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Volonté et biens

De
354 pages
Tout système social réglemente les relations possibles entre les membres du groupe en se préoccupant à la fois des rapports entre les personnes elles-mêmes et de ceux matérialisés par les droits et devoirs des personnes par rapport aux choses. Ce livre s'interroge sur les instruments, représentations et mécanismes qui concrétisent le lien entre l'être et la chose, qui est la manifestation du pouvoir des personnes sur les biens.
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Textes réunis par Volonté et biens Yves STRICKLER
Regards croisés
Responsables scientifi ques :
Yves STRICKLER et Fabrice SIIRIAINEN
Tout système social a par essence pour objet de réglementer les
relations possibles entre les membres du groupe. Il s’ensuit qu’il doit
se préoccuper des deux types de rapports possibles entre ceux qui
composent la société : à la fois les rapports entre les personnes elles-
mêmes, et ceux matérialisés par les droits et devoirs des personnes
par rapport aux choses qui sont appropriées par le groupe ou par Volonté et biens
les individus. Dès cet instant, on perçoit l’importance, en la matière,
de la volonté humaine. Regards croisés
Toute personne étant soumise à cette réalité extérieure du monde qui
l’entoure, l’objet de cet ouvrage, qui part du concept de « bien »,
est de s’interroger sur les instruments, représentations et mécanismes
qui concrétisent le lien entre l’être et la chose, qui est en réalité la
manifestation du pouvoir des personnes sur les biens. Ce faisant, il
est possible d’approcher l’essence de la construction sociale et de la
réalité humaine.
Cet ouvrage se nourrit de réfl exions de personnalités scientifi ques
de disciplines et d’horizons variés, qui sont autant d’apports
indispensables à la compréhension et à une approche raisonnée du
tout.
Comité de lecture : Pr. Yves Strickler (président), Pr. Natalie Fricero,
Mme Laetitia Antonini-Cochin (MCF-HDR),
Mme Christine Courtin (MCF-HDR), Pr. Pierre-Michel Le Corre.
ISBN : 978-2-343-00960-5
36 €
Textes réunis par Le prix de la rupture
Yves STRICKLERAu cœur des contentieux familiaux
Responsables scientifques :
Laetitia ANTONINI-COCHIN et Christine COURTIN
Le couple se décline de nos jours en diverses formes reconnues par
le droit. Mais aucune des formes de conjugalité, mariage, pacs ou
concubinage, n’est à l’abri d’une crise interne et pire, d’une rupture.
Pour autant, peut-on considérer que les couples sont sur un pied
d’égalité face à la séparation ? Une réponse nuancée s’impose car le
droit positif oscille entre égalité et disparité de traitement. Si l’égalité Le prix de la rupture
semble prédominer sur le plan extrapatrimonial (et spécialement
dans le traitement des violences conjugales, à l’occasion desquelles Au cœur des contentieux familiaux
il convient de raisonner prioritairement en termes de victime et non
de conjugalité), la disparité reste de mise sur le plan patrimonial. Ce
constat montre qu’il est sans doute trop tôt pour parler d’un véritable
droit commun de la séparation du couple. « A chacun son couple,
à chacun sa rupture patrimoniale ». Ce n’est cependant là que l’un
des aspects de ce qui forme « le prix de la rupture », sur lequel
le Centre d’études et de recherches en droit privé (E.A. n° 1201)
de l’Université de Nice Sophia-Antipolis a décidé, dans le présent
ouvrage, de porter son analyse.
Comité de lecture de la collection :
Pr. Yves Strickler (président), Pr Natalie Fricero,
Mme Laetitia Antonini-Cochin, Maître de conférences,
Mme Christine Courtin, Maître de conférences,
Pr. Pierre-Michel Le Corre.
ISBN : 978-2-296-56715-3
13,50 €
DROIT_PRIVE_ET_SCIENCES_CRIMINELLES_YSTRICKLER ok.indd 1 09/02/12 18:02
Yves STRICKLER
Volonté et biens o Regards croisés
DROIT PRIVÉ ET SCIENCES CRIMINELLES
Y
ves STRICKLER
Le prix de la rupture
o

Au cœur des contentieux familiaux
DROIT PRIVÉ ET SCIENCES CRIMINELLES






VOLONTÉ ET BIENS













































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-009605
EAN : 9782343009605Textes réunis par
Yves STRICKLER

Responsables scientifiques :
Yves STRICKLER et Fabrice SIIRIAINEN


VOLONTÉ ET BIENS
Regards croisés







Ce livre est dédié à la mémoire de Laurence BOY, professeur à l’Université Nice
Sophia Antipolis, contributrice à cet ouvrage. Alors que la maladie qui devait
l’emporter l’accablait, elle avait prononcé la première conférence de la seconde
journée de la manifestation qui est à l’origine de cet ouvrage et avait assisté, en
participant activement aux séances, aux deux journées de cette manifestation.
Puisse la force de sa volonté inspirer le lecteur. La nôtre est tournée vers son
souvenir : celui d’une collègue armée de solides convictions au service de ses
étudiants et à celui de l’Université.




Droit privé et sciences criminelles
Collection dirigée par Yves Strickler

Créée fin 2011 par Yves Strickler et le Centre d’études et de
recherches en droit privé de la Faculté de droit et science politique
de Nice, la présente collection a pour vocation principale de publier
des ouvrages en liaison avec le thème retenu pour dénomination de
la collection. Cette dernière rassemble des recherches originales,
tirées notamment de travaux de recherche, de manifestations
scientifiques ainsi que d’ouvrages collectifs sur les interrogations
actuelles que rencontre la science juridique, spécialement dans le
domaine du droit privé et des sciences criminelles.


Dernières parutions

Yves STRICKLER et Jean-Baptiste RACINE (sous la dir. de ; textes
réunis par Yves Strickler), L'arbitrage. Questions contemporaines,
2012.
Laetitia ANTONINI-COCHIN et Christine COURTIN (sous la
dir. de ; textes réunis par Yves Strickler), Le prix de la rupture. Au
cœur des contentieux familiaux, 2012.





Responsables scientifiques :

Yves Strickler et Fabrice Siiriainen

Textes réunis par Yves Strickler


Auteurs (ordre alphabétique) :

Nicolas BINCTIN, professeur agrégé des Facultés de Droit, Université de
Poitiers - CECOJI

Gilbert BOILLOT, professeur honoraire à l'Université Pierre et Marie Curie
de Paris, géologue et auteur

Laurence BOY (†), professeure à l'Université de Nice Sophia Antipolis,
membre du CREDECO-GREDEG CNRS (UMR n° 7321)

Jean-François BREGI, professeur en histoire du droit à l’Université Nice
Sophia Antipolis, membre du CERHIIP d’Aix-en-Provence

Sophie DRUFFIN-BRICCA, maître de conférences à l’Université de Nice
Sophia Antipolis, membre du CERDP (E.A. n° 1201)

Henri BROCH, professeur à l'Université Nice Sophia Antipolis, directeur du
Laboratoire de Zététique

Marc DALLOZ, maître de conférences à l’Université de Nice Sophia
Antipolis, membre du CERDP (E.A. n° 1201)

Louis D’AVOUT, professeur à l’Université Panthéon-Assas, Paris II

Dominique FABIANI, maître de conférences à l’Université Nice Sophia
Antipolis, membre du CERDP, notaire à Nice

Charlie GALIBERT, philosophe, anthropologue, membre du CIRCPLES
(Centre Interdisciplinaire Récits Cultures Langues et Sociétés, EA n° 3159,
Université de Nice Sophia Antipolis)

Amelle GUESMI, maître de conférences à l’Université de Nice Sophia
Antipolis, membre du CREDECO-GREDEG CNRS (UMR n° 7321)



Pierre-Michel LE CORRE, professeur à l'Université de Nice Sophia Antipolis,
directeur du master 2 « Droit des difficultés d’entreprise », membre du
CERDP (E.A. n° 1201)

Ilham MAMMADZADA, directeur de l'Institut de philosophie, de sociologie et
de droit de l'Académie des Sciences de Bakou, Azerbaïdjan (communication
en langue russe – traduction par Olga CRIEZ, responsable du service des
relations internationales de la Faculté de droit et science politique de Nice)

Gilles J. MARTIN, professeur émérite à l'Université de Nice Sophia
Antipolis, membre du CREDECO-GREDEG CNRS (UMR n° 7321),
professeur-associé à Sciences po Paris, avocat au Barreau de Nice

Mustapha MEKKI, professeur à l’Université Paris 13 – Sorbonne Paris Cité,
directeur de l’Institut de recherches pour un droit attractif (I.R.D.A.)

Jérôme PALAZZOLO, psychiatre – psychothérapeute (MD, PhD, HDR),
professeur au Département Santé de l'Université Internationale Senghor à
Alexandrie et chercheur associé au LAPCOS (Laboratoire d'Anthropologie
et de Psychologie Cognitives et Sociales, EA n° 7278), Université de Nice
Sophia Antipolis

Fabrice SIIRIAINEN, professeur à l'Université de Nice Sophia Antipolis,
codirecteur du Centre de recherche en droit économique CREDECO-
GREDEG CNRS (UMR n° 7321), avocat au Barreau de Paris

Sarah VANUXEM, maître de conférences à l’Université de Nice Sophia
Antipolis, membre du CREDECO-GREDEG CNRS (UMR n° 7321)

Danielle ZWARTHOED, doctorante en Philosophie, membre du CRHI (Centre
de Recherche d'Histoire des Idées, EA n° 2443), allocataire-monitrice à
l'Université de Nice Sophia-Antipolis





Sommaire


Avant-propos, par Yves STRICKLER ………………………… 9

Création et possession de biens, par Gilbert BOILLOT ……... 11

L'individualité et les biens : le contexte socioculturel
du problème / Индивидуальность и собственность :
социокультурный контекст проблемы,
par Ilham MAMMADZADA ……………………………………. 17/18

Robinson ou le bien le plus précieux. Pour une heuristique
romanesque du juridique, par Charlie GALIBERT ………….. 31

Voyage Zététique au Cœur de l'Extra-Ordinaire,
par Henri BROCH ……………………………………………... 51

L'observance médicamenteuse, par Jérôme PALAZZOLO …... 63

Volonté et biens : la perspective des théories de la justice
distributive, par Danielle ZWARTHOED ……………………… 71

Du propriétaire-souverain au propriétaire-habitant,
par Sarah VANUXEM …………………………………………. 93

Les nouvelles propriétés collectives : voulues, subies ?,
par Laurence BOY (†) …………………………………………….. 107

Volonté et biens en droit romain, par Jean-François BREGI .. 123

Volonté et distinction entre droit réel et droit personnel,
par Mustapha MEKKI ………………………………………… 149

Physionomies du transfert conventionnel de la propriété,
par Louis D’AVOUT ………………………………………….. 171

La propriété temporaire, par Dominique FABIANI ………… 183



Volonté et réification du corps humain, par Amelle GUESMI .. 193

Volonté individuelle et périmètre des procédures collectives,
par Pierre-Michel LE CORRE ………………………………….... 219

Volonté et universalités de biens, par Nicolas BINCTIN ……… 231

Biens, volonté et droit pénal, par Marc DALLOZ ……………... 263

Problématiques contemporaines autour de la propriété des
déchets, par Gilles J. MARTIN …………………………………. 287

La mauvaise volonté en droit des biens,
par Sophie DRUFFIN-BRICCA …………………………………... 299

Des « biens de la personnalité », par Fabrice SIIRIAINEN ……. 327




Avant-propos

Yves STRICKLER


Le colloque à l’origine du présent ouvrage s’est tenu les 14 et 15
décembre 2012 à Nice. Il est né d’une discussion de couloir avec mon
collègue et ami Fabrice Siiriainen au sujet du degré de prise en compte de la
volonté humaine dans l’approche des biens. On ne dira jamais assez
l’importance de la proximité des échanges dans la naissance de sujets de
réflexion commune et donc, pour les universités, l’utilité que les chercheurs
soient placés dans des conditions de travail permettant ces rencontres et
échanges. Les lieux de la Faculté de droit et science politique de Nice en
1sont un précieux exemple .

Immédiatement, il nous est apparu comme une évidence que la richesse de
ce thème imposait, par sa dimension sociale, de dépasser le périmètre du
droit. C’est la raison pour laquelle notre discipline n’est pas la seule
convoquée à s’exprimer sur le thème, qui ne peut s’éclairer qu’au contact des
autres sciences. On sait que les relations entre les hommes ont toujours été
2gouvernées par leurs rapports aux biens. La psychanalyse l’annonçait ,
3l’anthropologie l’a formalisé , avant que l’économie n’ait concrétisé le
4constat . La structure du Code civil, cette Constitution civile de la France, le
er econfirme : son Livre I est consacré aux personnes ; son Livre II aborde les
ebiens et les différentes modifications de la propriété ; le III expose les règles
successorales, matrimoniales et de droit des obligations et ainsi, retrace les
différentes manières dont on acquiert la propriété. Les biens semblent alors
se répartir en autant de directions qu’il peut y avoir de branches du droit et
donc, de régimes juridiques disparates. Pourtant, le droit n’est pas ce que
cette apparence porte. Il n’est pas un ensemble de règles abstraites et
désincarnées. Portalis le disait habilement lorsqu’il affirmait que les lois sont
faites pour les hommes et non les hommes pour les lois. Et en effet, le droit,
c’est avant tout la vie et sa diversité, ce qui impose de scruter les règles
sociales pour comprendre les comportements humains et examiner les

1 Pour un aspect de la dimension symbolique des lieux, v. les premières de couvertures des
collections du CERDP, avec le tableau représentant le jugement de Salomon, amphi
Bonnecarrère : L’Harmattan, coll. droit privé et sciences criminelles ; et la mosaïque de
Chagall, Le message d'Ulysse, dédiée à nos étudiants : Bruylant, coll. Procédure(s).
2 D. W. Winnicott, Jeu et réalité, Gallimard, coll. Folio Essais, 1975.
3 A. Supiot, Homo juridicus. Essai sur la fonction anthropologique du Droit, Le Seuil, 2005.
4 e J. E. Stiglitz, Economics, 2 éd., 1997, W. W. Norton & Company ; trad. franç.
Principes d’économie moderne, De Boeck Université, 2000.

9

influences des normes juridiques sur les relations entre les gens dans leurs
rapports entre eux, mais aussi aux choses. Voir les interactions entre les
règles qui régissent la société et accompagnent les conduites ; observer les
faits et les regrouper en catégories utiles à la compréhension humaine. De
sorte qu’à la dimension des sciences de la norme, présente, doit être associée
celle qui illustre un monde de signes, en réalité, le fruit d’une construction
sociologique : de toutes les choses qui nous entourent, des plantes aux
véhicules automobiles en passant par les images que diffusent les médias,
l’air et l’eau, sources de vie, tout se rejoint dans ce mot de chose.
À l’exception, bien évidemment, de l’être humain. C’est ce dernier qui, par
sa volonté de se rendre comme maîtres et possesseurs de la nature selon les
mots de Descartes, mais qui rencontre ce faisant la finitude de l’espace dont
il dispose et dont il a de plus en plus conscience en ces périodes de crises
diverses, marque les choses qui l’entourent de l’empreinte de sa volonté. La
personne, sujet de droit, est actrice. Le monde qui l’entoure, son terrain de
jeu. Ainsi, quelle que soit la posture et le rôle que le sujet emprunte, les
choses et le pouvoir qui s’exerce sur elles influent tant sur la construction de
l’individu que du système social auquel il appartient. Dès cet instant,
deux types de rapports sont possibles entre ceux qui composent le groupe
social de référence : ceux entre les personnes elles-mêmes ; et, pour ce qui
nous intéresse ici, leurs rapports aux choses. Se perçoit alors l’importance de
la volonté, pas uniquement celle, individuelle. Car avec la permanence des
groupes d’individus, ce sont les structures sociales et les systèmes de valeur
qui évoluent pour fixer peu à peu le cadre mouvant des relations entre les
personnes. Tout ceci renvoie à l’image de la maîtrise de la réalité et des
choses par l’Homme. Encore le signe de sa volonté !

Partant du concept de bien, l’objet de cette recherche collective vise, par
touches successives laissant au lecteur son entière liberté d’appréciation et
5de jugement, procédant plus par suggestions que par affirmations ,
à s’interroger sur les représentations et mécanismes qui permettent
de concrétiser le lien entre l’être et la chose. C’est là la manifestation du
pouvoir des personnes sur les biens et le signe de leur volonté.

On peut alors et ce faisant espérer entr’apercevoir l’essence de la
construction sociale et de la réalité humaine.

5 Sans toutefois que les auteurs s’interdisent d’appuyer leurs démonstrations et de proposer
telle ou telle innovation… !

10

Création et possession de biens

Gilbert BOILLOT


Individuelle ou collective, la création offre aux artistes une possibilité de
survie par l’œuvre laissée derrière soi. Mais le regret de ne savoir créer
s’apaise chez les collectionneurs par la possession des créations d’autrui :
une collection peut faire œuvre quand elle porte sens. Paternité dans un cas,
adoption dans l’autre. Le besoin de créer et celui de posséder procèdent
ainsi de la même anxiété devant la finitude de la vie, et de la même
confiance imprudente dans la permanence des choses et des lieux.


Volonté et biens : j’ai pris ce thème comme une invitation à réfléchir sur
les raisons intimes qui poussent les femmes et les hommes à créer des biens
matériels ou intellectuels, et à posséder ces biens par l’acquisition légale
ou par la force. Vaste sujet, dont j’écarte d’emblée deux aspects pourtant
fondamentaux : le désir de dominer ses semblables par la richesse et par
le paraître ; ou plus simplement le besoin de protection et de confort par
la jouissance d’un capital. Certes ces désirs et ces besoins sont des raisons
déterminantes pour un grand nombre de propriétaire et de créateurs.
Mais on peut aussi rechercher plus en amont le ressort initial de l’ambition
créatrice ou possessive. C’est du moins ce que je tente dans cet article.
Je n’ai pas les moyens cependant de présenter un exposé scientifique basé
sur une enquête sociologique. Dans ma position, je ne peux écrire que
d’après mes observations et mon ressenti personnel.

Il me semble en effet que la source du désir de création et de possession
se trouve chez beaucoup d’hommes et de femmes dans l’angoisse de la
finitude et dans le besoin de laisser une trace en partant. Les animaux ne
créent rien, ne possèdent rien, ne défendent rien sinon ce qui satisfait leurs
besoins immédiats de survie : une proie, un territoire de chasse, un nid pour
la reproduction, un terrier pour la protection. Nous différons de ces animaux
par la conscience du temps qui passe et par la perspective de la mort.
C’est donc dans cette voie que j’ai orienté ma réflexion d’aujourd’hui, aux
dépens des analyses plus traditionnelles fondées sur le besoin de sécurité et
de bien-être, ou sur le goût du pouvoir et du rang social.

Pour développer ce propos, je pars d’un exemple choisi dans l’actualité
récente : l’exposition à Paris d’un magnifique ensemble de peintures

11

du début du vingtième siècle, issu d’une ancienne collection privée,
la collection Stein.

En 2011 en effet, le Grand Palais a présenté un cas saisissant
de collection artistique mémorable, celle réunie par la famille Stein il y a une
centaine d’années. Après les bouleversements de l’Histoire, les toiles, les
dessins et les sculptures passées entre les mains de Léo, Gertrude, Sarah et
Michael sont maintenant dispersés dans les musées du monde entier ou dans
les coffres de riches amateurs. Et voilà que quelques commissaires tenaces
en ont fait l’inventaire pour entreprendre une éphémère reconstitution,
ressuscitant tout à la fois l’époque, les personnalités des collectionneurs, et
surtout leur rôle dans l’ascension de Cézanne, Renoir, Matisse ou Picasso
jusqu’au panthéon des plus grands artistes modernes. Découvreurs de
l’avant-garde artistique de leur temps, les Stein en ont favorisé
l’épanouissement en soutenant les artistes qui l’incarnaient, en assurant leur
promotion de part et d’autre de l’Atlantique. En quelque sorte, ils se sont
faits les metteurs en scène de l’art qu’ils défendaient. Dans ce rôle, ils ont
certainement contribué à la création artistique de leur époque.

Et cependant ils ont aussi été tentés par la création personnelle, peinture
ou écriture. Ils ont laissé des toiles et des livres. Ils vendaient, échangeaient
volontiers leurs trésors pour en acquérir d’autres, accordant plus de valeur
à leurs idées et à leurs goûts qu’à leurs possessions successives. Mais
aujourd’hui, ni leurs écrits ni leurs propres tableaux n’ont accédé
à l’universalité atteinte par les œuvres qu’ils ont réunies autrefois. La page
d’histoire exposée l’an dernier au Grand Palais montre ainsi de manière
lumineuse ces deux façons de satisfaire un seul et même besoin humain :
créer ou posséder les créations d’autrui, à défaut d’avoir pu les créer soi-
même. Interrogé par Le Monde (5 novembre 2011), un autre collectionneur,
Antoine de Galbert, a fait cette réponse : « Collectionner, c’est acheter
ce que l’on aurait aimé faire soi-même… Je suis un artiste raté. Mais
je pense qu’un collectionneur peut, à sa manière, devenir un artiste quand
sa collection fait œuvre…». Les Stein aussi sont des artistes, des écrivains
ratés, et cependant ils ont laissé une œuvre assez puissante pour justifier
une rétrospective cent ans après leur « aventure ».

Le regret de ne pas savoir créer, ces exemples le montrent bien, est
un peu apaisé par la possession des créations d’autrui. Un amateur
contemplant sa collection n’est pas simple « spectateur » comme s’il visitait
un musée. Il s’est un peu fait le père adoptif des œuvres qu’il a choisies et
achetées. Le regard qu’il porte sur son bien est beaucoup plus connivent que
s’il n’en était pas titulaire. Une gravure, un tableau devant lesquels

12

il passerait distraitement dans une salle d’exposition deviennent, sinon des
chefs-d’œuvre, du moins des objets glorifiés et le glorifiant lorsqu’ils sont
accrochés chez lui. Le plus souvent, il protège donc avec soin l’œuvre
qu’il possède. Mais par l’appropriation, il a aussi acquis le pouvoir
exorbitant de détruire cette œuvre quand elle a cessé de plaire ou de valoir.
Heureusement, le cas est rare ; mais il révèle, mieux encore que
la possession heureuse, le désir du collectionneur d’accéder au rang
de créateur, lorsqu’il prétend ainsi partager avec l’artiste le droit de brûler
ce qui ne le satisfait plus.

Collectionner peut faire œuvre, disait Galbert. Car constituer une
collection, c’est construire une œuvre originale et unique par l’assemblage
des objets, des tableaux que l’on a recherchés, choisis, et finalement
confrontés. Du moins si la réunion a du sens, si elle n’est pas seulement
accumulation d’objets identiques ou sans correspondance entre eux. Toute
collection authentique se forme autour d’un projet personnel, ambitieux ou
modeste, qu’importe. Comme dans un livre où l’auteur se dévoile, l’amateur
dessine ainsi une image de lui-même, inscrivant dans sa collection le récit de
sa quête et le reflet de sa personnalité. Oui, la collection fait œuvre.
Le collectionneur est à la fois chercheur, amateur et souvent expert. Il est
ainsi proche cousin des autres créateurs, du scientifique, de l’architecte, de
l’écrivain, du peintre. Comme eux, il ressent, plus ou moins fort, le besoin de
durer. Une collection, comme un livre, comme une découverte scientifique,
peut satisfaire un peu ce besoin. Combien de grands amateurs ont
passionnément recherché l’accord d’un musée ou d’une fondation pour
sauver leur collection de la dispersion et leur nom de l’oubli ?

Pourtant, bien peu d’amateurs réalisent ce rêve. Le plus souvent,
la longévité des collections ne dépasse pas celle de leur créateur. Toute
proportion gardée, la réunion d’objets précieux par un collectionneur
ressemble à l’exposition temporaire d’un musée. L’une et l’autre sont des
rassemblements éphémères, autour d’une idée ou d’un thème, qui ne durent,
au-delà du temps de l’exposition ou de la vie de l’amateur, que par des
catalogues : savantes présentations pour les expositions – soupesez l’énorme
volume décrivant l’ « aventure » des Stein – descriptifs plus légers préparant
les ventes aux enchères pour les collections particulières. Cette mémoire-là,
toute fugace qu’elle soit, rassure un peu les organisateurs d’exposition et les
collectionneurs, soucieux de laisser une trace de leurs efforts et de leurs
compétences. De ventes en collections, de collections en expositions, les
toiles, les livres, les objets gardent ainsi le souvenir de leur provenance, et se
chargent d’une nouvelle valeur affective et historique à chaque étape de leur
parcours. Transmettre une propriété, c’est lui confier un peu de sa mémoire,

13

dont les actes notariés se font les fidèles conservateurs. Littéraire, picturale,
scientifique, architecturale, politique, familiale, etc., quelle œuvre laisser
au monde ? Dois-je répondre en désignant les enfants, à la fois postérité du
couple et destinataires de son patrimoine ? Ce serait m’éloigner de mon
sujet. Sans me contredire cependant : transmissions génétique et
successorale ouvrent sur le même futur désiré que la création personnelle
ou collective ; l’une et l’autre procèdent du même besoin d’échapper
tant soit peu à sa condition de mortel en laissant derrière soi quelques traces
de ses pas.

Comme beaucoup de grands amateurs, Sarah et Michael Stein,
j’y reviens, ont voulu un écrin pour préserver leurs collections. Ils ne l’ont
pas trouvé, comme d’autres l’auraient peut-être fait à leur place, dans les
vieux murs d’un château ou d’un ancien hôtel particulier. Non, ils ont
sollicité Le Corbusier pour réaliser une maison conforme à leurs goûts. En
cette circonstance encore ils ont demandé à un artiste de satisfaire par
procuration leur désir de création. Mais la recherche d’enracinement dans
l’Histoire, ou le soutien de l’art contemporain promis à entrer dans cette
Histoire, répondent au même besoin de franchir les limites d’une vie, que ce
soit en se tournant vers le passé ou en imaginant le futur.

On peut m’objecter que les grands collectionneurs, les créateurs, n’offrent
pas une image réaliste du propriétaire ordinaire, celui dont les notaires gèrent
quotidiennement le patrimoine. Je crois cependant les uns et les autres
proches parents. Il suffit pour s’en convaincre d’observer, parmi ces gens
ordinaires, ceux, et ils sont nombreux, qui s’attachent, sans nécessairement
les collectionner, aux témoignages du passé : aux œuvres d’art, encore elles,
aux mobiliers de qualité, aux bijoux ou aux objets précieux par leur style,
leur matière ou leur origine, aux maisons familiales enfin, ou aux demeures
gardant le souvenir d’un passé émouvant. Par nature, ces biens-là sont
durables, apportant à leurs propriétaires successifs une plus-value artistique,
historique ou affective. Ils témoignent du même besoin que celui éprouvé
par les créateurs ou les grands collectionneurs de s’attacher des objets ou des
murs promis à leur survivre. Plus généralement encore, me semble-t-il,
la propriété de biens, à l’ombre ou au soleil, rassure : elle constitue des
repères stables qui donnent l’illusion de retenir l’écoulement du temps.

Je me souviens de la réflexion d’une amie qui regardait les objets,
les meubles anciens rassemblés dans sa maison comme une mémoire de sa
vie. Ces choses, disait-elle, lui rappellent des instants heureux, un voyage,
une visite chez un antiquaire un jour de pluie ou de morosité, ou bien encore
l'émotion d'une vente aux enchères. Les tableaux qui ornent ses murs ont été

14

acquis auprès de peintres contemporains, devenus des amis. Ainsi sa maison
est-elle une sorte de livre ouvert où elle peut lire et relire l’histoire de sa vie.
Autant qu’à la beauté des choses, à leur prix ou à leur ancienneté, elle s’est
attachée à leur pouvoir évocateur de son passé à elle. Elle demande aux
meubles et aux objets qui l’entourent ce que d'autres recherchent dans leurs
albums photographiques ou dans leur journal intime. Plus tard, les choses
qu’elle a aimées garderont un peu de sa mémoire.

L’homme sans chemise de rechange est libre disait un philosophe,
parce qu’il n’est retenu par aucune attache aux biens. Comme la plupart de
mes contemporains, je ne suis pas disciple de ce philosophe-là, et je pense au
contraire que l’homme sans garde-robe ni choses mémorables autour de lui
doit avoir bien froid, dans l’hiver de son âge…

Pour conclure, je reviens à mon questionnement initial : en quelle strate
de l’inconscient s’enracine ce besoin, partagé par tant de femmes et
d’hommes, de créer, ou, à défaut, de posséder des objets précieux et rares,
des maisons chargées de souvenirs ? J’écrivais déjà il y a plusieurs années :
« À quel âge le devenir cesse-t-il d'ouvrir sur un futur sans limites pour
entrer dans un avenir borné par la mort ? Pour moi, ce fut autour de
la trentaine que soudain je me pris à jalouser les choses, leur apparente
éternité, au point de vouloir me couler en elles. Je veux parler des livres
bien sûr, ceux que je collectionne et ceux que je rêve d'écrire, mais aussi
des vieilles pierres, de la maison ancienne où je vis désormais. (…)
Chaque année davantage le fragile et le fugitif m'angoissent. Ici, entre des
murs montés il y a trois siècles, je me crois à l'abri, dans un lourd vaisseau
en route pour l'éternité. Au confort de mon fauteuil, j'ajoute celui, bien plus
grand, de vivre en familier parmi de très vieilles et rassurantes choses. Et si
un livre de moi traînait là, sur les rayons de la bibliothèque, je crois que
mon bonheur serait parfait… »

Fantasme ? Projet de vie ? Ou nostalgie d’une espérance perdue ? S’il est
vrai que les créateurs et les collectionneurs d’aujourd’hui puisent leur
« volonté » dans une commune anxiété devant la fuite du temps et la finitude
de la vie, ne faut-il pas y voir aussi un regret de la foi religieuse
d’antan ? Au moyen âge, il n’était pas nécessaire, pour espérer survivre, de
laisser une trace de soi en ce monde. Bien peu de vivants doutaient alors
d’un au-delà de la mort. Les créateurs attendaient de leurs œuvres qu’elles
les nourrissent ou les enrichissent, et ne ressentaient que rarement le besoin
d’attacher leur nom à ce qui devait durer sans eux. Ils avaient l’espérance
d’entrer dans la vie éternelle par un autre chemin. Aujourd’hui au contraire,
chaque artiste, chaque auteur, authentifie sa création en la signant,

15

dans l’espoir de lui confier sa propre survie, son salut en quelque sorte, faute
de l’attendre du ciel. La création ou la propriété des biens tiennent ainsi lieu
de fragiles passeports pour un au-delà terrestre, puisque l’autre, le religieux,
semble périmé désormais… Comparée à la durée des temps géologiques ou
seulement à celle de l’histoire des peuples, la longévité des travaux humains
paraît pourtant bien courte. Mais la perte de l’espérance dans la vie éternelle
n’en abolit pas le désir.

Et j’en viens à ma dernière question : la créativité de l’Occident et ses
efforts de conquêtes depuis la Renaissance, sa cupidité aussi, ne sont-ils pas
une réaction de désespoir et de fuite devant la ruine de l’espérance
6religieuse ?



6 Ce texte est en partie extrait d’un livre du même auteur : Les sables de l’estuaire. Récits et
réflexions de ma septantaine, L’Harmattan, collection « Deux infinis : science et littérature »,
Paris, 2013, 130 pp.

16

L'individualité et les biens :
le contexte socioculturel du problème

Ilham MAMMADZADA


Ces dernières années, le problème de la propriété a pris une importance
particulière dans le droit et la science économique azéris. Des ouvrages
affirment qu'il doit être traité à la fois du point de vue juridique
et économique. Il faut reconnaître que cette approche s’était formée
avant tout dans le droit russe et s’était répandue sur le territoire
postsoviétique.

C’est ainsi que S. N. Maksimov, dans son article intitulé :
« Le développement des relations de la propriété dans l’économie
contemporaine : les différences et les similitudes des approches
7classiques et institutionnelles » , soulignait l’importance d’unir les efforts
des juristes et des économistes pour comprendre le phénomène de la
propriété.


Il ajoutait qu’une approche sociologique est également nécessaire, mais lui
confiait un rôle tout à fait secondaire. Dans l’ouvrage
efondamental « La propriété au XX siècle » (2001) est soulignée le besoin
de considérer la question de la propriété à travers les relations sujet-objet,
sujet-sujet, ce qui sous-entend, dans un certain contexte, de prendre
en considération le fait que la spécificité des relations à la propriété
influence l’individualité et les traditions qu’elle respecte, ainsi que les
mentalités.

Il est clair que ce n’est qu’une idée qu’il faut considérer avant tout du point
de vue philosophique, et qui fait reconnaître l’influence du facteur
socioculturel sur la question suivante : comment, dans telle ou telle société la
propriété est-elle comprise ? Ceci explique également et de façon rationnelle,
les différences et les similitudes de l’attitude envers la propriété dans
différentes cultures, les moyens de la transformation de cette attitude, etc.




7
Problèmes de l’économie contemporaine, n° 3/4 (15/16), 2005.

17

И н дивидуальность и собственность :
социокультурный контекст проблемы

Ilham MAMMADZADA


Проблема собственности в последние годы приобрела особую
актуальность в азербайджанском праве и экономической науке. Мо жн о
найти работы, в которых утверждается, что она должна исследоваться
на стыке экономики и права. Надо признать, что такой подход
сформировался, прежде всего, в российском праве и распространился
на всем постсоветском пространстве.

Так, к примеру, Ма к с и м о в С. Н. в статье « Развитие отношений
собственности в современной экономике : различия и общие черты
классического и институционального подходов » ( Проблемы
современной экономики, № 3/ 4 (15/ 16), 2005) подчеркивал, что
важнейш е й необходимостью является объединение усилий
представителей экономической и юридической наук в понимании
феномена собственности.

Он, правда, добавлял, что необходим и социологический подход, но
ему он относит роль вспомогательную не более того. В более солидной
книге « Собственность в ХХ столетии » (2001) подчеркивается
необходимость рассмотрения вопроса о собственности сквозь призму
взаимоотношений субъект – объект, субъект – субъект, что
предполагает в каком – то контексте учет того, что на специфику
отношений собственности влияю т индивидуальность, традиции,
которым она следует и ментальность.

Понятно, что это лишь идея, которую необходимо рассмотреть и,
прежде всего, философски, что приводит к признанию влияния
социокультурного фактора на то, как понимается собственность в том
или ином общ естве, а такж е объясняет рационально различия и
сходства в отношении к собственности в различных культурах, пути
трансформации этого отношения и т. д.







18

Maintenant il devient clair que le passage aux relations de marché ne signifie
pas encore l’établissement des principes de leur régulation juridique, et que
la présence des lois portant sur la propriété n’est pas adaptée à leur efficacité
et leur pertinence. La pratique des réformes juridiques et économiques (et
c’est le seul et unique moyen de passer à l’économie de marché) dépend
largement de la nature culturelle de l’individu, de sa relation à la loi et à
l’économie, de son attitude envers sa propriété propre et celle d’autrui. Dans
le cadre de notre étude, cette pratique a besoin de la science juridique qui
prend en compte la spécificité historique et socioculturelle d’une société
concrète et, avant tout, la présence et l’interaction de différents types
d’attitudes de chacun envers la propriété.



Déjà l’expérience que nous avons aujourd’hui exige des scientifiques qu’ils
expliquent le sens des notions telles la propriété inappropriée, l’attitude
musulmane envers la propriété, l’équité, etc. Mais elle exige aussi des études
philosophiques et éthiques de l’individualisme, qui forment la base de
reconnaissance par la science juridique de ces questions. Cette question se
trouve particulièrement importante quand il s’agit de la propriété, mais elle
l’est aussi pour d’autres thèmes juridiques. Nous estimons que dans
différentes sociétés il existe différents types d’attitudes envers l’Etat, envers
la propriété. Il convient donc de montrer, premièrement, les relations entre
ces attitudes et deuxièmement, le type dominant de ces relations, ainsi que
celui qui est amené à lui succéder.

Dans ce cas, la question de la transformation de la société peut être
considérée à travers le changement du type dominant. Il nous paraît
important, dans ce contexte, de comprendre que malgré le fait que les
relations économiques sont gouvernées par des rapports concurrentiels,
l’économie de marché ne peut se développer sans le respect envers
la propriété individuelle, autrement dit celle d’autrui.

Nous ne sommes pas tout à fait d’accord avec le fait que les relations entre
l’Etat et la propriété diffèrent beaucoup entre l’Occident et l’ex-Union
soviétique. Ainsi, L. Dumont parle du hollisme et de l’individualisme (en
tant qu’idéologie), ou comment l’idéologie holistique donne de l’importance
8à la totalité sociale, à l’entité et néglige l’individu humain ou le soumet .

8 L. Dumont, Essai sur l’individualisme, une perspective anthropologique de l’idéologie
contemporaine, p. 273, Dubna, 1997 ; A. Renault, L’ère de l’individu, St-Pétersbourg, 2002,
pp. 90-91.

19

Теперь становится понятным, что переход к рыночным отношениям
ещ е не означает утверждения принципов их правового регулирования,
что наличие законов о собственности не адекватно их действенности и
значимости. Практика правового экономического реформирования
( только таким должен быть переход к рыночным отношениям) во
многом зависит от того, каков индивид культурно, каково его
отношение к праву, к тому, что делается в экономике, его к собственности своей и чужой, на наш взгляд, основе
рыночной экономики. В контексте нашего исследования эта практика
нуждается в правовой науке, учитывающей историческую
и социокультурную специфику конкретного общ ества и, прежде
всего, наличие и взаимоотношение ( взаимодействие) различных
индивидуальных типов отношения к собственности.

Уже сегодняшний наш опыт требует от ученых раскрытия смысла
таких понятий, как несобственная собственность, мусульманский тип
отношения к собственности, к справедливости и т. д. Но она требует
такж е философских, этических исследований индивидуальности,
которые создаю т основу для учета правовой наукой этих вопросов.
Этот вопрос оказывается особо значимы м, когда речь идет о
собственности, но он значим и для других правовых тем. Мы считаем,
что в различных общ ествах наличествуют различные типы отношения к
государству, к собственности и следует выявить, во- первых,
взаимосвязи между этими отношениями, и, во- вторых, доминирую щий
тип и тот, который придет ему на смену.

В этом случае вопрос трансформации общества можно будет
рассматривать сквозь призму смены доминирующего типа. Нам
представляется важным в этом контексте осмыслить, что, несмотря на
то, что в экономических отношениях господствую т отношения
конкуренции, рыночная экономика не сможет развиваться без уважения
к индивидуальной ( в смысле чужой) собственности.

Мы не полностью согласны с тем, что взаимоотношения между
государством и собственностью на Западе и на постсоветском
пространстве абсолю тно различаются. Так, французский исследователь
Л. Дюмон говорит о холизме и индивидуализме ( идеологии), о том, что
холистическая идеология придает значение социальной тотальности,
целостности и пренебрегает человеческим индивидом или же
подчиняет его. ( Дюмон Л. Эссе об индивидуализме, антропологическая
перспектива современной идеологии, с. 273, Дубна, 1997; Рено А. Эра
индивида, СПб, 2002, с. 90-91).

20

À notre avis, il arrive souvent que dans l’idéologie holiste, les valeurs
de l’entité cachent, encore une fois, les intérêts et les représentations
de l’individu. Mais on peut affirmer que l’Azerbaïdjan, comme l’ensemble
du monde postsoviétique en ce moment même, se trouve dans une phase
de passage d’une société traditionnelle holiste (on peut l’appeler ainsi),
où la forme collective (étatique) de la propriété était prioritaire, dominante
par rapport à celle de l’économie de marché, où domine la forme de
propriété individuelle.

Mais l’expérience du passage vers l’ère postsoviétique nous fait reconnaître
qu’il s’agit de la régulation (ou, du moins, d’une possibilité ou d’illusion de
l’existence de celle-ci) des relations à la propriété. Ainsi, il s’avère que la
présence de différentes formes de propriété n’a pas d’importance.


Le tout se situe, semble-t-il, dans la différence des cultures et dans
leur attitude envers les mondes opposés où le processus de la formation
des valeurs s’est achevé différemment. À notre avis, même en tenant compte
des différences de cultures, il faut considérer que, premièrement, la culture
occidentale elle-même a effectué ce passage du collectivisme de la priorité
des valeurs de pouvoir étatique à l’individualisme juridique et à la culture.
Deuxièmement, il est nécessaire de comprendre les mécanismes
des changements à l’intérieur de la culture, le rôle du savoir social et
humain, de l’utilisation de l’expérience et des connaissances d’autrui.

De ce point de vue, nous trouvons intéressants les ouvrages des historiens,
philosophes, juristes français. Nous ne mentionnerons que G. Le Goff,
F. Braudel, M. Foucault etc. Il est à noter que la connaissance d’autrui,
la plus complète possible et la plus claire, qui comprend la capacité
de comparer et d’assimiler, révéler les causes et les conséquences, est l’un
des chemins les plus importants, l’un des mécanismes à l’intérieur de
n’importe quelle société, même une société traditionnelle, qui joue le rôle
d’« intermédiaire », de « provocateur » au passage à la société de marché
de type juridique (modèle occidental). Dans lequel bien sûr, est contenue
la connaissance des politiciens, des savants, de la jeunesse, etc.







21

На наш взгляд, нередко холистическая идеология, ценности целого
скрываю т под собой опять- таки интересы и представления
индивида. Но можно утверждать, что Аз ербайджан, как и весь
постсоветский мир, в данный момент находится в переходе от
традиционного, холистического ( пусть будет условно так) общ ества,
где господствовал приоритет коллективной ( государственной) формы
собственности к рыночной, где господствует индивидуальная форма .

Но опыт перехода на постсоветском пространстве заставляет нас
признать, что речь может идти о правовом регулировании отношений
собственности или лишь о наличии ( видимости или возможности)
законов о регулировании и тогда оказывается, что различие форм не имеет столь большого значения.

Дело, будто бы, в различии культур, в том, что они относятся к
противоположным мирам, в которых по- разному ше л процесс
формирования ценностей. На наш взгляд, при всей зна ч имости
различий культур, следует учесть, во- первых, что сама западная
культура все- таки когда- то соверш ила этот переход от коллективизма,
приоритета властно- государственных ценностей к правовому
индивидуализму и культуре, а, во- вторых, понять механиз м ы
изменений внутри культуры, роль общ ественных и гуманитарных
знаний, использования опыта и знаний другого.

В этом плане представляю т для нас серьезный интерес труды
французских историков, философов, правоведов и так далее. На з о ве м
только Ж. Ле Гоффа (G. Le Goff) Ф.Броделя (F. Braudel) М.Фук о и др.
Следует при этом подчеркнуть, что знание о другом, как можно более
полное, внятное, вклю чаю щ ее в себя умение сравнить, осмыслить,
выявить причины и связи, есть один из важных путей, механизмов
внутри любого, в том числе и традиционного общества, которое играет
роль « посредника», « провокатора» перехода к рыночному обществу
правового ( западного) типа. Тут, конечно, есть знание для политиков,
знание для ученых, молодежи и т. д.







22

En Azerbaïdjan, et plus généralement dans tous les pays passés à l’ère
postsoviétique, il est peu probable de contester le fait qu’il existe toujours
des sociétés qui ne sont pas encore devenues entièrement « de marché » ou
« juridiques ». Dans ce cas, ce n’est pas la connaissance juridique ni
l’attitude de conséquence envers la propriété qui prédomine. La propriété
d’autrui n’est pas perçue comme une propriété digne de respect. Il est donc
intéressant de déterminer quel type de propriété existant dans la société est le
plus proche du type qui mérite le respect envers la propriété d’autrui.
Certains ouvrages sociologiques, des sondages-express effectués par l’auteur
lui-même témoignent, avec une part de conditionnel, de la priorité des
connaissances dans ce domaine. En substance, la prédominance d’un
individu à conscience juridique dans la société explique la nature de la
transformation de cette dernière.

Comme cela a été indiqué ci-dessus, dans les sociétés postsoviétiques,
à l’époque du règne du collectivisme et de la propriété collective (d’Etat),
la période dite de transformation n’a pas mené à la domination de
la conscience juridique, mais à la dégradation du respect envers la propriété
collective. Voilà pourquoi il est important de comprendre que sans
ce respect-là il est difficile de réaliser tout le processus de transformation.
Ainsi, la question concernant la synthèse des efforts des individus d’accès
à la conscience juridique, et la bureaucratie respectant la propriété collective
(d’Etat), est toujours d’actualité.

À notre avis, il convient d’étudier dans leur intégralité les relations
entre l’individu et le collectif (l’Etat), l’individualité et la propriété
au sein des pays passés à l’ère postsoviétique, ayant mis en lumière
les relations prioritaires et fonctionnelles afin de déterminer, en
premier lieu, des approches méthodologiques à la compréhension du
contexte socioculturel du problème de la propriété et les chemins
de la transformation vers l’économie de marché des sociétés postsoviétiques.



La question de la propriété dans l’espace postsoviétique est en réalité celle
de savoir si ces sociétés sont capables d’avoir un cadre juridique ou
de devenir des sociétés de marché, sans pour autant perdre leurs
caractéristiques culturelles. À ce niveau, il est intéressant de voir comment
s’est effectué le processus de transformation de l’attitude envers la propriété
et l’Etat à l’Ouest. L’individualité et la façon de la comprendre, peuvent
contribuer à la pénétration du phénomène de la propriété.

23

Вряд ли, кто у нас будет спорить с тем, что в Азербайджане и, в целом,
на постсоветском пространстве все ещ е наличествую т общ ества,
которые не стали в полной мере рыночными и правовыми. Здесь
доминирует не правовое сознание и соответствующее отношение к
собственности. Собственность « другого » не воспринимается как
достойная уважения. Тут интересно разобраться с тем, какой из типов,
имеющихся в общ естве ближе к уважению собственности « другого».
Некоторые социологические материалы, экспресс- опросы,
который проводил сам автор этого материала, с определенной долей
условности свидетельствую т о приоритете знаний в этой сфере. По
сущ еству, переход и трансформация этого общ ества связаны с
переходом к доминированию индивида с правовым сознанием.


Как мы отмечали выш е, в постсоветских обществах, где в прошлом
господствовал коллективизм, коллективная ( государственная)
собственность период трансформации привел не к доминированию
правового сознания, а к деградации уважения к коллективной
собственности, а потому все ещ е важно и понимание того, что без
уважения к нему трудно осуществить весь процесс трансформации.
Актуален сегодня, таким образом, вопрос о синтезе усилий ин- дивидов
с правовым сознанием и бюрократии, уважающей коллективную
( государственной) собственность.

Чтобы выяснить, естественно, пока что только методологические
подходы к пониманию социокультурного контекста проблемы
собственности и путей рыночной трансформации постсоветских
общ еств, на наш взгляд, следует исследовать целостно
взаимоотношения между индивидом и общностью ( государством),
индивидуальности и собственности, и тех типов индивидуального
отношения к собственности, которые имеются на постсоветском
пространстве, выделив отношения, которые приоритетны
и действительны.

По идее вопрос о собственности на постсоветском пространстве – это
вопрос о том, способны ли трансформироваться постсоветские
общ ества, стать рыночными и правовыми, не лишаясь, естественно,
своих культурных особенностей, традиций. В этом плане представляет
интерес и то, как пошел процесс трансформации отношения к
собственности и государству на Западе. Индивидуальность и то, как ее
понимают, может способствовать проникновению внутрь феномена .

24

À notre avis, ignorer cet aspect des pays passés à l’ère postsoviétique est lié
à une sous-estimation générale du contexte individuel, celui
de l’individualité philosophique, des études des bases des valeurs juridiques
et économiques ; ce qui à son tour est expliqué par de nombreuses raisons,
parmi lesquelles premièrement, on pourrait s’arrêter sur la sous-estimation
de la philosophie kantienne et néo-kantienne. L’hégélianisme avec
sa priorité générale du système entier sur ses composantes reste déterminant
pour les pays passés à l’ère postsoviétique.

D’après la philosophie néo-kantienne, il convient de considérer la notion de
la propriété comme une valeur, ainsi que comme une idée, ce qui signifie par
ailleurs que n’importe quel droit exige une justification éthique.
Deuxièmement, bien que sur le territoire à l’ère postsoviétique
(historiquement parlant) le facteur de collectivité fût dominant, actuellement
le développement du collectif dépend du degré de l’attitude respectueuse
envers l’individualité en général, et, envers la propriété individuelle,
en particulier. De plus, la philosophie néo-kantienne permet également
d’expliquer du point de vue méthodologique, les raisons du changement
de cap. Bien sûr, l’idéologie de l’attitude envers l’individualité et sa
propriété qui peut être bâtie sur cette philosophie et doit faire partie du
système d’éducation, est nécessaire.

La priorité du collectif ou de l’individuel en tant que telle dépend de
la compréhension de la valeur de l’Etat. Si dans la tradition occidentale,
l’Etat est considéré comme instrument des intérêts de l’individu, en dehors
de celle-ci l’Etat ou la société sont considérés comme quelque chose qui
a le droit de mettre l’individu au service de la collectivité. Les droits
de l’individu dépendent de ses devoirs par rapport à la collectivité et de son
service à l’Etat. Il en découle que la compréhension du droit à la propriété
est différente dans une société occidentale et non occidentale. Dans la
société non occidentale, on estime que la propriété collective est plus
importante que la propriété individuelle. La morale traditionnelle musulmane
répandue en Azerbaïdjan, ainsi que les traditions, ne contredisent pas cette
thèse. Cependant, il faut reconnaître l’existence des données sociologiques
qui montrent que le processus d’affaiblissement de la foi en la priorité
de la propriété collective, est en cours, bien que pour le moment la propriété
individuelle ne soit pas importante du point de vue de la morale.





25

На наш взгляд, игнорирование этого аспекта на постсоветском
пространстве связано с общей недооценкой индивидуального
контекста, философии индивидуальности, ценностных оснований
правовых и экономических исследований, что, в свою очередь,
объяснимо многими причинами, среди которых для нас представляет
интерес, во- первых, недооценка кантианской и неокантианской
философии. Для постсоветского пространства все ещ е п р иоритетным
остается гегельянство, общий приоритет системы над ее компонентом.

Понятие собственности, исходя из неокантианской философии, следует
рассматривать и как ценность и как идею, а это также означает, что
любое право требует этического оправдания. И, во- вторых, тем, что,
хотя на постсоветском пространстве, и так сложилось исторически,
фактор коллективности был доминирующим, теперь развитие
общности зависит от того насколько уважительным станет отношение
к индивидуальности в целом, и, в частности, к индивидуальной
собственности. Причем неокантианская философия позволяет такж е
методологически объяснить причины смены ориентиров. Естественно,
необходима и идеология отношения к индивидуальности и к ее
собственности, которая может быть построена на этой философии и
должна пронизать систему воспитания.

По сущ еству, приоритет коллективности или индивидуальности
зависит от того, как понимается ценность государства. Если в западной
традиции государство как инструмент интересов индивида,
то вне западной традиции государство или общ ество признаются,
имеющими право поставить индивида на службу общности, права
индивида зависят от его обязанностей по отношению к , от
того, как он служит государству. Отсюда следует, что по- разному в
западном и не западном общ естве трактуется и право на собственность.
В не западном общ естве считается, что коллективная
более значима, чем индивидуальная. Традиционно распространенная
в Азербайджане мусульманская мораль, традиции не противоречат
этому тезису. Тем не менее, надо признать, что имеются
социологические данные, которые показывают, что идет процесс
ослабления веры в приоритет коллективной собственности, хотя
индивидуальная собственность пока не воспринимается нравственно
значимой.



26

Si l’on observe le développement de la philosophie et de l’histoire entre
l’Occident et les territoires passés à l’ère postsoviétique, on peut remarquer
que cette différence dans l’attitude envers l’Etat et l’individu s’est formée
petit à petit. Au Moyen Age, elle était minime, et les philosophies d’Aristote
et de Platon étaient répandues dans les deux camps. À partir de R. Descartes
et de sa thèse célèbre « je pense… », commence la dissonance dans la
philosophie. Bien sûr, on ne peut pas sous-estimer cette différence
mentionnée ci-dessus pendant la période féodale, et il faut aussi essayer de
comprendre comment cette dernière est considérée dans les pays passés à
l’ère postsoviétique. Ces dernières années, les juristes, les philosophes et
dans une moindre mesure les historiens, ont porté leur attention à ces
questions en étudiant, en particulier, les problèmes du droit musulman.

Mais, il n’y a, pour le moment, aucune étude comparative permettant
la compréhension du droit occidental du Moyen Age et de son influence sur
la culture. Le féodalisme occidental (« le droit de Magdebourg ») représente
l’époque de l’expansion du droit, si vous voulez, de droit individuel de
classe sociale, de la construction de villes, des éléments de la société civile.
Or, dans les anciens pays sous la gouvernance de l’ère soviétique, le
féodalisme « s’est déroulé » sans intégrer ces composantes de la modernité
occidentale. Pour l’instant, on ignore également dans l’histoire de ces pays,
la dissonance des confrontations importantes entre le pouvoir (l’Etat)
inachevé, imparfait du point de vue juridique, et la population de différentes
civilisations, de différentes cultures, de différentes religions, de différentes
langues.

Il nous semble que les différences sont importantes, et il faudrait des études
scientifiques sérieuses et interdisciplinaires pour analyser ces différences et
ouvrir la voie à la compréhension et la modernisation du pays. Mais avant
tout il faudrait se tourner vers la philosophie de l’individualisme, ce qui
marquera le commencement de la formation d’une culture, d’une
transformation culturelle qui entrera ensuite dans le domaine du droit.
Tout comme, du point de vue historique, s’est formée la société qui a élevé
l’indifférence de l’homme envers lui-même au stade suprême du modèle
pour imitation comme si c’était quelque chose de digne, maintenant il est
nécessaire d’avoir d’autres modèles. Il est clair que les formuler
(les transformer en texte et en contexte) est une affaire difficile et complexe.
Voilà pourquoi le processus de réformes en Azerbaïdjan sous-entend une
modernisation socioculturelle.



27

Если обратить внимание на развитие философии и истории на Западе и
на постсоветском пространстве, то можно заметить, что эта разница в
отношениях к государству и индивиду сформировалась постепенно.
Так в эпоху средневековья она была минимальной, те же аристотелизм
и платонизм распространились и там и там. То e сть с Р.Декарта, его
известного тезиса « Я мыслю… » начинается диссонанс в философии.
Нельз я, конечно, недооценивать различия в феодализме, а такж е
следует попытаться понять, как он на постсоветском пространстве
воспринимается. В последние годы у нас правоведы, философы, в
меньшей степени историки обратились к этим вопросам, исследуя, в
частности, проблемы мусульманского права.


Но, пока нет сравнительных исследований, понимания специфики
западного средневекового права, его воздействия на культуру.
Западный феодализм (« магдебургское право») – это время
распространения права, если хотите, то индивидуально- сословного
права, становление городов, элементов гражданского общ ества, а на
постсоветском пространстве феодализм « прошел», не заметив этих
составляю щ их западной современности. Игнорируется, пока что и то,
что имеется в истории постсоветского пространства и диссонанс,
серьезные коллизии между незавершенной, несовершенной в
правовом отношении властью ( государством) и разноязычным,
разноверующим, разнокультурным и разноцивилизационным
населением.

Как нам представляется, различия велики, необходимы серьезные
научные, междисциплинарные исследования, чтобы увидеть различия и
проложить пути к пониманию и модернизации страны. Но следует,
прежде всего, обратиться к философии индивидуализма, что позволит,
даст толчок культуре, культурной трансформации, а потом проникнет
в сферу права. То есть, так же, как исторически формировалось
общ ество, которое возводило безразличие человека к самому себе в
абсолю т, образец для подражания, как дело достойное, то теперь
необходимы иные образцы. Понятно, что их сформулировать
( превратить в текст и контекст) дело трудоемкое и сложное. Поэтому
реформирование в Азербайджане и предполагает социокультурную
модернизацию.




28

Dans ces processus, à notre avis, notre société postsoviétique manque de
« souci de soi ou de culture de soi », tels que décrits par
9Michel Foucault . Le respect envers la propriété d’autrui commence par
le respect d’autrui, par le respect de soi-même. Michel Foucault suit
l’histoire de cette culture dans la culture européenne et ce, depuis
l’époque hellénistique. Il peut sembler que cette culture est une partie
intégrante de la culture européenne. Dans ce cas, ce qui est important
pour nous, c’est que cette « culture de souci de soi », du point de vue de
l’auteur, n’est pas un principe à part, mais quelque chose de plus. D’après
lui, devant nous il y a une vraie panoplie de règles qui concernent la façon
d’être ce qui en fait le phénomène de la plus haute importance non seulement
10dans l’histoire des notions, mais aussi dans l’histoire de la subjectivité .




Il souligne également que l’utilisation de cette notion (la culture de soi)
exige beaucoup de conditions très intéressantes pour nous : premièrement,
il existe un certain assortiment de valeurs plus ou moins ordonnées, classées
en valeurs supérieures et inférieures. Deuxièmement, les valeurs sont
présentées comme universelles bien qu’elles ne puissent être accessibles
qu’à certains. Troisièmement, leur réalisation exige de l’individu
un comportement très réglementé et des actions déterminées.
Quatrièmement, l’accès à cette culture, ces valeurs, ces procédés et ces
techniques peut être élaboré, transmis et proposé.





NB : la traduction du texte en langue française a été réalisée par Olga CRIEZ,
Responsable du service des relations internationales de la Faculté de droit et
science politique de l’Université de Nice Sophia Antipolis.


9 M. Foucault, Le souci de soi, histoire de la sexualité Moscou, 1998.
10 M. Foucault, L'Herméneutique du sujet, cours au Collège de France, 1981-1982. СПБ :
Наука, 2007, pp. 22-24.

29

В этих процессах, на наш взгляд, нашему все ещ е постсоветскому
общ еству не хватает « заботы о себе или культуры себя », о которой
писал М. Фу к о ( М. Фу к о Забота о себе. История сексуальности – 111
« ДУХ И Le souci de soi ЛИТЕРА КИЕВ ГРУНТ РЕФЛ БУК
МОСКВА », 1998). Уважение к чужой собственности начинается с
уважения к другому, с уважения к себе. Фу к о отслеживает истори ю
этой культуры в европейской культуре с эпохи эллинизма. Мо же т
показаться, что эта культура неотъемлемая часть европейской
культуры. Для нас же в данном случае важно то, что « эта культура
заботы о себе», по его мнению, не отдельный принцип, она тянет на
большее. Перед нами, как он считает настоящ и й свод установлений,
касательно способа быть, что делает его феноменом исключительной
важности не только в истории понятий, но и в истории субъективности
( М. Фу к о. Герменевтика субъекта: курс лекций, прочитанных в Коллеж
де Фр а н с в 1981/1982 учебном году, СПБ : Наука, 2007, с. 22-24).

Он также подчеркивает, что употребление этого понятия ( культура
себя) требует ряда условий, который весьма интересен для нас: во-
первых, имеется некий набор ценностей, хоть как- то
взаимоупорядоченных, поделенных на высш ие и низшие. Во- вторых,
ценности преподносятся как всеобщ ие, хотя они могут быть доступны
лишь некоторым. В- третьих, их осуществление требует от индивида
жестко регламентированного поведения, определенных действий. В-
четвертых, доступ к этой культуре, ценностям, процедурам и техникам
могут быть разработаны, переданы, преподаны.





NB : перевод текста на французский язык был сделан Ольг ой КРИЕЗ,
начальником отдела меж д ународных отношений факультета права и
политической науки университета Ниццы.



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Robinson ou le bien le plus précieux.
Pour une heuristique romanesque du juridique

Charlie GALIBERT



I - Le livre « Robinson Crusoé »

Degré zéro des biens et de la volonté.
« Les relations entre les hommes ont toujours été gouvernées par leurs
rapports aux biens ».
« Un système juridique ayant par essence pour objet de réglementer les
relations possibles entre les membres d'une même société, il n'est pas
étonnant qu'il tende à se préoccuper des deux types de rapports de droit
possible entre ceux qui la composent : d'une part ceux entrent les personnes
elles-mêmes et d'autre part les droits et les devoirs des personnes par rapport
aux choses appropriées par le groupe ou par les individus. » (Strickler, 2006,
3).
Que se passe-t-il en l’absence de relations entre membres, ou en l’absence de
membres ?
Robinson et les biens, l’entrepreneur protestant (robinson weber,
weber crusoé).

II – Alexander Selkirk

Les biens chez Selkirk.

III – Le décalage entre l’histoire vraie et l’histoire romancée, le roman
réel de Selkirk et la fiction romanesque de Robinson

Vendredi (Defoe, Tournier) ou pas vendredi (Garde, Chamoiseau) : c’est pas
le problème, ni la question.
La question de l’autre ne dépend pas de la réalité de sa présence, c’est un
problème ontologique : l’homme, l’humanité est relationnelle (CG + LS :
« l’exclusive fatalité, l’unique tare qui puisse affliger un groupe humain et
l’empêcher de réaliser pleinement sa nature, c’est d’être seul » (Race et
histoire, 1995, 73).

IV – Un monde sans autre. L’empreinte


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I. Le livre

Tout le monde connaît Robinson.
C’est l’archétype du solitaire naufragé sur une île déserte.
Johnny Castaway, tout comme Chuck Nolland, dans le film « Seul au
monde » est condamné à survivre.
En se nourrissant de poisson, de noix de coco…

L'île déserte, l'homme seul, semblent une variation entre le rien et le quelque
chose.

Plus forte que Heidegger et son « pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que
rien ? ».

Car l’île compose avec ces deux extrêmes du rien et du quelque chose
en nous offrant une image du monde, un microcosme du macrocosme,

un laboratoire.

Robinson est un homme de laboratoire, un chercheur,
un expert en survie,

un cobaye aussi, du coup…

Naufragé, il est jeté dans un commencement, « nu et cru » comme le dit
l'expression populaire : « nu et cru » : juste ce qu'il faut pour attiser le festin
de quelques cannibales.

Mais qu’en est-il des biens dans le monde de Robinson ?

Car Robinson s’y connaît en biens et en rapports humains : il a été
commerçant, esclave, marchand d'esclaves, propriétaire terrien au Brésil.

Mais c’était avant.

Avant le naufrage.

Seul survivant après une tempête, le voilà sans rien, totalement démuni,
symbole même du degré zéro des biens, des rapports humains et
de la volonté :


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« Moi, pauvre misérable Robinson Crusoé, après avoir fait naufrage
au large durant une horrible tempête, tout l'équipage étant noyé, moi-même
étant à demi mort, j'abordais à cette île infortunée que je nommais l'île
du désespoir. Je passais tout le reste du jour à m'affliger de l'état affreux
où j'étais réduit : sans nourriture, sans demeure, sans vêtements, sans
armes, sans lieu de refuge, sans aucune espèce de secours, je ne voyais rien
devant moi que la mort, soit que je dusse être dévoré par les bêtes ou tué
par les sauvages ou que je dusse périr de faim. À la brune je montais
sur un arbre, de peur des animaux féroces, et je dormis profondément
quoiqu'il plut toute la nuit » (114).

Mais très vite, il avise le bateau échoué, le vide de son contenu, construit un
abri, aménage, passe à l'élevage, développe une activité considérable…

Et voilà que par rapport aux questions que Yves Strickler m'avait soumises
comme pouvant servir de point de départ pour la réflexion
d'un anthropologue : le rapport aux biens, à l'environnement, aux animaux,
à la mort, à l'argent, à l'autre, au sens et au non-sens…

Robinson me semble bien répondre à ces questions.

En voici, rapidement quelques exemples :

- l’environnement :
l'île sur laquelle Robinson fait naufrage n'abrite aucune vie humaine,
est sujette aux tremblements de terre, aux ouragans, aux fortes pluies, aux
chutes d'arbres. On y trouve des montagnes, des ruisseaux d’eau claire. Mais
elle n'a en soi que peu de réalité : elle n'existe que pour servir Robinson.
La Providence, c'est-à-dire Dieu a voulu qu'elle fût son domaine.
« Elle ressemblait, dit-il, à un jardin potager, le marché de Leadenhall
n'aurait pas approvisionné une meilleure table ».

Elle lui procure pigeons, poules, homards, tabac, sucre, melons, raisins,
cacao, oranges, citrons Toutefois ce très prosaïque jardin potager n'est pas
sa véritable source d'approvisionnement.

Non, sa richesse, la source de ses biens, est l’épave du navire d'où il a pu
s'échapper sain et sauf. Il y retrouve tout le nécessaire d'une vie civilisée.
Sa cargaison est plus riche que celle d'une flotte entière de prises.

Que l’on se rappelle : Robinson construit un radeau et récupère
des provisions pour une vie entière : des galons d'alcool, des coffres à pain,

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du riz, des fromages, de la viande et du maïs séché, des barils de tabac,
de la farine et du sucre, des câbles, des haussières, des outils de charpentier,
des barils de poudre, quantité de munitions, des pistolets, des épées,
deux douzaines de hachettes, une meule a aiguiser, des leviers de fer,
des sacs de clous, des vêtements, des hamacs, un couchage, des voiles,
des cordages, de la toile, de la ferronnerie, des ciseaux, des couteaux et
des fourchettes, des plumes, de l'encre, du papier, des compas, instruments mathématiques, des cartes, des livres de navigation,
une lunette d'approche, trois bibles et quelques livres de prières portugais…

Son industrie, son assiduité lui permet une exploitation maximale de
la carcasse, en le rendant propriétaire de l’île : à tel point qu’il peut s'écrier :
« Tout cela était mon bien, j'étais Roi et Seigneur absolu de cette terre,
j’y avais des droits de possession, et je pouvais la transmettre comme
si je l’avais eue en héritage, aussi incontestablement qu’un lord d'Angleterre
son manoir » (160).

Et plus loin : « j'étais éloigné de la perversité du monde : je n'avais
ni concupiscence de la chair, ni concupiscence des yeux, ni fastes de la vie.
Je ne convoitais rien, car j'avais alors tout ce dont j'étais capable de jouir ;
j'étais seigneur de tout le manoir : je pouvais, s'il me plaisait, m'appeler Roi
ou Empereur de toute cette contrée rangée sous ma puissance ; je n'avais
point de rivaux, je n'avais point de compétiteurs, personne qui disputât avec
moi le commandement et la souveraineté. J'aurais pu récolter du blé de quoi
charger des navires, mais, n'en ayant que faire, je n’en semais que suivant
mon besoin. J'avais à foison des tortues de mer, mais une de temps en temps
c'était tout ce que je pouvais consommer. J'avais assez de bois de charpente
pour construire une flotte de vaisseaux et quand elle aurait été construite
j'aurais pu faire d'assez abondantes vendanges pour la charger de
passerilles et de vin. Mais ce dont je pouvais faire usage était le seul
précieux pour moi. J'avais de quoi manger et de quoi subvenir à mes
besoins, que m’importait tout le reste ». (202)

Il mange du raisin au petit déjeuner, fait griller de la chèvre au déjeuner, se
prépare des œufs de tortues au dîner. Il bâtit des huttes et une grange pour
son maïs. Il bricole une table et des chaises, évide un tronc pour en faire
un bateau, qu'il construit d’ailleurs trop loin de la mer et qui s'avère
intransportable, se fabrique un parasol, tresse « abondance de paniers
nécessaires », se taille des pantalons, des gilets, confectionne un chapeau,
se fabrique de très bonnes chandelles avec du suif de chèvre.



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