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Aménagement linguistique dans les pays de langue catalane

De
284 pages
Les initiatives historiques, sociopolitiques, sociolinguistiques, stratégiques et juridiques mises sur pied en Catalogne portent à réfléchir sur les perspectives offertes par l'aménagement linguistique. L'intérêt qu'elles présentent pour d'autres situations d'aménagement linguistique a semblé assez inspirant pour motiver une publication. Aussi bien les responsables de projets d'aménagement dans des territoires où la gestion de la coexistence des langues est difficile que ceux et celles qui cherchent à mieux saisir la linguistique catalane, ou font des recherches en aménagement linguistique seront intéressés par cet ouvrage.
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Aménagement linguistique dans les pays de langue catalane

Sous la direction de Emili BOIX-FuSTER et Antoni MILIAN-MASSANA

Aménagement linguistique dans les pays de langue catalane

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2003

ISBN: 2-7475-4672-1

L'expérience d'aménagement linguistique menée en territoire catalan depuis des décennies constitue un exemple concret d'applications ayant permis à une langue non seulement de survivre, mais aussi d'engendrer des retombées socioéconomiques significatives pour ses locuteurs. Des politiques linguistiques de promotion du catalan y ont été mises sur pied dans un contexte sociopolitique et sociolinguistique particulier. L'État espagnol, qui a été jusqu'à interdire l'usage du catalan pendant le règne de Franco, a fmi par consentir des pouvoirs aux Communautés autonomes, permettant ainsi à cette langue de s'inscrire dans le tableau plus vaste de la concurrence des langues en territoire européen. Ces politiques et législations linguistiques méritent une analyse approfondie. C'est ce constat qui a incité le Service de la recherche et des ressources documentaires de l'Office québécois de la langue française à publier cette synthèse dans sa revue d'aménagement linguistique1. La situation du catalan dans les pays de langue catalane diffère considérablement de la situation du français au Québec, inscrite dans le contexte nord-américain, et les mesures adoptées pour la promotion des deux idiomes se distinguent de maintes façons. Cependant, il existe une sorte de filiation entre les deux approches: les formules mises en œuvre au Québec ont grandement influencé les interventions catalanes, notamment en matière de terminologie et d'aménagement du statut de la langue, alors qu'à présent leurs actions inspirent la réflexion et incitent à envisager d'autres pistes d'action, au Québec comme ailleurs, ne serait-ce qu'en ce qui concerne la sociolinguistique et les nouvelles approches en terminologie. Dans la continuité des interactions fructueuses ayant marqué depuis des années les échanges entre les instances officielles de la Catalogne et du Québec, nous croyons que les contributions réunies dans cet ouvrage éclaireront les différents aspects des initiatives prises dans les pays de langue catalane en faveur de leur langue propre (historiques, sociopolitiques, stratégiques et juridiques). Nous croyons aussi qu'elles sont de nature à encourager dans d'autres régions du monde la poursuite d'actions favorables au maintien de la diversité linguistique.

Lise Harou Rédactrice en chef de la Revue d'aménagementlinguistique

1 Le contenu de cet ouvrage est paru au printemps 2002 dans le n° 103-104 de la revue Terminogramme publiée par l'Office québécois de la langue française. Depuis 2002, cette revue bisannuelle paraît sous le nom de Revue d'aménagement linguistique. Plusieurs des textes de l'édition originale étaient en catalan. L'Office québécois de la langue française a bénéficié d'une importante subvention du Secrétariat à la politique linguistique pour la traduction de certains de ces textes. On peut obtenir plus d'information sur l'Office québécois de la langue française et sur la Revue d'aménagement linguistique à l'adresse suivante: http://www.oqlf.gouv.qc.ca. On y trouvera notamment la mention des membres du comité de rédaction de la revue: MM. Pierre Bouchard (OQLF), Richard Y. Bourrus (Département de psychologie sociale, Université du Québec à Montréal), Jean-Claude Corbeil (ex-sous-ministre associé responsable de la politique linguistique au Québec), Jacques Maurais (OQLF),José Woehrling (Faculté de droit, Université de Montréal), et MmesTina Célestin et Christiane Loubier (toutes deux de l'OQLF).

INTRODUCTION

Emili Boix-Fuster et Antoni Milian-Massana.

Traduit du catalan par Élisabeth Worle et révisé par Jean-Claude Gaumond

Les pays de langue catalane ou Pays Catalans, qui comptent environ onze millions d'habitants, dont à peu près sept millions savent parler le catalan, constituent un ensemble linguistique important à l'intérieur de l'Europe. Cette collectivité, même si elle n'est pas reconnue explicitement au sein de l'Union européenne, est un groupe linguistique quantitativement et qualitativement remarquable: presque un tiers des membres des minorités linguistiques européennes (au sens de groupes ethnolinguistiques sans État propre) appartient au domaine linguistique catalan auquel ce numéro est consacré.

La revue Terminogramme, suivant une magnifique tradition québécoise de publication de
points de vue et d'analyses de la diversité linguistique mondiale, nous a fort aimablement proposé de coordonner un numéro monographique sur l'état de l'aménagement linguistique dans les pays de langue catalane, c'est-à-dire en Catalogne, au Pays Valencien (officiellement la Communauté valencienne), aux Îles Baléares et dans la frange catalanophone de l'Aragon, en ce qui concerne le cadre étatique espagnol, en Catalogne du Nord (officiellement le département des Pyrénées orientales) pour ce qui est du cadre politique de la République française, dans la petite

* Emili

Boix-Fuster

est professeur

de sociolinguistique Milian-Massana

à l'Universitat est professeur

Autonoma de droit

de Barcelona et président administratif

du

Grup Català de Soaolingüistica; Antoni Autonoma de Barcelona.

à l'Universitat

8

AMÉNAGEMENT

LINGUISTIQUE

DANS LES PAYS DE LANGUE

CATALANE

enclave catalanophone de l'Alguer (officiellement AIghero), dans l'île italienne de Sardaigne ainsi que dans l'État indépendant d'Andorre, dans les Pyrénées. Nous avons consciencieusement accepté le défi d'établir un «état des lieux» de l'aménagement linguistique de ces territoires de langue catalane. Un véritable défi, puisque nous comptions déjà sur d'excellentes initiatives du même genre: un numéro de l'InternationalJournal of the Sociologyof Language (1984)1, un volume de la revue occitane ungas (1994)2 et enfm, une monographie de la Catalan Review (1995)3. Il est cependant particulièrement complexe de livrer un état actuel de la situation, et ce, pour deux raisons fondamentales. D'une part, parce que la discipline que l'on désigne comme « sociolinguistique catalane» (voir Leprêtre et Bafieres dans ce numéro), issue des années soixante, s'est considérablement diversifiée tant du point de vue théorique que méthodologique. Aux domaines sociologiques et politiques, domaines d'intérêt « classiques» de la sociolinguistique catalane, comme la normalisation, la « normativisation », les conflits linguistiques, l'assimilation, le bilinguisme et la diglossie (Vallverdu, 1980, 1994)4, sont venus s'ajouter ceux d'autres disciplines que nous pourrions englober dans une défmition élargie de la sociolinguistique: la démolinguis tique, l'aménagement linguistique, l'anthropologie linguistique, la psychologie sociale du langage, la variation linguistique, l'analyse du discours et la pragmatique, ainsi que d'autres disciplines connexes comme le droit linguistique. Nous avons tenté de refléter en partie l'hétérogénéité de ces perspectives mais, pour des raisons évidentes de manque d'espace, nous n'avons malheureusement pas pu les inclure toutes. D'autre part, à cause de l'hétérogénéité sociolinguistique même des territoires de langue catalane, il est également difficile de faire un état de la question. Dans chacun de ces territoires, les processus de normalisation et de substitution linguistiques en sont à des stades différents, tout comme l'ont été les différents changements démolinguistiques liés aux déplacements et aux migrations des populationss. En d'autres mots, la vitalité ethnolinguistique objective et subjective est profondément différente dans chacune des zones du domaine culturel et linguistique catalan. Le cadre politique, les forces économiques et sociales et les représentations cognitives en rapport avec les langues en contact diffèrent nécessairement en Catalogne française (ou Catalogne du Nord), dont la langue historique est sur le point d'être assimilée par la culture et la langue françaises, du cadre, des forces et des représentations que nous pouvons retrouver dans certaines parties de la Catalogne sous administration espagnole, où la
1 Maria Ros et Miquel Strubell (dirs) (1984). «Catalan
Sociology

SociolinguisticS»,

dans: International Journal of the

Boyer et Miquel Strubell (1994). «La politique linguistique de la Catalogne autonome et la sociolinguistique catalane: un état des lieux», dans: Lengas. Revue de sociolinguistique, n° 35. 3 Milton Azevedo, Albert Bastardas, Emili Boix et Paul O'Donnell (dirs) (1995). Catalan Review. International Journal of Catalan Culture. Sociolinguistics, vol. IX, n° 2. 4 Voir Francese Vallverdu (1980). Aproximacio crftica a la sociolingüistica catalana. Barcelone, Edicions 62 et Francese Vallverdu (1994). « La sociolinguistique en Catalogne dans les années 80 », dans: Henri Boyer et Miquel Strubell (dirs) (1994), p. 11-26. 5 Voir Emili Boix et Lluis Payrat6 (1995). «An Overview of Catalan Sociolinguistics and Pragmatics (1989-1996)), dans: Milton Azevedo, Albert Bastardas, Emili Boix et Paul O'Donnell (dirs), p. 317-403.

2 Henri

of Language,



47.

INTRODUCTION

9

langue historique bénéficie d'un soutien politique et social beaucoup plus puissant. Nous espérons que les différentes contributions de ce numéro consacré aux principaux territoires catalanophones permettront aux lecteurs et lectrices de Terminogramme de saisir cette hétérogénéité ainsi que les particularités de chaque zone du domaine linguistique catalan. Les six premiers articles sont d'ordre général et ne traitent d'aucun territoire du domaine linguistique catalan en particulier. Ainsi Joan Argenter expose le processus social de standardisation et de modernisation du catalan, Albert Branchadell fait le bilan de l'aménagement du statut au moyen de l'analyse de divers modèles de politiques linguistiques à partir de la transition politique espagnole (1975-1979), F. Xavier Vila i Moreno compare les politiques linguistiques dans les systèmes d'éducation de chaque zone des pays de langue catalane, Miquel Strubell examine les expériences de dynamisation sociale dans l'aménagement linguistique de la langue catalane et Marc Leprêtre et Jordi Baneres clarifient la défmition actuelle de la « sociolinguistique catalane ». Les deux derniers articles de la partie plus théorique ou générale du numéro ont un caractère juridico-politique. Jaume Vernet se concentre sur la politique et la législation linguistiques de l'Etat espagnol, tandis que Antoni Milian-Massana s'attarde à l'analyse de la législation linguistique édictée en Catalogne, en particulier de la Loi sur la politique linguistique de 1998. Dans les articles voués spécifiquement à l'étude de certains territoires à l'intérieur du domaine de la langue catalane, Francesc-Jesus Hemàndez i Dobon présente la situation sociolinguistique au Pays Valencien, Joan Melià aborde de son côté la situation sociolinguistique aux Îles Baléares, Emili Boix- Fus ter établit le bilan sociolinguistique de la ville de Barcelone et de sa région métropolitaine, alors que Gentil Puig-Moreno fait la même chose pour la Catalogne du Nord, territoire sous administration française. Pour terminer, l'article de Miquel-Àngel Pradilla fait une synthèse des problèmes
soulevés par la tension dynamique

-

et parfois

conflictuelle

-

entre la cohésion

et la

fragmentation des différentes parties qui composent les pays de langue catalane. Ces spécificités ainsi que la diversité des approches (sociologiques, juridiques, linguistiques, etc.) utilisées pour l'étude de la situation sociolinguistique de chaque zone des pays de langue catalane ne sauraient faire oublier aux lecteurs et lectrices qu'un certain nombre des problèmes de fond qu'éprouve la communauté linguistique catalane sont partagés par l'ensemble de l'humanité. Comme nous l'ont rappelé Carme Junyent6, Miquel Siguan7 et Albert Bastardas8, le défi à l'échelle planétaire réside dans la découverte de nouveaux cadres conceptuels et dans la mise en oeuvre d'initiatives qui permettent de comprendre et de soutenir la diversité linguistique de l'espèce humaine. La langue catalane, comme pourront le percevoir les personnes qui liront ce numéro,
6 Carme Junyent (1992). Vida i mort de les lIengües,Barcelone, Empuries. 7 Miquel Siguan (2001). Bilingüismoy lenguasen contacto,Madrid, Alianza Editorial. 8 Albert Bastardas (2002). « Politica lingilistica mundial a l'era de la globalitzaciô: intercomunicaciô i diversitat des de la teoria de la "complexitat" », Conférence plénière présentée au Congrès mondial des politiques linguistiques/World Congress on Language Policies (Barcelone, 16-20 avril2002).

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LINGUISTIQUE

DANS LES PAYS DE LANGUE

CATALANE

du moins l'espérons-nous, est une manifestation aussi digne que bien d'autres de cette diversité mondiale qu'il convient de maintenir bien vivante. En tant que coordonnateurs de ce numéro, nous sommes bien conscients qu'on ne peut y trouver la représentation de toutes les voies de recherche, ni de tous les auteurs significatifs qui ont fait - et font encore - des études sur l'aménagement linguistique de la langue catalane. Nous sommes également conscients que certains territoires comme l'Andorre, la frange catalanophone de l'Aragon et l'enclave linguistique de l'Alguer, par exemple, n'ont pas fait l'objet d'une analyse spécifique. Nous voudrions aussi rappeler que tout état de la question devient caduc au fur et à mesure qu'avance la connaissance de la réalité sociale qui y est rattachée. C'est pourquoi nous recommandons aux lecteurs et lectrices de consulter l'infonnation diffusée par le Centre de documentation sociolinguistique qui dépend de l'Institut de sociolinguistique de la Direction générale de la politique linguistique du gouvernement autonome catalan (Generalitat de Catalunya). D'une part, on peut trouver des infonnations récentes sur la langue catalane dans le site http://cultura.gencat.es/llengcat/socio/centre.htm/.D'autre part, on peut avoir accès au catalogue de ce centre de documentation en passant par le Catalogue collectif des bibliothèques spécialisées de la Generalitat de Catalunya (en langue catalane seulement). On y accède à l'adresse http://beg.gencat.es/vtls.Ilfautalors cliquer sur cultura-sociolingüistica. Bien sût, les coordonnateurs de ce numéro se feront un plaisir de recevoir les commentaires ou de répondre aux questions à leur adresse électronique respective: boiX@lincat.ub.eset antoni.milian@uab.es. Enfm, nous voudrions exprimer notre sincère gratitude à l'Office de la langue française du gouvernement du Québec et à son chef du Service de la recherche et des ressources documentaires, M. Pierre Bouchard, ainsi qu'aux traducteurs et traductrices des pages qui suivent, pour tout le travail de coordination qui a permis la confection de ce numéro. Nous osons espérer que le résultat saura susciter l'intérêt des lecteurs et des lectrices.

LE PROCESSUS DE STANDARDISATION ET DE MODERNISATION
Joan A. Argenter *
Traduit du catalan par Élisabeth Wade et révisé par Jean-Claude Gaumond

DU CATALAN

1. Aperçu historique Au Moyen Âge, le catalan était une des langues romanes les plus fortement unifiées. Si on compare la prose catalane médiévale aux grandes langues romanes connues de nos jours, à l'exception des textes où transparaît clairement l'influence occitane parce qu'ils en sont une traduction ou bien pour des raisons historiques - la Catalogne et l'Occitanie, outre leurs relations culturelles et linguistiques, ayant entretenu des liens politiques très étroits (aux XIIe et XIIIe siècles) -, on voit émerger une sorte de koinè débarrassée d'influences locales et dialectalisantes qui sont, par ailleurs, très communes dans les textes en langue d'oïl ou en italien. On s'entend pour interpréter cette koinè comme le résultat de l'action combinée des grands auteurs médiévaux (de Ramon Uull à l'humaniste Bernat Metge), de la prose historiographique (les chroniques) et, surtout, des pratiques scripturales des fonctionnaires et des scribes de la Chancellerie royale, ainsi que de la prose curiale et chancelière qui en résulta. Par ailleurs, l'influence occitane dans la langue de la poésie catalane médiévale - à travers la poésie troubadouresque provençale qui eut un si grand impact sur la littérature européenne, des trouvères français et des Minnesànger germaniques aux poètes piémontais et siciliens en passant par la lyrique galaïco-portugaise - s'est maintenue jusqu'à ce que retentisse l'œuvre du valencien Àusias March (xve s.). Cependant, ce partage linguistique différencié selon les genres n'est pas exclusif au domaine catalan. En Castille, pendant qu'Alphonse X rédigeait sa prose historiographique et didactique en castillan, ce même monarque composait ses cantiques à la

* Joan

A. Argenter

est professeur

de linguistique Catalans.

générale

à l'Universitat Autonoma

de Barcelona et président

de la S eccÙ;Filologica de l'Institut d'Estudis

12

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LINGUISTIQUE

DANS LES PAYS DE LANGUE

CATALANE

gloire de la Vierge Marie en galicien, à la manière des troubadours galaïco-portugais, en dépit de leur caractère plus narratif que lyrique: lyriques ou pas, les cantiques étaient écrits en vers. Et cela, sans parler de la persistance du latin, non seulement comme langue liturgique, mais aussi comme langue d'enseignement et des traités scientifiques et théologiques. Le xve siècle représente l'âge d'or de la littérature catalane, l'époque de la plus grande extension territoriale de la Catalogne en tant que puissance méditerranéenne et, en même temps, le début de son déclin politique et de l'influence grandissante de la Castille. L'extinction de la dynastie autochtone et l'arrivée d'une nouvelle dynastie castillane - avec l'introduction du castillan à la cour et les mariages mixtes de la noblesse qui allaient de pair avec le nouveau pouvoir -, les luttes internes que cette situation provoqua, la crise économique et démographique furent quelques-uns des facteurs qui affaiblirent l'État et qui furent à l'origine de la décadence politique, culturelle et littéraire du pays qui dura du XVIeau XVIIIesiècles. On a parfois exagéré le caractère de cette «décadence»: il est certain qu'il ne s'y est pas produit d'œuvres littéraires comparables à celles qui ont vu le jour entre le XIIIe et le xve siècle, mais il s'en est produit quelques-unes de mineures; souvent les écrivains écrivaient tantôt en catalan, tantôt en castillan; cependant, par dessus tout cela, l'usage de la langue s'est maintenu parmi le peuple et il s'y est même développé des genres oraux - des chansons de Noël, des chansons de voleurs et de brigands, des compositions poétiques à la gloire de la Vierge - d'une grande richesse et d'une très forte tradition populaire. Les conditions qui prévalaient tout au long de cette période eurent cependant des conséquences linguistiques et culturelles d'une grande portée: la tradition de la koinè médiévale en tant que langue littéraire s'estompa, les modèles de prose et d'écriture empruntés au castillan s'imposèrent et l'usage écrit de cette langue gagna du terrain. Le XVIIIe siècle, qui débuta par la perte des libertés et des institutions nationales aux mains des armées hispano-françaises qui, dans la Péninsule, placèrent sur le trône la dynastie des Bourbons Qa Catalogne soutenait la cause de l'archiduc Charles d'Autriche dans la guerre de succession pour la couronne de Castille, 1700-1714), connut, au même moment, la reprise économique du pays: relance démographique, croissance de la production agricole, accumulation du capital, augmentation des échanges commerciaux, ouverture des marchés américains, activités des industries de transformation (ftlatures, papier, laine) et, surtout, naissance d'une importante industrie du coton et commencement de la révolution industrielle. Politiquement soumise, la Catalogne déploya ses efforts créatifs et son activité dans l'industrie et le commerce, dans le développement économique. L'émergence d'une bourgeoisie industrielle jeta les fondements du mouvement de la Renaissance littéraire qui, à partir du deuxième tiers du XIXe siècle, se répandit partout dans les territoires de langue catalane. Les gens de la Renaissance rétablirent la tradition des Jeux floraux et s'intéressèrent aux questions de philologie. La figure dominante de Jacint Verdaguer (1845-1902) fut décisive dans la création du catalan moderne.

LE PROCESSUS

DE STANDARDISATION

ET DE MODERNISATION

DU CATALAN

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2. Vers la réforme linguistique Pendant le siècle qui s'étend de 1833, début conventionnel de la Renaissance, à 1936, date du commencement de la guerre civile espagnole, se succèdent en Catalogne divers mouvements littéraires, idéologiques et culturels qui contribuent à la reprise de l'usage du catalan comme langue littéraire d'une minorité d'intellectuels d'abord, puis à l'impulsion et à l'institutionnalisation d'une politique culturelle autonome visant le plein rétablissement de la langue nationale en tant que langue d'usage public et officiel ainsi que sa diffusion générale au moyen de l'enseignement scolaire. Le Mouvement moderniste (1890-1911) véhicule des attitudes esthétiques et idéologiques de rupture par rapport aux valeurs traditionnelles de la bourgeoisie autochtone d'où ses tenants sont issus et, prenant ses distances par rapport aux gens de la Renaissance, recherche la modernisation de l'expression artistique, même s'il reflète encore le monde rural. Le Noucentisme (1906-1923), lié à l'ascension du catalanisme politique et à la constitution de la Mancomunitat catalane (1914), sous la conduite de Prat de la Riba, est un mouvement politico-culturel urbain et bourgeois; il défend une esthétique du classicisme arbitraire ainsi qu'un nationalisme teinté par le sens du bon goût et de l'humour, et son but est d'introduire un certain ordre dans les diverses sphères de l'activité intellectuelle et sociale et de doter la société des institutions nécessaires pour ce faire. C'est sous l'égide de ce mouvement, et intimement lié à lui, que se développera l'œuvre de restauration, de modernisation et de codification de la langue catalane, entreprise par Pompeu Fabra au sein de l'Institut d'Estudis Catalans, fondé par Prat de la Riba (1907). À la fm du XIXe siècle, la reprise progressive du catalan dans l'usage littéraire et journalistique avait eu des effets en apparence paradoxaux: la prolifération des systèmes orthographiques utilisés avait mené le catalan écrit à une situation anarchique. La tradition d'un système autochtone unifié étant disparue, il coexistait diverses orthographes divergentes qui, en gros, étaient fonction du poids plus ou moins grand qu'y avait acquis l'influence de l'orthographe castillane, de l'importance accordée tantôt à la tradition littéraire médiévale, tantôt à la tradition moderne des siècles de décadence, tantôt à la langue parlée de l'époque et, fmalement, à la diversité dialectale. C'est ainsi qu'à côté d'un catalan archaïsant dans le lexique et la graphie, nous trouvons un catalan fortement teinté de castillan dans la graphie, la syntaxe et le style ainsi que, dans bien des cas, une langue dialectalisante et dépourvue d'unification et de finesse. Il y eut plusieurs propositions orthographiques dont pas une n'arriva à s'implanter. Tout à coup, le débat sur la question linguistique tourna en polémique permanente autour de l'orthographe1. Le besoin de surmonter cette anarchie linguistique et de doter la communauté catalanophone d'une langue qui puisse servir les besoins de
communication d'une société moderne

-

dans les arts et les sciences

aussi bien que

dans la Pompeu eut lieu suite de

presse et l'administration - est à l'origine de l'intervention codificatrice de Fabra et de la création de l'Institut d'Estudis Catalans. Un an avant sa création à Barcelone le Premier congrès international de la langue catalane (1906), à la l'appel lancé par un clerc majorquin, l'abbé Antoni M. Alcover, à l'ensemble de

1 Pour une histoire

de l'orthographe

du catalan,

voir Segarra

(1985).

14

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LINGUISTIQUE

DANS LES PAYS DE LANGUE

CATALANE

la communauté catalanophone, afm de constituer un corpus lexicographique et phonétique des divers parlers de l'ensemble du domaine linguistique. Le congrès fut présidé par l'abbé Alcover et l'événement attira l'attention des romanistes internationaux; quelques-uns des plus éminents y assistèrent et orientèrent le cours des travaux. La Section de philologie de l'Institut d'Estudis Catalans fut créée en 1911 et son premier président fut le chanoine majorquin. En vingt ans, entre 1911 et 1932, on jeta les fondements de la codification du catalan moderne. Les point saillants de ce processus furent la publication des Normes ortogràfiques ar l'Institut d'Estudis Catalans (1913), suivie de l'important Diccionariortogràfic p (1917) et de la Gramàtica catalana (1918), publiés également par l'IEC, ainsi que du Diccionarigeneral de la llengua catalana (1932), considéré par tout le monde comme un dictionnaire normatif2. Les normes de l'IEC furent aussitôt acceptées et mises en pratique autant par les organismes de l'Administration que par la presse et les écrivains. Bien entendu, la polémique ne manqua pas et, tant dans le Principat que dans les îles Baléares et dans le Pays Valencien, il se forma des groupuscules réticents qui, dans certains cas, proposèrent sans succès des normes orthographiques alternatives à celles de l'IEC. Mais, fmalement, la réforme de Fabra s'imposa dans tout le domaine linguis tique. Une combinaison de facteurs humains, politiques, institutionnels et sociaux a contribué au succès de la réforme. Parmi les premiers, les figures déjà citées de Enric Prat de la Riba et de Pompeu Fabra se démarquent; parmi les seconds, le virage des classes dirigeantes catalanes vers le catalanisme politique et, en particulier, la politique de création d'infrastructures éducatives et culturelles promue par Prat de la Riba, d'abord depuis la DiputacirJde Barcelone, puis depuis la Mancomunitat catalane - dont, par la suite, dans les années trente, l'autonomie gagnée par la Catalogne sous la République espagnole allait consolider les gains. Parmi les facteurs institutionnels, il faut mentionner la Mancomunitat elle-même, l'IEC et l'école catalane. Mais rien de tout cela n'aurait pu réussir sans le concours du corps social: d'abord par la volonté de permanence du peuple catalan et la loyauté de celui-ci à sa propre langue au fll des siècles, mais aussi par le choix catalaniste des classes dirigeantes du Principat face au refus de l'État espagnol d'accepter ses revendications et d'entendre ses appels à la régénération. Dans des pages brillantes sur «l'ordre relatif entre le fait politique linguistique », l'historien occitan Pierre Vilar a écrit3 : et le fait

« On a pu voir au xxe siècle, en Catalogne, ce spectacle peu banal: tout un peuple, dans ses couches sociales les plus diverses, acceptant spontanément, et comme
Y a eu quatre éditions du Diccionari rtogràfic la dernière en 1937 - et sept éditions de la Gramàtica o -

2 Il

catalana

-

la dernière,

de 1933, reproduite

par l'IEC en 1995 et réimprimée

en 2000

-

chacune

ayant

fait

l'objet de nombreuses modifications. La deuxième édition du DGLC n'a paru qu'en 1954; depuis lors il a été réédité à plusieurs reprises. 3 P. Vilar (1964), La Catalognedans l'Espagne moderne,Paris, vol. l, p. 162. Les citations suivantes sont toutes tirées des pages 162-163. Pour une justification de l'usage du mot original Principat dans un texte français, au lieu du français Principauté,voir aussi Vilar (1964 : 196).

LE PROCESSUS

DE STANDARDISATION

ET DE MODERNISATION

DU CATALAN

15

gaiement, de plier son langage aux lois du grammairien Pompeu Fabra, Vaugelas modeste, et même timide, - un langage que l'école n'enseignait pas et que l'administration excluait. » Sa double condition d'occitan et de citoyen français amène l'historien Vilar à comparer le processus de rétablissement, de codification et d'institutionnalisation du catalan avec la situation française de même qu'avec le mouvement félibrige. Ainsi, d'un côté, Vilar se rend compte que le conflit entre une langue qui s'enseigne à l'école mais qui est inconnue en famille et une langue utilisée par la famille mais qui ne s'enseigne pas, conduit souvent les peuples à une situation de tiraillement qui les oblige à faire un choix. Et, en vertu de cette condition, l'historien ne peut que trouver significatif le fait que, au xxe siècle, la Catalogne se trouvant placée devant une telle alternative, « n'a pas choisi la langue d'État, au sens où celle-ci a été choisie en France, c'est-à-dire en apparaissant comme la langue nationale reconnue de toUS». Par ailleurs, Vilar attribue l'échec du Félibrige à son incapacité d'associer la masse sociale à son mouvement, contrairement au succès obtenu par le mouvement catalaniste : « L'emploi du catalan, comme signe d'opposition, de refus envers Madrid, n'avait de chance de triompher, dans une société divisée en classes très hiérarchisées, que si la classe dirigeante encore puissante participait à cette opposition et à ce refus. » À mon avis, il y a une omission importante dans l'analyse comparée de Vilar et c'est le facteur relatif d'efficacité qu'on peut attribuer respectivement à l'appareil de domination des États français et espagnol4. Quoi qu'il en soit et en ce qui concerne notre sujet, Vilar conclut: « C'est pourquoi il est vain, de la part des adversaires du catalanisme, d'ironiser sur Pompeu Fabra, de l'accuser d'avoir "fabriqué" un catalan moderne "artificiel", ou "ressuscité" une langue morte. Plus l'œuvre serait convaincue d'artifice, plus il serait significatif d'en enregistrer le succès. Surtout quand ce succès correspond non à une ère d'effacement du castillan littéraire, mais à sa floraison la plus admirable depuis le Siècle d'Or. » 3. Objectifs, principes, méthodes et résultats de la réforme de Fabra5

L'œuvre de codification linguistique de Pompeu Fabra et de l'Institut d'Estudis Catalans fut un outil nécessaire au redressement culturel et linguistique de la communauté catalanophone et, dans ce sens, cette œuvre s'insérait dans le processus historique de reconstruction nationale. Il faut donc l'envisager à la lumière de ce processus politique avec ses réussites et ses échecs. Cependant, cette œuvre va s'avérer durable par-delà l'interruption fatale et traumatique du processus politique à deux moments historiques à cause de deux dictatures et d'une sanglante guerre civile. L'objectif du processus de codification linguistique était clair: doter le catalan d'une norme unique et stable, le moderniser dans son lexique et rendre sa syntaxe claire afm d'en faire une langue de culture inftniment adaptée aux besoins d'expression de la vie moderne, à la manière des autres langues européennes; offrir un modèle de référence à
4 Ce facteur a été analysé de manière comparative par M. Pueyo (1996), T res escolesper ais catalans. S Dans ce commentaire, je suis de près l'exposé d'Argenter (1996), p. 31 et suivantes.

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LINGUISTIQUE

DANS LES PAYS DE LANGUE

CATALANE

tous les membres de la communauté catalanophone; en un mot, redonner aux Catalans la fierté et la dignité d'appartenir à une communauté nationale différenciée, qui possède une langue nationale au passé glorieux et, surtout, avec la capacité de se projeter vers le futur. Tout cela, cependant, ne pouvait être le résultat de la seule ardeur patriotique - même si Fabra n'y aurait lui-même jamais renoncé - mais de la rigueur de l'observation empirique, de l'effort de l'étude et de la rationalisation des propositions. Toutefois, bien qu'elles fussent tout à fait appropriées en termes de système linguistique, elles n'auraient jamais pu réussir sans la capacité de persuasion et la recherche de consensus qui ont toujours caractérisé l'auteur. Mais à nouveau: les propositions avaient beau être très adéquates, l'auteur avait beau y mettre toute son astuce persuasive, rien n'aurait réussi si les écrivains et d'autres agents sociaux n'y avaient engagé leur responsabilité et si la réaction populaire ne l'avait pas soutenu. L'œuvre de restitution et d'épuration linguistiques, en un mot, de reconstruction de la langue littéraire catalane, consistait formellement pour Fabra à redonner à la langue catalane l'état et l'aspect qu'elle aurait eus si elle n'avait pas souffert de la longue décadence littéraire, si la communauté catalanophone n'avait pas été subordonnée politiquement à d'autres nations et si une pression culturelle dévorante ne l'avait pas soumise pendant quatre siècles à l'influence d'autres langues. Cela ne pouvait être une simple sanction du catalan parlé - galvaudé par l'influence étrangère et la carence d'enseignement scolaire et d'élaboration formelle - ni un simple retour à sa forme archaïque. Inutile de préciser que, pour Fabra, tant le recours à la langue ancienne que le recours au cultisme comme source de renouveau sont possibles, mais de façon secondaire. Cette langue commune de référence - cette langue standard - devait nécessairement être supradialectale. C'est à cette idée - et, bien entendu, aussi à la faiblesse et au manque de cohésion de la communauté linguistique dans l'ensemble des territoires du domaine linguistique - que répond le caractère compositionnel de la norme de Fabra. Ce que l'on entend par ce terme, c'est que Fabra ne s'est pas contenté de choisir une variété géographique du catalan pour en faire la langue standard, mais au contraire, le moment venu de prendre des décisions d'ordre normatif, il a pris en compte différents aspects de la réalité dialectale. Car, en effet, certaines distinctions perdues dans quelques dialectes s'étaient maintenues vivantes dans le parler des gens d'une autre variété dialectale et cela pouvait donner des orientations au codificateur pour trouver des solutions valables pour tous les catalanophones. C'est ainsi que, à titre d'exemple et en application de ce critère, Fabra, en orthographe, a) choisira pour le pluriel des noms féminins les formes terminées en -es, et non en -as et, pour le pluriel des verbes, les formes en -es et -en au lieu de -as et -an, parce que, outre qu'elles étaient les formes de la langue ancienne, elles correspondaient à la prononciation réelle du catalan occidental, alors que le choix revenait au même pour les catalans orientaux qui confondent a et e atones sous l'effet de la réduction vocalique;

LE PROCESSUS

DE STANDARDISATION

ET DE MODERNISATION

DU CATALAN

17

b) normalisera l'usage de b et v en accord avec les dialectes non «bétacistes », c'est-à-dire ceux qui font la distinction entre l'occlusive bilabiale sonore et la fricative labiodentale sonore, malgré leur caractère restreint et même à l'encontre du critère étymologique; c) maintiendra la graphie r en fmale de mot ainsi que le t final dans le groupe -nt, qui sont muets dans certains dialectes et ne le sont pas dans d'autres; d) maintiendra la séquence des lettres -ix dans des mots comme faixa et ftix même si, dans certains parlers, elles sont prononcées comme un seul son [t] (elles sont alors considérées comme un digramme) et que, dans d'autres parlers, elles sont prononcées comme deux sons [it]. En morphologie verbale, Pabra établira que les formes du catalan central seraient la norme, sans oublier de consigner les formes baléares et valenciennes dans les cas où elles différaient et avaient une tradition écrite en langue ancienne. Pour la syntaxe des pronoms faibles ou clitiques, Fabra ne donna sa sanction à aucun des systèmes existants et proposa plutôt un système hybride catalano-valencien6 avec sa logique interne propre. Nous arrivons avec cela à un autre des principes que Pabra a suivis et qui est généralement partagé par les grammairiens prescripteurs: l'idée que la langue normative doit répondre à un ordre logique qui facilite la clarté et la propriété de l'expression. La solution trouvée à la question du système formel et combinatoire des clitiques pronominaux, qui repose sur le principe de la biunivocité maximale de la relation forme-fonction allait dans ce sens-là. La solution trouvée à la question du participe accordé est basée d'emblée - à l'encontre de l'opinion soutenue par Alcoversur la reconnaissance du fonctionnement actuel de la langue, mais aussi sur le principe tout juste évoqué, surtout au moment de déterminer l'accord entre le clitique et le participe, lorsque celui-là est suivi d'un infinitif. Dans ce cas, Fabra propose une solution qui favorise la codification superficielle d'une neutralisation des différences fonctionnelles latentes. En fait, un autre facteur l'a probablement influencé: la solution
normative française

-

Pabra

connaissait

bien la grammaire

française7.

Inutile

de dire

que sa solution a été suivie, comme tout le reste, par les écrivains et grammairiens catalans; il faut reconnaître cependant que, sur ce point particulier, l'élégance formelle et la logique ont eu priorité sur la réalité de l'usage linguistique. Néanmoins, ce fait demeure un bon exemple. Le langage formel est, par sa nature même, plein d'artifices. La langue catalane, comme n'importe quelle autre langue nationale, autonomie propre par rapport aux autres langues voisines. Mais d'intervention linguistique - c'est-à-dire, l'aménagement -, toujours au politique de reconstruction nationale, devait permettre de donner encore
6

possède une la politique

service de la
plus de relief

Il faut souligner l'ambiguïté du terme catalan,qui peut aussi bien faire référence au nom général de la

langue qu'aux variantes qui sont parlées dans le Principat de Cata/unya, par opposition à celle qui est parlée dans le Pays Valencien. 7 En plus des nombreuses grammaires du catalan qu'il a écrites, Pompeu Fabra est l'auteur d'une Gramàtica francesa (1919) et d'une Gramàtica ang/esa (1924).

18

AMÉNAGEMENT

LINGUISTIQUE

DANS LES PAYS DE LANGUE

CATALANE

aux fonctions que toute langue nationale exerce, comme l'a magistralement Prat de la Riba (1906) et que P. Garvin a rationnalisées et formulées (1966) : a) la fonction de cohésion, visant l'intérieur de la communauté groupe d'une unité interne;

exposé

et qui tend à doter le

b) la fonction de séparation, visant l'extérieur et qui tend à distinguer le groupe de tout autre groupe voisin. C'est dans cette double perspective qu'il faut comprendre l'œuvre d'épuration du catalan et le choix de solutions qui ne coïncident pas avec le castillan - ce que Fabra a mis systématiquement en pratique dès ses premières propositions. Cela étant dit et étant donné que le catalan est malgré tout une langue romane appartenant au domaine culturel de l'Europe du Sud, il convenait d'étudier les réponses que le français, l'italien et les autres langues européennes ont donné à des problèmes grammaticaux et orthographiques comparables et de trouver des solutions similaires afm de ne pas trop s'en éloigner. Ainsi, ce principe nuançait le principe d'autonomie dans le sens qu'il insérait les solutions normatives dans un contexte linguistique et culturel plus large. L'œuvre de Fabra s'insérait dans un travail systématique sur la «langue de culture» (Sprachkultur;, au sens où les linguistes du Cercle de Prague entendaient ce terme, c'està-dire comme un travail délibéré et conscient, visant à développer, au moyen de la pratique de l'écriture, de l'enseignement et de la linguistique, un objet linguistique qui n'était pas une réalité préexistante, mais un objectif à atteindre8. Le dernier principe qui guida le travail de Fabra dans le processus de codification de la langue littéraire - c'est ainsi qu'il nommait l'objet de son entreprise - fut ce que l'on pourrait appeler le principe de rétro-alimentation. L'invitation que Fabra adressait aux écrivains pour qu'ils vérifient la viabilité de ses propositions et qu'ils collaborent de façon active et effective à la réforme linguistique et à sa diffusion peut être interprétée à la lumière de ce besoin complémentaire d'élaboration de la langue, mais aussi, évidemment, comme un procédé visant à mettre à l'épreuve les propositions normatives qu'il avait formulées et pour créer un consensus autour d'elles. Déjà, Prat de la Riba s'était aperçu que la langue catalane avait besoin non seulement de codification, mais aussi d'un travail d'élaboration lexicographique, terminologique, syntaxique, phraséologique et stylistique. Pour atteindre cet objectif, on entreprit des initiatives visant i) la traduction de textes classiques et modernes; ii) la création littéraire - les écrivains devaient développer le potentiel interne de la langue -; ill) l'usage du catalan dans la recherche scientifique, de jour en jour plus importante pour la modernisation d'un pays, ce qui fut une des tâches assignées d'emblée à l'Institut d'Estudis Catalans.

8 Le parallélisme entre les objectifs et les méthodes de Fabra et ceux des linguistes du Cercle de Prague a été brièvement évoqué par Argenter (1977) et a été systématiquement exploré par Lamuela et Murgades (1984).

LE PROCESSUS

DE STANDARDISATION

ET DE MODERNISATION

DU CATALAN

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4. L'interruption et la reprise. Où en sommes-nous

aujourd'hui?

Comme nous l'avons mentionné précédemment, l'œuvre de reprise de l'usage public et écrit de la langue catalane sous la Mancomunitat et la République fut brusquement interrompue par la dictature fasciste du général Franco. La Catalogne fut le dernier bastion de la légitimité républicaine. Dès l'entrée des factieux en Catalogne, Franco édicta l'abolition des institutions catalanes Qa Genera/itat ou gouvernement autonome); la capitulation de Barcelone en avril 1939 représenta la fm effective de trois années de guerre et le début d'une longue période où les Catalans vécurent sous un régime répressif qui niait leur identité collective, qui interdisait l'enseignement et l'usage de leur propre langue ainsi que d'autres symboles (du drapeau à la sardane). En effet, l'usage du catalan fut persécuté et banni de la vie publique par un régime de terreur et de privation des libertés et des droits fondamentaux. C'est seulement à mesure que la dictature dut adoucir ses manières en fonction de la situation extérieure, de la lutte antifranquiste à l'intérieur, de la fm de l'autarcie et du développement économique interne, entre autres, que la persécution céda le pas à la tolérance et que, - toujours
dans les sphères privées,

-

surgirent

des initiatives

de relance de la publication

de livres

et de revues en catalan - auxquelles s'ajoutèrent plus tard la diffusion de programmes radiophoniques et, encore plus tard, la presse quotidienne et quelques stations de radio Qa télévision catalane n'arriva qu'après le retour de la démocratie en Espagne et le
rétablissement de la Genera/itat en Catalogne)

-

la création

d'écoles

catalanes,

l'introduction de facto du catalan à l'université clandestine, etc.

et dans la vie politique et syndicale

L'IEC, la plus importante autorité académique, dut se réfugier dans la clandestinité et y maintenir une activité symbolique réduite au-delà du minimum; plus tard, son activité fut tolérée, mais il ne fut pleinement reconnu que par le Décret royal de 1976 et ne reprit son siège historique qu'en 1978. Dans la reprise et l'exercice de ses fonctions et de sa vie publique, pendant une période encore difficile, il a connu des moments marquants tels la deuxième édition du Diccionarigenera/de la //enguacatalana (1954), sous la direction de CarIes Rib a, et celle, posthume, de la Gramàtica catalana de Pompeu
Fabra (1956), sous la direction de Joan Coromines,

-

toutes

deux publiées

par des

éditeurs privés9. Depuis 1976, il faut souligner, dans le domaine institutionnel, la réforme des statuts de l'IEC (1988), et, dans l'action linguistique, divers projets de recherche et diverses initiatives d'aménagement linguistique. Nous en avons retenul0 : i) la création du TERMCAT (1985), centre d'élaboration, de normalisation et de diffusion de la terminologie catalane - un consortium entre l'IEC et la Genera/itat de la Catalogne, avec la participation, actuellement, de divers départements de l'administration autonome - qui publie du matériel dans des secteurs très variés, non seulement scientifiques, mais également reliés à des activités socioéconomiques et de loisir et qui offre des services au public par les moyens traditionnels et par Internet; ii) la constitution du Corpus textual informatitzat de la llengua catalan a (1985-1997), sous la direction de J oaquim Rafel; ce corpus regroupe des textes littéraires et non littéraires et
9

P. Fabra

(1954),

Diccionari general de la llengua catalano, Barcelone,

Edhasa

(voir note

2); P. Fabra

(1956),

Gramàtica catalano,Barcelone, T eide. 10Nous nous limitons toujours au domaine de la langue catalane.

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AMÉNAGEMENT

LINGUISTIQUE

DANS LES PAYS DE LANGUE

CATALANE

constitue une véritable infrastructure de recherche, à partir de laquelle on a élaboré le Diccionari de freqüències (1996-1998)11 puis, tout récemment, les travaux menant à l'élaboration d'un Diccionaridescriptiude la Ilenguacatalana;ill) plus significatifs encore, à cause de leur caractère normatif, sont la publication du Diccionaride la Ilenguacatalanade
l'IEC (1995)

-

dont on prépare

en ce moment

une deuxième

édition

corrigée

-

et les

travaux en cours de la nouvelle Gramàtica catalana de l'IEC 12;iv) la Propostaper a un estdndar oral de la Ilengua catalana - dont on a déjà publié deux fascicules "Fonètica" (1990) et "Morfologia" (1992), plusieurs fois réédités, et dont deux autres fascicules sont en préparation, "Sintaxi" et "Lèxic" 13_; v) la Nomenclàtor de la toponimia de Catalunya, projet en cours d'élaboration, selon un mandat du Parlement de la Catalogne, avec le concours d'autres institutions et de divers départements de l'administration autonome; vi) l'Atles lingüisticdeI domini català,projet co-dirigé par Joan Veny et Lidia Pons, dont on a publié le Questionari (1993) ainsi que, dans un ordre de recherche complémentaire, les Etnotextos deI català oriental (1998), de même que la publication, prévue pour cette année, du premier volume de l'ALDC, à proprement parler14; vii) la FlexÙJ verbal dels dialectes catalans, projet d'informatisation du travail originel de A. M. Alcover et de F. de B. Moll, complété par des renseignements recueillis sur le terrain provenant de nouveaux cahiers inédits15. Au cours des dernières années, l'activité de la Secci6 Filolàgica de l'IEC, outre les projets de recherche et d'orientation normative déjà cités, a entrepris d'autres initiatives, tant de caractère scientifique, que de portée civique. Parmi les premières, en plus de la participation à des projets européens, il faut citer l'organisation de débats et de journées scientifiques au sein de l'IEC : le débat sur la normalisation linguistique (1990)16, les journées ayant pour thème «Llenguatge, cognici6, computaci6» (1994) et « Llenguatge, cervell i conducta verbal» (1996), le Symposium Pompeu Fabra (1998) en hommage au maître à l'occasion du cinquantenaire de sa mort17 - et les «Jornades per a la cooperaci6 en l'estandarditzaci6 lingüistica» (1999)18, s'adressant aux divers collectifs professionnels qui travaillent sur la langue catalane (écrivains, correcteurs,

11

12lEC (1995), Diccionari de la lIengua catalana, Barcelone/Palma de Majorque/Valence, Edicions 3 i 4 /Edicions 62/Editorial Moll/Enciclopèdia Catalana/Publicacions de l'Abadia de Montserrat. Après la rédaction de cet article est paru en 2001 le Diccionari manual de la lIengua catalana, Barcelone, Edicions 62/Enciclopèdia Catalana/Institut d'Estudis Catalans. 13Propostaper a un estàndard oral de la llengua catalana I : Fonètica (1990), Barcelone, IEC, Proposta per a un
estàndard oral de la lIengua catalana II : MoifOlogia (1992), Barcelone,
14 A.M. Badia, L. Pons et

J. Rafel

(dir.) (1996-1998),

Diccionari defreqüències, Barcelone,

IEC, 3 volumes

et 2 cédéroms.

IEC.
català : Questionari, Barcelone, IEC;

J. Veny

(1993),

Atles

lingüistic

del domini

J. Veny

et L. Pons, Atles lingüistic del domini català: Etnotextos del català oriental (1998), Barcelone, IEC, avec un document audio. 15 M. Pilar Perea (1992), Complecio i ordenacio de (( La flexio verbal dels dialectes catalans)) d'A.M. Alcover i F. De B. Moll, Barcelone, IEC, 2 volumes en format traditionnel et cédérom. 16 A. Argenter (1991) (dir.), Debat sobre la normalitzacio lingüistica, Barcelone, IEC. J. 17 (1994) (dir.), Language, Cognition, and Computation, Barcelone, FCR-IEC; J. A. Argenter (1999) J. A. Argenter (dir.), Language, Brain and Verbal Behaviour. Neurobiological Aspects of Language Capacities and Language Processing, Sèrie Jornades Cientifiques 1, Barcelone, IEC; J. A. Argenter Fabra, Sèrie Jornades Cientifiques 5, Barcelone, IEC.
18 I. Mari (2000) (dir.),Jornades pera la cooperacio en l'estandarditzacio lingüistica,

(2000) (dir.), Simposi Pompeu
Barcelone, IEC.

LE PROCESSUS

DE STANDARDISATION

ET DE MODERNISATION

DU CATALAN

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conseillers linguistiques, traducteurs, enseignants à divers niveaux, etc.)19. Parmi les deuxièmes, il faut signaler les «J omades de la Secci6 Filolôgica », programme de visites annuelles de la Section dans diverses villes du domaine territorial de langue catalane ayant le double objectif de faire connaître ses activités au public et de créer des liens avec les intellectuels du lieu en question, qui sont des personnes impliquées activement dans la promotion de la langue catalane, ainsi qu'avec les autorités locales, et de connaître leurs préoccupations et de constater sur place la situation de la langue dans les différents endroits20.
Résumé
Le processus de standardisation et de modernisation du catalan

Au Moyen Âge, le catalan était une des langues romanes les plus fortement unifiées, malgré une influence occitane dans la langue de la poésie catalane médiévale qui s'est maintenue jusqu'au xve siècle. Ce siècle représente d'ailleurs l'âge d'or de la littérature catalane, l'époque de la plus grande extension territoriale de la Catalogne en tant que puissance méditerranéenne, mais, en même temps, le début de son déclin politique et de l'importance grandissante de la Castille. Cette décadence politique, culturelle et littéraire durera du XVIe au XVIIIe siècle. Puis l'émergence d'une bourgeoisie industrielle jettera les fondements du mouvement de la Renaissance littéraire qui, à partir du deuxième tiers du XIxe siècle se répandit partout dans les territoires de langue catalane. C'est sous l'égide du Mouvement moderniste (1890-1911), et intimement lié à lui, que se développera l'œuvre de restauration, de modernisation et de codification de la langue catalane, entreprise par Pompeu Fabra au sein de l'Institut d'Estudis Catalans, fondé par Prat de la Riba (1907). Mais, c'est surtout entre 1911 et 1932 que l'on jettera les fondements de la codification du catalan moderne. Après avoir tracé une telle revue historique de l'évolution du catalan, l'auteur décrit les objectifs, les principes, les méthodes et les résultats de la réforme de Fabra. Enfin, après avoir rappelé que l'œuvre de reprise de l'usage public et écrit de la langue catalane sous la Mancomunitat et la République fut brusquement interrompue par la dictature fasciste du général Franco, il termine son exposé en décrivant les progrès accomplis au cours des dernières décennies et la situation aujourd'hui.

Abstract
The standardization and modernization of Catalan

In the Middle Ages, Catalan was one of the most standardized languages in the Romance family, although in its poetry there was a strong Provençal influence that persisted until the fifteenth century. The 1400s were in fact the golden age of Catalan literature - during this period, Catalonia reached its greatest extent in terms of territorial control and power in the Mediterranean. But the century also marks the start of its decline and the ascendancy of Castile. This political, cultural and literary decay was to last from the sixteenth century until the eighteenth. Thereafter, the rise of an industrial middle class would lay the foundations of a literary renaissance that, beginning in the mid-1880s, spread throughout the regions where Catalan was spoken. Under the aegis of the Modernist movement (1890-1911), with which it was deeply linked, the task of restoring, modernizing and codifying the Catalan language was undertaken, principally by Pompeu Fabra as part of the Institut d'Estudis Catalans founded by Prat de la Riba in 1907.

19L'augmentation exponentielle de ce collectif depuis le rétablissement des institutions démocratiques est en même temps le signe de l'expansion du catalan dans les divers milieux administratifs, médiatiques et socioéconomiques ainsi que d'une situation de départ anormale et déficiente sur le plan linguistique. 20Eivissa (1990), Lleida (1991), Caste1l6 (1992), Minorque (1993), Perpignan (1994), Andorre (1995), Palma de Majorque (1996), la Franja (Calaceit et Fraga, 1997), Elx et l'Université d'Alicante (1998), Tortosa (1999), l'Alguer (2000), Gérone (2001). Depuis la deuxième de ces rencontres, on en publie les actes ainsi que les conférences données par les membres de la section ou des conférenciers externes.

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AMÉNAGEMENT

LINGUISTIQUE

DANS LES PAYS DE LANGUE

CATALANE

The period between 1911 and 1932 saw the greatest progress made towards establishing the basics of codification for modern Catalan. The author, after tracing the historical evolution of the language, describes the goals, principles, methods and results of the reforms set in motion by Fabra. He also recalls how the work of reviving Catalan in popular and written usage under the Mancomunitat and the Republic was violently interrupted by the fascist dictatorship of General Franco. Lastly, he reviews what progress has been made during recent decades and provides an analysis of the present situation.

Resumen
El proceso de standarizadôn y de modernizadôn dei catalan

En la Edad Media, el catalan era una de las lenguas romanicas mas fuertemente unificadas, a pesar de una influencia occitana en la lengua de la poesia catalana medieval que se ha mantenido hasta el siglo XV. Este siglo representa por cierto la edad de oro de la literatura catalana, la época de la mayor extension territorial de Cataluiia como potencia mediterranea, pero, al mismo tiempo, el principio de su decadencia politica y el de la importancia creciente de Castilla. Esta decadencia politica, cultural y literaria durara deI siglo XVI al siglo XVIII. Mas tarde, la emergencia de una burguesia industrial establecera las fundaciones deI movimiento del Renacimiento literario, que, a partir del segundo tercio del siglo XIX, se expandio en todos los territorios de lengua catalana. Es bajo la égida deI Movimiento modernista (1890-1911) e intimamente ligado a él que se desarrollara la obra de restauracion, de modernizacion y de codificacion de la lengua catalana, emprendida por Pompeu Fabra en el seno deI Institut d'Estut/is Catalans, fundado por Prat de la Riba (1907). Pero es sobre todo entre 1911 y 1932 que se estableceran los fundamentos de la codificacion del catalan moderno. Después de haber trazado una tal revista historica del catalan moderno, el autor describe los objetivos, los principios, los métodos y los resultados de la reforma de Fabra. En fin, después de haber recordado que la obra de reanudacion deI uso pûblico y escrito de la lengua catalan a bajo la Mancomunitat y la Repûblica fue bruscamente interrumpida por la dictadura fascista deI general Franco, termina su informe describiendo los progresos realizados en el transcurso de las ûltimas décadas y la situacion de hoy dia.

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moderne, Paris,

des Hautes

vol. I.

L'AMÉNAGEMENT

DU STATUT LINGUISTIQUES

LES MODÈLES DE POLITIQUES

ET LA LANGUE CATALANE DEPUIS LA TRANSITION POLITIQUE ESPAGNOLE

Albert Branchadell*

Traduit du catalan par Élisabeth Worle et révisé par Jean-Claude Gaumond

Introduction Le but de cet article est de décrire et de mettre brièvement en relief les activités d'aménagement du statut pratiquées par les gouvernements autonomes de la Catalogne, de la Communauté valencienne et des Îles Baléares au cours des vingt dernières années. Dans la première partie, nous essaierons de caractériser les objectifs d'aménagement du statut qui ont été formulés dans chacun des cas, en utilisant le concept de «normalisation linguistique» (sans doute l'apport principal de la sociolinguistique catalane au patrimoine conceptuel de cette discipline). Dans la deuxième partie, nous passerons en revue l'activité normative qui s'est produite dans chacun des cas tout en accordant une attention particulière aux «lois de normalisation linguistique », que l'on peut concevoir autant comme le cadre nécessaire aux activités d'aménagement du statut que, en elles-mêmes, comme des mesures d'aménagement du statut. Dans la troisième partie, nous passerons en revue la structure organisationnelle mise en place dans chacun des cas et fmalement, dans la quatrième partie, nous évaluerons brièvement les effets ou les résultats les plus importants et nous établirons quelques prévisions sommaires.
* Albert
Branchadell est professeur de langue catalane à l'Universitat Autonoma de Barcelona et président de

l'OrganitzacÙ; pel Multilingüisme.

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AMÉNAGEMENT

LINGUISTIQUE

DANS LES PAYS DE LANGUE

CATALANE

Avant de commencer notre exposé, il est important de faire deux mises au point préalables. En premier lieu, il convient de rappeler que les activités d'aménagement du statut en Catalogne, dans la Communauté valencienne et dans les Îles Baléares s'insèrent dans le modèle linguistique décrit dans la Constitution espagnole de 1978 et dans les divers statuts d'autonomie. La Constitution espagnole énonce que le castillan est la «langue espagnole» officielle de l'État et annonce que les autres «langues espagnoles» sont officielles dans chacune des communautés autonomes en accord avec leurs statuts respectifs d'autonomie. Les statuts d'autonomie de la Catalogne (1979), de la Communauté valencienne (1982) et des Îles Baléares (1983) ont rendu cette disposition constitutionnelle effective, tout en reconnaissant l'officialité du castillan et du catalan (appelé valencien dans la Communauté valencienne). De cette manière, le modèle linguistique espagnol s'apparente à la formule « centre unilingue, régions bilingues» et s'écarte du modèle « centre plurilingue, régions unilingues» en vigueur dans d'autres démocraties plurilingues bien connues comme la Suisse, la Belgique et (du moins tendanciellement) le Canada. Cependant, la considération statutaire du catalan en tant que «langue propre» a légitimé politiquement et juridiquement des activités d'aménagement du statut qui, spécialement en Catalogne, accordent ouvertement la priorité à l'usage du catalan sans remettre en question l'officialité du castillan, en accord avec une combinaison très particulière des principes de territorialité et de personnalité. Dans ce sens, s'il fallait résumer en un slogan la politique linguistique de la Catalogne, celui-ci serait sans aucun doute «le catalan d'abord» et non «le catalan seulement» à l'encontre de ce que certains auteurs reconnus ont récemment soutenu (Santamaria, 1999). Le deuxième fait dont il convient de se rappeler avant de commencer est que la Catalogne, la Communauté valencienne et les Îles Baléares ont tiré profit d'une manière différente des possibilités offertes par le cadre constitutionnel et statutaire. En général, nous pourrions affirmer que l'importance donnée à l'aménagement du statut est, dans chacun des cas, directement reliée aux partis politiques qui ont occupé le gouvernement et, au delà des partis, au rôle de la langue dans l'élaboration de la personnalité nationale (ou régionale) respective, laquelle est en rapport direct avec des facteurs historiques et sociolinguistiques. En Catalogne, traditionnellement, le catalan a été la pierre angulaire du nationalisme catalan (Conversi, 1997) et la coalition nationaliste Convergència Unio qui occupe le gouvernement autonome depuis 1980 a i favorisé une politique linguistique ambitieuse dans le cadre d'un projet plus vaste de construction de la nation. Dans la Communauté valencienne et les Îles Baléares, par contre, le catalan n'a pas joué le même rôle historique qu'en Catalogne pas plus que les partis au gouvernement n'ont manifesté l'intention particulière de mettre la question de la langue dans un chapitre privilégié de leur programme politique. Dans la Communauté valencienne, depuis la victoire du Partit Popular aux élections de 1995, les activités explicites d'aménagement du statut ont été réduites au minimum, en dessous même du bas niveau qu'elles avaient atteint pendant les douze années de gouvernement du Partit Socia/ista.Aux Îles Baléares, par contre, le processus pourrait être inversé: après 16 années de gouvernements du Partit Popu/aril y a, depuis 1999, un gouvernement de coalition formé par les socialistes, les nationalistes et d'autres

L'AMÉNAGEMENT

DU STATUT. LES MODÈLES

DE POLITIQUES

LINGUISTIQUES

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formations de gauche qui a donné une certaine impulsion aux activités d'aménagement du statut. 1. Les objectifs Les statuts d'autonomie de la Catalogne, de la Communauté valencienne et des Îles Baléares, en plus de reconnaître l'officialité du castillan et du catalan et d'attribuer au catalan la condition de « langue propre », ont imposé aux gouvernements respectifs le mandat de garantir l'usage « normal» des deux langues. (Dans le cas des Îles Baléares, le mandat est apparu avec la Loi sur la normalisation de 1986 et il a été inséré dans le statut réformé en 1998.) Ce mandat est non seulement le fondement juridique et politique des activités subséquentes d'aménagement du statut, mais il préfigure en plus le terme clé (normalisationlinguistique)qui y a présidé en Catalogne, aux Îles Baléares et, dans une moindre mesure, dans la Communauté valencienne. Le concept de « normalisation linguistique », déftni originellement par Lluis V. Aracil, diffusé par Francesc Vallverdu et débattu par un nombre considérable d'auteurs, a fait l'objet d'une systématisation récente qui peut être utile pour caractériser les objectifs des activités d'aménagement du statut des trois communautés autonomes considérées. D'après Boix et Vila (1998), la normalisation «n'a pas à être envisagée de façon absolue, mais plutôt comme un ensemble d'objectifs en fonction de sa portée et de son impact sur la communauté ». Ainsi, Boix et Vila distinguent deux grands types d'objectifs (politico-juridiques et sociolinguistiques), à l'intérieur desquels il est possible d'établir une gradation d'objectifs en fonction de leur intensité. D'un point de vue politico-juridique, l'objectif minimal est que les citoyens qui le désirent puissent utiliser légalement, dans tous les domaines, la langue qui fait l'objet de la normalisation; l'objectif moyen ajoute à l'objectif minimal l'idée que la langue qui fait l'objet de la normalisation soit la langue de travail de toutes les institutions; et l'objectif maximal est que la langue qui fait l'objet de la normalisation soit la seule langue officielle du territoire dont elle relève. D'un point de vue sociolinguistique, l'objectif minimal est que la langue qui fait l'objet de la normalisation occupe tous les domaines d'usage; l'objectif moyen ajoute à l'objectif minimal l'idée que les allophones apprennent et utilisent la langue qui fait l'objet de la normalisation; et l'objectif maximal est l'assimilation des allophones à la langue qui fait l'objet de la normalisation, de sorte qu'elle occupe de façon exclusive tous les domaines d'usage. Au delà de vagues prévisions statutaires, les gouvernements de la Catalogne, de la Communauté valencienne et des Îles Baléares n'ont pas souvent formulé explicitement les objectifs fmaux de leurs politiques linguistiques. C'est seulement dans le cas de la Catalogne que l'on peut constater une certaine activité dans ce sens et elle est de plus cohérente dans le temps. Ainsi, les aff1m1ationsdu leader de Conver;gència i Unir},Jordi Pujol, devant la plénière du Parlement de la Catalogne qui le nomma président de la Generalitat en 1980, ne sont guère différentes des objectifs du Pia general de normalitzacÙ; lingüfsticade 1995 qui est, jusqu'à présent, le principal document stratégique produit par le gouvernement catalan en cette matière. D'après Pujol, la normalisation de la langue catalane ne sera possible que « si son usage devient prédominant, en cohabitation avec la langue de l'État, elle aussi officielle en Catalogne », au moyen d'une politique qui

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« doit être respectueuse et nullement discriminatoire envers la langue castillane». Selon les objectifs du Plan, le gouvernement se propose de a) «faire en sorte que la langue catalane soit habituellement utilisée par les institutions publiques et privées dans tous les usages publics et que s'y développent, dans des conditions de non-subordination, toutes les activités» et b) «faire en sorte que les droits linguistiques de chaque citoyen catalan soient pleinement respectés en ce qui concerne le développement de toutes les activités publiques, professionnelles, culturelles, sociales ou de loisir» (Pia general de normalitzacio lingüistica, 1995). Dans le cas de la Communauté valencienne et des Îles Baléares, il n'y a jamais eu jusqu'à présent de déclaration de la même importance sur l'objectif de transformer le catalan en langue prédominante de la vie publique. Le seul objectif concret partagé historiquement par les trois gouvernements est celui d'obtenir que toute la population des trois communautés respectives soit pleinement compétente dans les deux langues officielles. Il paraît évident, tant par les énoncés explicites que par l'observation de l'activité gouvernementale, que le gouvernement de la Catalogne poursuit, depuis 1980, l'objectif juridico-politique moyen et l'objectif sociolinguistique moyen. Il est entendu que l'objectif juridico-politique maximal placerait la politique linguistique hors des limites de la Constitution et du Statut d'autonomie et que l'objectif sociolinguistique maximal, outre qu'il serait peu réaliste étant donné les proportions démographiques existantes, présenterait des problèmes reliés à la légitimité démocratique. Il convient de rappeler ici que le fait que le gouvernement catalan poursuive les objectifs moyens n'implique pas nécessairement que les objectifs minimaux aient déjà été atteints. En ce qui concerne les deux autres gouvernements, la question des objectifs est beaucoup plus difficile. Il est vrai que tant la Communauté valencienne que les Îles Baléares poursuivent la bilinguisation de la population qui correspond à l'objectif sociolinguistique moyen, mais une analyse sérieuse de leur activité permet de remettre en question le fait qu'elles poursuivent réellement l'objectif sociolinguistique minimal, dans la mesure où elles ne mettent pas en application les programmes qui ont pour but d'introduire de façon effective le catalan dans tous les domaines d'usage. Pour ce qui est de l'objectif juridico-politique, dans certains secteurs (comme par exemple l'administration autonome), les gouvernements ont aff1m1é poursuivre l'objectif moyen, mais il n'est pas évident qu'ils assument l'objectif minimal avec toutes ses conséquences. Dans le cas de la Communauté valencienne, un phénomène qui n'a guère été bénéfique à la promotion du catalan est la dénomination statutaire de valencien qui a alimenté les prétentions de certains groupes influents pour lesquels le valencien est une langue distincte du catalan et qui fomentent le maintien de la prédominance publique du castillan (pradilla, 1999). En tous cas, même en supposant que les objectifs finaux de la Catalogne, de la Communauté valencienne et des Îles Baléares soient les mêmes, il faut convenir que la véritable caractéristique différentielle des trois politiques linguistiques est l'intensité avec laquelle chacune d'entre elles est appliquée. Nous allons maintenant considérer l'activité normative déployée dans chacun des cas (deuxième partie) et la structure administrative créée pour l'aménagement du statut (troisième partie). Comme nous allons le constater dans les deux domaines, les propositions catalanes ont souvent été

L'AMÉNAGEMENT

DU STATUT. LES MODÈLES

DE POLITIQUES

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« copiées» par les V alenciens et les Baléares qui, malgré cela, les ont appliquées avec une volonté politique indiscutablement moindre. 2. L'activité normative

2.1 Les lois sur la normalisation
Dans les trois communautés autonomes considérées, le législateur a développé les prévisions statutaires au moyen de lois spécifiques qui, dans le cas de la Catalogne et des Îles Baléares (comme dans le cas du Pays basque et de la Galice), portent le nom

de Uei de norma/itzacÙ;

(Loi sur la normalisation). Comme nous allons le voir immé-

diatement, les trois domaines principaux d'intervention de ces lois sont l'administration autonome, l'enseignement et les moyens de communication institutionnels. En Catalogne, après une longue gestation qui réduisit les prétentions initiales du gouvernement de Conver;gència UnÙ;,directement inspirées de la loi 101 du Québec, la i loi sur la normalisation linguistique (Uei de norma/itzaciri/ingüistica,Loi 7/1983, du 18 avril) fut approuvée à l'unanimité en 1983. Dans le domaine de l'Administration, la loi incorpore et élargit les prévisions d'un des premiers décrets du gouvernement et établit que le catalan est la langue propre de la Genera/itat, de l'administration locale et des autres sociétés publiques qui dépendent de la Genera/itat,étant entendu que la loi régira l'usage des deux langues officielles dans ce domaine; elle reconnaît le droit des citoyens de communiquer avec l'Administration dans la langue officielle de leur choix; elle consacre la validité de tous les actes rédigés en catalan; elle déclare que la seule forme officielle des toponymes est la forme catalane. Dans le cas de l'enseignement, la loi énonce que le catalan est la « langue propre» à ce domaine; elle reconnaît aux élèves le droit de recevoir le « premier enseignement» dans leur langue habituelle (catalan ou castillan) sans qu'ils ne soient séparés dans des centres différents; elle statue l'obligation que le catalan soit enseigné à tous les niveaux de l'enseignement non universitaire, de sorte qu'à la fin de la scolarité obligatoire les élèves aient une connaissance suffisante des deux langues officielles. Dans le cas des moyens de communication, la loi déclare que le catalan sera la langue normalement utilisée par les moyens de communication propres à la Genera/itat et que l'usage du catalan sera encouragé dans les moyens de communication privés, au théâtre, au cinéma et dans l'édition. La loi est complétée par un chapitre consacré à l'impulsion que le gouvernement doit donner à la normalisation du catalan et par un autre consacré à l'aranais, la variété de l'occitan parlé dans le val d'Aran. Il faut ajouter que quelques dispositions mineures de la loi furent l'objet d'un recours en inconstitutionnalité de la part du gouvernement socialiste espagnol qui contesta aussi les lois basque et galicienne, invalidées par la suite par le Tribunal constitutionnel (STC 83/1986). Au cours de la même année 1983, la Communauté valencienne approuva la loi sur l'usage et l'enseignement du valencien (Uei d'Usi ensenyamentde/ va/encià,Loi 4/1983, du 23 novembre) laquelle, malgré son appellation différente, couvre les mêmes domaines que la loi sur la normalisation catalane. Dans le cas de l'Administration, la loi sur l'usage et l'enseignement du valencien établit que le valencien, en tant que langue propre à la Communauté valencienne, est aussi celle de la Genera/itat et de son Administration publique, de l'administration locale et des sociétés et institutions

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publiques qui en dépendent, et que la loi régira l'usage des langues officielles dans ce domaine. Elle reconnaît aussi le droit des citoyens de communiquer avec l'Administration en valencien et prévoit la validité des actes rédigés en valencien. Contrairement à la loi catalane, elle n'établit pas la forme officielle des toponymes mais attribue cette compétence au gouvernement. Pour ce qui est de l'enseignement, la loi dispose que l'intégration du valencien dans l'enseignement est obligatoire, que l'on tendra à fournir les «premiers enseignements» aux élèves dans leur langue habituelle (valencien ou castillan) et que, malgré ce qui précède, à la fm de leur scolarité tous les élèves devront pouvoir utiliser autant le valencien que le castillan. Il est important de signaler que, dans ce cas précis, on prévoit une atténuation de l'intégration du valencien dans les écoles du territoire à prédominance linguistique castillane de la Communauté. Dans le chapitre consacré aux moyens de communication, la loi établit que le gouvernement veillera à ce que le valencien ait une présence adéquate dans les moyens de communication gérés par la Communauté valencienne et elle prévoit d'encourager l'usage du valencien dans les stations de radio et de télévision privées et dans toutes les manifestations culturelles et artistiques. Tout comme la loi catalane, la loi sur l'usage et sur l'enseignement du valencien contient un chapitre additionnel sur l'action normalisatrice des pouvoirs publics et se termine par la liste des municipalités qui forment les territoires à prédominance linguistique valencienne et ceux à prédominance castillane. Aux Îles Baléares, la loi sur la normalisation linguistique n'a été approuvée qu'en 1986 (Loi 3/1986, du 29 avril ). Dans le domaine de l'Administration, la loi établit que le catalan, en tant que langue propre aux Îles Baléares, est aussi celle du gouvernement autonome, du Parlement et des conseils insulaires, ainsi que, en général, celle de l'Administration publique, de l'administration locale et des sociétés et institutions qui dépendent de la communauté autonome et, comme dans les autres cas, elle établit que la loi régira l'usage des langues officielles dans ce domaine. Elle reconnaît aussi aux citoyens le droit d'utiliser le catalan dans leurs communications avec l'Administration et la validité des actes rédigés dans chacune des langues officielles. Comme dans le cas catalan, la loi déclare que l'unique forme officielle des toponymes des Îles Baléares est la forme catalane. Pour ce qui est de l'enseignement, la loi dispose que les élèves ont le droit de recevoir l'enseignement dans leur langue (catalan ou castillan), que le catalan doit être enseigné à tous les niveaux d'enseignement et que, lorsqu'ils auront terminé la période de scolarité obligatoire, les élèves devront pouvoir utiliser les deux langues de façon normale. Dans le domaine des moyens de communication, la loi déclare que le catalan doit être la langue usuelle des stations de radio et de télévision et des autres moyens de communication propres à la Communauté, ou soumis à sa compétence, et elle prévoit des mesures pour encourager l'usage du catalan dans les stations de radio et de télévision privées, au cinéma, au théâtre et dans l'édition. Comme dans les deux autres cas, la loi baléare consacre aussi un chapitre à l'action normalisatrice des pouvoirs publics. Quelques-unes des dispositions mineures de la loi baléare furent l'objet d'un recours en inconstitutionnalité de la part du gouvernement de l'État et furent invalidées par le Tribunal constitutionnel (STC 123/1988).