d'études du fait de leurs astreintes respectives. Je me réjouis toutefois de la présence de nombreux fonctionnairesd'autorité de la P.J.J. dans l'assemblée. Ils témoignent de l'estime qu'ils portent l'Œuvre de l'abbé Denis, à son souci de constamment renouveler les méthodes afin qu'elles restent en prise avec les réalités du terrain. Si ces journées sont délibérémentplacées dans le champ des nouvelles problématiques adolescentes, des nouvelles compétences et des nouvelles pratiques institutionnelles, l'Institution Judiciaire n'échappe pas à ces interrogations. De nouvelles orientations pour la Protection Judiciaire de la Jeunesse ont été définies par la circulaire du 24 février 1999. Ces orientations visent à adapter ses outils et ses modes d'intervention aux nouvelles réalités qui visent les mineurs en difficulté, délinquants ou en danger, ainsi qu'à un nouveau contexte institutionnel d'action, marqué par la mise en œuvre de politiques publiques territorialisées. Quel est le contexte aujourd'hui? En termes quantitatifs, les procédures concernant les mineurs en danger sont en accroissement constant; le nombre de mineurs mis en cause a également augmenté d'environ 70% depuis 1990 quand bien même une minorité de délinquants commettent une grande partie des infractions. Au plan qualitatif, l'on constate, en nombre important, des atteintes aux personnes, des destructionsde biens et un

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rajeunissementde la population.Nous sommes aussi inquiets de l'augmentation préoccupante de la délinquance dite «d'intégration» qui se manifeste par la participation de mineurs à de multiplestrafics organiséspar des adultes des mêmes quartiers. A l'occasion d'un séminaire rassemblant les Juges des Enfants et les Substituts des mineurs chargés des vingt six départements prioritaires, des constantes qui ne surprendront pas le public averti de cette assemblée ont été relevées: une délinquance de génération en génération; des familles défaillantes ; des défauts de soins; des problèmes de langue; une appartenance marquée aux minorités ethniques; l'alcoolisme, parfois
plus prononcé dans certaines régions.

A ce sujet, nous ne pouvons passer sous silence l'enquête de l'Unité 472 de l'INSERM publiée en 1998 et relative à la santé des adolescents pris en charge par la Protection Judiciaire. La mise en comparaison des résultats avec le même questionnaire réalisé auprès de jeunes scolaires du même âge nous alerte brutalement, et vous voudrez bien me pardonner si je vous abreuve de quelques données chiffrées. Dans le public P.J.J. par rapport à la population scolaire, le tabagisme quotidien et la recherche répétée d'ivresse sont très ftéquents, particulièrementparmi les filles. La violence fait aussi partie de la vie quotidienne, autant les conduites violentes (racket, vol, bagarres...) que les violences subies physiques ou sexuelles. Ainsi, 6% des garçons et 34% des filles ont été victimes d'une agression sexuelle. L'âge moyen de la première agression sexuelle est de 11,6 ans pour les garçons et de 12,2 ans pour les filles. Pour ce qui concerne les troubles dépressifs et autres plaintes de santé, 12% des garçons entre 14 et 21 ans et 49% des filles ont déjà fait une tentative de suicide durant leur vie. Ce tableau très partiel et relativement sombre est dressé dans un contexte de mutations sociales profondes qui modifient les fondementsdu lien social. Je veux parler notamment de la place de la femme, de l'égalité dans le couple, des rapports intergénérationnels, des familles recomposées, de la place du travail comme valeur d'intégration, de l'engagement politique, religieux, notamment.

Avant-propos

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Les services de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, qu'il s'agisse du secteur public ou du secteur associatif habilité, doivent aujourd'hui prendre en charge des jeunes aux personnalités très perturbées que seul un travail de socialisation et d'éducation peut conduire, à terme, à trouver une place acçeptable dans la société. Pour atteindre cet objectif, une piste de travail réside dans up. accompagnement éducatif intensif, caractérisé par une présence plus marquée des éducateurs auprès des jeunes, et un recours plus systématique à des activités de socialisation, en lien avec la scolarité, la formation professionnelle, la culture et les loisirs, parfois l'organisation de séjours de rupture... Et nous ne devons jamais oublier à travers chaque parcours individuel que nous construisons avec ces jeunes, que leur famille, quelle qu'elle soit, en constitue un élément fondamental. La Justice des mineurs a fait l'objet, ces dernières années, de nombreux rapports successifs des Inspections Générales, de parlementaires ou du Conseil économique et social. La Circulaire d'orientation, que j'évoquais plus haut, nous précise que: « Tous ces rapports concluent à la nécessité de mobiliser et d'articuler l'action de tous les acteurs sociaux concernés dans un contexte administratif qui requiert aujourd 'hui la coordination des services de l'Etat et des Col/ectivités territoriales. Ils soulignent l'importance d'interventions plus rapides, plus précoces, afin de permettre la prévention de situations mettant en danger les mineurs. Ils préconisent des actions éducatives qui permettent une forte mobilisation autour des mineurs les plus en difficulté et des sanctions qui rappel/ent à leurs auteurs la portée de leurs actes et permettent un apprentissage des règles de la vie sociale ».

Le schéma départemental conjoint Aide Sociale à l'EnfancelProtection Judiciaire de la Jeunesse signé à Pau en novembre 1997 s'inscrit parfaitement dans ces recommandations. Il a permis de relancer une dynamique de réflexion commune entre les professionnels du secteur public et du secteur associatif habilité, les juridictions et les services du Conseil général. Cette démarche permet d'échanger les outils et les méthodes de travail et ainsi d'enrichir réciproquementles pratiques tout en les modernisant. Cependant, « moderniser» n'est pas synonyme d'additionner. Au plan institutionnel, beaucoup

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s'inquiètent de la multiplication des mesures et des dispositifs qui composent peu à peu une complication inouïe : chaque nouvel ajout possède certes sa justification rationnelle, mais l'ensemble défie souvent la raison. De leur côté, les travailleurs sociaux qui appartiennent à ces institutions sont quant à eux confrontés à des enfants dont la vision de ce qui les entoure et de qu'ils vivent est souvent morcelée, fragmentée. Je me trouvais la semaine dernière à Agen en compagnie de certains d'entre vous, pour l'installation d'un pôle de compétence pour la prévention de la délinquance. Nous y avons entendu Monsieur le Préfet de la Région rappeler la complenté de la société dans laquelle nous vivons, et un haut magistrat constater que seules des réponses complexes paraissaient de nature à répondre à certaines situations.

La fonction même de l'éducateur auprès d'un jeune est aussi de nature complexe et doit s'attacher à restaurer un « ordre du sens », à donner à l'espace à l'histoire, aux contenus de l'action éducative. Vous conviendrez qu'il existe une similitude, un parallélisme entre l'éducateur face au jeune et la recherche de cohérence des institutions entre elles, face à l'empilement des mesures et à la juxtaposition des dispositifs. « Complexité de la société », « complexité des situations », « complexité des réponses », l'action éducative est sans nul doute une application du concept de la « pensée complexe» cher à Edgar Morin qui en est l'initiateur. Soyons optimistes, les travailleurs sociaux utilisent en permanence cette capacité de conjuguer les éléments contradictoires et complémentairesd'une situation, de situer chaque traitement partiel dans le tout qui l'englobe et lui donne son sens. Ils ont enfin cette capacité de concevoir toute solution apportée à un problème de société (santé, éducation...) de telle sorte qu'elle soit « apprenante », c'est à dire qu'elle permette à ses auteurs non seulement de disposer du poisson dont ils avaient besoin, mais d'apprendre à toujours mieux pêcher.
José Ménard Directeur départemental PJJ Pyrénées-Atlantiques.

Avant-propos

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Chargé de représenter ici le Centre Régional d'Etudes et d'Actions sur les Handicaps et les Inadaptations d'Aquitaine, je remercie particulièrement Monsieur le Président et Monsieur le Directeur du Service pour leur aimable invitation et l'ensemble des personnes présentes à cette tribune pour la qualité de l'accueil qui nous a été fait. En accord avec les organisateurs,je vais en quelques minutes essayer de vous rappeler ce qu'est un CREAHI et de vous donner quelques informations sur les préoccupations et les activités actuellesen Aquitaine. Historiquement, les C.RE.A.H.I. ont été créés par un arrêté ministériel en date du 22 janvier 1964 à la suite de l'essor du secteur de l'éducation spécialisée qui, à partir des années 19451946avait donné lieu à un nombre important d'initiatives visant les différents handicaps et inadaptations.Ces C.RE.A.H.!. sont nés, dans la plupart des cas, du regroupement d'associations, principalement des Associations Régionales de Sauvegarde de l'Enfance et de l'Adolescence (ARSEA). L'objectif de l'arrêté ministériel était de créer un pôle de regroupement régional des différentes activités, de les rendre complémentaireset de donner aux acteurs de terrain la possibilité de participer à la gestion des centres régionaux chargés de l'animation technique, de l'analyse des besoins et de la promotion de ces secteurs d'activité. Au sein des C.RE.A.H.I. devaient se retrouver, bien que ceux-ci aient été créés sous forme d'associations loi 1901, des établissements et services publics ou privés ainsi que les associations et les services publics responsables. Deux commissaires du gouvernement participent aux travaux du Conseil d'Administration, à savoir: pour le ministère de l'emploi et de la solidarité: la DRASS et pour le ministère de lajustice, la DRPJJ. Aujourd'hui les C.RE.A.H.I. sont regroupés au niveau national pour la concertation et la complémentarité au sein de l'Association Nationale des C.RE.A.H.!. (ANCREAHI). Leurs objectifs, qui ont été précisés par une circulaire interministérielle du 13 janvier 1984, visent toujours l'animation, l'information, l'observation des besoins, l'évolution des pratiques, le conseil technique et la formation. Le C.RE.A.H.!. d'Aquitaine essaie de mener à bien ces différentes tâches grâce

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à l'engagement de ses membres et travaille avec une équipe relativementréduite d'environ 5 postes ETP actuellement. En ce qui concerne l'animation, le C.RE.A.H.I. organise tous les ans des groupes de travail départementaux et régionaux ainsi que des journées d'étude. En 1998, ces journées ont été centrées sur le problème des jeunes anomiques et, en 1999, sur l'étude des besoins des personnes handicapées âgées, tout en visant à la mise en synergie des secteurs du handicap et de la prise en charge des personnes âgées. En ce qui concerne l'information, le C.RE.A.H.I. publie annuellement quatre numéros du «Nouveau Mascaret» et, à un rythme mensuel, « Le Saviez-Vous?». Ce bulletin comporte une rubrique importante «Offres et Demandes d'emploi» dans le domaine du handicap et de l'inadaptation.En ce qui concerne l'objectif d'observation, le C.RE.A.H.I. met à jour régulièrement les fichiers concernant tous les équipements départementaux et régionaux et procède à des études, par exemple pour 1999 une approche prospective du nombre des personnes handicapées devant bénéficier d'un dispositif post-professionnel. En ce qui concerne le conseil technique, il s'agit dans la plupart des cas, d'apporter le concours d'intervenants extérieurs pour aider une équipe ou une institution à leur demande. Le C.RE.A.H.I. participe également aux travaux du Comité Régional de l'Organisation Sanitaire et Sociale (CROSS) et est sollicité, chaque fois que cela est nécessaire, par les administrations pour travailler au sein de groupes régionaux ou départementaux. Tel est le cas actuellement en ce qui concerne la préparation du schéma régional des formations aux professions sociales. Pour ce qui concerne la formation, le C.RE.A.H.I. ne propose pas, comme d'autres organismes de formation, une palette de stages, mais répond à des demandes internes émanant des établissementset services désirant effectuer une démarche collective de formation, le plus souvent pour faire face à des problèmes nouveaux ou faire progresser les projets institutionnels. Actuellement,deux objectifs nouveaux ont été au centre de nos préoccupations en 1999 et le seront également en 2000 à savoir: améliorer la communication inter-institutionnelle et créer une dynamique d'échange à travers la conception

Avant-propos

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d'un site Internet. Dans ce site, vous pourrez obtenir à terme un nombre important d'informations concernant l'équipement régional en établissementset services, des textes et informations conjoncturels et la possibilité de communiquer en permanence avec le C.R.E.A.H.I. Le deuxième grand chantier pour cette période, concerne la mise en œuvre de la démarche Qualité. Actuellement le C.R.E.A.H.I. d'Aquitaine n'est pas isolé par rapport à cette démarche,puisque celle-ci a été initiée au sein de l'ANCREAI qui a procédé, depuis deux années maintenant, à la formation de personnes employées par les C.RE.A.H.I. et à même d'accompagner des équipes de terrain dans ce travail particulier. Au delà de ce qui pourrait apparaître comme un effet de mode, les professionnels des institutions et les responsables de celles-ci savent très bien qu'il nous faudra mettre en œuvre des méthodes de suivis permanents concernant l'adaptation des projets éducatifs et également des pratiques quotidiennes. De leur côté les pouvoirs publics ne manqueront pas à terme de demander à nos institutions de garantir la mise en œuvre d'une telle démarche. Il faut noter à cet égard que la démarche de qualité est déjà mise en place dans le secteur concourrant à la santé publique.
Bernard BONNEMASON Administrateur du CREARI d'Aquitaine

L'Œuvre de l'Abbé Denis a été créée en 1934 par l'Abbé Denis. Professeur de lettres classiques au collège du Caousou à Toulouse, ce prêtre, orphelin et sans famille, n'a eu de cesse de se faire détacher par ses supérieurs pour fonder une œuvre dont le but serait d'aider les jeunes qui, comme lui, avaient eu un handicap à leur départ dans la vie. Il s'est installé à Pau, ville qu'il connaissait bien puisqu'il avait passé sa jeunesse à l'orphelinat agricole de Pau. Il a pu s'appuyer sur les prêtRes des paroisses du diocèse et sur les instituteurs des villages pour

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organiser un service de placement familial au profit des jeunes qui lui étaient adressés par l'autorité judiciaire et administrative. Pendant la guerre 39-45 ? il a dispersé dans tout le département des Pyrénées Atlantiques 250 enfants qui lui été confiés par des familles israélites de la région parisienne et a évité à ces jeunes l'épreuve de la déportation,ce qui explique qu'un arbre à son nom a été planté en Israël. Après la guerre l'Œuvre a été constituée en association loi 1901 et a été présidée par l'Abbé Denisjusqu'à sa retraite. J'ai pu personnellement apprécier son dévouement, sa capacité et les résultats de son activité lorsque j'étais juge des enfants à Pau. Les 16 et 17 novembre 1989, nous avons célébré le cinquantenaire de l'Œuvre au cours d'un premier colloque sur le placement familial des adolescents. Ce premier colloque a réuni 300 personnesvenues de toute la France. L'OAD s'est ainsi fait connaître. Elle a acquis une renommée sur le plan national grâce aux actes de ce colloque et aux articles des rewes spécialisées qui en ont fait le compte rendu. Cette renommée a franchi les frontières puisqu'en 1993, l'OAD a été invitée à Gérone en Espagne pour intervenir à un colloque organisé par les autorités espagnoles. Le placement familial d'adolescents n'existait pas en Espagne. Le Ministre de l'action sociale et de la famille de la Généralité de Catalogne, qui assistait au colloque de Gérone, a été vivement intéressé et a demandé à venir voir sur place. Nous avons accédé à son désir. Accompagnée de conseillers techniques et de membres de son cabinet, elle. est venue à Pau passer une journée entière à l'œuvre, d'abord au siège où elle même et ses compagnons ont pris contact avec les services du secrétariat, direction et comptabilité, puis avec les techniciens, éducateurs, psychologues, psychiatre. Ils ont ensuite visité des familles d'accueil où ils ont pu s'entretenir avec les assistantes maternelles et les jeunes accueillis. Le 24 novembre 1994l'œuvre a organiséun second colloque sur le placement familial des adolescents en difficulté grave. Nous avons eu une autorité venue de toutes les régions de France, d'Angleterre, de Suisse et d'Espagne. A la suite de ce second colloque, il nous a été demandé d'intervenir à Lyon, Angers, Vaucresson, Saint Nazaire et Marseille. Le 28 juin

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1995,nous avons été sollicités et nous sommes intervenus à une journée d'étude organisée à Barcelone à l'intention des dirigeants des services d' état de la protection de la jeunesse des diverses provinces d'Espagne. Le ministre du gouvernement de Madrid, en charge des problèmes de jeunesse en Espagne, s'est déplacé et a assisté à notre intervention sur un mode de placement qui, jusqu'alors, n'était pas pratiqué en Espagne pour les grands adolescents. Nos méthodes de travail sont maintenant connues et reconnues. La réussite et le rayonnement de l'Œuvre sont essentiellement dus au directeur du service de placement, Jean-Paul Leblanc qui a succédé à l'abbé Denis en 1973 lorsque ce dernier a décidé de prendre sa retraite à l'orphelinat agricole de Pau qui l'avait accueilli à l'âge de 3 ans et qui était sa seule famille. Depuis 1973 Monsieur Leblanc a fait de l'Œuvre un service de placement familial d'une exceptionnelle efficacité. Il l'a modernisé, équipé, logé et animé. Grâce à lui de nombreux adolescents en difficultés graves, jusqu'alors à la rue, pour la plupart en fugue d'autres établissements, ont été reçus, entourés, apaisés et éduqués dans un milieu familial équilibré grâce à des assistantes maternelles et à leurs familles d'une grande qualité. Ces assistantes maternelles, aidées par leurs maris et leurs propres enfants, aiment leur métier et sont passionnées par ce qu'elles font. Les jeunes accueillis ont obtenu une qualification professionnelle, certains d'entre eux se sont installés à leur compte et nous sont d'un grand secours pour accueillir à leur tour nos jeunes en apprentissage. D'autres jeunes ont obtenu le baccalauréat et pour certains des diplômes universitaires. L'un d'eux est médecin. Nous avons actuellement un jeune en
« sCiences po ». Un grand merci aux assistantes maternelles, aux éducateurs qui les encadrent, aux employeurs, au personnel de l'Œuvre, aux enseignants des lycées et collèges de l'agglomération paloise qui, informés du passé de ces jeunes, font l'effort de les aider dans leurs études. Malheureusement pour nous Monsieur Leblanc a décidé de prendre sa retraite. Il nous quittera dans quelques jours le 31 décembre prochain. Son successeur Monsieur José Fayolle saura, j'en suis sûr, continuer son œuvre avec succès grâce à son

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expérience de longue date dans le placement familial. Pennettez-moi de remercier monsieur Leblanc dont c'est le dernier colloque en tant que directeur. Il a mis au service de l'Œuvre ses qualités humaines et professionnelles, ses connaissances reconnues par un doctorat en sciences criminelles, son expérience d'enseignant à la Faculté de Droit et de Président de l'Association Régionale de criminologie d'Aquitaine. Il a parfaitement réussi. Pennettez-moi lui dire notre reconnaissance devant cet auditoire d'une grande qualité. Si l'abbé Denis nous voit, il doit lui.aussi se réjouir des résultats du service de placement familial qui a été l' œuvre essentielle de sa vie. Merci à tous d'être venus à ce troisième colloque des 9 et 10 décembre 1999 dont l'objectif est de démontrer que le placement familial est un dispositif innovant dans l'ensemble des modes de prise en charge des adolescents jusqu'à leur majorité. Robert Lassalle-Laplace, Président de I 'Œuvre de l'Abbé Denis

Dans les pratiques sociales actuelles, le placement familial, est un dispositif institutionnel de prise en charge continue d'enfants ou d'adolescents en difficulté de représentation ou d'absence d'image parentale. C'est un dispositif spécifique, technique,paradoxal et complexe. Je dis dispositif institutionnel pour bien rappeler que l'enfant est confié d'abord à une institution par une institution judiciaire ou administrative, que cette institution intervient à partir d'un mandat et qu'elle doit réaliser une mission: « protéger, éduquer et soigner ». Ce dispositif institutionnel est spécifique dans la mesure où il prend appui sur un outil spécifique qui est la famille et qu'on nomme «famille d'accueil ». La famille, et donc la famille d'accueil, est un groupe de personnes qui fonnent une entité particulière avec ses propres règles de fonctionnement. C'est un ensemble organisé avec des liens d'alliance, de filiation et de consanguinité. Ces liens sont régis par les interdits fondamentaux (meurtre et inceste). Ce groupe appartient à un ensemble

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social, économique et culturel. La place de chacun, inscrit dans un processus générationnel, est reliée avec l'extérieur. Elle est soumise aux lois symboliques. Dans cet ensemble, l'enfant doit construire sa propre identité de sujet et développer son autonomie dans une transmission psychique avec ses parents. Être adulte ou parent, c'est instituer l'enfant qui à son tour institue ses parents (Pierre Legendre). La famille est une institution. La famille d'accueil à qui l'institution confie un enfant ne partage pas avec lui des liens d'alliance, de filiation ou de consanguinité. C'est par un lien contractuel que la famille d'accueil instaure un lien social avec l'enfant accueilli. L'enfant a une famille. Nous entendons souvent parler de la famille « d'origine », de la famille « naturelle »de l'enfant. A l'origine de quoi., La société est construite à partir de cette structure sociale qu'est la famille. Chaque société construit ses propres modèles de représentation sociale et ses propres structures de parenté. La famille « naturelle» de l'enfant. En quoi la famille estelle naturelle" Elle est culturelle et idéologique dans la mesure où elle est une création humaine, une construction sociale. Par contre, nous sommes tous accueillis dans un groupe familial constitué avec des liens multiples, inscrits dans une biographie et un ordre générationnel. Aussi, nous pourrions dire que nous sommes tous issus d'une « famille d'accueil ». La famille est si naturelle qu'elle est devenue plurielle. On dit désormais « les familles» et il existe à ce jour plusieurs configurations familiales, plusieurs types de liens qui relient les personnes regroupées dans un même ensemble. Ainsi coexistent les familles qui sont organisées à partir des liens de filiation et de consanguinité, les familles qui se sont « recomposées» autour des liens d'alliance et de transmission des valeurs d'éducation, les familles adoptives avec substitution de la filiation, les familles qui ont recours à « la procréation médicalementassistée» où se mêlent les liens biologiques et les liens d'adoption, les familles homo-parentale qui ont une sexualité sans procréation,etc. Cette transformation du modèle familial unique et le développement de ces nouvelles configurations familiales interrogent doublement le placement familial car ils traversent à la fois les familles des enfants et celles qui sont recrutées pour exercer

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ce travail. Et pour ma part. il me semble que cette évolution du modèle familial unique est une opportunité, une chance supplémentaire pour les enfants/adolescent(e)s qui sont accueillis en placementfamilial. En effet, ces différents modèles familiaux offrent aux enfants accueillisde plus grands espaces symboliques,des espaces d'autonomie psychique plus vastes où se mélangent du semblable et du différent, de la filiation et de l'affiliation, du biologique et de l'alliance. ils composent un réseau familial dans lequel prend place la famille d'accueil et dans lequel chaque enfant peut se construire, reconstruire ses propres outils pour faire vivre, revivre les structures de parenté et accéder au travail de symbolisation parentale sans pour autant qu'il soit dans l'obligation d'abolir son nom, son histoire, son identité. Irène Thery, sociologueet anthropologue de la famille écrit: «La famille traditionnelle est celle qui résiste au temps. La famille contemporaine est celle qui construit le temps avec l'assurance de ce qui ne change pas (ce qui n'est pas négociable), mais qui accorde du sens aux bouleversements qui surviennent dans les itinérairesde chacun». L'enfant/adolescent(e) confié à une famille d'accueil est séparé de sa famille. Il est «déplacé» d'une famille dans une autre famille. S'il existe un déplacement géographique et que s'opère une séparation psychique, il n'y a pas, pour l'enfant accueilli, de déplacement dans sa biographie, dans sa filiation. Le placement de l'enfant est un « déplacement» dans un autre lieu, dans un autre groupe de personnes reliées entre elles avec lesquelles il lui est possible d'investir « une place », d'élaborer un travail de symbolisation. Mais l'enfant vit avec ses deux familles et ces deux appartenances. L'enfant est accueilli sur une autre «scène familiale» que la sienne avec d'autres « acteurs ». La famille d'accueil propose à l'enfant d'autres représentations, d'autres images parentales avec ses mouvements identificatoireset ses propres phénomènesde projection. La famille d'accueil constitue pour l'enfant des parents symboliques avec des fonctions parentales réelles. Elle lui apporte un cadre relationnel, symbolique et imaginaire, une sécu-rité psychoaffective et une adaptation sociale. Elle accueille l'enfant dans un espace domestique, une maison (enveloppe

Avant-propos

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sécurisante), un groupe familial, un environnement social. Elle transmet à l'enfant des affects et des valeurs d'éducation. Elle offre à l'enfant un cadre de protection et une continuité relationnelle qui lui permet d'élaborer ce travail psychique (séparation I répétition I réparation). L'enfant poursuit ou reprend sa propre histoire dans la famille d'accueil comme un « grumeau dans la sauce» et il transporte « ses gravats» d'un lieu à l'autre comme dit LapaluslBerger,psychothérapeute. Le placement familial est donc un dispositif institutionnel spécifique qui propose des objectifs, qui possède ses propres outils techniques internes et construit ses méthodes de travail. Et, ce dispositif de prise en charge technique repose sur de véritables indications pour répondre aux demandes d'admission des enfants/adolescent(e)set de sa capacité psychique à investir une famille d'accueil, de l'évaluation clinique du fonctionnement familial dans lequel évolue l'enfant, après avoir observé les places de chacun dans le processus générationnel, mesuré la qualité du lien intra-psychique qui unit l'enfant à ses parents et repéré la nature des troubles de la fonctionparentale. Pendant le placement de l'enfant, ces indications doivent être régulièrement réévaluées en fonction de son évolution et celle de sa famille afin que lui soit proposée l'orientation la plus adaptée à son histoire, à sa problématique et à son parcours individuel. Il me semble que le placement familial n'est pas toujours perçu comme un dispositif technique de prise en charge spécifique et qu'il est encore utilisé comme un « lieu d'accueil d'urgence» où seraient placés tous les enfantsladolescent(e)s dont « on ne saurait pas quoi faire», qui sont en rupture d'établissement et de projet, qui relèvent d'une alternative à l'incarcération et à l'hôpital psychiatrique et qu'on fasse fi de ses indications et de ses objectifs de travail. Nous verrons plus loin que le placementfamilial peut être un partenaire institutionnel dans la prise en charge d'enfantladolescent(e)s en très grande difficulté qui manifestent des troubles de la santé mentale ou des comportement de transgression sociale, mais à condition qu'il soit engagé, à sa place, dans un partenariat inter-institutionneloù se rencontrenttous les intervenants du champ social et médico-social, où s'articulent

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les différentes compétences et où sont respectés les différents niveaux de responsabilité. Le placement familial, comme dispositif institutionnel unique et isolé, ne peut apporter une réponse adaptée à ces situations difficiles et complexes. Bien sûr, nous imaginons bien les avantagesque présente le placement familial pour des situations de crise et d'exclusion. Je rappelle que le placement familial est un dispositif de prise en charge continue d'enfantsladolescent(e)s, ouvert toute l'année, qui offie un espace d'accueil immédiat, avec un cadre relationnel, éducatif et social permanent et des personnes présentes, impliquées et, qu'il coûte peu cher. Et, au moment où se met en place les trente cinq heures (les assistantes maternelles ne sont pas concernées par cette disposition) la tentation est encore plus grande pour le secteur social et médico-social de se tourner vers ce dispositif de prise en charge et de l'utiliser comme un « lieu de sous-traitance» et par défaut. Aussi, je souhaiterais vous faire partager mon inquiétude quant à cette évolution, à cette probable délive. Je dis attention! Soyons vigilants! La spécificité de ce dispositif de
prise en charge doit être préservée et défendue.

Si le placement familial possède ses propres indications, il présente aussi des contre-indicationset a ses propres limites. Il existe des limites par rapport aux parents des enfants confiés. Nous savons que placer un enfant dans une famille d'accueil, le partager entre deux familles, peut, sur le plan narcissique, blesser beaucoup de parents. Il existe des limites par rapport aux familles d'accueil. Comment l'identification d'une famille d'accueil à un enfant malheureux permettra-t-elle la distance de travail nécessaire? Quelle élaborationde leur histoire passée la famille d'accueil at-elle pu déjà engager pour que l'histoire et le vécu de l'enfant accueilline déclenchepas en elle une soufftance et une violence trop sauvages? comme l'écrit le PsychologueRené Clément. Et puis, il y a les limites psychiques de l'enfant/adolescent(e). Nous devons évaluer la capacité pour l'enfant/adolescent(e) de supporter les tensions inévitables entre les adultes en fonction de sa ftagilité psychique. Nous devons

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appréhender aussi la capacité pour l'enfant de supporter la charge affective, émotionnelle et sexuelle de la famille d'accueil. Nous devons vérifier la possibilité de l'enfant à « s'attacher », à investir un lien, à accéder à l'ambivalence et aux sentiments contradictoiresqui le traversent en même temps. Le placement familial est un dispositif institutionnel qui présente un fonctionnement paradoxal. En effet, il est demandé à des personnes qui sont regroupées sous un même toit d'accueillir un enfantladolescent(e) à leur domicile, dans un espace privé, intime, sur un mandat public et d'établir avec cet enfant une relation éducativeprofessionnelle. Confier un enfantladolescent(e)à une famille d'accueil, c'est aussi plonger le couple parental d'accueil et les parents de l'enfant dans le vide symbolique et culpabiliser la mère de l'enfant en «survalorisant» l'assistante maternelle, mais c'est l'ensemble familial qui accueille l'enfant. Si l'institution ne prend pas en compte cette dimension groupale, on ne permet pas à la fonction tiers - celle du père - de la famille d'accueil de fonctionner. Et, une institution ne pourra travailler le lien avec l'assistante maternelle que, et uniquement que, si cette fonction symbolique interne est reconnue par l'assistante maternelle, la famille d'accueil et l'institution. La famille d'accueil représente pour l'enfant des parents symboliques, mais ces parents symboliques interviennent dans la réalité quotidienne de l'enfant. La relation éducative qui est adressée à l'enfant accueilli est parentalisée et doit demeurée professionnelle. Soit la famille d'accueil oublie son statut symbolique et se laisse piéger par la réalité de sa fonction parentale, soit la famille d'accueil nie la parentalisation de ses relations avec l'enfant accueilli et s'institue famille transitionnelle, alors le lien d'affiliation ne peut s'affirmer et les liens d'attachement ne peuvent se tisser entre la famille d'accueil et l'enfant. Comme on le voit, à travers ces quelques points, la placement familial est le lieu du paradoxe et évolue dans un rapport de contradictions qui crée des espaces de tensions et, parfois, d'incompréhension. Mais, loin d'être un obstacle, ce fonctionnement paradoxal ajoute à ce dispositif un supplément de réflexion et de recherche dans les réponses complexes à apporter à chaque situation. Anne-Marie Favard, Psychologue, écrit:

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« le paradoxe implique un mouvement, une dynamique de la contradiction qui peut être porteuse de changement et conduire à des fonctionnements nouveaux». Mais pour accompagner la famille d'accueil et «penser» ce fonctionnement paradoxal, il y a l'obligation de mettre en place un dispositif institutionnel d'accompagnement technique et complexe. Nous savons que l'institution est une structure sociale, une entité administrative, juridique et économique, qui s'incarne dans un espace géographique, dans une histoire, qui est compo.sée de professionnels qui accomplissent une tâche et, qui est organisée autour des places, des fonctions et des compétences de chacun. Si l'institution remplit des fonctions sociales, elle remplit aussi des fonctions symboliques et il serait intéressant de les décliner.

L'institution remplit une fonction de séparation. Le lien famille d'accueiVenfantest marqué de l'absolu. il se traduit pour l'enfant par des retrouvailles imaginaires (mère idéale) et pour la famille d'accueil par le désir inconscient à satisfaire cet espoir. L'institution remplit une fonction de lien. L'institution crée le lien. Elle travaille sur le lien et expérimente la continuité du lien. Elle veille à maintenir le lien entre l'enfant, la famille d'accueil et les parents. L'institution remplit des fonctions de contenance et de limites. Elle contient les affects et les fonctions psychiques, les débordements émotionnels et les résistances des personnes qui ont à charge les enfants/adolescent(e)sen difficulté. Elle limite la toute puissance - appropriation/rejetde chacun. Elle permet de ne pas se laisser «décontenancer» par les situations difficiles et les crises. L'institution favorise l'émergence de la parole qui fonctionne comme tiers symbolique. Et. à partir de la parole s'ouvrent les conditions d'une possibilité nouvelle de pensée. Par le travail de parole et de lien. l'institution augmente le champ du « pensable», élargit le champ de la créativité et assure la qualité de l'accompagnement institutionnel. La qualité du processus d'institutionnalisation détermine la qualité du placement de l'enfant. Le placement familial est un dispositif institutionnel technique et complexe. Ce dispositif institutionnel technique et complexe. Ce dispositif institutionnel est composé d'une équipe

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technique, pluri-professionnelle et transdisciplinaire qui se réunit autour des compétences complémentaires. Il intervient sur des indications de prise en charge prédéfinies, il propose des objectifs, possède ses propres outils techniques, élabore des hypothèses de travail à partir de ses méthodes de travail, d'observation et d'évaluation. Les assistantes maternelles, depuis la Loi de 1992, bénéficient d'un statut, d'une rémunération, d'une professionnalisation. Elles appartiennent, dorénavant, à un groupe de professionnels. Elles occupent une place, remplissent une fonction et assurent un rôle. Elles participent à des actions de formation obligatoire. Elles exercent des compétences, des savoir-être et des savoir-faire, dans un champ d'intervention administratif/juridique, institutionnel et déontologique. Elles ont acquis une reconnaissance sociale et sont inscrites dans une représentation collective.
Les assistantes maternelles sont associées avec les autres acteurs du placement familial à « toute évaluation» de l'enfant qui leur est confié, à la réflexion sur les finalités du travail à accomplir et le sens qu'il prend dans une pratique sociale, dans une conception des rapports sociaux. Mais ce dispositif institutionnel n'est pas un dispositif replié sur lui-même. Il est traversé par d'autres institutions et s'enracine dans un environnement social, professionnel ouvert sur d'autres partenaires, d'autres disciplines et d'autres pratiques sociales. La confrontation des savoirs, des technicités, des pratiques, demande à chaque partenaire de s'engager dans un travail sur les langages, les compétences et les liens institutionnels. C'est à ce point de conjonction de la transdisciplinarité que le placement familial devient un dispositif complexe. Est complexe « ce qui est tissé ensemble ». L'enfantladolescent(e) confié à un placement familial est « partagé» entre plusieurs institutions d'où la nécessité et l'obligation de conserver un lien inter-institutionnel. Comme l'écrit le Psychologue Didier Houzel, « il ne s'agit pas de la confrontation conflictuelle entre les éléments contradictoires, mais d'un effort à garder en lien deux éléments différents qui pourraient s'opposer l'un à l'autre». Aussi doit être impérativement préservée la permanence d'un lien entre les différents

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partenaires qui agissent auprès de l'enfant pour lui garantir une possible différence et divergence.

La transversalité institutionnelle développe des espaces intermédiaires, des zones d'incertitudes, des possibilités de créativité pour l'enfant qu'il faut sauvegarder. Travailler avec l'incertain, c'est laisser à l'enfant un espace d'autonomie pour qu'il conquiert sa place, qu'il devienne sujet. La pensée complexe, comme la définit le Sociologue Edgar Morin est « une pensée qui relie mais qui conduit une stratégie avec l'incertain ». Il n'existe pas de système clos. Aussi, il faut tenir compte de ce qui se passe dans la vie de l'enfant, de ses mouvements propres, de ses remaniementspsychiques avec lesquels il se construit. La création n'est possible que dans la dérégulation. Il n'existe pas un seul lien d'appartenance pour l'enfant et pour n'importe lequel d'entre nous. Alors, il faut accepter d'entrer en dialogue, en opposition et en conflit avec l'autre dans un espace commun tout en maintenant un lien. Mais, en faisant très attention que cette architecture inter-institutionnelle complexe dans laquelle chemine l'enfant demeure pour lui compréhensibleet reliée.
Jean-François Guibeaud Délégué régional de l'ANPF