A LA PREMIERE

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Ceux qui fréquentent la Salle des Mots perdus viennent de cultures et de pays différents. Plus précisément de la marge de chacune de leur communautés, juive, chrétienne, musulmane, bouddhiste. L'auteur est volontaire permanente au sein du Mouvement International ATD Quart-Monde depuis 1980. Ses écrits sont le fruit de rencontres avec des personnes reléguées au bas de nos sociétés, familles méconnues et réduites au silence. Ce livre est une création libre, façonnée par plusieurs années de proximité avec ces personnes à Marseille.
Publié le : mercredi 1 janvier 2003
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EAN13 : 9782296307810
Nombre de pages : 188
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A LA PREMIERE

PERSONNE

Du même auteur: (( Clin d'oeil à l'ami Picasso)) , 221 p., Editions Quart-

~onde.. 1996.

MARTINE HOSSELET

A LA PREMIERE

PERSONNE

Rébecca et Sylvia

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2002 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-3575-4

Quelle parenté ont donc tous les
humains sans aucune distinction de race, de sexe, de condition (' ni homme, ni femme, ni Juif, ni Grec, ni maître, ni
la première es clave. . . '), lors qu'ils parlent personne? en vérité à

Marie BALMARt:

1.
La vieille femme faisait un raffut de tous les diables, assise à califourchon sur le toit. En équilibre sur l'arête d'une corniche, le dos appuyé à une haute cheminée, elle tapait l'un contre l'autre deux couvercles de casserole. Un rire fou la secouait de la tête aux pieds et couvrait par moments le grondement de l'orage qui approchait. Ses cheveux dénoués pendaient sur ses épaules en longues mèches grises; les premières gouttes de pluie larges et tièdes les collèrent une à une sur son front ridé. Par intervalles, entre les cris, elle tenait à perdre haleine de vibrants discours dans une langue inconnue; des soubresauts agitaient ses épaules comme pour repousser un fardeau invisible. Une chaleur intense s'éleva du sol mouillé. Là-haut sur le toit, elle se souleva, en équilibre instable; les couvercles dévalèrent la pente dans un tintamarre métallique. Des plis de sa longue jupe, elle sortit alors un fouet muni d'une fine lanière. Ses cris devinrent moins stridents, ses gestes moins saccadés et elle se mit à agiter le fouet dans le vide à ses pieds, de chaque côté de la pente, avec de grands yaaa, yaaa presque mélodieux. C'est qu'elle tenait en respect, derrière l'arête du toit, un troupeau d'animaux sauvages. Leurs longues crinières flottaient par moment si haut qu'elles venaient lécher les pieds nus de la vieille. Une force étrange sortait de cette femme tandis qu'elle levait son fouet au-dessus de ce pays invisible, remué par de sauvages chevauchées qui l'entraînaient à une cadence d'enfer. - 5 -

Tout à coup, un éclair jaune zébra le ciel sombre, déséquilibrant la vieille. Elle poussa un grand cri, laissant échapper le fouet, et bascula dans le vide sur le versant opposé du toit.. . Rébecca se réveilla en sursaut. D'une main fébrile, elle vérifia que le drap dans lequel elle s'était étroitemen t en tortillée l'enveloppait entièrement. Il n'avait pas bougé. Il était trempé de mauvaise sueur. Elle s'entraîna à contrôler sa respiration haletante; elle sentait l'air racler sa gorge sèche et tous ses membres étaient agités de tremblements qu'elle mit longtemps à contrôler. La mémoire lui revenait peu à peu. Ce lourd corps d'homme qui ronflait à côté d'elle, elle n'en reconnaissait ni les formes, ni l'odeur. Elle regardait le profil basané, la chevelure et la moustache noires, abondantes. Elle se le rappelait maintenant: cet homme avait été gentil avec elle, quand elle s'était écroulée de fatigue sur les escaliers de la gare SaintCharles. C'était longtemps après minuit et une petite brise agitait les larges feuilles des palmiers, apportant enfin un peu de fraîcheur sur son front brûlant. Il s'était approché d'elle et lui avait demandé si elle allait bien. Elle avait fait signe que, et alors qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire?.. C'est seulement qu'elle n'avait pas d'endroit où aller; son sac et toutes ses clés étaient restés Dieu sait où, à une des étapes de sa longue nuit. Il a dit: j'ai une chambre à l'hôtel devant la gare, viens. Dans un sursaut elle a dit, les hommes je vous connais, et j'ai pas envie de ça, j'ai mon Jules chez moi. C'est juste que j'ai pas mes clés et je suis même plus sûre de retrouver la maison. Mais lui a - 6 -

insisté, a juré la main sur le cœur; il a dit c'est dommage, t'es pas mal, mais qu'il n'était pas homme à forcer si elle ne voulait vraiment pas. Elle avait tellement sommeil qu'elle a fait confiance, elle l'a suivi, les chaussures à la main sur la moquette usée jusqu'à la corde de l'escalier, et la petite lueur des veilleuses du couloir lui a fait un bien fou dans la tête après les néons de la rue. Avant de se jeter sur le lit, elle a tiré le drap et sans ôter sa robe tachée, elle s'est roulée dedans si étroitement que bien malin s'il arrivait à l'en déballer, puis elle a dû sombrer dans un sommeil profond et la voilà qui revient seulement à elle, après ce rêve qui l'a laissée en sueur. L'homme se retourne pesamment et son souffle bruyant lui balaie le visage, il murmure quelques mots d'arabe et renifle un grand coup avant de replonger dans le sommeil. Elle attend un moment, immobile, puis se laisse glisser comme un paquet de linge sur le sol dans l'étroit passage sous la fenêtre entrouverte. Les rideaux sales et troués de brûlures de cigarettes s'agitent mollement sous l'effet d'un petit vent tiède. Le jour commence à poindre, des voitures descendent la place des Marseillaises en faisant crisser leurs pneus dans le virage. Elle s'y reprend maladroitement à plusieurs fois avant de dégager un bras, puis l'autre; elle sort les jambes, laisse glisser le drap et se retrouve debout, titubante. Les chaussures récupérées sous le lit, la main qui suit le mur, évite les cafards et les trous, longe l'interrupteur, saisit la clenche et la fait tourner doucement. . . Un dernier regard à l'homme qui ronfle dans la pénombre, elle pense, les arabes il y en a de bons, elle se retrouve dans le couloir. Au pied de l'escalier, la - 7 -

femme de ménage africaine gantée de rose ne s'émeut pas de son passage, habituée qu'elle est à ces allées et venues matinales. Rébecca traverse le hall d'entrée le plus rapidement que le lui permettent ses pieds gonflés, et elle sort de l'hôtel sans un regard pour le gérant qui sirote un verre de thé à la menthe avec quelques loin tains cousins algériens au milieu d'innombrables sacs remplis de toutes sortes de marchandises. A grands flots, l'eau gicle des bouches ouvertes le long des trottoirs par les employés municipaux qui lavent généreusement les rues. Une femme maigre douche ses pieds nus dans la rigole devant l'hôtel. Un long chèche déchiré lui descend jusqu'aux reins. Accroupie, elle s'en frotte maladroitement les pieds en marmonnant tout bas. Marseille se réveille. Rébecca jette un regard vers les fenêtres du premier étage d'un immeuble voisin. C'est trop tôt, pense-telle, avant de s'engager quand même dans la cage d'escalier vétuste dont les murs sont recouverts d'une peinture jaune sale. Des dizaines de fils électriques courent le long des plafonds et des murs, une odeur de légumes cuits et de semoule mouillée imprègne tous les étages, une vitre cassée à l'entresol laisse apparaître un coin de ciel qui vire franchement au bleu. Il va encore faire chaud pense-t-elle en appuyant longuement son doigt sur une sonnette dans le couloir du premier étage. Rien ne bouge. Elle redescend lentement, tâte sans conviction son poignet: quelle heure il peut être? ... On m'a encore volé ma
mon tre cette n Ult .. . .
.

,

- 8 -

Ce n'est qu'un petit trou dans ma poitrine,
Mais ily soujfle un vent terrible (..) C'est à gauche, mais je ne dis pas que c'est le cœur. Je dis trou,je ne dis pas plus, c'est de la rage etje ne peux rien.

J'ai sept ou huit sens. Un d'eux: celui
du manque.

Henri MICHAUX

21 juillet. Salle des Mots Perdus.

Si vous aviez eu ce rude bonheur de la rencontrer" vous le sauriez déjà. Elle le dit à qui veut l'entendre: son père était grand. Grand et fort, aussi loin qu'elle s'en souvienne. C'est lui qui lui a donné son nom, ce nom, et tout cet héritage dont parfois elle ne sait que faire. Il était grand et fort, avec une moustache rousse. Et des mains comme des battoirs, posées à plat sur la table le jour du shabbat, des mains qui devenaient plumes légères quand elles tournaient les pages des livres saints. Ce père qui lui remonte au bord des lèvres, un livre entier ne le contiendra pas. Elle le sait. Elle le sait, mais elle veut écrire quand même, parce que, comment survivre autrement? Elle veut écrire ici, dans cette grande salle, avec ceux qu'elle aime. Et qui l'aiment. Elle le dit haut et fort: mon père, d'abord, il voyageait - 9 -

beaucoup, il n'était jamais là. Oui, parfois, il était là, mais pas quand, petite fille craintive, elle l'atten dait. Un jour, quand l'histoire était encore toute droite, elle l'attendait, il devait revenir de voyage. Ce jour-là, il revenait d'Autriche, juste à côté de cette Allemagne de son enfance qui pèse si lourd sur son cœur. Il revint avec son poids et son odeur, sa moustache raide et courte, et il déposa sur la table les cadeaux qu'il apportait. Il sentait le dehors, le lointain, l'inconnu, et longtemps elle le regarda, lui, avant de regarder le cadeau. Lui, grand, fort, étranger. Lui qui connaissait le monde. La mère était derrière, avec la petite sœur. Elle ne sait plus s'il leur a donné des cadeaux à elles aussi. Oui, certainement oui, il n'oubliait personne. Et elle, elle regardait la main qui donnait. Elle en aurait oublié le cadeau. Son père: Alors, tu ne dis rien, petite Rivka? Tu n'ouvres pas? Elle avait ouvert, comme à regret, le petit paquet dur et ficelé serré. Le bon moment était passé, celui de la main qui se tend, avec le corps lourd de son père derrière. Le moment où il l'a regardée comme on regarde sa fille. Le cadeau, c'était une poupée tyrolienne en costume folklorique; jupe rouge sur un corsage blanc avec le caraco noir, et un tablier à carreaux rouges et noirs. Sur la tête, elle ne sait plus. . . L'image devient floue dans son souvenir. Sans doute la tête en Celluloïd dur était-elle nue, et les cheveux dessinés? Ou alors avec une coiffe? ...

- 10 -

Elle ne sait plus. C'est sa tête à elle, aujourd'hui, qui lui fait mal. Son père lui a montré comment remonter le mécanisme de la poupée danseuse, avec la clé qu'on entrait délicatement par une fente du tissu dans le dos rose, et qu'on tournait en posant les pieds bien à plat sur la table. Le ressort tendu, la poupée commençait à tourner sur elle-même dans sa jupe rouge, le vTisage impassible, puis les cheveux gravés dans le Celluloïd, le visage impassible de nouveau, les cheveux, le visage, les cheveux, le visage... le bord de la table, un dernier soubresaut, ... il l'aide à remonter le ressort, pas trop, sans forcer le mécanisme. La poupée repart pour quelques tours. . . L'image de la poupée lui est revenue au moment précis où elle descendait les trois marches qui séparent le couloir de la grande salle. Elle en mettrait sa main à couper: c'est exactement au pied du petit escalier qu'elle a repensé à son père, à elle petite, et au cadeau: cette poupée tyrolienne qui dansait sur place. C'est ce souvenir qui la fait vaciller. Elle n'est pas superstitieuse, pourtant l'autre matin, déjà à cet endroit de la salle, elle s'était renversé une tasse pleine de café brûlant sur les jambes. On le lui avait servi tellement chaud qu'elle s'était levée de table, malgré la fatigue de la nuit, pour aller jusqu'au robinet du fond, et laisser couler un peu d'eau froide sur le café. Mais elle n'était pas arrivée jusque là. Ses mains, brûlées par la chaleur à travers le plastique, avait laissé échapper le gobelet. Ça avait été - Il -

l'affolement, la course des autres vers l'armoire à pharmacie, le tulle gras en compresse. - Là, rien de grave, le pansement va vous soulager... Et elle, très gênée, répétait: - Je voulais le refroidir, il était trop chaud. Il m'a échappé des mains. Tous se sont empressés autour d'elle. Ils ont même fmi par en rire, et elle aussi. D'ailleurs, ils étaient tous d'accord pour dire qu'ils n'auraient pas dû boire du chaud, avec cette chaleur d'étuve qu'il faisait tout autour. Ce jour-là, Marseille ressemblait à une marmite bouillante où tout ce qui vit mijotait dans sa sueur. Un brouillard gris et lourd pesait sur la mer étale. Aujourd'hui, c'est pareil. Avec le mistral en plus, qui hurle comme un fou, et qui vous rend fou. Un feu de forêt a éclaté ce matin du côté de Septêmes les Vallons; en début d'après-midi, poussé par le mistral, il atteint Château-Gombert, à la limite des quartiers Nord. Plusieurs lotissements ont été évacués, ils l'ont dit à la radio. Les Canadairs jaunes et rouges exécutent depuis des heures leur valse lourde et lâchent face au vent des trombes d'eau, avant de piquer du nez vers le ciel puis de repartir vers la mer. En ville, depuis les fenêtres de la grande salle, au pied de la gare Saint-Charles, on voit le ciel brûlant et souillé des fumées épaisses venues du Nord, que le mistral, courant au four et au moulin, écarte du Vieux Port.

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Elle pense: le mistral fou qui joue avec le feu a remué le souvenir de son père, de son enfance en Allemagne. Son enfance, cette partie brûlante et souillée de son histoire, tapie au creux de son ventre, qui remonte parfois dans un hoquet jusque dans sa gorge sèche, et réveille la soif. La soif. Si on ne parlait que d'une seule chose, c'est de celle-là qu'il faudrait parler. Tout ce qui compte, tout ce qui pèse vient de la soif. A haute voix, elle dit: - Tu me comprends? Tu m'excuses? Je suis un peu vive dans mes propos et dans mes gestes. Tout ce qui me passionne me fait parler à vive voix. Ça ne veut pas dire que je ne cherche pas la paix. Seulement, ma vie, c'est comme un chemin de croix que j'ai fait à genoux, et ce n'était pas facile. Mais je l'ai fait. Elle baisse le menton sur sa poitrine. Le souvenir revient, plus précis. Quelques jours après le retour de son père et le cadeau de la poupée, ses cousins sont venus. Ils étaient de passage, avec l'oncle maternel, en route pour un de ces camps de jeunesse qui les rendaient arrogants comme des coqs, chaque été. En prévision de leur visite, elle avait emballé sa précieuse poupée de plusieurs bouts de tissu, et mise dans une boîte à chaussures, fermée comme une maison. Elle a glissé la boîte sous les branchages abandonnés dans un coin de la petite cour, et qui avaient servi à construire la cabane pour la fête de

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Soukkoth l'année d'avant. La poupée serait à l'abri de ses grands cousins qui l'effrayaient. Ils sont passés, ils parlaient une autre langue, ils ont envahi la petite cour de leurs jeux bruyants et rauques, ils ont vu la boîte. Eventrée, dépecée, mise à sac. Ils ont jeté la poupée par terre en se moquant d'elle dans leur langue. Une énorme vague de colère et de chaleur a envahi Rébecca, qui a pourtant ri, gauchement, pris sa poupée dans ses bras, et s'est enfuie vers son père. Et lui, après le départ des grands cousins, a seulement dit, avec un pauvre sourire et un air accablé: Le
Paradis, ma fille, n'existe pas. Oi; Rivka, ce qu'on te raconte à l'école! il ne faut pas croire

Ses doigts fatigués avaient laissé glisser jusque sous sa chaise le livre saint qu'il lisait tous les soirs, et il murmurait sans fm : Al vai;Al vaï.. . Son corps grand et fort, subitement tassé sur luimême, était celui d'un homme défait. De plus en plus souvent, le soir, quand la mère et les filles étaient couchées, elle l'entendait murmurer: Malheur, malheurà
celui qui se coupe de sa communauté. ..

A partir de ce moment, dans l'esprit de Rébecca, la visite brutale des cousins qui ne parlaient pas la même langue, la poupée malmenée, et la tristesse de son père se sont fondues dans une même défaite qui a éparpillé sa famille et fait basculer tous ses repères. Vous pourriez tout aussi bien dire: la guerre était entrée en elle. Silvia vient d'arriver dans la salle.

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Elle l'a vu la première, s'est levée, a ouvert les bras et l'a embrassé à pleine bouche, devant tout le monde. Elle a dit: - Mon Silvia, tu es beau comme un astre!

Il a repris haleine, a cligné des yeux avec un bon
sourire, s'est assis lourdement. Ses cheveux sont collés par la chaleur, il met les avant-bras sur la table et soupire d'aise: - Il fait bon ici. Après les fours à huit mille degrés. . . Et ces nuages de fumée sur l'autoroute Nord... Quel gâchis, depuis Septêmes, toute la garrigue part en fumée. . . Il est revenu en auto stop d'Aix-en-Provence-, où il nettoie les fours à ciment avec une équipe d'in térimaires. Elle crie: - Un verre d'eau fraîche pour Silvia! Il boit d'un trait. Puis il raconte le travail: vêtus d'un scaphandre, les ouvriers entrent dans les fours pour nettoyer les gravats. Il n'y restent pas plus d'une demi heure. Ils respirent reliés à des bouteilles au dehors. Les jeunes essaient, mais ne tiennent pas le coup. A midi, il ne peut rien avaler, son estomac est trop chaviré. Mais il est content, sa semaine est fmie ; fmies aussi les nuits dans les baraquements. - Reviens dormir dans mes bras, dit Rébecca. Elle lui caresse les tempes, avec un sourire gourmand. Lui: - Rien de nouveau à la maison?

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Elle:
-

Oh, la maison, toujours pareil... (Aux autres)

Dessiner, peindre, raconter, ça me plaît, mais le ménage, non. Quand on a passé comme moi tellement de temps à la rue, dehors ou dedans c'est pareil. Juste pour dormir. Et encore, quand Silvia n'est pas là... IlIa regarde en riant: - Toi, tu aimes peindre, mais moi, mon vrai métier, c'est peintre en bâtiment. J'ai appris avec mon père... Elle l'interrompt: - Toi, toi, ... tu sais ce que tu es ? ... Tu es un artiste de l'amour! Elle repasse la main sur ses tempes, dans sa barbe hirsute: - Et ces favoris, tu ne les tailles pas? On va croire que tu fais partie de la mafia. . . Petit, maigre et nerveux, Silvio regarde Rébecca, repousse son verre vide: - On y va, patronne? Sans hésitation, elle se lève aussi, rassemble ses cigarettes, son briquet, vérifie le contenu du petit sac qu'elle porte accroché à la taille. Elle lui prend la main. - Demain, je reviens, pour téléphoner au petit. Et toi, l'écrivain e, note bien tout ce que tu as entendu aujourd'hui, crie-t-elle encore par-dessus son épaule, avant de claquer la porte sur eux.

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