Travailler et vivre en Angleterre

De
Publié par


Pays cosmopolite et tourné vers l’Atlantique, l’Angleterre accueille chaque année des nationalités du monde entier. Attirés par les nombreuses possibilités offertes par la capitale anglaise, les « Frenchies » sont plus de 250 000 à avoir fait le choix de l’expatriation, faisant de Londres la 6e ville « française ».


Que vous soyez salarié, étudiant, travailleur indépendant ou conjoint d’expatrié, ce guide est fait pour vous. Il vous accompagnera à tous les stades de votre projet : conditions de salaire et d’emploi, démarches administratives, logement, vie quotidienne, assurance-maladie, fiscalité, prévoyance… Tous les thèmes importants sont abordés pour que votre prise d’emploi et votre installation en Angleterre soient une réussite. Êtes-vous prêt pour l’Angleterre ? Retrouvez dans cet ouvrage les réponses à toutes vos questions :


  • Comment trouver un emploi et quels sont les secteurs qui recrutent ?
  • Comment évaluer son salaire ?
  • Comment fonctionne le système de santé ?
  • Faut-il louer ou acheter son logement ?
  • Comment payer moins d’impôts ?
  • Quelle école choisir pour ses enfants ?


Détaillé, clair et particulièrement bien documenté, ce guide offre des conseils très pratiques tirés de l’expérience vécue par son auteur, expatrié dans le pays depuis plusieurs années. Grâce à lui, vous connaîtrez les ficelles pour réussir un CV et un entretien d’embauche, les gaffes à éviter pour ne pas choquer les Britanniques et le comportement à adopter pour vivre « à la sauce anglaise ».


Né en France, Loïc Vennin est journaliste depuis une vingtaine d’années. Il a été correspondant pour de nombreux journaux, radios et télés au Canada, en Allemagne et en Chine avant de rejoindre Londres où il travaille actuellement pour l’AFP.

Publié le : vendredi 1 janvier 2010
Lecture(s) : 230
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782297015059
Nombre de pages : 352
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Chapitre 1 Pourquoi le RoyaumeUni ?
Le RoyaumeUni de GrandeBretagne et d'Irlande du Nord, son nom officiel, est composé de l'Irlande du Nord et de la GrandeBretagne, ellemême découpée entre l'Angleterre, le Pays de Galles et l'Écosse. Les Anglais constituent environ 84 % des 61 millions de Britanniques, suivis 1 des Écossais (8 %), des Gallois (5 %) et des Irlandais du Nord (3 %) . Les régions ont une large autonomie au sein du royaume et disposent chacune de leur Parlement, mis à part l'Angleterre. La majorité de la population vit dans le sudest, en particulier à Londres, capitale très étendue qui compte 7,5 millions d'habitants. Outre Londres, les plus grandes villes sont Birmingham dans le centre de l'Angleterre (1 million d'habitants), Glasgow en Écosse (700 000), Liverpool dans le nordouest de l'Angleterre (500 000) et Leeds dans le nordest (450 000). Le pays est une monarchie constitutionnelle et une des plus anciennes démocraties au monde : son Parlement, situé à Westminster dans le cœur de Londres, est considéré comme la « mère des Parlements » tant son modèle a été copié dans le monde. Le souverain, actuellement la reine Elizabeth II, ne gouverne pas, laissant ce soin à « son » Premier ministre, comme la tradition veut qu'on l'appelle.
1. Statistiques officielles :http://www.statistics.gov.uk/pdfdir/pop0809.pdf.
21
TR A V A I L L E R
E T
V I V R E
E N
AN G L E T E R R E
Où trouver des informations complémentaires ? Pour des informations générales sur le pays, vous pouvez visiter le site de l'ambassade britannique en France :http://ukinfrance.fco.gov.uk/, rubrique « About the UK » ou celui des services touristiques :http://www.visitbritain.com.
1. Une économie réputée parmi les plus « libres »
Patrie de l'Écossais Adam Smith (17231790), un des fondateurs du libéralisme économique, le RoyaumeUni se targue d'être un des fers de lance de la liberté d'entreprise. C'est également Londres qui a été à la pointe du néolibéralisme, avec Margaret Thatcher (Premier ministre de 1979 à 1990). La « Dame de fer » a déréglementé et privatisé à tous crins, une politique que n'a pas totalement reniée son successeur, le travailliste Tony Blair (19972007). Le RoyaumeUni est un des rares pays européens à se classer parmi les dix premiers en 2009 dans le palmarès mondial « liberté économique » (« Index of Economic Freedom ») établi par la Heritage Foundation et 2 leWall Street Journal. À la dixième place, le RoyaumeUni se situe juste derrière la Suisse. Il n'est distancé au sein de l'Union européenne que e e par l'Irlande (4 ) et le Danemark (8 ). À titre de comparaison, la France e e est 64 et le Canada 7 . Dans son classement, leWall Streetloue la liberté d'entreprise (il faut 13 jours pour créer son entreprise, contre 38 pour la moyenne mondiale), du travail, du commerce ainsi que les domaines de la finance et des investissements. La monnaie est stable et le système financier très développé. Ce dernier a cependant été mis sérieusement à mal par la sévère récession qui a frappé le pays. C'est cette crise qui a encore aggravé un des rares points noirs du RoyaumeUni : des dépenses publiques devenues gargantuesques et qui ne manqueront pas de faire grimper
2. Indice « Business Freedom » 2009 de la Heritage Foundation et duWall Street Journal: http://www.heritage.org/Index/.
22
PO U R Q U O I
L E
R O Y A U M EU N I
?
dans un avenir proche un taux d'imposition déjà jugé trop élevé par rapport à des pays comme le Canada ou les ÉtatsUnis, même s'il reste relativement faible selon la moyenne européenne. Selon les chiffres de fin 2009, le déficit budgétaire (ou public) du RoyaumeUni dépassait les 12 % de son produit intérieur brut (PIB), contre environ 8,5 % pour la France, et une limite fixée à 3 % par l'Union européenne. Quant à la dette publique, elle dépassait les 800 milliards de livres, soit environ 60 % du PIB, plombée par les centaines de milliards engloutis dans les différents plans de sauvetage des banques de la City, quartier d'affaires historique de Londres. Ce chiffre reste cependant toujours moins élevé que celui de la France, où la dette publique représente près de 80 % du PIB.
2. Une des économies les plus dynamiques au monde mais durement frappée par la crise
e Le RoyaumeUni, 6 puissance mondiale selon le dernier palmarès de l'Organisation de coopération et de développement économiques 3 (OCDE) , s'est régulièrement classé ces deux dernières décennies parmi les économies les plus performantes au monde, un dynamisme attribué aux réformes pratiquées à la hache par la conservatrice et très libérale Margaret Thatcher, et parfois poursuivies par son successeur Tony Blair, bien que travailliste. Mais la récession a sévèrement remis en cause ces prétentions : le RoyaumeUni n'est sorti de la récession qu'au dernier trimestre 2009, tandis que la France, l'Allemagne et le Japon ont renoué avec la croissance dès le deuxième trimestre de la même année, suivis par les ÉtatsUnis au troisième trimestre. Ces grandes économies n'auront en fait connu que quatre trimestres de recul de leur Produit intérieur brut (PIB) alors que le RoyaumeUni a connu six trimestres consécu
3. OCDE, portrait statistique du RoyaumeUni : http://stats.oecd.org/viewhtml.aspx?queryname=18174&querytype=view&lang=en.
23
TR A V A I L L E R
E T
V I V R E
E N
AN G L E T E R R E
tifs de croissance négative de juillet à septembre 2009. C'est la pire réces sion depuis le début des statistiques, en 1955. Et la reprise promet d'être lente. Au dernier trimestre 2009, la crois sance était certes une nouvelle fois au rendezvous mais elle n'a été que de 0,1 %, selon les chiffres de l'Office des statistiques nationales (ONS). Sur l'ensemble de l'année 2009, l'économie britannique s'est contrac tée de 4,8 %, selon l'ONS. L'économie britannique est non seulement plus longuement affectée mais également plus durement : selon les chiffres comparables publiés par Eurostat, l'institut européen des statistiques, l'économie britannique a reculé de 4,6 % en 2009. C'est supérieur à la moyenne des 27 de l'Union européenne (– 4,1 %) et à celle de la zone euro (– 4,0 %), dont le RoyaumeUni ne fait pas partie. La France s'est contractée de 2,2 % sur les mêmes périodes et la Belgique de 2,9 %. L'Allemagne a cepen 4 dant fait pire, avec une chute de 5,0 % de son PIB . Cette sévère récession a bien entendu eu des répercussions sur l'emploi. Le RoyaumeUni avait coutume de s'enorgueillir d'un des taux de chômage les plus faibles de l'Union européenne. En moyenne de 2005 à 2007, le taux britannique avait été de 5,2 %, en dessous de la moyenne de l'OCDE (6,2 %) et nettement moins que ses grands voisins européens 5 (8,9 % pour la France et 9,6 % pour l'Allemagne) . Mais la récession est passée par là : certes, le nombre de sansemploi reste inférieur outre Manche mais son bond extraordinaire a réduit l'écart avec les autres puissances économiques. Selon les données harmonisées publiées par Eurostat, les statistiques officielles de l'Union européenne, le taux de chômage britannique était de 7,8 % en novembre 2009, contre une moyenne de 9,5 % chez les 27 et 10 % dans la seule zone euro (10 % 6 en France, 8,1 % en Belgique) . Selon les prévisions du Fonds monétaire international, le taux de chômage britannique sera de 9,3 % en 2010 ; ce n'est plus qu'un point de pourcen tage derrière celui prévu pour la France la même année (10,3 %), tandis que, en 2008, seuls 5,5 % des Britanniques étaient sans emploi, contre
4. Taux de croissance du PIB reel selon les calculs d’Eurostat: http:epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/table.do?tab=table&init=1&plugin=1&language=fr&pcode=tsie b020. 5. OCDE, portrait statistique du RoyaumeUni : http://stats.oecd.org/viewhtml.aspx?queryname=18174&querytype=view&lang=en. 6. Eurostat :htt:epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/330102009AP/FR/330102009 APFR.PDF.
24
PO U R Q U O I
L E
R O Y A U M EU N I
?
7,9 % dans l'Hexagone, soit une différence de 2,4 points. Selon ces estimations, réalisées à l'automne 2009, le RoyaumeUni restera cepen dant un des pays du G7 au chômage le moins élevé, battant les États Unis (10,1 % de chômeurs annoncés en 2010) et l'Allemagne (10,7 %). Le Canada devrait rester cependant parmi les champions dans ce 7 domaine, avec 8,6 % de sansemploi . De même, alors que le RoyaumeUni avait détrôné les ÉtatsUnis en 2005 pour devenir le pays au monde attirant le plus les investissements directs étrangers (avec 194 milliards de dollars), la GrandeBretagne a été en 2006 et 2007 reléguée à la deuxième place dans ce classement (derrière les USA) puis à la troisième en 2008, derrière les ÉtatsUnis et la France (de justesse). Cette annéelà, la GrandeBretagne a reçu de l'étranger 96 milliards de dollars contre 320 milliards de dollars pour 8 les USA et 97 milliards de dollars pour la France . Ces chiffres montrent un pays en déclin, au moins relatif. La Banque d'Angleterre a admis à l'automne 2009 que la reprise serait « lente ». Mais sur le plus long terme, ne s'agitil là que d'une mauvaise passe ou d'une remise en compte du modèle britannique ? Les difficultés qu'éprouvent certaines des plus importantes banques à sortir de l'ornière font douter de la solidité d'une économie largement basée sur le secteur financier (près des deux tiers du PIB britannique proviennent du secteur des services et les seuls services financiers repré sentent plus de 10 % du PIB, employant 1,3 million de personnes). Le poids écrasant de la dette publique fait craindre un dérapage budgétaire qui pourrait remettre en cause une fiscalité relativement faible, par rapport à la moyenne européenne, et qui est réputée à la base de l'implan tation des grandes fortunes dans le pays, moteurs de la croissance. Tout cela fait planer le spectre d'une croissance « molle », voire d'une reprise en yoyo.
7. Statistiques du FMI par pays : http:www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2009/02/weodata/weorept.aspx?sy=2003&ey=2010&scsm= 1&sort=country&ds=.&br=1&c=156%2C158%2C132%2C134%2C111%2C136%&s=LUR& grp=0&a=&pr1.y=9. 8. Étude OCDE sur les flux d’investissements directs en 2009 (http://www.oecd.org/dataoecd/53/24/43143597.pdf), 2008 (http://www.oecd.org/dataoecd/18/28/40887916.pdf) et 2007 (http://www.oecd.org/dataoecd/62/43/38818788.pdf).
25
TR A V A I L L E R
E T
V I V R E
E N
AN G L E T E R R E
Ce n'est cependant pas la première crise qu'essuient les Britanniques. Pour ne citer que celle de 2001, le pays s'en était sorti avec les honneurs, et avec une croissance qui avait fait mourir de jalousie nombre de pays. De plus, l'économie n'a pas perdu les atouts qui ont été à la base de son dynamisme d'avantcrise, en particulier son statut de capitale financière européenne.
3. « La » capitale mondiale de la finance
Londres se considère comme « la » capitale mondiale de la finance en se basant sur le flux des capitaux internationaux qui y transitent. En 2007, 2 159 milliards de dollars sont rentrés au RoyaumeUni tandis que 2 000 milliards de dollars en étaient sortis, loin devant les États Unis (1 864 et 1 206 milliards de dollars respectivement). Ces capitaux comprennent les investissements directs mais également les actions, obligations, dettes, devises, emprunts, etc., qui rentrent et sortent du pays. Cependant, si on prend également en compte les capitaux qui s'échan gent à l'intérieur des frontières, les ÉtatsUnis restent leaders mondiaux. La Bourse de New York (NYSE) avait ainsi une capitalisation d'envi ron 11 400 milliards de dollars sur un an (à l'automne 2009), loin devant sa rivale de la City (London Stock Exchange, LSE) qui ne totalisait que 2 640 milliards de dollars, au coude à coude avec Euronext (la place paneuropéenne basée à Paris), avec 2 700 milliards de dollars, mais 9 derrière Tokyo (3 400 milliards de dollars) . Toutefois, Londres reste « la » place financière la plus internationale : elle est ainsi leader mondial dans les prêts bancaires transfrontaliers, avec 20 % du total mondial en 2007, les échanges de devises (34 %) et bien entendu l'assurance maritime (20 % du marché mondial), avec le 10 célèbre marché des Lloyds . De plus, 14 des 20 plus importantes intro
9. World Federation of Exchanges, statistiques mensuelles :http://www.world exchanges.org/statistics/ytdmonthly. 10. Étude « London : Winning in a Changing World » commandité par la mairie de Londres (http://www.london.ogv.uk/mayor/economy/docs/londonwinningchangingworld.pdf ).
26
PO U R Q U O I
L E
R O Y A U M EU N I
?
ductions réalisées à la LSE en 2006, 2007 et 2008 concernaient des sociétés étrangères, contre quatre à Wall Street (voir notesupra). Londres est également la capitale européenne des fonds spéculatifs (« Hedge Funds ») et, même si la crise en a fait disparaître certains, la capitale britannique abrite plus du tiers des Hedge du monde et environ 80 % 11 de ceux basés en Europe . Ainsi, selon le palmarès établi par le Fonds monétaire international, le RoyaumeUni est le pays qui a la plus forte intégration financière inter nationale : il détient 960 % de son PIB en actifs et dettes à l'étranger, loin devant l'ensemble des pays du G7 (les sept pays les plus industria 12 lisés) . Cette spécialisation en finance internationale a fait de la City un endroit unique au monde pour son savoirfaire dans le domaine : 250 000 personnes travaillent à Londres dans le secteur, allant des courtiers ou cambistes aux comptables ou consultants, en passant par les juristes et journalistes spécialisés. La position de Londres est cependant menacée, non seulement par des places traditionnelles comme New York, mais également par le poids grandissant pris sur le plan financier par l'Asie et le MoyenOrient ; c’est en tout cas ce qu’a révélé, dès le début de la crise en décembre 2008, une étude menée pour le compte de la mairie de Londres : « La position de Londres est menacée par le développement rapide des économies du Moyen et de l'ExtrêmeOrient, ainsi que par les stratégies ciblées d'autres centres financiers et par la réaffirmation de la compétitivité de New York », écrivaient les experts financiers auteurs du rapport « London 13 Winning in a Changing World » .
11. Alternative Investment Management Association (http://www.aima.org/). 12. Étude « London : Winning in a Changing World » commandité par la mairie de Londres (http://www.london.gov.uk/mayor/economy/docs/londonwinningchangingworld.pdf). 13. Étude « London : Winning in a Changing World » commandité par la mairie de Londres (http://www.london.gov.uk/mayor/economy/docs/londonwinningchangingworld.pdf).
27
TR A V A I L L E R
E T
V I V R E
E N
AN G L E T E R R E
4. Un accès libre au marché du travail pour les ressortissants de l'Union européenne et de la Suisse
Les ressortissants des pays membres de l'Union européenne, de la Suisse et de l'Espace économique européen sont dispensés de visa et de permis de travail pour résider et occuper un emploi au RoyaumeUni. Une simple carte d'identité suffit à leur entrée sur le territoire britannique. Il en est de même pour les conjoints et enfants.
5. Une porte d'entrée vers « l'anglo-saxonnie »
Dans un pays dont on dit souvent qu'il est plus tourné vers l'Atlantique que vers la Manche, beaucoup viennent rechercher un avantgoût d’« anglosaxonnie ». Le RoyaumeUni est très loin d'être identique aux ÉtatsUnis mais on peut y voir une sorte de tremplin qui peut, par la suite, mener vers l'ensemble du monde anglophone. C'est vrai pour la langue, bien entendu, mais également pour le côté extrêmement cosmo polite de Londres, qui réunit à peu près toutes les nationalités de la planète. L'atout est d'autant plus évident pour les étudiants qui décro cheraient un diplôme à Oxford, Cambridge ou Londres : les portes pourraient s'ouvrir devant eux dans nombre de pays. L'avantage de l'ouverture vers l'Atlantique a en revanche son pendant : un isolation nisme, voire une condescendance, vers ce que les Britanniques appel lent « le continent ». Les Anglais sont largement eurosceptiques et sont contre l'abandon de la livre sterling au profit de l'euro, qui n'est d'ailleurs même plus à l'ordre du jour. Ils honnissent l’« eurobureaucratie », presqu'autant que la bureaucratie à la française, et ne manquent jamais de blâmer Bruxelles, dont Paris est forcément complice, pour les maux dont ils souffrent. 28
PO U R Q U O I
L E
R O Y A U M EU N I
6. Une forte présence française
?
Près de 113 000 Français sont officiellement inscrits au RoyaumeUni, selon l'ambassade. Mais nombre sont ceux qui ne s'enregistrent pas et les services consulaires estiment que le nombre réel des Français est de l'ordre de 250 000. Il s'agit pour la plupart de jeunes (2540 ans) et d'employés du secteur tertiaire (la moitié). 60 % d'entre eux ont élu le « Grand Londres » pour domicile. Le reste de la communauté française est concentré dans les principaux centres urbains du pays : Birmingham et Coventry pour les Midlands (centre de l'Angleterre), Leeds et Manchester pour le nord et, surtout, les villes universitaires (Oxford et Cambridge), ainsi que dans les régions les plus dynamiques du sudest de l'Angleterre (le Surrey, l'Essex, le Kent et l'Hampshire). De très nombreuses entreprises françaises sont implantées dans tous les secteurs d'activité sur l'ensemble du territoire.
7. Une société ouverte vers l'étranger
La tolérance reste un trait de caractère de la plupart des Britanniques : la population est largement cosmopolite, même s'il s'agit surtout du cas des grandes villes et largement moins de la campagne. Plus de 10 % (10,1 %) des quelque 61 millions d'habitants ne sont pas nés dans le pays, contre 8,3 % en France, 12,5 % en Belgique, 19,8 % au Canada et 24,1 % en 14 Suisse . La population est à 92 % Blanche ; les communautés « visibles » sont essentiellement issues des anciennes colonies de l'Empire, en particu lier d'Asie du Sud et d'Afrique. Le débat qui fait rage en France, par exemple, sur le port du voile islamique ou de la burqa, n'a ainsi pas lieu d'être au RoyaumeUni : nombre d'Anglais se demandent même pourquoi il faudrait se poser la question. Cette ouverture d'esprit a poussé de nombreux Français d'origine maghrébine à traverser la Manche, dans l'espoir – justifié – que leur nom et couleur de peau représenteraient moins un obstacle sur le sol
14. Portrait statistique du RoyaumeUni par l’OCDE : http:stats.oecd.org/viewhtml.aspx?queryname=18174&querytype=view&lang=en.
29
TR A V A I L L E R
E T
V I V R E
E N
AN G L E T E R R E
britannique. La récente poussée du parti d'extrême droite BNP, qui a envoyé en juin 2009 ses premiers députés au Parlement européen, laisse cependant planer un nuage sur ce tableau idyllique. La « tolérance » britannique ne serait en fait au mieux que de « l'indifférence », disent les critiques.
Les limites du libéralisme
Économie à la culture largement néolibérale, le RoyaumeUni peut sembler impitoyable à plus d'un Européen, en particulier Français. Les organisations humanitaires ne manquent pas de rappeler le grand nombre de laisséspour compte qu'a engendrés le néolibéralisme forcené des années Thatcher (1979 1990), une situation que les gouvernements travaillistes ultérieurs n'ont pas réellement réussi à renverser. e En 2007/2008, 13 millions et demi de personnes, soit environ 1/5 de la popula tion, vivaient au RoyaumeUni sous le seuil de pauvreté. Seuls 4 pays de l'Union européenne font pire : la Grèce, l'Italie, l'Espagne et la Lettonie. Cette propor tion est presque deux fois plus élevée que celle des PaysBas et une fois et demie supérieure à celle de la France. Le nombre de « pauvres » est moins élevé que ce qu'il était au début des années 1990 mais il reste beaucoup plus impor 15 tant qu'au début des années 1980 . Il est à craindre que la crise n'arrange pas cette situation, tout comme elle risque de faire peser une menace supplémentaire sur des aides publiques souvent déjà considérées comme limitées. On ne vient pas au RoyaumeUni pour ses avantages sociaux, c'est bien connu : l'assurancechômage ressemble plus à une allocation de subsistance (64 livres par semaine au maximum et pendant six mois au plus) et la retraite publique n'est pas mieux (elle est plafon née à environ 150 livres par semaine pour un couple). Pour plus de rensei gnements, se reporter au chapitre 12. De même, le service de santé reste un des plus inégalitaires. Certes, le système public (NHS) s'est largement amélioré ces dernières années mais la médecine spécialisée continue à fonctionner à deux vitesses : d'un côté, un service public gratuit mais avec un temps d'attente digne du TiersMonde pour consulter un spécialiste, et de l'autre un service privé très efficace mais réservé aux nantis. Pour plus de renseignements, se reporter au chapitre 8. La relative absence de l'État, en particulier de l'ÉtatProvidence, une notion que les Britanniques considèrent souvent comme synonyme de communisme, se fait également ressentir dans les défaillances des services publics de trans ports : l'aéroport londonien de Heathrow a été classé en septembre 2009 pire aéroport au monde, juste devant Paris CharlesdeGaulle, dans une enquête 16 réalisée auprès de 14 500 voyageurs .
15. « The Poverty Site » :http://www.poverty.org.uk/01/index.shtml#g4. 16. Enquête de la société Priority Pass :http://www.prioritypass.com/Press/Heathrowbottomof worldwidepoll.cfm.
30
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.