Abdou Diouf et l'Organisation Internationale de la Francophonie

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Abdou Diouf est élu Secrétaire général de l'Organisation Interntionale de la Francophonie lors du IXème Sommet de la Francophonie tenu à Beyrouth le 20 octobre 2002, succédant alors au diplomate Egyptien Boutros Boutros-Ghali. Ce recueil de textes montre à quel point Abdou Diouf est un infatigable défenseur de la langue française et des valeurs francophones comme l'attestent ses multiples déplacements s'inscrivant ainsi pleinement dans la tradition du "Poète-Président" léopold sédar Senghor.
Publié le : vendredi 1 septembre 2006
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EAN13 : 9782296155466
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Abdou Diouf
et l'Organisation Internationale de la Francophonie

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

2006 ISBN: 2-296-01338-4 EAN : 9782296013384

@ L'Harmattan,

Textes rassemblés par Lamine TIRERA

Abdou Diouf

et l'Organisation Internationale de la Francophonie

Discours, Allocutions, Conférences

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest
Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

KIN XI

de Kinshasa

- RDC

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 ) 2B2260 Ouagadougou 12

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen Déjà parus
Wilfrid DANDOU, Un nouveau cadre constitutionnel pour le Congo-Brazzaville, 2006. Augustin RAMAZANI BISHWENDE, Église-Famille de Dieu dans la mondialisation, 2006. Grégoire BIYOGO, Histoire de la philosophie africaine, 2006. Tome I : Le berceau égyptien de la philosophie Tome II : La philosophie moderne et contemporaine Tome III: entre la postmodernité et le néo-pragmatisme Mamadou Aliou Barry, Guerres et trafics d'armes en Afrique, 2006. Rudy MASSAMBA, L'Afrique noire industrielle, 2006. André-Hubert ONANA MFEGE, Les Camerounais et le général de Gaulle, 2006. André-Michel ESSOUNGOU, Justice à Arusha, 2006. Alexandre GERBI, Histoire occultée de la décolonisation franco-africaine, 2006. Nicolas METEGUE N'NAH, Histoire du Gabon, 2006. P.-C. BAKUNDA ISAHU CYICARO, Rwanda. L'enfer des règles implicites, 2006. J. TAGUM FOMBENO, L'action des syndicats professionnels en Afrique noire francophone, 2006. J. F. MAKOSSO KmAYA, L'information stratégique agricole en Afrique, 2006. M. ELOUGA, V. NGA NDONGO et L. MEBENGA TAMBA (eds), Dynamiques urbaines en Afrique noire, 2006. Djibril DIOP, Décentralisation et gouvernance locale au Sénégal, 2006. Camille KUYU, Les Haïtiens au Congo, 2006. Adama GA YE, Chine - Afrique: le dragon et l'autruche, 2006. Ali CISSÉ, Mali, une démocratie à refonder, 2006. Jerry M'PERENG DJERI, Presse et histoire au CongoKinshasa, 2006. Fériel BELCADHI, L'image de la Côte d'Ivoire dans le quotidien Le Monde, 2006.

A ALhousseynou, Backary Niouma, Almamy, Baïdy et Idrissa TIRERA...

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Lors du IXèmeSommet de la Francophonie, tenu le 20 octobre à Beyrouth, Abdou Diouf est élu Secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie (O.I.F.) et succède ainsi à Boutros Boutros-Ghali. Né le 7 septembre 1935 à Louga, Abdou Diouf débute ses études primaires et secondaires à Saint-Louis du Sénégal. Il entame ensuite des études juridiques à l'université de Dakar avant de les poursuivre à la Faculté de droit de Paris. Licencié en droit et en Sciences politiques et breveté de l'Ecole Nationale de la France d'Outre-Mer (ENFOM) en 1960, Abdou Diouf sort major de la dernière promotion de cette prestigieuse école. De retour au Sénégal, à 25 ans, il entame une carrière de haut fonctionnaire dans les administrations d'Etat-major en assumant successivement les postes de Directeur de la Coopération Technique Internationale, de Secrétaire général du Ministère de la Défense et de Gouverneur de la région du Sine-Saloum. Très tôt, le « Poète-Président» Léopold Sédar Senghor le repère et se rapproche de lui. Cette collaboration étroite dans les administrations au sommet de l'Etat permettra à Abdou Diouf d'occuper des fonctions stratégiques: administratives et politiques, en étant Directeur de Cabinet du Président Léopold Sédar Senghor en 1963. Désigné comme Secrétaire général de la présidence de la République en 1964, il occupe le portefeuille de ministre du Plan et de l'Industrie dans la période allant de 1968 à 1970. Mais le tournant décisif dans sa carrière politique a été sa nomination au poste de Premier Ministre en 1970. Suite à la démission du président Senghor, il devient président de la République du Sénégal le premier janvier 1981. Il fut reconduit dans ses fonctions lors des élections présidentielles organisées en 1983, 1988 et en 1993. L'alternance politique de mars 2000 a marqué certainement une date historique dans les annales de la démocratie sénégalaise; lors du deuxième tour de l'élection présidentielle, le président Abdou Diouf a reconnu sa défaite et la victoire d'Abdoulaye Wade.

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Le président Abdou Diouf a placé ses différents mandats sous le signe de l'approfondissement de la démocratie par l'instauration du multipartisme intégral, la mise en place d'une libéralisation progressive de l'économie avec les politiques d'ajustement structurel, la décentralisation, la recherche d'une politique diplomatique équilibrée. Sur ce dernier point, le Sénégal disposait d'atouts considérables: c'était l'âge d'or de la diplomatie sénégalaise à la fois au niveau régional et international. Ce n'est donc étonnant pour personne, de voir Abdou Diouf diriger les commandes de l'Organisation internationale de la Francophonie. D'ailleurs sa première fonction de haut fonctionnaire au Sénégal fut l'exercice du poste de Directeur de la coopération technique internationale avant d'être nommé Directeur de Cabinet au ministère des Affaires étrangères. Il a contribué à faire rayonner la voix du Sénégal sur la scèlle internationale. Ainsi de 1982 à 1986, le président Abdou Diouf a exercé les présidences de l'Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Gambie (O.M.V.G.), de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (C.E.D.E.A.O., de juillet 1991-juillet 1992), de l'Union économique et monétaire Ouest africaine (U.E.M.O.A.), de l'Accord de nonagression et de défense (A.N.A.D.), de l'Organisation pour la mise en valeur du Fleuve Sénégal (O.M.V.S), et de l'Organisation de l'Unité Africaine (O.U.A., de juillet 1985 à juillet 1986 puis de nouveau en 1992). Clé de voûte du système institutionnel francophone, le Secrétaire général donne à l'Organisation internationale de la Francophonie une Francophonie adoptée par la Conférence ministérielle de la Francophonie à Antananarivo, le 23 novembre 2005. Cet article a pour objectifs d'aider: « l'instauration et au développement de la démocratie, à la prévention, à la gestion et au règlement des conflits, et au soutien à l'État de droit et aux droits de l'Homme, à l'intensification du dialogue des cultures et des civilisations, au rapprochement des peuples par leur connaissance mutuelle, au renforcement de leur solidarité par des actions de coopération multilatérale en vue de favoriser l'essor de leurs économies, à la promotion de l'éducation et de la formation ».

dimension politique conformément à l'article 1er de la charte de la

Il

Conformément aux dispositions de l'article 6 de la Charte de la Francophonie, «Le Secrétaire général de la Francophonie préside le Conseil de coopération. Il est représenté dans les instances des opérateurs. Il dirige l'Organisation internationale de la Francophonie. Le Secrétaire général de la Francophonie est élu pour quatre ans par les chefs d'Etat et de gouvernement. Son mandat peut-être renouvelé. Il est placé sous l'autorité des instances. Le statut du Secrétaire général a un caractère international. Le Secrétaire général ne demande ni ne reçoit d'instructions ou d'émoluments d'aucun gouvernement ni d'aucune autorité extérieure. Il est responsable du Secrétariat de toutes les instances de la Francophonie, aux sessions desquelles il assiste. Il préside le Conseil permanent, dont il prépare l'ordre du jour. Il ne prend pas part au vote. Il veille à la mise en œuvre des mesures adoptées, dont il rend compte. Le Secrétaire général est le représentant légal de l'OIF. A ce titre, il engage l'Organisation et signe les accords internationaux. Il peut déléguer ses pOUVOIrs.

Le Secrétaire rend compte au Sommet de l'exécution de son mandat. Le Secrétaire général nomme le personnel et ordonne les dépenses. Il est responsable de l'administration et du budget de l'OIF dont il peut déléguer la gestion. Le Secrétaire général est chargé de l'organisation et du suivi des conférences ministérielles sectorielles décidées par le Sommet.» Sur ce registre, la charte lui dote de fonctions politiques et technIques. D'abord, concernant les fonctions de nature politique, l'article 7 de la charte énonce que « Le Secrétaire général conduit l'action politique de la Francophonie, dont il est le porte-parole et le représentant officiel au niveau international. Il exerce ses prérogatives dans le respect de celles du président en exercice du Sommet et du président de la Conférence ministérielle. Le Secrétaire général se tient informé en permanence de l'état des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l'espace francophone.

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En cas d'urgence, le Secrétaire général saisit le Conseil permanent et, compte tenu de la gravité des événements, le président de la Conférence ministérielle, des situations de crise ou de conflit dans lesquelles des membres peuvent être ou sont impliqués. Il propose les mesures spécifiques pour leur prévention, leur gestion et leur règlement, éventuellement en collaboration avec d'autres organisations internationales ». La deuxième catégorie de fonction du Secrétaire général relève du domaine technique et principalement de la coopération. Ainsi, aux termes de l'article 8 de la charte de la Francophonie, «Le Secrétaire général propose aux instances, conformément aux orientations du Sommet, les axes prioritaires de l'action francophone multilatérale. Il le fait en concertation avec les opérateurs. Il propose la répartition du FMU et il ordonne les décisions budgétaires et financières qui y sont relatives. Le Secrétaire général est responsable de l'animation de la coopération multilatérale francophone financée par le FMU. Dans l'accomplissement de ces fonctions, il nomme, après consultation du CPF, un Administrateur chargé d'exécuter, d'animer et de gérer la coopération intergouvernementale multilatérale, ainsi que d'assurer, sous son autorité, la gestion des affaires administratives et financières. L'Administrateur propose au Secrétaire général les programmes de coopération de l'OIF qui sont définis dans le cadre des décisions du Sommet. Il est chargé de leur mise en œuvre. Il participe aux travaux des instances. Il contribue à la préparation de la Conférence des organisations internationales non gouvernementales, ainsi qu'à l'organisation et au suivi des conférences ministérielles sectorielles décidées par le Sommet et confiées à l'OIF. L'Administrateur est nommé pour quatre ans et sa mission peut être renouvelée. Il exerce ses fonctions par délégation du Secrétaire général. Le Secrétaire général évalue l'action de coopération intergouvernementale francophone, telle que décidée. Il veille à l'harmonisation des programmes et des actions de l'ensemble des opérateurs directs reconnus. À cette fin, il préside un Conseil de coopération, qui réunit l'Administrateur de l'OIF, les responsables des opérateurs ainsi que de l'APF. Il exerce ces fonctions avec impartialité, objectivité et équité.

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Le Conseil de coopération assure, de manière permanente, la cohérence, la complémentarité et la synergie des programmes de coopération des opérateurs». Depuis l'élection d'Abdou Diouf à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie, le secrétaire général a inauguré diverses cérémonies, siégé dans les Conférences ministérielles et dans le Sommet suprême de la Francophonie, composé de chefs d'Etats et de gouvernement des pays ayant le français en partage, présidé le Conseil permanent, distingué et titré Docteur Honoris Causa etc. Toutes ces différentes manifestations ont constitué un temps fort de la vie du Secrétaire général et ont suscité une importante production de discours, d'allocutions, de conférences (Allocutions lors du Sommet de Beyrouth en 2002, Symposium portant sur le bilan de la mise en œuvre conférence ministérielle de la francophonie sur la participation du maintien de la paix (23 novembre 2005) sans oublier de souligner que la Charte de la Francophonie fut adoptée par la Conférence ministérielle de la Francophonie, le 23 novembre 2005 à Antananarivo). Ce travail de «codification» des discours, d'allocutions et des conférences d'Abdou Diouf fut pour moi un énorme plaisir en l'observant à travers ses diverses manifestations, depuis son élection au sommet de Beyrouth le 20 octobre 2002 jusqu'à la Concertation des ministres francophones du Commerce tenue à Hong Kong le 12 décembre 2005. Espérant que ce document sera utile aux étudiants, chercheurs, universitaires, diplomates et à tous ceux qui s'intéressent à la Francophonie et aux problématiques développées par le Secrétaire général, monsieur Abdou Diouf. Enfin, voilà qu'arrive l'année 2006, «Année Senghor ». La Francophonie dans son ensemble a décidé d'honorer le « Poète-Président» qui fut un des pionniers de cette grande aventure francophone. Il aurait cent ans cette année. Toute une série d'évènements est ainsi prévue pour rendre hommage à Léopold Sédar Senghor, l'Immortel.

de la Déclaration de Bamako (le 6 novembre 2005), 21ernesession de la

SOMMAIRE

INSTITUTIONS ET STRUCTURES DE L'O.I.F.

DISCOURS, ALLOCUTIONS, CONFERENCES

ANNEXES Annexe 1 : Les sommets de l'O.I.F. Annexe 2 : Les grandes dates de l'O.I.F. Annexe 3 : Etats membres Annexe 4 : Statuts et modalités d'adhésion Annexe 5 : Charte de la Francophonie adoptée à Antananarivo Table des Matières

INSTITUTIONS

ET STRUCTURES DE L'O.I.F.

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La structure

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Les instances

En plus de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement des pays ayant le français en partage, appelée Sommet, l'OIF s'appuie sur les travaux d'une Conférence ministérielle et d'un Conseil permanent. La Conférence ministérielle de la Francophonie La Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) se réunit entre les Sommets afin d'assurer la continuité politique. Les membres des Sommets y sont représentés par leur ministre des Affaires étrangères ou le ministre chargé de la Francophonie. Cette Conférence a pour mission de veiller à l'exécution des décisions arrêtées lors d'un Sommet et de préparer le Sommet suivant. En outre, elle recommande au Sommet l'admission de nouveaux membres et de nouveaux membres associés. L'Organisation internationale de la Francophonie s'appuie également sur les travaux et les recommandations de deux Conférences ministérielles permanentes: la Conférence des ministres francophones de l'Education (CONFEMEN) et la Conférence des ministres francophones de la Jeunesse et des Sports des pays (CONFEJES) et de Conférences ministérielles sectorielles. Parmi les conférences ministérielles francophones sectorielles, on peut citer: - la Conférence ministérielle sur la société de l'information (Rabat, 2003), -la Conférence des ministres de la Culture (Cotonou, 2001), - le Symposium sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l'espace francophone (Bamako, 2000), - la Conférence des femmes de la Francophonie (Luxembourg, 2000), -la Conférence des ministres de l'Economie et des Finances (Monaco, 1999), - la Conférence des ministres chargés des inforoutes (Montréal, 1997), - la Conférence des ministres de la Justice (Le Caire, 1995), - la Conférence des ministres de l'Enfance (Dakar, 1993), - la Conférence des ministres chargés de l'environnement (Tunis, 1991) et -la Conférence des ministres de la Culture (Liège, 1990). Le Conseil permanent de la Francophonie Le Conseil permanent de la Francophonie (CPF) est l'instance chargée de la préparation et du suivi du Sommet. Il est présidé par le Secrétaire général et composé des représentants personnels dûment accrédités par les chefs d'Etat ou de gouvernement membres des Sommets. Le Conseil permanent a notamment pour mission de veiller à l'exécution des décisions prises par la Conférence ministérielle, d'examiner et d'approuver les projets, de

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procéder aux évaluations des programmes des opérateurs, d'exercer un rôle d'animateur, de coordonnateur et d'arbitre, tant en ce qui concerne le volet politique et économique que le volet de coopération. Il dispose de trois commissions: politique, économique et de coopération.

L'opérateur

principal:

l'AIF

L'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF) a été fondée en 1970 sous l'impulsion de trois chefs d'Etat africains: Léopold Sédar Senghor du Sénégal, Habib Bourguiba de Tunisie et Hamani Diori du Niger. Elle développe des programmes de coopération dans cinq champs prioritaires: mise en valeur de la diversité culturelle et linguistique, paix, démocratie et justice, éducation, formation, jeunesse, développement et solidarité, insertion de la Francophonie dans la société de l'information. Sa principale mission est d'agir pour que les pays du Sud acquièrent les moyens de maîtriser le processus de leur développement et arrivent à générer leur propre dynamique par un développement humain et social durable et équitable. Par exemple, elle a à son actif plus de 200 centres de lecture et d'animation culturelle, 50 radios locales, 53 points d'accès à Internet pour les jeunes. L'AIF dispose de deux Instituts spécialisés: l'Institut francophone des nouvelles technologies de l'information et de la formation (INTIF) basé à Bordeaux et l'Institut de l'énergie et de l'environnement de la Francophonie (IEPF) basé à Québec (Canada-Québec). Elle s'appuie sur trois bureaux régionaux, à Lomé (Togo) pour l'Afrique de l'Ouest, à Libreville (Gabon) pour l'Afrique Centrale, à Hanoi (Vietnam) pour l'Asie-Pacifique.

Les opérateurs directs: AUF, TV5, AIMF, Université Senghor

Fondée en 1961, l'Agence universitaire de la Francophonie est une institution multilatérale qui soutient la coopération et la solidarité entre les institutions universitaires travaillant en français. Elle contribue au développement de l' enseignement supérieur et de la recherche, à la construction et à la consolidation d'un espace scientifique en français. L'AUF rassemble 535 établissements d'enseignement supérieur et de recherche dans le monde et 32 réseaux scientifiques multilatéraux. Elle met en œuvre des programmes scientifiques dans les domaines de la langue, du développement, du droit, des technologies de l'information et de la formation ouverte et à distance. Elle développe également des actions pour la mobilité scientifique et universitaire et pour l'appui à la recherche au Sud. L'action de l'AUF est coordonnée par 9 bureaux régionaux et plus de 31 implantations (antennes, campus numériques, centre d'accès à l'information, instituts de formation) répartis sur les cinq continents.

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Recteur: Madame Michèle GENDREAU-MASSALOUX Adresse: Agence universitaire de la Francophonie BP 400, Suce. Côte des Neiges Montréal, Québec - Canada H3S 2S7 Tél: 1 (514) 343 6630 Courriel : info@auf.org TV5 Avec plus de 147 millions de foyers recevant TV5 sur les cinq continents et 59 transporteurs satellitaires, TV5 offre, 24 heures sur 24, des regards croisés sur le monde. Seul vecteur télévisuel en langue française disponible dans la quasi-totalité des pays, et troisième chaîne au palmarès des télévisions internationales, TV5 propose huit signaux « régionaux}). Ses grilles (hors grille spécifique TV 5 Canada-Québec) offrent une vingtaine de rendez-vous quotidiens avec l'information ainsi que du cinéma, de la fiction, des émissions pour la jeunesse, des magazines témoignant de la diversité culturelle de ses télévisions nationales partenaires, des « spéciales 24 heures» en direct depuis des capitales et grandes métropoles du monde, du sport, des programmes sur les grandes causes. TV5, en liaison notamment avec le CIRTEF, produit ou diffuse plusieurs magazines originaux consacrés aux réalités du Sud ainsi qu'un journal quotidien consacré à l'Afrique, réalisé par CFI et l'AITV. Des « Maisons TV5 })ont en outre été lancées dans plusieurs pays de ce continent sur initiative locale pour un meilleur accès des jeunes téléspectateurs. Au-delà de l'antenne, le site Internet et/ou le télétexte de TV5 offrent, des informations sur les programmes, la météo, la chanson, la bourse et des jeux-concours. Les internautes ont également accès aux journaux télévisés TV5, à des dépêches d'actualité, à la collection TV5 {( Cités du monde », ainsi qu'à des outils pédagogiques pour l'apprentissage du français et à des conseils utiles pour les voyageurs. Président: Monsieur Jean-Jacques AILLAGON Adresse: TV5 19, rue Cognacq-Jay 75007 Paris Tél: 33 (0) 1 44 18 55 55 Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) http://apf.franphonie.org

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L'Assemblée parlementaire de la Francophonie, assemblée consultative de rOlF, est constituée de sections membres représentant 65 Parlements des Etats et Communautés francophones et de 9 observateurs. Elle participe à la mise en place et au renforcement des institutions démocratiques par l'adoption de textes transmis aux instances de la Francophonie, par l'organisation de missions de bons offices et de missions d'observation électorale. L'APF conduit des actions de coopération interparlementaire principalement en direction des parlements du Sud. Par exemple, le projet Noria aide les parlements bénéficiaires à mettre en place un système d'information (réseau informatique et Intranet) et à diffuser l'information parlementaire francophone. Secrétaire général parlementaire Monsieur Jacques LEGENDRE Adresse: Assemblée parlementaire de la Francophonie 235, boulevard Saint-Germain 75007 Paris Tél: 33 (0) 1 40 63 91 60

Les partenaires L'Organisation internationale de la Francophonie s'appuie également sur les travaux et les recommandations de deux Conférences ministérielles permanentes: la Conférence des ministres francophones de l'Education et la Conférence des ministres francophones de la Jeunesse et des Sports des pays et de Conférences ministérielles sectorielles. L'OIF travaille étroitement avec le Comite international des Jeux de la Francophonie en charge de l'organisation tous les quatre ans des Jeux de la Francophonie et le Forum francophone des affaires, réseau d'entrepreneurs francophones. La société civile Le 24 novembre 2004, soit quelques jours avant le Xe Sommet de la Francophonie qui a eu lieu à Ouagadougou les 26 et 27 novembre, la Conférence ministérielle de la Francophonie a adopté lors de sa 20e session, les nouvelles directives portant sur les relations entre l'Organisation internationale de la Francophonie et les organisations internationales non gouvernementales (OING), les organisations non gouvernementales (ONG) et les autres organisations de la société civile (OSC). Remplaçant celles adoptées en 1992, les nouvelles directives consolident un partenariat rénové entre la Francophonie avec les acteurs de la société civile, conformément à la volonté exprimée par les Chefs d'Etat et de gouvernement. Parmi les principales avancées, on peut noter: un élargissement du partenariat aux organisations de la société civile, la mise en place d'un seul statut octroyé aux OING et organisations de la société civile à vocation internationale selon des conditions rigoureuses, la participation du président du Comité de suivi aux travaux

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du Conseil permanent de la Francophonie en qualité d'observateur, la création d'un Répertoire des organisations souhaitant échanger des informations, etc. Ces évolutions ont permis une véritable dynamisation de la Conférence des OING qui regroupe depuis le 55e Conseil permanent de la Francophonie (30 juin 2005), 63 organisations de la société civile et représentent un relais indispensable entre l'action intergouvernementale francophone et les acteurs non étatiques. La 5e conférence des OING se tiendra les 12 et 13 septembre 2005 à Ouagadougou, à l'invitation des autorités du Burkina Faso.

Haut Conseil de la Francophonie
Présentation

Le Haut Conseil de la Francophonie est placé auprès du Secrétaire général. Il est chargé d'assurer une fonction de réflexion sur les tendances majeures de l'évolution de l'actualité ainsi que sur l'avenir qui s'en dégage à moyen et long terme pour la Francophonie. II. MISSIONS Le Haut Conseil de la Francophonie a pour missions essentielles: - d'alimenter la réflexion stratégique de la Francophonie, dans le moyen et long terme, notamment dans les domaines de la langue française et de la diversité culturelle, - de contribuer à l'observation des évolutions linguistiques au sein des États, gouvernements et organisations internationales, - de publier tous les deux ans, un rapport sur " l'état de la Francophonie dans le monde" incluant l'état du français dans les organisations internationales.

III. COMPOSITION

ET MODE DE DESIGNATION

Le Haut Conseil de la Francophonie comprend de trente à quarante membres qui sont des personnalités indépendantes, éveilleurs d'idées et ardents défenseurs de la langue française partout dans le monde. Les membres du Haut Conseil de la Francophonie sont désignés à titre individuel par le Secrétaire général. Le Secrétaire général informe de son choix les États et gouvernements dont relèvent les personnalités désignées. Les membres du Haut Conseil de la Francophonie sont nommés pour une période de quatre ans, renouvelable une fois.

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IV. FONCTIONNEMENT Le Haut Conseil de la Francophonie se réunit au moins une fois par an sur convocation du Secrétaire général de l'OIF qui en assure la présidence. Le Secrétaire général est assisté d'un Vice-Président qu'il nomme. Le Secrétaire général préside la réunion du Haut Conseil de la Francophonie. En son absence, la réunion est présidée par le Vice-Président. Des réunions thématiques peuvent également se tenir dans les mêmes formes. Le Secrétaire général de l'OIF propose l'ordre du jour des sessions du Haut Conseil de la Francophonie. Au cours de ses sessions, le Haut Conseil de la Francophonie adopte ses avis et recommandations par consensus. Des réserves peuvent être formulées. Le Secrétaire général organise le Haut Conseil de la Francophonie et en confie les tâches à un directeur. La durée du mandat du directeur, recruté selon les modalités de recrutement des membres du Cabinet, est limitée à celle du Secrétaire général. La gestion administrative et fmancière du Haut Conseil de la Francophonie est assurée par l'Agence intergouvernementale de la Francophonie conformément aux textes en vigueur.

DISCOURS, ALLOCUTIONS, CONFERENCES, D'ABDOU DIOUF, SECRETAIRE GENERAL DE L'O.I.F.

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Discours de Monsieur Abdou Diouf lors de son élection au poste de Secrétaire général de la Francophonie durant le IXe Sommet des Chefs d'Etat et de gouvernement des pays ayant le français en partage
Beyrouth, le dimanche 20 octobre 2002

Monsieur le Président du Sommet, Messieurs les Chefs d'Etat et de gouvernement, Mesdames et Messieurs le Chefs de délégation, Monsieur le Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, Mesdames et Messieurs, Votre confiance m'honore et m'engage. Je tacherai de la mériter en exerçant les fonctions de Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie avec le maximum d'ardeur, d'enthousiasme et surtout d'efficacité. Je tiens à remercier tout particulièrement le Président de la République libanaise, Monsieur Emile Lahoud, pour la chaleur de l'accueil dans ce Liban de l'intelligence, de la tolérance, de la liberté et de l'ouverture; ce Liban qui montre à la face du monde que des hommes et des femmes de religions et de cultures diverses peuvent se parler et dépasser les affres de la guerre. Vous me permettrez de dire ma gratitude au Président de la République du Sénégal, Maître Abdoulaye Wade, qui a bien voulu prendre l'initiative de présenter ma candidature et de la soutenir jusqu'à son aboutissement heureux. Je remplirai mes fonctions politiques, mes fonctions d'orientation et d'animation de la coopération multilatérale, telles qu'elles résultent de la Charte de la Francophonie. Je les exercerai pleinement et totalement, mais je les exercerai en chef d'équipe responsable et ouvert en travaillant dans un esprit de confiance, de transparence et de rigueur avec tous nos opérateurs. Je sais que Monsieur l'Administrateur de l'AIF, Monsieur le Président et Madame le Recteur de l'AUF, Monsieur le Recteur de l'Université Senghor, Monsieur le Président et Monsieur le Secrétaire général de l'AIMF, tout comme Monsieur le Président de TV5 sont dans les mêmes dispositions. Je n'oublie pas notre Assemblée des Parlementaires de la Francophonie, si remarquable dans son double rôle de gardien et de promoteur de la démocratie. La démocratie nous renvoie tout naturellement à la Déclaration de Bamako qu'il s'agit d'appliquer avec intelligence, persévérance et détermination pour faire de notre communauté francophone un espace d'excellence en ce qui concerne le respect des droits et libertés, la prévention et le règlement des conflits, la pratique de l'Etat de droit, la promotion et la sauvegarde des droits de l'Homme. Pour réussir pleinement ce travail passionnant mais considérable, je ne négligerai aucun concours. Les opérateurs doivent exercer pleinement leurs responsabilités,

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mais nous avons besoin de l'apport de toutes les composantes de nos peuples, en particulier des femmes et des jeunes, et bien sûr des OING. Nous nous battrons ensemble - et je m'y emploierai de toutes mes forces - pour la défense et le rayonnement de la langue française, en particulier dans les organisations internationales, pour la diversité linguistique et culturelle, pour le dialogue des cultures, thème de ce Sommet. Nous mènerons ce combat dans tous les domaines, en particulier dans la presse écrite, dans l'audiovisuel, dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication, dans l'éducation, dans la formation professionnelle et technique, dans l'enseignement supérieur et la recherche, dans le développement des industries culturelles. Je tiens à insister particulièrement sur l'importance que j'accorderai à l' enseignement du français, à l'enseignement en français dans tous les pays de l'espace francophone. A cet égard, j'attends beaucoup des Etats Généraux de l'Enseignement du français qui se tiendront prochainement à Abidjan. S'agissant toujours de la langue française, il faut veiller sur elle à l'ONU, dans ses institutions spécialisées, dans nos organisations continentales telles que l'Union européenne et l'Union africaine, dans les pays où elle est en voie de reconstitution, comme au Vietnam, au Cambodge ou au Laos. L'expérience de l'Alliance française avec ses 1200 comités à travers le monde peut être utile à cette francophonie particulière que nombre de pays appellent de tous leurs vœux pour s'enrichir. Il est heureux que la Fédération Internationale des Professeurs de Français soit désormais associée à l'Agence intergouvernementale de la Francophonie dans ce domaine si capital de l'enseignement du français, de l'enseignement en français. Mais la Francophonie est aussi un espace de solidarité entre pays du Nord et pays du Sud. La coopération économique pour le développement durable est au cœur de notre proj et. Le Président Chirac l'a dit avec pertinence: « Notre langue commune est porteuse de valeurs particulièrement nécessaires pour aborder le défi du développement durable... Il s'agit de faire en sorte que l'économie soit soumise à une loi supérieure imposant le respect de l'Homme, de l'Homme d'aujourd'hui et de l'Homme de demain, et donc de la nature. C'est l'éthique - une notion au cœur de I'humanisme dont les francophones se veulent porteurs. Il s'agit ensuite de faire en sorte que la richesse du monde soit mieux répartie. C'est la solidarité - un mot-clé en français ». On ne saurait mieux dire. Nous marcherons donc dans cette voie, sans faiblir, en soutenant tous les projets de développement nationaux, régionaux, continentaux, en particulier le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD) qui porte les espoirs de la partie la plus déshéritée de notre communauté, en préparant aussi avec beaucoup de sérieux notre prochain sommet de Ouagadougou sur le thème: « Francophonie et Développement durable ». Dès notre prise de fonctions, nous nous emploierons à resserrer les liens qui existent déjà avec les grands bailleurs de fond multilatéraux et bilatéraux en vue d'assurer avec plus de célérité et d'efficacité, le financement du développement. Les concertations entre nos Etats membres à l'occasion des grandes conférences mondiales seront renforcées.

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Dans cette dimension économique de la Francophonie, une attention particulière sera portée à la promotion de l'investissement privée, à l'intégration économique régionale et à la coopération décentralisée. Après avoir rendu hommage au très honorable Jean Chrétien, Premier Ministre du Canada, Président sortant de la Conférence des Chefs d'Etat et de gouvernement, pour l'intelligente autorité avec laquelle il a dirigé pendant trois ans notre Organisation, je voudrais dire à notre cher Boutros Boutros Ghali, Secrétaire général sortant, combien je suis fier d'être son successeur, lui qui a su donner une impulsion politique à la Francophonie, la rendre visible, lui qui a su prendre, pour soutenir la diversité culturelle du monde, l'initiative de rencontres avec les organisations représentatives des grandes aires linguistiques. Ce Sommet de Beyrouth sur le dialogue des cultures est un succès. La Francophonie vient de montrer au monde la voie de l'avenir, la voie de la mondialisation faite de paix, de solidarité et de justice. Comme le souligne la Déclaration de Cotonou, la Francophonie n'est pas l'uniformisation du monde, au contraire elle l'enrichit de ses différences par un dialogue fécond entre les cultures. En cela, notre Francophonie, tournée résolument vers l'avenir, est un humanisme, comme Senghor aimait à la qualifier - Senghor, le visionnaire, un des pères fondateurs de la Francophonie dont il disait: « La Francophonie est une volonté humaine sans cesse tendue vers une synthèse et toujours en dépassement d'ellemême pour mieux s'adapter à la situation et au monde en perpétuel devenir». C'est dire que, si la Francophonie a besoin de continuité, de consolidation des acquis, elle a aussi besoin de se remettre en cause, de progresser, de se renouveler pour être fidèle à nos idéaux de justice, de démocratie et de solidarité, pour être fidèle à nos pères fondateurs, pour faire rêver les jeunes. De ce difficile combat, j'engagerai toutes mes forces pour être digne de votre confiance.

Allocution de Monsieur Abdou Diouf, secrétaire général de l'OIF, à l'occasion de la cérémonie du nouvel an
Paris, le mercredi 15 janvier 2003 Permettez-moi, tout d'abord, de vous souhaiter la bienvenue ici, et de vous dire le plaisir qui est le mien de vous rencontrer et pour un grand nombre d'entre vous, de vous retrouver. Cette cérémonie, je souhaite qu'elle se déroule dans la convivialité, même si elle revêt à mes yeux une grande signification. Il s'agit pour moi, en tout premier lieu, de vous présenter mes vœux et de vous assurer de toute ma disponibilité au service de la Francophonie. Recevez donc, chers amis, tous mes souhaits de bonne et heureuse année pour vous-même et pour les vôtres.

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La Francophonie est une grande famille. Ce jour est une occasion pour en prendre pleinement conscience et pour associer, dans nos pensées de prospérité et de bonheur, toutes celles et tous ceux qui nous sont chers. Que l'année 2003 comble donc toutes vos espérances! Mais je sais que vous attendez, aujourd'hui, un peu plus de moi. Et je saisis donc l'occasion de cette rencontre amicale pour vous dire l'idée que je me fais de mon mandat de Secrétaire général de la Francophonie. L'Organisation internationale de la Francophonie, dont j'assume désormais la conduite, s'est affmnée sous nos yeux durant ces dernières années. Et j'ai moi-même très attentivement suivi et encouragé l'évolution qui s'est produite et qui fait désormais de l'OIF une Institution internationale connue et respectée dans le monde. C'est à mon prédécesseur et ami, Monsieur Boutros Boutros-Ghali, que nous devons ce succès remarquable. L'effervescence des idées, des programmes, des initiatives, des projets qui a caractérisé la période récente doit être, à la fois, amplifiée et canalisée. Au nom de l'efficacité et de l'idée exigeante que nous nous faisons de notre mission, il faut l'inscrire au plus près de la réalité et des besoins de tous les peuples qui composent la Francophonie. Car je veux, avant tout, une Francophonie concrète, une Francophonie utile. Pour cela, je réaffmnerai très fortement l'unité de la Francophonie et de son action. L'Organisation internationale de la Francophonie s'appuie sur ses opérateurs. A côté de notre opérateur principal, l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie, nous comptons, nous le savons bien, des opérateurs directs dont les responsables, que je connais et que j'estime, sont ici rassemblés autour de moi. Chacun a son mandat. Chacun a sa mission. Chacun poursuit des objectifs spécifiques. Mais, tous, aussi, sont au service d'une même politique, d'une politique que je dois incarner en tant que Responsable de l'animation de la coopération multilatérale francophone pour reprendre les termes mêmes de notre Charte. Et dans cette perspective, je compte donner au Conseil de coopération une place essentielle. Car il faut, avant tout, pour des raisons de cohérence, d'efficacité et de visibilité, éviter les séparations et les distinctions artificielles. Dans mon esprit, il n'existe pas de distinction entre politique et coopération. Car la coopération n'est rien d'autre que l'expression opérationnelle d'une politique générale. Celle-là même qui correspond à ma mission et que je vais mettre en œuvre. Le Sommet de Beyrouth fut assurément politique. En donnant à la culture une défmition plus large que celle communément admise et en la liant aux droits de l'Homme, à la démocratie et la paix - retenant en cela les leçons de Senghor, les Chefs d'Etat et de gouvernement nous ont tracé à Beyrouth la voie à suivre. De la même manière, notre action et notre réflexion sont indissociables. C'est ainsi que l'ensemble de nos programmes s'inscrira désormais dans une stratégie décennale rythmée par des programmes quadriennaux. C'est le meilleur moyen de donner cohérence à nos actions et de mettre l'ensemble de nos activités au service d'objectifs nettement définis, clairement évaluables et surtout durables. Ces objectifs doivent tourner autour d'une seule idée. Une idée simple, mais une idée forte. Une idée qui fait l'essence même de notre Organisation: la promotion de l'espace francophone en tant qu'espace de solidarité:

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Etats et gouvernements que dans les Institutions internationales, universelles, régionales et sousrégionales, - Car cette langue commune est le ciment de la Francophonie. Défendons-la dans les enceintes internationales; - exigeons le respect de son statut; - veillons sur elle, dans l'espace francophone où elle est en situation de multilinguisme et où, langue d'enseignement, elle conditionne les performances de nos systèmes d'éducation. Je compte susciter le débat dans cette direction. Et j'attends beaucoup des Etats généraux de l'enseignement du français en Afrique qui se tiendront à Libreville le 20 mars prochain, mais aussi des réflexions du Conseil consultatif ainsi que de l'expertise des opérateurs qui, chacun dans son domaine, participent à cette action. Et je fonde beaucoup d'espoir, pour nous soutenir, sur les grandes organisations internationales. C'est fort de cette conviction que je veux dégager trois grandes priorités qui résultent des décisions prises à Beyrouth et qui s'imposent à moi. Je les résumerai simplement par un triptyque: -Formation et Education -Démocratisation - Concertation. La formation prise dans toutes ses fonctions et à tous les niveaux, est la vocation majeure de notre Institution. Elle traverse tous les programmes de la Francophonie. En tant qu'Africain, je sais, mieux que quiconque, la place qu'elle doit tenir au service du développement de nos Etats et de nos peuples car « l'espace francophone » est encore, trop souvent, un espace où perdurent analphabétisme et pauvreté. Ma seconde priorité concerne la démocratisation, la paix et le développement. L'un ne va pas sans l'autre. J'ai suivi, avec la plus grande attention, le processus d'élaboration de la Déclaration de Bamako que je veux mettre en œuvre comme me l'a recommandé le Sommet de Beyrouth. Mais je veux aussi insister sur le fait que la démocratisation n'a pas seulement une dimension institutionnelle, politique et électorale. La démocratisation n'est-elle pas le préalable à la disparition de conflits de toute nature, à l'instauration d'une paix durable dans les cœurs et les esprits? Le continent africain est en proie à des déchirements qui peuvent engendrer des catastrophes épouvantables. La Francophonie se doit d'apporter sa contribution à l'établissement de la paix, notamment en Côte d'Ivoire. Nous allons travailler ensemble sur le développement durable, thème du prochain Sommet de Ouagadougou. Nous travaillerons par la même occasion sur l'économie en Francophonie. C'est un espace à bâtir avec vigueur et détermination je compte y consacrer beaucoup d'énergie en raison des grands enjeux qui s'y attachent. Mais la démocratie a aussi, nous le savons bien, une dimension culturelle. C'est dans cet esprit que nous devons nous attacher à encourager la création. Soutenir les artistes et les créateurs dans les pays en développement ou en transition, c'est aussi

- Solidarité autour d'une langue et des valeurs qu'elle porte, - Solidarité qu'il faut encourager aussi bien au sein de nos

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aider la démocratie et la paix à s'épanouir et à s'affmner. Là encore, je compte mettre en œuvre des initiatives pour que la Francophonie puisse pleinement libérer sa créativité et son talent. J'ai dit, enfm, que ma dernière priorité allait à la concertation. Elle est un élément central de la démarche multilatérale. La concertation, c'est à mes yeux, tout d'abord, une concertation au sein de l'espace francophone. J'allais dire, entre nous. Entre les Etats et gouvernements à l'intérieur de nos Instances. Entre chaque membre de l'OIF et le Secrétaire général. Mais aussi avec tous les acteurs de la société civile qui sont souvent les artisans et les militants les plus dévoués de notre cause. La concertation doit aussi s'exercer en vue de la préparation des grandes conférences internationales. Il ne s'agit pas, ici, d'avoir la naïveté de penser que, partageant la même langue, nous avons la même opinion sur tout. Mais nous devons saisir l'occasion de ces rencontres mondiales, conduites pour la plupart sous les auspices des Nations unies, pour aider chaque membre de la Francophonie à y participer de la meilleure manière. Pour rapprocher nos points de vue. Pour affmner nos valeurs communes. Pour prendre des initiatives conjointes. La place de la Francophonie dans le concert international est un enjeu qui me tient naturellement à cœur. La démocratisation des relations internationales aussi, elle se confond avec cet humanisme de différence que nous vivons ensemble dans la Francophonie. C'est dans la même perspective que je veux encourager les concertations avec les autres aires linguistiques. C'est un autre aspect de la diversité culturelle. Un grand pas a déjà été franchi dans ce domaine ces dernières années. Ensemble, nous devons maintenant tirer de ces rencontres les leçons qui s'imposent. Non seulement en nous informant de nos projets, et en échangeant nos initiatives, mais aussi en faisant prendre conscience, par nos pratiques respectives, de l'importance du plurilinguisme dans le monde global qui est désormais le nôtre. Mes Chers Amis, Je m'en voudrais de prolonger mes propos. Mais si j'ai tenu, devant vous, à réaffmner ce qu'est pour moi la solidarité francophone, et quelle importance je lui donne, c'est parce que, bien sûr, c'est ma mission et je veux la remplir pleinement et efficacement. Mais c'est aussi, et chacun le sait, parce que la Francophonie est un élément essentiel de ma vie. Chacun comprend que c'est au Président Senghor que je pense présentement. C'est sous les auspices de ce nom illustre que je voudrais inscrire le mandat de Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie qui vient de m'être confié et pour lequel j'attends l'aide et l'appui de chacune et chacun d'entre vous. Merci de votre présence et de m'avoir prêté votre attention. Une fois encore, tous mes vœux pour l'année qui commence.

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Allocution de Monsieur Abdou Diouf, secrétaire général de l'OIF, à l'occasion du 25e colloque international de l'Alliance française
Paris, le jeudi 30 janvier 2003 Monsieur le Président de l'Alliance Française, Mesdames, Messieurs les membres du conseil d'administration, Monsieur le Secrétaire général, Madame le Recteur de l'Agence universitaire de la Francophonie, Mesdames, Messieurs les Présidentes et Présidents des Alliances, Mesdames, Messieurs, Chers amis, Je voudrais tout d'abord vous dire l'intérêt et l'immense plaisir que j'éprouve à me trouver en présence des présidentes et présidents, délégués généraux, directeurs, directrices, conseillers et fonctionnaires, représentant, à ce 25e colloque international, les Alliances françaises dans quelque quatre-vingt pays à travers le monde. Je voudrais ensuite vous remercier, monsieur le Président, de l'insigne honneur que vous me faites en m'invitant à prendre la parole à votre réunion annuelle. Permettez-moi d'associer à ces remerciements l'équipe qui vous entoure. La langue française fait partie, avec l'enseignement, des domaines privilégiés de la Francophonie. Le français n'est-il pas langue d'enseignement en Francophonie? Il en est en tout cas le ciment. Il faut donc le maîtriser pour que nos jeunes et toutes nos populations comprennent le pourquoi et le comment de nos programmes de développement, de nos disciplines économiques, pour qu'ils contribuent à la promotion de la diversité culturelle, pour qu'ils s'approprient la démocratie, les droits de l'Homme et se trouvent à la pointe du combat pour la paix. C'est ce militantisme de terrain ancré dans le quotidien et le réel que je voudrais valoriser et c'est à la jeunesse francophone que je confie le soin de donner vie à cet idéal que porte en elle notre langue commune. Vous, que l'Alliance Française a mis en contact, en 2002, avec 350 000 jeunes et adultes habitant dans 129 pays, vous, qui animez un réseau de 1065 associations de droit local, vous, qui employez, pour une meilleure intégration de l'Alliance dans vos milieux de travail, des femmes et des hommes originaires des pays d'accueil, en vous disant l'honneur que vous me faites de m'écouter, permettez-moi de solliciter votre expérience, votre savoir et votre savoir-faire plus que centenaires. C'est à des femmes et à des hommes comme vous que revient, à travers vos enseignements, la charge d'expliquer la Francophonie aux jeunes et aux moins jeunes. A tous ces jeunes qui ont la volonté de savoir ce que renferme cette langue qui a pris la responsabilité de l'universel. L'heure est à la mondialisation. La Francophonie en est une et doit en donner un meilleur visage. Je ne vois pas pourquoi il faudrait toujours distinguer la Francophonie des Sommets de la Francophonie d'appel. Il y a une parenté forte entre les deux: c'est le français. Nous devons tous unir nos efforts pour maintenir à sa place la langue française, pour qu'elle reste une langue mondiale, pour qu'elle continue de véhiculer la culture française et la culture francophone. C'est le monde qui en a

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besoin et vous êtes des faiseurs de Francophonie. René Cassin, l'auteur inspiré de la Déclaration universelle de Droits de l'Homme de 1948, ne disait-il pas: « La langue française est un ferment de civilisation et de liberté» ? Vous avez aussi compris que la validité de nos systèmes d'enseignement dépend étroitement de la langue d'enseignement et que, en contact avec les langues de l'espace francophone, le français a tout à gagner à former avec elles un partenariat pédagogique profitable à tous et surtout à l'enfant. « Installez confortablement l'enfant dans sa langue maternelle, il aura accès plus facilement à une langue seconde », en l'occurrence le français, disait Léopold Sédar Senghor. L'expérience malienne de pédagogie convergente répond dans une certaine mesure au but recherché. Le Sénégal pourrait s'en inspirer. Mais la transposer telle quelle ailleurs serait imprudent, les situations linguistiques n'étant pas les mêmes partout. Dans d'autres contextes, l'Alliance Française poursuit un travail intéressant. L'ajustement structurel a contraint nombre de nos pays à faire des économies et ce sont, entre autres, les budgets de l'éducation qui en ont fait les frais. Il s'en est suivi des phénomènes de déscolarisation qui n'ont pas échappé à l'Alliance. L'action qu'elle conduit, sur ce plan, à Djibouti et à Madagascar doit être observée avec attention. Sur un plan plus général, l'enseignement du français en Francophonie me préoccupe. Aussi, sont-ils d'une grande importance, ces Etats généraux qui vont se tenir à Libreville au mois de mars sur le sujet. Il serait utile que vous puissiez exploiter les résultats de cette rencontre capitale à plus d'un titre. Enseigner le français c'est à coup sûr « fabriquer de la Francophonie». Créer un environnement propice à son épanouissement, produire des évènements culturels, c'est la consolider, c'est avoir envie de la découvrir. L'exposition de l'Alliance franco-sénégalaise de Dakar sur « Le français dans tous ses états» a connu un grand succès. Les manifestations qui ont eu lieu à l'Alliance de Paris autour du Sénégal et de l'Ouganda donnent la mesure de la volonté d'ouverture de l'institution. Les rencontres et les débats que les Alliances françaises organisent dans les pays du Commonwealth, dans les pays arabes, dans les pays hispanophones et lusophones diffusent la pensée française et francophone dans le monde. L'Alliance de Madrid convoque des auteurs africains sur la littérature itinérante africaine, tandis que celle de Madras réunit dans un colloque des scientifiques français et indiens, l'habitude s'est désormais établie de voir les Alliances célébrer à travers le monde la semaine de la Francophonie. L'Alliance française est un réseau en croissance en France. L'Alliance de Paris est aujourd'hui la plus grande école de français du monde (en 2002, 13000 étudiants venant de 164 pays). Lyon, Toulouse, Nice, Bordeaux, Rouen ou Marseille, accueillent près de 6000 étudiants. L'Alliance Française est aussi en croissance en Inde (30% d'augmentation en 2002 avec un effectif de 25000 étudiants), en Chine (20% d'augmentation annuelle) où à la suite des Alliances de Hong Kong et Macau, se sont créées sur le continent celles de Pékin, Shanghai, Canton et Wuhan, avec un étonnant succès (plus de 10000 élèves) et plus récemment celle de Nankin.

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En Russie, l'ouverture, après Saint-Pétersbourg, des Alliances de Samara, Rostov/s/le Don, Ekaterimburg et Nijni Novgorod renforce le réseau dans un pays où la langue et les études françaises ont toujours eu droit de cité. Chine et Russie constituent un enjeu d'importance pour l'Alliance. Sur le continent américain, les Alliances du Mexique, du Brésil et du Pérou dépassent, chacune, les 30000 étudiants par an. On peut aussi citer pêle-mêle des progrès en Grande-Bretagne, en Afrique du sud, en Australie, en Ukraine et en Pologne, à Cuba ou en Ethiopie. Je salue, d'autre part, l'activité intense de la fédération américaine de l'Alliance. Bien sûr, immergée dans les pays d'accueil, chaque Alliance épouse les aléas sociaux et politiques du pays hôte, avec la neutralité d'opinion qui doit être la sienne, mais dans une complicité de cœur. Aussi, certaines, en Argentine et au Pakistan, ontelles connu des difficultés qui n'ont rien d'irréversible. Elles seront bientôt réactivées. Le contact de l'Alliance avec toutes les langues et les cultures du monde répondent parfaitement aux objectifs de diversité culturelle et linguistique de Beyrouth. Que valent à l'Alliance Française ce prestige et ce succès? D'abord le soutien des autorités françaises qui lui fournissent les moyens de sa politique. Il est naturel que ce soutien vienne de la France dont notre langue commune est originaire. Il est normal qu'en retour l'Alliance fasse la promotion de la langue et de la culture françaises. Il y a plus: libérée de toute vocation impériale, la langue française apparaît à nombre d'étrangers et à nous-mêmes comme un recours pour conserver au monde sa diversité et favoriser la liberté de la pensée. Nous l'avons en partage avec vous. Non seulement, nous en faisons une langue de culture, mais aussi une langue utile. Et l'on serait avisé de faire ressortir la dimension économique et sociale de la Francophonie et d'engager des actions concrètes dans ce sens. L'intégration régionale africaine devrait nous en fournir l'occasion dans des secteurs où le savoirfaire de la Francophonie pourrait se manifester; l'expertise francophone commence à s'imposer; il faut poursuivre dans cette voie, en particulier pour accroître l'efficacité de nos négociateurs aux grandes réunions mondiales portant sur le commerce, le développement durable, l'environnement, l'information; la formation aux métiers de la culture - ils sont nombreux et variés - est un préalable indispensable à la création d'industries culturelles. A ce propos, j'ai l'intention d'en faire un axe de ma politique économique et sociale. Ces industries répondent parfaitement à l'idée que je me fais d'une Francophonie utile. Elles font appel aux ressources de l'esprit; elles concernent des secteurs de l'activité humaine qui correspondent aux programmes de la Francophonie; elles valorisent son image et, du même coup, celle de chacun de nos pays; elles ne vont pas sans une utilisation accrue des nouvelles technologies de communication; elles supposent la création d'entreprises petites et moyennes, donc d'emplois. C'est l'économie de l'immatériel, mais c'est également le triomphe du culturel qui retrouve un second souffle. L'Agence de la Francophonie ne s'y s'est pas trompée qui a monté un mécanisme de garantie en faveur de tous ceux qui voudraient devenir des entrepreneurs culturels. Des succès en Francophonie du Nord

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nous invitent au Sud à suivre ces exemples. Ils nous apprennent que les industries culturelles sont incontestablement génératrices de richesses. Mais, chers amis, vous n'êtes pas sans connaître toutes ces réalités et potentialités francophones. Je voudrais vous redire ma volonté de les consolider et de lancer des expériences avec l'aide de tous. Avec la vôtre en particulier. L'Alliance a cet avantage d'être en relation avec les sociétés des pays dans lesquelles elles s'intègrent, en particulier avec les jeunes. Nous ne pouvons, à l'OIF, que trouver en vous cette complémentarité que nous offre la langue française. Je vous remercie de votre attention.

Allocution de Monsieur Abdou Diouf, secrétaire général de l'OIF, à l'ouverture du 28e Congrès organisé par l'Institut international de droit d'expression et d'inspiration françaises (IDEF) sur le thème « Justice et droits de l'Homme »
Paris, le jeudi 06 mars 2003

Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Président de l'IDEF, Excellences, Mesdames, Messieurs, Je voudrais, tout d'abord, vous dire le plaisir qui est le mien d'être ici aujourd'hui parmi vous, et de participer, en aussi brillante compagnie, à la séance d'ouverture du 28ème Congrès de l'Institut international de droit d'expression et d'inspiration françaises. Depuis bien longtemps, je suis les travaux de l'IDEF, qui s'inscrivent, naturellement, dans la logique de la Francophonie et de l'action que poursuit notre Organisation internationale. Tant il est vrai que le droit est, pour tout francophone, la base même de l'incarnation de la solidarité et de la justice. Je souhaite donc, plus que jamais, que l'IDEF renforce ses liens avec nous. Et qu'il puisse inscrire, toujours davantage, ses importantes réflexions dans le cadre de l'action générale que nous poursuivons au service de la Francophonie. C'est dans cet esprit que je veux comprendre le choix de votre thème et votre volonté de vous consacrer à la subtile dialectique qu'entretient, depuis l'origine, la justice avec les droits de I'Homme. Je dis « depuis l'origine» car il me semble bien que c'est, tout d'abord, par l'histoire que l'on peut comprendre l'enchevêtrement entre ces deux notions. La justice a conquis, dans les conditions difficiles que l'on sait, son indépendance par rapport au pouvoir exécutif. Dans le même temps, les droits de l'Homme ont acquis leur autonomie, aussi bien dans l'ordre juridique interne que dans l'ordre juridique international.

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Très tôt aussi, le lien s'est fait entre justice et droits de l'Homme. Un lien subjectif, tout d'abord, car nous ressentons profondément combien la progression des droits de l'Homme constitue, en même temps, un progrès de la justice. Mais un lien objectif aussi, car que serait la justice si elle n'était pas au service des droits de l'Homme? Et que seraient les droits de l'Homme s'ils n'étaient pas garantis par des procédures juridiques? Ce sont ces interrogations essentielles qui expliquent l'évolution qui s'est produite depuis un demi-siècle et qui concernent tout aussi bien l'énonciation des normes que l'invention des procédures. En ce qui concerne les normes, le droit international, mieux que tout autre, témoigne de l'évolution des esprits. Depuis la Déclaration universelle de 1948, l'ordre juridique s'est constamment enrichi de l'avènement de nouveaux droits. Les domaines de protection sont devenus de plus en plus précis: répression du génocide, abolition de l'esclavage, lutte contre la torture, élimination de toutes les formes de discriminations fondées sur la race ou sur le sexe, sur la religion ou sur la conviction. Par ailleurs, les destinataires des droits ont été sans cesse mieux définis: droit des peuples, protection des réfugiés, des apatrides, des femmes, des enfants, des handicapés, des personnes atteintes de maladie mentale, protection des personnes emprisonnées, des personnes victimes de disparition forcée, protection des droits des travailleurs migrants et de leur famille, protection des peuples autochtones. Mais cet ensemble normatif impressionnant ne peut prendre son sens que s'il est assorti de mesures de garanties indispensables. Là encore, le droit international a imaginé et mis au point des procédures nouvelles et originales qui consacrent, d'une certaine manière, l'individu comme un sujet véritable de l'ordre international. Encore faut-il que les Etats adoptent et ratifient l'ensemble de ces textes. C'est un souci permanent de l'Organisation internationale de la Francophonie que d'inciter ses membres à adopter l'ensemble des instruments juridiques relatifs aux droits de l'homme. C'est ma mission, en tant que Secrétaire général de cette Organisation, que de poursuivre inlassablement un travail de persuasion et de conviction auprès des Chefs d'Etat et de gouvernement, pour que, désormais, tous nos membres puissent inscrire l' ensemb le de ces règles dans leur droit positif. J'insiste sur ce point. Car c'est cette attention extrême portée à l'Etat de droit qui, me semble-t-il, a le mieux caractérisé l'apport premier de la Francophonie à la réflexion collective sur justice et droits de l'Homme. C'est, en effet, autour de ce concept fédérateur d'« Etat de droit », que s'est fondé, depuis le 3ème Sommet de la Francophonie, à Dakar, en mai 1989, l'engagement de notre Organisation dans l'accompagnement des processus de lutte contre l'arbitraire et de retour au pluralisme, alors en cours dans nombre de ses pays membres. C'est à partir de ce concept, aussi, que la Francophonie a déployé la démarche intégrée qui traduit sa spécificité, illustrée par le Plan d'action francophone en faveur de la justice, de l'Etat de droit, des droits de I'Homme et du développement, adopté au Caire, en novembre 1995.

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Ce concept, enfm, a été, ces dernières années, en quelque sorte sublimé par un concept englobant que j'appellerai l'impératif démocratique. Je n'hésite pas à penser que l'Organisation internationale de la Francophonie a joué, dans ce domaine, également, un rôle précurseur en posant le principe selon lequel c'est par la démocratie que se fortifie et se consolide le lien entre justice et droits de l'Homme. Dès lors, on ne peut penser la question qui nous concerne aujourd'hui, qu'à travers le triptyque indissociable démocratie-justice-droits de I'Homme. Cette étape, l'Organisation internationale de la Francophonie l'a franchie solennellement en adoptant, le 3 novembre 2000, la Déclaration de Bamako, à l'issue du Symposium international sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l'espace francophone. Vous aurez l'occasion, durant ces journées, de vous pencher plus avant sur cette Déclaration de Bamako, sur l'originalité de sa genèse, sur la nouveauté de ses dispositions et, j'allais dire, sur l'audace de ses procédures. Tout illustre cette phrase cardinale de la Déclaration que je me plais à citer: « Francophonie et démocratie sont indissociables. Il ne saurait y avoir d'approfondissement du projet francophone sans une progression constante vers la démocratie et son incarnation dans les faits». Cette « progression constante» dont parle le texte est essentielle à mes yeux. Elle signifie que le combat pour la justice et les droits de l'Homme est un combat permanent, une lutte constante qui nécessite, tout à la fois, un devoir d'action et un devoir de vigilance. C'est dans cet esprit, que je souhaite que nous puissions approfondir notre action au service de la démocratie. Le texte de Bamako constitue un moment normatif essentiel. Il faut aujourd'hui l'enrichir de procédures opérationnelles et assurer un suivi effectif des pratiques de la démocratie des droits et des libertés dans notre espace francophone. Je souhaite donc que nous puissions, dans les meilleurs délais, perfectionner nos procédures et nos méthodes d'observation et d'évaluation. Que nous puissions affmer nos mécanismes d'alerte précoce. Que nous puissions instaurer des procédures à l'égard des Etats, allant du dialogue permanent jusqu'aux mesures spéciales si cela est nécessaire. Car, dans le domaine démocratique, la Francophonie doit être exemplaire si elle veut pouvoir rester légitime { C'est ce projet politique qui irrigue l'ensemble des actions de coopération que nous conduisons, depuis 1990, dans le domaine de la justice et des droits de l'Homme. Au service de la justice, la Francophonie se doit de permettre, à chacun de ses membres, quel que soit son niveau de développement, de se doter des capacités de rendre une justice efficace, crédible et accessible. J'insiste donc sur la nécessité d'aider, dans tous les cas, nos Etats - et singulièrement les plus démunis - dans leurs efforts de créer des institutions juridictionnelles performantes. Et j'entends « institutions juridictionnelles» au sens le plus large, car j'y inclus, tout à la fois, les instances de régulation, et tous ces auxiliaires de justice qui sont, nous le savons, bien plus que cela. Je pense notamment au rôle

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