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ÉDUCATION ET TRAVAIL

De
324 pages
Les relations sont difficiles entre Education et Travail. Les interactions entre les acteurs socio-économiques de la société civile et le monde de l'éducation doivent se développer pour permettre une éducation plus performante et adaptée au monde du travail. Des deux côtés, on espère de meilleures relations pour créer " l'homme de demain ". Mais cette idée humaniste se heurte à des préoccupations internationales et nationales souvent influencées par des impératifs économiques.
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EDUCATION
ET TRAVAIL
Divorce ou entente cordiale ? Collection Education comparée
dirigée par Dominique Groux
La collection éducation comparée est destinée aux enseignants et
futurs enseignants, aux formateurs et aux parents d'élèves, aux chercheurs
et décideurs.
Elle veut montrer l'utilité et les bénéfices que l'on peut attendre de la
démarche comparative dans le domaine éducatif et la nécessité absolue de
mettre en place des échanges au niveau des écoles, des collèges, des
lycées et des universités.
Déjà parus
Dominique Groux, Louis Porcher, Les échanges éducatifs, 2000
Dominique Groux, Nicole Tutiaux-Guillon (sous la direction de),
2000 Les échanges internationaux et la comparaison en éducation,
Azzedine Si Moussa, Internet à l'école : usages et enjeux, 2000
Politiques linguistiques, 2000 Louis Porcher, Violette Faro-Hanoun, Sous la direction de
Soledad PEREZ et Olivia STROBEL
Education et travail
Divorce ou entente cordiale ?
Congrès de 1'AFEC
Genève, 25-27 mai 2000
AFEC Université de Genève
Association Francophone Unité PEG+EC
D'Education Comparée
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
France HONGRIE ITALIE
C L'Harmattan, 2001
ISBN : 2-7475-1688-1 Avant-propos :
Education et travail, mariage difficile ?
Soledad Perez, Université de Genève, Suisse
Je voudrais évoquer tout d'abord les difficultés du couple " Education et
Travail " qui a du mal à vivre ensemble, qui est habité de
questionnements, de doutes, d'attentes, d'amertumes face à des idées
stéréotypées et récurrentes mais qui est aussi soucieux de construire de
nouveaux paradigmes, pour entamer des recherches concernant le
" comment mieux vivre ensemble ".
Un mariage difficile, certes, entre les deux protagonistes " Education et
Travail " qui tentent cependant d'améliorer leurs relations dans un monde
de globalisation économique. Les interactions entre les acteurs socio-
économiques de la société civile et le monde de l'éducation doivent se
développer pour permettre une éducation plus performante et adaptée au
monde du travail.
Des deux côtés, on espère de meilleures relations pour créer " l'homme de
demain ". Mais cette idée humaniste se heurte à des préoccupations
internationales et nationales souvent influencées par des impératifs
économiques. C'est la raison pour laquelle nous assistons, dans les pays
du Nord et du Sud, à des mouvements de rébellions de jeunes qui se
sentent incompris et qui représentent pour un certain nombre d'entre eux,
les exclus des systèmes éducatifs.
L'instruction obligatoire décidée au siècle précédent représente encore
aujourd'hui un débat important dans les sociétés. Bien évidemment, les
systèmes éducatifs ont fait l'objet de réformes plus ou moins sérieuses
(Eurydice, 1997) pour trouver des solutions adéquates (mesures de
discrimination positive, éducation en alternance, par exemple).
Néanmoins, le constat est inquiétant dans les pays du Nord et du Sud avec
des nuances selon les contextes éducatifs (OCDE, 1998). Toutefois, nos
systèmes éducatifs ne semblent pas s'adapter aux demandes des citoyens
et des entreprises. On allègue souvent les mêmes raisons, telles que les
difficultés des enseignants dans les zones sensibles, le ratio
élèves/enseignant trop élevé, le manque de moyens économiques, le
déficit d'enseignants dans certains établissements scolaires dans les zones
rurales et urbaines marginalisées, etc, ... Certains articles de cet ouvrage illustrent ces difficultés d'adéquation entre les enseignements
universitaires et professionnels et le monde économique.
Dans d'autres recherches concernant la thématique " Education et
Travail ", des objets d'étude apparaissent de manière récurrente.
L'apprentissage tout au long de la vie est un thème de prédilection pour
les organisations internationales (OCDE, 2000 ; Eurydice, 2000 ) et pour
des chercheurs (Matheson & Matheson, 2000). L'évolution des savoirs et
des connaissances constitue un autre objet d'étude qui ne peut faire
l'économie d'une réflexion sur les nouvelles technologies de la
communication, des échanges internationaux. Certains chercheurs
s'intéressent aux compétences sociales et humaines nécessaires pour
réussir sa carrière et sa vie familiale. L'ensemble de ces recherches peut
ouvrir des perspectives optimistes quant à l'avenir.
Le mariage reste difficile entre " Education et Travail " pour plusieurs
raisons qui ont été discutées dans les ateliers du congrès. Il a été question
de thématiques telles que les transitions de la formation initiale à la vie
active et l'apprentissage à vie, les conditions de travail des personnels
éducatifs, les divers publics qui parcourent le chemin sinueux des
relations entre " Education et Travail ", la place des indicateurs dans la
recherche en éducation et leur impact sur le monde économique, les
niveaux d'enseignement comme l'enseignement universitaire et
l'enseignement professionnel, les nouvelles technologies de la
communication au service du monde de l'éducation. Les articles de cet
ouvrage présentent également les enjeux des interactions entre
" Education et Travail " et proposent des perspectives intéressantes. Par
exemple, une approche historique et philosophique nous permet de
comprendre qu'il est parfois difficile de concilier l'état de droit national et
l'état de droit du citoyen.
Cependant, il reste important de consolider les liens entre les deux
partenaires et de penser qu'il existe toujours des solutions et surtout de
l'espoir. C'est l'espoir qui fait progresser les individus et qui leur permet
de mieux vivre ensemble.
Je ne voudrais pas conclure cet avant-propos sans avoir remercié les
principaux bailleurs de fonds qui ont permis d'organiser le congrès de
l'Association Francophone d'Éducation Comparée (AFEC) intitulé :
" Education et Travail : divorce ou entente cordiale ? " en mai 2000, à
Genève. Ce congrès a bénéficié essentiellement de fonds suisses
notamment le Fonds national de la recherche scientifique, le Rectorat de
l'Université de Genève, la Faculté de Psychologie et des Sciences de
8 l'Education, la Section des Sciences de l'Education, le Programme
doctoral romand des Sciences de l'Education, la Société suisse de
Recherche en Education et la Société suisse pour la recherche appliquée
en matière de formation professionnelle. Des organisations internationales
comme le Bureau International d'Education (BIE) et le Bureau
International du Travail (BIT) ont participé également à cette
manifestation ainsi que d'autres partenaires associés comme les Archives
J. J. Rousseau, le Département de l'Instruction Publique du Canton de
Genève, le Service de la Recherche en Education (SRED).
Pour le côté pratique, l'Unité Politique, Economie et Gestion de
l'Education + Education Comparée (PEG + EC) de l'Université de
Genève a été chargée de la préparation du congrès. Ce dernier a fait
l'objet de travaux pratiques pour les étudiants du cours d'Education
Comparée de deuxième cycle " Contextualisation des systèmes de
formation : dimensions supra et infra-nationales ". Ils ont participé
activement à l'organisation et je les remercie de leur gentillesse et de leur
dévouement.
Enfin, je tiens à exprimer ma gratitude au comité d'organisation, aux
conférenciers et aux responsables d'ateliers et de tables rondes pour leur
amitié et soutien professionnel. Sans eux, ce congrès n'aurait pas eu
d'âme.
Bibliographie
Eurydice (1997). Dix années de réformes au niveau de l'enseignement obligatoire dans
l'Union Européenne. Bruxelles : Eurydice.
Eurydice (1999). La prospective en éducation au sein des Etats membres de l'Union
Européenne. Bruxelles : Eurydice.
London : Matheson, C. & Matheson, D. (2000). Educational issues in the learning age.
Continuum.
OCDE (2000). Société du savoir et gestion des connaissances. Paris : OCDE.
OCDE (1998). Vaincre l'échec scolaire. Paris : OCDE.
9 PREMIERE PARTIE
Quelques réflexions au sujet du thème
" éducation et travail " La construction du moi — le droit au travail en tant que
droit culturel
Alfred Fernandez
OIDEL (Droit à l'Education et Liberté d'Enseignement)
Université d'Eté des Droits de l'Homme, Genève, Suisse
Universidad Nacional de Educaciôn a Distancia (UNED), Espagne
Introduction
Nous voudrions prendre pour point de départ de notre réflexion une
citation du Livre blanc sur l'éducation et la formation (1995 : 105) de la
Commission européenne. Ce texte analyse la formation en fonction de la
croissance, de la compétitivité et de l'emploi car le développement de
l'éducation et de la formation est "l'une des conditions de l'émergence
d'un nouveau modèle de croissance enrichie d'emplois" (Commission
européenne, 1995 : 1). Voici la citation : " Considérer l'éducation et la
formation en relation avec la question de l'emploi ne veut pas dire que
l'éducation et la formation se réduiraient à une offre de qualifications.
L'éducation et la formation ont pour fonction essentielle l'intégration
sociale et le développement personnel, par le partage des valeurs
communes, la transmission du patrimoine culturel et l'apprentissage de
l'autonomie". (Commission européenne, 1995 : 5).
Cette citation montre que l'on ne souhaite pas subordonner l'éducation à
la recherche d'un emploi, car l'éducation semble avoir d'autres objectifs
plus " nobles " : le développement des capacités, l'épanouissement de la
personnalité, la socialisation, voire le bonheur.
Or, nous allons essayer de démontrer le contraire au risque de passer pour
un original.
Les divers facteurs du travail
Le travail, dans la société moderne et dans la société de l'information,
représente le premier facteur d'identité. Il s'agit certainement d'une
conquête de la société démocratique : tous les êtres humains "sont égaux
en dignité et en droits" (cf. Déclaration universelle des droits de
l'homme de 1948, art. 1). Dans la société traditionnelle, le statut social
déterminait l'identité, aujourd'hui c'est le travail, mon travail, celui qui détermine — au moins en théorie — mon rôle social, ma reconnaissance et,
en définitive, ma valeur. Je vaux ce que vaut mon travail, et, a priori, tout
être humain peut arriver au sommet de l'échelle sociale (le rêve
américain). Taylor (1994 : 43) a parlé du passage d'une société fondée sur
une "société de la dignité". " l'honneur" à
Le travail devient ainsi, de plus en plus, quelque chose de culturel et cela
au moins dans deux sens :
Il permet l'identification de la personne dans la société moderne.
Il se conçoit comme quelque chose d'axiologiquement positif.
Positif, le travail n'est plus une condamnation, une souffrance ; il est
libération : libération de la nature, libération des structures sociales,
libération en somme des déterminismes naturels et sociaux. Néanmoins,
pendant bien des siècles, le travail a été considéré comme un châtiment,
comme le fruit de la chute originelle. Cette vision de la Genèse venait
d'une interprétation absolutiste des versets 17-19 du chapitre III où l'on
"Maudit soit le sol à cause de toi, à parle du travail et du châtiment :
force de peines tu en tireras subsistance, à la sueur de ton visage tu
Le travail a été ainsi assimilé à l'effort, à la mangeras ton pain".
d'où semble venir le mot travail a malédiction : le mot latin tripalium
cette signification. Le travail est devenu l'anti-humain. Curieusement, on
Yahvé Dieu prit l'homme et a oublié le chapitre II du même livre: "
(verset 15). l'établit dans le jardin d'Eden pour le cultiver et le garder"
Ce verset a une forte consonance culturelle dans les termes employés pour
définir l'action humaine : cultiver et garder.
Dans la modernité, nous assistons à une revalorisation du travail
notamment chez les théoriciens du mouvement ouvrier. Proudhon parlera
du travail comme " l'action intelligente de l'homme sur la matière "
(Arvon, 1961 : 39) et Marx dira qu'il est " l'être de l'homme qui
s'affirme" (1937: 69). Mais cette revalorisation, démontrée par les
auteurs, reste encore trop liée d'une part à une vision " économiste " du
travail et d'autre part à la démarche politique socialiste : Marx découvre
l'intérieur même du travail, une activité aussi noble que les activités " à
de l'esprit, c'est-à-dire, répétons-le, une activité conduisant à une
transformation révolutionnaire de la nature et de la société humaines "
(Marejko, 1989 : 79).
Mais le travail n'est pas possible sans outils. Le premier de ces outils
l'homme ne peut semble être l'éducation, l'instrument d'humanisation : "
devenir homme que par l'éducation" selon Kant (Kant, 1980: 34). Ce
14
" devenir homme " est à comprendre correctement, c'est-à-dire qu'il rend
possible l'action humaine, donc le travail. Le travail est la finalité ultime
de l'éducation.
De façon paradoxale, il semblerait alors que le nouvel humanisme du
travail rejoigne quelque chose qui ressemble trop à un anti-humanisme :
une vie strictement consacrée au travail ne semble pas être un idéal
alléchant. Hegel et Marx rejoignent le capitalisme " sauvage ".
Nous pensons qu'en réalité il n'y a pas de paradoxe. La question est tout
autre : nous sommes toujours en train d'osciller entre deux sens du mot
travail. Cette polysémie se trouve, par exemple, dans la définition du
travail de l'Encyclopédie, cité par Auroux (1990) : le travail est
" l'occupation journalière à laquelle l'homme est condamné par son
besoin (négatif) et à laquelle il doit en même temps sa santé, sa
substance, sa sérénité, son bon sens et sa vertu peut-être". Remarquons
l'aspect positif évoqué timidement, on ose à peine espérer que le travail
soit quelque chose de bon.
Pour regarder le travail de manière positive, il est essentiel de le
considérer comme action culturelle. C'est elle en réalité qui permet
d'accepter l'affirmation, pour le moins troublante, du travail comme
finalité ultime de l'éducation. Ainsi conçu le travail apparaît comme
l'oeuvre culturelle essentielle. On pourrait même risquer d'identifier la
culture (action culturelle) et le travail.
Mais en réalité, le travail, comme nous le verrons, est compris, encore
aujourd'hui, par la plupart des cultures comme un simple " gagne-pain " ;
ou, pour parler en termes de droits de l'homme, comme " la possibilité de
gagner sa vie ".
Cependant, ce lieu commun (conception du travail comme simple gagne-
pain ou moyen de satisfaire ses besoins) ne résiste pas à une analyse
sérieuse. Hegel, cité par Grimaldi (1994: 40-45) par exemple, dans ses
a attaqué déjà vigoureusement cette Principes de la Philosophie du Droit,
conception économique du travail. Il explique comment l'homme se
distingue de l'animal par le travail. L'homme, malgré la satisfaction de
ses besoins, continue à travailler. Mieux encore, ses besoins ne semblent
jamais comblés, ils augmentent au fur et à mesure qu'il travaille. A
mesure que notre pouvoir sur la nature croît, nos désirs et nos besoins
grandissent aussi avec lui. Ce dépassement et cet échec perpétuels sont
15 caractéristiques de la condition humaine, ils montrent à l'homme
comment toutes ses réalisations sont fmies alors que son désir est infmi.
On ne peut imaginer un état de nature selon Hegel, car l'homme a
toujours été un être culturel, la culture étant la nature de l'homme C'est
en effet parce qu'il est un être de culture et non un être naturel que
l'homme travaille. "En ayant été arraché à l'état de nature et forcé de
travailler, l'homme a définitivement cessé d'être un animal pour devenir
un être spirituel " (Marejko, 1989 : 90). En travaillant, c'est-à-dire en
transformant la nature, il humanise le monde et il crée le progrès,
l'histoire et la culture (au sens objectif du mot). En se réalisant dans la
nature, " l'esprit — dira Hegel (cité par Mareijko, 1989: 90) — se
détermine, se représente à lui-même et aux autres et trouve sa propre
identité. L'esprit, en travaillant, se fait identique à lui-même et se re-
connaît. En effet, l'esprit face à la nature c'est pure attente, pur désir, il
se voit comme pure négation, pour s'affirmer il faut qu'il fasse quelque
chose, dans ce faire il révèle ses aptitudes, son talent, sa façon d'être".
Voilà comment Hegel comprend le travail, nous sommes loin de l'image
" ouvrière " qui dominera la philosophie du travail de Proudhon ou de
Marx. Nous voyons également comment la notion de travail est au
carrefour des débats cruciaux de l'anthropologie : le débat nature /culture
ou nature /histoire et le débat théorie /praxis.
Cette perspective a été bien comprise par Lacroix lorsque, insistant sur la
dimension culturelle du travail, il parle de celui-ci comme " signe
d'inachèvement et obligation d'achever " (1962: 84). Cette formule nous
sera de grande utilité dans notre analyse. En effet, le travail révèle
l'inachèvement, la construction du moi. Le moi n'est pas donné " tout à
fait ", il est donné seulement comme projet. Mais il est en plus donné
comme obligation — je ne peux pas renoncer à cet achèvement — je serai
achevé dans un certain sens, que je le veuille au non, du fait de mon
caractère temporel, historique. Marias (1996 : 143) a décrit cet aspect
central de la condition humaine avec clairvoyance : " La condition
paradoxale de la personne humaine se manifeste lorsqu'on recherche sa
structure et son contenu. Elle est passive dans son origine, reçue, elle
n 'est pas l'auteur d'elle-même et en dernier ressort elle est, en tant que
telle, inexplicable ; et cependant l'extrême activité lui appartient, elle
consiste en un faire constant et c'est elle-même qui dans ce faire se fait.
En se trouvant dans une situation qu'elle n'a pas voulue, elle ne peut que
l'interpréter, et cela signifie qu'elle s'interprète elle-même comme telle
personne de manière " projective " et programmatique. Elle ne choisit
pas son projet personnel ou sa vocation, elle se sent " appelée " vers ce
16 projet, elle choisit de le suivre ou non, de lui être fidèle ou infidèle, c'est-
à-dire de se réaliser avec authenticité ou de déserter ce projet avec lequel
elle se sent identifiée". Si cela est ainsi, si le travail est, avant tout,
" obligation d'achever" il apparaît comme le fait culturel fondamental.
Et, sans doute, il doit être assimilé à la culture tout court. Nous sommes
en plein paradoxe.
Ces idées contrastent vivement avec la perception majoritaire du travail.
Le modèle de travail demeure le travail manuel de l'ouvrier en usine
selon l'image de Charlot dans Les Temps modernes. Mais les gens rêvent
de vacances.
La difficulté pour définir le travail trouve peut-être ses racines dans le
débat théorie /praxis que nous avons mentionné auparavant. La culture
occidentale, dès l'Antiquité grecque, a privilégié dans l'agir humain — au
sens large — la théorie sur la praxis, la pensée sur l'action. La
dévalorisation de l'action, donc du travail, et la séparation de plus en plus
radicale entre l'action et la réflexion /contemplation ont été les
conséquences de ce privilège. Cette séparation intellectuelle perpétuée
dans la vie sociale par le mépris du travail manuel a empêché et empêche
encore de penser de manière unitaire l'existant humain. C'est cette
difficulté à penser l'existant humain qui rend difficile de penser le travail.
Nous oscillons toujours entre des conceptions positive et négative.
C'est la conception culturelle du travail qui permettra de le penser de
manière adéquate et qui aidera également à recomposer l'existant humain
de manière correcte. La culture, a dit de manière pertinente Meyer-Bisch
(1993 : 13), " est le chemin laborieux qui mène l'homme de l'inculte et de
l'informe, au cultivé, au différent, celui qui apprend à apprivoiser les
diverses étrangetés de l'existence. Ce chemin passe nécessairement par
une oeuvre ; il n'y a pas d'homme sans oeuvre. Celle-ci est médiation
nécessaire entre les hommes, entre l'homme et lui-même et le monde.
Sans cette oeuvre, l'homme ne manque pas seulement d'épanouissement, il
n'est pas. ". On pourrait ajouter comme corollaire que l'oeuvre se fait par
le travail'.
Meyer-Bisch et l'Institut interdisciplinaire d'éthique et des droits de l'homme de
l'Université de Fribourg ont réalisé un travail intéressant dans l'étude des droits culturels.
Une approche culturelle du travail devrait s'inspirer des principes et des notions développés
dans le Projet de Déclaration. Les droits culturels sont fondamentaux parce qu' " ils
permettent d'assurer le lien (...) entre l'ensemble des Droits de l'Homme, (...) ils renforcent
la cohérence logique entre les normes et font obstacle au risque de dispersion " (Institut
Interdisciplinaire d'Ethique et des Droits de l'Homme, 2000 : 1).
17 On comprend ainsi que l'éducation puisse être présentée comme finalisée
par le travail et même aller jusqu'à dire que l'éducation n'est, en fin de
compte, elle-même que du travail.
La plupart des réflexions philosophiques sur le travail ont pris comme
modèle l'" ouvrier d'usine ", typique de la société industrielle, ce que
nous avons répété à plusieurs reprises. Mais aujourd'hui ce modèle ne
peut plus être privilégié. L'émergence de la " société de l'information et
de la formation " nous présente l'intemaute comme prototype du
travailleur. La différence est fondamentale et tend à estomper l'écart entre
le monde de l'éducation et celui du travail. La nouvelle économie
(économie de la connaissance) rend de plus en plus difficile la séparation
entre travail et étude et, par ricochet, entre théorie et praxis. L'éducation
apprentissage de l'humanité" limité était conçue chez Kant comme un "
dure toute la à certaines années de la vie, l'éducation life-long learning
vie. L'éducation s'achève avec la vie et ainsi elle sera intimement mêlée
au travail. En fait, pourra-t-on distinguer, dans les années à venir, dans
une " économie de la connaissance ", l'éducation du travail ? Difficile à
dire.
Ce qui semble clair, c'est que nous assistons à une " dématérialisation de
(OCDE, 1999 : 28) et que dans " l'économie de la l'activité économique"
connaissance ", le travail sera plus facilement identifié en tant que fait
des efforts culturel. Dans cette nouvelle économie, l'OCDE affirme que "
importants seront nécessaires pour encourager la capacité et la liberté
(OCDE, des individus et des organisations d'innover et de transformer "
1999: 28). Ces propos que nous entendons tous les jours et à toute heure
semblent — je dis bien, semblent — diriger le travail vers l'idéal de
semble l'achèvement humain. Même la différence théorie /praxis
disparaître. Il est urgent de réfléchir sur cette nouvelle donne pour que la
société de l'information n'enfante pas une aliénation plus grave que celle
engendrée par la société industrielle. Une partie de cette réflexion consiste
à concevoir le contenu du travail comme droit de l'homme
Le droit au travail
De nombreux instruments internationaux parlent du droit au travail,
et le Pacte notamment la Déclaration universelle des droits de l'homme
relatif aux droits économiques sociaux et culturels, qui sont à la base du
système international de protection des droits de l'homme. A ces textes,
s'ajoutent les Conventions de l'Organisation Internationale du Travail
18 (OIT) — plus de 180 en 2000 — qui représentent le corpus normatif le
plus important des droits économiques, sociaux et culturels 2 .
Qu'entend-on par " droit au travail " dans la Charte des Droits de
l'Homme ? 3
L'article 23 de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme
affirme :
1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des
conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection
contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un
travail égal.
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et
satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme
à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tout autre moyen
de protection sociale.
4. Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de
s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.
Le Pacte des droits économiques sociaux et culturels, lui, s'étend
longuement sur ce droit dans les articles 6, 7 et 8.
Article 6
1. Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit au travail, qui
comprend le droit qu'a toute personne d'obtenir la possibilité de
gagner sa vie par un travail librement choisi ou accepté, et prendront
des mesures appropriées pour sauvegarder ce droit.
2. Les mesures que chacun des Etats parties au présent Pacte prendra en
vue d'assurer le plein exercice de ce droit doivent inclure l'orientation
et la formation techniques et professionnelles, l'élaboration de
programmes, de politiques et de techniques propres à assurer un
développement économique, social et culturel constant et un plein
2 Pour l'ensemble des textes normatifs de l'OIT, nous renvoyons le lecteur au site Web de
l'organisation : www.oit.org .
3 La Charte des Droits de l'Homme contient les trois instruments internationaux qui sont la
base du système international de protection des droits de la personne humaine. Nous
rappelons que ces instruments sont respectivement la Déclaration universelle des droits de
l'homme adoptée par les Nations Unies en 1948, le Pacte international relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et
politiques adoptés en 1966 et entrés en vigueur en 1976.
19 emploi productif dans des conditions qui sauvegardent aux individus
la jouissance des libertés politiques et économiques fondamentales.
Article 7
1. Les Etats parties au présent Pacte reconnaissent le droit qu'a toute
personne de jouir de conditions de travail justes et favorables, qui
assurent notamment :
a / la rémunération qui procure, au minimum, à tous les travailleurs :
- un salaire équitable et une rémunération égale pour un travail de
valeur égale sans distinction aucune ; en particulier, les femmes
doivent avoir la garantie que les conditions de travail qui leur sont
accordées ne sont pas inférieures à celles dont bénéficient les
hommes et recevoir la même rémunération qu'eux pour un même
travail ;
- une existence décente pour eux et leur famille conformément aux
dispositions du présent Pacte ;
b / la sécurité et l'hygiène du travail ;
c / la même possibilité pour tous d'être promus, dans leur travail, à la
catégorie supérieure appropriée, sans autre considération que la durée
des services accomplis et les aptitudes ;
d / le repos, les loisirs, la limitation raisonnable de la durée du travail et
les congés payés périodiques, ainsi que la rémunération des jours
fériés.
Article 8
1. Les Etats parties au présent Pacte s'engagent à assurer :
a / le droit qu'a toute personne de former avec d'autres des syndicats et
de s'affilier au syndicat de son choix, sous la seule réserve des règles
fixées par l'organisation intéressée, en vue de favoriser et de protéger
ses intérêts économiques et sociaux. L'exercice de ce droit ne peut
faire l'objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui
constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique,
dans l'intérêt de la sécurité nationale ou de l'ordre public, ou pour
protéger les droits et les libertés d'autrui ;
b / le droit qu'ont les syndicats de former des fédérations ou des
confédérations nationales et le droit qu'ont celles-ci de former des
organisations syndicales internationales ou de s'y affilier ;
c / le droit qu'ont les syndicats d'exercer librement leur activité, sans
limitations autres que celles qui sont prévues par la loi et qui
constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique,
20 dans l'intérêt de la sécurité nationale ou de l'ordre public, ou pour
protéger les droits et les libertés d'autrui ;
d / le droit de grève, exercé conformément aux lois de chaque pays.
2. Le présent article n'empêche pas de soumettre à des restrictions
légales l'exercice de ces droits par les membres des forces armées, de
la police ou de la fonction publique.
3. Aucune disposition du présent article ne permet aux Etats parties à la
Convention de 1948 de l'Organisation Internationale du Travail
concernant la liberté syndicale et la protection du droit syndical de
prendre des mesures législatives portant atteinte — ou d'appliquer la
loi de façon à porter atteinte — aux garanties prévues dans ladite
convention.
L'OIT, quant à elle, a défini dans les Conventions internationales un
noyau dur censé représenter l'essentiel de ce droit. Elles constituent la
Déclaration relative aux principes et droits fondamentaux au travail. Ce
noyau est constitué par les conventions suivantes :
Liberté syndicale :
Convention (n° 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit
syndical, 1948 ;
Convention (n° 98) sur le droit d'organisation et de négociation
collective, 1949.
Abolition du travail forcé :
Convention (n° 29) sur le travail forcé, 1930 ;
Convention (n° 105) sur l'abolition du travail forcé, 1957.
Egalité :
Convention (n° 111) concernant la discrimination (emploi et
profession), 1958 ;
Convention (n° 100) sur l'égalité de rémunération, 1951.
Elimination du travail des enfants :
Convention (n° 138) sur l'âge minimum, 1973.
" Par la Déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux
au travail et son suivi, adoptée par la Conférence internationale du travail
le 18 juin 1998, l'ensemble des Membres de l'organisation, même lorsqu'ils
n'ont pas ratifié les conventions correspondantes, renouvellent leur
21
engagement à respecter, promouvoir et réaliser les principes concernant la
liberté syndicale et la reconnaissance effective du droit à la négociation
collective, l'élimination de toute forme de travail forcé ou obligatoire,
l'abolition effective du travail des enfants et l'élimination de la
discrimination dans l'emploi et la profession" (OIT, site Web).
L'OIT a déterminé un deuxième noyau dur appelé Conventions
fondamentales estimant que " de ces droits dépendent les autres car ils
sont nécessaires pour agir librement en vue de l'amélioration des
(OIT, site Web). Ces conditions individuelles et collectives de travail "
conventions sont les mêmes en ajoutant la Convention de 1999 (n° 182)
sur les pires formes de travail des enfants.
Le droit au travail d'après les textes de l'ONU et de l'OIT est
essentiellement un droit social et économique, le travail est considéré
exclusivement par rapport à l'économie, c'est " le moyen de gagner sa
vie " (cf. Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, art. 6,
1). Le point de vue culturel, dans le sens fort du mot, est étonnamment
absent.
Ce sens fort du mot — droit à être — comment l'exprimer ? Meyer-Bisch
(1993 : 22) l'a fait de manière claire : " S'il est vrai que la culture est un
travail sur la nature et que chaque culture permet d'atteindre de
l'universel — donc quelque chose de l'être de l'homme — alors le
déterminant culturel joue bien le rôle de ce qu 'on qualifiait de naturel. Il
a le même avantage de fournir un référent ontologique supra positif, mais
il ne laisse pas penser que ce référent soit connu de façon positive et
suffisante quelque part dans un parti, une nation ou une religion ; il se
contente d'en écrire des traces ou des sens universels de liberté. Il
présente la formidable audace du droit naturel, une foi dans l'universel
qui puisse être immédiatement un barrage absolu contre l'inhumain ,.
mais il laisse de côté son aspect non-critique facilement récupérable par
quelque dogmatisme que ce soit, violent ou tranquille : il convie la
communauté internationale à une écriture permanente. ".
La seule référence à la dimension culturelle du travail dans les textes
internationaux se trouve, à notre connaissance, dans la Déclaration de
Philadelphie de 1946 qui joue le rôle de Constitution de l'OIT. Dans cet
instrument, certaines affirmations peuvent être rattachées à une vision
culturelle du travail :
I. a) " Le travail n'est pas une marchandise ; (...)
22 II. a) Tous les êtres humains, quelle que soit leur race, leur croyance ou
leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur
développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité
économique et avec des chances égales ; 4
b) La réalisation des conditions permettant d'aboutir à ce résultat doit
constituer le but central de toute politique nationale et internationale. "
Le chapitre II considère le travail comme "facteur de progrès matériel et
mais l'accent de la Déclaration n'est pas de développement spirituel ",
mis sur cet aspect. Malgré ces références, la législation internationale de
l'OIT, en se centrant également sur les aspects sociaux et économiques,
reste trop focalisée sur le modèle " ouvrier ". Par conséquent, il reste à
définir le travail comme droit culturel. Dans la dernière partie de ce texte,
nous allons esquisser un agenda pour cette théorisation qui s'impose.
Un agenda pour définir le droit au travail
Depuis 1999, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels
(desc) des Nations Unies, organe de surveillance du Pacte relatif aux desc,
a délimité un cadre théorique pour cerner leur contenu précis, question
dont la difficulté n'échappe à personne (Coomans & Van Hoof, 1995 ;
Eide & Krause 1995) 5. Ce cadre a été développé par le Comité dans son
observation générale n°12, relative au Droit à une nourriture suffisante
(art. 11 du Pacte des desc) cf. § 1-20 (Nations Unies, Doc.
HRI/GEN/l/Rev. 4, 2000, p. 64-68) et complétée dans l'observation
générale n°13 sur le Droit à l'éducation (art. 13 du Pacte des desc)
(Nations Unies, Doc. HRI/GEN/1/Rev. 4, 2000, p. 74-91).
Dans ces documents, le Comité a surtout déterminé les obligations de
l'Etat selon une typologie proposée par Eide & Krause (1995: 21-40).
Ces obligations sont de trois types : respect, protection et plein
accomplissement du droit. Le Comité a également essayé de cerner le
noyau dur (Wesenskern) de chaque droit, ce qui doit être respecté de
manière absolue et donc ne peut pas être soumis à la progressivité prévue
par le Pacte dans l'application des desc.
Définir concrètement la teneur du droit au travail signifie, à notre avis,
répondre à trois questions :
4 Nous mettons en évidence par l'italique des éléments qui nous paraissent importants.
5 Il existe un long débat sur la justiciabilité de ces droits.
23 Qui sont les débiteurs du droit au travail (Etat, employeurs, société
dans son ensemble) ?
Quelle est la créance que je peux demander aux débiteurs ? En
particulier, quelle est l'action positive et l'action négative qui
peuvent être exigées de l'Etat — tout droit-créance demande une
action positive et négative — pour permettre l'exercice de ce droit ?
Déterminer la " créance " signifie en particulier connaître :
le noyau dur du droit au travail ;
les obligations de l'Etat (et des autres débiteurs) sur trois
niveaux : respect, protection et plein accomplissement.
Comment mesurer l'accomplissement du droit ? Etablissement d'un
système d'indicateurs susceptible d'évaluer l'accomplissement
progressif du droit. 6
Il nous faut maintenant esquisser une approche culturelle du droit au
travail. Avec Lacroix, nous avons résumé cette dimension culturelle du
signe d'inachèvement et obligation travail avec l'expression "
d'achever ". Les Conventions n'étant pas très explicites sur ces
caractéristiques culturelles du travail, nous avons retrouvé une
approximation à cette dimension dans la Déclaration de Philadelphie
lorsqu'elle définit en quelque sorte le travail comme moyen de "progrès
matériel " et de " développement spirituel ". Nous pensons qu'ici se
trouve le noyau dur du droit, d'après les textes : tout travail doit mener au
progrès matériel et au développement spirituel de la personne. Tout
manquement est une violation fondamentale de la dignité humaine car le
travail est le moyen premier d'identité, c'est-à-dire d'humanité.
Il est intéressant de relever à ce propos que les auteurs utilisent souvent le
mot " travail " pour parler de l'action culturelle. Ainsi Nordmann (1999 :
4) a affirmé que " la culture ne désigne pas une production de savoir " ex
nihilo ", mais un travail, marqué par la liberté humaine, sur un donné
qu'elle a vocation de conserver, mais surtout de développer, et à partir
duquel l'homme, animal culturel, va exercer son inventivité et sa capacité
à " faire du neuf" ". Le travail doit permettre une vie authentiquement
humaine, authenticité voulant dire ici accord avec la dignité humaine.
Mais il faut aller plus loin. Si travail est égal à existence humaine, priver
quelqu'un de travail signifie l'empêcher d'être ou de " s'achever "
(Lacroix), il s'agit ni plus ni moins d'un déni d'humanité. L'emploi — et
6 11 est très difficile d'évaluer le degré de réalisation d'un droit sans éléments de mesure. Ces
éléments sont les indicateurs (Turk, 1990 ; Femandez, 1997).
24
les efforts pour le promouvoir — revêtent alors une importance beaucoup
plus grande, nous passons d'exigences économiques à des exigences de
vie (humaine). En conséquence, l'emploi doit devenir la priorité absolue
dans le domaine socio-politique. C'est ce que semble suggérer la
Déclaration de Philadelphie : " b) la réalisation des conditions permettant
d'aboutir à ce résultat doit constituer le but central de toute politique
nationale et internationale".
Si nous regardons le droit au travail comme droit culturel, le travail —
tout comme l'éducation — apparaît comme " l'instrument des droits de
l'homme" (Meyer-Bisch, 1993), instrument permettant l'accès à
l'humanité, car il faut ici comprendre les droits de l'homme comme
synonyme de dignité humaine, comme ce que " doit " devenir l'être
humain. Ruyer dans sa Métaphysique du travail (1949) signale que la
liberté est essentielle dans le travail – elle subsiste même dans le travail
imposé — dit-il. Le travail est l'oeuvre de la liberté et la liberté est la
source de la dignité humaine.
Bibliographie
Arvon, 1-1. (1961). La philosophie du travail. Paris : PUF.
Auroux, S. (1990). Les notions philosophiques. Paris : PUF, vol. 2.
Commission européenne (1995). Livre blanc sur l'éducation et la formation. Luxembourg :
Commission européenne.
Coomans, F. & Van Hoof, F. (1995). The right to complain about economic, social and
cultural rights. Utrecht : SIM.
Eide, A. & Krause, C. (1995). Economic, social and cultural rights. Dordrecht : Marinus
Nijhoff.
Femandez, A. (1997). Vers la réalisation des desc. Genève : OIDEL.
Grimaldi, N. (1994). Cul es realmente el valor del trabajo ?. In D. Mele (Ed), Etica, trabajo
y empleo. Pamplona : IESE/EUNSA.
Institut Interdisciplinaire d'Ethique et des Droits de l'Homme (2000). Projet relatif à une
déclaration des droits culturels. Fribourg : Ed. Universitaires.
Kant, 1. (1980). Réflexions sur l'éducation. Paris : Vrin.
Lacroix, J. (1962). Le sens du dialogue. Neuchâtel : La Baconnière.
Mareijko, J. (1989). Le territoire métaphysique. Lausanne : L'Age d'Homme.
Marias, J. (1996). Persona. Madrid : Alianza Editorial.
Marx, K. (1937). Economie politique et philosophique. Paris : Costes.
25 Meyer Bisch, P. (1993). Les droits culturels, une catégorie sous-développée des Droits de
l'Homme. Fribourg : Editions Universitaires.
Nations Unies (2000). Document HRI/GENH/Rev. 4. Genève : Nations Unies.
Nordmann, 3.-D. (1999). Les droits culturels. Cours de l'Université d'Eté des Droits de
l'Homme (manuscrit).
L'Observateur de l'OCDE, OCDE (1999). Quel axe de réflexion pour les décideurs ?.
octobre.
Taylor, C. (1994). Multiculturalisme. Différence et démocratie. Paris : Flammarion.
Turk, D. (1990). Rapport intérimaire à la Sous-commission de la lutte contre les mesures
discriminatoires et de la protection des minorités. Doc E/CN.4/Sub. 2/1990/19. Genève :
Nations Unies.
26 Qu'est-ce que l'action dans une société d'apartheid
et d'esclaves ?
Marie-Claire Caloz-Tschopp
Université de Genève, Suisse
" Le chômeur est considéré comme un cafard, or un bon
cafard est un cafard mort. Mais ces bestioles résistent à la
bombe atomique".
Une femme au chômage en fin de droit, Journal suisse du
syndicat de défense des chômeurs en fin de droit (2000).
Introduction
Au moment où se tenait le colloque Education et travail — divorce ou
entente cordiale ?, j'apprenais la création d'un journal de défense des
chômeurs suisses qui s'est donné pour titre, La rage qui soulage, où j'ai
trouvé une métaphore qui a longtemps habité mes journées et mes nuits.
Par ailleurs, lors d'un voyage en France, je suis tombée par hasard sur un
article du Figaro Magazine parlant de la politique du travail et du
chômage. Je me suis inspirée de ces deux lectures pour réfléchir au thème
du colloque Education et travail — divorce ou entente cordiale ? à partir
de mon travail de recherche en philosophie. L'enjeu est celui d'une pensée
et d'une pratique de résistance, de création qui réfute le déterminisme et
un certain pessimisme ambiant.
La référence à La rage qui soulage à propos du chômage et à un cafard
qui glissait sous le texte en train de s'écrire m'ont conduite à explorer un
sentiment de l'ordre de la colère (Guillaumin, 1992: 219-239) et à filer
une métaphore qui m'apparaissait au premier abord sur le registre de
l'humour noir et qui a révélé peu à peu avoir un autre visage caché. Pour
pouvoir saisir à quelle question philosophique et politique en arrière fond
de l'éducation et du travail elle me renvoyait, j'ai dû faire un détour par
notre société d'apartheid (Monnier, 1988) en matière de politique
d'immigration et du droit d'asile et notre société d'esclavage
contemporain' en matière de politique du travail et du chômage. J'en suis
Dans le marché du travail, " il y a deux classes de personnel : d'un côté, les salariés
occupés selon les normes des Conventions collectives de travail qui jouissent de la liberté
contractuelle et du droit de donner leur démission tout en encourant le risque d'être peu à peu arrivée à formuler la question qui est le titre de ce texte: Qu'est-
ce que l'action dans une société d'apartheid et d'esclaves ?
Je fais une référence conjointe à deux domaines de la vie en société
considérés depuis le pays où j'habite — l'immigration, le chômage — en
suivant des chercheurs qui travaillent depuis plusieurs années sur ce qui
est commun à ces deux domaines 2. Précisons que mon propos n'est pas
d'analyser les politiques de l'éducation au regard du travail, mais plutôt de
dégager des contraintes qui pèsent sur elles de l'extérieur et dont il faut
tenir compte dans la mesure où elles influencent à la fois le cadre, la
définition de l'agir et du faire humain — praxis/poiésis — l'activité de
3. L'enjeu est pensée et l'imaginaire social-historique (Castoriadis, 1975)
d'expliciter un noyau commun, philosophique et politique, en arrière-fond
de l'éducation et du travail en rapport étroit avec l'action humaine et les
droits fondamentaux.
On aura compris que plutôt que de définir les clauses d'un éventuel
divorce entre l'éducation et le travail, je me propose de cerner un cadre,
des conditions, une essence qui leur sont communes. Considérée depuis
un lieu où l'on retrouve les exclus 4 ou ceux qui sont en passe de le
devenir, la trilogie " dignité-liberté-égalité " à la base des droits
fondamentaux, prend un visage plus concret en termes de désir sous les
peurs. En réfléchissant à des référents, nous pourrions utiliser un autre
terme plus précis, celui qui a été forgé par le philosophe Balibar dans une
lorsqu'il réfléchit à la " crainte des de ses oeuvres (1997), " l'éga-liberté "
masses " (crainte qu'elles éprouvent, crainte qu'elles inspirent, suivant le
licenciés. D'un autre côté, il y a les esclaves gui se voient dicter leurs salaires, leurs
activités professionnelles, leurs horaires, leurs jours de congé et leurs vacances par un
organe administratif. Dans le cadre d'une telle servitude, les salaires ne font évidemment
l'objet d'aucune discussion ou de négociation. La voie vers une société du travail à deux
vitesses — vers une inégalité décrétée par l'Etat — est ainsi préparée. Et personne n'a le
(Journal suisse du syndicat de défense des chômeurs en fin de droit, cran de s'y opposer"
2000: 1).
2 Voir les publications du Groupe de Genève (GGE) " Violence et droit d'asile en Europe ",
qui a reçu l'hospitalité de la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation grâce au
Prof. Pierre Dasen.
Précisons que lorsque je ne fais pas référence à une citation précise, mais à des concepts 3
fondamentaux d'un auteur que l'on retrouve dans son oeuvre, je cite son livre le plus
marquant en rappelant dans le texte son apport original, tout en renvoyant le lecteur au livre
cité dans la bibliographie.
Pour une approche critique du concept de " l'exclusion ", voir Soulet, M.-H. (1998).
Revue suisse de sociologie, 24 (3) : 431-L'exclusion : usages et mésusages d'un concept
458.
28 mot de Spinoza, dès lors qu'elles entreprennent de "faire l'histoire",
autour de la pensée et de la politique).
Je commencerai donc par revenir sur l'action humaine pour me poser
ensuite des questions à la lumière d'un postulat exploratoire sur l'identité
du cadre, de la dynamique, des principes en arrière-fond de la scène de
l'éducation et du travail, pour découvrir à quoi est dû le sentiment de rage
qui soulage et surtout ce que contient la métaphore du cafard. Qu'est-ce
que l'action humaine aujourd'hui, l'agir et le faire (la praxis-poiesis) et
quelles sont ses contraintes ? Dans quel régime/système politique se
situent l'éducation et le travail ? En quoi cela détermine-t-il le travail et
l'éducation ? Quels dilemmes la situation économique, politique,
culturelle d'aujourd'hui pose-t-elle aux politiques de l'éducation et du
travail et aux acteurs qui les mettent en oeuvre, ou y sont assujettis ?
A propos de l'action humaine aujourd'hui
" Pour nous autres syndicalistes, les gens qui travaillent ne
sont pas des animaux sauvages qui s'entretuent pour se
nourrir".
Syndicaliste de Comedia, Journal suisse du syndicat de
défense des chômeurs en fin de droit (2000).
L'action humaine concerne à la fois le travail, l'éducation et les droits
fondamentaux. Contrairement à ce que pourraient faire penser les
logiques de concurrence à l'oeuvre sur le marché du travail, " elle ne se
réduit pas à une activité d'animaux sauvages qui s'entretuent pour se
nourrir", me rappelait dans une conversation un syndicaliste travaillant
avec des chômeurs. L'action humaine est la praxis/poiésis des humains,
c'est-à-dire l'agir et le faire dans ce qu'ils ont d'humain. Les humains ne
sont pas humains parce qu'ils bénéficieraient d'une " nature humaine "
intangible. Ils sont, deviennent humains, précisément quand ils ont la
possibilité d'agir, de faire. Leur condition humaine est mutilée quand des
contraintes s'imposent à leur action et donc à leur liberté. L'action se
déroule dans le temps — l'histoire — et l'espace — la planète dans un
contexte de mondialisation — auquel appartiennent tous les humains de
par leur naissance durant leur vie jusqu'à à leur mort et même après leur
mort (modalités du culte des morts).
Les rapports entre praxis et poiésis, entre agir et faire, a montré
Heidegger après Marx, dénotent, comme le rappelle le philosophe du
29 travail, Vincent (1987: 89), une " soumission de l'action à des principes
organisateurs, à des systèmes de totalisation des étants et à des
cosmogonies figées ". L'action est contrainte dans une société
historiquement dominée par la technique dans ses développements en lien
avec la société industrielle et avec ceux plus récents de la société post-
industrielle capitaliste. On observe que la praxis/poiésis s'inscrit dans une
double rationalité, communicationnelle (Habermas) et instrumentale
(Marx, Heidegger, Arendt) qui se conjuguent en s'inscrivant dans une
même logique d'action et de pensée fermée, à tendance " ensembliste-
identitaire " (Castoriadis, 1975) qui nie ce qu'est réellement la création
humaine. On peut observer cela, par exemple dans des choix récents dans
la politique de la science vue comme modèle mythique de la pratique
réussie assurant le succès futur qui influe sur les choix des politiques
éducatives et aussi de l'immigration et du travail s .
Pour exercer l'agir, le faire, la praxis/poiésis, les humains occupent des
places, des positions, jouent des rôles différents dans des rapports de
pouvoir définis par une forme unilatérale du processus d'organisation
privilégié du politique : la domination. Or l'action humaine ne peut être
pleinement réalisée que si elle actualise la liberté, la spontanéité, la
relationnalité — la pluralité — de chaque individu, dans ses rapports à
lui-même et aux autres en permettant le processus fragile, imprévisible de
création de l'espace public (Arendt, 1983). L'action humaine concerne
chaque individu et l'ensemble des individus d'une société. Mais que
devient l'action des humains dominants et dominés et donc l'espace public
dans une société dominée par la technique, dans une société d'apartheid et
d'esclaves (place des étrangers, statut du travail, place des travailleurs
clandestins, des chômeurs, des chômeurs en fin de droit, marché du
travail à deux vitesses) 6 ? L'action humaine des dominants et des dominés
est tronquée comme est tronqué l'espace public par un processus régi par
la technique et le marché. Tant les dominés que les dominants, à des
places différentes, pris dans l'étau de la technique, perdent la richesse de
la substance de leur praxis/poiésis. La possibilité de l'action humaine des
dominés est de plus habitée par le mouvement de revendication
d'appartenance, de place, de statut, par des paroles d'amertume décrivant
l'exploitation de l'esclavage contemporain. Elle concerne le mouvement
5 Politique éducative dont on peut observer depuis quelque temps les effets contraignants sur
le système éducatif universitaire de formation et de recherche et aussi sur les systèmes
secondaires et dans une moindre mesure sur le système primaire.
6 Il faudrait aussi considérer la place des femmes dans la société.
Il suffit de lire les témoignages de chômeurs publiés dans La rage soulage (2000).
30 conflictuel d'une présence et d'une absence tronquées se conjuguant pour
pouvoir exister, vécues , en ce qui concerne les dominés, sur le mode
contient des d'une " double absence "8. L'actualisation de la praxis/poéisis
fantasmes " d'étrange dictature" catastrophique (Forrester, 2000), des
de hors-traces de mémoire historique de " sans " place, de " sans-Etat ",
droit transformable en acosmie (Caloz-Tschopp, 2001).
Lors donc que, pour comprendre ce que deviennent nos sociétés, on se
place dans la double perspective de l'histoire contemporaine du 20 e et du
21 e siècles et dans l'espace de la mondialisation, on assiste à des conflits
politiques et philosophiques où se conjuguent une crise du sens de la
société et une inégalité croissante, avec une peur sous-jacente. On voit se
juxtaposer l'augmentation de la richesse d'une minorité activiste mais non
active et un processus d'exclusion allant de la possibilité tout simplement
de vivre — avant même de pouvoir jouir du droit à l'éducation —, de
travailler, pour certains 9, en glissant du travail précaire au chômage, à
l'assistance, à l'invalidité et à la survie dans les pays dits " riches ". Dans
le conflit autour de l'action se jouent à la fois les interrogations sur le sens
et les transformations des liens dans l'inter-esse — l'espace public —
entre les humains et la nature et entre les humains entre eux. Du côté des
dominés, on voit, par exemple, des chômeurs de longue durée des sociétés
du " nord " se décrire comme des cafards qui ne deviennent de bons
cafards qu'en devenant des cafards morts. On voit des travailleurs
immigrés pris dans la ronde des permis, des requérants d'asile déboutés
transformés en " sans papiers ", en " sans-Etat ", non tant au sens du
concept juridique d'apatridie qu'au sens philosophique et politique d'une
absence d'appartenance politique et de protection de la vie, de la dignité et
de la liberté (Caloz-Tschopp, 2000a).
A première vue, la métaphore du cafard pour désigner la condition de
chômeur, qui renvoie à La métamorphose de Kafka, paraît noire avec la
référence à la mort et irréelle dans l'appel qu'elle contient à la survie dans
8 J'emprunte l'alternance présence-absence à Sayad, à qui j'aimerais rendre hommage ici,
quand il réfléchit aux illusions de l'émigré, aux souffrances de l'immigré, la migration étant
un signifiant, pourrions-nous dire, de ce que sont, de ce que deviennent, les rapports sociaux.
9 En Suisse, " le seco (Secrétariat d 'Etat à l'Economie) révèle qu'au niveau suisse, environ
un quart des chômeuses et chômeurs arrivés en fin de droit bénéficient de l'aide sociale ;
13% touchent en outre des prestations AI (assurance-invalidité) ou ont fait valoir leur droit
à l'AI. Les personnes au bas de l'échelle sociale sont aujourd'hui confrontées à une situation
dramatique, d'ailleurs largement ignorée par l'opinion publique et par les médias. La
nouvelle pauvreté, l'exclusion et la déchéance sociale qui menacent les personnes en fin de
droit ne cadrent guère avec l'image d'une économie florissante", Journal suisse du syndicat
de défense des chômeurs en fin de droit (2000).
31 une société de la guerre nucléaire. Que disent les statistiques ? Le
recensement fédéral suisse de 1990 (OFS, 1990) a fait état d'une
population résidante active de 3 621 716 personnes. Le taux des
chômeuses et des chômeurs enregistrés, bénéficiaires des prestations de
l'assurance-chômage, s'est développé comme suit : 1990: 0,5%, 1991 :
1,1%, 1992: 2,5%, 1993 : 4,5%, 1995 : 4,2%, 1996 : 4,7%, 1997 : 5,2%,
1998: 3,9%, 1999: 2,7%, avec une tendance permanente à la baisse
depuis le début de l'année en cours. Fin août 2000, le chiffre s'est élevé à
1,8%. Le chômage de longue durée (supérieur à un an) enregistre
également une évolution à la baisse. Cette tendance à la baisse
quantitative du chômage continue en 2001. On a l'impression que ce n'est
plus la fin du travail, mais la fin du chômage qui est programmée. Il
subsiste pourtant un noyau dur' qualitatif, autour des chômeurs en fin de
droit et des " disparus " du chômage, où l'image du cafard ressurgit. En
fait, la présence du cafard dans l'imaginaire du chômage renvoie à la
possibilité que perdure l'existence humaine. En quoi l'identité encore
incertaine du cafard dégagerait-elle la nature des liens entre le travail et
l'éducation ?
A propos du cadre de société
La tradition de la philosophie politique a décrit un certain nombre de
régimes politiques (tyrannie, dictature, démocratie, oligarchie, etc, ...). Il
s'agit d'identifier dans quel régime / système se situe le noyau dur où se
joue le lien entre éducation et travail. Dans quels régime(s) politique(s) et
quelles catégories philosophiques fondamentales concernant la vie
humaine s'insèrent l'éducation et le travail ? Comment sont définis,
classés, les travailleurs et les chômeurs, par exemple ? Que révèle une
telle catégorisation? Retrouve-t-on les mêmes catégories dans l'éducation
que dans le chômage et l'immigration, ou alors que révèlent les décalages,
les différences? Quelles souffrances, quelles résistances d'êtres humains
— qu'ils soient futurs travailleurs (étudiants), travailleurs, chômeurs ou
encore professionnels de l'emploi, du chômage, de l'éducation —
s'expriment au travers du vécu matériel concret de ces catégories ?
Qu'est-ce qui, au nom de la richesse infiniment ouverte de l'action
" Les chiffres officiels indiquent une diminution du nombre de personnes au chômage. Ils
sont trompeurs. Nous ne voyons que " l'essor économique " et oublions la ,fissure sociale
engendrée par la dernière récession. Depuis 1990, environ 280 000 personnes sont exclues
de l'assurance-chômage. Il s'agit de chômeurs et chômeuses " en ,fin de droit ". Leur
nombre augmente sans cesse. Cela signifie — pour beaucoup d'entre eux — le déclin social,
l'exclusion et la nouvelle pauvreté ", Journal suisse du syndicat de défense des chômeurs en
fin de droit (2000).
32