Colloque international sur l'Ecologie des langues

De
Publié par

L'écologie des langues tente d'expliquer la communication sociale dans sa globalité en faisant appel à l'éclairage de plusieurs disciplines, permettant ainsi de prendre en compte de nombreux facteurs susceptibles d'expliquer la revitalisation des langues, leur maintien, leur fragilisation ou leur disparition. En 2002, s'est tenu au Nouveau-Brunswick (Canada), en hommage à William Mackey, éminent linguiste canadien, un colloque international sur le thème de l'écologie des langues, qui a réuni une soixantaine de spécialistes d'une dizaine de pays qui ont traité du thème sous l'angle distinct de leur discipline respective.
Publié le : mercredi 1 octobre 2003
Lecture(s) : 164
Tags :
EAN13 : 9782296333956
Nombre de pages : 266
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Colloque international sur l'Écologie des langues

Collection Sociolinguistique dirigée par Henri Boyer
professeur à l'université Montpellier 3

La Collection Sociolinguistique se veut un lieu exigeant d'expression et de confrontation des diverses recherches en sciences du langage ou dans les champs disciplinaires connexes qui, en France et ailleurs, contribuent à l'intelligence de l'exercice des langues en société: qu'elles traitent de la variation ou de la pluralité linguistiques et donc des mécanismes de valorisation et de stigmatisation des formes linguistiques et des idiomes en présence (dans les faits et dans les imaginaires collectifs), qu'elles analysent des interventions glottopolitiques ou encore qu'elles interrogent la dimension sociopragmatique de l'activité de langage, orale ou scripturale, ordinaire, médiatique ou même «littéraire». Donc une collection largement ouverte à la diversité des terrains, des objets, des méthodologies. Et, bien entendu, des sensibilités. Déjà parus
P. GARDY, L'écriture occitane contemporaine. Une quête des mots. H. BOYER (dir.), Plurilinguisme : «contact» ou «conflit» de langues? R. LAFONT, 40 ans de sociolinguistique à la périphérie. GROUPE SAINT-CLOUD, L'image candidate à l'élection présidentielles de 1995. P. DUMONT, L'enquête sociolinguistique, 1999. L. FERNANDEZ,L'Espagne à la Une du Monde (1969-1985). M. GASQUET-CYRUS et alli, Paroles et musiques à Marseille. Les voix d'une ville, 1999. M. C. ALEN GARABATO, Quand le « patois» était politiquement utile..., 1999. C LAGARDE, Des écritures « bilingues ». Sociolinguistique et littérature, 2001. H. Boyer et P. Gardy (coord.), Dix siècles d'usages et d'images de l'occitan: des troubadours à l'internet, 2001. H. Boyer et CH. Lararge (dirs.), L'Espagne et ses langues: un modèle écolinguistique ?, 2002.

Annette Boudreau Lise Dubois Jacques Maurais Grant McConnel

Colloque international sur l'Écologie des langues

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

~L'Harmattan,2003 ISBN: 2-7475-5059-1

PRÉFACE
Du 21 au 23 août 2002, s'est tenu à l'Institut de Memramcook au Nouveau-Brunswick un colloque international sur l'Écologie des langues en hommage à William Mackey, éminent linguiste canadien, chercheur de renommée internationale, qui, en tant que professeur à l'Université Laval (Québec) a consacré sa carrière à étudier les situations de langues en contact. Ce colloque, organisé par le CRLA (Centre de recherche en linguistique appliquée) de l'Université de Moncton, a réuni une soixantaine de spécialistes d'une dizaine de pays qui ont traité du thème de l'écologie des langues sous l'angle distinct de leur discipline respective. Ces approches diversifiées ont assuré le caractère multidisciplinaire de l'événement. Après l'allocution inaugurale prononcée par le professeur Mackey, une table ronde, animée par Jacques Maurais du Conseil de la langue française du Québec, a permis aux auteurs ayant participé à l'ouvrage! publié en hommage à William Mackey de discuter de la question. Quelques textes de cette table ronde sont publiés dans le site internet suivant: http://www.teluq. uquebec.ca/diverscite/. (Pour accéder aux textes, il faut cliquer sur « Forums », ensuite sur « Accès aux forums» et enfin sur « Pour discuter sans inscription ».) Les deux jours suivants ont été consacrés aux communications. Elles ont favorisé des échanges stimulants sur différents aspects de l'écologie des

1.

BOUDREAU, Annette; DUBOIS, Lise; MAURAIS, Jacques et McCONNELL, Grant (2002). L'écologie des langues, Ecology of Languages, Mélanges William Mackey, Homage to William Mackey. Paris, l'Harmattan.

8

Colloque international sur l'Écologie des langues

langues: ses fondements théoriques, la vitalité des petites langues, la sociolinguistique urbaine, la dimension historique de l' écolinguistique, l' éducation, l'aménagement linguistique et le français en milieu minoritaire. Le colloque s'est terminé par une table ronde de synthèse réunissant les intervenants qui avaient participé à la table ronde d'ouverture. La majorité des communications de ce colloque sont publiées dans ce volume. Elles attestent de la diversité des thématiques abordées et de la qualité des interventions qui ont suscité des échanges et des débats des plus intéressants. Le fait de tenir le colloque à l'Institut de Memramcook n'est pas le fruit du hasard. L'Institut, fondé en 1864 et nommé alors Collège St-Joseph, fut le premier établissement d'éducation supérieure en français en Acadie et le lieu d'une convention nationale qui a jeté les bases de la renaissance acadienne à la fin du XIXe siècle. À ce titre, il a été déclaré monument historique national. Quand on connaît 1'histoire de la résistance du peuple acadien, ce monument de la renaissance acadienne revêt une dimension symbolique importante dans la perspective écolinguistique qui constitue la trame de ce colloque. La deuxième raison, et non la moindre, qui motiva le choix du lieu, fut que c'est dans ce Collège que William Mackey a commencé sa carrière de professeur. Lors de la conférence inaugurale, W. Mackey fit part de son plaisir et de son émotion de se retrouver dans les lieux mêmes où il donna ses premiers cours. Les murs de l'Institut de Memramcook, qui ont été témoins de remarquables événements historiques, peuvent donc aussi s'enorgueillir d'avoir été l'enceinte du début de la carrière d'un professeur et d'un chercheur de la trempe de William Mackey. Nous tenons à remercier les organismes et les instances qui nous ont appuyés financièrement et qui ont largement contribué au succès de ce colloque: les Études acadiennes de l'Université de Moncton, le Bureau du Québec dans les provinces de l'Atlantique, la Faculté des études supérieures et de la recherche de l'Université de Moncton, le Consulat général de France dans les provinces Maritimes, l'Association internationale des études québécoises, la Faculté des arts et des sciences sociales de l'Université de Moncton, le ministère des Affaires intergouvernementales du Nouveau-Brunswick, le ministère du Patrimoine canadien, l'Entente-cadre Canada/N ouveauBrunswick sur la promotion des langues officielles et le Secrétariat à la politique linguistique du Québec Nous adressons nos remerciements à Yves Gagnon, alors doyen de la FESR (Faculté des études supérieures et de la recherche), à Isabelle MckeeAllain, doyenne de la Faculté des arts et des sciences sociales ainsi qu'à

Préface

9

Maurice Basque, directeur des Études acadiennes pour leur soutien continu tout au long de la préparation du colloque. Nous remercions Henri Boyer, professeur de sociolinguistique à l'Université Paul-Valéry de Montpellier qui nous a invités à publier les Actes de ce colloque dans la collection sociolinguistique qu'il dirige chez l'Harmattan. Nous le remercions également d'avoir accepté de faire partie du comité scientifique chargé de la publication de l'ouvrage. Nous voulons remercier tout spécialement Lise Landry, secrétaire du CRLA, et Chantal White, étudiante en linguistique à l'Université de Moncton, d'avoir tout mis en ligature pour que ces journées soient un succès. Nous remercions également tous les bénévoles qui nous ont épaulés dans nos efforts pour faire de ce colloque un événement mémorable. Nous espérons enfin que ces Actes permettront de continuer les débats sur les langues et les locuteurs de ces langues dans une perspective écolinguistique.
Annette Boudreau, Lise Dubois, Jacques Maurais, Grant McConnell

ALLOCUTION
Monsieur le président, Chers collègues,

INAUGURALE

C'est un plaisir pour moi d'être le premier intervenant dans ce colloque sur l'écologie des langues, qui me fait honneur. À ce titre, ce que je pourrais peutêtre faire de plus utile serait de tâcher, dans les limites de mes connaissances, d'inscrire son thème -le mot et la chose - dans son plus large contexte. Mon premier contact avec la pensée écologique remonte aux années 1940. J'étais alors en congé de perfectionnement à l'Université Harvard, et je me suis inscrit auprès de l'auteur de la Loi de Zipf, à son cours intitulé Langue et dynamique sociale. Le fruit de ses conférences parut l'année d'après, en 1948, dans un ouvrage portant le sous-titre Introduction à l' écologie humaine. Le mot « écologie» était, à l'époque, un terme technique réservé à la périphérie des sciences biologiques, bien qu'il remonte à 1869, l'année où un disciple allemand de Darwin, du nom de Ernst Haekel, voulut créer une science des rapports entre les espèces et leur milieu. On la nomma oekologie, d'après la racine grecque oikos, «milieu». Mais il fallut attendre presque un siècle avant que ce terme technique devienne un concept commun. Sa popularisation devait être l'une des retombées inattendues de la guerre froide. Dans les années 1950, les Soviétiques et les Américains testent la puissance de leurs bombes atomiques dans l'atmosphère. Les autres pays

- impuissantset inquiets de la pollution de l'air - consultent leurs scientifiques. On convoque donc un congrès d'écologie pour la fin de la décennie. Dans son allocution inaugurale, le prince Bernhardt, des Pays-Bas, fait remarquer ceci: « Aujourd'hui, dit-il, le mot écologie est un terme technique; demain il fera partie du vocabulaire usuel de tous les jours». Il n'a sûrement pas pu s'imaginer à quel point il a eu raison. Car, dans l'espace d'une

12

Colloque international sur l'Écologie des langues

douzaine d'années, ont vu le jour des mouvements écologiques populaires, des partis politiques, des centres écologiques, des ministères de l' environnement, de nombreuses publications sur diverses écologies, y compris des revues d'écophilosophie ainsi que des sectes d'écothéologie panthéiste pour qui l'espoir d'un avenir au ciel est atténué par l'inquiétude quant à l'avenir de la terre - et le Père qui est aux cieux doit partager sa place avec la Mère de la terre, la déesse Gaïa, symbole de notre planète - alors conçue comme écosystème autoréglé et autonome. Bref, tout s'est passé comme si l'anthropomorphisme qui avait dominé la pensée occidentale depuis la Renaissance s'était transformé en ce biocentrisme qui colore la pensée contemporaine. Ce bouleversement intellectuel amène dans le grand public une certaine confusion d'idées. L'écologie est perçue tantôt comme manifestation dans la rue et tantôt comme programme dans l'ordinateur. Car il semble toucher à la fois à la vie quotidienne et à la vie intellectuelle. Plus le mot se propage, plus il y a divergence dans sa signification. Dès 1964, on voit paraître le terme écologie linguistique sans savoir s'il s'agit de langue ou de langage. Et davantage après 1970 avec le terme écologie des langues sans préciser s'il s'agit de théorie, de méthode ou de métaphore et sans satisfaire aux questions de base telles que: À l'intérieur de quel modèle écologique la langue se trouve-t-elle et où se place-t-elle ? Dans l'écosystème d'une culture, est-ce qu'elle figure comme espèce ou comme devise, c'est-à-dire ce qui fait fonctionner un système - aliments, énergie, information ou la monnaie dans un système monétaire? Cette analogie monétaire, vous savez, remonte au début du siècle dernier, à un cours de Ferdinand de Saussure, pour expliquer l'arbitraire du signe dans le système de systèmes qu'est la langue. On aurait donc intérêt à relire d'un œil écologique les écrits de l'époquesurtout les grandes histoires de la vie externe des langues, les chroniques du sort d'une langue dans divers milieux, ainsi que des analyses du statut et des fonctions des langues, leurs dynamiques et leur vitalité. On y trouvera des tas de choses à placer dans nos cadres écologiques, sans trouver le mot « écologie ». Je souhaite donc, en terminant, que nous puissions maintenant traverser ensemble et avec profit cette forêt écologique qui sépare le mot et la chose. William F. Mackey

LES CATASTROPHES SONT-ELLES ÉCOLOGIQUES?

Un nouveau modèle pour l'étude de l'écologie des langues: la théorie des catastrophes *
Dans cette conférence, nous souhaitons vous présenter le modèle théorique que nous avons proposé et que nous avons pu corroborer empiriquement au cours de cinq recherches différentes. Novalis disait que les théories sont des filets de pêche et que seuls ceux qui les jettent en recueillent les fruits. Au cours de notre présentation, nous allons suivre le chemin tracé par Gaston Bachelard lorsqu'il dit: «Il faut conquérir le fait scientifique, le construire et le constater. » Nous diviserons par conséquent notre exposé en : CONQUÊTE: 1.- DÉFINITION DE L'OBJET DE LA RECHERCHE 2.- STRUCTURE DE LA RECHERCHE CONSTRUCTION: 3.- CONSTRUCTION DE L'INFORMATION CONTRASTE: 4.- ANALYSE DE L'INFORMATION

* Ernest Querol, Université ouverte de la Catalogne.

14

Colloque international sur l'Écologie des langues

1. Définition de l'objet de la recherche 1.1 Spécification de la problématique
Nous considérons qu'il est nécessaire d'établir un nouveau cadre théorique pour étudier les processus de substitution linguistique! parce que les résultats obtenus à partir de l'analyse du concept d'attitude linguistique ne sont pas du tout significatifs sur le plan statistique vu que cette méthode est fondée sur l' interconnection entre variables (corrélations)2 qui atteint à peine 10 % et ne donne pas une explication statistique satisfaisante (Wicker, 1969)3.

1.2 Projection de la stratégie L'insatisfaction provoquée par les données obtenues au moyen du modèle dominant des attitudes linguistiques nous porte à nous poser deux questions: la première concerne les paradigmes de la sociologie du langage selon les travaux de Kuhn (1962 et 1977) et

. . la seconde a trait à une nouvelle
des instruments d'analyse.

approche qui augmente la complexité

Ainsi donc, nous avons réalisé qu'il nous fallait abandonner les modèles qui se centrent sur une ou deux langues dans le but d'obtenir une approche ternaire. Ensuite, nous avons considéré qu'il fallait également prendre nos distances des schémas monocausals dans les sciences sociales et ne pas prendre en considération un unique facteur dans le processus d' analyse (comme les attitudes linguistiques auxquelles nous avons déjà fait référence). Finalement, nous croyons qu'il est pertinent d'omettre les paradigmes auxquels les sociologues attribuent une capacité explicative mineure (Ritzer, 1980, 1981).

1. Nous définissons les processus de substitution linguistique (language shift) comme: « isolement progressif et réducteur de l'usage d'une langue dans son expansion démographique, son extension géographique, ses domaines d'usage et, partant, également dans la représentation de ses possibilités d'usage» (Querol, 2000 : 49). 2. Les corrélations mesurent, décrivent et expliquent comment se relationnent deux facteurs. C'est-à-dire, quel degré d'association, d'interconnexion existe entre eux, et s'ils concordent. Par exemple, la relation entre le nombre de cigarettes que l'on fume et le cancer du poumon. 3. Vous pouvez trouver une description des processus de substitution linguistique et des variables intermédiaires qui étudient le comportement linguistique dans Querol (2000a : 45-87) ou dans Querol (1999a : 47-99).

Les catastrophes sont-elles écologiques?

15

2. Structure de la recherche 2.1 Adoption de la tactique
À partir de ce raisonnement, nous avons établi quel genre de réseau nous convenait le mieux, c'est-à-dire les principales caractéristiques dont devait se doter notre modèle: prendre en compte trois langues, utiliser plus d'une variable explicative et insérer l'étude dans le paradigme de la définition sociale. Pour une explication plus détaillée des fondements de notre modèle, voir Querol (2000a : 21-43 ; ou, 1999a : 13-46)4. Il va sans dire qu'il est plus facile de présenter le besoin d'un nouveau modèle que de l'élaborer. En effet, le seul fait de prendre en considération plus d'une variable explicative comporte de nombreuses difficultés: combien de variables utiliser? lesquelles utiliser? À la suite d'une réflexion pondérée, nous nous sommes rendu compte que seule l'analogie pouvait nous sortir du labyrinthe. Il s'agissait donc de trouver une discipline qui puisse résoudre de manière effective cette question. Et c'est une théorie mathématique, la théorie des catastrophes, qui nous a fait découvrir les ressemblances entre ce que nous cherchions et ses fondements. Mais en quoi consiste la théorie des catastrophes? Il ne s'agit évidemment pas de comprendre le second terme sous son signifié de « désastre », sinon dans son sens étymologique de « dénouement », tel que l'ont repris les sciences naturelles: c'est-à-dire comme une proposition servant à expliquer les changements en général. Il s'agit par conséquent d'une théorie de l'analogie entre le système que l'on veut étudier et le modèle. La théorie des catastrophes constitue en quelque sorte l'introduction à cette théorie. Nous nous servirons donc de cette contribution pour mettre en place une proposition de modèle au moyen duquel nous serons à même de discerner une structure sous-jacente qui permette d'expliquer les processus de substitution linguistique. L'historique de cette théorie, tel que l'explique René Thom lui-même (1980a: 111), commence avec l'élaboration de son livre Stabilité structurelle et morphogenèse, dont il avait remis le manuscrit à son éditeur en 1968 mais qui ne fut publié qu'à la fin de 1972. Néanmoins, quelques copies de ce texte étaient déjà en circulation avant cette date; notamment C. Zeeman

4.

Pour d'autres approches du modèle, voir Querol (1997) ; pour ce qui est de la théorie des catastrophes, Querol (1999b) ; pour le renversement des processus de substitution linguistique, Querol (2001a et 2002a), où le modèle est mis en relation avec les données obtenues en 1993 et 2000 en Catalogne.

16

Colloque international sur l'Écologie des langues

et son école de la Warwick University accueillirent avec enthousiasme la proposition et commencèrent à développer des modèles catastrophiques dans différents domaines. Lors du Congrès international de mathématiques de Vancouver (1974), C. Zeeman présenta avec beaucoup de succès une communication portant sur ce sujet, ce qui entraîna un grand développement de la vulgarisation dans les médias, fait tout à fait exceptionnel pour une théorie mathématique. Un an ou deux après, certaines réactions hostiles apparurent. Néanmoins, la controverse semble s'être actuellement calmée: les « applications rigoureuses» provenant de la mécanique et de la physique sont acceptées et, en revanche, les modèles « faibles» de la biologie et des sciences humaines paraissent plus« suspects ». En fin de compte, ce qui est enjeu est de savoir où sont les limites d'application des mathématiques en science. Nous savons en effet que, quelle que soit la phénoménologie, il est toujours possible d'apporter un modèle qui la décrive. C'est-à-dire, si l'on utilise un nombre suffisant de paramètres, des fonctions au degré suffisamment élevé, il est toujours faisable de construire un modèle mathématique. Or le vrai problème n'est évidemment pas ici, mais bien dans la construction d'un modèle qui n'utilise pas « trop» d'éléments mathématiques. La solution idéale est de tenir compte d'un nombre restreint de paramètres et d'une adhésion rigoureuse à la donnée empirique. Et il est clair que, dans ce sens, la théorie des catastrophes est un succès total. La principale contribution de cette théorie a été de considérer les changements discontinus en mathématiques qui jusqu'alors avaient été omis. Pour ce qui concerne notre proposition, il nous faut souligner que nous avions étudié au préalable la structure des processus de substitution linguistique et proposé un schéma qui puisse expliquer les changements soudains de langue, tant individuels que collectifs (Querol, 1999a et 2000a). En fait, l'étude concernant la transmission intergénérationnelle (Querol 1990) que nous avions commencée en 1985 et qui contenait des entrevues avec des parents catalanophones qui avaient transmis le castillan à leurs enfants nous avait fait remarquer clairement trois choses. En premier lieu, que les progrès significatifs des processus de substitution linguistique ont un caractère individuel. C'est-à-dire que ce sont certains individus qui dirigent la substitution d'une langue par une autre, et que cet état de choses n'était jamais pris en compte dans les analyses concernant les processus de substitution linguistique. Ensuite, que le rôle de ces individus comme modèles à imiter devait tenir une place centrale dans l'étude de ces processus. Finalement, que les références à une troisième langue qui n'est apparemment pas en contact avec les deux autres - comme par exemple l'anglais dans le cas de l'Espagne - étaient très significatives pour justifier la non-transmission

Les catastrophes sont-elles écologiques?

17

intergénérationnelle du catalan. C'est justement ceci qui nous a fait comprendre qu'un modèle ternaire était indispensable pour l'étude de ces processus. Cela dit, un schéma aussi simple que celui que nous allons présenter fut l'élément fondamental pour améliorer l'analyse des processus de substitution linguistique. Graphique 1. Schéma des évolutions continues ou discontinues des processus de substitution linguistique
A B

+A/B
Source: Élaboration par l'auteur.

A=B

+B/A

La ligne continue indique un chemin sans interruptions qui passe par les différentes phases qui séparent l'usage de la langue A de l'usage de la langue B. Les lignes discontinues, en revanche, indiquent les écarts possibles, c'est-à-dire, les discontinuités. Ce schéma peut nous être utile tant pour représenter les changements individuels que collectifs étant donné qu'il inclut la non-transmission intergénérationnelle, le changement de A à B ou de BàA. Pourquoi ce schéma est-il si utile? Parce qu'il nous permet de détecter les changements soudains et parce qu'il possède la même structure que la catastrophe en papillon5. En outre, nous cherchions une analogie, nous avons trouvé l'isomorphisme, et sans introduire aucun changement, les définitions

5.

Une catastrophe consiste en une transition discontinue qui survient lorsqu'un système peut avoir plus d'un état stable ou quand il peut suivre plus d'un cours stable de changement. En fait, pour ce qui concerne le graphique 1, la figure que forment les lignes discontinues est la même que celle qui représente la catastrophe en papillon.

18

Colloque international sur l'Écologie des langues

des phases de la catastrophe en papillon nous servent pour définir les cinq situations de notre schéma. Cette coïncidence nous rappelle Ted Bastin lorsqu'il dit que: «La découverte d'un fragment des mathématiques qui coïncide d'une nouvelle manière avec le monde est un événement rare ». Mieux encore, après avoir assimilé cette découverte, nous avons détecté que toute situation présentant deux pôles opposés peut se diviser en fonction de ces cinq phases et avoir cette même structure. En fait, la plupart des très nombreuses applications de cette théorie des catastrophes développées entre autres par Zeeman (1977), comme nous venons de le voir, et par Poston et Stewart (1978), se fondent sur cette coïncidence6. Néanmoins, le défi consiste à trouver les facteurs qui déterminent l'évolution de chaque situation. Cette théorie mathématique résout également le problème de savoir le nombre de facteurs qui interviennent dans les processus de substitution. En effet, après avoir discerné que nous nous trouvons face à des situations structurellement identiques, c'est-à-dire isomorphiques, il va de soi que les facteurs qui y interviennent sont les mêmes dans l'une et dans l'autre. Et les caractérisations qu'établit la théorie des catastrophes sont très claires dans ce sens: unfacteur normal et unfacteur de séparation (appelés également attracteurs parce qu'ils décantent le mouvement d'un côté ou de l'autre), unfacteur de biais et unfacteur de compromis. Par conséquent, le prochain stade est de trouver quels sont les facteurs qui exercent leur influence dans les contextes linguistiques. Pour ce qui est des paradigmes sociologiques, il est clair que les théories qui se basaient presque exclusivement sur le contexte ne pouvaient nous être utiles vu qu'il existe des individus qui, tout en partageant le même contexte, choisissent de ne pas transmettre la langue à leurs enfants, alors que d'autres le font: il nous fallait donc suivre d'autres théories qui mettent l'accent sur la construction sociale de la réalité. C'est donc pour cela que nous avons toujours porté un grand intérêt à la théorie des représentations sociales de Serge Moscovici (1961, 1984), de Wilhem Doise (1986) et de Denise Jodelet (1989), dont nous empruntons la définition de représentation sociale: «Il s'agit d'une forme de connaissance sociale élaborée et partagée qui a une vision pratique et qui contribue à la construction d'une réalité commune à un ensemble social» (Jodelet, 1989 : 36). En d'autres mots (bien que de manière plus imprécise), la représentation est l'idée,

6.

Pour une introduction à la théorie des catastrophes, nous suggérons le livre de Woodcok et Davis (1978). Les réflexions de son créateur, René Thom (1980a, 1980b), sont également très utiles.

Les catastrophes sont-elles écologiques?

19

l'image mentale que nous nous faisons de ce que nous connaissons, par exemple des langues de notre contexte. Nous avons donc établi deux des principales caractéristiques de notre modèle (son caractère ternaire et le paradigme sociologique de la définition sociale) ; il nous reste à trouver les facteurs qui interviennent dans le choix des langues. Les deux pôles opposés, les deux attracteurs seraient les groupes de référence? des deux langues en contact direct, le plus fort étant bien entendu celui qui attire certains locuteurs de son côté. Le facteur de biais fait incidence sur le contexte si l'importance de la représentation de la langue substitutrice est supérieure à celle de la langue en processus de substitution. Lefacteur de compromis entre en scène lorsque l'importance de la représentation du réseau socia18de la langue qui progresse est significative, ce qui entraîne que, s'il y a un locuteur de cette langue, les autres convergent et utilisent cette même langue. Ainsi donc, cet isomorphisme nous aide à résoudre nos problèmes. Ce sont les différentes valeurs que prennent ces variables qui déterminent l'évolution des processus de substitution. Cet élégant modèle théorique possède par conséquent les caractéristiques que nous désirions. Il ne manquait donc plus qu'à démontrer empiriquement que ce modèle fonctionne. Comme nous l'avons dit dans l'introduction, nous avons testé la méthode au moyen de cinq enquêtes dont toutes ont obtenu des résultats qui ont multiplié au moins par 7les résultats obtenus avec le concept d'attitude linguistique, présentant des corrélations qui atteignent 75 % entre l'usage de la langue (variable dépendante) et le reste des variables: les représentations sociales des langues, des groupes de référence et des réseaux sociaux (dont nous venons de parler). Le graphique suivant fait état de la rétroalimentation qui existe entre toutes les variables.

7.

Merton et Kitt (1950) caractérisent le groupe de référence comme suit: «Il systématise les éléments déterminants et les conséquences des processus d' évaluation et d'auto-évaluation où l'individu assume les valeurs ou les normes d'autres individus ou groupes comme cadre de référence». 8. Nous pouvons définir le réseau social comme l'ensemble des personnes qui partagent une de leurs langues et qui maintiennent des interactions linguistiques entre elles.

20

Colloque international sur l'Écologie des langues Graphique 2. Relations entre les variables indépendantes et la variable dépendante (l'usage des langues)
R. GROUPE DE RÉFÉRENCE

REPRÉSENTATION DES LANGUES
Source: Élaboration par l'auteur

R. RÉSEAU SOCIAL

3. Construction de l'information
3.1 L'obtention des données
L'instrument de recherche que nous avons utilisé a été celui de l'enquête. Nous avons pris comme référence le travail de Landry et Allard (1994), bien que nous ayons réduit le questionnaire de moitié et que nous l'ayons adapté au contexte catalan et à notre modèle. Le questionnaire avait cependant encore 378 questions et le temps de réponse pouvait atteindre les deux heures. Nous avons travaillé sur un échantillon représentatif de jeunes gens de 16 ans des principales régions où l'on parle le catalan. La recherche nous montre quels sont leurs idées et usages linguistiques lorsqu'ils achèvent l'enseignement obligatoire. À Andorre, nous avons réalisé l'enquête à partir du recensement de population de cette tranche d'âge.

4. Analyse de l'information 4.1 Analyse des informations
Tel qu'annoncé dans la première note, nous définissons un processus de substitution linguistique dans les termes suivants: un isolement progressif et réducteur de l'usage d'une langue dans son expansion démographique,

Les catastrophes

sont-elles écologiques?

21

dans son extension géographique et dans ses domaines d'usage et, par conséquent, dans la représentation de ses possibilités d'usage. Nous allons examiner en détail chaque aspect de cette définition: données descriptives: démographie et usages,

.

. données explicatives: nées descriptives, . données prédictives:

elles permettent de mieux comprendre les donla représentation des possibilités d'usage.

4.1.1 Données descriptives: démographie et usages Nous nous contenterons de faire le commentaire des données concernant la première et seconde langue apprise par les élèves et la langue de réponse au questionnaire.
Tableau
PAYS VALENCIEN 1998 Première langue apprise par les élèves: Catalan Seconde langue apprise par les élèves: Espagnol Langue de répanse au questionnaire : Catalan

1. Principales
CATALOGNE 1993

données

descriptives
ÎLES BALÉARES 2001 ANDORRE 2002

CATALOGNE 2000

25,2 %

47,1 %

59,5 %

39,5 %

35,1 %

72,7 %

52,9 %

40,5 %

56,7 %

24%

61,3 %

66,2 %

34,5 %

Langue de répanse au questionnaire : Espagnol

76%

38,7 %

33,8 %

65,4 %

43,2 % Il n'était possible de répondre qu'en catalan car il aurait fallu passer les enquêtes en quatre langues. Il n'était possible de répondre qu'en catalan car il aurait fallu passer les enquêtes en quatre langues.

Ces données nous permettent d'observer qu'en 2000, la situation du catalan est la meilleure en Catalogne (suite à une forte augmentation par rapport à 1993) et la pire au Pays valencien. En ce qui concerne la première langue qu'apprennent les élèves, les différences vont de 25,2 % au Pays

22

Colloque international sur l'Écologie des langues

valencien à 59,5 % en Catalogne. Quant à la langue choisie pour répondre au questionnaire, les pourcentages sont respectivement de 25 % et 66,2 %. Aux îles Baléares et à Andorre, la situation est intermédiaire, bien qu'Andorre présente un cas particulier étant donné ses dimensions réduites et la présence de quatre langues.

4.1.2 Données explicatives 4.1.2.1 Les cinq corroborationsempiriques du modèle
Étant donné l'espace dont nous disposons, nous allons nous limiter à présenter un résumé comparatif des cinq recherches ayant utilisé la même enquête. Comme nous pouvons le voir au tableau 2, les résultats obtenus présentent un indice de fiabilité très élevé. Le fait d'avoir utilisé le même modèle dans tous les contextes nous donne des résultats convergents dans ce qui est essentiel et divergents dans les détails. Il nous faut souligner en premier lieu l'augmentation du pourcentage des corrélations par rapport à celles qui s'obtiennent au moyen de l'utilisation de la variable des attitudes linguistiques qui, comme nous l'avons déjà dit, atteignent au maximum 10 %. En revanche, l'utilisation de notre modèle entraîne que les trois variables principales se situent au-dessus de 0,70 (plus de 50 %), dont deux dépassent 0,80 (plus de 64 %, la plus haute atteignant 75,34 %). Nous pouvons donc affirmer que nous avons atteint notre objectif initial. Ensuite, il nous faut souligner que dans l'enquête, outre les variables de notre modèle, nous avons introduit les principales variables intermédiaires sur lesquelles s'est axée la sociologie du langage: motivations instrumentales et intégratives, identité, vitalité ethnolinguistique... Et seule la dimension identitaire a obtenu des corrélations similaires bien qu'inférieures à celles de notre modèle. Ceci démontre encore plus clairement le caractère idoine des variables introduites dans nos hypothèses. Nous procédons maintenant à une brève comparaison des résultats, tout en étant conscient qu'il nous faudrait beaucoup plus d'espace pour développer une analyse plus claire, comme nous l'avons fait ailleurs (Querol, 1999, 2000a et 2001b) où vous trouverez beaucoup plus d'information. En ce qui concerne les corrélations, nous observons que les deux variables qui obtiennent de meilleurs résultats sont les représentations des langues et les réseaux sociaux. Ce qui change est l'importance de chacune d'elles. En Catalogne, la variable la plus importante est la représentation des langues alors qu'au Pays valencien il s'agit du réseau social de chaque langue en présence. À Andorre, le réseau en catalan occupe la quatrième position.

Les catastrophes
,,-::..~

sont-elles écologiques?
!: !: !: ro '':;:: :::::
U;:j U

23

~ <:>
M

(I}

~

.g
= ~
~

J,.,

~~ g ...
~ ="CI
(,J

,t .~ ~
\C> ~oo ~


~t! ~......
0\... 0\...

~ t;
~ U

~

]
.;g

!:

ro
rJ}

~ ~
!: (1)

(1)
rJ}

~ U

~ ;:j

~ ;:j
I

ë ~ ~.~ 'C;
~ ~ ;:j !: (1)!:'"0 0""" .~.~.~

~1r)5-.::t~M~~

~
00

.9 6b ~ ro 11 ~ (1) ;:j
!:

rJ} (1)

rJ}

>.

5~=c = (I} "CI "CI (I} <
~ =

= ~.!~~

0',,-::.. 00 Ir)

~ ~ t; ~ .9 ~ .9 ~ ~ ro rJ} U ro ro

~,~

Q ~ "CI ~ ,~ =

~~
Ir) o M 0\

~~

0\ \0 0\

~~~"CI

0"'0'" ~ -.::t~ -.::t0\ '-" \0 0\

~ ~
~ 1

; ~ ~
ro (1) -(1)
~

.~
!:

-~ 1

~ ~ y ~-~
~ 1 I

'(1)

g.] ~ -~ ~
~-~

; ~;

r-

~ S 8,~ . .t::
0"'

-.::t
rJ}

:ij

g

.~ 8. <5 .~ t3 ro rJ} tS 5 .t:: o..... (1) 5b
~ 'C;
!:

~ g. ~ .~
5 ~ '(;1
(1)

(1)

(1)

~ .....
u = ~ ~ bJ) ~
ri.!

!: ro!:
-.::t ~ '-" 00 ~
rJ}

; ~
~ ,~

.!

I.~ ,,5 ~
B ~
(I} (I}

~~~ ~,~

= ~
.....

~ ~~e~ (~ '~:~ ~ ~
~~~~ g ~] ; .!
<:>

= -; .5;==~

~ ~6
~ Ir) M'''-::'' 00 0 '-" '-" o roo-.::t 0\ 0\ 0"'0'
-.::t~ '-" \0 Ir) 0\

U ;:j ;:j '"O\O'"Or-!: !: ~ !:
!: -(1) ~ 0.. (1) ~ !:

ro U

3 ro

]
.;g ro
U (1) 0

!: ro
rJ}

ro ;:j ;:j U U U (1) (1) (1) !:r- Ir) '"0 '"0 !: !: !: !:
0
rJ}

~~~~ ~ ~ ~.~
ro 00""" -ro ~ ~ 'ü 'ü
!:
-(1) ~ 0.. (1) ~ !:

~~~ ~ 3 .~
~ o \0
'"0 !: !:
;:j ;:j

U ro ro U ;:j U U !:

.~~.~~~~~~
0
rJ}

.ê ~ ~ ~
~

~

!:

0 0 rJ} rJ}
;:j ;:j

~

= ~ u = ~
= = .5 .S

~ E .~

(I}

-(1) ~ 0.. (1) ~

~

;:j

;:j

(1) -~
!:

ro (1) rJ}

(1) -~

ro (1) rJ}

~ -(1) ~

ro ro ~ (1) (1) 0.. rJ} rJ} (1) (1) (1) ~ -~ -~ 1 1 1

~ -[ ~ ~ g
(1)

E~~.g

~ -~ -~ 6'0
!:

!: ro
0\ -.::t ...... '-" ~ ~ rJ}

!:
ro
rJ}

ro
U ;:j

~

~ ~.;
=~(,J= .so

ro U

3 ro
U ;:j

]

.;g ro
U

~~~ .~
~ ~
;:j '"0 !: U U !: (1) !: (1)
rJ} rJ}

~~~ ~~.~
~
M ;:j '"0 !: U U !: (1) !: (1)

~

:ë ~
.t: ~ > ri.! ~
ri.! ri.!

ri.! ~

U

~ ~

.so ~ ~ = ~ ...... ~"CI u ,~

~ "Q ~

;

~~...
~ Ir) M'''-::'' oo-.::t '-" '-" \0 00 r- 0\ 0\ -.::t 0"'0'"

~eg5:;;~~5~
~ 0.. (1) ~ ro (1) rJ} ~ 0.. (1) ~

~ J,.,,~ ~ c.=- ~ ~ = ~~"CI
I ~ (,J ~ ~

.9 O?t; O?.9 ~ t; ~ .9 t; t; . ~ 'ü ~ 'ü 'ü ~ "ü0 0 0 0 !: rJ} !: rJ} 5 ;:j ;:j ~ ~ _~ -(1) -(1)
(1) -~ (1) -~
ro (1) rJ}
~ 0.. (1)

N r-(1)

.9
_~

t;
rJ}

t;
rJ} -(1)

~ 'ü 'ü 0 0

~ ~ .E
(1) rJ}
(1)

5
~ 0.. (1) ~ 1

~ I

-

~ I

-

(1) rJ} (1)

!: (1)

~ ~ .E

~.....'"0 I I

-

(1) rJ}
(1)

(1) rJ} ~ I

!: (1)

-(1)

~ 1

..... '"0 1

Jo.

=

tf') 0\

= = ~ .....
~

~

~

:;

= ri.! ..... ~ .....
ri.!

~ ~ ,t .s':~;

~.~
"Q-

~

~~ ~ 00 '-" 0'-" M r- Ir) r0\ \0
~

!: ro!:
rJ}

"CI

~
~

~

M

0:6
N~ 0~
Ir) r0\ 0"'0'"
...

U U ro ;:j\O;:j-.::t UM '"O-.::t'"O~!:oo!:M

ro

3 ro
ro !:

]
.;g

!: ro
rJ}

!:

ro U\O

~~ ~ t;
U

u~e~~ '~ :~ ,~ .s

~ ~ ~ 6:
~~; ~~.!u
(I}

.ê ~ .ê ~
ro !:
-(1) ~ 0.. (1) ~ I

~~ ~~
U 0 rJ}
;:j ......

;:j U '"O!: (1) !:

~

~]~ ~
'':;::

~ ~]~
~
00 M'" 00

U 0 rJ}
;:j

0-ro -ro ..... 0 ...........
ro U 0 rJ}
~ 0.. (1) ~ 1 (1) rJ} -(1) ~ I

U;:j !: (1)!: '"0

U

..~ Jo. ~ = ~ c-

~

M ...... \0 0\

~

-(1) ~ 0.. (1) ~ I

~

rJ} (1) -~ 1

ro (1)

rJ} (1) -~ 1

ro (1)

5 _~

5 ~ .E ~ -~
-(1) !: (1) (1) rJ} (1) ~ 0.. (1) ~ '"01 -~ I

U ro 0..... rJ}

~~~ .g ~ ~ 5 (1) ro !: .9 t; ê ~ ~ 0
rJ}

rJ}

~

d~~g..g g -~ (1) ~ ~ 01) ~ !: ~

~

'ü'':;::

rJ}

~-~ ~~ ~
!: !: ro !: ro ::::: ro ::::: ..:;::
U U !: (1) !: (1) ;:j

-

!: Ir) ~ 0\ -.::t

~ ~ .ü ~ ~ ~ = .t: ~

ro

M = ~

~

~
5
~

~ .~~
~ ~"CI~ = "CI,,~.!::

'-" Ir)'-" 0\ ~ -.::tir)

~ ~
U U

!:

rJ}

3

~
~ ;:j
ro

~
.....

~~ t;sg
rJ}

!:

(1)

~ ;:j
ro

~ U
U

~ ~ 5
'. ]]
rJ}

ro

:ë ~

~

~'~ 8 = ~ ,~ ; ~ .~ ~ a.~ 5 ==

~ ~~

~ ~...~... 5~~~~~5~ ~ ...0 ] ~.g I..g ~]
M'''-::'' ~-.::t 0~ ~ ~ \O-.::t r- \0 0\ 0\ 0'0'"
rJ}

!: !: 1:: (1) (1) ro

~
-.::t ~ \0

~ .~ ~
t; t; .9 'ü'ü ~ 00..... rJ} rJ} !: ;:j ;:j ~ -(1)
ro (1) rJ} (1) -~ '"0 !: ro ~ (1) rJ} 0.. (1) (1) -~ ~ 1

~ ~ -~

d

d

~ ~ -~

~ ~;,
rJ}

ê:
0

~ ê

-~

~ :aë ~
<(1)

5. ~

-~

5. ~

~

-~ -~ 6'0
(1)
rJ}

~~~
~
!:01)

.. ~~.. ~~=8~ .c .s g.'~~5

(I}

~

Q = ~ == .c,J (
,~

...5
'"0
"8

~~ = ~~g~~?;: ~ 'g ~ ~
(1)

~ ~?=
-e

~~

"CI

ro



ZS~~J:~~

.. E -~ ~ ] ~ .ê ~ ~ (1) . ro ro ~. .!::J;:j U .~ .g .8 ? .g ~ .8 .ro ;.... !: 6'0 ro!:6~ 6 ~.g ~ -~ .g ~ '~ .. ~5~ ~~~.g g t; ~ 8.] d ~ ~ t; '0 ~ ~ .~ ~ ~ ~ ë ~ ~ .~.~ ~ ~]. ] .!:_!:~U ro ro ;:j g ~ ~ .Ej ~ ~"5 t::
(1)

~

rJ}

.!::J

~ ~
(1)

(1)

~

'"0;""

0..

'"0

~

8;....

~

0..

'"0;""

8

24

Colloque international sur l'Écologie des langues

Pour les variables ayant trait à la fonction de l'analyse discriminante, nous constatons une fois de plus qu'au Pays valencien les réseaux sociaux ont une importance de premier ordre, à Andorre les deux réseaux arrivent en deuxième et quatrième position, aux îles Baléares en troisième et quatrième, tandis qu'en Catalogne la représentation de l'espagnol détient le poids le plus important. Cette analyse permet de prédire le groupe auquel appartiendra un locuteur: ainsi, parmi les élèves étudiés, en Catalogne (1993) notre modèle obtient jusqu'à 83,8 % de réussite, 60 % aux îles Baléares, 72,3 % en Catalogne (2000), 71,8 % à Andorre et 64,4 % au Pays valencien. L'analyse de régression multiple spécifie le degré de détermination de chaque variable sur l'usage du catalan. Cet instrument démontre une fois de plus l'importance des réseaux sociaux pour l'usage du catalan au Pays valencien vu qu'ils occupent les deux premières positions. En Catalogne et aux îles Baléares, ces positions sont occupées par la représentation de l' espagnol et les deux réseaux sociaux. Nous voyons donc que, exception faite du groupe de référence étant donné qu'il ne s'agit pas d'une variable numérique et qu'elle n'est prise en compte que pour l'analyse des îles Baléares, toutes les variables proposées dans nos hypothèses occupent les premières positions de toutes les analyses. En outre, comme nous pourrons le constater dans la section suivante grâce aux graphiques d'induction, nous obtenons les mêmes résultats au Pays valencien. Dans le cas de la Catalogne, les mêmes résultats que dans les autres analyses se confirment. En fin de compte, les données indiquées au tableau 2 confirment cinq fois notre proposition de modèle d'étude des processus de substitution linguistique. Nous avons pu corroborer toutes les hypothèses avancées (recueillies schématiquement au graphique 2) et ce, dans quatre contextes différents. De plus, nous avons atteint les objectifs que nous nous étions fixés initialement, c'est-à-dire nous avons proposé une solution unifiée à ce qui, à notre avis, constituait les principaux problèmes de la sociologie du langage, tant sur le plan formel (en établissant l'isomorphisme avec la catastrophe en papillon) que de manière empirique, ce qui nous a permis d'obtenir cinq fois la corroboration. 4.1.2.2 Les techniques d'induction par graphes (SIPINA) Nous avons voulu ajouter une méthode d'analyse explicative de données (comme l'analyse discriminante et celle de régression multiple, commentée ci-dessus) vu son utilité pour expliquer une variable qualitative au moyen de variables explicatives, qui sont elles-mêmes également qualitatives. Nous faisons référence à la connaissance au moyen des graphes d'induction, méthode consistant à construire une fonction de prédiction sous

Les catastrophes sont-elles écologiques?

25

forme de graphique et d'arbre de décision qui permet d'expliquer ou de prévoir la valeur d'une variable donnée dénommée endogène, et ce, en fonction d'une série de variables dénommées exogènes. Le programme que nous avons utilisé fut élaboré par D.A. Zighed et Ricco Rakotomalala, membres de l'ERIC (Équipe de recherche en ingénierie des connaissances) de l'Université Lumière Lyon-2. « L'ingénierie des connaissances» traite des problématiques liées à l'extraction, à la modélisation et au transfert des connaissances par ordinateur dans le but d'obtenir des machines dites intelligentes, c'est-à-dire des machines capables de s' approcher des actions humaines, voire de les dépasser, sur le plan de certaines tâches cognitives complexes comme, par exemple, reconnaître, apprendre, décider. Ce programme s'appelle SIPINA (Système interactif pour les processus d'interrogation non arborescente). Il obtient de l'information à partir de données, produit des graphiques de décision qui sont une généralisation des arbres de décision, et permet de traiter les problèmes d'explication. Ce genre de problèmes est fréquent dans les sciences humaines (sociologie, biologie, psychologie, médecine). Le SIPINA a été utilisé, par exemple, pour aider dans les diagnostics, l'évaluation d'un risque, l'établissement de profils propres à certaines populations, etc. Pour plus d'information sur les graphiques d'induction et sur ce programme, voir Rakotomalala (1997) et Rakotomalala et Zighed (2000). Nous avons utilisé ce système dans les cinq recherches entreprises, bien qu'ici nous ne fassions que le commentaire ayant trait au Pays valencien. Le but était de pouvoir prédire les quatre groupes linguistiques que nous avons établis: «plus catalanophones », «usage équilibré des langues », «plus castillanophones », « castillanophones exclusifs ». Ainsi donc, nous essayons de placer chaque élève dans un de ces groupes, sans disposer des informations qui nous ont permis de mettre en place cette classification. Il s'agit en fait d'un procédé similaire à l'analyse discriminante. En premier lieu, nous allons procéder au commentaire du profil des caractéristiques de chaque groupe grâce aux apports de cette nouvelle technique.

26

Colloque international sur l'Écologie des langues
Tableau 3. Description des quatre groupes linguistiques graphiques d'induction selon les

Plus catalanophones

Elèves ayant: - les deux parents catalanophones, et - un score entre 137,5 et 415,5 sur l'échelle de la représentation

du castillan.

Usage équilibré

Élèves ayant: - les deux parents catalanophones ou le père catalanophone et la mère castillanophone, et - un score entre 415,5 et 479,5 sur l'échelle de la représentation du castillan. Élèves ayant un score:

Plus castillanophones

- inférieur à 521 sur l'échelle de la représentation du catalan, - supérieur à 5,5 sur l'échelle de l'identification avec les catalanophones, - inférieur à 125 sur l'échelle de l'index du réseau social en catalan.

et

Castillanophones exclusifs

Nous observons un sous-segment de ce groupe,"encore plus extrême si, outre les conditions antérieures, les élèves obtiennent un score jusqu'à: - 36,5 sur l'échelle concernant l'identité: Bilingue - Unilingue Élèves ayant un score: - inférieur à 521 sur l'échelle de la représentation du catalan, et - inférieur à 5,5 sur l'échelle de l'identification avec les catalanophones. Nous observons un sous-segment de ce groupe, encore plus extrême si, outre les conditions antérieures, les élèves obtiennent un score: - supérieur à 614,5 sur l'échelle de la représentation du castillan.

La segmentation que nous donne le programme nous permettrait, si nous disposions de plus d'espace, de voir clairement quels sont les segments qui permettent de mieux identifier chaque groupe. Le premier est la « transmission des parents », c'est-à-dire si les parents des élèves leur ont parlé dans l'une ou l'autre langue. Cela n'est guère surprenant étant donné qu'il s'agit d'une appréciation propre à quiconque a réfléchi un tant soit peu à ce sujet. Cela a également trait à l'importance du réseau social en catalan qui est apparu plusieurs fois dans les analyses précédentes. Le deuxième facteur qui divise les deux grands groupes est la représentation de la langue qui n'est pas la langue première des élèves. Le troisième facteur qui divise les sous-groupes est à nouveau la langue transmise par les parents et les représentations sur le catalan, et dans le groupe des parents castillanophones (ou avec une mère catalanophone) apparaît la variable « identification avec les Valenciens ». En quatrième position interviennent le réseau social en catalan (divisé en deux sous-groupes) et la représentation sur le castillan. Si nous considérons encore plus en détail le groupe des parents castillanophones (ou avec une mère catalanophone), nous trouvons les questions ayant trait au fait que les élèves se sentent européens ou pas, et s'ils se sentent bilingues ou unilingues. Par conséquent, sauf ces deux dernières variables et la transmission de la langue par les parents, les autres variables qui discernent le mieux les

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.